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 [A] - Que l’Ombre rayonne | Réprouvés

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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Lun 14 Aoû 2023, 11:47




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


Intrigue : État des lieux de Lumnaar’Yuvon et de la situation chez les Réprouvés quelques temps après la Bataille d’Amestris.

RP précédent : Le Bal de Seaghdha.
RP lié : Le frustré et le polochon.


Passée la surprise due au baiser sur son menton, un sourire caressa les lèvres de Freyja. « Tu glisses, Pendragon. Tu glisses tellement que je suis pas sûre qu’on puisse rester collés. » Pour pallier cette difficulté, elle noua ses bras autour de son cou et cala son menton contre son épaule. « Voilà. Comme ça, on est des polochons inséparables. Si jamais on tombe, on tombe ensemble ! » Sa phrase se fondit dans les battements d’un cœur ; le sien ou celui d’Adam – elle était incapable de les distinguer l’un de l’autre. Il avait peut-être raison, peut-être qu’un jour ils ne formeraient qu’un seul et unique polochon. Ça ne la dérangerait pas. Elle aimait bien être avec lui. Il lui avait manqué. Elle avait eu peur qu’il fût fâché. Il n’en était rien, parce qu’il l’aimait trop pour ça et qu’il n’était jamais grognon longtemps – sauf lors de la période de Mue. Alors qu’un nouveau sourire faisait frémir les commissures de sa bouche, ses iris verts encerclèrent deux orbes noisette. Son palpitant trébucha, comme à chaque fois. « Kaahl ! » salua-t-elle en levant une main enthousiaste. Son polochon s’évanouit entre ses bras. Un courant d’air froid s’entortilla autour de son corps tout entier, perçant sa peau de ses petites dents aiguisées. Ses pieds plongèrent dans un marasme profond et visqueux, piqueté d’échardes, puis ses chevilles cédèrent, ses genoux fléchirent et son bassin déséquilibré l’y précipita. L’odeur la prit à la gorge, tandis qu’autour d’elle, des polochons roses et noirs s’entremêlaient dans une cacophonie de cris paniqués. « Adam ? Kaahl ? » fit-elle en se redressant sur les coudes. Pourquoi couraient-ils dans tous les sens ? Elle ne s’était même pas fait mal. « C’est rien, je suis juste tombée ! » Elle s’assit et, poings sur les paupières, se frotta les yeux. « Adam, arrête, ça chatouille ! » Lorsqu’elle les rouvrit, elle découvrit que son polochon lui reniflait les orteils. Elle agita le pied, maladroitement, avec trop de force : son talon tapa en plein dans son nez, ce qui lui valut un cri mécontent. « Oui, bah, t’avais qu’à pas me chatouiller les doigts de pied, hein ! » D’autres polochons – ils s’étaient multipliés ? ou bien il n’y avait pas que ses deux polochons préférés – s’étaient approchés et la gratifiaient de salutations tactiles. « Franchement, les Déchus… Allez, oust ! Je suis une Ange, moi, je traîne pas avec la racaille ! » À tâtons, elle tenta de se mettre debout. « Mais arrêtez, roh, là ! J’ai déjà donné avec les suceurs de sang, et je fais pas dans les orgies ! Si vous continuez, le polochon jaloux va vous manger tout crus ! » Elle rigola. Il était végétarien mais peut-être que pour se débarrasser d’eux, il ferait une exception. Debout, elle regarda autour d’elle, avant d’accorder une brève œillade à Kaahl. « T’as pas fait le ménage depuis combien de temps ? Non parce que sérieux… » Ça ne lui ressemblait pas. Les murs blancs s’étaient transformés en palissades de bois pailletées d’éclats de paille, de foin, de boue et, par endroit, d’excrément. L’Ange fronça les sourcils, yeux plissés, puis cligna des paupières. « Oh. » Elle baissa la tête et regarda la nuée de polochons qui lui humaient les mollets. « Ah oui. » Les cochons pataugeaient dans la terre humide, ponctuant la découverte de sa peau par des grognements dont elle n’aurait su juger la teneur. De temps à autre, une langue remontait le long du sang qui tachait son épiderme. Freyja se rappela du bain écarlate. Elle avait cru que… Elle porta une main à ses tempes, le visage contracté par l’effort de l’appel à la mémoire et à la raison. Impossible à trouver. Ses iris gravirent la terre jusqu’à l’horizon. La pâture s’étendait, verdoyante, clôturée par une barrière en bois. Au-delà, des champs d’or ondoyaient sous la brise. Le parfum du blé caressa ses narines. Un sentiment de déjà vu enfla son cœur. C’était Lumnaar’Yuvon. Loin de Seaghdha, loin d’Adam, loin de Kaahl. Sa poitrine se contracta. Pourquoi l’avaient-ils abandonnée toute seule ici ? Elle se mit en mouvement, avançant à travers le pré, certains porcs trottinant autour d’elle, d’autres s’en étant déjà désintéressés. « Adam ? Kaahl ? » appela-t-elle. Ils ne voulaient plus d’elle ? Ils s’étaient retrouvés, alors elle n’existait plus ? Ce n’était pas juste ! Maintenant qu’Adam et elle s’entendaient bien, ils pouvaient être tous les trois. Pas pour tout mais un peu quand même. Elle croisa les bras sur son torse nu, agacée et blessée. « Freyja ? » L’Ange pivota vivement. « Oui ! C’est moi ! » Son sourire s’évanouit à la seconde où elle croisa le regard de son interlocuteur. Si l’un des deux hommes avait choisi de changer d’apparence, il aurait pu en prendre une autre que celle de son père.



Message I – 815 mots




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Priam & Freyja
Mar 15 Aoû 2023, 13:19




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP liés : Les livres reflètent la beauté du ciel ; Les revenantes ; Épées couronnées ; Les fleurs de la colère ; L’appel du vide ; Je suis ici pour te dire...


Depuis la veille, Freyja avait recouvré ses esprits. Les drogues avaient quitté son système ; elle posait sur sa situation un regard plus lucide. Kaahl n’avait pas dû apprécier la configuration dans laquelle il les avait vus, Adam et elle. Était-il venu les chercher pour cela, ou avait-il souhaité les sauver de la suite de la soirée ? Elle ignorait ce qu’il était advenu, mais le conseil de Jun résonnait encore à ses tympans. La main devant la bouche, elle bâilla. Le souvenir qu’elle avait du regard du Magicien – implacable, blessé, en colère – l’incitait à penser qu’il avait plutôt agi pour les séparer, mais cette idée l’agaçait et, dans une certaine mesure, la vexait. Elle tentait de ne pas y songer, de reléguer cet instant aux éléments à traiter plus tard, parce qu’elle avait devant elle une montagne de choses à faire, à commencer par les réponses à ces lettres. La mémoire du bal lui revenait malgré tout, piquante. Parfois, la sensation des lèvres d’Adam la poursuivait ; elle se frottait le menton jusqu’à la faire disparaître. À d’autres moments, c’étaient juste ses blagues ou son sourire. Les morsures, dont elle avait effacé toute trace. La pointe aiguë de la lame enfoncée entre ses côtes, sa vie jetée en pâture à ceux qui aimaient la mort. Son mariage, et tout ce dont ils devraient discuter mais que le Mage serait sans doute plus prompt à vouloir éviter. Les Réprouvés, la guerre, la défaite, les pertes, les étoiles. Au moins, il l’avait envoyée ici. Il n’aurait pas pu mieux choisir. L’Ailée inspira, puis posa la pointe de sa plume sur la première feuille. Celle-ci entama sa danse ; elle gratta le papier, allègre.

Alcide,

Je te remercie pour ta lettre et te prie de m’excuser pour l’attente que je t’ai imposée. J’ai eu besoin de temps seule, mais sache que tes mots ont beaucoup compté. Je vais mieux, et je crois que même si tout n’est pas réglé et que beaucoup d’éléments restent à clarifier, les choses sont en bonne voie.

Je ne pense pas pouvoir bientôt aller à Boraür. Je dois rester chez les Réprouvés quelques temps, et ensuite, il faudra que je retourne chez les Anges. Je ne sais pas quand je pourrai prendre le temps de venir, mais lorsque ce sera le cas, je te ferai signe. Merci.

J’espère que, de ton côté, ta scolarité se déroule pour le mieux, et que ton intégration à Basphel se poursuit comme tu le souhaites. N’hésite pas à m’écrire : cette fois, je répondrai plus rapidement, c’est promis.

Je t’embrasse,

Freyja

Elle glissa la lettre dans l’enveloppe et la ferma, avant d’inscrire l’adresse d’Alcide au sein de l’école des îles suspendues. Ses doigts trottinèrent jusqu’à la missive de Lucius. Comme elle en parcourait à nouveau les lignes, l’Ange la lissa du plat de la main, songeuse. Ce que lui avait dit Kaahl sous sa forme démoniaque habitait encore sa mémoire. Ce béguin avait été évoqué une première fois, dans les souterrains où ils s’étaient retrouvés – Kaahl, Lucius, Érasme, Dastan et elle – des années auparavant. Elle avait cru que, depuis, le cœur du Magicien avait abandonné ce fantasme impossible. Elle était convaincue que ce jour viendrait. Sans doute valait-il mieux faire comme si de rien n’était ? Elle ne voulait pas qu’il espérât quoi que ce fût. Elle aimait son père. Elle l’avait épousé. Tout ce qu’elle souhaitait construire à deux, elle l’envisageait avec lui. Uniquement avec lui. Jun quittait rarement le refrain de son cœur, mais elle savait que, même si elle avait désiré s’épanouir à ses côtés, c’eût été impossible. Il y avait entre eux le gouffre qui séparait les mortels des Dieux. L’Aile d’Acier passa une main sur son visage, massa l’espace entre ses sourcils, puis soupira. Elle reprit la plume.

Lucius,

J’espère que tu te portes bien. Je suis désolée de ne pas t’avoir répondu tout de suite. J’avais besoin d’être seule.

Je doute que tu puisses venir me voir, parce que je suis à Lumnaar’Yuvon. Même si j’ai cru comprendre que tu t’entendais bien avec Dastan, l’entrée sur le territoire est déconseillée aux étrangers.

Elle songea une nouvelle fois à son frère. Ses parents ne savaient pas où il se trouvait. Il avait disparu du jour au lendemain. Elle soupçonnait qu’il eût été téléporté contre son gré, car ses blessures, bien que nettement plus saines, n’auraient pas dû lui permettre d’organiser et de mettre en application son évasion. Il était aussi difficile d’entrer à Lumnaar’Yuvon sans être vu que d’en sortir incognito. Néanmoins, elle savait qu’il s’était rendu au Fessetival. Il n’existait probablement plus un seul endroit sur terre où on ne racontait pas l’histoire de ces deux adolescents qui, par leur complicité, brisaient les lois tacites de leurs peuples. Certaines versions s’en tenaient à de l’amitié, d’autres livraient des témoignages d’intimité. Dans tous les cas, la réaction des Réprouvés serait sans appel. Dastan avait pactisé avec l’ennemi. Cela faisait de lui un traître.

Si tu es avec lui, d’ailleurs, dis-lui de m’avertir quand il compte rentrer, s’il te plaît. Même ici, des échos du Fessetival sont parvenus. Il ne sera pas le bienvenu. Je ferai mon possible pour l’aider.

Je devrais bientôt retourner aux Jardins. Si tu n’es pas à Adraha, nous pourrons peut-être nous y voir. J’espère que tout se passe bien pour toi chez les Dragonniers.

À bientôt,

Freyja

Après avoir cacheté l’enveloppe, elle prit le courrier d’Eméliana Salvatore. Plus que surprenante, sa requête était délicate. L’Aile d’Acier ne pouvait pas se présenter en territoire sorcier. Ce serait du suicide. Même en terre neutre, le risque n’était pas nul. La future Impératrice devait être surveillée par une cohorte d’espions, chacun prêt à l’assassiner pour répondre aux ordres de leur roi fantoche. Ce qu’elle savait de l’univers onirique la laissait imaginer qu’elles auraient pu s’y rencontrer, mais elle ne le maîtrisait pas comme Kaahl, Cyrius ou Ârès semblaient capables de le faire. C’eût pourtant été un endroit parfait, à l’abri de bien des regards indiscrets. Elle inspira et s’appuya sur le dossier de sa chaise, la nuque inclinée et les iris fixés sur le plafond. Une idée serpenta sur la fissure qui lézardait l’une des poutres. Avalon pouvait être un lieu adéquat. Pour compenser les dommages causés, elle avait racheté le bar qu’elle avait fait brûler et promit aux Déchus de redonner au bâtiment un semblant de son prestige ruiné. Les travaux n’avaient pas débuté ; les décombres constitueraient un décor parfait.

À l’attention d’Eméliana Salvatore,

Je vous propose que nous nous retrouvions à Avalon, sur la place centrale. Nous irons ensuite dans un endroit où personne ne nous entendra ni ne nous verra. Je ne peux pas vous donner de date précise, car je risque d’être très occupée dans les semaines à venir. Je vous recontacterai. Dites-moi déjà si le lieu vous convient.

Elle ne signa pas. Elle ignorait ce que la Mage Noire lui voulait, mais tout ce dont elle avait connaissance à son sujet éclairait des ombres qui attisaient sa curiosité. Bientôt, elles seraient chacune mariée à une version différente du même homme. Elle doutait que Kaahl la mît dans la confidence – en tant que Sorcière, elle s’en servirait sans doute contre lui – mais il était possible qu’elle découvrît la vérité par elle-même. Apprendre à la connaître lui permettrait peut-être d’anticiper ses mouvements et de le protéger, lui. Sous-estimer la jeune fille eût probablement constitué une grave erreur. Ses études à Basphel et sa place dans la hiérarchie des Mages Noirs pourraient en faire une femme redoutable.



Message II – 1255 mots




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Mar 22 Aoû 2023, 22:46




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP lié : Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Message I.


« Puisque tu sembles si certaine de la marche à suivre, prends ma place. » Le regard d’Hazaan la perfora. Dans un mouvement de recul, Freyja fronça le nez. Espérait-il un bleu sur l’autre tempe ? Ou qu’après lui avoir ouvert la lèvre, elle lui cassât les dents ? Elle renifla et passa son avant-bras sous son nez pour chasser le sang qui perlait sur l’ourlet de sa bouche. Son entrée avait été pour le moins fracassante. La table de la salle à manger était retournée, une chaise titubait sur trois pieds, et tout un tas de papiers jonchaient le sol en carreaux de terre cuite. « Quitte les Anges et deviens Thur. Mieux : Dovahkiin. Tu as tout l’attirail, maintenant. » - « Ferme ta gueule. » trancha-t-elle. Elle se souvenait de ses paroles : ton frère et toi ne valez rien, ici. « J’ai pas de leçons à recevoir d’un type qui envoie à la mort des millions de gens, qui n’est pas capable de contacter sa souveraine et qui n’a rien fait depuis la fin de la guerre hormis se terrer dans sa cahute. » Elle avançait vers lui, main levée, doigts crispés par la tension. Si elle avait fermé son poing, elle le lui aurait de nouveau écrasé dans la figure. Dès que la porte s’était ouverte, elle avait bondi sur lui. Ils s’étaient battus ; il avait gagné. Le goût métallique de la défaite assaillait encore les papilles de la brune. « J’ai organisé une cérémonie pour tous les morts. » - « Super. Ils t’ont remercié, j’espère ? » Il plaqua à nouveau sur elle ses yeux de braise. « Si j’étais toi, je me serais d’abord occupé des vivants. Ils ont le mérite d’avoir un avenir, eux. » poursuivit-elle, en tentant d’ignorer l’intensité de son regard. Elle remonta ses prunelles vers lui et, finalement, elle se tut, dents serrées.

Durant quelques secondes, il n’y eut que le silence, simplement troublé par l’énergie tumultueuse qui naviguait entre eux et, du côté de l’Aile d’Acier, le concert des voix. Depuis qu’elle avait posé la couronne sur sa tête, à Lumnaar’Yuvon, elles la harcelaient sans relâche. Elles murmuraient des inepties, des choses si sibyllines qu’elles se révélaient parfaitement incompréhensibles, mais aussi des vérités claires, nettes et précises. Des mots comme ceux-là : « Il est temps pour les Manichéens de servir l’Équilibre. Que leur trépas engendre leur renaissance. Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore. » Les syllabes tourbillonnèrent autour d’eux. Le Thur lui avait déjà énoncé cette prophétie. Elle s’en était souvent souvenue. Avec l’artefact, c’était pire. Elle la hantait ; de la même façon qu’elle ne devait laisser au Réprouvé absolument aucun répit. Un vertige la troubla. « Pas d’Équilibre pour ceux qui ne s’acceptent pas tels que les Zaahin les ont faits. Pas d’Équilibre pour ceux qui renient une part de ce qu’ils sont. » conclut-elle, d’une voix éthérée. Avant la bataille, il lui avait parlé de la place de la magie dans leurs existences ; pourtant, elle perçut dans ses iris une lueur qu’elle n’attendait pas. En réponse, un sursaut d’énergie la secoua. « Je croyais que c’était le but de la manœuvre. Qu’est-ce que t’attends ? Qu’il se mette à pleuvoir des Goled ou que les Sorciers viennent nous achever ? » Un violent frisson remonta le long de son dos. Elle s’accrocha d’une main au dossier de la première chaise venue, et vomit. Aussitôt, Hazaan s’approcha pour la soutenir. Son bras libre tenta de le chasser, mais il résista et la maintint tandis que ses jambes tremblaient sous son propre poids. « Tu devrais retirer ton artefact. » - « Non. » - « Ça ne va pas bien se finir. » - « Ça te fait peur ? » crachota-t-elle entre deux quintes de toux. Sa vision trouble discernait à peine les délimitations du carrelage. « Si tu fais rien, ils vont te tuer. » - « Je sais. On est dans le même bateau. » Sous ses mains, il sentait les spasmes qui parcouraient le corps de l’Ange ; leur rythme et leur intensité augmentaient. D’un geste sec, il frappa sa tempe. Elle s’évanouit.

Elle revint à elle en moins d’une minute. Ses iris verts, hagards, serpentèrent sur les contours des objets. Posté devant elle, le Thur la fixait, bras croisés. Au bout de l’une de ses mains, la couronne des Zaahin pendait. Freyja inspira et se raidit. Il la lui jeta nonchalamment sur les genoux. « Ne viens plus chez moi avec cette merde. On parlera de l’avenir en temps et en heure, c’est-à-dire quand je l’aurai décidé. »



Message III – 773 mots




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Mer 23 Aoû 2023, 18:18




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP liés : Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Message XXXXVI ; La guerre et l’insouciance | Message VII.
Sujets HRP : Remerciements suite au Siège d’Arcadia ; Rites funéraires.


L’herbe frémissait sur les tombes. Elle avait déjà tant repoussé que, pour l’ignorant, les plaques commémoratives qui avaient été apposées demeuraient invisibles. Entre les brins d’or, Hazaan les devinait. Ce métal mort, glacé la nuit, brûlant le jour. Il ne gardait personne. Aucun corps ne pourrissait sous la terre. Les cercueils vident s’alignaient par dizaines de milliers. Dans leurs entrailles, les frottements, les cliquetis et les roulements vides de sens des objets liés aux trépassés hululaient un silence opaque. Le cœur jaune des millepertuis ondulait dans le vent. Offerts par la Marche Terne, ils signaient le rappel du sacrifice offert, l’une des raisons de la perte. Il savait, lui, que toute cette entreprise ne résultait pas que de l’assassinat de Shezira ou de la haine ancestrale des Manichéens pour les Mages Noirs. C’était quelque chose de plus profond, d’inévitable. D’aussi certain que le murmure des fleurs chantait le souvenir des cadavres. Ils étaient tous restés à Amestris, devant les remparts noirs de la cité, à portée des sombres desseins des Sorciers. Il n’avait pas réclamé les corps. Raguel avait pesté et dit que c’était au moins ce qu’on leur devait, mais lui savait que la manœuvre n’aurait constitué qu’une humiliation supplémentaire. Quant aux macchabées, leur vision aurait simplement ravivé la folie dans les esprits et la douleur dans la poitrine des vivants. Parfois, il valait mieux ne pas savoir. La cérémonie s’était faite en silence, et si les victuailles avaient encombré les tables, elles n’avaient pas su combler le trou qui crevait les palpitants des Réprouvés. Ils n’avaient pas célébré leurs morts comme d’habitude. Ils avaient commémoré en silence, parce que le deuil de la défaite surpassait la gloire de rejoindre les Zaahin. Ce qu’ils avaient perdu, ils ne le retrouveraient jamais ; et ils ignoraient encore ce qu’ils avaient gagné.

Son entrevue avec Raguel et Atthirari avait été rapide. Expéditive, presque. Le Roi de Keizaal n’avait quasiment rien dit. Il avait écouté leurs récits, échos des rumeurs qu’il avait déjà entendues de la part de ses espions, des journaux et des voyageurs de passage dans sa cité. Hazaan avait raconté la cérémonie funéraire ; la Thur de Gein’Drakul l’avait imité. Les cercueils vides de la ville des vices avaient rejoint les eaux du Léviathan, et disparut dans les abysses. Ils avaient érigé une stèle, pour la mémoire, pour qu’elle vécût plus longtemps qu’eux-mêmes. Erza ne s’était pas montrée. Zel’Eph non plus. Atthirari avait prononcé tout haut ce qu’ils pensaient tout bas : aucun des deux ne reviendrait. La fille avait abandonné la couronne et le père ne la reprendrait pas. La place, vacante, les scrutait de ses larges yeux sévères. Il savait qu’il devrait la prendre, et sans tarder. Mais avant, il devrait dire aux Réprouvés que le passé n’existait plus ; que leur Souveraine avait rejoint l’océan ; que leur Héros avait retrouvé les Siens. Il devrait les décevoir, encore, et cette évidence rongeait son cœur. Il était fatigué.

La gamine Belegad avait pourtant raison. S’il ne se dépêchait pas, il mourrait. Win était revenue le voir, peu de temps après la bataille. Elle lui avait parlé de l’avenir. De l’Équilibre. Elle l’avait encouragé à souffler sur les braises de la vie ; alors il avait fait ériger ce parterre de morts, puis il avait redoublé d’efforts dans les champs, il avait rencontré ses homonymes, il avait passé du temps avec les habitants de Lumnaar’Yuvon, il avait laissé les plus jeunes s’ébattre dans les tourments des corps et raviver ce qu’il demeurait de vivant en eux, il avait validé l’organisation d’une chasse aux Goled. Lentement, il réinstaurait ce qui avait toujours été. Il tentait de redonner à son peuple ce qui l’animait depuis des siècles. Il voulait voir se rehausser les couleurs de son identité. Mais, désormais, il devait aussi apporter le changement que la prophétie exigeait.

« Hazaan ! » La voix coupa net ses pensées. Avec lenteur, le Tyd’Saan pivota. Entre les brins d’herbe haute, Yngvild Belegad courait vers lui. Haletante, les yeux embués par la course, elle s’arrêta à ses pieds. L’émoi colorait ses joues. Au creux de ses prunelles, il capta une étincelle ; une étincelle sourde, sauvage, abrupte. Un appel à la survie silencieux. « Mon frère est revenu. » Dans sa voix, la peur perçait. Dans la poitrine du Thur, la colère frappa.



Message IV – 721 mots




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Mer 23 Aoû 2023, 21:16




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP précédent : Les Rois du Monde.
RP liés : Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore ; Le Siège d’Arcadia (Dastan, Freyja, Priam, Érasme).


Il ne se rappelait pas comment le premier coup était tombé. Où il avait frappé. Avec quelle puissance. Quelle intensité habitait le regard de l’assaillant. Il se souvenait juste de son sang rugissant à ses tempes, de son regard où l’hébétement avait cédé à la panique et de son poing qui, criblé de réflexes, avait jailli vers l’attaquant. Il n’avait pas bien compris et il n’avait pas cherché à comprendre. Il s’était retrouvé pris dans une mêlée qui avait eu tôt fait de le surpasser. Désormais, les frappes pleuvaient, et il peinait à riposter. Il sentait les pieds et les poings s’écraser sur lui à la manière de lourdes gouttes de pluie venues pétrir la terre meuble. L’odeur du pétrichor inondait ses poumons, et chassait de sa langue le goût métallique de l’écarlate. Le crépitement du ciel pleuvait à ses oreilles ; les insultes grondaient comme autant de coups de tonnerre. Il avait tenté de résister, mais les poids et les efforts combinés l’avaient mis à terre. Il ignorait combien ils étaient. Il entendait juste des bribes de mots, des syllabes égarées, et dans cet ouragan incompréhensible, il croyait deviner sa faute ; il se remémorait les premières paroles qu’on lui avait adressées. On sait pour toi et le Sorcier. Traître. Elles lui pourfendaient la poitrine. Il n’avait pas envie d’essayer de se relever. Comment avaient-ils su ? Comment avait-il pu croire que ses trahisons demeureraient impunies ? Quelle inconscience mâtinée de folie l’avait-elle donc poussé à se croire intouchable ? Ils avaient raison de le maudire ; et lui, il mourait de honte.

Soudain, la lumière perça les ténèbres. Il sentit une main sur son épaule. « Dastan. » Ses paupières s’entrouvrirent. Le visage de sa sœur lui apparut, dur, sévère et inquiet. Ses lèvres demeurèrent scellées. « On devrait vous tuer tous les deux ! » - « Fermez-la ! » répliqua-t-elle en lançant un regard farouche à l’assemblée qui les entourait. Dastan ne distinguait pas les visages. Elle passa son bras sous son aisselle pour y glisser son épaule et ordonna : « Lève-toi. » Son regard bronze s’arrima au sien. Vert comme celui de Lucius. Mais c’était un vert plus profond, plus sibyllin, qui donnait l’impression qu’il cachait plus de secrets. Comme le grand bleu. Pourquoi le poursuivaient-ils sans relâche ? Il grimaça, avant de se détourner, et d’obtempérer. « Où tu l’emmènes ? » - « Chez nous. Et le premier qui nous suit, je lui tranche la tête. » - « Tu bougeras pas de là, l’Ange. » Une Réprouvée se planta devant eux. Le roux la dévisagea. Sur ses traits, il vit ceux de sa fille, détruits par les Sorciers lors de la bataille. Il se revit dans la chambre d’Érasme, dans le lit d’Érasme, dans les vêtements d’Érasme. Contre les lèvres d’Érasme. « Pousse-toi. Ce ne sont que des rumeurs, il n’y a aucune preuve. Vous n’avez pas le droit de le tuer. » Dastan ne dit rien. Elle savait, elle. Depuis longtemps. Depuis le jour où ils les avait récupérés tous les deux, avec Priam, et où elle avait décidé de protéger le Prince Noir. Il y avait repensé, lorsqu’il s’était torturé, avant le Fessetival, et même après. Même après Seaghdha, surtout après Seaghdha. Si elle avait tué Érasme, si elle l’avait laissé mourir, rien de tout cela ne serait arrivé. Il n’y aurait pas eu de guerre, et lui ne serait pas là, perclus de plaies, honni de tous ceux qu’il aimait. Pourquoi n’avait-elle rien fait ? Elle avait trahi la première. Était-ce parce qu’il ressemblait tant à l’homme qu’elle aimait ? Un rictus amer plissa ses lèvres. « Son sourire parle pour lui. » Il baissa les yeux et serra les dents. Contre son corps, il sentit celui de Freyja se crisper. « Qu’est-ce que tu fous avec ce putain de Salvatore ? » Son cœur se précipita. Il n’osa pas relever le menton. La Réprouvée le prit entre ses doigts pour l’obliger à lui faire face ; sa sœur frappa son poignet d’un coup sec. « Fous-lui la paix. » La Bipolaire saisit au vol la main de l’Ange. Ses doigts se contractèrent, étau de chair et d’os ; puis la peau de la brune devint aussi dure que le métal, et les muscles se heurtèrent à leur limite. « Maudite magie ! » cracha-t-elle en bondissant en arrière. « C’est la raison de votre défaite. » - « Assez ! » tonna une voix. Le Kiir’Sahqon se redressa. La silhouette d’Hazaan se découpait sur le ciel brisé de traits d’or et d’azur. « Je déciderai de sa sentence. » En l’absence d’Erza, il était celui qui rendait la justice. « Je rendrai mon jugement demain, aux dernières lueurs du jour. » Un murmure protestataire enfla dans l’assemblée. « Rentrez chez vous. Tous. » commanda-t-il. La clameur s’étira le long des ombres du crépuscule, puis le bruissement des pas se mêla au chuchotement des grillons.



Message V – 827 mots




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Mer 23 Aoû 2023, 22:26




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP liés : Rois d'une tragédie | Message XVIII.


Yngvild s’avança, d’abord timidement, puis en trottinant. La rumeur s’était répandue dans tout Lumnaar’Yuvon comme une traînée de poudre. Il y avait eu les échanges avec les Déchus, et ce journaliste trop audacieux. C’était en voyant la réaction de sa mère qu’elle avait compris ce que risquait son frère. Elle avait tranché la tête du correspondant, après l’avoir traité de tous les noms. Son père, lui, n’avait rien dit. Il ne disait toujours rien. La gamine avait demandé si c’était vrai. Personne ne lui avait répondu. Quand Freyja était arrivée, elle l’avait interrogée. Elle n’avait rien dit, ni à elle, ni aux autres. La rouquine était encore jeune mais elle savait que, souvent, quand les adultes ne répondaient pas, c’était parce qu’ils avaient quelque chose à cacher. Elle s’arrêta devant Dastan. Il empestait le sang dont son corps tout entier était recouvert. Ses vêtements déchirés pendaient autour de sa silhouette abîmée par les coups. Il avait l’air en piteux état, surtout à côté de Freyja. « C’est vrai ou pas ? » demanda-t-elle. Il haussa les épaules. Elle le toisa. Il demeura muet. Longtemps. Puis, il finit par lâcher : « T’as grandi, minus. » Elle voulut protester, mais l’ombre d’Hazaan la recouvrit. Elle renversa la tête en arrière pour le regarder. « Viens me voir demain matin. » Il s’adressait à son frère d’une voix calme, étrangement posée. « Toi aussi. Après. » ajouta-t-il à l’intention de l’Ange. « Et moi ? » Le visage à l’envers, elle sourit de toutes ses dents. L’issue de la guerre l’avait habituée aux ambiances pesantes. Parfois, elles l’accablaient. Souvent, elle en faisait fi. Elle préférait s’amuser, même si c’était plus difficile, surtout depuis que Rahzul n’était plus là. « Tu as fait une bêtise ? » - « Non. » - « Pas besoin de venir me voir, alors. » Il passa une main dans sa tignasse rousse, puis salua la fratrie, et partit. Ils restèrent quelques secondes immobiles, tous les trois, puis l’aînée initia le mouvement de retour vers la ferme parentale.

Quand ils entrèrent, le silence résonna. Vrael était assis au bout de la table de la cuisine, Asha appuyée contre le mur derrière lui ; tous les deux face à la porte. Quand ils les virent entrer, le visage de la femme se ferma, et les poings de l’homme se serrèrent. « Tu devrais aller te laver. » intima Freyja à leur frère. « Non. Assieds-toi. » Le ton de leur mère se rapprochait du claquement brutal du marteau sur l’enclume. Dastan ne protesta pas. Yngvild le dévisagea. Sa figure tuméfiée lui rappela les boursouflures qui parcouraient les corps des bicornes attaqués par les insectes. À la différence près qu’un bicorne, même blessé, paraissait toujours noble et vigoureux. Dastan lui faisait davantage penser à un animal sauvage, conscient de sa fragilité mais suffisamment féroce pour ne pas abandonner. Il gardait la tête baissée, mais sa mâchoire était contractée. « Est-ce que c’est vrai ? » - « Non. » répondit-il aussitôt, braqué. À cet instant précis, elle sut qu’il mentait. Pas parce que c’était évident, mais parce qu’elle se rappela d’un souvenir enfoui tout au fond d’elle-même. Les yeux qui la fixaient, les ténèbres qui dansaient, les émotions de son aîné qui explosaient. Lucius. Mais c’était d’Érasme dont tout le monde parlait. S’agissait-il de l’autre ? Celui qui avait tout emporté ? Sa question prête à jaillir fut retenue par la main de sa sœur dans ses cheveux.

« Dastan… » - « C’est pas vrai ! Y’a rien eu, y’a rien, et y’aura rien ! » - « Donc t’as bien été avec lui ? Tu comptes le revoir ? » - « Non ! » - « Traître ! » Malgré son corps meurtri, il se leva d’un bond, et Yngvild perçut mieux la vigueur et la noblesse du bicorne presque abattu. Elle en avait vu un, l’autre jour. À moitié mort après l’attaque d’une bête inconnue. Il ruait sur le sol, comme si chaque élan de force pouvait l’aider à se relever, alors que sa fin crevait les yeux. « Je ne suis pas un traître ! » - « Le monde entier t’a vu avec ! » Asha aussi s’était levée, et elle ressemblait à la créature sanguinaire prête à terminer le travail. « Le monde entier t’a vu avec Érasme Salvatore. Ne me mens pas. » Les mots se détachaient distinctement, en autant de couperets aiguisés. « Tu disparais du jour au lendemain et on apprend que tu batifolais au Fessetival avec un Sorcier, avec l’ancien Prince Noir ! Passe encore pour le Magicien, on commence à avoir l’habitude, mais un Sorcier ? Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? Après la guerre, après ce que ta sœur a subi ! » La concernée posa une main franche sur la table. « Laisse-le. On en parlera demain. » Elle tentait de s’exprimer calmement, mais Yngvild décela dans sa voix des intonations amères. Elle tressaillit. « Non. On en parle maintenant. Demain, ce sera trop tard. Parce que si Hazaan ne le tue pas, je le ferai. » Elle leva un regard intimidé vers sa mère. Au milieu de son visage restructuré par la colère, ses yeux pâles brillaient tels deux feux de pleine mer. Ses cils étaient bordés de larmes. Celles de l’enfant affluèrent aussitôt, et un gros sanglot la secoua. « Ça suffit. » Vrael se leva. Il s’approcha de la petite dernière et la souleva pour la caler contre lui. Elle enfouit son visage dans son cou. « On en parlera demain. Je suis sûr que tout ça, c’est qu’un malentendu. » Elle respira son odeur et, les paupières closes contre sa peau, ne vit pas les regards que les autres lui lançaient.



Message VI – 962 mots




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Jeu 24 Aoû 2023, 16:38




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés



Le cœur qui bat, le cœur qui tremble. Le sang qui mugit à l’orée des tempes. Les paupières vissées l’une à l’autre. Les larmes à peine retenues par la soudure des cils. La nausée au bord des lèvres. La poigne invisible resserrée sur la gorge. L’angoisse lovée dans l’estomac. Allait-il mourir ? Il était terrifié. À chaque fois que le sommeil tentait de refermer ses bras sur lui, il avait l’impression que son lit s’apprêtait à l’engloutir. Il sursautait violemment et rouvrait les yeux. Dans la pénombre de sa chambre, alimentée par les jeux de lumière de la lune et la danse des branches de l’arbre près de sa fenêtre, il discernait des formes inquiétantes. Des démons tapis dans les recoins, affamés, désireux de le dévorer. Il craignait que sa mère abattît la porte pour se jeter sur lui. Dès que son père avait mis fin à la conversation, il s’était éclipsé. Cependant, l’écho de leurs voix avait résonné dans tout son être. La colère et la peine d’Asha l’avait fait vibrer tout entier. Et le souvenir de leurs visages l’avait hanté. Il avait haï la façon dont Vrael avait pris Yngvild dans ses bras – pourquoi pleurait-elle, alors que c’était lui qu’ils honnissaient ? Il exécrait tout de la scène : leurs mots, leurs gestes, leurs silences et leurs immobilités. Mais ce qu’il abhorrait plus que tout, c’était ce qu’il avait fait naître dans leurs cœurs : cette déception crasse, répugnante, avilissante. Jamais il ne les avait déçus ; toujours, il s’était montré à la hauteur de leurs espoirs. Il avait failli, une fois. Plein de fois, en vérité. Il était aussi rempli de secrets que de hontes. Ça n’avait plus vraiment d’importance, car désormais, tout était fini.

Les premières lumières de l’aube chatouillèrent ses paupières closes. Il les ouvrit, battit des cils. Les rêves avaient fini par le happer ; de leur tourbillon, il ne lui restait qu’une sensation pâteuse dans la bouche et une barre à l’arrière du crâne. Pourtant, il ne perdit pas de temps. Il se leva, s’habilla, et descendit. Toute la maisonnée dormait. Il sortit sans faire de bruit. Dehors, l’air vif du matin, chargé de rosé, répandit dans son dos un long frisson d’éveil. La perspective de sa mort lui paraissait impossible. La peur pesait néanmoins sur son ventre. Si un autre avait été à sa place, il l’aurait tué de ses mains. Lentement, comme les feuilles chutent des arbres en voltigeant, il avait plongé dans le grand bleu, et à mesure qu’il sombrait, il était devenu ce qu’il avait toujours méprisé : un traître. Lucius avait raison. Il ne pouvait pas le désirer. Il avait été fou de croire que c’eût été possible. Il repensa à la statuette qu’il avait laissée dans le poing du Sorcier. Un sourire amer déchira sa bouche. Il aurait dû la garder, car c’était lui qui avait besoin de la protection de Zel’Eph. Il chemina jusqu’à la ferme d’Hazaan le regard fixé droit devant lui, les jambes affaiblies par la terreur, le cœur renforcé par l’ardeur. Lumnaar’Yuvon semblait déserte, endormie ; lui, il bouillonnait d’émotions tumultueuses.

Devant la porte, il s’interdit d’hésiter. Il toqua, fort, et quelques – interminables – secondes plus tard, elle s’ouvrit. Le regard vert d’Hazaan se posa sur lui. Dastan fit son possible pour le soutenir. Dans cet échange silencieux, il se jura de se battre et, s’il devait mourir, de le faire avec honneur. Il se défendrait jusqu’au bout. Il ne nierait pas. Il assumerait tout. Il assumerait ses mains sur son corps, ses lèvres contre les siennes, son envie de se fondre en lui, les rêves qui les unissaient, la réalité qui les séparait. « Entre. » Il obtempéra, aussi droit et déterminé que possible. L’odeur chaude des briinaak rappela à son estomac le vide qui le comblait. Il ignora la sensation. « Ta sœur est un sacré problème. » Le Kiir’Sahqon haussa les sourcils, les iris braqués sur son hôte retourné aux fourneaux. Des lueurs surprises marquetaient ses prunelles. « Si elle n’était pas intervenue, ta tête serait perchée au bout d’une pique à la frontière. Ça m’aurait soulagé les épaules d’une tâche supplémentaire. » Plaisantait-il ? Son ton égal ne donnait aucun indice. Quand il pivota vers lui, le roux fut incapable de dire si le tressaillement au coin de sa bouche était dû à l’amusement ou à l’agacement. Le Thur retourna à ses crêpes, et le silence s’étira, seulement comblé par les percussions entêtantes de son propre palpitant.



Message VII – 747 mots




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Jeu 24 Aoû 2023, 17:56




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés



N’y tenant plus, Dastan affirma : « Je ne ferai plus jamais honte à notre peuple. Je me battrai pour lui et je le vengerai. Je ne le reverrai pas. Je te le promets. » Tout ce qu’il s’était passé entre eux appartiendrait au passé. Leurs mains, leurs corps, leurs lèvres ; tout. Une vague de chaleur et un vertige le déséquilibrèrent. Hazaan lui offrit les trois quarts de son profil. « Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir. » - « Je le jure ! » Sa poitrine s’écartela. Il ne voulait pas mourir mais, surtout, il désirait ardemment aider les siens à se relever, à se venger, à se développer. Il se rêvait Dovahkiin depuis l’enfance. À côté de cette ambition, rien ne comptait. Pas même le grand bleu. Pas même les yeux verts. Il les aurait tués tous les deux si cela avait pu lui permettre d’accéder à ses objectifs. Il voulait y croire, du moins. « Ne sois pas idiot. La seule façon pour toi de tenir cette promesse, c’est de mourir maintenant, ou de la rompre une fois pour le tuer. » - « Je peux le tuer. » Un rire s’échappa entre les lèvres du brun, et Dastan demeura muet, entre la stupéfaction et la colère. Que se passait-il ? Il se sentait perdre pied. La conversation lui échappait. Il tombait, encore. « Tu me crois lâche ? » tenta-t-il, sans pouvoir cacher la violence que lui inspirait ce sentiment. « Non. » Il versa le fond de la pâte dans la poêle. « Mais je sais que tu ne le feras pas. Tu l’aurais déjà fait, sinon. C’est ce que tout Réprouvé sensé aurait fait. » Le Kiir’Sahqon serra les dents à s’en broyer les mâchoires. Il savait. Il avait essayé. Tant de fois. Chaque échec avait été un aveu de désirs interdits. Ce n’était pas que sexuel. Il y avait quelque chose de plus profond, de plus brutal, que ravivait chaque songe. « Il m’a ensorcelé, c’est tout. Mais la prochaine fois, je ne le laisserai pas faire. » Croyait-il à ses inventions ? Il n’aurait su le dire lui-même. C’eût été plus simple s’il en avait été parfaitement convaincu.

Sans répondre, le Tyd’Saan fit tomber la briinaak dans l’assiette, qu’il laissa sur le plan de travail. Il s’approcha de Dastan, dont les yeux flamboyaient. « Nous avons suffisamment été confrontés à la mort. Je ne vais pas t’exécuter. » La flamme de ses iris oscilla. « J’ai bien réfléchi à ta punition. » Son palpitant s’affola. « J’ai même réclamé l’avis des Zaahin. » L’écarlate s’étendit sur ses pommettes. Les Zaahin. Si sourds à ses prières, si muets face à sa détresse. « Quoi ? Qu’est-ce qu’ils ont dit ? » - « Ils ont parlé d’Équilibre. » L’adolescent fit un pas en arrière, choqué. C’était comme si, soudain, les rêves s’incarnaient dans la réalité. Comme si une main étrangère guidait le cours de leurs eaux jusqu’au réel, et les laissait s’y déverser avec fracas. « Je leur ai proposé l’exil, et ils ont parlé d’Équilibre. » répéta Hazaan. Son regard, lointain, s’arrima au sien. « C’est une notion que les autres ne comprennent pas encore, et que certains ne comprendront peut-être jamais. Mais c’est la voie que nous devons emprunter. » Il cligna des yeux. Cette conversation lui paraissait lunaire. Il n’allait pas mourir ? Pas être exilé ? Ne souffrir d’aucune punition ? Se pouvait-il qu’il fût véritablement un élu des Héros ? Confrontée aux tourments qu’imprimaient en lui le Sorcier, son inébranlable foi avait vacillé. À l’écoute des mots du Thur, elle flambait. Il avait eu si peur de subir l’une de ses colères légendaires que sa réaction le déboussolait. Démuni, il ne savait quoi articuler. « Les gens ne peuvent pas accepter ce qu’ils ne comprennent pas. Tu seras donc puni. Je les laisserai t’infliger tout ce qu’ils veulent. Ici, à Gona’Halv, à Gein’Drakul et même à Keizaal. Partout où tu iras, la vérité et les mensonges te suivront, et tu subiras la justice ou la vengeance de tout un chacun. Je n’interdirai que la mise à mort. » Un frisson griffa l’échine de Dastan. « Il viendra peut-être un moment où tu voudras fuir ou mourir, lorsque tu auras trop éprouvé leur violence. Si tu fuis ou si tu t’ôtes la vie, tu seras un traître, et le Dukaan t’accueillera. Vis avec ce fardeau, et quand viendra ton heure, tu rejoindras les Zaahin. » Son regard bronze, figé dans celui du Thur, fut parcouru de lueurs vives et troubles. « C’est tout ? » demanda-t-il, dans un souffle, inconscient de toutes les implications de la sentence. « Non. Rachète-toi auprès des tiens. Corrige tes erreurs. Peine et sue dix fois plus que les autres. Alors, peut-être que nous te pardonnerons. » Le garçon acquiesça. Il ne comprenait pas comment il pouvait s’en sortir si facilement, mais une joie quasi béate lui ouvrit la poitrine. Il n’était pas mort, et il ne mourrait pas. Seul le temps et l’expérience lui apprendraient que les attentes et les espoirs que le Thur avaient glissé dans son cœur étaient plus cruels que la sentence éternelle.



Message VIII – 869 mots




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Sam 26 Aoû 2023, 21:49




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP liés : Ces étrangers dont le cœur est uni | Message VII (Adam) à la fin du rp ; Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Message XXXII à XXXIII.


« Qu’as-tu décidé ? » - « Il vivra. En assumant les conséquences de ses actes. » Le soulagement et la peine étreignirent le cœur de Freyja d’un même mouvement. Elle ne comprenait que trop bien ce qu’impliquaient les mots d’Hazaan. « Merci. » - « Je ne l’ai pas fait pour qui que ce soit. Je ne l’ai même pas sauvé. Il va souffrir, et ce sera mérité. » Assis face à elle, les coudes posés sur la table de sa salle à manger, il plia sa briinaak. L’Ange ne répondit pas. La philosophie des Manichéens tenait en peu de mots : marche ou crève. Ceux qui se révélaient incapables d’affronter les tempêtes mouraient abattus par la foudre de leur impuissance. Dastan devrait surmonter la haine des siens. Tout le monde ne croirait pas la rumeur, surtout s’il prenait soin de la démentir et de se comporter avec exemplarité. Mais le doute pèserait ; il lui interdirait d’être le Réprouvé modèle qu’il avait toujours voulu performer. La controverse suivrait chacun de ses pas – de la même manière qu’elle se déversait dans ceux de sa sœur. « J’ai foi en lui. » finit-elle par dire. La flamme vacillante de l’adolescence vibrait encore dans son cœur, cependant, il avait changé. Le petit garçon turbulent et braillard avait laissé place à un jeune homme brave et déterminé. S’il voulait s’en sortir, il le ferait. Son élan de soutien et d’empathie envers son cadet la surprit elle-même ; les jours où elle avait exécré jusqu’à sa simple existence lui revinrent et laissèrent sur sa langue un arrière-goût doux-amer. Tout avait changé, depuis. C’était pour ça qu’elle était là.

« Je voulais qu’on parle du futur. Si je peux aider, je veux en être. » Il croqua dans sa crêpe et leva les yeux vers elle. Ses prunelles scrutèrent leur fond vert. Depuis son rêve avec Jun, la cruauté des étoiles imprégnait chaque pore de sa peau. Celle que le Thur avait mise en œuvre en envoyant des millions d’âmes à la mort avait fait écho aux violences stellaires. Le Destin qui pesait sur eux résidait-il dans le murmure des cieux ? Avaient-ils soufflé aux Zaahin la prophétie énoncée par Hazaan ? Elle avait retourné le songe dans tous les sens, repensé à ses conversations avec Kaahl et Adam, à leurs insinuations auréolées de mystères, à leurs savoirs interdits qu’ils avaient préférés garder secrets. Elle sentait qu’elle effleurait quelque chose. Bien que la frustration lui chatouillât la poitrine, elle était secondaire. Une révolte couvait en elle, une révolte contre l’inertie, le statu quo, l’incapacité. Voir les siens se faire piétiner devant les remparts d’Amestris avait achevé de forger sa volonté de s’impliquer à leurs côtés. « Tu m’as dit que la guerre pousserait les Réprouvés à se former à la magie, mais tu comptes faire comment, pour les convaincre ? » poursuivit-elle. Elle avait passé des semaines à Sceptelinôst, et là-bas comme ici, les Bipolaires n’avaient pas l’air de vouloir changer leurs modes de vie. Ils étaient trop occupés à panser leurs plaies et leurs egos. « La guerre nous a bien prouvé que le monde a changé et qu’en refusant de suivre son mouvement, on est devenus des marginaux. » Il marqua une pause, le temps d’enfoncer une cuillère dans le pot de confiture. « Elle a aussi montré au monde entier que celui qui maîtrise la magie peut nous rayer de la carte. Si on refuse d’évoluer, on restera vulnérables. Je leur dirai ça comme ça. La magie, ça ne leur fera pas plaisir, mais c’est une question de bon sens et de survie. » Marche ou crève. L’Aile d’Acier acquiesça. « Je suis déjà étonné que les Sorciers ne terminent pas le travail. » - « L’Empereur Noir actuel se préoccupe surtout de musique. » Et de Kaahl, mais c’était un autre problème. Hazaan hocha la tête. « Une chance pour nous. Prends-en. » ajouta-t-il en poussant l’assiette de briinaak vers elle. « Merci. » Elle se servit et étala du miel sur la fine pâte.

« Et après ? Vous aurez besoin d’enseignants. À Sceptelinôst, ça devrait aller, mais ici et à Gona’Halv ? Vous allez ouvrir les frontières ? » - « Non. » Il se frotta le nez du plat de la paume. « Enfin, partiellement. Pour Gona’Halv, je verrai avec Atthirari ce qu’on peut faire avec ceux de Stenfek. Et pour Lumnaar’Yuvon, je comptais demander leur aide aux Orines et aux Déchus, dans un premier temps. À ceux venus à l’Odon do Dur, aussi. Peut-être voir avec les enfants partis chez les Anges et les Démons, parce qu’ils maîtrisent chacun une partie de notre magie. » Elle le scruta, le cœur battant. « C’est plus délicat. » La majorité des enfants de Réprouvés qui avaient quitté leur patrie restaient considérés comme des déserteurs. Des traîtres. « Je verrai ce qui ressort des discussions avec les autres. Les gens d’ici et Raguel et Atthirari. » - « Dans tous les cas, on pourra aider, Priam et moi. Et si vous décidez de faire appel aux enfants des territoires réprouvés, il pourrait faire le lien avec certains Anges partis aux Jardins. » Il y eut un silence. Depuis son retour, c’était la première fois qu’elle évoquait son frère. Ne pas être ici avec lui la mettait mal à l’aise. D’habitude, ils venaient toujours ensemble. « Comme il travaille beaucoup avec les enfants de Réprouvés. » - « Je lui en parlerai quand il reviendra. » Elle opina lentement, les lèvres pincées, avant de reprendre : « Je peux en parler à Adam, pour les Déchus. Et à Kaahl pour les Magiciens, si vous voulez bien étendre jusque-là. » Quand ils auraient mis les choses au clair. Elle ne se faisait aucune illusion sur l’état d’esprit de celui qui était désormais son mari. Elle préférait simplement ne pas y songer. « Ils nous ont déjà aidés, et même si leur magie s’exprime différemment, ils ont des connaissances énormes en la matière. » Durant une fraction de seconde, elle imagina le Mage au milieu des champs, les vêtements recouverts de paille et de poussière, le teint marqué par le soleil, et cette vision la fit sourire. Ça le changerait d’Amestris. Elle mordit dans sa briinaak. « Ouais. On en reparlera en temps et en heure. Mais merci. » Hazaan lâcha un long soupir, puis étira son torse pour croiser ses bras derrière sa tête. « Avant tout ça, il va falloir que je traite le problème principal : le départ d’Erza. » Freyja l’observa. Le sujet revenait souvent dans les conversations. Chacun se demandait où était la Reine, ce qu’elle faisait, pourquoi elle ne revenait pas. Son absence durant la guerre faisait gronder l’orage des cœurs en colère. Plus le temps passait, plus il était évident qu’elle ne reparaîtrait pas. Elle s’était livrée toute entière au Léviathan et à son océan. Le trône était vacant ; cela ajoutait irrémédiablement à l’instabilité et à l’insécurité qui paralysaient la société bipolaire. La position de Raguel était trop précaire ; Keizaal avait pris son indépendance. À moins qu’un élu ne tombât du ciel, Hazaan serait le futur Seigneur des Deux Rives.



Message IX – 1190 mots




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Dim 03 Sep 2023, 21:01




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP lié : Je suis ici pour te dire...


Après sa discussion avec Hazaan, Freyja s’était rendue chez ses parents dans l’espoir de voir Dastan. Il n’était pas là. Vrael et Asha l’informèrent qu’il leur avait partagé la décision du Thur, avait avalé un quignon de pain à toute vitesse, puis était parti. Elle, elle avait décidé de rester. Une main autour d’une pomme de terre, un couteau dans l’autre, elle la découpait méticuleusement. Parfois, l’épaule de sa mère, occupée à trancher les carottes, effleurait la sienne. « Adam va venir ? » La question l’étonna. « Je ne sais pas. Je lui ai proposé, mais je crois qu’il est occupé. » Les derniers fragments du bal lui revinrent. L’image la plus nette qu’elle en conservait, c’était le regard baigné de rage de Kaahl. « Je voulais le remercier. » Elle marqua une pause, seulement entrecoupée du bruit des ustensiles fendant les aliments. « Il est resté un long moment ici, quand on était à Amestris. Ton père m’a dit qu’il était passé souvent. » - « Oui, il m’en a parlé, quand j’étais chez lui. » La main d’Asha se délesta de son couteau et se posa vivement sur celle de sa fille. Surprise, elle releva le visage vers elle. L’émotion qui brillait dans ses yeux referma sa poigne autour de son ventre. « Je suis contente que tu sois tombée sur lui. C’est un homme bien. » Quelques secondes stupéfiées s’écoulèrent. « On n’est pas ensemble, tu sais. » finit-elle par lâcher. Sa mère reprit sa main comme si elle venait de se brûler au contact de la sienne. Son regard se réorienta sur les carottes, et Freyja crut presque qu’elle était fâchée, mais un sourire amusé étira un coin de sa bouche. « Ça va venir, non ? Tu es sa Gardienne. Et maintenant qu’il n’y a plus le Magot… » L’Ange pinça les lèvres et se détourna, pour à son tour se concentrer sur les pommes de terre. « Enfin, lui, il peut bien se le taper, ce n’est jamais qu’une personne de plus sur sa liste, mais toi, c’est fini. » Face au silence qui suivit, elle ajouta : « Non ? » Sa fille n’eut pas besoin de redresser la tête pour savoir que ses paupières s’étaient plissées et que ses sourcils formaient une ligne dubitative, prête à se métamorphoser en mécontentement. « On s’est mariés. » La révélation ne provoqua aucun soulagement. Ses épaules se tendirent et ses phalanges se crispèrent. Néanmoins, ses prunelles rassemblèrent le courage de plonger dans celle de sa mère. « Tu t’es mariée ? » Elle cligna des yeux plusieurs fois. « Avec le Magicien ? » L’ombre couvrit ses iris. « Oui. Il n’y a pas longtemps. Je ne vous ai pas prévenus parce que ça s’est fait un peu précipitamment. »

Le dégoût qui éclata dans les pupilles d’Asha l’éclaboussa et se répandit dans tout son être. La colère fit vibrer ses cordes brûlantes contre son cœur. « Tu devrais t’être faite à l’idée, depuis le temps. » Une grimace tordit la bouche de la Réprouvée. Ce qui sortait d’entre ses lèvres déchirées ne plaisait jamais aux oreilles. « Je ne me ferai jamais à l’idée que tu me déçoives. » L’Aile d’Acier serra les dents. Ses mots se plantèrent dans sa poitrine, pareils à des clous dans la pierre : ils la fendillèrent, agrandissant les crevasses qu’elle entretenait depuis des années. Au fil du temps, ces béances avaient recraché bien des ressentis ; à cet instant, elles écumèrent d’une rage qui avait toujours su demeurer muette. « C’est toi qui me déçois. » répliqua-t-elle, véhémente. « T’es incapable d’être heureuse pour moi. T’aurais mille fois préféré que je crève de tristesse ! » Elle avait abandonné sa tâche et reculé d’un pas. « Et même sans te réjouir, tu pourrais au moins accepter. Juste accepter. C’est vos idées bornées à la con qui vous ont menés au massacre, putain ! Ça apporte rien de bon mais tu t’en fous, t’es trop conne pour réfléchir ! » - « Parle-moi sur un autre ton ! » Le poing d’Asha se referma violemment autour de sa gorge, mais le corps de Freyja se dissipa en un nuage de fumée qui lui permit de s’échapper. Dès qu’elle reprit consistance, sa magie frappa la Bipolaire : une onde de choc la propulsa contre le buffet. Quelques assiettes tombèrent, couvrant le fracas des jurons en Zul’Dov.

Alerté par le vacarme, Vrael apparut, suivi de près par Yngvild. Avant qu’ils n’eussent pu articuler le moindre mot, l’Ange trancha : « C’est bon. Je me casse. » Sans un regard de plus, elle tourna les talons et sortit de la cuisine. « Freyja ! Reviens ici ! On n’a pas terminé ! Laëth ! Je ne t’ai pas faite pour que ton con et ton ventre soient souillés par un putain de Mage ! » En fond, elle percevait le ton doux et patient de son père qui tentait de la raisonner. Elle se jeta à l’extérieur et claqua la porte derrière elle. Ce ne fut pas suffisant pour arrêter les paroles de sa mère. Elles se faufilèrent jusqu’à elle et la frappèrent en plein cœur.



Message X – 865 mots

Vive les familles de Réprouvés (:^^:)




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Sam 16 Sep 2023, 16:27




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP liés : Je souhaite... ; La vie est belle et cruelle à la fois ; Et le jour se transforma en crépuscule ; L’appel du vide.


Des mots épineux restèrent coincés sur sa langue, entortillés autour d’elle tels des colliers de ronces. Écorchant sa gorge. Perçant son abdomen. Déchirant ce ventre qui n’avait pas su retenir la souillure désignée par sa mère. Elle aurait pu lui crier qu’il était trop tard, qu’elle l’avait déjà portée. Lui hurler qu’elle l’avait perdue, qu’elle avait péri, et qu’ils en étaient peut-être responsables, eux et leur haine. Que les Zaahin avaient entendu leurs prières et arraché à leur traîtresse de fille ce que les Ætheri lui avaient donné. Pourtant, Freyja ne revint pas sur ses traces. Elle ne s’arrêta même pas. Elle poursuivit sa route, le cœur noyé de colère et de tristesse. Les épines ravivaient ses plaies. Elles réveillaient ce à quoi elle ne pouvait s’empêcher de penser. Au début, elle l’avait presque occulté. Elle l’avait mis de côté, comme elle l’aurait fait d’un vêtement à rapiécer. Mais ce n’était pas un tissu qui était troué, et il n’y avait rien à recoudre. Le vide se nourrissait des débordements de son âme. Malmenée par l’océan de ses émotions, elle se déversait autour d’elle-même, insaisissable.



Avalon, quelques semaines plus tôt.

Les crampes la tenaient éveillée toute entière. Ses yeux verts, fixés sur le plafond, admiraient la danse de paillettes inexistantes. L’Ange roula sur le côté et ramena la couette vers elle pour mieux la serrer contre son ventre. Elle demeura ainsi un long moment. Ses pensées tournaient autour de Kaahl. Elle se demandait quand il reviendrait pour de vrai, comme il l’avait promis. Ils se retrouveraient, elle en était persuadée. L’amour qu’elle éprouvait à son égard ne pouvait pas souffrir trop longtemps de la solitude. Il avait besoin du sien ; elle avait besoin de lui, comme il avait besoin d’elle. Il l’admettait juste moins facilement. Il se croyait au-dessus de ses sentiments, quand elle était bien consciente de l’emprise qu’exerçaient les siens. Son orgueil le torturait. Il s’imaginait au-dessus d’elle, parce qu’il s’octroyait le droit d’aimer qui il voulait et comme il le souhaitait, mais la punissait d’être tombée pour un autre que lui. Peu importait que ce fût Jun. Il n’aurait pas réagi différemment s’il s’était agi d’un inconnu. Elle songea à Aimé et à ce transfert de conscience, à Lagherta. Ses interrogations flottaient dans un océan d’ignorance. Le visage contrarié d’Ezechyel s’imposa, puis elle crut sentir la caresse de ses lèvres et tout ce qu’il avait soigné en elle. Tout ce sang qui s’était écoulé entre ses jambes.

Freyja ferma les paupières, se tourna sur le dos et déglutit. Puis, avec lenteur, sa main descendit entre ses cuisses. Lorsqu’elle remonta jusqu’à ses iris, elle observa le liquide briller au bout de ses doigts à peine éclairés par le ciel nocturne. L’écho de la musique et des voix venues de la rue s’évanouit ; le silence l’engloutit. Il ne fut rompu que par le premier sanglot qui brûla sa gorge. La vérité se dessinait dans les coulées vermeilles. Elle n’avait rien imaginé, rien inventé. Elle n’était pas devenue folle. Ses règles ne s’étaient pas déversées entre les lattes de la grange. Elle y avait abandonné quelque chose de plus intime, de plus à soi, d’irremplaçable. Quelqu’un. Précipitamment, elle se leva et courut jusqu’à la salle de bains. Elle ouvrit le robinet, attrapa la brosse à ongles, et frotta ses doigts plongés sous l’eau jusqu’à ce que la pulpe en rougît. Les mains en coupe, elle s’aspergea la figure, puis se détailla, longuement, les phalanges resserrées autour de la poignée verrouillée du robinet. Lorsque ses muscles se détendirent et que son cœur se calma, elle quitta la pièce. Ce soir-là, elle ne retourna pas dans sa chambre, mais se glissa dans celle d’Adam. Avec délicatesse, elle souleva les draps et se blottit contre lui. Elle ne sut pas si elle l’avait réveillé. Il ne bougea pas, et elle ne dit rien. Elle ne voulait rien dire. Tout ce qu’il lui restait, c’était son secret.



Depuis cette nuit, elle l’avait jalousement gardé. Elle n’avait rien laissé entendre. Elle avait même fait de son mieux pour l’ignorer. Elle n’avait ni voulu percevoir ses murmures perfides quand elle avait vu des ventres arrondis de femmes enceintes et des mères tenir leur enfant contre leur poitrine, ni son écho douloureux quand elle avait lu les articles de journaux qui déclaraient que Kaahl voulait reconnaître la fille de Mirabelle. Elle avait refusé de le formuler quand elle l’avait revu, quand ils s’étaient mariés et qu’il l’avait aimée des jours durant. Lorsqu’elle s’était demandé si elle portait à nouveau son enfant, elle s’était détestée. Elle avait écarté ce souvenir, encore. Il n’était pas simplement question de se rappeler : elle ne voulait ni ressentir ni comprendre. Les vérités qui tournoyaient autour de cet événement cherchaient à la blesser ; elle déployait toute sa force pour repousser leurs morsures. Elle s’enterrait dans le déni. Il n’y avait rien eu. Elle n’avait rien perdu, parce qu’elle n’avait rien possédé. Il ne s’était rien passé. Inutile de pleurer. Il n’y avait rien de grave. Ça n’était rien. Rien.

Pourtant, de retour à Lumnaar’Yuvon, les rivières de sang avaient retrouvé leur chemin jusqu’à elle. Parfois, la nuit, elle s’y noyait. Elle se réveillait en sursaut, dans le silence et la solitude. Le cœur défait, elle se mettait à fixer le plafond ; et alors, ses pensées embrumées de sommeil s’entassaient en interrogation. S’agissait-il d’une punition des Zaahin ou des Ætheri ? Quels agissements avaient pu les rendre si véhéments ? N’était-ce que le hasard ? Le poids du devoir, le fil du destin, la cruauté des étoiles ? Quand son esprit s’engouffrait dans des impasses, il s’amusait à refaire le passé. Plusieurs fois, elle s’était demandé ce qu’il serait advenu, si elle ne l’avait pas perdu. Elle serait sans doute restée habiter chez Jun. Il ne l’aurait pas renvoyée froidement comme il l’avait fait – du moins, elle l’espérait. Et même s’il avait agi de la même manière, peut-être que Kaahl aurait entendu raison et ne l’aurait pas quittée. Aurait-il cru qu’il était de lui ? L’aurait-elle su ? Ses questionnements ne menaient nulle part. Songer à cette perte comme si elle n’avait jamais existé n’avait aucun sens. Cela ne créait que de la douleur. Parce que plus ces souvenirs la hantaient, plus une certitude s’ancrait en elle : quand bien même elle ne voulait pas d’un enfant dans l’immédiat, jamais elle n’aurait avorté. Elle l’aurait gardé, élevé et choyé avec tout l’amour qu’elle aurait réussi à convoquer ; si bien que quand elle y pensait, désormais, un goût amer asphyxiait sa bouche, et ses yeux la brûlaient.

Les mots de sa mère la forçaient à se confronter à l’inadmissible. Durant quelques heures, elle avait porté la vie. Juste assez longtemps pour la sentir mourir ; pas assez pour la découvrir avant de la voir défaillir. Freyja s’arrêta près d’un arbre et plaqua son dos contre son écorce rugueuse. Elle inspira profondément. Les yeux fermés, la tête renversée en arrière, elle serra les mâchoires. En dépit de tous ses efforts, le déni se détissait, et ce que dévoilaient ses lambeaux éparses lui broyait le cœur. Elle savait que, dans ce qui lui était arrivé, la logique faisait défaut. Quelque chose n’allait pas. Jamais elle n’avait entendu parler d’une fausse couche au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures. Ça n’arrivait pas. Pas sans une bonne raison. Une punition divine n’expliquait pas tout. Elle voulait savoir, et c’était aussi pour cela qu’elle avait souhaité se rendre à Lumnaar’Yuvon. Il était temps.



Message XI – 1244 mots




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Ven 22 Sep 2023, 08:05




Que l’Ombre rayonne

Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés



Avec netteté, la lame trancha la mèche de cheveux. Freyja la posa au fond du petit trou qu’elle venait de creuser. Saupoudrées de particules terreuses, l’une de ses plumes et trois statuettes y reposaient. Un corbeau, pour la renaissance, l’espoir et l’équilibre ; une louve, pour l’amour et la famille ; une panthère, pour la justice. Levant l’une de ses mains noires de terre au-dessus du tombeau, l’Ange s’incisa la paume et serra le poing pour faire couler le sang. Il tacha la blancheur de la plume et le bois des amulettes, s’écoula le long de leurs crevasses et de leurs courbes, se noya dans le sol. Elle le regarda disparaître, les yeux embués. Elle regrettait de n’avoir rien qui n’appartînt qu’à Kaahl. Elle l’aurait joint au reste. Amassant la terre repoussée sur les côtés, elle entreprit de recouvrir la tombe vide de corps. Elle s’interrompit au milieu de sa tâche pour se tourner vers le rosier blanc qu’elle avait ramené. Elle en avait planté plusieurs le long de la ferme qu’ils rénovaient, avec Priam. Elle enfouit ses racines et le recouvrit encore de terreau. Au bout de ses doigts, sa magie s’élança : elle s’enroula autour des tiges, des feuilles et des fleurs pour encourager la plante à s’épanouir. Puis, à son pied, une plaque de métal recouvrit le minuscule tertre, striée des reflets noirs et bleus que son don imprimait à la matière. Une brève hésitation suspendit le flux ivoire, avant qu’il ne reprît et que quelques mots ne fussent gravés : « À ceux qui ne naissent que dans les cœurs. ». Un piano miniature, irisé d’ébène et d’azur, pourvu d’une aile d’acier, émergea juste sous le rosier. Freyja, mains sur les genoux, se redressa pour regarder son œuvre. De l’index et du majeur, elle chassa les larmes qui brouillaient sa vision. Une inspiration profonde enfla ses poumons. Elle expira, le souffle tremblant.



Sur le chemin qui menait de chez les parents de Draegr à chez lui, Dastan s’arrêta. Il demeura quelques instants au croisement, incertain, puis bifurqua sur la droite. Au loin, il voyait le soleil danser sur les pétales d’or des millepertuis.

Il pensait trouver les sépultures désertes, mais il repéra aussitôt la silhouette de sa sœur, agenouillée devant un rosier dont la blancheur éclatait au cœur de la marée jaune. Il ralentit, jusqu’à cesser de marcher. Durant de longues secondes, il se contenta de la scruter, silencieux. Curieux, aussi. Il finit par s’approcher. « Freyja ? » Il crut voir ses épaules sursauter, mais quand elle se retourna, aucune surprise ne marquait son visage. Ses yeux rouges le scrutèrent. « T’as pleuré ? » Il se tut et baissa le regard. Bien sûr, qu’elle avait pleuré. Ça se voyait. Quel débile. Pourtant, quand il releva la tête, il vit que l’ébauche d’un sourire tendait ses lèvres. Penaud, il avança encore, puis s’assit à côté d’elle. Son regard bronze détailla ce que la silhouette de son aînée lui avait caché. Au pied des fleurs, un piano décoré d’une aile surplombait une plaque, différente de celles qui émaillaient le champ. Il eut envie de toucher ses iridescences céruléennes et charbon, mais se retint. Elles lui faisaient penser à Lucius et Érasme. « C’est pour…? » - « J’ai perdu un bébé. » La phrase claqua si vite qu’il en eût le souffle coupé. « Quoi ? » Ses iris sondèrent le profil de la brune, incliné vers la tombe. « Là, maintenant ? » - « Non. Après mon procès, à Amestris. » Il demeura muet, stupéfié. Incapable de savoir quoi dire. Il s’humecta les lèvres. Le silence s’étendit autour d’eux, tandis que mille pensées grondaient dans son esprit. Ses doigts se faufilèrent jusqu’à l’une des mains de sa sœur, l’entourèrent, la serrèrent doucement. Elle se laissa choir sur une fesse et le prit dans ses bras. Il l’enlaça. Le cœur du Réprouvé se serra. « C’est pas grave, ça ne veut pas dire que tu ne pourras pas en avoir d’autres, c’est juste… c’est juste pas de chance. Ça arrive à plein de femmes. » tenta-t-il de la réconforter. Sous ses paumes, il sentit ses épaules trembler. Elle se mit à pleurer. « Freyja… » Il essaya d’imaginer ce qu’il pourrait ressentir, si Draegr tombait enceinte et qu’ils perdaient l’enfant, mais il en fut incapable. Presque autant que s’il avait tenté de se mettre à la place de sa sœur. Lui, il ne vivrait jamais ces choses-là. « Ton Magicien… il le sait ? » Contre son épaule, elle secoua la tête. Il pinça les lèvres, mal à l’aise. Il préférait quand c’était lui qui pleurait et elle qui le réconfortait. Sa tristesse trouvait un écho dans tout son être. Elle l’ébranlait. « Adam ? » Elle dénégua aussi. Il comprit alors qu’entre ses mains reposaient désormais son secret. Il ne dit rien, et les secondes s’allongèrent, longues, pénibles. Il la serrait contre lui, caressait son dos, appuyait son menton contre son crâne, scrutait la tombe et ne trouvait rien à dire. Il aurait voulu panser ses plaies avec des mots, mais seules ses émotions résonnaient en harmonie avec les siennes. « Je ne l’ai pas perdu par hasard. Quelqu’un l’a tué, avec sa magie. » Le chuchotement descendit le long de sa colonne vertébrale et le glaça. « Quoi ? » Il avait parfaitement entendu. Tué par magie ; comme tous ces corps qui ne remplissaient aucune tombe. Ses doigts se resserrèrent autour des vêtements de l’Ange. Les mâchoires contractées, il prit une inspiration tremblante. « Je vais tous les tuer. »



Message XII – 928 mots




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Mer 27 Sep 2023, 08:15




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Solo | Freyja, les Belegad & les Réprouvés


RP lié : Lorsque les royautés se multiplieront...


L’étreinte de Freyja se resserra autour du corps de Dastan. « C’était qui ? Elias Salvatore ? Jun Taiji ? » Elle frotta sa tête de gauche à droite contre son épaule. De tous ceux qui avaient participé à son procès, ils étaient les deux seuls qui n’auraient pas interféré avec ce début de grossesse. Pour des raisons limpides à ses yeux mais qui demeuraient secrètes pour les autres. Il était évident qu’Ezechyel avait joué un rôle dans cette mort, car il prenait part à toutes celles qui frappaient la Vie, mais on n’en voulait pas à un Dieu d’accomplir son office. Elle était persuadée que, s’il avait pu lui éviter cette peine, il l’aurait fait. Son regard froid et implacable, juché en haut des marches, lui revenait souvent ; elle y lisait désormais la douleur de n’avoir rien pu faire, et la même lâcheté que celle de son fils, cette lâcheté qui l’avait empêché d’affronter ce qu’elle s’apprêtait à vivre. Ou peut-être avait-il agi de la sorte pour qu’elle rencontrât Ezechyel ? Pour qu’elle s’avouât, enfin, qu’elle l’aimait ? Elle l’ignorait ; la seule sensation qui persistait, c’était le poids du devoir. Il alourdissait ses épaules et ravageait son cœur comme il l’avait fait pour Jun. Il n’était pas maître du Destin ; si elle devait haïr l’un des Ætheri, c’eût été Oni. Oni et ses cruelles étoiles. « Tu sais qui ? » - « Non. » Après avoir interrogé Brunhild, qui s’était occupée de nombreuses grossesses, fausses couches ou accouchements à Lumnaar’Yuvon, elle avait rejoué cent fois le film de ses souvenirs. Elle ne disait pas tout à fait la vérité à son frère. Elle avait des doutes, des soupçons et une colère intense pour les alimenter. Son esprit tournait et retournait les possibles, sans savoir auquel s’accrocher. « Mais quand je saurai, je rendrai justice. » conclut-elle, dans une tentative de faire cesser le flot grondant de ses pensées. Dastan la pressa contre son torse. Ils demeurèrent un long moment enlacés, entourés par le souvenir des trépassés.



Le soir, la place du village était bondée. Déchiré entre deux tendances, Dastan hésitait entre s’enfoncer dans la terre ou s’exposer fièrement. Le fait qu’Asha et Vrael l’encadrassent le rassurait. Yngvild était dans les bras de leur mère, et Freyja se tenait juste à côté de lui. Elle paraissait calme, mais il avait l’impression qu’elle était prête à bondir au moindre mouvement, pour le défendre comme elle l’avait fait quand on l’avait battu, plus tôt. Il lui semblait qu’il entendait son cœur battre. Ou était-ce le sien ? Ses sens étaient confus. La sentence de Hazaan lui avait paru légère mais, maintenant qu’il affrontait les regards des autres, il surprenait un tremblement au bout de ses doigts. Il aperçut Draegr, qui lui adressa un sourire encourageant. Il chercha d’autres visages connus – Sól, Máni, Tûl – mais ne les vit pas. Lorsque la silhouette massive du Thur apparut, son sang se glaça. « Viens. » Il lui fit un signe de la main. La gorge sèche, l’adolescent s’approcha et se posta près de lui, au centre de la place. Le bourdonnement à ses oreilles effaça toutes les paroles d’introduction qu’il prononça. « La guerre a déjà fait couler trop de sang, et les Zaahin ont parlé. Je n’exécuterai pas Dastan. Personne ne le tuera. » Il n’entendit que la suite, que ces mots qui n’étaient pourtant pas si terribles mais qui, confrontés aux regards de ceux de son peuple, prenaient un tout autre aspect. « Partout sur nos territoires, je le condamne à subir la justice du peuple. Faites-lui payer ce que vous voulez, comme vous le voulez. » - « Mais est-ce qu’il est coupable ? » - « Ouais, est-ce que c’est un traître ? C’est quoi, ces rumeurs avec l’autre connard de Sorcier ? » - « Il y a des preuves ? » Le jeune Réprouvé avait à la fois horriblement froid et affreusement chaud. Il sentit couler sur lui le regard calme d’Hazaan. « Vas-y, parle. » Il leva le visage vers lui. La terreur et la détermination s’affrontaient dans ses yeux. Il déglutit, puis finalement se tourna vers l’assemblée. « C’est des mensonges. » affirma-t-il. « Mais je ferai ce qu’il faut pour me racheter à vos yeux. Je travaillerai plus, j’aiderai plus, je deviendrai un vrai guerrier. Je ferai tout ce qu’il faut. » Si je le recroise, je le tuerai. La pensée effleura ses lèvres, mais ne parvint pas à les franchir. Il parcourut les Réprouvés du regard ; le sang monta à ses tempes, et il fut incapable de réagir à l’expression de leurs émotions. Plus tard, il ne se rappellerait même pas s’ils avaient manifesté leur assentiment ou leur mécontentement.

Quand Hazaan mit fin à la séance, une pointe de soulagement lui piqua le cœur. Draegr vint aussitôt l’enlacer pour lui chuchoter des paroles apaisantes, dont il ne se souviendrait pas non plus. Dès qu’elle le lâcha, il se dirigea vers sa famille. « Hé, Dastan. » Une main se referma autour de son poignet. « Moi, j’en ai une, de preuve. » Il reconnut l’Ange à qui il avait demandé de lui lire la lettre qui l’appelait à devenir Roi de Charmyë, et à épouser Érasme. Un frisson griffa son échine ; son sang ne fit qu’un tour. « Si tu fermais pas ta gueule, j’avais parlé de te filer à bouffer aux sangliers, c’est ça, Nastel ? » répliqua-t-il. Le fils de Bipolaires sourit. « Tu seras sans doute crevé avant. Et au moins, justice sera faite. » Une lueur enflammée passa dans son regard. Le Belegad plissa les yeux, les mâchoires contractées. « Mais ça peut se négocier. On en reparlera. » Il le lâcha et, avant que Dastan n’eût pu bouger, disparut dans la foule. Une paume épousa la courbure de son dos. Il pivota. C’était Freyja.

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Message XIII – 979 mots




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