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 [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers

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Priam & Freyja
~ Ange ~ Niveau III ~

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Priam & Freyja
Mar 01 Mar 2022, 21:02




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co


RP précédent : L’engrenage (Réprouvés) et Le dissident (Priam, Laëth & Dastan).

Intrigue : Les Réprouvés marchent jusqu’à Amestris pour confronter les Sorciers.


La porte s’ouvrit à la volée. « Tu pourrais encore tout arrêter ! » Hazaan releva la tête. « Renvoie les guerriers à Gona’Halv, annule le départ et trouve un terrain d’entente avec les Sorciers ! » Freyja avançait vers lui, intrépide, stupide et insupportable comme elle savait l’être. « Elias Salvatore n’est pas un imbécile ! Jusque-là, il a surtout noué des alliances avec les différents peuples et cherché à maintenir une forme de statu quo. Il ne refuserait pas la paix ! » Elle s’était plantée devant lui, droite et sûre d’elle. « Parce que tu sais ce que pensent les Mages Noirs, désormais, Freyja ? » demanda-t-il en s’inclinant vers l’Ange. Son expression calme et mesurée se heurta aux sourcils froncés et au regard ombrageux de la jeune femme. Une lueur franchement troublée y passa, pourtant, elle ne se démonta pas. « C’est de la pure logique. » - « Hum. » Il se redressa. « Tout n’est pas logique, en politique, tu sais. » Il se détourna et s’écarta, las. Il crut qu’elle allait partir, mais elle ne bougea pas. « Ce n’est pas à propos de politique. On parle de milliers, de millions de vies ! On parle de nos amis, de notre famille, de tous ceux qu’on connaît. Tu serais prêt à les envoyer à la mort ? » Ses mots résonnèrent dans sa tête. Ils ne lui étaient pas étrangers. Il se les murmurait souvent à lui-même. « Qu’est-ce qui te fait peur ? » Elle contourna la table, puis lui, pour lui faire face à nouveau. Les yeux plissés du Thur la toisèrent. « De quoi tu as peur ? » répéta-t-elle. « Je n’ai pas peur. » - « Alors pourquoi partir pour une guerre perdue d’avance ? » - « Je te l’ai déjà dit. C’est la volonté du peuple. Je ne veux pas aller contre elle. Je ne veux pas que les Réprouvés s’entredéchirent et que notre honneur soit bafoué. » - « Il sera bafoué cent fois sur ce champ de bataille, et ils y mourront mille fois plus que dans une guerre intestine ! Tu le sais aussi bien que moi. » Ils se dévisagèrent en silence. « Tu as peur de perdre ta place ? Tu as peur qu’ils t’arrachent la tête pour leur avoir interdit de mourir bêtement ? » Il ne dit rien. « Peut-être qu’ils essaieront. Mais je peux t’aider. Je te défendrai, Priam aussi, et tous ceux qui sont contre cette guerre. » Il grimaça. « Ton frère et toi ne valez rien, ici. Je pensais avoir été clair à ce sujet. » Freyja eut un mouvement de recul, inspira et bloqua sa respiration.

Il ferma les yeux et posa l’une de ses mains sur le dossier d’une chaise. « Excuse-moi. » Il soupira. « Parfois, le poids du devoir… » D’un geste de la main, il balaya sa phrase. Freyja frissonna. Elle connaissait le poids du devoir. Le devoir, comme une épée suspendue par un fil au-dessus de sa tête. « Mais ton devoir, c’est de protéger ton peuple… » souffla-t-elle. Il rouvrit les yeux, et les releva vers elle. « Parfois, le protéger, ce n’est pas l’aider. Et parfois, l’aider, c’est de ne pas le protéger. » Il se tut, puis reprit : « Si j’empêche cette guerre – et j’aimerais vraiment pouvoir le faire, j’aimerais vraiment pouvoir refuser le choix du peuple… Mais si je le fais, alors nous ne changerons jamais. Nous serons toujours des guerriers campés sur nos jambes et nos positions archaïques, avec juste la force de nos bras et la solidité de nos front butés pour nous défendre. » L’Aile d’Acier fronça les sourcils et tourna légèrement la tête. Elle le sondait du coin de l’œil. « Les Réprouvés ne sont pas destinés à demeurer ainsi. » - « Qu’est-ce que tu veux dire ? » - « Il est temps pour les Manichéens de servir l’Équilibre. » Il fit un pas vers l’Ange. « Que leur trépas engendre leur renaissance. Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore. » Il laissa le silence enrober ses mots, puis précisa : « C’est une des prophéties que les Zaahin m’ont fait parvenir. » - « Une prophétie ? » répéta l’Ange, dubitative. « Tu es en train de me dire que tu joues la vie de ton peuple sur une prophétie ? Une prophétie qui peut vouloir dire tout et n’importe quoi ? » Il vit que ses mains tremblaient. Il regarda son visage. La colère la faisait paraître encore plus sauvage. « Non. Réfléchis. Que n’utilise-t-on pas qui nous a été donné par les Zaahin ? Qu’est-on censé représenter et maîtriser ? Qu’utiliseront les Sorciers pour nous massacrer ? Que penseront les survivants, avec ces images imprimées dans leur crâne ? » Freyja secoua la tête. « C’est de la folie. » - « Je te l’ai dit. La politique, ce n’est pas toujours logique. » Il avança encore vers elle. « C’est quelque chose que tu comprendras plus tard. » - « Non. Je ne serai jamais comme toi. Jamais je ne pousserais qui que ce soit vers une mort certaine ! » Ils se sondèrent, sans un bruit, sans un mouvement. Le temps semblait suspendu. « Si tu ne veux pas mourir, tu peux choisir de rester ici. » Aussitôt, la figure de l’Immaculée se crispa. Le défi imprégna ses traits et baigna ses iris. « Je ne vais pas mourir. Et je ne resterai pas ici, les bras croisés, à laisser des Sorciers massacrer tous ceux que j’aime sans essayer de les sauver. » - « Je sais. » souffla-t-il. « Mais tu l’as dit toi-même : c’est une guerre perdue d’avance. » L’Ange eut un mouvement, une sorte de convulsion de colère, puis elle cracha : « Tu es fou. » Ses yeux brillaient d’émotion et il vit qu’elle luttait pour contenir ses pleurs. Dans les larmes de l’Ange, la haine de tout un monde. Il ferma les paupières. « Pars, s’il te plaît. »



Les couleurs des navires teintaient le ciel d’une mosaïque éclatante. La liesse des deux millions de guerriers avait laissé place à une austérité propre aux instants qui précèdent une bataille. Les côtes cisaillées du territoire sorcier étaient en vues. Dans quelques secondes, ils s’engouffreraient dans le delta, puis remonteraient le fleuve. Priam fixait l’horizon, la peur accrochée au ventre. Il prit la main de sa sœur et la serra doucement. Elle ne bougea pas. Son regard était rivé sur leur destination et son visage n’exprimait qu’une détermination farouche. Près d’elle, Dastan jouait avec une breloque en bois en la faisant rouler sur le bastingage. L’Ange eût préféré qu’il demeurât à Lumnaar’Yuvon, mais il avait l’âge légal pour combattre, une première expérience de bataille, et une mère fière comme un Cerfeuil de pouvoir emmener son fils à la guerre. Asha passait distraitement sa main dans les cheveux du Kiir’Sahqon. La même expression que Laëth peignait sa figure. Il songea qu’elle devait revivre ses grandes heures de gloire, qu’il avait entendues à travers ses nombreux récits de bataille. Vrael était resté à Lumnaar’Yuvon pour s’occuper d’Yngvild et de la ferme. Priam espérait qu’aucun Sorcier ne s’infligerait un déplacement jusque dans les territoires réprouvés. Pourtant, c’était à craindre, et les Manichéens avaient laissé de bons groupes de guerriers dans chaque cité.

Certains navires furent amarrés sur un lambeau de plage venu déchirer la symétrie acérée de la côte du continent. Les Réprouvés qui en descendirent montèrent sur les autres bateaux. Ils continuèrent ainsi sur plusieurs kilomètres, dans le silence mortuaire de Nementa Corum. La rare végétation se tordait comme si elle était soumise à des sortilèges trop douloureux pour demeurer droite et détendue. Les branches des arbres montaient vers le ciel en suivant des angles biscornus, bras brisés qui implorent la pitié des Ætheri et ne recueillent que le silence. Priam ignorait à quoi ressemblaient les terres avant le raz-de-marée déclenché par les Sirènes, mais il était évident que la trop importante salinisation des sols n’avait rien arrangé à l’état du paysage. La population était rare : il leur arrivait de croiser la silhouette d’un village ou d’une petite ville, mais la plupart du temps, ils ne se confrontaient qu’au désert. « Il paraît que depuis l’attaque des Sirènes, l’eau du fleuve est salée. » souffla-t-il. Laëth ne bougea pas mais répondit : « Oui, ça ne m’étonne pas. Tu te rappelles cette odeur bizarre, à Amestris ? » - « Je pensais que c’étaient les Sorciers. » Malgré la situation, ils sourirent tous les deux.

Ils poursuivirent leur avancée, essayant de laisser des navires à des points stratégiques. Plus ils se rapprochaient, plus les guerriers poursuivaient à pied, à cheval ou en volant, de sorte qu’un seul bateau naviguerait jusqu’à la capitale. Priam les observait avancer, dans ce désordre qui les caractérisait. Il n’y avait aucune harmonie, dans ces rangs. Les Manichéens étaient forts, mais ils comptaient trop sur cette puissance. Elle ne pouvait pas compenser toutes leurs failles. Plus il les regardait, plus sa Foi s’émiettait. Il ferma les yeux, et lorsqu’il les rouvrit, il lui sembla discerner quelque chose, à travers la brume. Sourcils froncés, il s’inclina légèrement. Aussitôt, Laëth l’imita. Devant eux, Amestris se dressait, aussi menaçante que la première fois qu’ils l’avaient vue. Plusieurs silhouettes se tenaient debout sur les remparts, face aux Réprouvés prêts à attaquer. « Stödva ! » (Halte !) Un à un, les guerriers s’arrêtèrent. Hazaan dit quelque chose, plus bas, et une silhouette à cheval se détacha du groupe. Le drapeau des émissaires au poing, elle s’élança vers la ville. Du haut d’une colline, Priam et Laëth observaient la scène. « Alors il compte vraiment demander la tête de Val’Aimé en échange de la paix… » - « Oui, mais ils ne vont jamais accepter. » - « Non, mais il aura essayé. » Ils fixèrent le cavalier, campé au pied des murs de la ville. Il serait sans doute le premier à mourir.



Message I – 1672 mots

C’EST PARTI, YEEEAAAH [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers 1628

Petit récapitulatif :

Déroulement du rp :




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Mer 02 Mar 2022, 20:26



Que l'Ombre dévore


À la Dame des Abysses,

Lors du bal de Lagherta, vous avez émis la possibilité que nous pourrions peut-être devenir alliés si, d’aventure, je survivais à ma crucifixion. Comme vos nombreux espions ont dû vous l’apprendre, la Mort n’a pas souhaité me saisir à cette occasion.

Puisqu’il me tarde d’entendre l’histoire que vous m’avez promise, j’ai décidé de vous faire don d’une anecdote qui, j’en suis certain, vous ravira.

Il se pourrait, en effet, que les Réprouvés, désireux d’entreprendre un périple à la hauteur de leur intellect prodigieux, se rendent à Nementa Corum d’ici peu. Vous conviendrez avec moi qu’un voyage sur les flots ne peut se terminer dignement sans au moins une rencontre avec votre peuple. Il me semble donc que les Bipolaires seraient déçus de ne pas le voir après leur visite d’Amestris. Aussi, je compte sur vous pour les accueillir comme il se doit.

Une fois que votre courtoisie les aura ravis, je vous ferai cadeau de la mienne.    

Bien cordialement,

Au nom et pour le compte de l’Empereur Noir, Cyrius Windsor, Élu de la Lune Noire,

Elias Salvatore.

__________________

Mon regard était planté vers l’horizon. « Ils ont une discrétion inversement proportionnelle à leur puanteur et à leur médiocrité. » Les mots avaient franchi les lèvres de Val’Aimé. Je souris. Je n’avais pas besoin de l’admirer pour savoir que cette guerre l’excitait profondément. Cela faisait trop longtemps que les chaînes de la bienséance lui meurtrissaient l’esprit. Aujourd’hui, il n’aurait pas à se retenir. Il pourrait les massacrer sans désobéir aux ordres. « Je pourrais vous livrer. » dis-je, pour le simple plaisir de la conversation. « Pourquoi pas. Je me suis souvent demandé combien de Réprouvés il me serait possible d’éliminer avant qu’ils ne me tuent s’il me prenait l’idée de me rendre seul dans leur maudite campagne dorée. » « Cette campagne est très fertile. » J’avais longuement hésité à envoyer des troupes à Bouton d’Or afin de ravir leur terre aux Manichéens. La logique m’avait forcé à abandonner. Annexer leur territoire en leur absence ne me ferait pas passer pour la partie raisonnable de l’histoire. Si je désirais continuer le processus d’unification des Mages, il me faudrait montrer une bonne volonté infaillible. Une fois que les deux trônes seraient miens, là, le Destin déciderait. « Lagherta l’est tout autant et l’île ne pue pas la vermine. » « C’est vrai. »

Lorsque l’émissaire s’avança, monté sur son destrier, je tournai les yeux vers le Chef des Armées. « Dès qu’ils attaqueront, vous suivrez le plan. » « Certainement. » Mes espions avaient eu cent fois le temps de rentrer déverser leur rapport pendant que les Réprouvés se bornaient dans une avancée dénuée de magie. La situation en était devenue longue pour la plupart des soldats. À présent, tous s’activaient. Il avait été décidé qu’une partie des troupes se téléporterait près de l’océan, afin de saboter la majorité des navires des envahisseurs. Ils devraient également tuer ces derniers. Leur mission ultime consistait en une prise en tenaille. Ils remonteraient sur les traces des Bipolaires, en éliminant ceux qui avaient été laissés sur place et en manipulant leurs cadavres, afin d’attaquer les vivants par derrière. Pour les Mages, le calcul était simple : n’importe quel cadavre venait grossir les rangs de l’armée, qu’il fût Réprouvé ou Sorcier. Cette raison, entre autres, me rendait incompréhensible la défaite de Niklaus contre les Ondins. Mon père, Zachary, aurait pu faire naître une épidémie au sein de la Cité Engloutie. Faute de gestion après faute de gestion, l’inéluctable était arrivé : l'échec et la dévastation de Nementa Corum.

« Vous semblez pensif. » fit remarquer Val’Aimé. « Je songe à nos défaites passées et à la possibilité que nous puissions échouer aujourd’hui. » Son rictus s’accentua, comme la marque d’un essai de sourire. Il ne répondit pas, persuadé que la défaite était impossible en l'état. Il n’était pas beau mais il se dégageait de lui quelque chose de bestiale qui lui donnait le charme du danger. Ses traits disharmonieux et ténébreux étaient à l’image de son esprit. Il avait une rudesse militaire dans la posture et possédait l’aura des êtres rongés par Lux in Tenebris et hantés par elle. Autour de nous, une brume noirâtre s’étendait, comme un avertissement. J’avais longtemps pensé que le Mage faisait la magie mais, comme je le constatais depuis peu, la magie pouvait également faire pencher le Mage. Je me sentais terriblement cruel, aiguisé, comme un scalpel s’enfonçant sans hésitation dans les tissus tendres d’une gencive, jusqu’à sectionner les nerfs des dents.

L’émissaire fut téléporté à l’intérieur de la ville, sans que les portes ne furent ouvertes. Je ne pouvais entendre ce qu’il disait mais cela n’importait pas. « J’aurais aimé être à votre place. » me dit Val’Aimé, lorsqu’il comprit que je m’apprêtais à partir. « Une autre fois. » articulai-je, avant de disparaître.

Ma silhouette se matérialisa devant les remparts, côté extérieur. Le Réprouvé avait été comme englouti par la Vorace. J’étais les restes de son repas, haut et maigre comme le Roi sur l’échiquier. Mais je n’étais plus Empereur. J’étais le pion qui se fraye un chemin jusqu’au camp adverse pour se transformer en pièce maîtresse. Peut-être. Je me mis à marcher, comme possédé par la volonté de mourir. Néanmoins, cette envie sembla me quitter à quelques mètres des assaillants. Je stoppai ma progression et utilisai Soumission. Ma magie ne tiendrait pas, aussi parce qu’elle ne pouvait atteindre plus d’un million d’individus en même temps. Je voulais simplement instiller le doute en eux, faire ployer un instant leur volonté. « Au nom de l’Empereur Noir, Cyrius Windsor, je vous somme de rentrer chez vous. Cette guerre est ridicule et vous savez comme moi qu’une entente pacifique, qui n’inclut pas le Chef des Armées dans ses termes, serait la meilleure solution pour nos deux peuples. » articulai-je, en Zul'Dov. Mes yeux plongèrent dans ceux du Réprouvé qui se trouvait en face de moi. Que l’Ombre dévore, pensai-je.

977 mots
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Priam & Freyja
Mer 02 Mar 2022, 22:14




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Un murmure secoua l’armée. Des voix s’exclamèrent. Un rugissement monta. L’émissaire avait disparu, et dans cet éclair invisible, c’était toute la mesquinerie sorcière qui éclatait aux yeux des Réprouvés. Freyja regardait les rangs s’agiter, les guerriers frapper leurs boucliers et l’acier s’entrechoquer. Devant, monté sur un grand cheval bai, Hazaan leva la main. Raguel fit de même, et les différents gradés les imitèrent, jusqu’à ce que le silence fût total. L’Ange leva à nouveau les yeux vers les remparts. Une autre silhouette apparut devant les portes de la ville. Elle était haute, mince et couronnée. Son cœur bondit et elle fit un pas en avant. Priam lui attrapa le bras. « Ne meurs pas bêtement. » siffla-t-il entre ses dents, les yeux rivés sur la forme rachitique de l’ancien Empereur Noir. « Ils ont besoin de nous ici. » Elle le regarda et demeura muette. C’était ce qui était convenu. Ils avaient réussi à les convaincre qu’il faudrait lutter contre la magie noire des Sorciers par des sortilèges de soin. Ce ne serait pas suffisant. La Mort cueillerait la plupart d’entre eux à l’instant où elle les effleurerait. L’Aile d’Acier se demanda si Ezechyel était là. S’il les regardait et s’il tendait déjà la main vers les âmes qu’il récupérerait. Elle inspira. L’impuissance l’accablait. Ils allaient mourir et elle allait juste regarder.



Hazaan fit pivoter son cheval sur les hanches pour le placer face à Elias Salvatore. Lorsque celui-ci s’arrêta, il avança vers lui. À environ deux mètres de distance, il stoppa sa monture. Dastan, sur la pointe des pieds, l’observait. « Il faut qu’il le tue, maintenant. » souffla-t-il. « Il se livre, c’est l’occasion rêvée ! » - « Un Sorcier ne se livre jamais sans une idée retors derrière la tête. Ne l’oublie jamais. » Asha se tenait près de lui, droite et solide. Il sentait l’odeur de sa cuirasse et celle de sa sueur. Elles semblaient avoir le goût de la détermination et de la victoire. « Il prépare quelque chose. Tiens-toi prêt. » Le jeune Réprouvé inspira, déglutit, puis quitta sa mère des yeux pour scruter la scène. Son regard dériva sur Amestris, au loin. Érasme s’y trouvait-il, ou ces pleutres de Mages Noirs l’avaient-ils envoyé « en lieu sûr » ? Il releva le menton. Il espérait qu’il y était. Il lui couperait la tête et l’enfoncerait au bout d’une pique. Il ferait manger ses tripes à son père, qu’il tuerait aussi ensuite. Pourtant, à mesure qu’il échafaudait son plan, il sentait la peur se faufiler dans ses entrailles. Le doute l’accompagnait et il se demanda s’il tenait vraiment à massacrer le Prince Noir, et tous les autres. Si c’était vraiment utile, ou s’ils ne feraient pas mieux de trouver un accord. Après tout, ils étaient mariés, sur cette île, là-bas. Peut-être que ça pouvait valoir quelque chose, ici aussi ? Peut-être que…



Hazaan ne bougea pas. Durant de longues secondes, il ne broncha pas non plus. Derrière lui, les cliquetis d’une armée troublée et incertaine résonnaient. Il sentait la fébrilité de son propre cœur. « Tu devrais redevenir Empereur, si tu es le seul à avoir le courage de sortir de votre horrible cité. » Son cheval frappa le sol d’un sabot et agita la tête, comme s’il ressentait lui aussi les effets de la magie du Vautour. « Tu sais très bien que cette guerre est inévitable. » Sa monture recula d’un pas ; il la fit avancer d’autant. Elle renâcla. Le silence plana, un bref instant. « Que leur trépas engendre leur renaissance. » Le Réprouvé leva sa hache et cria : « Til ionnsaigh ! » (A l’attaque !) Une seconde de flottement tendit l’atmosphère. Celle-ci éclata dans un orage de cris de guerre. Même le plus puissant des Rois ne peut rien contre les engrenages du Destin. Hazaan ne bougea pas. Son cheval agité battit plusieurs fois le sol de ses antérieurs mais ne suivit pas la galopade de la horde de Bipolaires. Son cavalier garda les prunelles fixées sur l’Écorcheur, jusqu’à ce qu’il ne s’évaporât pour ne laisser derrière lui que quelques volutes noires. À ce moment, il leva la tête. Il sentit sa hache quitter sa poigne et vit la plupart des Réprouvés être désarmés, puis privés de leurs pièces d’armures. Ceux qui constituaient les premières lignes se mirent à pousser des hurlements de douleur. Leurs corps se distordaient et s’effondraient un à un. Le visage du Thur demeura impassible. Il relâcha les rênes et sa monture avança d’un pas nerveux.



Les larmes aux yeux, Priam scrutait le spectacle qui s’étendait sous eux. Une inspiration hachée lui fracassa la poitrine. Une main agrippa sa ceinture. « Je ne vais pas les regarder se faire massacrer. Passe-moi ça. » Il se tourna vers sa sœur. Dans sa main, elle tenait l’étrier qu’il avait accroché à sa taille. « Je ne vais certainement pas te laisser te jeter dans la mêlée. » - « Je reste ici. Mais j’ai besoin qu’on ne me voie pas. » - « Et je suis censé te croire ? » Il la connaissait. Quand il s’agissait de jouer les têtes brûlées, elle ne se contentait jamais de l’action la plus banale. Pourtant, il comprenait aussi son impérieux besoin d’intervenir. Il avait envie de l’imiter. Il avait envie de plonger dans la bataille. Mourir est sans doute plus supportable que de voir ceux qu’on aime se faire massacrer. Que de savoir que derrière les remparts se trouvent d’autres êtres chers, que l’on ne peut pas secourir non plus. Le brun se sentait déchiré. « Fais-moi confiance ! » cria-t-elle. Ils se toisèrent, puis finalement, il céda. Elle prit l’étrier et le frappa contre son armure. Elle disparut. Son regard vert se fixa sur les remparts et sur les silhouettes qui y siégeaient. Sa magie grimpa le long des murs puis s’infiltra jusqu’à l’orée de leurs esprits. Insupportables, les illusions auditives résonnèrent, proliférèrent, mutèrent. L’Ange n’avait pas bougé, pourtant, son dos la démangeait. Ses ailes hurlaient leur désir de s’étendre pour la porter jusqu’aux premières lignes.



Message II – 1000 mots




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Kaahl Paiberym
Jeu 03 Mar 2022, 18:52



Que l'Ombre dévore


Mon regard était planté sur le visage du Thur. À ses mots, mes yeux se plissèrent imperceptiblement. Ainsi était-ce ça. Une faible pression s’exerça sur la commissure de mes lèvres. Peut-être aurais-je été plus expressif en d’autres circonstances.

À présent, il m’apparaissait clairement qu’il était le nerf de la guerre et que l’éliminer donnerait de plus grandes chances de réussite à la capitulation des Bipolaires. D’une façon ou d’une autre, cet homme avait su alimenter leur colère au lieu de l’apaiser. La mienne était incisive. Personne n’avait le choix. Le monde était dirigé par le seul peuple que nul n’attaquait jamais. L’injustice frappait mes tempes, reproduisant les battements pourtant réguliers de mon cœur. Je n’avais pas peur de me trouver face à une armée composée entièrement de Bipolaires. J’avais peur du Destin et de ses folies, de la folie des Ætheri qui dictaient leurs volontés aux Mortels. La vie de Devaraj avait été l’illustration du manque de raison de ceux que tous priaient chaque jour. Je ne croyais pas en des desseins incompréhensibles des petites gens, que nous représentions, comme explication aux guerres d’influences divines.

Lorsqu’il asséna sa dernière phrase, juste avant l’attaque, je murmurai la mienne avant de m’éclipser. Elle n’était pas le fruit d’une quelconque stratégie. Elle était le fruit d’une colère sourde qui grondait au creux de mon estomac, latente et puissante. « Que le Destin s’effondre. » dis-je, l’insolence imprimée sur le visage.  


De retour sur les remparts, la perspective changea. Depuis les hauts murs, je voyais s’étaler devant moi un parterre de Bipolaires, tous présents pour rencontrer la Mort. Je posai mes mains sur la pierre un instant et inspirai. Une expiration plus tard, je m’arrachai à ma contemplation et levai la main en l’air. Une gerbe de magie s’en détacha, s’élevant à quelques mètres de moi. Val’Aimé émit un rictus d’impatience et s’avança davantage, comme les autres Chanceliers des Ténèbres et les Mages dévoués à une fonction similaire, voire bien plus mortelles. De nos corps s’échappa la noirceur de la Valse Destructrice. Qu’étaient des épées et des boucliers face à la magie ? Qu’étaient des armures face à une danse capable de détruire la matière ? Rien. Si je m’appliquai à les dépourvoir de leurs vêtements et de leurs armes, le Chancelier Elzagan ne s’embêta pas de distinctions. Il fallait de la cruauté pour illustrer les dérives de certains d’entre nous. Il en fallait, oui, mais pas en provenance de ma personne. Car je devrais être celui qui serait capable de calmer les plus extrêmes pour obtenir la paix et l’alliance de tous les Mages.

Autour de moi, j’avais l’impression que le monde était fait d’un calme plat, anormal. Seul le son de mon cœur me parvenait. J’entendais des cris, je voyais des Bipolaires se faire transpercer la chair par la matière tordue de leur propre équipement dès qu’ils tentaient de s’élever, mais tout ceci m'était égal. La scène me semblait lointaine, presque dénuée d'intérêt. Finalement, le Destin se fichait de la souffrance. Il marchait sur chacun d’entre nous, comme… « Hum. » Je tournai la tête vers un emplacement vide, au loin, les sourcils froncés du fait de la vibration de mes tympans sous l'effet d'une magie externe. Val’Aimé avait détourné le flux en provenance de la colline dès qu’il avait commencé à en ressentir les effets. Les Bipolaires subiraient leur propre attaque, bien qu’il doutât que celle-ci provînt d’eux. D’autres Chanceliers l’avaient sentie. Tous avaient réagi, sauf Cyrius, à l’écart, qui goûtait avec un délice presque dément les tortures auditives. Le Roi sur l’échiquier avait fusionné avec l’un des Fous. « Je m’en occupe. » dis-je, fermement, à l’attention du Chef des Armées. Il me fixa, un goût âpre dans la gorge, déçu de ne pas pouvoir tuer l'agresseur. J’avais été clair avant le début des hostilités : quiconque utiliserait la magie directement contre nous devrait mourir. Il valait mieux éliminer ceux qui possédaient un soupçon de jugeote… sauf lorsqu’il s’agissait d’elle. Je sentais la musique de son être. Elle avait beau être invisible, elle ne pouvait s’effacer totalement. Je savais précisément où est-ce qu’elle se trouvait, parce que je ne pouvais pas l’ignorer. Sa mélodie était comme le chant des Étoiles. « Vous devriez vous dépêcher alors, avant qu’un autre ne décide de s’en occuper à votre place. » dit-il, en retournant sa fureur contre un groupe de Réprouvés.

Je tournai le visage vers la colline et entrai en communication avec les espions dévolus à la surveillance de l’Ange. Arrêtez-la et jetez-la dans un cachot. Si elle ne capitule pas, apposez-lui la marque des Mayfair. Une fois esclave, elle ne se rebellerait plus contre les ordres. S’il fallait que je le soumisse pour la sauver alors je n’hésiterais pas.

Je reportai mon attention vers la masse grouillante de Réprouvés et portai ma voix en écho. « Ceci est mon dernier avertissement. Si vous continuez sur ce chemin, à bafouer le territoire de l’Empereur Noir et du peuple sorcier, nous serons obligés de répliquer véritablement. » La chair de leurs corps me dégoûtait. J’avais l’impression de n’admirer qu’une foule moite, en sueur, baveuse et sanguinolente. L’envie de me laver me prit. Ils me répugnaient au-delà du raisonnable. Val’Aimé me fixa d’un regard irrité. Le Zul’Dov entre les lèvres d’un Mage Noir était toujours un parjure. Pourtant, il valait mieux que les assaillants fussent les seuls à comprendre. L’Histoire sorcière raconterait sans doute ô combien mes menaces avaient été grandes, proférées en leur langue pour une humiliation totale. S’ils ne s’arrêtaient pas, Lux in Tenebris leur prendrait leur force. Elle les affaiblirait et les ferait tomber, malades et misérables, aux pieds des remparts.

902 mots

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Jeu 03 Mar 2022, 21:05




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Il y eut un temps où l’idée fonctionna, puis elle sentit sa magie lui échapper. Elle sut exactement où elle allait ; et sans pouvoir lutter, elle regarda son sort frapper ceux qu’elle voulait aider. Elle l’interrompit mais, déjà, c’était trop tard. « Nutaar’kra ! » s’insurgea-t-elle en frappant à nouveau l’étrier contre son armure, pour réapparaître. Il ne servait plus à rien de se cacher. S’ils avaient détourné le flux, c’était qu’ils savaient d’où ils provenaient et avaient donc connaissance de son emplacement. Elle releva vers les remparts des yeux noirs de haine. Son cœur bouillonnait de rage. Elle les aurait voulus morts cent fois, tous, même lui. Elle aurait voulu qu’il arrêtât tout. Elle avait peur de ne plus savoir l’aimer et peur de l’aimer encore. Peur de trop perdre pour pouvoir encore le regarder en face, pour pouvoir encore sentir son corps appeler le sien, pour pouvoir encore se réchauffer au son de sa voix. Elle avait peur que tout ne leur échappât. Qu’ils participassent trop amplement à la combustion de ce brasier qui craquelait, grondait et rugissait entre eux.

Elle eut à peine le temps de tendre à nouveau l’étrier à Priam qu’un coup sec et précis faucha ses jambes. L’Ange tomba face contre terre. Elle se retourna : son frère était déjà aux prises avec l’une de leurs assaillants. En quelques frappes nettes et vives, elle sut se débarrasser de lui et l’envoyer rouler jusqu’au bas de la colline, dans les jambes des Réprouvés et autres soigneurs. Certains essayaient de grimper pour venir en aide aux deux Anges, mais la Sorcière qui avait battu l’aîné les repoussait un à un à grand renfort de magie. L’Aile d’Acier se redressa aussi vite qu’elle le put pour asséner un coup de tête à celui qui cherchait à la maintenir captive de son emprise. Elle le heurta mais lorsque son propre crâne rejoignit le sol, il ne percuta pas la terre sèche des alentours d’Amestris. C’était dur, froid et humide. Sur sa peau, elle sentait la pression d’un air moite et lourd. La pénombre aveuglait ses rétines. Une main se referma sur sa gorge. « Maintenant ça suffit. » La fille de Réprouvés saisit le poignet qui la bridait. Une grimace sauvage peignit ses traits et elle cracha au visage de son attaquant. Profitant de l’effet de surprise, elle le poussa sur le côté et frappa son entrejambe d’un coup de genou, avant de sauter sur ses pieds.

La femme adverse fondit sur elle. Elles échangèrent coup sur coup, dans un ballet martial redoutable. La Sorcière souriait, amusée. Elle avait toujours rêvé du moment où elle devrait l’affronter. Elle l’avait observée grandir et s’endurcir. Chaque fois qu’elle lui avait sauvé la vie comptait comme une participation à la création de celle qu’elle était aujourd’hui. D’une certaine manière, elle l’avait façonnée. Elle l’avait si souvent regardée se battre et s’entraîner qu’elle avait le sentiment de l’avoir elle-même formée. Sans même s’en apercevoir, l’Immaculée était devenue sa chose. Si elle ne perdait pas tout de suite, c’était uniquement parce que sa résistance était divertissante. Elle paierait d’autant plus cher ce défaut qui la condamnait perpétuellement. Elle ne savait pas abandonner. Elle ne savait que se rebeller, et il n’y a rien de plus facile à écraser qu’une révolte.

Au bout de quelques minutes, l’espionne se lassa. Son pied frappa l’Ange en plein ventre, la forçant à tomber à genoux. Son acolyte s’était relevé et, placé derrière elle, apposa une lame contre sa gorge. Seules les prunelles de l’Ailée osaient encore bouger entre les mèches brunes qui collaient à son visage. Elles étaient criblées d’une détestation qui durcissait tous ses traits. « Debout. » Il la secoua et, avec toute la mauvaise volonté du monde, elle se leva. Sans ménagement, il la jeta dans le cachot le plus proche. Ils eurent à peine le temps de fermer la porte qu’elle se ruait dessus et en saisissait fermement les barreaux en ferraille, comme si elle avait l’intention de la dégonder. « Ça ne sert à rien de t’épuiser. Personne ne s’échappe jamais d’ici. » - « Laissez-moi sortir ou je vous tue. » L’homme sourit. « Tu ferais mieux de rester tranquille. Pour ton bien. » Il s’approcha d’elle. « Tes petits copains Réprouvés vont tous mourir aujourd’hui. Tu as de la chance de te trouver là. » La femme s’était appuyée contre le mur en face de sa cellule. « Il a l’air de vraiment se préoccuper de toi. » Un sourire amusé aux lèvres, il tendit la main vers elle. Elle fit mine de le mordre, et il se dégagea juste à temps. « Dans ce cas, vous feriez mieux de ne pas me toucher. Et de me relâcher. » En même temps, les pensées de l’Ailée filaient vers l’esprit d’Elias. Elle sentait que la prison limitait ses dons, mais elle espérait que ses propos lui parviendraient. Sors-moi de là. Sors-moi de là tout de suite. Laisse-moi combattre. Ma place est là-bas. Tu n’as pas le droit. Laisse-moi sortir d’ici ! Je te déteste, je te hais. Le reste n’était que bribes de colère et élans d’injustice.

Son gardien éclata d’un rire déplaisant. « Sur les ordres de qui crois-tu que tu te trouves ici ? » L’Ange fronça les sourcils et serra les dents. « Laissez-moi sortir. » - « Non. Et si tu ne te tais pas, tu ne vas pas aimer la suite. » - « Je n’ai pas peur de vos menaces. Vous n’êtes que des chiens à la botte d’un type qui a perdu son trône au profit d’un taré, et qui préfère rester à l’abri derrière sa muraille plutôt que d’affronter véritablement l’ennemi. » Un rictus mauvais courba les lèvres de l’espionne. Elle se détacha du mur et s’approcha à son tour. « J’espère que tu auras l’audace de lui répéter ce genre de choses quand il sera en train de te violer devant les Archimages. » Elle vit les phalanges de l’Immaculée blanchir autour des barreaux de sa cage, et cela la fit sourire. « Ne fais pas cette tête. Il faut bien que tu payes un jour toutes ces insultes que tu lui craches à la figure. Les Empereurs ne se laissent pas marcher dessus par les chiennes de ton espèce. » L’éclat d’une lame brilla devant ses yeux : elle eut tout juste le temps de sauter vers l’arrière, et son collègue de retourner l’arme contre l’assaillante. Le métal s’enfonça dans le flanc de l’Aile d’Acier. En geignant, elle se raccrocha comme elle put aux murs de sa geôle, la main sur ses côtes. L’homme entra dans le cachot, la frappa à la tempe pour l’étourdir, arracha la dague de sa chair, puis attrapa son bras et en désagrégea l’armure. Vif, il dessina une rune sur sa peau. Avant que l’Ange n’eût le temps de riposter, une douleur cuisante irradia son poignet. Elle poussa un hurlement de douleur.



Derrière les murs, la souffrance jouait aussi sa détestable mélodie. Les chants des blessés s’étouffaient sur les lèvres des morts. Pourtant, les Réprouvés continuaient à avancer avec vigueur et courage, ou avec entêtement et stupidité. Lorsque l’ancien Empereur Noir prit la parole, ils levèrent la tête vers les remparts. Il leur était insupportable de l’entendre s’exprimer dans leur langue. Chaque mot prononcé par sa bouche gangrénée de magie noire était une insulte proférée à leur encontre. Chaque mot était une incitation de plus à ne pas abandonner, à se battre jusqu’au bout, quitte à en mourir. La Mort ne connaît pas la honte, quand l’humiliation broie tout honneur. Même si certains pouvaient le souhaiter, ils n’avaient plus d’autres choix que d’aller jusqu’au bout. Un enfant de Zaahin ne se rend jamais. « Indtil cobo eda maarbh ! » (Jusqu’à la victoire ou la mort !) D’un cri perdu, la phrase fut reprise et scandée, et les Réprouvés, qui ne s’étaient pas arrêtés, continuèrent leur marche mortelle jusqu’aux remparts. En chemin, certains chutaient, continuaient en rampant, ne se relevaient jamais, d’autres couraient, comme capables de slalomer entre les crocs de la maladie et de la mort. Quelques-uns, sous l’effet de la haine et de l’adrénaline, s’étaient métamorphosés en engeances démoniaques. Les plus hardis attaquaient la cité  grâce à des sortilèges. Çà et là, quelques feux se déclarèrent et léchèrent les contours de la Vorace, aussi avides qu’elle. Les Réprouvés se jetèrent contre les portes de la ville et frappèrent, frappèrent, frappèrent pour faire trembler Amestris toute entière. Les gonds couinaient. Les fortifications résistaient. Les Manichéens tombaient. L’Ombre s’étendait. Le Destin avançait.



Message III – 1420 mots




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Jeu 03 Mar 2022, 23:23



Que l'Ombre dévore


Lorsque les mots de Laëth voulurent s’infiltrer à l’intérieur de mon esprit, je les fis taire. Un sourire vague et discret se dessina sur mon visage. Il flotta quelques secondes d’une façon terrible, comme si la conscience de l’emprise que j’étais capable d’exercer venait tout juste de me percuter. La caresse de Lux in Tenebris nourrissait ma cruauté d’une façon nettement plus dense qu’auparavant. L’injustice que j’avais ressentie quelques minutes plus tôt ne se distillait plus dans mes pensées. Je ne voyais que ces corps répugnants qui bougeaient, comme des vers dans un bol. L’impression d’être détaché de toute considération empathique me reprit. Peut-être tombais-je dans la folie la plus totale, à vivre plusieurs états différents en si peu de temps ? Il y avait quelque chose en moi de pourri, alors même que je n’étais actuellement pas un Sorcier. Le dos de mon index effleura mes lèvres et je tournai un regard dénué d’humanité vers Val’Aimé. « Il est temps pour vous de partir Chancelier Elzagan. » Il me fixa et leva les yeux au ciel où la Lune Noire avait refait surface, petite mais visible en plein jour. « Massacrez-les. » articulai-je. Il répondit par le salut militaire qui était normalement réservé au Roi. Lui comme moi n’avions aucun doute sur la question de la royauté effective. « Pour la gloire d’Ethelba. » articula-t-il. « Pour la gloire d’Ethelba. » répétai-je, alors que les Bipolaires s’agglutinaient contre les portes, à en faire trembler le bois.

Lorsqu’il eut disparu, lui et une grande partie de l’armée, je me tournai vers l’un des généraux. « L’acide. » dis-je. « Bien, Altesse. » « Et puisque des flammes lèchent les murs de la Vorace, allez chercher l’huile que son Altesse Niklaus avait amassée pour les Sirènes. Faites-la bouillir et balancez-la du haut des remparts. » Simple et efficace.

Alors que je réfléchissais, mes yeux se posèrent sur l’émissaire, seul Réprouvé en sécurité sur le territoire de Nementa Corum. Sa fureur était contenue par magie. Il ne cessait de se débattre mais avait, dans les faits, l’impuissance des vaincus. Il serait relâché, plus tard, lorsque ses semblables ne seraient plus que cendres, engrais pour le sol infertile des alentours d’Amestris. Je fis claquer ma langue contre mon palais, arrêtant mes pensées. Je ne devais pas être si sûr de moi. C’était une erreur et je m’en rendais compte. Jamais je ne le devrais, qu’importassent les prophéties, qu’importassent les sous-entendus des Rehlas. Ils pouvaient me fourvoyer, anesthésier mes doutes pour me tromper sur leurs intentions et sur le cours de l’Histoire. J’inspirai, soudain soucieux. Avais-je oublié quelque chose ? Un infime détail ? La magie des assaillants était un problème auquel j'avais voulu couper court, que ce fût en éliminant les gêneurs ou en ordonnant à certains Mages Noirs particulièrement habiles de se fondre dans la masse pour user de l’Extinction. Alors quoi ? Je plissai les yeux, en proie à un malaise. Mon rêve me hantait, surtout depuis que j’avais fait évacuer Valera Morguis sans que rien ne s’y passât. Les Sirènes allaient-elles profiter de la situation pour attaquer ?

Dans mon hésitation, je ne vis qu’à peine l’arme qui tenta de m’atteindre, réduite en charpie par la Valse Destructrice, soucieuse de me protéger malgré ma tourmente. Je déglutis, posai les mains sur la muraille et fixai de nouveau les corps, tantôt à l’agonie, tantôt en mouvement. Mon dégoût côtoyait parfois une once d’admiration. Leur stupidité devenait presque belle, à ce stade. Et, comme débusqué, le sentiment d’injustice que j’avais expérimenté plus tôt me reprit, l’injustice et la pitié. Mes doigts tremblèrent sur la pierre. Ce qu’il se passait était terrible, vraiment terrible. Une tristesse démesurée me saisit. Ce que je faisais était mal. Pourtant, j’avais conscience de ne pas pouvoir arrêter. Ma gorge se serra et mon regard resta planté dans le vide un temps certain, avant que je ne pusse reprendre le contrôle entier de mon corps et de mon esprit. Il fallait que ça s’arrêtât, qu’ils vécussent ou qu’ils crevassent. J’usai de télékinésie pour faire flotter quelques morceaux de métal arrachés aux armes et leur fis prendre de l’élan jusqu’à ce que leur vitesse fût suffisante pour transpercer la chair, un crâne ou n’importe quelle zone vitale.

« Relevez les morts ! » ordonnai-je, tout en cherchant Hazaan des yeux. J’entendis les soldats acquiescer et mes paroles se frayer un chemin jusqu’aux Chanceliers restants. Lorsque j’avais élaboré la stratégie de la bataille, j’avais décidé de parier sur une manœuvre capable de limiter au maximum les pertes. Il avait donc fallu convaincre les Archimages d’être en première ligne, épaulés par les Sorciers puissants, eux-mêmes épaulés par des plus faibles qu’eux. Si les derniers de la chaine auraient péri facilement, placés dans un endroit plus exposé, éliminer un Chancelier lorsqu’on n’utilisait pas ou peu la magie semblait relever du miracle. Aidés et protégés efficacement, chacun avait donc les armes pour causer le maximum de dégâts possibles. Le moral de l'ennemi devait en pâtir. Bientôt, Val’Aimé reviendrait et le sang continuerait de se répandre.

835 mots

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Ven 04 Mar 2022, 09:20




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

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Haletante, Freyja regarda la marque laissée sur son bras. Ses yeux s’écarquillèrent et sa bouche se tordit. Trois roses d’ébène s’entrelaçaient dans une mare écarlate. Elle connaissait ce dessin. Lors de son séjour à Amestris, pour la Coupe des Nations, tous ceux qui étaient chargés de répondre à ses besoins la portaient. Elle s’incrustait dans leur chair, aussi indélébile qu’autoritaire. Elle faisait ployer leurs esprits et anéantissaient leur libre-arbitre. C’était la marque des Mayfair. C’était la marque des esclaves. « Non ! » L’Ange frotta son pouce dessus. « N’espère pas la retirer comme on gomme un dessin. » - « Retirez-la ! » rugit-elle. « Non. » Il s’était accroupi devant elle et l’observait. Le spectacle était jouissif. Briser une âme a toujours un goût plaisant, mais rien n’a la saveur et la subtilité de voir sombrer les plus indomptables. Elles se débattent avec plus d’ardeur et de force, et pourtant, elles finissent immanquablement par s’écrouler. Aussi, il ne fut pas surpris de voir l’Aile d’Acier se jeter sur lui. Il l’attendait. Il la connaissait par cœur. Quoi qu’elle fît, elle était prise au piège. Il se laissa renverser sur le dos. Il la laissa entourer sa gorge de ses mains. Puis, il sourit et souffla. « Lâche-moi. » Il vit l’ordre passer dans ses yeux. Il la vit lutter contre cette puissance supérieure à elle. Il la vit se dérober à la soumission et envoyer tous ses éclats de rage pour combattre ce qui voulait annihiler toute sa volonté. « Arrête de lutter. » Lentement, en tremblant, ses doigts se desserrèrent. Plus sa gorge se libérait, plus l’espion riait. « Maintenant, écarte-toi, et assieds-toi là-bas. » ordonna-t-il en indiquant un coin de la cellule. D’une démarche raide, elle obéit. Assise, elle jeta aux deux Mages Noirs un regard furibond. Comme il se relevait, il sourit. Bientôt, elle ne s’appartiendrait plus du tout. « Je crois que je te préfère en esclave qu’en femme libre. » Il s’approcha à nouveau d’elle, de son pas souple et léger. « Tu es bien plus docile comme ça. » En dehors de la cellule, sa collègue les regardait, les bras croisés et un sourire mutin plaqué sur les lèvres. Il s’accroupit une nouvelle fois, et tendit encore la main vers son visage. « Ne fais rien qui pourrait te porter préjudice. » chuchota-t-il d’une voix trop douce. Ses doigts coururent sur la joue de l’Ange. « Quelle fin pour l’Aile d’Acier. Ni le cœur ni le mental n’auront su suivre le chemin des ailes. » - « Vous ne me materez jamais ! » cracha-t-elle. « C’est ce qu’on verra, esclave. » Il sourit, se redressa, et sans un regard en arrière, sortit de la cellule. « N’essaie pas de t’évader. » chantonna la femme. Ils disparurent et Freyja se retrouva en compagnie d’un espoir trop fou. « Je ne suis pas une esclave. » Elle serra les poings et se le répéta, comme si ces mots pouvaient altérer la réalité. Puis, elle se mit à gratter vigoureusement son bras. La peau rougit et s’arracha peu à peu. Ses ongles s’enfoncèrent dans la chair et le sang abreuva les roses.



Le Loup dévala la colline et se jeta dans les rangs réprouvés. Il bondit contre la porte, y mettant toute la force que possédait son corps musculeux. Des grognements déterminés lui faisaient vibrer sa gorge. Il y avait des personnes auxquelles il tenait, à l’intérieur. Cette femme brune enlevée quelques instants plus tôt aussi, peut-être. Sans elles, sa meute n’était pas complète. Sa meute n’était pas en sécurité. Sa meute était déchirée. Les instincts primitifs de la bête révélaient les volontés enfouies de Priam. L’Ange n’avait plus qu’un soupçon de conscience, qui donnait au canidé ce regard intelligent et cette capacité de réflexion hors du commun. Il fut le premier à sentir l’odeur âcre de l’acide, presque perdue au milieu des effluves de sueur, de sang, de chair brûlée et de peur. Après un dernier assaut contre la porte, il retomba sur ses quatre pattes et hurla. Son cri perça l’air. Il leva la tête vers les remparts, la langue pendante. D’énormes cuves venaient d’être posées le long des murailles et se soulevaient lentement. « Afturábak ! » (En arrière !) cria une voix. Le Loup contourna un groupe et se jeta au galop sur eux pour les écarter de la muraille. Certains Réprouvés eurent le temps de reculer précipitamment. D’autres fondirent sous les coulées mortelles. L’huile étreignit le feu, que l’embrassade fit exploser de joie. Il se répandit tout autour des murs de la cité.



Les Bipolaires couverts d’acide qui s’effondrèrent contre la porte achevèrent de la faire céder. Les battants sautèrent et elle s’ouvrit sur la gueule de la Vorace. Certains s’élancèrent à travers les flammes pour rejoindre son cœur. Ils disparurent. « Ne astaad os kin dunon ! » (N’entrez pas dans la cité !) Malgré l’avertissement de Raguel, d’autres entrèrent, et disparurent encore. Autour des Réprouvés, les morts se relevaient. Figé, Dastan scrutait la scène. Soudain, il se mit à trembler. Une espèce de peur viscérale, motivée par un besoin de survie animal, lui écrasa les entrailles. Il avait peur de mourir. C’était ce sentiment-là. Celui qui vous donne l’impression que vous êtes parvenu au bout. Rejoindre les Zaahin serait toujours un honneur, mais il ne voulait pas partir. Pas maintenant. C’était trop tôt. C’était trop… Il fut propulsé sur le côté. Lorsqu’il se redressa, il vit qu’un énorme loup broyait à grands coups de mâchoires la gorge d’un macchabée. Le Kiir’Sahqon tâtonna autour de lui et attrapa le premier bout de ferraille qu’il trouva. Si tu restes par terre, tu meurs. Les mots de sa sœur le heurtaient plus fort encore que la tétanie de la terreur. Il se releva et frappa tous ceux qui voulaient l’approcher. Il s’épuisait. La chaleur des flammes semblait aspirer la sienne et ses blessures vidaient son sang et son énergie.



Un barrissement retentit, suivit d’un autre. Hazaan se retourna vivement. À quelques mètres, une ligne noire fondait vers eux. Le sol tremblait sous le pas lourd des éléphants de combat, qui avançaient en piétinant les cadavres à peine relevés des Réprouvés. Il serra les dents. De toute évidence, ils avaient atteint les navires et massacré ceux qui s’y trouvaient encore. « Adbaken ! Adbaken ! » (Derrière ! Derrière !) Il savait qu’ils allaient perdre. C’était évident, même avant le début des hostilités. Pourtant, la débâcle qui régnait lui fendait le cœur. On l’avait prévenu qu’il s’agissait d’un mal pour un bien. À cet instant, il ne s’y résolvait pas. Il ne s’y était jamais parfaitement résolu. Il avait essayé de limiter les dégâts. De leur offrir des points de repli. Le Destin avait tout piétiné. Autour de lui trépassaient ses amis, sa famille, son sang – tous ceux qu’il avait toujours connus. L’impuissance lui martelait les épaules. Dans quelques instants, ils seraient pris en tenaille entre les murs d’Amestris et les Mages Noirs accompagnés des morts de leur propre peuple. Les Sorciers avaient décidé de donner à cette bataille des airs de fratricide, et elle n’en était que plus douloureuse. Aussi valeureux que fussent les Manichéens, leur mental s’effritait lorsque leur regard croisait l’âme vide de ceux qu’ils aimaient, et qui n’avaient à cœur que de les tuer. Il pivota vers Raguel, qui combattait près de lui. « Hringur hörfa ! » (Sonne la retraite !) Il clama, plus fort encore : « Hörfa vaam ! Hörfa vaam ! » (Repliez-vous ! Repliez-vous !)



Message IV – 1232 mots




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Sam 05 Mar 2022, 20:23



Que l'Ombre dévore


L’odeur de la chair brûlée se détachait de la masse des Réprouvés. Les tissus arrachés, le sang qui giclait, les larmes de la perte : l’ensemble remontait en un parfum de vie et de mort. De douloureuse survie, en réalité, même si certains étaient bien plus morts que vivants. Pas physiquement mais moralement. Je mourais peut-être aussi, en les regardant s’effondrer du haut des remparts de la Vorace. Et, sous mes doigts, un filet bleuté se détachait dans la nuit qui m'entourait. Mon regard fixa avec hébétude la Magie Bleue qui se réveillait, malgré l’effet de la Couronne. L’artefact faisait ressortir le mal en moi et, ce, depuis l’instant où je l’avais posée au sommet de mon crâne. Elle effaçait normalement la bonté car les desseins de l’objet me voulaient ténébreux. Pourtant, dans cette configuration, alors que ma silhouette se détachait des hauteurs de l’édifice, j’avais cette impression d’imploser. Il me semblait voir et ressentir chacun d’entre eux. Je ressentais les chevilles qui se tordaient après avoir trébuché sur un cadavre. J’éprouvais la déchirure de devoir combattre celui qui avait péri plus tôt et qui se relevait à présent pour obéir à l’ennemi. Ma chair se perforait sous l’acier. Ma chair se déformait sous l’acide. Ma chair bouillait sous l’huile. Mon corps ne m’appartenait plus. Il n’était plus qu’une bouillie informe, une bouillie qui, la veille, avait eu de l’importance, avait constitué mon être. Et, en une fraction de seconde, ce qui me rendait fier ou ce qui me rendait honteux, reprenait toute son importance : mon corps était à moi, il était ce qui me permettait de vivre, ce qui faisait mon identité. La conscience d’avoir eu alors que je n’avais plus, voilà ce que j’éprouvais. Je les fixais et je respirais leur douleur. Elle entrait dans mes poumons et ceux-ci menaçaient d’exploser. Au loin, j’avais l’impression de vivre à travers Val’Aimé. Je sentais sa noirceur et son absence d’hésitation à prendre les vies de ceux qu’il ne considérait pas. À ses yeux, elles ne valaient rien. Sa magie s’abattait avec avidité. Il ressentait une certaine jouissance à voir exploser les crânes, à entendre les os craquer sous les pattes des éléphants et à constater l’horreur que son son armée était capable d'orchestrer. En lui, il n’y avait rien de bon. Il serait mort sans hésitation dans l'unique objectif de perpétrer un carnage. Il n’y avait que deux choses auxquelles il tenait : la gloire de son nom et Lhéasse. Un jour, il y en aurait une troisième. J’en eu le pressentiment très clair, sans pouvoir distinguer cette chose. Un sentiment de malaise me saisit. Je n’allais pas apprécier son intérêt futur.

____________________________


Mon poing frappa sur la porte une énième fois. La colère qui me serrait le cœur était bien réelle, noire et terrible. Je n’avais malheureusement pas les moyens de la mettre en œuvre, pas contre les ordres de mon père. Ma haine à son égard avait grimpé en flèche. L’envie d’effacer sa sale face de la surface du monde me hantait à chaque instant de la journée. Lorsque j’étais obligé d’apprendre des cours, que j’aurais d'ailleurs bien vomis à la gueule de mes professeurs, je pensais à lui et à ce qu’il m’avait infligé. J’allais devenir fort. J’allais devenir plus puissant que lui et, dès que je le serais, je lui ferais regretter. Regretter de me marier de force. Regretter d’être lui. Regretter d’avoir lu mon journal à voix haute. La vie était faite ainsi : les enfants grandissaient et finissaient par fleurir, alors que les parents se fanaient et périssaient. J’allais l’aider à sortir de la vie, et de la mienne par la même occasion.

« Laissez-moi sortir où je vous fais éventrer ! » hurlai-je, sans qu’aucune réponse ne me parvînt en retour. Je frappai la porte de nouveau, beaucoup plus fort. Une douleur aiguë remonta le long de mes articulations. J’eus envie de pleurer de rage et de douleur. Malgré moi, je sentis une forme de plaisir dans la souffrance. Néanmoins, mon cri n’attira personne, pas même ma propre raison. « Putain de bordel de merde ! Laissez-moi sortir de là ou je vais me suicider ! Bande de connards ! » Je criais depuis le début des hostilités, seul, enfermé dans la tour qu’Elias m’avait promise en prison dorée. J’espérais qu’il allait crever de la main d’un sale Bipolaire, même si j’avais conscience d’avoir plus de chance de crever ici que lui de se laisser effleurer par ces raclures. Cependant, si je voulais sortir, ce n’était pas pour aller fanfaronner en haut des remparts. C’était en partie, même si je ne l’avouerais jamais, pour m’assurer que ce triple abruti de rouquin n’était pas sur le champ de bataille. S’il y était, j’allais le buter. D’ailleurs, ce n’était que pour ça : personne, à part moi, n’avait le droit de niquer sa sale gueule. « À l’aide ! » hurlai-je, comme un dément, contre la porte. « On m’attaque ! Au secours ! » Il n’y avait juste personne pour m’écouter jouer la comédie. Je ne présentais aucun danger véritable. J’étais encore faible, bien que particulièrement terrible de caractère. C’était d’ailleurs ce que beaucoup disaient de moi lorsque j’étais enfant. « Érasme est vraiment terrible… » J’allais le devenir encore plus, jusqu’à ce qu’ils me relâchassent. Pris dans une frénésie certaine, je ne vis pas tout de suite que ma magie me suivait dans mon appel à l’aide. Longuement, durement, avec quelques hésitations, elle finit par me donner ce que je voulais. Celui que je voulais.

913 mots
Dès qu'il arrêtera ses délires métaphysiques, Elias sonnera peut-être l'arrêt des combats [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers 943930617
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Dim 06 Mar 2022, 08:19




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Le Feu Follet était à l’image de ce que le monde avait vu de lui lors d’Arcadia. Il s’agitait en tous sens, frappait, feintait, esquivait, recevait, hurlait, criait, geignait, dans un ballet acrobatique aux accents désarticulés. Son corps tout entier le faisait souffrir. Hématomes, lésions, entailles, fractures ; les blessures s’amoncelaient comme le tas de cadavres sur lequel il tentait de marcher sans tomber. De sueur, de fatigue et de pleurs, sa vision brouillée battait les secondes au rythme de ses cils épuisés. Il avait perdu sa mère, ses amis et tous ceux qu’il connaissait ; il lui semblait qu’il se débattait aux côtés d’étrangers. Plus rien n’avait de sens et tout s’effondrait. Il n’y avait que ce loup, là, qui surgissait par instant pour lacérer un poitrail, broyer une gorge ou arracher un bras. Et puis un nouveau mort les séparait, et puis des traits de magie noire, et puis les pattes énormes des éléphants. Les pachydermes réduisaient en bouillie tous ceux qu’ils touchaient. Leurs trompes et leurs longues défenses balayaient le sol et en arrachaient ceux qui osaient s’y tenir debout : les corps volaient et s’écrasaient plus loin, dans des bruits sinistres que le chaos de la bataille couvrait. « Maman ! » Ce n’était jamais le silence qui répondait. C’était un fracas infernal qu’il aurait voulu faire taire cent fois. La bravoure n’avait pas de sens. Il regrettait de n’avoir pas suivi son instinct de dernière minute et, avant ça, de n’avoir pas accepté de ne pas venir. Il se sentait stupide, d’une stupidité cousine de la folie. Stupide, et seul. Pris dans un délire, il se demandait ce que foutait Érasme. Qu’attendait-il pour le sortir de là ? Jusqu’à présent, il n’avait jamais réussi à le tuer. Il n’y avait pas de raison pour que cela changeât. Pourquoi ne venait-il pas le chercher ? N’était-il pas satisfait de l’état auquel il l’avait réduit ? De la souffrance que lui faisait ressentir le parfum de la mort ? Il piétinait son propre sang. Il se battait contre lui. La démence avait gagné les rangs réprouvés, et il n’y échappait pas. Lorsque le cor sonna, le jeune Bipolaire vécut un mélange de soulagement, de honte et de colère. Néanmoins, comme les autres, il tenta de faire marche arrière. De se frayer un chemin à travers la steppe mortuaire. Les cadavres affluaient toujours pour combattre. La sorcellerie persistait en volutes mortifères. Les éléphants ne s’arrêtaient pas. Alors il continuait à frapper, à trébucher, à manquer de mourir, à se relever, à recevoir, à crier. Puis tous les sons moururent.



Le loup courait sur les traces de l’adolescent. Il couvrait ses arrières, mais aussi ses avants, et les positions latérales. Le jeune louveteau n’était qu’un néophyte dans l’art de la guerre et, surtout, il ne possédait pas d’aussi bons réflexes que lui. L’aider, c’était assurer sa survie. En même temps qu’il galopait, bondissait et faisait claquer sa longue mâchoire, il cherchait la mère. Elle devait aussi se trouver là, soit parmi les vivants, soit parmi les morts. Son instinct lui soufflait qu’elle était en vie. Il ne la voyait pourtant nulle part. La trompe d’un éléphant trancha l’air au-dessus de son dos. Il plaqua ses oreilles sur son crâne et accéléra pour rattraper le louveteau. Il allait se placer à ses côtés lorsqu’il disparut. Le canidé s’arrêta net. Ses yeux jaunes scrutèrent le champ de bataille, tandis que des jappements de détresse sifflaient entre ses babines. Il huma l’air, mais seule des odeurs de sang, de chair brûlée, de sueur, d’excréments et de terreur lui parvenaient. La trace particulière de chacun des humains se noyait dedans. Il hurla, puis reprit sa course. Il était forcément quelque part, et il y avait encore tous les autres. La meute se dispersait. La meute mourait.



Dans un bruit sourd, Dastan tomba à genoux. Les deux mains posées sur le sol de pierre, il respirait fort, haletait. Le morceau de métal qu’il avait utilisé pour se débattre demeurait coincé sous sa paume gauche. Couvert de sang, de sueur, de terre, de larmes, mais aussi de morceaux de chair ou d’organes, il frissonna en sentant la fraîcheur de la pièce sur son épiderme humidifié. Que s’était-il passé ? Pourquoi n’était-il plus parmi les siens ? Avait-on réussi à les téléporter, tous, ailleurs ? Il n’y croyait pas. Il releva la tête, puis se redressa. Dos à lui, face à la porte, il y avait une silhouette qu’il connaissait bien. Presque par cœur. Quand il se retourna, son palpitant manqua un battement. Il se figea, incapable de formuler une pensée cohérente. Puis, son visage se crispa de colère. Il s’accroupit, positionna la barre métallique devant lui, avant de se lever lentement, prêt à se défendre. Il n’attaqua pas. Il n’attaquait pas, quand ils se retrouvaient dans cette pièce. Il ne… Le jeune Réprouvé fronça les sourcils et plissa les yeux, en portant une main à sa tête. Néanmoins, il ne lâcha pas son arme de fortune. « T’attends quoi ? » cracha-t-il.



Message V – 837 mots

Cool, il me restera quelques survivants nastae




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Dim 06 Mar 2022, 12:45



Que l'Ombre dévore


Je m’immobilisai. Je n’étais plus seul dans mes appartements. Val’Aimé ? J’avais tracé les runes d’invocation plus tôt, en me disant, à tort, que je préférais encore faire face au Chancelier que de rester à moisir ici. Il n’était pas venu, ce qui n’avait fait qu’accentuer ma colère. Mais maintenant ? Non. Sa présence m’aurait fait frissonner d’horreur. Lorsqu’il arrivait, sa magie éventrait la mienne à chaque fois. Là, c’était différent, tellement différent. Je sus rapidement, à l’odeur, à la respiration saccadée. Lorsque je me retournai, ma colère s’était envolée. Ma peau devait être d’une pâleur maladive tant mon incompréhension martelait mes tempes. Mes yeux analysèrent ce que j’avais devant moi. Le sang et la boue maculaient sa peau, si bien que je n’arrivais pas à déterminer si le carmin lui appartenait ou non. Ses cheveux roux étaient noyés dans la crasse. Il était couvert de sueur et ses vêtements étaient déchirés par endroits. J’étais immaculé, dans mes habits noirs et impeccables. En moi, des émotions contradictoires s’affrontaient violemment. Le Sorcier désirait rire de son malheur, appuyer sur la mort de son orgueil et lui enfoncer la lame de son mépris en plein cœur. Et il y avait moi, qui prenais conscience du fait que d’autres sentiments poignaient, mordant ce que la nature aurait désiré qu’il existât entre un Réprouvé et un Mage Noir. Si le voir à l’affût devant moi me plaisait, le soulagement de le savoir vivant était plus fort que le reste. Ma poitrine n’était plus qu’un champ de ruines, celui de mon honneur et de ma noirceur, perdus sur l’autel de notre relation. Je sentis les digues lâcher petit à petit. Mon immobilisme se mua en mouvements et je dévorai la distance qui nous séparait en un instant. Je l’attirai à moi, en ignorant la barre de métal. Mon nez me piquait et mes yeux s’embuaient du même soulagement qui ne cessait de ravaler mes moqueries. Il puait, il était sale, mais ça n’avait aucune importance. Je n’arrivais plus à parler, tant ma gorge était nouée. Quelque part, au fond, bien au-delà de mon apaisement à le savoir vivant, je savais que je me parjurais, que ce geste était mal et que j’aurais dû en profiter pour l’humilier et le tuer. Je savais qu’il n’hésiterait jamais, lui. Je savais que je me fourvoyais. Je savais que je tombais. Et l’interdiction de mon père planait comme une menace effrayante au-dessus de moi, me rendant l’étreinte d’autant plus difficile.

Je m’écartai, le fixai comme si je le redécouvrais ou cherchais à savoir si chaque partie de lui était encore présente, puis déglutis. Je me raclai la gorge et fus sauvé de ma honte par les traces de mon sang sur le mur juste derrière lui. Je restai interdit un instant, avant de me diriger vers la carafe d’eau qui se trouvait sur mon bureau. Je lançai son contenu sur les traces et enlevai mon haut pour frotter, en constatant que le sang séché était bien trop résistant. Ce n’était pas le moment. Si Val’Aimé décidait, finalement, de répondre à mon appel, alors il le tuerait. Et… Et ils allaient le tuer s’ils le découvraient là. Comment était-il venu ? Et comment pourrait-il repartir ? Je me tournai et me redressai. « Change toi putain ! » aboyai-je, comme si l’évidence était si grande qu’il m’était inconcevable qu’il ne l’eût pas fait avant. Pris d’une frénésie de crainte, j’éliminai de nouveau la distance entre nous et tentai de le débarrasser de ses affaires. « Il faut qu’on brûle tout ça. Putain… Comment t’es venu ici ? Si on te voit là tu vas crever, et moi avec. » Je vis une opportunité de me rattraper et la saisis, aussi ridicule pût être ma tirade. « Enfin, c’est surtout pour moi en fait. Toi, je m’en fous. » Je m’arrêtai un temps et repris, en essayant de paraître véhément. « T’en as pas marre de me foutre dans la merde ? » Mes doigts tremblaient et mon ton n’y était pas. Cette guerre était folle mais mon inquiétude était tournée vers lui depuis le début, comme si le reste n’avait aucune importance. Je me serais frappé pour ça. Je haïssais tout le monde, sauf lui. J’aurais fait cramer le monde sans hésitation, si j’avais eu la certitude qu’il était à l’abri.

____________


« Altesse ? » Je levai les yeux vers le général qui venait d’apparaître devant moi et enlevai mes mains de la muraille. Je le fixai, attendant son rapport. « Les Réprouvés abandonnent. » Je le savais déjà. La suite ne fut qu’une succession d’état des lieux et de chiffres. Rien ou presque n’était fâcheux pour le peuple des Sorciers. La victoire était écrasante et, en cela, elle me paraissait terrible. Politiquement, c’était une excellente nouvelle et j’avais conscience qu’il me faudrait me raccrocher à cet élément et ne pas penser à ceux qui avaient perdu la vie aujourd’hui. Je devais me battre pour le camp que je gouvernais jadis, que je dirigeais aujourd’hui et que je gouvernerais de nouveau d’ici peu. Je ne pouvais pas me permettre d’endosser chaque point de vue, de souffrir en même temps que l’humanité entière. Je n’avais pas les épaules assez solides. Je ne pouvais pas me le permettre. Tant que les intérêts des uns et des autres divergeraient, il y aurait des guerres. Il n’y avait pas le camp de la raison d'un côté et le camp des torts de l’autre. Il n’y avait que les perdants et les gagnants. L’Histoire s’écrivait par et pour les derniers. Relativiser à l’extrême ne m’aiderait pas. Il était bien plus facile de haïr l’ennemi. Je ne pouvais pas renoncer à ce que je désirais et, même, sans ce paramètre, je ne pouvais pas me battre contre le Destin. Le Destin… Il faisait une excellente excuse, répugnante mais excellente. « Très bien. » articulai-je, d’une voix sèche, avant de lever la main en l’air. La Magie des Ténèbres s’en échappa, sonnant la fin de la bataille. Chancelier Elzagan, veuillez retirer vos troupes, envoyai-je, au concerné, qui mit quelques minutes avant d’obéir mais s’arrêta tout de même.

Malgré notre réussite, je me sentais immensément vide. Aussi, je savais que ma tâche n'était pas terminée. Il y avait deux Belegad à l'intérieur d'Amestris et les deux étaient deux problèmes de plus à régler.

1016 mots
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Priam & Freyja
Lun 07 Mar 2022, 08:31




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Dastan ne bougea pas. Il accueillit l’étreinte sans broncher. Elle lui fit l’effet d’une claque. Elle venait rompre le cycle de haine et de violence avec une brutalité indicible. Il lâcha la barre métallique, qui ricocha contre le sol dans un tintement froid. Ses doigts effleurèrent la chemise du Mage Noir. Ils se replièrent doucement dessus, puis lâchèrent comme s’ils n’avaient jamais rien tenu. Ils tremblaient. Ils le brûlaient. L’enlaçade le brûlait. Elle brûlait ses convictions – Érasme ne l’avait pas tué, pas encore. Elle brûlait son corps – ses blessures s’enflammaient sous la pression des bras du Sorcier. Elle brûlait son cœur, d’une façon si particulière qu’elle lui semblait indéfinissable. Il avait envie de le serrer contre lui, et de le repousser, aussi. Il voulait retourner sur le champ de bataille, aider les siens, rentrer avec eux. Il désirait aussi se blottir contre le torse du Prince Noir et se laisser aller au sommeil et à la paix. Oublier, là, dans le néant de ses vêtements, contre sa chaleur humaine. Oublier. Il ne savait pas vraiment quoi, il ne le savait pas encore, mais oublier. Juste oublier. Oublier. Il sonda ses yeux, ce grand bleu, plus vivace encore que certaines parties de l’océan qu’il avait traversées pour arriver jusqu’ici. Il voulait noyer tous ses souvenirs dedans. Les jeter dans ces vastes espaces, les perdre et ne jamais les retrouver. Sa mâchoire trembla et il recula d’un pas, au moment où le regard d’Érasme s’écartait de lui. Ils venaient de vivre l’un de ces instants qui n’appartiennent à rien : ni au temps, ni à l’espace, ni à l’histoire – seulement à la résonance des âmes. Et puis tout s’était évanoui dans le fracas de la réalité.

Hébété, il l’observa jeter de l’eau et frotter le mur ensanglanté. Il ne lui parut pas bizarre de voir la couleur vermeille jusqu’ici. Ses yeux descendirent sur les courbes minces du corps de l’adolescent. Il avait l’air si frêle, à côté des musculatures qu’il pouvait admirer chaque jour. Il avait l’air si faible, si malade, si défait. Comment son peuple avait-il pu balayer le sien avec tant de facilité ? Il le savait. Il le savait depuis longtemps, et ce jour-là, il ne pouvait faire autrement que de le comprendre pleinement. Les muscles ne pouvaient pas rivaliser face à la magie. Ils vivaient dans un monde qui n’était pas fait pour eux. S’ils ne s’adaptaient pas, ils mourraient. C’était injuste. Injuste. Pourtant, ils étaient loin d’ignorer la loi du plus fort. Ça n’avait rien de différent. « Je n’ai rien pour me changer. » se contenta-t-il de répondre, d’un ton morne. Son esprit joueur était anesthésié par les horreurs qu’il avait dû supporter. Il n’avait pas envie de taquiner Érasme. Il n’avait pas envie de l’insulter. Il n’était même plus en colère. Il se sentait juste… vide. Vide, brisé. C’était comme s’il avait laissé un morceau de lui sur le champ de bataille, et qu’il ne le retrouverait jamais. Un élan de panique fit battre son cœur. « Arrête. » Les mains d’Érasme s’activaient sur lui, vainement. Il protestait, vainement. Tout lui semblait particulièrement vain. C’était ça, cette sensation de vide : celle de ne pouvoir rien dire, rien faire, rien penser qui pût changer le reste. Être vain. « Je serais mort sur le champ de bataille, de toute façon… » Le jeune Bipolaire fixait un point devant lui. Les piques et les attaques du brun ne l’atteignaient pas. Elles le traversaient, pareilles à des lances venues fendre la surface d’un lac. Le trait déchirait l’eau puis s’enfonçait dans les profondeurs, et le calme revenait aussitôt. Il était un lac. Plat, infiniment serein, figé. Rien ne venait troubler son apparence ; tout se jouait dans ses tréfonds.

Malgré tout, il retira le haut qui lui collait à la peau, en tirant davantage sur les trous du vêtement pour le déchirer tout à fait. Il laissa Érasme baisser son pantalon sans faire une seule blague sur ce qui adviendrait ensuite. Il retira ses bottes, puis il demeura là, comme ça, sans savoir où aller, sans savoir quoi répondre. Il ignorait comment il était parvenu jusque-là. Il ignorait pourquoi il s’évertuait à mettre le Prince Noir dans l’embarras. Il ignorait comment il avait survécu jusque-là. Il ignorait tout et ne savait rien. « Je suis désolé. » souffla-t-il, avec toute la sincérité que son palpitant de Manichéen pouvait exprimer. Son regard bronze se focalisa enfin sur le visage pâle de son interlocuteur. « Il faut que je retourne avec les miens. » En boitillant, il s’approcha de la fenêtre. Chaque mouvement lui arrachait une grimace de douleur. L’adrénaline était retombée, et avec elle, l’insensibilité à la souffrance. Il regarda en contrebas. « C’est trop haut. » constata-t-il simplement. Et puis il n’osa pas relever la tête, il n’osa pas regarder plus loin, il ne savait pas ce qu’il y avait, plus loin. Il croisa ses bras sur le rebord de la fenêtre et posa son front dessus.


Debout devant la mince fenêtre qui servait aux prisonniers d’espoir illusoire, Freyja scrutait l’extérieur. La tour de la prison était haute, comme si on avait voulu séparer d’autant plus les condamnés du reste du peuple. Elle était si haute que l’Ange disposait d’une vue imprenable sur le champ de bataille. Les yeux couverts de larmes, elle admirait la débâcle de ses pairs. Elle savait qu’elle n’aurait pas dû regarder. Elle n’aurait pas dû regarder l’huile et l’acide faire fondre leurs peaux et leurs organes. Elle n’aurait pas dû regarder les éléphants faucher leurs vies. Elle n’aurait pas dû regarder les soldats de Val’Aimé les cribler de magie noire. Elle n’aurait pas dû regarder Elias, immobile sur ses remparts, à scruter le carnage que ses troupes orchestraient. Son cœur avait souffert de chaque seconde écoulée. Elle avait essayé de faire porter sa magie jusqu’à eux, mais c’était impossible. Elle ricochait contre les murs de sa cellule et lui revenait, intacte. Son esprit avait crié des mots qui n’étaient jamais parvenus à qui que ce fût. Elle avait goûté toute l’ampleur de son impuissance. Elle avait tempêté, elle avait pleuré. Elle avait gratté encore ce bras qui la torturait. Elle avait cessé, elle avait recommencé. Et puis elle avait tout abandonné, et elle s’était résolue à la seule chose qu’elle pouvait faire : regarder, dans un silence hurlant de regrets et de culpabilité inutiles. Interrompue, parfois, par des questions d’avenir qui lui paraissait toutes plus désuètes les unes que les autres. Qu’allait-elle devenir ? Comment ferait-elle pour sortir d’ici ? Pouvait-on se débarrasser de la marque des Mayfair ? Comment ? À quoi songeait Kaahl ? Que comptait-il faire ? Allait-il venir ici ? De quelle façon ? Elle songea à la promesse qu’elle avait faite à Adam, celle de ne pas mourir. Il ne la tuerait pas. S’il l’avait souhaité, il l’aurait tuée à la seconde où les Archimages avaient senti sa magie s’insinuer dans leurs esprits. Elle savait pourquoi il l’avait fait enfermer ici ; parce que sa geôle avait au moins le mérite de protéger son intégrité physique. Elle le comprenait, cependant, elle lui en voulait quand même. Il la privait de la possibilité de protéger les siens. Et s’ils étaient morts ? Elle ne se le pardonnerait jamais. Comment pourrait-elle vivre avec ça et sans eux ? Elle imagina Priam éventré par la magie d’un Sorcier et ses larmes redoublèrent. Elle avait besoin de savoir. Elle voulait que Kaahl vînt, qu’il lui dît qu’il avait fait attention à eux aussi, qu’il lui promît qu’ils allaient bien. Elle voulait voir dans ses yeux son humanité déchirée par le carnage ; elle voulait y déceler la douleur, la tristesse, l’empathie et tout ce qui pourrait lui indiquer qu’il n’était pas un monstre. Elle se moquait du Destin. Elle se moquait qu’il eût besoin de monstres et de héros. Ce n’était pas ce qu’elle voulait, elle. Elle voulait juste un homme, celui qu’elle aimait, malgré la guerre, malgré la haine, malgré cette stupide prophétie, malgré tout. Elle voulait se blottir dans ses bras, le serrer contre elle et oublier. Le frapper, lui dire qu’elle le détestait. Puis oublier, et l’embrasser.


Essoufflés, harassés, Raguel et Hazaan se regardèrent. Tous les macchabées étaient retombés. Les vivants se relevaient péniblement. Seul le bruit de leurs mouvements perçait le silence de mort qui régnait. « J’aurais dû t’écouter. » souffla-t-elle. Il la regarda. Il ne dit rien. Puis, il se mit en marche, et d’autres le suivirent. Elle ne pouvait pas savoir que ça n’aurait probablement rien changé. À ses côtés, elle demanda : « Est-ce que ça vaut la peine de retourner aux navires ? » Il inspira. « Je ne sais pas. Ils ont tué les guerriers qu’on y avait laissés. Peut-être qu’il ne reste rien. » - « Dans ce cas, il faut rentrer à pied à Sceptelinôst. » Elle se retourna pour regarder ceux qui les suivaient. « Ils ne sont pas tous en état pour ce voyage. D’autres vont mourir. » - « Je sais. » - « On devrait essayer les bateaux. » - « Envoie quelqu’un en reconnaissance. Pour le reste, il faut qu’on s’éloigne. On avisera une fois qu’on sera à peu près à l’abri. Il faudra qu’on soigne un minimum les blessés avant de partir où que ce soit. » Elle acquiesça et s’envola vers l’arrière de la colonne, en recherche d’un combattant suffisamment en état pour voler jusqu’aux emplacements des embarcations. Les poings serrés, Hazaan marchait. Le prix payé pour servir les prédictions des Dieux lui déchirait l’âme. Il était trop élevé. Sans doute était-ce ce qu’ils recherchaient ; un tribut si lourd à porter qu’ils ne pourraient pas faire semblant de vivre sans ?



Le loup avait retrouvé la mère. On l’aidait à marcher, mais elle était en vie. C’était presque inouï, au cœur de cet océan de cadavres. Le canidé lécha sa main, puis poussa un petit couinement. Elle le regarda sans comprendre, sans le reconnaître. Elle reprit son chemin, bancale. Il s’arrêta et regarda derrière lui. Les hauts murs d’Amestris surplombaient le désastre. Le chaos de la bataille avait laissé place à un silence terrible. À mesure que les survivants s’éloignaient de cette sépulture à ciel ouvert, des corbeaux s’agglutinaient autour des chairs puantes. Ils plongeaient leur bec dedans et fouillaient à la recherche de cette saveur si chère à leurs papilles. Le loup gronda sur ceux qui s’approchaient des charognes autour de lui et sauta en avant pour les faire fuir. C’était une entreprise inutile. Il ne pourrait jamais les chasser de tous les corps. Il ne pourrait pas protéger chaque mort de la meute. C’était impossible. Il leva à nouveau son museau vers les remparts. Derrière eux, il y avait au moins une personne qui lui était chère, peut-être deux. Il l’espérait. C’était toujours mieux que de les croire mortes. Alors, il s’assit sur son arrière-train, et dans une promesse de retour, il poussa son long cri mélodieux.



Message VI – 1827 mots




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Kaahl Paiberym
~ Sorcier ~ Niveau VI ~

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Kaahl Paiberym
Lun 07 Mar 2022, 20:45



Que l'Ombre dévore


Mes sourcils se froncèrent et mes lèvres se pincèrent. Mes yeux étaient fixés dans son dos, sur l’avatar de sa défaite, sur l’illustration de sa chute. J’aurais dû en être ravi. Pour toujours et à jamais, cet échec cuisant se tiendrait entre nous, preuve de la supériorité de mon peuple sur le sien. C’était la fin de ses jérémiades, la fin de son orgueil. Pourtant, il y avait ce sentiment qui transperçait ma cage thoracique et qui, mélangé à la peur que quelqu’un le trouvât ici, me tordait aussi l’estomac. Le silence entre nous m’inquiétait. Je préférais lorsqu’il se débattait. Je préférais lorsqu’il me fixait de ses yeux emplis d’une insolence vaine. Le voir ainsi me donnait envie de lui faire du mal, de lui enfoncer mes ongles dans la chair pour qu’il réagît. Pourtant, j’avais l’impression que j’aurais pu réaliser sur lui toutes les tortures du monde qu’il n’aurait pas bronché. Il aurait crié, pleuré peut-être, mais ne se serait pas débattu outre mesure. Il se serait laissé faire, comme un oiseau sans aile qui choisit de se jeter du haut d’une falaise pour en finir plus vite. J’avais envie de lui hurler dessus, de le réveiller de son agonie mentale. Je voulais qu’il se battît contre moi et contre la mort. Le voir boîter m’énervait. L’envie d’être le seul à le conduire à cet état était viscérale. Il était à moi. Il ne le savait juste pas encore. Et il ne le saurait jamais s’il mourait ici. C’était hors de question. Je serais le seul à pouvoir le piétiner.

Je m’avançai vers la fenêtre. Le bruit des combats avait cessé. Mes doigts hésitèrent puis, dans un mouvement maladroit, ils se posèrent sur son dos, juste en dessous de sa nuque. La paume de ma main épousa sa peau, pour le soutenir, pour le tenir, pour l’acquérir. Si je voulais le torturer plus tard, je devais le sauver maintenant. « Je vais t’aider. » dis-je, difficilement. C’était un aveu, l’aveu de mon intérêt, l’aveu de ma faiblesse. J’aurais tué sans aucune hésitation n’importe lequel de ces chiens de Réprouvés. Mais lui, non. Pas maintenant. Pas déjà. « Tu vas prendre un bain et je vais confectionner une potion pour te teindre les cheveux. Les roux c’est pas vraiment… Et puis si Val’Aimé vient, il te reconnaîtra. Et mon père aussi. » Ils le reconnaîtraient dans tous les cas mais je refusais de m’avouer vaincu, de me dire que la puissance de ces hommes dépassait mes maigres tentatives de sauvetage et qu’ils étaient tous les deux probablement déjà au courant de sa présence ici. « Je vais te donner des vêtements à moi et… » J’expirai. « Tu vas rester ici jusqu’à ce qu’on trouve une solution pour te ramener chez toi. » Sa peau était bien plus chaude que la mienne, plus tendue aussi du fait de la musculature qu’il ne cessait d’acquérir. Je déglutis, contrarié par la jalousie qui me torturait. Il n’y avait pas qu’elle mais je la ressentais quand même. Je ne savais pas quoi faire de lui, ni quoi faire de nous. « Si quelqu’un te voit, on dira que tu étudies avec moi… De toute façon, on m’a enfermé dans cette tour jusqu’à ce que je passe mes examens. On vient juste me nourrir. Et il y a les professeurs aussi mais je devrais pouvoir te cacher tant que mon père ne se rappellera pas de mon existence. » Je laissai un blanc s’installer. « Il m’a interdit de te voir. » avouai-je. Je parlai presque seul, en l’observant. Je m’appuyai contre le mur. « De toute façon, c’est fini maintenant. » dis-je, en parlant de la bataille. « Que t’y ailles ou pas, ça ne changera rien. À part te faire tuer... Et, ça, c’est un droit qui m’est réservé. » Je croisai les bras sur mon torse. « Je te tuerai quand t’iras mieux. Je ne tue pas les loques. C’est déshonorant. » Je conclus, en fixant le mur d'en face. « Reste avec moi. »

____________


Dans le silence presque assourdissant, les hurlements du loup se répercutèrent contre les remparts. Je savais, parce que je l’avais vu, plus tôt. Malgré tout, la tristesse qui se dégageait du cri me fendait le cœur. La fissure qui s’y trouvait déjà se creusa davantage. Je m’étais rendu compte de ce qui me liait à Priam lorsque j’avais commencé à desserrer mon emprise sur Aliénor. Ce rêve avait attaché mes poignets à la corde qu’il tenait en toute insouciance. À présent que j’en avais conscience, je savais que j’avais entre les mains les cartes d’un jeu dangereux. « Soldat. »  « Oui, Altesse ? » « Amenez-moi le loup. » « Le… ? » Je tournai mon regard glacial vers son visage. « Suis-je le seul à entendre un loup ? » « … Non. Non, bien sûr. » « Bien. Alors, faites ce que je vous demande. » Il semblait perdu, comme s’il n’arrivait pas à conceptualiser la requête. Aussi, je précisai. « Attirez-le d’une manière ou d’une autre, en blessant un Réprouvé par exemple. Ne le blessez pas, lui. Enfermez-le dans une cage à hauteur d'homme et livrez-le-moi dans mes appartements. » « À vos ordres. »

L’envie de jouer du violon rendait mes doigts impatients. La musique me permettait de m’évader, de réduire mes pensées envahissantes au néant. Ne restait alors plus que la création et le sentiment prédominant de l’air exécuté. Je n’avais pourtant pas le temps. Je fermai donc simplement les yeux quelques secondes, toujours en haut de mes remparts, loin des cadavres qui maculaient le sol. J’écoutai un instant les croassements des corbeaux et les bruits si caractéristiques des vautours avant de les effacer de mon esprit. Le corps de Cyrius s’imposa dans ma vision mentale. Lorsqu’il ne jouait pas, sa silhouette n’avait rien d’élégante. Elle changeait pourtant du tout au tout dès que ses doigts s’emparaient d’un instrument. Il devenait prodigieux, comme chacune de ses créations. Je m’imaginai m’approcher dans son dos et mordre sa peau. Son sang, dans ma gorge, était toujours excellent. Je devrais le voir, plus tard, l’acculer et boire tout ce qu’il pourrait m’offrir. Entre temps, ma présence à l’intérieur de la prison était requise.

Mes pas résonnèrent sur la pierre froide et grise. Je me retrouvai devant Laëth, sans que mon visage ne changeât en rien. J’avais verrouillé certaines émotions. Cette guerre m’avait été difficile pour plusieurs raisons, dont celle qui se trouvait enfermée là. J’ouvris la grille, sans pour autant entrer dans la cellule. « Taisez-vous et suivez-moi. » ordonnai-je. Je tournai les talons sans me préoccuper de savoir si elle marchait dans mes pas. Je savais que c’était le cas. Elle ne pouvait se soustraire à aucun de mes commandements tant qu’elle aurait la marque des Mayfair. Je savais que le temps était compté. Dès que d’autres sauraient, ils se battraient pour la posséder. Des Sorciers déposeraient des dossiers entre les mains de ses propriétaires et ceux-ci décideraient en fonction du plus offrant. Une Ange aussi renommée en esclave valoriserait son détenteur. Surtout, j’étais certain que beaucoup avaient à l’esprit son refus de m’épouser. Réussir à posséder ce que l’Empereur Noir n’avait pu obtenir était une victoire en soi. Dangereuse mais une victoire tout de même.

À aucun moment je ne nous téléportai. Je me contentai de suivre les passages secrets liant les bâtiments administratifs et le palais entre eux. J’avais besoin de temps pour réfléchir à une échappatoire. Il était hors de question de la relâcher gratuitement. Les rumeurs allaient vite et, surtout, les Mayfair étaient avertis dès que leur marque était apposée. Ma protection se heurtait à l’efficacité du système en place.

« Après vous. » lui dis-je, en ouvrant la porte de mes appartements de fonction. La pièce principale était un large bureau mais l’ensemble regroupait tout ce qu’une personne qui travaille beaucoup a besoin. Je fermai le battant derrière moi. « Tu peux parler maintenant. » articulai-je, en activant les protections propres à la pièce. « Dastan est avec mon fils et Priam devrait nous rejoindre. » dis-je, sans bouger de devant la porte. Je mourais d’envie de lui reprocher son comportement inconsidéré mais je restai muet à ce sujet, conscient que mes accusations n’arrangeraient pas la situation. Mes yeux se fixèrent à son bras. Je n’avais aucune envie de voir ses larmes. Je n’avais aucune envie de faire face à son expression. Je préférais ses blessures physiques à ses blessures mentales. Je finis par me caler contre le mur et par fermer les yeux après avoir croisé les bras sur mon torse.

1417 mots
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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Mar 08 Mar 2022, 21:26




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Sous la paume d’Érasme, un frisson naquit et griffa tout le dos de Dastan. Il resserra les poings et retint sa respiration. Les mots qui lui parvinrent firent trembler ses lèvres. Il ne savait pas de quoi il avait envie ; s’il avait envie de refuser, de pleurer, de rire, de s’insurger, d’accepter. Il ne savait pas. Ces trois mots, simplement, s’étaient frayés un chemin jusqu’à lui et l’avaient frappé en pleine poitrine. Chaque syllabe avait soulevé son palpitant, d’un haut-le-cœur ou d’un élan. Il ne savait pas. Il n’y avait plus rien à savoir. Il recommença à respirer. Il se sentait d’une vieillesse infinie. Comme si, en quelques minutes d’intense violence, il avait pu faire le tour du monde, le tour des âmes, le tour de tout. Que restait-il encore après ça ? Il voulait rentrer chez lui. Rentrer chez lui et se blottir dans les brins d’or. Ne pas voir le sang qui les maculait. Ne pas regarder la réalité en face. Oublier. Pourtant, déjà, les visages des morts dansaient contre l’écran de ses paupières. Il essayait de se raccrocher aux paroles du Sorcier, mais elles semblaient flotter dans l’air à la manière des nuages : insaisissables et ouateuses. Il serra les dents et fronça les sourcils, en appuyant plus encore son front contre ses avant-bras. Ses épaules se mirent à trembler. Ce n’étaient pas des sanglots. C’était la fatigue du corps, qui lâchait ses dernières résistances. Ses jambes suivirent : l’appui de la fenêtre lui fut salvateur. Pourtant, il trouva la force de faire rouler sa tête pour la tourner vers lui, lorsqu’il mentionna l’interdiction. En temps normal, il aurait souri. Défier par hasard les volontés de l’ancien Empereur Noir avait toujours quelque chose de grisant. Cette fois-là, c’était juste… rien. Il ne ressentait rien. Il lui semblait que son cerveau avait été formaté pour tout traiter de manière factuelle. Le Vautour ne voulait pas de lui ici, encore moins auprès de son fils. Il finirait par le trouver, c’était évident. Ensuite, il le ferait sans doute tuer. Il se moquerait des désirs d’Érasme. Il se moquerait qu’il prévît de l’assassiner plus tard, lorsqu’il serait au meilleur de sa forme. Il le ferait tuer, et ce serait terminé. Rester dans cette chambre, c’était juste s’accorder un sursis. Dastan referma les yeux. Un nouveau frémissement lui caressa le dos. Il soupira. « Tu veux que j’aille où ? » répondit-il, après de longues secondes de silence.

Dehors, le loup hurla. Lentement, il se redressa. Il sentit alors sa propre odeur. Une nausée se cramponna à sa gorge. Le jeune Réprouvé regarda autour de lui et se dirigea tant bien que mal vers la première porte qu’il vit. Ce n’était pas juste ses jambes. C’était aussi ses côtes, ses épaules, ses mains, ses pieds, son dos, son ventre, sa tête. Il avait mal partout. La main sur la poignée, il l’actionna pour entrer dans la pièce. La lumière s’alluma. Il demeura dans l’encadrement de la porte, muet. Ses yeux bruns observaient ce qui s’offrait à lui, et le malaise lui tordait les boyaux. Il y avait des serviettes et le parfum du savon régnait, mais il n’y avait pas de baquet d’eau. À la place, il y avait tout un tas de choses qu’il n’avait vues qu’une fois, à Stenfek, chez Priam et Freyja, longtemps auparavant. Il y avait notamment ce grand bac en pierre noble, dont l’un des rebords se paraient de tuyauterie dorée. Il ne s’en était jamais servi. À Lumnaar’Yuvon, on passait son temps à se moquer de ceux qui ne tiraient pas l’eau du puits pour se laver, de ceux qui craignaient trop la fraîcheur de la rivière pour s’y baigner, de ceux qui se défiaient de la nature et transformaient sans cesse leur monde. Dastan pinça les lèvres. Ils avaient un savoir qu’eux n’avaient pas ; et c’était ce savoir et cette maîtrise qui, aujourd’hui, les avaient exterminés. Il s’avança, la main sur les côtes. « Érasme ? » Il attendit qu’il fût près de lui. « Je ne sais pas comment ça fonctionne. » Dès qu’il lui eût montré, le roux se glissa dans la baignoire. La chaleur de l’eau fit frissonner tout son corps. Presque instantanément, ses muscles se détendirent. La sueur, le sang, la terre, les lambeaux ; tout se détacha de sa peau et se noya dans l’eau claire. Il se laissa glisser contre le fond pour s’immerger. Lorsqu’il ressortit, il prit le savon et le frotta lentement contre son épiderme. Selon les zones, il grimaçait de douleur. Il se rinça et s’extirpa du bain en frémissant, aussi difficilement que s’il avait eu trois mille ans. D’un geste mesuré, il attrapa la première serviette qu’il trouva et s’enveloppa dedans. Son contact était doux et chaud. Lentement, il retourna dans la chambre. Ses iris bronze cherchèrent la silhouette du Prince Noir et s’arrêtèrent dessus. Il ne dit rien, comme s’il attendait quelque chose. Il attendait peut-être vraiment quelque chose. C’était plus simple de faire ce qu’Érasme lui disait. C’était plus simple de ne pas se confronter à soi-même.


Le Loup fermait la marche. Il trottinait autour des derniers Réprouvés, reniflait les corps dans l’espoir d’y sentir un semblant de vie, jetait des coups d’œil inquiets derrière lui. Il veillait. Tous ses sens en alerte, il ne put manquer l’apparition soudaine d’un Sorcier, sur le champ de bataille. Il se retourna, babines retroussées et gorge grondante. Un Bipolaire s’arrêta. « Viens, loup ! » cria-t-il. « Laisse-le. » rétorqua un autre. « Il a dû sentir quelque chose. Il nous rejoindra. » Déjà, l’animal s’éloignait en trottinant, bondissant par-dessus les macchabées et ceux qui étaient trop grièvement blessés pour effectuer le voyage. En quelques foulées, il vit celui qui osait troubler la paix. La bête ne s’approcha pas plus. Elle se mit à effectuer des allées et venues, parallèlement à la position du Sorcier. Ses yeux jaunes ne le quittaient pas, comme s’ils cherchaient à évaluer ses intentions. Dès qu’il faisait un mouvement, un grondement sourd jaillissait d’entre ses dents. Il lança quelque chose. Le loup bondit de côté, avant de s’approcher pour sentir l’objet du jet. C’était une tête. Une autre la rejoignit rapidement. Ces figures, il les connaissait. Elles faisaient partie de la meute. Il poussa un jappement féroce, sensible à la provocation du Mage Noir, qui poursuivait ses efforts pour l’attirer vers lui. Il n’en fallut pas beaucoup plus pour que le loup ne s’élançât dans sa direction, ventre à terre. Le Sorcier eut juste le temps de déployer sa magie pour le faire chuter, les quatre pattes liées ensemble. Le couinement du canidé le fit sourire.


Le cri du loup remplit sa poitrine vidée d’espoir. Priam. Penchée par la fenêtre, elle essaya de discerner la silhouette du canidé, mais il n’y avait plus rien qu’une marre de cendre et de sang. Il était en vie, et probablement dehors, mais qui pleurait-il ? Elle, ou quelqu’un d’autre ? Il y avait de la tristesse, dans son long hurlement. Un déchirement qui avait d’autant plus fissuré son cœur. Le bruit des pas le figea. L’Ange se retourna. Lorsque ses iris rencontrèrent la silhouette d’Elias, elle releva légèrement le menton. Sa main droite courut sur son avant-bras gauche maculé du sang qu’elle s’était arraché. L’ordre lui comprima la cage thoracique. Ses traits se durcirent de mécontentement et de révolte battue en brèche. Pourtant, comme demandé, elle se tut et le suivit. En chemin, elle essayait de mémoriser le dédale de couloirs. Ses pensées se perdaient à chaque détour. Ses sentiments voletaient, griffaient, caressaient, frappaient. Muselée comme un chien, elle ne pouvait rien exprimer. Tout enflait en elle, ou tout se délitait. Elle ne savait pas. Elle scrutait sa nuque et se demandait s’il bouillonnait. S’il avait envie de la gifler pour être intervenue de la sorte et avoir risqué sa vie. S’il s’en moquait. S’il s’y attendait. S’il était soulagé de la voir. S’il comptait lui faire payer son inconscience, plus qu’en la jetant dans un cachot et qu’en la marquant – temporairement ? – du nom des Mayfair. Allait-il suivre les règles et lui imposer un procès, ou trouver un moyen détourné de lui faire quitter Amestris ? Il ne la laisserait pas mourir, elle le savait. C’était ce qui le mettait dans une position délicate, ce refus de la tuer. Il aurait été plus facile de la laisser périr. Il aurait été plus facile d’ordonner sa mort, là-bas, sur le champ de bataille. Elle serait passée presque inaperçue. Mais elle avait conquis une place dans son cœur qui n’admettrait jamais son trépas. Il l’aimait, et d’une certaine façon, cela les condamnait tous les deux. Elle le mettait face à ses impossibles ; il la retenait prisonnière. Ce n’était pas qu’une question d’instants, ce n’était pas que l’issue de la bataille ; c’était une vérité continue. Ils s’aimaient autant qu’ils se confrontaient. Ils se libéraient autant qu’ils s’esclavageaient.

Elle passa la porte sans le regarder, puis observa l’agencement de la pièce. Un grand bureau, plusieurs bibliothèques, des rangements, quelques tableaux, un miroir. Bien que l’ambiance fût drastiquement différente, on y notait le même soin du détail et de l’ordre que dans sa chambre de Vervallée. L’Ange sentit l’interdiction se lever comme si on lui retirait un poids de la poitrine. Elle frissonna d’horreur. Pourtant, elle demeura muette et ne se retourna pas. Ses yeux continuaient à scruter les reliefs des appartements. Seule la phrase suivante interrompit leur mouvement. Tendue, elle pivota vers le Sorcier. « Comment… » Elle serra les dents. « Relâche-les. » Une colère sourde escalada ses artères. « Que je me retrouve là, je le comprends. Mais pas eux, ils n’ont rien fait. » Au moins, ils étaient vivants. Ils étaient vivants. Elle s’approcha. Le détestait-elle ? « À part essayer de survivre à ce massacre, évidemment. » Les lèvres pincées, elle le scruta. L’exécrait-elle ? « Regarde-moi. » Une seconde d’attente. « Regarde-moi ! » Un nouveau pas décidé ; puis elle attrapa son menton entre ses doigts et le força à relever la tête. C’était la première fois qu’elle touchait véritablement Elias Salvatore, cet homme qui incarnait celui qu’elle aimait sans l’être tout à fait. Lorsqu’il ouvrit les paupières, leurs prunelles se percutèrent. Elle y chercha la trace de son humanité déchirée. Le haïssait-elle ? Il y avait ces chaînes, chevillées à son palpitant, à son corps, à son esprit, à son âme. Celles qui la soumettaient et celles qui n’avaient pas besoin de magie pour exister. Sa main libre remonta jusqu’à son cou et entoura sa gorge, sans serrer. « Je devrais te tuer. » Mais que resterait-il d’elle, s’il mourait ? Si elle était celle qui l’achevait ? Elle ne survivrait sans doute pas longtemps, mais les secondes qui la sépareraient de la mort serait chacune une éternité de souffrance. « Je ne peux pas. Je ne veux pas. » Elle ferma les yeux. Depuis le début de la bataille, la prophétie d’Hazaan tournait en boucle dans sa tête. Dans sa cellule, elle avait eu le temps de la retourner dans tous les sens. Elle avait eu le temps de réfléchir à beaucoup de choses, ses iris fixés sur l’horreur de la bataille. « Que la Lumière rayonne… » murmura-t-elle. « Je hais le Destin. » Puis, elle baissa la tête et laissa son front tomber contre le torse du Mage Noir. Ses doigts quittèrent son cou et se replièrent contre sa poitrine, autour de l’étoffe de son vêtement. S’il y avait quelqu’un à combattre, Freyja n’en avait pas la force.



Message VII – 1931 mots




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Kaahl Paiberym
Mer 09 Mar 2022, 22:13



Que l'Ombre dévore


Mes bottes s’enfonçaient dans les flaques qu’étaient les cadavres. Mon pied heurtait tantôt une cervelle exposée à l’appétit des charognards, tantôt ce qui avait été jadis une cuisse mais qui n’était plus que filaments sanguinolents. Lentement, mon regard caressait le massacre. Dans ma main gauche se tenait un verre de champagne que je buvais à petites gorgées, en savourant cette victoire. J’étais certain de réussir à convaincre mon frère de se livrer à d’autres batailles. Et si je n’y arrivais pas par la raison, il me serait facile de provoquer des conflits qui nécessiteraient une réponse ferme de l’armée sorcière.

Je m’avançai vers la porte principale d’Amestris que ces sauvages avaient défoncée. Je restai un instant immobile avant de défaire le sort d’invisibilité qui couvrait le portail. Le volcan ardent apparut alors de l’autre côté, masquant l’ouverture de la cité au profit d'une bouche béante menant sur la roche en fusion. Ceux qui avaient désiré entrer n’étaient plus que magma à l’heure actuelle. Il était si facile de berner cette sous-race. Si cela n’avait tenu qu’à moi, nous aurions déjà envahi leurs terres dans le seul objectif de les décimer jusqu’aux derniers. En songeant à Elias, je comprenais que seule la logique comptait à ses yeux. Si je désirais influencer ses décisions, celle-ci devrait gouverner nos échanges. Une stratégie inébranlable au service des Mages Noirs, alimentée par la nécessité. Il nous fallait donc un ennemi à éliminer. « Je sais que vous êtes là. » dis-je, d’une voix lasse. Cyrius apparut, un petit sourire insupportable sur les lèvres. Mon rictus s’en accentua. Il ricana, visiblement ravi du carnage. Ma langue passa sur mes lèvres, dans un mouvement d’agacement. Il attendit puis s’approcha jusqu’à ce que nos épaules fussent presque collées. « Qu’y a-t-il ? » Il amena son index à sa bouche, avec un mouvement désarticulé. « Je crois que nous devons sauver le Roi de lui-même… » Il laissa quelques secondes s’égrainer, avec le visage de quelqu’un désirant en dire plus. Cependant, comme s’il s’était ravisé, il demeura silencieux un temps avant d’ajouter en haussant les épaules. « Nous verrons bien. En attendant, je vais composer une symphonie en l’honneur de cette bataille. » Ses yeux semblaient aussi fous que mon esprit était empli de questions. Sauver le Roi de lui-même… Il était clair qu’il parlait d’Elias car lui comme moi savions qu’il n’était qu’une poupée de chiffon au service du véritable Empereur. « Hum. » Sauver le Roi de lui-même. Et sauver le Prince Noir de cette saloperie de Réprouvé.


Mes mains étaient couvertes d’une mixture étrange. Je grognai, en constatant que ma potion pour teindre les cheveux n’avait ni la même couleur ni la même consistance que celle qui se trouvait représentée dans mon livre. Mes dents vinrent se planter dans ma lèvre inférieure sous le coup d’une concentration inutile. Je finis par lâcher l’affaire et me retournai juste à temps pour faire face à Dastan, revenu de son bain. Je forçai mon esprit à penser coloration. Il était hors de question qu’il s’étalât la pâte sur la tête. Sa chevelure risquait de fondre par inadvertance, ou de devenir bleue, ce qui serait bien pire que roux. « Hum. » fis-je après quelques longues secondes, en détournant les yeux. Je décidai de ne rien dire et m’enfuis dans la salle de bain pour rincer mes doigts. Ce n’était pas prudent de pratiquer cette magie là sans protection. Mais rien n’allait car il n’était déjà pas prudent d’accueillir un Réprouvé, nu sous sa serviette, dans mes appartements. « Bordel. » Je pris appui contre le lavabo, avec l’impression étrange d’être complètement ivre. J’avais chaud. Je fermai les yeux, la gorge nouée, l’estomac en vrac. Je sentais mon cœur battre contre mes tempes, et pas uniquement contre elles. Mes doigts se resserrèrent contre la faillance. « Merde. » lâchai-je, tout en essayant de me convaincre que la guerre et les massacres étaient les seules causes de mon état actuel.

Je fis couler l’eau froide et m’aspergeai le visage. Qu’est-ce que j’étais en train de foutre ? Pourquoi est-ce que j’avais décidé de le cacher ici ? « Fait chier. » murmurai-je, en me rappelant son regard tourné vers moi, complètement égaré. J’avais envie d’abuser de son état de faiblesse et j’aurais dû répondre à cette envie. Mais ce que j’imaginais était interdit et… Mes yeux croisèrent mon reflet, un reflet que je me mis soudainement à haïr. Pourquoi étais-je ainsi ? Pourquoi ressentais-je ça ? Pourquoi est-ce qu’il me faisait ça ? Mon cou se tendit quelques secondes. Je respirai, en essayant de me détendre. Mais j’avais les mains moites et aucune envie de le retrouver à moitié nu dans ma chambre. Je fis de nouveau couler l’eau, pour tenter d’ôter certaines pensées de mon imaginaire. Le voir dans mes vêtements ne serait pas mieux. Ce serait comme le posséder, différemment.

Je finis par sortir de la pièce, obligé d’y retourner. « Tu vas mettre… » Mes doigts s’activaient déjà dans ma penderie, à la recherche de quelque chose qui lui irait. Nous faisions pratiquement la même taille. Je gardais pourtant une petite ascendance, très légère. Si légère qu’il nous faudrait nous tenir très proches pour la constater. « Tiens. » finis-je par dire, en lui tendant des vêtements. Plus le temps passait, plus mon comportement était fuyant. Je me mis à quatre pattes à côté de mon lit et sortis du dessous de celui-ci une bouteille de champagne que j’ouvris. Il n’était pas frais mais ça ne m’importait pas. Je l’ouvris et bus plusieurs gorgées, pour fuir. « Tiens. » répétai-je, en évitant de le regarder consciencieusement. Je n’avais plus aucune envie de poser ma main dans son dos. Plus il serait loin, mieux ce serait. « Tu euh… Tu peux prendre mon lit. Ils vont fêter la victoire alors… on ne va pas les voir avant demain au moins. » J’espérais. J’avais aussi envie de fêter ma victoire. Je voulais que l’ennemi s’agenouillât devant moi et me suçât en m’appelant Maître. Parce que c’est ce qu’il devait faire, normalement, m’appeler Maître. « Hum. Je vais travailler mes cours. T’as qu’à dormir. » dis-je, avant de disparaître par la porte. Putain de roux de merde. J'étais aussi tordu que lui, si ce n'est plus. Et je détestais mes désirs.


J’ouvris les yeux et noyai mon regard dans le sien. J’étais aussi fatigué qu’en colère contre elle. L’envie de la frapper me démangeait. À cause de ses inconséquences, nous nous retrouvions encore dans une position désespérée qu’il me fallait régler. Quand comprendrait-elle que tout ceci n’était pas un jeu ? Quand comprendrait-elle qu’elle ne pouvait attaquer les Chanceliers des Ténèbres sans en payer le prix ? Que croyait-elle ? Que je pouvais sauver ses proches ? Que je pourrais la protéger à jamais ? Un jour, il me faudrait la condamner à mort et l’entendre crier sous les innombrables tortures qu’elle subirait, avant de voir sa tête s’écraser au sol dans un bruit stupide. Elle l’était, stupide. Stupide de me reprocher cette guerre. Stupide de lutter contre. Stupide d’être venue. Que croyait-elle ? Que parce que je l’aimais, je la protégerais toujours ? Elle me plaçait dans une position intenable, à chercher des solutions aux problèmes qu’elle créait. Elle n’était pas la seule qui devrait tuer l’autre. Pourtant, entre nous deux, j’étais celui qui avait le plus de chances d'y parvenir. Pas parce que je le voulais mais parce qu’elle ne me laisserait pas d’autres alternatives. Je ne voulais pas mais je devrais. Elle ne se rendait juste pas compte. Ma mission passait au-dessus du reste. Elle aurait dû passer au-dessus du reste. Et plus je m’approchais de mon objectif, plus ça devrait être le cas. J’avais été conditionné pour ça. C’était ce que je désirais, ce qui m’habitait. Réunir les Mages. Sortir les Sorciers de ce guêpier auquel tous les peuples jugés maléfiques étaient condamnés. Sortir de Nementa Corum. Sortir de l’aridité. Unir les Mages pour qu’aucune force extérieure ne pût tout emporter. Que croyait-elle ? Que je ne la sacrifierais pas sur l’autel de ma cause ?

Je restai silencieux et laissai mes bras enrouler son corps doucement. Que ferais-je, le jour où il me faudrait l’éliminer ? Je le ferais. J’en étais certain. Et après ? Est-ce que ma cause en vaudrait encore la peine ? Je voulais croire que oui, parce qu’elle existait bien avant que je ne la rencontrasse. Parce que je savais que je pourrais continuer de vivre en omettant une partie de mes sensations. Je pourrais l’oublier, la nier, rendre son visage dénué de signification. Je pourrais. « Je t’aime. » susurrai-je. « Et je vais essayer de te sortir de là. » Réussir, à chaque fois, jusqu’à ce que je ne pusse plus. Jusqu’à ce qu’elle franchît la ligne.

Je m’écartai d’elle et me dirigeai vers mon bureau. Je m’assis et croisai les mains sur la table. Le Sorcier demanda à entrer. Je défis les protections le temps qu’il déposât le loup et les réactivai. « Bien. » articulai-je, fermement. « Puisque vous n’êtes pas mariée, et donc incapable, et qu’il me semble peu judicieux de délivrer un mandat d’amener à l’encontre de votre père, j’ai pris la décision de faire de votre frère votre tuteur aux yeux de la loi. S’il retrouve une apparence adéquate d’ici peu, bien entendu. » Je la fixai durement. « Il vous faudra un avocat pour plaider votre cause. Je fournirai à Monsieur Belegad une liste de noms afin qu’il en choisisse un. » Inutile de préciser que je demanderais à Cyrius de se substituer au juge et de me mandater pour le représenter le jour du procès. « Avez-vous des questions ? » Je n’avais rien dit sur les charges qui pesaient contre elle. Il était pourtant facile de les entrevoir. Tentative de meurtre pour commencer. Ce n'était pas important. Au contraire, il était nécessaire qu'un procès se tînt et qu'elle eût un excellent avocat. C'était sa seule chance de salut.

1592 mots
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Jeu 10 Mar 2022, 19:28




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Lentement, Dastan s’habilla. Certaines de ses plaies étaient ouvertes, mais ne saignaient plus. C’était son cœur qui accaparait tout le carmin, son cœur qui se vidait inexorablement. Plus il retrouvait ses esprits, plus il songeait à ses proches. Sa mère, son frère, sa sœur, Draegr, tous ces gens qu’il côtoyait, qu’il aimait parfois, et que la bataille lui avait peut-être arraché. La conscience ne consistait qu’en un amas de souffrance ; alors il la refoula, encore, pour lui préférer cette léthargie morose et fade. Il attrapa la bouteille et la considéra un instant. Il se rappela brièvement de quelque chose qui n’avait plus de sens : de cette beuverie sur le bateau du Prince Noir, sur les rives de Charmyë. C’était ça aussi, la guerre, et les traumatismes : c’était perdre le sens de toutes les réalités. C’était oublier pourquoi ça avait été crucial et ce que ça avait représenté. C’était se demander si ça avait encore de l’importance. Guérir, c’était redonner du sens et de l’éclat à ce que la mort de l’âme avait balayé. Il n’en était pas encore là. Il fit comme nombre d’écorchés à vif : il songea que l’alcool apaiserait ses douleurs. Il pouvait supporter la peine physique et il le faisait ; mais tous les murmures lui paraissaient insurmontables. Il voulait faire taire ces voix d’inquiétude, de détresse, de tristesse, de honte, de colère, d’accablement, de tout. Même l’espoir, qui vibrait doucement dans sa poitrine. Il n’y avait pas de place pour lui. Il n’y avait de la place pour rien. Il porta la bouteille à ses lèvres et but. Il n’avait jamais goûté de champagne ; pourtant, même ça, ça lui parut fade.

« Attends. » Mais il avait réagi trop tard et Érasme avait déjà fermé la porte derrière lui. Le jeune Réprouvé baissa les yeux sur le lit. Il en avait rarement vu d’aussi grand et d’aussi confortable. Chez lui, on se contentait de quelques matelas rembourrés de paille et plus rarement de plumes, posés sur de solides sommiers. De toute évidence, ce n’était pas le cas de celui-ci. Il y dormirait sans doute bien, dans la mesure où son corps ne le ferait pas trop souffrir. Il était fatigué. Néanmoins, il n’avait pas sommeil. L’adrénaline avait chuté, mais son organisme luttait toujours pour sa survie. Peu importait qu’Érasme l’hébergeât : il était encore en territoire ennemi. Il regarda la porte. Toujours en boitant, il se dirigea vers celle-ci, posa la bouteille sur un guéridon, et pénétra dans la pièce suivante. « Attends. » répéta-t-il. Il s’approcha. Ses yeux bronze plongèrent dans le grand bleu, ce vaste espace où il avait souhaité pouvoir tout oublier. Il aurait pu essayer de s’y noyer, peut-être même de s’y fondre. D’y disparaître. Le jeune homme posa une main sur l’épaule de celui qui n’était pas tout à fait son ennemi. Il l’attira à lui et l’enlaça. L’aurait-il aidé, lui, si leurs rôles avaient été inversés ? Ne l’aurait-il pas directement dénoncé auprès des siens ? N’aurait-il pas essayé de le tuer par ses propres moyens ? La réponse le terrifiait, et c’était la première sensation qu’il ressentait crument depuis la fin de la bataille. Il serra un peu plus le Sorcier contre lui, dans cette étreinte interdite. « Merci. »



Ses mots piquèrent sa poitrine. Elle ne regrettait pas son geste à l’encontre des Archimages. Il était parti d’une bonne intention et, si elle ne l’avait pas exécuté, elle s’en serait voulu de ne rien tenter. Elle s’en serait voulu de regarder son peuple périr dans cette guerre inutile. Son action n’avait rien changé et elle en faisait une constatation aigüe, presque douloureuse. Mais elle avait agi selon sa conscience. Impulsivement, sans aucun doute ; conséquemment, tout ce qu’il y avait à regretter, c’étaient les effets de son acte. Elle n’était pas la seule à devoir les gérer, ce n’était pas elle contre le reste du monde, elle n’avait pas à marcher jusqu’à la potence drapée dans sa solitude et son honneur. Ce n’était pas comme ça, parce qu’il était là. Elle se sentit soudain absolument désolée d’imposer cette situation à Kaahl. Désolée, et en colère. S’il n’avait pas été un Mage Noir si important, si elle n’avait pas été une fille de Réprouvés, tout aurait été infiniment plus simple. Elle repensa, encore, à la prophétie d’Hazaan. Et puis à Jun, au poids du devoir, au fil du Destin. Elle haïssait ces idées. Elle les haïssait.

Les grondements de Priam chassèrent ses sensations désagréables. L’Ange tourna la tête vers la cage. Son cœur se serra et ses mâchoires se contractèrent. Dès qu’il vit Elias, le Loup dévoila ses crocs et gronda plus fort encore. Il poussa un jappement féroce, les poils hérissés et l’œil assassin. Freyja s’approcha et posa sa main contre les barreaux, en jetant un regard en biais vers le Sorcier, qui venait de reprendre la parole. L’animal pivota aussitôt vers elle et toute son attitude s’adoucit. Sa fourrure retomba contre ses flancs et il avança le museau pour toucher du bout de son nez les doigts de sa sœur, avant de les lécher avec tendresse, partiellement rassuré. L’Ange sourit, rassurée et revigorée par ce contact, puis releva les yeux vers l’ancien Empereur Noir. Bien qu’elle connût les mœurs sorcières, elle les trouvait toujours aussi pénibles et dégradantes. L’idée qu’une femme dû demander des comptes aux hommes qui l’entouraient sans possibilité de mener sa vie par elle-même lui répugnait. Elle coula toutefois un regard soucieux vers Priam. Elle savait qu’il se transformait en loup ; en revanche, elle n’avait aucune idée de la façon dont il fallait procéder pour le ramener à son état habituel. En général, il y parvenait tout seul. Cela viendrait sans doute. Elle l’espérait.

À sa question, elle se redressa. « Oui. » Elle se décala un peu de la cage et s’approcha, droite et fière. Il ne fallait plus penser à Kaahl et aux sentiments qu’il lui inspirait ; il fallait se concentrer sur Elias et la façon dont elle avait appris à le haïr. Revêtir un masque de faux-semblants et s’y tenir. Même s’il était coincé sous forme de canidé, elle n’était pas certaine que Priam ne comprenait pas ce qui se disait. Dans tous les cas, il devait parvenir à déchiffrer le langage corporel. Elle ne devait pas commettre d’impair. « Quand allez-vous me retirer ça ? » l’interrogea-t-elle en tendant son bras vers lui. Elle ne savait pas avec certitude que cela était possible, mais elle s’en doutait. C’était de la magie. Aucune magie n’était incassable, sinon peut-être celle des Zaahin et des Ætheri. « J’imagine que les esclaves ne sont ni jugés ni condamnés de la même façon que les prisonniers de guerre. Comment ça se passe, dans les deux cas ? Et en tant que quoi vais-je être jugée ? Ai-je un maître et aura-t-il voix au chapitre durant le procès ? » Elle baissa son avant-bras, écœurée. L’idée d’être la chose d’un Mage Noir la révoltait. C’était pourtant ce qu’il lui avait infligé. « Et les charges ? Détourner l’attention des Archimages est-il considéré comme un crime de guerre ? » s’enquit-elle, l’air de rien. « Si jamais mon frère ne retrouve pas son apparence humaine, comment fait-on ? Vous contactez mon père ou j’ai le droit de décider pour moi-même ? » Un rictus mi-amer mi-narquois fit trembler ses lèvres. Revêtir un masque et s’y tenir. « Et mes frères ? Que va-t-il leur arriver ? » Une pointe d’inquiétude dans les prunelles, plus que pour elle-même, comme toujours.



Message VIII – 1259 mots

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