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 La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois | Alaster

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Priam & Freyja
~ Ange ~ Niveau III ~

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Priam & Freyja
Sam 02 Juil 2022, 21:11



Unknown

La vie est belle et cruelle à la fois,
elle lui ressemble parfois

En duo | Alaster & Freyja


RP précédent : Je me ronge le cœur de ce cœur que j’écoute.


Il y avait une forme de dureté, dans le regard de Jun. Une dureté qu’elle n’avait jamais vue dirigée contre elle, et peut-être même qu’elle n’avait jamais vue du tout. Une dureté résignée, qui secoua tout son corps et humidifia ses yeux. À cet instant, elle avait conscience de mille choses à la fois. Elle savait qu’il n’était pas étranger au sang qu’elle perdait ; parce que tout ce qui mourait lui revenait. L’épée de Damoclès appuyait si fort sur sa nuque qu’elle avait la sensation qu’elle l’entaillait. Elle aurait voulu courir vers lui et se blottir dans ses bras, comme elle l’avait si souvent fait quand plus rien n’allait. Elle aurait voulu qu’il l’emmenât, loin, comme il l’avait si souvent fait quand elle se délitait. Elle aurait voulu entendre ce rire si détaché, ce rire qui piétinait tout mais qui avait le don de lui changer les idées. Elle aurait voulu qu’il lui dît des choses qu’elle ne pouvait pas comprendre et d’autres qu’elle interprétait n’importe comment. Elle aurait voulu sentir son souffle dans ses cheveux ou sur son visage et frissonner d’appréhension et de culpabilité. Elle aurait voulu se renfrogner en écoutant une de ses blagues et s’offusquer d’un geste qu’elle aurait cru déplacé. Elle aurait voulu découvrir tous ces êtres qu’il créait et toutes ces réalités qu’il connaissait. Elle aurait voulu plonger dans son univers et ne jamais en revenir, parce que c’était le seul endroit au monde qui pouvait faire disparaître tout le reste. Mais ses yeux disaient qu’ils ne danseraient plus ensemble sur ce fil-là ; et l’orage qu’il avait évoqué, dans cette grande salle de musique, tonnait plus fort qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Des larmes dévalèrent les joues de l’Ange. « Non, Jun, s’il t- » Mais elle n’était déjà plus là.

Déséquilibrée, elle tomba en avant. L’odeur de lessive fraîche la prit à la gorge. Comme elle basculait en arrière pour se redresser, elle put bien se rendre compte, malgré sa vision floutée, qu’elle n’était pas dans un endroit qu’elle connaissait. Ses larmes redoublèrent. Elle pleurait, elle saignait, et elle tremblait. Elle vibrait comme les cordes de son violoncelle sous son archet ; elle vibrait d’une musique profonde, violente et triste. Elle vibrait d’émotions ; elle ne les comprenait pas toutes, tout comme elle refusait de comprendre certains de ses ressentis lorsqu’elle se trouvait en présence du Dieu. Désormais, ils lui explosaient dans la poitrine. Ils détruisaient tout ; ils la détruisaient, elle. Tout en elle était sanguinolent. Tout se défaisait, plus rien n’allait, et il n’était pas là, il n’était plus là, il ne voulait pas être là. L’Ange se recroquevilla sur elle-même, les deux bras plaqués contre son ventre. Son corps entier la faisait souffrir. Ce n’était pas qu’une question de fausse couche, c’était plus que ça, c’était tout. C’était lui, c’étaient ses mots, ceux-là ou ceux d’avant, ceux qui lui déclaraient qu’elle était sa partition préférée comme ceux qui prétendaient que la douleur révélait ce qui comptait vraiment. Un tourbillon douloureux massacrait son esprit ; et plus il tournait, plus elle se sentait déraper. Plus les secondes s’égrenaient, plus les tambours de la folie semblaient se rapprocher. La souffrance physique rejoignait la souffrance psychique ; elle n’était qu’une espèce de plaie ouverte à tous les questionnements et vidée de toutes les réponses, une déchirure béante jetée à même le sol, une mélodie où les ténèbres étouffaient la lumière.

Sa magie, pourtant, se débattait contre tous les maux qui la rongeaient. Elle faisait courir ses filaments d’argent sur son enveloppe, pulsait autour d’elle, crépitait impatiemment, flambait dans ses veines. Elle s’activait comme elle pouvait, pour réparer ce qui pouvait l’être, pour sauver ce qu’il y avait à sauver. Pour combattre le mal, comme il le lui avait demandé, cette nuit-là, dans le labyrinthe ; cette nuit qui avait précédé toutes les nuits qui devaient mener à celle-ci. Elle aurait préféré qu’elle n’arrivât jamais. Elle n’aurait pas dû répondre à cette invitation. Elle aurait dû rester chez elle, ne jamais rencontrer Kaahl, ne jamais rencontrer Jun. L’aurait-on tout de même jetée sur leur route, un jour ou l’autre ? Sans doute. Parce que le Destin trouve toujours son chemin ; parce qu’il y a l’écœurement face à l’insupportable et la résignation face à l’inévitable. Elle avait été balancée dans un monde qui avait juré de l’annihiler. Et c’était comme ça, juste comme ça.



Message I – 975 mots

Bonne chance, Alaster 8D




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Jun Taiji
✞ Æther de la Mort ✞

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Jun Taiji
Mer 06 Juil 2022, 13:21



La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois



« Tu verras, quand tu seras vieux ! » avaient-elles dit. Alaster n’avait rien répondu, par flemme d’une longue conversation subséquente. Les femmes qui vivaient à la ferme Dah Numen paraissaient toutes vieilles. Elles l’étaient puisqu’elles étaient nées à des heures immémoriales. Néanmoins, en tant que Déchues, elles auraient pu conserver une éternelle jeunesse. Elles pouvaient d’ailleurs, encore, revêtir leur apparence passée ou n’importe quelle autre. Pourtant, malgré les possibilités, celles-ci semblaient trouver la félicité dans la vieillesse. Elles n’étaient plus considérées de la même manière par leur entourage et, en prime, pouvaient se permettre de demander des services. Le fait qu’elles pussent redevenir jeunes ou conserver une force semblable à celle de leur jeunesse tout en se drapant de la peau de vieillardes, constituait le premier argument du brun. Néanmoins, puisque ses grands-mères ne se laisseraient pas marcher sur les pieds par un avorton qui n’avait pas un huitième de leur âge, il savait aussi qu’elles ne manqueraient pas de répliquer. La conversation s’éterniserait alors – trop – et, dans tous les cas, il perdrait. Il n’était pas armé pour résister longtemps. Surtout, il aurait plus vite fait d’étendre le linge que de débattre. À choisir, il préférait obéir, garder la sérénité de la ferme intacte et gagner du temps. L’équation était vite résolue. « Ta mère a encore demandé quand est-ce que tu comptais te marier. Elle t’a trouvé bien actif la dernière fois qu’elle t’a vu. Ça a réveillé ses instincts d’Orgueilleuse. » Depuis l’autre bout de la maison, on entendit une voix s’élever. « Ah, ça ! T’as intérêt à faire un beau mariage Alaster ! Sinon, tu vas en prendre pour ton grade ! » Il y eut des rires. Ne jamais douter de l’ouïe des Déchus. Ce serait une grave erreur. Cela dit, Alaster, lui, ne se servait presque jamais de sa magie. Lorsqu’il le faisait, c’est parce qu’il avait jugé auparavant que le rapport utilité / effort valait le coup. Sinon, il se contentait de déplacer son grand corps et d’agir de façon à s’économiser le plus possible. Mais sa mère avait raison : il était bien plus actif depuis quelques temps.

Après un geste de la main visant à faire taire ses colocataires, il sortit de la maison principale pour gagner une dépendance dans laquelle Maëve avait déposé le linge après l’avoir lavé. Elle pouvait dire ce qu’elle voulait : elle ne lui ferait pas croire qu’elle était capable de laver les vêtements et les draps tout en étant incapable de les étendre. Il devait y avoir autre chose. Elles devaient encore comploter quelque chose contre lui, ou chercher à attirer l’attention de Jun d’une manière ou d’une autre. Il leva les yeux au ciel – bien plus amusé qu’exaspéré – avant d’actionner la poignée et d’entrer à l’intérieur de la pièce. Elle n’était pas très grande. Le soleil laissait filtrer ses rayons par les volets fermés. Ceux-ci avaient été déchirés en partie par un Ur’Welluf lors du dernier orage mais les réparations n’avaient pas encore été réalisées. Dans une ferme, il y avait toujours quelque chose à faire et la dépendance en question ne servant pas à la production, elle avait été laissée de côté pour l’instant.

Ce furent ses oreilles qui l’alertèrent bien avant sa vision. Il entendit un son et crut d’abord à un animal blessé. Il n’était pas loin du compte mais ne s’attendait pas à voir une femme. Il plissa les yeux, le temps que ces derniers s’habituassent à l’obscurité et détailla le tableau. Elle ne semblait pas blessée outre mesure mais elle saignait de… « Oh. » Dans la pénombre, il crut à toute autre chose. « Tu sais, ce n’est pas grave. C’est normal de saigner par là. Si tu veux, on va aller demander ensemble aux femmes si elles ont quelque chose à te mettre le temps de prendre un remède ou quelque chose ? » En se réveillant, la longueur de ses phrases s’était un peu allongée. Il restait peu bavard lorsque d’autres personnes étaient présentes pour assurer la cohésion de la conversation. Néanmoins, ici, ils n’étaient que tous les deux.

C’est en s’approchant davantage qu’il se dit qu’il avait tout faux. Ce n’était pas vraiment une fille. Elle était grande et était déjà femme. Du coup… pourquoi pleurait-elle ? « Hum… ça ne va pas ? » Il n’aimait pas chercher et se perdre en hypothèses. Bien souvent, ces dernières s’avéraient fausses et il fallait tout recommencer. Il avait déjà cru qu’elle était adolescente plus tôt. Il considéra donc qu’il était plus avisé d’attendre qu’elle lui parlât.

757 mots
T'inquiètes, il gère. Je crois... XD

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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Mer 06 Juil 2022, 22:03



Unknown

La vie est belle et cruelle à la fois,
elle lui ressemble parfois

En duo | Alaster & Freyja



Ses sens lui paraissaient aiguisés ; la moindre sollicitation extérieure parcourait son corps de longs frissons acérés, si bien qu’elle entendit aussitôt le grincement d’une porte et les bruits de pas sur le sol. L’Ange se recroquevilla un peu plus sur elle-même. Elle n’avait pas envie de se lever. Elle n’avait pas envie de devoir affronter le regard de qui que ce fût. Elle préférait rester là, à même le sol, et attendre que le sang s’évacuât, puis que la douleur passât. Lorsque l’étranger s’approcha, elle ferma fort les paupières, avant de les rouvrir et de lever les yeux vers la silhouette. Il s’agissait d’un grand barbu aux cheveux pareils à des herbes folles. La pénombre l’empêchait de discerner les détails de son visage. Sa méprise lui serra le cœur, mais elle ne le détrompa pas. Sa gorge était sèche, et son palpitant battait si fort qu’elle avait l’impression que si elle essayait d’articuler une phrase, elle s’extirperait d’elle saturée de hachures. Elle n’était pas certaine de savoir quoi répondre, de toute façon. Tout s’emmêlait, tout se perdait ; elle, ce que son corps expulsait, ses pensées, sa poitrine, son esprit, ses volontés, ses besoins, l’urgence, la situation, le passé, le futur – et il n’y avait presque pas de présent, elle ne parvenait pas à s’habiter comme elle l’aurait souhaité. Elle se sentait à la fois désincarnée et terriblement en elle-même, reliée à la vie par une corde de souffrance.

L’homme s’approcha encore. Elle renifla et déglutit, les deux mains toujours posées sur son ventre, la tête en appui sur le mur de pierre. À présent, elle discernait mieux le faciès de l’inconnu. Ses iris gris reflétaient un calme et une douceur qu’elle était incapable de ressentir. Ils la percutaient, sans qu’elle sût dire si elle ressentait ce heurt avec violence ou non. Ils faisaient naître en elle une envie renforcée par sa détresse : celle de lui faire confiance. Freyja se mordit la lèvre et renifla encore, avant de secouer la tête. Non, ça n’allait pas. Ça n’allait pas pour une montagne de raisons. Elle voulait que Jun la ramenât près de lui. Elle voulait qu’il l’aidât, même si c’était juste en lui tenant la main. Elle voulait sentir sa présence. Affronter ça toute seule, ou avec un inconnu, c’était impossible. C’était injuste. Elle était trop fatiguée. Elle voulait rentrer chez elle. Elle voulait que Kaahl la serrât contre lui. Elle voulait oublier. Elle voulait des choses irrationnelles. Elle voulait que cet homme la frappât à la tête pour qu’elle pût s’évanouir. Connaissait-il Jun ? L’avait-il envoyée ici parce qu’il était proche de lui ? Sa gorge se serra. « Où est Jun ? » demanda-t-elle. « Il faut qu’il m’aide… » Elle secoua la tête. Elle n’était pas sûre. Et Kaahl ? C’était un peu de lui qui la quittait. C’était un peu de lui, un peu de lui qu’il aurait aimé d’un amour infini ; la perte le rendrait triste, et l’idée de sa tristesse la dévastait. Elle ne voulait pas de cette chose qui avait tenté de grandir en elle, mais sa fin la saccageait au moins autant que son développement ne l’aurait fait.

À travers ses pleurs, elle regarda le brun. Elle le regarda vraiment, elle se cramponna à ses yeux gris, et ça l’ancra un peu plus, un peu mieux. Elle se raccrocha à la réalité autrement que par la douleur qui la broyait de toute part. Sa condition lui apparut plus nettement. Elle n’eut pas peur, mais elle sut qu’elle devait faire quelque chose, ou au moins dire quelque chose. La situation l’exigeait, et sa nature aussi. Elle était aussi forte qu’elle était vulnérable ; elle ne devait pas se laisser abattre, pas maintenant, elle n’en avait pas le droit. L’Aile d’Acier prit une grande inspiration par la bouche, comme un début de sanglot qui ne naquit jamais. « Je suis en train de perdre un enfant, c’est tout. » souffla-t-elle. C’est tout. « Il faut juste attendre, e-et ça va s’arrêter. Ça va s’arrêter tout seul. » Des larmes continuaient à strier ses joues, mais son esprit s’éclaircissait peu à peu. Elle savait comment agir en cas de grossesse interrompue. Certaines femmes en faisaient, à Lumnaar’Yuvon. La gestion d’un tel événement était quelque chose que l’on apprenait assez tôt aux jeunes filles. On leur enseignait le nom et l’aspect des plantes qui pouvaient leur être utiles pour calmer les douleurs et aider leur corps à surmonter l’épreuve. Freyja aurait pu s’en remettre à sa magie, mais elle ignorait à quel point elle pouvait compter dessus. Elle se sentait terriblement instable, comme si elle se tenait au bord d’une falaise, sur la pointe des pieds et le buste penché en avant. « Il va me falloir de l’achillée millefeuille, de la camomille et des feuilles de framboisier. » Elle ferma les yeux et inspira. Respirer lentement. Laisser le flux s’écouler. Un frisson lui griffa l’échine et elle se replia sur elle-même, son front sur ses genoux, les doigts agrippés à ses hanches. Ça faisait mal. « Il faut que je voie Jun. » répéta-t-elle, d’une petite voix. Elle tanguait, entre ici et ailleurs.



Message II – 860 mots

Je suis fière de lui <3
Franchement merci Stranger Things, je suis trop heureuse que tout le monde fasse des covers de cette chanson, je l'aime tellement (:^^:)




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Jun Taiji
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Jun Taiji
Jeu 07 Juil 2022, 15:50



La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois



Alaster ne répéta pas à voix haute le nom de Jun. L’étonnement lui allait mal. Les vraies surprises étaient rares pour un Paresseux qui, le plus souvent, s’accommodait de toutes les situations. Les organisateurs de coups-montés étaient, ainsi, le plus souvent déçus par le peu de réactions que leurs efforts suscitaient. Que Jun fût à l’origine de la présence de cette femme, qui plus est, ne provoqua chez lui aucun doute. Elle le connaissait et si elle le connaissait, cela signifiait que Jun était la cause de sa venue ici. La coïncidence aurait été trop grande. Le Déchu traduisit la présence de cette femme et l’absence du concerné à ses côtés comme suit : il ne souhaite pas s’en occuper. Quant à savoir s’il était à l’origine de son état, Alaster ne se posa jamais la question, même lorsqu’elle lui avoua être en train de perdre un enfant. Il n’émit aucune hypothèse sur la potentielle paternité de son camarade. Ça ne le regardait pas et, au-delà de ça, il ne fit simplement pas le lien. Il était trop ancré dans le présent, à assimiler les mots que la femme prononçait. Ce n’était pas grave ? Il fallait juste attendre ? Il en doutait. Cependant, il n’était pas calibré pour aller à l’encontre de ses volontés. Peut-être avait-elle provoqué elle-même son avortement ? Dans ce cas, qui était-il pour refuser sa décision ? Il y avait des jours où l’homme comprenait les sous-entendus – bien qu’il eût toujours du mal – et d’autres jours, comme celui-ci, où il prenait tout au premier degré. Son instinct lui dictait certaines choses mais il ne l’écoutait pas souvent. « D’accord. Je dois avoir ça. » Il la regarda encore quelques secondes en silence avant de s’activer. « Je reviens. »

En sortant, il pensa à trouver Jun mais cette pensée s’évanouit sous le coup de la rationalité. S’il l’avait voulu, il aurait été là. Or, il avait beau regarder à droite et à gauche, il ne voyait pas son ami. Il ressentit une forme très légère d’agacement. Très légère, parce qu’il ne s’énervait jamais et trouvait que c’était une perte de temps et d’énergie conséquente. Il n’y avait aucune raison de se laisser aller à une telle émotion. Il convenait davantage d’agir pour résoudre le problème le plus vite possible. Il ne désirait pas voir l’inconnue s’en aller mais il la préférerait très certainement dans une meilleure posture.

Il se dirigea donc vers son potager – qui n’avait eu de cesse de s’agrandir avec le temps – et chercha ce qu’elle avait demandé. Il possédait plusieurs variétés de plantes aromatiques, de légumes et de fruits. Le tout ne murissait pas en même temps mais ce que la jeune femme avait exigé se trouvait à portée de mains, que ce fût dans le potager ou dans les bocaux et autres confections rangés dans sa cave.

Sur le chemin du retour, alors qu’il portait l’ensemble dans une bassine en acier, il croisa le regard d’une créature absolument pas farouche. De nombreuses légendes couraient sur cette dernière. Déjà, il semblait que sa couleur rosée provînt des plantes dont elle se nourrissait et qu’il en existât d’autres, dans des coloris différents. Ensuite, on disait qu’elle pouvait se changer en nuage. Enfin, être en présence de l’une de ces choses – qui ressemblait à une vache – éteignait le malheur et faisait renaître le beau temps. Une sorte de porte-bonheur en somme. Alaster la regarda donc, sembla se figer un instant puis, après réflexion, décida d’attraper l’animal. Il le positionna sous son bras et l’amena avec lui dans la dépendance.

« C’est bon, j’ai tout. » dit-il, en relâchant la bête et en s’approchant de nouveau de Laëth. Il déposa l’ensemble devant elle et s’assit à ses côtés. Il ne dit rien au début puis se remit à parler. Il cherchait à la rassurer, sans savoir si elle avait provoqué elle-même les saignements. Sa phrase fut donc propice à plusieurs cas. Avec le temps, il était devenu le roi des mots fourre-tout. « Ce genre de choses aussi, ça arrive. Il ne faut pas t’en vouloir. » Il caressa la tête de la vache avec sa grosse main et fit une proposition. « On peut aller voir les femmes si tu veux. » Il s’adapterait. Il comprenait qu’elle ne voulût pas rester avec lui. Il ne pouvait pas connaître sa douleur. Il aurait pu, en muant autrement, mais son apparence lui allait bien. « Je n’ai pas vu Jun sur le chemin. Il viendra peut-être plus tard. » Il ne demanda pas pourquoi est-ce qu’elle désirait le voir. Il n’était pas rare que les gens parlassent sans qu’il n’eût besoin de poser des questions. Il préférait qu’ils se confiassent en le désirant. Il ne voulait obliger personne. « Il est souvent ici. » précisa-t-il. L’aura angélique de la femme ne le dérangeait pas franchement. Il se foutait bien de toutes ces considérations de vertus et de péchés. Il prenait les gens comme ils venaient, restait avec ceux qui lui plaisaient et partait en présence des autres.

837 mots
Off tu sais, il est égal à lui-même /sbaf
Ouais je vais sans doute recommencer la série xD

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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Dim 10 Juil 2022, 19:37



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La vie est belle et cruelle à la fois,
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En duo | Alaster & Freyja



L’aura du Déchu s’éloigna et le silence passa un bras autour des épaules de Freyja. Elle ferma les yeux. Jun aurait pu l’envoyer auprès d’Adam. Elle devinait sans mal les éventuelles raisons qui l’en avaient dissuadé ; et si l’idée qu’il eût pu lui apporter une forme de réconfort l’avait traversée, elle avait rapidement ressenti un trouble. Depuis que les doigts de Kaahl avaient fait danser l’archet contre les cordes de son violoncelle, elle avait commencé à compartimenter. C’était comme si la musique l’avait scindée. Progressivement, elle s’était mise à penser à eux séparément. Elle ne les imaginait plus ensemble. Quand elle était avec l’un, elle essayait de ne pas penser à l’autre, et surtout d’éviter le sujet. Elle avait sa vie avec le Mage et les esquisses du Lien avec l’Aile Noire. Elle voyait l’un chez les Magiciens ou chez les Anges ; elle rencontrait l’autre à Lumnaar’Yuvon ou dans ses rêves. Chacun sa place ; chacun son existence. Se retrouver près d’Adam alors qu’elle perdait son enfant avec Kaahl aurait brisé ce pacte tacite qu’elle avait passé avec sa conscience et son cœur. Un pacte de déni et d’illusion. Elle ignorait comment elle réagirait si elle les voyait ensemble, main dans la main ou bouche contre bouche. Son palpitant se craquela. Le Mage irait-il chercher du réconfort auprès du Déchu quand il apprendrait qu’elle avait été enceinte, de manière si inattendue et si brève ? Qu’en penserait-il ? Songerait-il qu’elle était peut-être infertile ? Et si elle l’était, que ferait-il ? Les échos des menaces des Sorciers persistaient dans un coin de sa tête. Adam partageait sa vie sans aucune nécessité de procréation, mais qu’il existât ainsi lui donnait d’autant plus l’impression que c’était son rôle, à elle. Comment pourrait-elle exister autrement ? Elle eut envie de vomir, parce que cette pensée était écœurante dans son énonciation et en elle-même. Elle n’était pas qu’un utérus sur pattes, elle était un être vivant à part entière, une femme avec des idées, des désirs, des volontés, des réussites et des échecs. S’il l’aimait, il l’aimait toute entière ; pas simplement pour sa capacité à engendrer la vie. S’il la rejetait, ce ne serait pas parce qu’elle avait porté la mort. Bien qu’elle eût perdu un embryon, rien ne permettait d’affirmer qu’il en serait de même pour les autres. C’était peut-être le hasard. C’était sans doute le hasard. Ni une fatalité, ni la conséquence de son refus d’être enceinte. Et ne valait-il mieux pas l’avoir perdu maintenant ? Par surprise ? Sans s’être habitués à sa présence, sans s’être projetés, sans avoir rêvé à son avenir ? Si. Mille fois, mille fois si. Elle soupira. Ce n’était qu’un mauvais moment à passer ; le choc atténué, elle irait mieux, elle le savait. Sur ce point-là, en tout cas. L’Ange pinça les lèvres.

L’inconnu revint, et elle rouvrit les yeux. Avec étonnement, elle observa la drôle de vache qu’il portait. Aussitôt lâchée, celle-ci s’approcha. Freyja tendit la main. L’animal posa son mufle humide dessus, puis la jeune femme fit remonter ses doigts le long de son chanfrein. Lorsqu’elle plongea son regard dans le sien, elle eut l’impression qu’une pincée de bonheur était jetée sur son cœur. Elle l’accueillit sans broncher, avec l’ombre d’un sourire au coin de la bouche. Elle rompit le contact pour plonger sa main dans la cuve métallique. « Merci. » souffla-t-elle. Elle avait toujours un peu mal au ventre, mais c’était moindre. Il n’y avait pas grand-chose à expulser ; c’était simplement comme avoir ses règles d’un seul coup. Inconsciemment, elle avait laissé sa magie poursuivre son œuvre ; elle avait calmé les douleurs et apaisé son esprit. Avec calme, elle acquiesça. Elle se connaissait ; elle s’en voudrait, parfois, peut-être, ou en tout cas, elle aurait peur d’être responsable. Elle devrait se rappeler qu’elle n’y était pour rien. Se le marteler. Certains événements se produisaient indépendamment de toute volonté. Juste parce que c’était comme ça. Il n’y avait pas d’explication. Elle plaça un peu des herbes qu’elle avait demandées dans sa bouche et mâcha. Elle aurait pu les faire infuser, mais comme ça aussi, c’était très bien. « Les femmes ? » Quand elle l’avait vu, elle avait songé qu’il avait l’air de ceux qui vivent en solitaire, loin du monde et près d’eux-mêmes. Peut-être devrait-elle faire ça, elle aussi ; s’éloigner un peu des autres et se rapprocher d’elle-même. Il y a dans la solitude une forme d’accomplissement que noie le capharnaüm de la société.

À l’évocation de Jun, elle baissa la tête et s’humecta les lèvres. Elle n’était pas certaine de comprendre pourquoi il l’avait rejetée. À cause de sa fausse couche ? Parce qu’il allait devoir accueillir ce qui était mort en elle ? Parce qu’il s’agissait d’une chose qu’elle avait créée avec son fils ? Le Dieu de la Mort décidait-il des condamnations des vivants ? Sans doute. Il avait dû ressentir le poids du devoir. L’impossibilité de se rebeller contre le Destin. Peut-être que c’était trop dur à affronter. Peut-être qu’il se sentait coupable et peut-être qu’il l’était. Partiellement. Avec Oni ; et avec Edel, qui avait planté cette vie en elle malgré les précautions qu’elle avait prises – comme sa mère avant elle. Sauf que cette fois-ci, l’enfant ne naîtrait pas. Elle ne donnerait pas naissance à une seconde version d’elle-même – sans doute pour le mieux. En vérité, Freyja pouvait s’inventer des dizaines de raisons et de théories ; elle ne détenait pas les clefs qui lui permissent de comprendre l’étendue de l’implication de Jun. C’était peut-être pour le mieux. « Peut-être. » se contenta-t-elle de souffler, avant de relever ses yeux verts vers la vache. La bête demeurait immobile, patiente, presque dans l’attente. « On est où, ici ? Près d’Avalon ? » Elle écarta la bassine métallique et remonta sa robe de sorcière tachée, moite du sang perdu. En s’appuyant sur ses mains, elle se releva avec précaution. Ses jambes tremblaient un peu, sous le coup de la redescente des émotions et de la relâche de son bassin. Le vermeil coulait encore, en mince filet. Son avant-bras contre le mur, elle se tint ainsi un instant, la nuque inclinée, avant de dire : « Je veux bien qu’on aille voir les femmes. Si elles ont de quoi me laver et me changer… » L’Aile d’Acier passa le revers de sa main sur ses joues pour en chasser les traces de larmes. « Je ne t’ai même pas demandé qui tu étais. » dit-elle en tournant son visage vers l’étranger, le front toujours appuyé sur son bras. « Je suis Freyja Belegad. Ou Laëth. Peu importe. » Elle haussa les épaules. « Et toi ? »



Message III – 1115 mots

Haha La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois | Alaster 1628 Mais ça va, Laëth reprend du poil de la bête ! La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois | Alaster 002
Ouiiiiiii elle est si bien La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois | Alaster 009




La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois | Alaster 1628 :


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Jun Taiji
✞ Æther de la Mort ✞

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Jun Taiji
Ven 29 Juil 2022, 20:42



La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois



« Ezechyel ? Tu m’entends ? » Il ne l’entendait plus vraiment. L’écho de sa voix était lointain. Peu à peu, il s’effaça et le paysage changea. « Merde… » souffla-t-il. Son père l’avait prévenu un nombre incalculable de fois que certains états étaient dangereux. Dès qu’il sentait son esprit partir loin, comme dissocié de son corps, il devait agir en conséquence pour stopper le processus. Se pincer. Bouger. Parler. Se faire mal. Maintenant, il était trop tard. « Bééééhééé. » fit la bête, en face de lui, en continuant à brouter son herbe. « Bééhéé. » fit-il, avant de sourire et de se relever. Il s’approcha du Wëltpuff et toucha sa laine avec curiosité. « Tu ressembles à une bestiole que je connais bien… Elle est plus imposante et elle a l’air de grogner plus fort que toi par contre... » Il poussa le vice à poser une question à l’animal. « Tu ne saurais pas où je suis, par hasard ? » S’il savait, il ne lui indiqua rien. Tant pis, il allait devoir visiter, le temps de recharger sa magie. Elle était à plat, ce qui était parfaitement compréhensible. Il venait de faire un bon temporel, il en était certain.

Le blond crapahuta durant de longues minutes. Il s’arrêta ici et là pour humer le parfum d’une fleur ou essayer de dénicher l’Ère dans laquelle il se trouvait dans la position du soleil ou le vol d’un papillon. Comme il ne voyait qu’une campagne insolente aux alentours, il n'y avait pas d'espoir immédiat de trouver un indice valable, chose qu'il sut aisément. Alors, forcément, devant si peu de réponses – parce que la masse de ses questions auraient pu l’enterrer à moitié dans la terre – lorsqu’il vit un homme bien plus grand que lui au loin, accompagné d’une sorte de vache, il se mit en tête de le suivre. L’étranger disparut dans une petite bâtisse en pierres. Ezechyel continua, s’arrêta, se baissa et écouta à la porte, comme un voyou. L’une des voix, à l’intérieur, lui disait vaguement quelque chose. « Oui, nous sommes au Cœur-Vert. » répondit Alaster. « Elles auront ça. On fabrique des vêtements ici, entre autres. »

Le Déchu allait se présenter à son tour, tout en réfléchissant à l’identité de la jeune femme – Jun lui en avait-il déjà parlé ? – mais la porte s’ouvrit sur un jeune homme blond qui semblait ravit. « Laëth ! J’étais sûr que c’était vous ! » Il déchanta cependant rapidement, en voyant la tête des deux intéressés. « Hum… » Il analysa la situation et la comprit. « Ah. » Alaster ne dit rien. Il restait souvent muet face à ce genre de situations. Son expérience lui avait appris que tout finissait toujours par s’expliquer. Surtout, il avait l’habitude de voir Jun blond. Cet homme ressemblait à Jun, en plus jeune. Un fils à lui ? Jun en plus jeune ? Rien ne l’étonnait vraiment, surtout lorsqu’il était question de son ami.

L’inconnu s’avança. « Adam et vous n’avez pas à vous inquiéter. » dit-il, inconscient de ne détenir qu’une partie de la vérité. « Ce n’est pas vraiment mort. » continua-t-il. Le Déchu le fixa, en attendant la suite… suite qui ne vint pas. Il prit alors la parole. « Je suis Alaster Dah Numen et nous nous apprêtions à aller voir les femmes. » Il était bien heureux de ne pas avoir fait l’effort de se présenter plus tôt. Il lui aurait fallu recommencer. « Vous voulez venir ? » « Oui. » « Je vais aller les prévenir… Rejoignez-moi dans cinq minutes. » Il n’avait pas envie de se prêter à plusieurs allers-retours inutiles. « Ce sera sur votre gauche. Vous ne pourrez pas rater la maison principale. » Il faisait déjà l’effort de parler. Même s’il était éveillé, parfois, il gardait ses mauvaises habitudes par réflexe. Il sortit, non sans jeter un regard à la jeune femme.

Ezechyel fixa la porte puis se tourna complètement vers la mère avortée. « Ça fait mal ? » demanda-t-il. La robe qu’elle portait était affreuse. Il se demandait comment est-ce qu’elle pouvait encore respirer, enfermée dedans. « Attendez… » Il entreprit d’enlever sa chemise de son pantalon, en s’emmêlant dans ses froufrous. Les manches étaient larges et le vêtement en lui-même était tellement ample qu’il aurait pu tenir deux fois dedans. Une fois tombante, elle lui arrivait à mi-cuisse. « Vous pouvez la prendre. » fit-il en la lui tendant. Les femmes lui prêteraient sans doute des vêtements mais ça lui éviterait d’avoir à sortir en baignant dans son propre sang. « Hum… Mon père dit parfois que les oiseaux se cachent pour mourir… » Il ne termina pas ses explications, et demanda : « Il n’est pas là ? Adam ? » Il s’arrêta. « Vous me remettez, n’est-ce pas ? » Parce qu’il aurait l’air fin s’ils ne s’étaient pas encore rencontrés. La dernière fois qu’il l’avait vue, il ignorait qui elle était mais, elle, elle le savait très bien. Peut-être était-ce aujourd’hui, leur première rencontre de son point de vue à elle ?

824 mots
C'est bien parce qu'avec l'autre dans les parages, il faut de l'énergie xD

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Dim 31 Juil 2022, 00:36



Unknown

La vie est belle et cruelle à la fois,
elle lui ressemble parfois

En duo | Alaster & Freyja



Freyja pivota vivement. La fatigue empêcha sa magie de se précipiter vers celui qui ouvrait la porte en grand ; dans d’autres circonstances, elle se serait probablement ruée dessus pour prévenir toute attaque. La préparation à la guerre, la bataille même et l’épisode sanglant qu’elle venait de vivre l’avaient placée dans un état d’alerte. Elle se faisait l’effet d’un animal blessé, plus aux aguets que n’importe quel autre, prêt à détaler ou combattre le plus vite possible pour tenter de sauver le reste de sa vie – peut-être vainement, mais l’instinct souffre d’un optimisme sans frontière. Cependant, quand elle vit le visage de l’inconnu, elle sut qu’elle n’avait rien à craindre. Rien de lui ; mais tout de son propre cœur, qui se serra comme s’il l’avait tenu dans son poing fermé, prêt à le broyer. C’était ce qu’il avait déjà fait, peut-être. Elle ne savait pas ; elle ne voulait pas savoir. Là où son esprit gelait, son corps s’exprimait : sa figure se décomposa et elle eut même un mouvement de recul. Que faisait-il là ? Pourquoi cette version-là plutôt que lui ? L’envie de lui hurler dessus et de se jeter dans ses bras l’assaillirent du même coup ; mais il ne comprendrait pas, lui. Il ne pouvait pas comprendre ce qui arriverait dans des milliers d’années. Il ne pouvait pas savoir ce qu’il lui ferait. Elle aurait pu le lui crier et l’insulter, mais ça n’aurait servi à rien. Le passé ne changerait pas. Quoiqu’elle dît, il l’enverrait ici, il la laisserait là, et le goût amer de l’abandon se répandrait immanquablement dans sa gorge, jusqu’à son cœur. Lui hurler dessus aurait été stupide : ça n’aurait pas été juste et ça n’aurait fait qu’éloigner d’elle une autre partie de lui. Sa raison se battait contre l’impulsion qui la poussait à vouloir le serrer contre elle. Il se serait peut-être écarté aussi. Peut-être qu’il l’aimait comme ça, distante, et peut-être qu’il aimait n’intervenir dans sa vie que quand elle ne le réclamait pas. Peut-être qu’elle n’avait plus aucun intérêt quand elle l’appelait ; peut-être que ça brisait un jeu de chat et de souris dont elle n’avait pas conscience. L’aura de la vache bataillait contre la tristesse qui la menaçait. Elle baissa la tête, juste une seconde, puis la releva pour poser un regard intense sur le blond. « Adam ? » Elle cligna des yeux, avant d’enchaîner avec un « quoi ? » totalement perdu. Elle glissa un coup d’œil vers ses mains et sa jupe ensanglantées, avant de le scruter à nouveau. Le silence resta suspendu entre eux, gouffre sans réponses. Que voulait-il dire, exactement ? Qu’elle portait encore l’enfant, malgré tout ce sang ? Qu’il était devenu autre chose ? Elle ne le sut pas, car Alaster prit la parole sur un autre sujet. Elle se tourna vers lui. « Non, il n- » Mais sa protestation se heurta à l’affirmation brute d’Ezechyel. Elle lui jeta une œillade, avant de regarder à nouveau le Déchu. Brutalement, le besoin de se reposer percuta son crâne. Elle ne voulait pas rester avec eux. Elle voulait juste se changer, s’allonger quelque part et dormir. Rentrer chez elle, retrouver Kaahl et se blottir contre lui. Voir sa famille, toute sa famille. La présence de la vache apaisait la prégnance douloureuse de ses soucis mais ne l’annihilait pas complètement. Elle la regarda et eut envie de se lover contre elle pour dormir.

Quand la porte se referma sur la silhouette d’Alaster, elle croisa les bras, pour se protéger, pour faire barrière. Néanmoins, la voix d’Ezechyel perçt aisément cette bulle factice. Elle ferma les yeux et inspira. Elle essaya de ne plus penser au visage si dur de Jun perché en haut des escaliers. « Plus maintenant. » Elle s’appuya à nouveau contre le mur. Ezechyel, cet Ezechyel-là, semblait être une version rayonnante de celui qu’elle connaissait. De ces représentations qu’il lui donnait à voir souvent, mais qui n’étaient pas permanentes. Qui n’avaient pas toujours été non plus. Il avait été terrible. Il l’était encore, sous certains aspects. Il le serait peut-être toujours, au moins un peu, parfois plus. C’était vrai pour son fils aussi, pourtant, elle continuait à les côtoyer. Elle aurait sans doute dû cesser. Elle n’en avait pas envie. Ils faisaient partie de sa vie et elle ne voulait plus l’imaginer autrement. Si elle les laissait, des fragments d’elle-même cesseraient d’exister, noyés dans leurs souvenirs et leurs poitrines. Exister à travers eux n’avait rien d’une option ; c’était vital. Ils étaient le prolongement de son cœur.

Ses yeux verts s’ancrèrent dans ceux d’Ezechyel, puis descendirent sur la chemise qu’il lui présentait. Il était proche : elle pouvait humer son odeur sans difficulté. Ce n’était pas exactement la même que celle qu’elle connaissait, mais elle y ressemblait. Son corps n’était pas celui qu’elle avait vu non plus ; mais les années métamorphosaient tout, et la magie pouvait effacer toute la réalité de la biologie. Quand il était brun, c’était déjà ce qu’il faisait, apparemment. « Merci. » Elle tendit la main et attrapa le vêtement. Leurs doigts se frôlèrent ; elle préféra détourner le regard. Elle ne savait pas trop ce qu’elle ressentait, ni ce qu’elle était censée ressentir. Durant une fraction de seconde, elle éprouva de la retenue. Peu pudique, elle était toutefois étreinte par une forme de gêne. L’Ange secoua la tête, inspira et posa la chemise sur le rebord d’une panière à linge. Elle se positionna dos à Ezechyel et entreprit de délacer l’arrière de la robe. Elle avait demandé à Kaahl de ne pas le serrer autant que nécessaire, mais les parures des Sorcières étaient découpées de telle sorte qu’elles étaient toujours déplaisantes. La sentir glisser contre ses épaules la soulagea. La fille de Réprouvés la repoussa jusqu’à ses jambes, puis la laissa tomber à ses pieds. Elle fit la même chose avec les sous-vêtements et se débarrassa de ses chaussures avant d’attraper la chemise et de l’enfiler. Encore imprégnée de la chaleur de l’homme, son contact la fit frémir. Après avoir dégagé quelques mèches rebelles par-dessus le col, elle s’attela à défaire la coiffure qui avait maintenu ses cheveux tout au long du procès. « Tu crois que je suis un oiseau ? » s’enquit-elle, sans se retourner. Ses désirs de mort étaient toujours la résultante de ses états trop absolus. Elle n’y songeait jamais sérieusement. Elle aimait trop la vie pour se laisser prendre au jeu tentateur de sa sœur. « Oui, je vous remets, Ezechyel. » Comment l’oublier ? Elle passa ses mains dans ses cheveux libérés afin de leur redonner plus de vie, puis elle pivota et reposa ses iris sur lui. Son palpitant se comprimait à chaque fois. « Non, il n’est pas là. » Elle s’arrêta, puis ajouta : « Il n’était pas de lui. » La jeune femme attrapa un pan sec de sa robe et entreprit de frotter le sang sur ses cuisses afin d’en retirer le maximum. Elle faisait ça de façon mécanique, comme si elle venait de sortir de sa douche et cherchait à sécher son corps trempé. « Qu’est-ce que vous vouliez dire, quand vous avez dit que ça n’était pas vraiment mort ? » demanda-t-elle en interrompant ses gestes. À demi-courbée, elle redressa son cou pour le regarder. Ce rapport entre eux était étrange. Elle n’était pas habituée à ce qu’il se comportât ainsi, tout comme elle n’était pas habituée à agir de cette façon lorsqu’il était là. Sa jeunesse et surtout sa mortalité rebattaient les cartes.

« Viens. » fit-elle lorsqu’elle eût terminé. Avec naturel, comme s’il en était toujours ainsi, elle glissa sa main dans la sienne et l’entraîna à sa suite. Elle avait besoin de ce contact ; le seul qu’elle pouvait s’autoriser, probablement. L’Aile Blanche suivit les indications d’Alaster. La lumière du soleil frappa ses rétines et l’éblouit ; ses prunelles embrassèrent le paysage verdoyant du Cœur Vert, saisies d’émerveillement. Des territoires déchus, elle ne connaissait qu’Avalon. Longtemps, elle avait refusé d’y mettre les pieds. C’était stupide : elle serait sans doute amenée à les parcourir de plus en plus. Ses doigts serrèrent un peu plus fort la paume du blond. Parvenue devant la porte de la maison principale, elle s’arrêta et pivota pour se trouver face à lui. Son regard chercha le sien. Elle ne lâcha pas sa main. Secrètement, elle espérait qu’il ne la lâcherait pas non plus ; pas cette fois, et plus jamais. Durant quelques instants, ses iris contemplèrent les siens ; les nuances de leur vert, son éclat, sa profondeur et sa vivacité. Il décelait un peu de Kaahl en eux ; ou plutôt, il y avait un peu de Jun dans ceux de Kaahl. Son pouce caressa le poignet du jeune homme. Elle baissa les yeux sur leurs mains liées, puis releva la tête vers lui. Elle ne savait pas ce qu’elle cherchait. Les gestes et les mots s’exprimaient à travers elle avec une spontanéité que toute raison aurait décimée. « Un jour, tu m’écriras que la vie est belle et cruelle à la fois, qu’elle lui ressemble parfois. Pendant longtemps, je vais croire que tu parles de quelqu’un d’autre. » Quelqu’un d’autre que lui ; et peut-être était-ce le cas. Peut-être qu’il ne pensait pas à son fils, mais à elle. Elle, elle pensait à lui.



Message IV – 1555 mots

Off, elle va tellement le mettre mal à l'aise qu'il sera calme /sbam
Bon le problème de cette chanson, c'est qu'elle a un effet un peu similaire à Indochine... XD




La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois | Alaster 1628 :


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Dim 31 Juil 2022, 11:22



La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois



Il posa son regard sur autre chose qu’elle. Maintenant que ses yeux s’étaient habitués à la demi-obscurité, il remarqua le linge et d’autres objets. Il pensa brièvement qu’il faudrait peut-être l’étendre, avant qu’il ne fût froissé. Le tissu devait sentir bon, ici, après avoir passé des après-midis au soleil, bercé par le vent. Il s’imagina, allongé dans l’herbe, à regarder le mouvement des nuages dans le ciel. Ça le tentait, de ne rien faire et de simplement contempler la beauté du monde. En réalité, s’il avait répondu à son sens de l’esthétisme, il n’aurait pas focalisé son attention sur les draps. Malheureusement, son sens de la pudeur était le plus fort des deux. Il s’avança vers des bibelots qui semblaient avoir trois siècles et les prit dans ses mains, tout en lui répondant. « Un peu. » Un peu oiselle. Elle était une Ange. Il avait vu ses ailes.

Par mégarde et sous le coup d’une forme d’étonnement, il finit par la regarder. Ça ne dura qu’une seconde, le temps qu’il se rendît compte de son erreur et plaqua de nouveau le vert de ses yeux sur les mécanismes simples de la babiole. Il voulut s’excuser mais se retint. Elle ne l’avait peut-être pas vu et il était inutile de créer un trouble supplémentaire. Il se força à penser. Si l’enfant n’était pas d’Adam alors… de qui était-il ? Devait-il demander ? Pour la situation présente, ça n’avait pas le moindre intérêt. Pourtant, il ne pouvait se mentir à lui-même : il était curieux. Il voulait savoir, sans être certain de comprendre pourquoi. La question de Laëth le sortit de son labyrinthe d’interrogations. « Ah… c’est… Il vaut mieux que l’on en parle plus tard, quand nous serons installés. » Il espérait que les femmes voulussent bien de lui. Il n’avait pas d’argent – et même s’il en avait eu, ses pièces n'auraient sans doute eu aucune valeur ici – et sa magie avait totalement disparu. L’entrainement précédent et le voyage avait vidé son énergie. Il ne se sentait pas physiquement fatigué mais il n’aurait pas refusé un bon repas et un lit confortable, juste pour le plaisir de s’y étendre et d’oublier que sa chemise allait très bien à l’Ange. Ça lui faisait bizarre d’ailleurs, de la voir sur elle.

Ezechyel la suivit, en fixant leurs deux mains liées. Il était à présent certain qu’elle ne le rencontrait pas pour la première fois aujourd’hui. Elle le connaissait, mieux qu’il ne la connaissait. Elle savait qui il était et il ne faisait aucun doute qu’ils se côtoyaient au moins un peu. Elle venait de le tutoyer, encore. Depuis le début, elle alternait les « tu » et les « vous », comme si elle cherchait à cacher quelque chose, quelque chose entre eux qu’il ne devait pas percevoir maintenant. Il la regarda lorsqu’elle se retourna mais dut fournir un effort pour ne pas détourner les yeux. Il se sentait tendu à présent et des frissons parcouraient sa nuque. Cette sensation le prenait souvent lorsqu’il s’apprêtait à trouver la solution à une énigme. Ils devinrent plus marqués sous l’effet de la caresse et le poids de ses mots. Les siens lui échappèrent. « L’enfant… c’était le mien ? »




« Tu as déjà fini d’… » La grand-mère regarda le faciès d’Alaster, y décelant ce que peu pouvaient déceler. Ses émotions n’étaient pas aussi visibles que celles d’autrui. Depuis quelques temps, il lui arrivait d’être particulièrement expressif mais ça restait rare. Pourtant, les vieilles Déchues n’avaient pas besoin d’indices pour comprendre ses troubles. « Qu’est-ce qu’il y a Chouchou ? » Depuis enfant, il était habitué à toutes sortes de surnoms. Ça ne le dérangeait pas. « Une Ange a fait une fausse-couche dans la dépendance. » Bien sûr, cette affirmation emporta avec elle tout un lot de questions. Comment était-elle arrivée là ? Depuis quand était-elle là, puisqu’on ne l’avait pas vue précédemment ? Où était le père ? Qui était-il ? « La pauvre Choupette ! » s’exclama Gyägha, visiblement touchée et absolument pas regardante sur le peuple de la concernée. Il n’y avait que des femmes ici, des femmes qui avaient déjà vécu une expérience similaire, ou plusieurs. « Et tu l’as laissée là-bas toute seule ? » « Je voulais vous demander avant si elle pouvait rester et je lui ai dit de me rejoindre dans cinq minutes. Et elle n’est pas seule. » « Qui est avec elle ? » Il hésita et fut sauvé d’avoir à répondre à la question par Héléna qui prit les choses en main. « Bien. Si elle tarde trop, nous devrons aller la chercher. Clo, tu t’occupes du repas. Mati, tu t’occupes des tisanes. Gyägha, tu t’occupes du confort : vêtements, plaids, animaux. Jani, tu t’occupes du bain. Tina, tu t’occupes de rassembler des idées pour lui changer les idées. Il faudra les déposer dans sa chambre, qu’elle ne se sente pas obligée de nous côtoyer ou de faire quoi que ce soit avec nous si elle préfère rester seule. Alaster toi tu… » Elle s’arrêta, sembla réfléchir et finit par lâcher, avec un sourire : « Reste comme tu es mon poussin. » Les femmes s’activèrent, jusqu’à ce que l’une d’elle, postée à la fenêtre, ne fît signe aux autres. « Elle est là, avec un blond ! » « C’est le père, vous croyez ? » « Je ne crois pas. » dit Alaster, d’une voix calme mais si grave qu’il n’avait pas besoin de hausser le ton pour que tout le monde l’entendît. « Ce ne serait pas Laëth Belegad ? » demanda Jani aux autres.

912 mots
Il est très calme /sbaf
Bientôt ils seront entourés, y aura moins de risques 8D

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Dim 31 Juil 2022, 17:15



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La vie est belle et cruelle à la fois,
elle lui ressemble parfois

En duo | Alaster & Freyja



L’Ange le scruta, muette. Ses joues étaient rouges et ses yeux brillants, chacun pigmenté d’émotions plurielles. Malgré elle, elle sentait la peau nue de son torse contre la sienne. Elle imaginait ses bras autour de son corps, sa bouche venue épouser chaque courbe à sa portée, sa langue se traîner entre ses cuisses comme une assoiffée. Ses propres mains sur lui, rendues à explorer tous les monts, toutes les vallées et tous les rocs qui façonnaient son enveloppe. Ses doigts dans ses cheveux et ses lèvres en éternelle recherche des siennes. Ses yeux verts dans les siens, et son bassin autour du sien. Elle avait chaud, et terriblement froid aussi ; cette étreinte se rapprochait et s’éloignait à mesure qu’elle se déroulait en elle. Elle ne pouvait pas devenir réelle. « Non, mais ça aurait pu. » Les mots lui avaient échappé, comme ceux d’Ezechyel avant elle. Ils s’étaient propulsés hors d’elle sans qu’elle pût exercer dessus le moindre contrôle, la moindre restriction. Ils venaient d’un ailleurs qui ne lui appartenait pas vraiment, quelque part au-delà de l’esprit, et même au-delà du cœur. C’était un lieu d’intuitions indubitables et de certitudes inexplicables. Freyja le scruta, désireuse de se détourner mais bien incapable de le faire. Son corps se soustrayait à sa volonté, lui aussi. Ses paroles résonnaient en elle d’une façon singulière ; c’était la première fois qu’elle formulait sérieusement l’idée d’une telle intimité entre eux. Il l’avait fait, lui, même s’il finissait toujours par en rire, donnant l’impression qu’il ne faisait que s’amuser à la tourmenter. Désormais, elle n’était plus certaine du caractère absolument plaisantin de ses fameuses prédictions. Il y avait entre eux une profondeur, pareille à un océan, insondable et traversée de scintillements qui masquaient bien des secrets. Son rejet avait provoqué des remous ; et dans l’écume, des gerbes de vérité avaient éclaboussé son palpitant. Combien de temps avait-elle cru pouvoir leur échapper ? Combien de temps aurait-elle pu laisser le déni la briser un peu plus à chaque seconde qui passait ? Elle détestait le semblant de vérité qu’elle percevait, mais elle ne pouvait plus l’ignorer. Il était là, lové dans les ventricules de son cœur. « Un jour, peut-être. » Son pouce s’était égaré dans sa paume. Il y décrivait des arabesques semblables aux mouvements de l’air qui virevolte entre les ailes des oiseaux. Ses prunelles s’étaient perdues aussi. Plongées dans les siennes, elles étaient incapables de remonter. Elle ne s’en sortait pas mieux. Elle n’avait pas basculé totalement dans cet ailleurs qui ne lui appartenait pas, mais elle ne se trouvait pas ici non plus. Il lui semblait qu’elle flottait, à mi-chemin entre la réalité et le rêve. La sensation était agréable. À la fois grisante et apaisante. Elle ne pensait pas au reste, parce qu’elle ne pensait qu’à lui.

Seuls les bruits qui se mirent à résonner à l’intérieur de la bâtisse interrompirent sa transe. Elle cligna des yeux et regarda la porte, avant de reporter son attention sur le blond. Elle n’avait pas prêté attention à la fenêtre derrière laquelle s’agglutinaient quelques visages curieux. « On devrait peut-être entrer… » souffla-t-elle, avant de déglutir. Elle espérait partiellement qu’il s’y opposât. Qu’il l’emmenât dans un de ses mondes merveilleux où personne ne pouvait les suivre. Il ne le ferait pas, parce qu’il n’était pas encore tout à fait celui qu’elle connaissait. Il avait tout une existence à mener, avant elle. Elle réapparaîtrait dans sa vie dans plusieurs millénaires seulement. D’ici là, il ne serait plus le même. Et il aurait peut-être oublié ce jour-là. Il aurait oublié l’éclat de son regard, le son de sa voix et le contact de sa main. Elle ne serait plus qu’un souvenir relégué dans les tréfonds de sa mémoire. Pour laisser la place au reste, à toute cette vie sans elle. C’était normal ; il aurait fallu être d’une cruauté sans égale pour vouloir demeurer un souvenir impérissable, une chimère derrière laquelle courir en vain. Pourtant, elle aurait voulu ne plus jamais le quitter, et qu’il ne la quittât plus jamais. Qu’il fût toujours là, même quand il n’aurait pas dû. « Ils vont se demander ce qu’on trafique. » Un faible sourire, presque gêné, flotta sur ses lèvres. Elle posa sa main sur la poignée et l’actionna, puis entra. Toute une colonie de vieilles femmes s’affairait d’un bout à l’autre de la pièce, Alaster au milieu d’elles. « Bonjour. » glissa-t-elle, sans vraiment oser interrompre l’effervescence qui régnait. Pourtant, toutes s’arrêtèrent pour les regarder. Même là, elle ne se rendit pas compte qu’elle avait oublié de défaire ses doigts de ceux d’Ezechyel.



Message V – 767 mots

Parfait, continuons sur cette voie 8D
Ouiiiii, bien sûûûûûr XD




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Dim 31 Juil 2022, 18:36



La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois



Ezechyel scruta le regard de l’Ange et ce qu’il crut y déceler le troubla davantage. Durant un instant, il pensa qu’elle s’apprêtait à avouer que l’enfant était bel et bien le sien. Cette perspective le paniquait déjà en tous ses aspects. S’il était de lui alors ça voulait dire qu’elle et lui avaient forcément… Comment ? Quand ? Devait-il le savoir ou était-ce de nouveau une anomalie ? Après tout, il n’avait reçu aucune mission. Sa magie l’avait conduit ici sans qu’il ne demandât rien. Aucun Rehla ne l’avait informé de quoi que ce fût. Le Temps pouvait-il se dérégler ? Le Destin pouvait-il se montrer cachotier ou fougueux ? Pouvait-il l’être, lui, fougueux ? Fougueux avec elle ? Il déglutit, les secondes lui paraissant être des éternités. Ce qu’il voyait dans les yeux de Laëth, c’était eux, nus et enlacés. Personne ne l’avait jamais regardé ainsi et c’était comme si le sol se dérobait sous ses pieds. Se pouvait-il vraiment que… ?

Ses mots le fouettèrent étrangement. Il ne sut dire s’ils le soulageaient ou le peinaient. Il essaya de se reprendre. Il ne la connaissait pas. Non, mais ça aurait pu. Ça aurait pu. Ce morceau-là pouvait tout et rien dire à la fois. N’étaient-ils qu’une occasion manquée ou avaient-ils été plus qu’une occasion, un début de quelque chose ? Et s’il n’était pas le père, alors qui l’était ? Détesterait-il cet homme ? Serait-il encore là pour le haïr ? Peut-être était-il déjà mort ? Peut-être était-il, actuellement, en train de la tourmenter ? Le futur ne lui apparaissait pas. Il y avait juste ces sensations étranges, dues à ce qui se déroulait dans les yeux de l’Ailée et aux mouvements de ses doigts contre les siens. Ses paroles reprirent, comme porteuses d’espoir. Elles le rendirent perplexe. Avait-elle été violée, pour ouvrir encore des possibles ? N’aimait-elle donc pas celui qui était à l’origine de sa grossesse ? Pourquoi lui disait-elle ça ? Pourquoi le lui disait-elle comme ça, ici, maintenant ? Il l’ignorait et ce qu’il ignorait le laissait silencieux. Il aurait pu bouger mais une forme de pudeur malvenue le retenait. Peut-être était-ce la perte qui la faisait agir ainsi ? Il cherchait des excuses. Il cherchait des échappatoires. Et il le regretta presque instantanément lorsqu’elle lui suggéra d’entrer. « Oui, on devrait. » s’entendit-il répondre. Ils devaient mais avaient-ils envie ? Avait-il envie, lui ? La situation l’effrayait. Il craignait de commettre un impair, de contribuer à un problème temporel.

Il la suivit et, une fois à l’intérieur, libéra sa main de la sienne, doucement. Il laissa les femmes s’occuper d’elle, la consoler, lui proposer mille remèdes et l’entourer. Quelques-unes s’intéressèrent à lui et lui posèrent des questions. Il expliqua sa situation, put manger un morceau et fut conduit dans une chambre qui serait la sienne le temps qu’il voudrait bien rester. Parfois, il voyait l’Ange au loin. Il la regardait alors brièvement, en profitant du fait qu’elle ne fît pas attention à lui. Il avait repéré sa chambre à elle, au même étage que lui. Il la surveillait malgré lui et, lorsqu’il la perdait de vue, ne cessait jamais bien longtemps de penser à elle et aux mots qu’elle avait prononcés. « Tu n’es pas de ce temps, hein ? » demanda le Déchu, en s’asseyant à ses côtés. Ezechyel tourna la tête vers le brun. Il était bien plus grand et imposant que lui. Il se dit même qu’il aurait pu le soulever à une main. Il ne chercha pas à dissimuler quoi que ce fût. « Non et je ne sais pas ce que je fais là. » L’autre s’enfonça dans le canapé, plaça sa tête contre le dossier et ferma les yeux. « Tu es peut-être là pour elle. » dit-il, comme une affirmation malgré le « peut-être ». Cette pensée ne le quitta plus. Il y pensait encore en faisant sa toilette. Il y pensait toujours en s’allongeant sur son lit. Il voyait la lune par la fenêtre du toit. Les Étoiles ne chantaient pas pour lui. Il était aveugle. Il posa son avant-bras sur ses yeux, puis déplaça carrément son oreiller sur son visage pour arrêter de voir et de penser. Ce fut impossible. Il était obnubilé et dut se relever.

En pyjama – c’était un pyjama d’Alaster et il flottait dedans – il se déplaça silencieusement jusqu’à la porte de la chambre de Laëth. Le couloir était plongé dans la pénombre et il n’y avait plus beaucoup de bruits. Quelques paroles étouffées provenaient des étages inférieurs. Quelques femmes devaient encore discuter plus bas. Il n’entendait pas le contenu de la conversation, juste un vague son chantant. Il s’arrêta et resta immobile devant le panneau de bois. Devait-il frapper ou pas ? Était-elle là ? Peut-être se lavait-elle ? Peut-être était-elle partie se promener à la belle étoile ? Il essaya de se convaincre de renoncer, plus par appréhension qu’autre chose. Il n’était pas sûr de savoir quoi lui dire et il commença à faire un jeu avec lui-même, un jeu dans lequel il se disait « Pile j’y vais, face je renonce » mais en plus complexe. Surtout, qu’importât le résultat, il ne s’obéissait pas. Il restait planté là, le poing en l’air, prêt à frapper à la porte mais indécis. Dans sa tête, il commençait quelques phrases d’introduction qu’il ne trouvait jamais bonnes. S’était-elle moquée de lui, plus tôt ? Les Anges ne faisaient pas ça, normalement. Alors pourquoi ?

908 mots
Ouais bon... les ellipses ne sont pas nos amies anti-risques /sbaf

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Dim 31 Juil 2022, 23:47



Unknown

La vie est belle et cruelle à la fois,
elle lui ressemble parfois

En duo | Alaster & Freyja



Les étoiles scintillaient derrière le carreau lustré de la fenêtre. Freyja scrutait le manteau sombre de la nuit, songeuse. Ses réflexions oscillaient d’Ezechyel à Kaahl, d’ici à Amestris. Parfois, sa main s’égarait sur son ventre, s’aventurait jusqu’à la naissance des poils de son sexe, là où une existence avait failli prospérer. Elle n’y pensait que maintenant, et c’était certainement une idée terrible, mais au moins, elle n’aurait pas besoin de faire semblant. Elle avait vraiment perdu ce qu’elle avait prétendu avoir. Les Ætheri ou les Zaahin avaient-ils désiré les punir pour ce mensonge éhonté ? Ses doigts continuaient jusqu’à la porte de la vie et de la mort, entre ses grandes lèvres, cette porte qui avait craché tant de sang ce jour-là. Elle restait ainsi quelques instants, puis sa main revenait enserrer la couette, contre laquelle elle se blottissait d’autant plus. Fallait-il en parler à Kaahl ? Le savait-il déjà ? Elle en doutait, parce que Jun interdisait qu’il pût espionner leurs entrevues. Ni l’un ni l’autre ne le lui avait dit, mais c’était ce qu’elle avait deviné. S’il ne savait pas, elle devait faire un choix, celui de la vérité ou celui du silence. Le dernier lui pèserait. Elle aurait aimé qu’il fût là, parce qu’elle se sentait seule. À Lumnaar’Yuvon, en général, les compagnons étaient présents pour soutenir les femmes durant ces épreuves. Il arrivait que ce ne fût pas le cas, sous certaines circonstances exceptionnelles – si la mère déchirée ne le désirait pas, parce qu’elle avait trop honte ou était trop fière, ou parce qu’elle craignait des représailles. Elle ne se sentait pas vraiment coupable et elle était aussi sûre que possible que Kaahl ne s’en prendrait jamais à elle pour un événement si indépendant de sa volonté. Mais si elle lui racontait, il serait désolé et malheureux. Elle ignorait à quel point cela pourrait lui causer de la peine. Puisque les choses demeureraient ainsi, elle hésitait à le lui dire. Quel intérêt à le faire souffrir inutilement ? Toutefois, si elle se taisait, elle devrait le faire en présence de n’importe qui. Ce devrait être son plus grand secret. Si elle laissait échapper l’information une seule fois, ses espions pourraient le prévenir, et s’il l’apprenait de quelqu’un d’autre qu’elle, ce serait terrible. Elle se retourna dans le lit et ramena la couverture sur son menton. Qu’aurait-elle préféré, à sa place ? Demeurer dans l’ignorance ou être avertie ? Savoir, sans l’ombre d’une hésitation.

L’Ailée ferma les yeux, fort. Ses paupières se strièrent de ridules. Elle se tourna encore, rouvrit son regard sur le ciel immense, encastré dans cette toute petite fenêtre. Malgré sa fatigue, elle ne parvenait pas à dormir. La jeune femme se trouvait dans un état d’alerte et de questionnement détestable. Ses pensées bourdonnaient plus férocement qu’un essaim d’abeilles enragées. Elle songea à Ezechyel, dans l’une des chambres voisines. Dormait-il ? De quoi rêvait-il ? Était-il éveillé et pensait-il à elle ? L’ongle de son pouce gratta sa lèvre inférieure. Dès qu’elle se remémorait les propos qu’elle lui avait tenus, deux doigts de remords pinçaient son cœur. C’était sans doute injuste de lui avoir dit ça, et si Jun revenait vers elle un jour, il ne manquerait pas de lui rappeler ses paroles pour la taquiner. Serait-elle vraiment prête à avoir un enfant avec lui ? Elle aimait Kaahl. Lui… c’était différent. Peut-être que ça avait juste été une phrase cruelle. Elle inspira. Avait-elle dit ça pour le faire revenir ? Pour l’enchaîner à elle, en influençant son lui passé ? Elle ne se croyait pas manipulatrice, mais peut-être que son désir de le revoir avait activé des mécanismes d’action sournois. La brune pinça l’arête de son nez, puis frotta du bout des doigts le coin de ses yeux. D’un mouvement brusque, elle rejeta les draps. Debout, elle se dirigea vers la fenêtre et se planta devant. Au bout de quelques instants, elle fit volte-face pour attraper la grande chemise de nuit blanche qu’elle avait laissée sur une chaise. Elle se dirigea vers la porte en l’enfilant. Elle masquait tout juste son intimité lorsqu’elle ouvrit la porte en grand et manqua de bousculer Ezechyel. Elle pila net, le nez à quelques centimètres de lui, et dut exécuter un pas en arrière pour mieux le voir. Des dizaines de mots se bousculaient dans sa bouche mais elle ne parvint à en prononcer aucun. En apnée, elle le fixait, surprise de le trouver sur le pas de sa porte, le poing en l’air. De longues secondes s’écoulèrent, rythmée par les battements affolés de son cœur. Finalement, la bouche sèche, elle articula : « Tu voulais me voir ? » De toute évidence. Elle passa sa langue sur ses lèvres. Devait-elle lui proposer d’entrer ? L’Ange jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, avant de le regarder à nouveau. « J’allais sortir, pour regarder les étoiles. » mentit-elle maladroitement. Elle se tut. Ses yeux verts détaillèrent les siens. « Tu veux venir ? »



Message VI – 827 mots

T'façon je crois qu'on est des causes perdues...




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Jun Taiji
✞ Æther de la Mort ✞

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Jun Taiji
Lun 01 Aoû 2022, 07:47



La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois



Ezechyel sursauta légèrement lorsque la porte s’ouvrit. Il était tellement concentré sur sa question existentielle du moment que le mouvement l’avait pris de court. Ses yeux croisèrent ceux de Laëth. Heureusement, le trouble était partagé. Il le remarqua, malgré l’obscurité. Elle était proche, tellement que les battements de son cœur n’étaient plus que de longues et pénibles lignes droites qui ne voulaient plus se terminer, comme suspendues. Il amena sa main sur sa nuque, pour éviter qu’elle restât stupidement en l’air. Ses doigts se serrèrent autour en une sorte de massage bienvenu dans ces circonstances. « Oui. » répondit-il, en laissant tomber son bras le long de son corps. Il voulait la voir, oui. Pourquoi exactement ? Le mystère n’était pas irrésoluble. Il était même simple à élucider. Y avait-il au moins un mystère ? « Oui. » répéta-t-il. Il aurait préféré qu’elle le laissât entrer dans sa chambre mais il ne se voyait pas s’inviter. Son cœur balançait. Sa raison était aussi indécise que ce dernier. Malgré sa réponse, il ne s’écarta pas tout de suite de l’embrasure de la porte. Il la regarda, conscient du problème. Ses yeux à lui portaient son trouble en leur sein. Il était mauvais pour se cacher. Ça exaspérait parfaitement ses professeurs. Comment pouvaient-ils sciemment donner la moindre mission de dupe à ce blondinet, incapable de retenir l’illustration de ses émotions ? C’était impossible.

Après quelques instants, où il renonça complètement à l’idée d’entrer, il laissa le passage libre. « Les étoiles sont étranges ici. » chuchota-t-il, tout en se baissant, pour faire des ourlets de fortune à son pantalon. Il avait déjà dû faire un nœud au niveau de la taille, pour éviter que le tissu ne lui tombât aux chevilles. Alaster, en plus de le dépasser d’une quinzaine de centimètres, était beaucoup plus large que lui. Quand il eut fini de s’occuper du bas, il ramena ses manches vers ses coudes en les pliant successivement. Il devait avoir fière allure comme ça mais il n’avait pas l’air de s’en soucier le moins du monde. « On peut y aller. » continua-t-il, sur le même ton. Il ne tenait pas réellement à ce que les Déchus sussent qu’ils s’apprêtaient à sortir ensemble. Entendre sa voix murmurer lui donnait, en plus, une impression d’intimité avec elle. C’était comme partager un secret.

Une fois dehors, ses yeux se levèrent vers le ciel et il en oublia presque ses douleurs thoraciques, ce manque d’air, comme si une personne malintentionnée l’avait frappé là et que le mal était incurable. Il respira et sourit, le nez dans les étoiles. Le paysage du Cœur-Vert s’étendait jusqu’à un horizon d’obscurité. Il ne dit d’abord rien, étudiant minutieusement la carte des astres. Rien n’était semblable à ce qu’il connaissait. C’était fascinant, même si ça n’obnubilait qu’une moitié de ses pensées. L’autre restait vissée à l’Ange, aux mots qu’elle avait prononcés et au reste.

Son attention retomba sur la terre lorsqu’il perçut des éclats lumineux. « Oh, des lucioles ! » Il se dirigea vers les hautes herbes qui abritaient les animaux et s’y accroupit. En fin observateur, il resta là un instant, avant de tendre ses mains afin d’en attraper une. Il la ramena jusqu’à la jeune femme. « Donne-moi tes mains. » lui dit-il, une lueur espiègle dans les yeux. Il transvasa le trésor. « Elles sont fascinantes. C’est avec la lumière qu’elles communiquent. Durant la période d’accouplement, les mâles émettent de la lumière. C’est une sorte de cour. Les femelles répondent si elles le désirent, en émettant à leur tour un message clignotant visant à appeler le mâle près d’elles. » Elle devait déjà le savoir. Il sourit et remonta les yeux vers les cieux. « Je connais une légende sur les étoiles, semblable à la vie des lucioles. Elle est aussi belle que tragique. Si on se revoit, je te la raconterai si tu veux. » murmura-t-il, en baissant son regard vers elle. Il aurait pu la lui conter maintenant mais il ne préférait pas. Il préférait faire en sorte qu’ils se revissent, même s’il n’était pas sûr qu’elle fût intéressée par l’expérience. Elle le connaissait là où il ignorait tout d'eux. Néanmoins, elle l’avait dit, qu’ils se reverraient. Parce qu’il aurait pu être le père de l’enfant. Ça ne s’était pas fait mais… un jour, peut-être. Ça continuait de le troubler affreusement. Son peuple était celui de la réflexion, de la vision et des interprétations aussi. Il ne pouvait laisser passer des phrases comme celles-ci, des phrases qui lui donnaient des douleurs à la poitrine. Il s’humecta les lèvres, la regarda, et avec une lenteur pourtant parfaitement décidée, il chercha ses lèvres et posa les siennes dessus, presque naturellement.

760 mots
Sorry not sorry  nastae

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Lun 01 Aoû 2022, 18:25



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elle lui ressemble parfois

En duo | Alaster & Freyja



« Oui, elles ont changé, il y a quelques temps. » souffla-t-elle. Le mystère de leur transfiguration demeurait entier. « On ne sait pas encore vraiment pourquoi. » Elle s’humecta les lèvres. « Certains disent que ça vient des Dieux. Que c’est une malédiction, ou une bénédiction… » L’Ange se mordilla l’intérieur des joues. « Je ne sais pas trop ce que j’en pense. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’y réfléchir, ces derniers temps. » Elle pinça les lèvres. Elle se rendait bien compte qu’elle essayait simplement de meubler le silence. Que croyait-elle ? Qu’il menaçait de les dévorer ? Elle le regarda retrousser méthodiquement les manches de son haut. Elle murmura, un ersatz de sourire au bord des lèvres : « Ça, ça ne changera jamais. » Cette minutie, cet attachement aux choses bien faites et aux détails que personne ne remarquait. L’observer plier le vêtement lui rappelait les drapés toujours ajustés de ses kimonos. Quand se mettrait-il à en porter ? Qu’est-ce qui le déciderait ? Le jeune Ezechyel constituait autant de réponses à l’énigme qu’était Jun qu’il ne proposait de nouvelles questions à son sujet. Elle songea à Aimé, à cet échange brutal, entre eux, et à la disparition du Magicien depuis. Il avait dit qu’il reviendrait, mais elle ne l’avait jamais revu. Elle l’avait relégué dans un coin de sa mémoire, là où elle n’était pas obligée de penser à lui, cependant, il demeurait. Elle se souvenait encore de ses mots, marqués au fer rouge dans sa poitrine, et de son regard bleu incandescent. Ses bras autour d’elle et ses pas de danse qui la guidaient. N’avait-il été qu’une chimère invoquée par Jun ? Un corps qu’il avait appris à contrôler au cours du temps ? L’hypothèse lui semblait impossible, mais elle n’en savait rien.

Tandis qu’ils s’aventuraient à l’extérieur, elle continua à y penser. La jeune femme sentait à peine la caresse de l’herbe sur ses pieds nus. Elle ressassa l’épisode du lac, et soudain, une multitude de détails la frappèrent, dans l’attitude d’Adam et dans celle d’Ezechyel, dans l’attitude d’Aimé face à elle, tant au lac qu’au bal, dans les volutes de magie qui vibraient autour de lui, dans la rivalité entre Aimé et l’Empereur Noir, dans le regard appuyé de Cyrius Windsor, dans l’absence de Kaahl au bal et encore avant, dans ses mensonges au sujet de sa blessure, dans les volutes de magie qui vibraient autour de lui, dans le manoir Paiberym… Dans tout ce qui avait glissé sur elle avec indifférence ou qu’elle avait imputé à des raisons qui n’avaient probablement rien à voir. Elle fixa Ezechyel qui se penchait pour attraper une luciole, et son cœur se glaça. Échangeaient-ils souvent de corps ? Qu’est-ce que ça signifiait ? L’événement au lac ne semblait pas avoir été contrôlé ; était-ce toujours le cas ? Pourquoi cela arrivait-il ? Qu’est-ce qui les liait qui dépassât la matérialité des êtres et pût transcender le temps ? Qu’y avait-il de plus entre eux qu’une filiation pour que Kaahl fût envoyé dans le corps de son père des millénaires avant sa naissance et pour qu’Ezechyel investît le corps de son futur fils des siècles plus tard ? Quelles similitudes partageaient-ils ? Pourquoi l’avait-il rencontrée au lac et ici ? Qu’est-ce que ça changeait, dans son passé à lui et dans son présent à elle ? Et pour le futur ? Quelle était sa place entre ces deux hommes que le temps et l’espace manipulaient ? Les mains de l’Ange se mirent à trembler. Néanmoins, elle obéit sans broncher et accueillit la luciole dans le creux de ses paumes. Elle avait l’impression qu’un secret bien plus lourd y pesait aussi. Il englobait son cœur et le poussait jusque dans son estomac. Elle avait la nausée. La tête lui tournait. Elle ne l’entendait pas, elle ne l’entendait plus. Peut-être disait-il de jolies choses comme il savait si bien le faire, peut-être racontait-il des horreurs comme il en était sans doute capable ; elle n’en avait aucune idée. Elle n’était plus là. Son regard s’était bloqué sur la luciole, dont l’enveloppe clignotait doucement dans la vasque formée par ses mains jointes.

Elle ne releva la tête que lorsqu’il prononça ces quatre mots : « si on se revoit ». Ses iris ternis par son absence s’éclairèrent soudainement. Allait-il partir, maintenant ? Il n’avait pas le droit. Il allait rester, n’est-ce pas ? Elle ferma l’un de ses poings autour de la luciole, avec douceur, et resserra l’autre autour de son poignet, pour le retenir. Ses prunelles s’étaient plantées dans les siennes et elle se sentait tellement aspirée par celles-ci qu’elle remarqua à peine que c’était lui qui se rapprochait. Quand ses lèvres rencontrèrent les siennes, elle ferma les yeux. Cet instant, elle l’avait vécu mille fois. Mille fois, elle avait senti sa bouche épouser la sienne. Elle se souvenait de sa texture et de son goût. Elle avait conscience qu’elle ne l’avait jamais touché de cette façon-là, mais c’était ce qu’elle ressentait, c’était comme ça ; elle ne pouvait simplement pas l’expliquer. Aussi étrange que cela pût paraître, ça ne l’effrayait pas du tout, au contraire. Avant qu’il ne pût reculer, elle noua ses deux bras autour de son cou et colla son corps contre le sien. Sa main libre de toute luciole s’engouffra dans ses cheveux et ses doigts se resserrèrent autour d’eux, avec plus de tendresse que de violence. Elle lui rendait son baiser avec la fougue dont elle avait l’habitude. C’était comme retrouver une partie d’elle-même, une partie qu’elle n’avait jusqu’ici jamais eu conscience de posséder.

Quand elle s’écarta de lui, elle le fit avec douceur, ses doigts quittant leur prise en glissant contre sa peau et ses vêtements. Son cœur battait si fort que la tête lui tournait, mais elle n’avait plus la nausée, et elle se sentait bel et bien présente. Il l’avait vivement ramenée à la réalité la plus authentique qui fût : celle des sensations du corps. Presque essoufflée, elle le scruta, incertaine. Ses pupilles tremblotaient d’émotion et ses lèvres étaient restées légèrement entrouvertes. Sa peau la brûlait. Elle voulait plus, quand bien même ça n’avait rien de raisonnable. « Dors avec moi, cette nuit. » s’entendit-elle prononcer dans un murmure. Elle demeura quelques instants immobile, à le scruter, puis elle lui prit la main et l’entraîna à sa suite. Elle partit en marchant, avant de se mettre à courir à travers la prairie. L’air s’engouffrait sous sa chemise de nuit blanche et dansait entre ses jambes. Ses pieds frappaient le sol à une cadence rapide : chaque impulsion faisait battre son cœur. Au sommet d’une petite colline, elle s’arrêta, avant de descendre la pente jusqu’à l’un des cours d’eau qui ruisselait entre les écrins de verdure du Cœur Vert.  L’Ange glissa ses pieds dans l’eau et, sans lâcher la main d’Ezechyel, se tourna vers lui. « J’aimerais que tu me parles de l’homme avec qui tu échanges de corps. Mais pas quand il est Aimé. » Elle fut cependant incapable de prononcer un autre de ses noms. Lesquels connaissait-il, lui ? L’Ailée s’humecta les lèvres. Tendant son autre poing entre eux, elle déplia ses doigts. La luciole y brillait toujours, indifférente aux aléas du monde.



Message VII – 1206 mots

Ah bah tout pareil hein, ne me remercie pas /sbam
On notera mon effort pour changer de musique 😊




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Jun Taiji
Lun 01 Aoû 2022, 20:44



La vie est belle et cruelle à la fois, elle lui ressemble parfois



Ezechyel n’avait pas réfléchi à la suite. Il s’était laissé guider vers les lèvres de l’Ange parce qu’il avait eu l’impression que c’était contre elles qu’était sa place. Avant ce moment précis, il avait hésité plusieurs fois. Il y avait eu ses mots, ses yeux, son corps, et cette envie irrésistible, en suspension depuis qu’ils s’étaient tenus tous les deux devant la porte de la ferme Dah Numen. Quand ses doigts avaient caressé sa paume, le geste avait éveillé une nécessité. En l’embrassant, il n’avait cependant pas envisagé qu’elle répondrait à son baiser. Il n’avait pas non plus songé qu’elle le repousserait. Il l’avait juste fait, sans rien attendre en retour. Il l’avait fait parce qu’il le devait, il se le devait. Ici, sans magie, il était libre. Il voulait profiter de cette liberté avec elle. Ça avait été tout.

Mais ce n’était pas tout, maintenant. Dès qu’elle l’enlaça, sa douleur devint bien plus sourde. Dans sa cage thoracique, une sensation intense et descendante, un peu aigüe, commença à se propager absolument partout. Il arrêta de penser. Il fit, tout simplement, comme si son corps était possédé. C’était intense, tellement qu’il n’envisagea pas une seule seconde qu’elle pût chercher à s’écarter de lui. Il ne voyait que la fusion. Il voulait la sentir davantage contre lui, quitte à la bousculer pour rechercher toujours plus de contact. Il ne la bouscula pourtant pas. Il se pressa contre elle, en l’amenant à lui encore plus, en la guidant avec ses mains. Il voulait perdre ses lèvres dans son cou et rester comme ça, à la sentir marquer sa peau. Il était convaincu qu’il ne pourrait jamais oublier les formes de son corps contre le sien, les bosses et les creux, et ses lèvres.

Quand elle s’écarta, il la fixa d’un air ahuri. Il voulait continuer, malgré le fait qu’il fût en train de se diriger vers des contrées totalement inconnues. Il n’avait pas peur. Il voulait les découvrir, même si la chaleur qu’il ressentait absolument partout en lui le rendait fiévreux et instable. Le fait qu’elle rompît le contact le mit face à son propre comportement. Durant quelques secondes, sa raison tenta de reprendre le dessus. Elle fut totalement battue en brèche par les mots qu’elle prononça. Il pensa légitimement qu’elle allait l’embrasser de nouveau, qu’elle allait, encore, placer ses mains sur lui, pour continuer. Mais non. Elle tourna les talons et le tira à sa suite, ce qui le perdit totalement. Il n’avait pas envie de courir à travers champ. Il avait envie de s’étendre par terre avec elle, sur elle.

Il hésita à la retenir, à la tirer vers lui, mais capitula. Il courut derrière elle, pour ne pas perdre le seul contact qu’elle lui avait laissé. Parlait-elle d’elle, plus tôt ? Belle et cruelle à la fois ? Parce qu’il se sentait torturé. Cependant, étrangement, brûler ne le dérangeait pas. Il la suivit, en sentant son cœur subir des assauts différents, ceux d’une endurance qu’il ne possédait pas. Aussi, à cause de son état, il se laissa glisser en bas de la colline, toujours derrière elle, ne contrôlant plus rien jusqu’à ce que la fraîcheur de l’eau ne vînt le ressourcer. Il était essoufflé mais toujours prêt à continuer ce qui avait été commencé. Sa question le laissa pourtant sans voix. Elle voulait parler d’Aimé ? Maintenant ? Vraiment ? Il baissa les yeux vers la luciole qu’elle tenait toujours au creux de sa main. L’eau, à ses pieds, lui paraissait peut-être plus froide qu’elle ne l'était réellement. Il se demanda si elle n’était pas en train de se servir de lui, comme lorsqu’Edelwyn voulait quelque chose et qu’elle préférait le torturer au lieu de le lui demander directement. Que faisait-elle ? Elle l’embrassait, le trainait jusqu’ici et, ensuite, l’interrogeait sur un autre ? Et puis, cet autre-là était particulier à ses yeux. Il n’avait pas la volonté de le partager, surtout pas comme ça. « Non. » s’entendit-il répondre, se sentant soudainement particulièrement triste. Ce que cette demande lui inspirait ne lui plaisait pas. Quant au reste, il avait dû trop s’emballer. Il avait vu des choses là où il n’y en avait pas. C’était peut-être de sa faute. Il lâcha la main de Laëth et tourna les talons. « Bonne nuit. » lâcha-t-il, en partant. Il n’avait pas envie de courir. Il voulait juste marcher vite, gravir cette colline de malheur et s’éloigner d’elle le plus possible. Il rentrerait dans sa chambre, fermerait la porte, la bloquerait avec une chaise et dormirait. Demain, il partirait tôt, pour ne pas risque de la croiser. Il avait été bête.

762 mots
Le calme règne de nouveau 8D

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◈ Activité : Berger [III], traducteur [II], diplomate [I] | Soldat [III], violoncelliste [I]
Priam & Freyja
Mar 02 Aoû 2022, 00:14



Unknown

La vie est belle et cruelle à la fois,
elle lui ressemble parfois

En duo | Alaster & Freyja



Son refus la gifla comme ses yeux l’avaient fait, quelques heures plus tôt. La même sensation lui déchira le cœur et elle regretta aussitôt d’avoir formulé cette requête. Elle se figea, son regard harponné au visage du blond. Qu’avait-elle cru ? Qu’il parlerait ? Que parce qu’il semblait plus ouvert au dialogue, plus à fleur de peau, plus mortel que Jun, il lui répondrait ? Qu’il accepterait de discuter de ça juste après leur étreinte ? Que c’était le bon moment ? Non, elle n’avait rien cru de tout cela ; elle avait juste été stupide. Peu importait ses tourments, elle aurait dû les taire. Ce n’était pas à lui qu’elle devait poser cette question. C’était à Kaahl, et éventuellement au Dieu qu’il était devenu. Mais pas à lui. La tristesse qui avait vibré dans son timbre se répercutait encore en échos dans sa poitrine. Lorsqu’il lâcha sa main, elle fit un pas vers lui, pour le retenir, mais il tournait déjà les talons. Elle le revit en haut des escaliers, et elle secoua la tête, lentement, désemparée. Pas encore. Il ne pouvait pas... Elle ne pouvait pas. Pourtant, sa silhouette s’éloignait, et elle demeurait piégée dans l’eau froide comme elle était restée emprisonnée dans son sang. Son cœur battait vite et gravement, une mélodie de souffrance qu’elle connaissait bien. Ses cornées la piquaient, parce qu’il n’y avait pas assez de place dans son palpitant pour retenir tout ce qu’il ressentait. Il fallait que ça coulât, comme la source se répand en rivières jusqu’aux océans. Elle aurait tant aimé qu’il la ramenât là-bas, sur ce voilier étreint par la mer. N’importe où, tant qu’elle pouvait être avec lui. Cette évidence l’écartelait.

Le baiser l’avait grisée ; mais peut-être qu’il l’avait aussi terrifiée, finalement. Peut-être qu’elle avait eu peur de la suite. Peur de sentir ses mains se presser avec toujours plus d’avidité contre son corps. Peur de sentir sa bouche où elle n’aurait pas dû se trouver. Peur d’expérimenter une osmose qu’elle s’interdisait. Peut-être qu’elle avait parlé de Kaahl pour ça, pour les ramener tous les deux sur le droit chemin, et pas seulement parce que ce sujet la bouleversait. Peut-être qu’elle avait fui comme elle l’avait toujours fait quand elle était avec lui. Peut-être qu’elle aimait le regarder partir parce que son geste la soulageait de la culpabilité qu’elle éprouvait. S’il s’en allait de lui-même, elle n’était responsable de rien. Ses ressentis étaient là mais ils ne devenaient jamais des actes. Ils ne s’illustraient jamais dans le monde ; ils demeuraient les terribles secrets qu’ils avaient toujours été. Et elle, elle était sauve de toute faute, blanchie du moindre soupçon. Sereine. Incomplète, brimée, triste, mais sereine. C’était un cheminement d’une lâcheté peu commune. Était-elle lâche, elle, la fille de Réprouvés, la guerrière, l’Aile d’Acier ? Une larme roula sur sa joue ; elle l’essuya d’un geste rageur et tremblant. Elle jouait à un jeu dangereux et elle avait peur de tout y perdre. Elle était convaincue que Jun avait oublié ce jour-là, et tous les suivants s’il y en avait eu – ou il avait décidé qu’ils ne comptaient pas. Et si Kaahl apprenait les notes qui chantaient dans son cœur, il serait probablement fou de tristesse et de rage. Il lui en voudrait, c’était certain. Rien ne devait la pousser à agir comme elle avait envie de le faire ; et elle avait essayé, tellement essayé de se dévouer à l’inertie la plus parfaite. C’était impossible. Elle ne pouvait plus l’ignorer : sa poitrine était transpercée de part en part. Tout son corps s’animait d’une longue plainte aiguë.

L’Ange avança un pied, puis un autre. Elle s’élança dans la côte ; dans son dos, ses ailes se déployèrent. En quelques battements puissants, elle put se poser devant Ezechyel. Elle l’arrêta d’une main sur le torse, puis leva les yeux vers lui, à la recherche de son regard. « Regarde-moi, s’il te plaît. » Sur sa poitrine, ses doigts tremblaient de façon incontrôlée. Ils étaient parcourus de toutes les émotions qui se fracassaient dans son cœur. « Je te demande pardon. C’était stupide et injuste, et ce n’est même pas important, certainement pas maintenant. » Ses yeux s’embuèrent de nouveau. Sans réfléchir, elle passa ses bras autour de son torse et le serra contre elle. « Ne me laisse pas encore une fois. Reste avec moi, au moins cette nuit. » Ses ailes se recourbèrent autour d’eux, pareilles à un cocon protecteur. Là, le reste du monde n’existait pas. « C’est compliqué, mais je veux être avec toi. » C’était sa seule certitude. Elle appuya sa joue contre sa poitrine. Sous la peau, les muscles et les os, son palpitant balbutiait le rythme de la vie. Elle ferma les yeux et le serra un peu plus fort. « Ne me laisse pas. Dors avec moi. » répéta-t-elle. S’il la rejetait encore, elle ne le supporterait pas, elle en était persuadée. Elle ne pourrait pas courir derrière lui, parce que ses jambes ne la porteraient plus. Son cœur se briserait sur le sol et elle devrait tomber à genoux pour en ramasser les éclats tranchants. Elle se couperait sur chacun d’eux, douloureux rappels de sa bêtise. « Je crois que j’ai peur, mais je veux rester avec toi, dans tes bras. » chuchota-t-elle. C’était la vérité.



Message VIII – 885 mots

Très très calme oui 8D




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