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 [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers

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Priam & Freyja
~ Ange ~ Niveau III ~

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◈ Parchemins usagés : 3914
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Priam & Freyja
Ven 22 Avr 2022, 12:24




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Le rire de Freyja s’évanouit en sourire. Pendant une fraction de seconde, elle dévisagea Kaahl, à la recherche de la lueur qui confirmerait ce qu’elle avait entendu dans sa voix. « C’est juste les nerfs. » La pluie d’eau fit frémir sa peau. Elle s’avança et tendit la main pour effleurer l’avant-bras du brun. « La pression qui retombe. » Un peu, au moins ; sans doute juste un temps. Une détente brutale et pleine d’euphorie, qui brisait pour quelques instants la crainte du lendemain. Un moment hors de la réalité, où son monde s’était limité à leurs deux corps. Elle n’avait jamais rien connu de tel avec qui que ce fût. Sa vie sexuelle se limitait peu ou prou à son expérience avec lui. Ils ne s’étaient jamais entraînés jusque-là, jamais comme ça. Elle avait plongé dans des horizons inconnus, et la puissance de ces nouveaux firmaments l’avaient grisée. Jamais elle n’aurait cru qu’une étreinte pût être si intense, si profonde et si intime à la fois. Ses mains entourèrent ses côtes. Le souffle du Mage la fit frissonner, et le sens de ses mots plus encore peut-être. Ses iris verts rejoignirent l’éclat doré des siens, et durant ces quelques secondes d’échange, mille sentiments passèrent. Elle n’avait pas aimé la gifle. Elle savait ce qu’elle avait demandé et elle l’assumait. Elle savait que les Réprouvés pouvaient se frapper de la sorte lors de leurs ébats. Elle ne s’était juste pas attendu à ce qu’il le fît, elle n’avait pas pensé qu’il lèverait ainsi la main sur elle – il ne l’avait jamais fait. Il lui avait dévoilé ses parts d’ombre et elle les avait accueillies, mais la claque avait résonné autrement. Elle ne savait pas trop pourquoi. Peut-être parce qu’elle lui avait rappelé d’autres coups ? Des coups qui avaient meurtri tant sa chair que son âme, et tordu son esprit. Des coups qui lui avaient fait dire qu’elle était autre chose que ce qu’elle incarnait véritablement. Des coups qui, progressivement, l’avaient arrachée à sa terre et guidée jusque dans l’inconnu et, fatalement, jusqu’à lui. Peut-être qu’elle avait résonné comme un retour à l’envoyeur, comme un nouveau rejet, une autre tentative de la scinder en deux ? Freyja n’était ni une Ange, ni une Réprouvée. Elle naviguait entre ces deux natures, parfois terriblement harmonieuses et parfois affreusement contradictoires. Elle ne serait jamais une Ange parfaite ; elle ne serait jamais une Réprouvée parfaite ; elle ne pouvait être parfaitement qu’elle-même. Les cases ne sont pas faites pour les gens, elles sont faites pour les choses.

Dans cet échange de regard, il y avait aussi du soulagement. Celui provoqué par les remords qu’il ressentait, celui induit par l’idée que la gifle n’avait pas voulu dire tout ce qu’elle avait ressenti. Ils étaient très différents, pourtant, ils se ressemblaient. Il avait grandi dans l’Ombre et il avait fini par être frappé par la Lumière ; elle était née dans la Lumière et elle avait été façonnée par l’Ombre. Ils se rejoignaient là où elles pouvaient danser ensemble. Sous ces pas rythmés, sautés, traînés, heurtés s’épanouissaient une compréhension mutuelle, ou au moins l’acceptation de l’autre dans son essence. C’était aussi parce qu’elle l’acceptait ainsi et parce qu’elle avait trouvé en lui ce qu’elle n’avait jamais trouvé chez personne d’autre qu’elle ne pourrait pas le tuer. Jamais. C’était dit par ses yeux, crié par son regard. Elle n’avait pas pu le quitter, elle ne pourrait jamais le tuer. Si elle devait le faire, alors elle devrait mourir aussi. Elle voulait encore vivre. Si elle l’épargnait, ce n’était pas qu’à cause de lui, c’était aussi pour elle.

La jeune femme le lâcha et passa les mains dans ses cheveux pour que l’eau pût mieux s’y infiltrer. La tête légèrement en arrière, elle frotta doucement son visage, avant de se redresser pour regarder Kaahl. Le même sourire glissa sur ses lèvres, avant qu’elle ne fût rattrapée par une forme de gêne. Elle se demanda s’il les avait entendus. Ça n’avait pas grande importance en soi, parce qu’ils avaient tous les deux été des témoins habitués des accouplements manichéens et que leur pudeur était donc similaire à la leur. Ça avait de l’importance simplement parce que c’était avec Elias, ici, à Amestris, chez les Sorciers. Ça avait de l’importance parce qu’il détestait l’idée de les savoir ensemble et parce qu’ils venaient de lui imposer la réalité. Elle ne quitterait pas le Sorcier pour son frère. Elle n’avait ni envie de s’excuser ni le désir de se repentir. Elle l’aimait et ça n’avait pas à être discuté. Si Priam n’était pas capable de l’accepter, tant pis pour lui. Et tant pis pour eux. Ce n’était finalement pas tant de la gêne que de la tristesse. Elle baissa la tête et soupira, avant de se rapprocher de Kaahl et de le prendre dans ses bras. Bercée par ses va-et-vient, elle n’avait pas pensé à son frère. C’était désormais à son tour de se voir imposer la réalité, et elle ne l’appréciait guère. Elle était tiraillée entre la volonté de croire qu’il reviendrait vers elle et le sentiment qu’elle avait brisé quelque chose d’irréparable. Peut-être qu’il reviendrait mais que ce serait irréparable tout de même. « Je crois qu’il y a moyen qu’il parte de son propre chef sur une île déserte. » Elle inspira et posa son menton sur l’épaule du brun. « Je ne sais pas s’il aura envie d’aller à Lumnaar’Yuvon ou chez les Anges. Il serait obligé de parler de moi, et forcément, de mentir. » Elle soupira à nouveau. « Je n’ai pas envie d’envenimer encore plus notre relation, alors je pense que le mieux, c’est de le laisser repartir où il veut. » L’Ailée déglutit. « C’est bizarre, mais je crois que j’aurais aimé qu’il soit là, demain. » souffla-t-elle. Il avait toujours été là. Il avait toujours été le pilier sur lequel elle pouvait se reposer. Il avait toujours pris soin de la protéger, comme elle l’avait fait pour lui. Désormais, il se disait prêt à la voir brûler. « Enfin bref. » Elle se redressa et se décala un peu pour le regarder. L’eau traçait des chemins piquetés de gouttes sur sa peau et plaquait ses cheveux noirs sur son crâne. Une image lui revint et un sourire courut sur ses lèvres. « Tiens, tu sais ce que j’ai fait, la dernière fois que j’ai pris une douche ? » L’amusement teinta ses prunelles. « J’avais peur qu’un de tes frères essaye de m’épier, alors j’ai pris l’apparence de Val’Aimé. Un peu après, j’ai entendu un gros « BOUM » et quelqu’un qui tombait dans les escaliers, je crois. J’ai cru que c’était l’esclave, mais c’est peut-être un de tes frères qui tombait à la renverse. » Elle souffla doucement par le nez, avant de retrouver un peu plus de sérieux. Elle tendit un bras vers le savon puis lâcha tout à fait Kaahl pour le frotter entre ses mains. « D’ailleurs, l’esclave… Je l’ai soignée, mais je crois que tes frères la battent régulièrement. » Elle s’arrêta un instant, puis reprit : « Je n’ai pas envie de devoir te tuer, mais tu crois que si je les recroise et que je vois qu’elle a encore été frappée, j’ai aussi le droit de les tuer, eux ? » Une expression un peu plus légère dénoua ses traits et une pointe d’espièglerie perça ses pupilles. Ça n’avait rien de drôle, et d’ailleurs elle ne plaisantait qu’à moitié. Ils auraient mérité d’être assassinés.



Message XXX – 1250 mots

Haha xD "Mon frère et ma sœur sont vraiment des connards." "Surtout ton frère."
30ème message pouhloulou XDD




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Kaahl Paiberym
~ Sorcier ~ Niveau VI ~

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Kaahl Paiberym
Sam 23 Avr 2022, 14:22



Que l'Ombre dévore


« Je vais m’occuper de lui. » murmurai-je, à propos de Priam. Il valait mieux qu’il partît. Personne, ou presque, ne savait qu’il était à Amestris et sa présence n’était en aucun cas requise pour le procès de sa sœur. Néanmoins, s’il avait su se montrer raisonnable, alors il aurait été un soutien important. En tant que diplomate, il aurait pu prendre la parole et appuyer le fait que Freyja ne pouvait être assimilée aux Réprouvés, malgré sa présence durant la guerre. Elle vivait majoritairement sur les terres angéliques et avait choisi de faire sa vie auprès des Ailes Blanches. Elle dépendait donc de ce peuple et ne pouvait pas être considérée, au même titre que les Manichéens, comme une ennemie. L’argument en lui-même aurait été écarté mais il aurait eu le mérite d’apporter l’idée selon laquelle les Anges ne laisseraient peut-être pas les événements se dérouler ainsi et que des sanctions pourraient être applicables. Malheureusement, le poids des Vertueux depuis le génocide était tout relatif.

« Non ? » répondis-je, surpris. Mon esprit ne put s’empêcher de voguer vers des considérations d’ordre sexuel. Que pouvait-elle bien faire, sous la douche ? J’essayai d’avorter le sourire en coin que je sentis germer sur mes lèvres, sans y parvenir. J’aurais pu, avec de la volonté. Je pouvais tout effacer, en réalité. Pourtant, avec elle, ici, après avoir décidé d’arrêter de faire semblant d’être ce que je n’étais pas, l’exercice me paraissait bien vain. Il ne restait plus que moi et cette forme de pudeur étrange qui consistait à tenter de cacher des pensées parfaitement naturelles dans un couple mais qui me semblaient particulièrement symptomatiques d’un instinct que je cherchais à faire disparaître. Je détestais l’élan pulsionnel du sexe, le manque de réflexion qui en découlait et, surtout, la fin de l’acte qui voyait s’effondrer comme un château de cartes le sauvage pour ne laisser qu’une raison meurtrie par tant de bassesse. Pris entre un Déchu de la Luxure et une Fille de Réprouvés, je ne doutais plus du fait d’être masochiste. « … Tu… » Mon sourire devint amusé. C’était même sûr qu’il s’agissait de l’un de mes frères, le plus à même de se déplacer. « Tu as de la chance qu’il ne puisse pas raconter cette histoire. » Si tel avait été le cas, ça lui aurait porté préjudice. Néanmoins, l’anecdote n’avait rien de réjouissante. J’avais ri mais l’histoire laissait entendre qu’il avait tenté de l’épier, nue. Ça ne m’étonnait pas. Ça ne m’étonnait pas mais ce n’était pas pour cette raison que j’allais pardonner son comportement. « Tu as bien fait. » susurrai-je, en écoutant la suite. Je la fixai, plaçai mes doigts sous son menton et souris. « Bien sûr que tu peux les tuer. » articulai-je. « À trois conditions : que tu tues les deux en même temps, que j’acquière officiellement une Orine et que tu ne te fasses pas prendre. Ils sont importants, l’un comme l’autre. » J'avançai mes lèvres vers les siennes, l’embrassai et souris de nouveau. Ma bouche presque contre la sienne, je murmurai quelques mots. « Le monde se portera mieux sans eux. Et elle aussi. » L’esclave. L’imaginer les détruire me plaisait d’une façon étrangement malsaine. Petit à petit, je sentis le désir naître de nouveau, sinueusement. Je me dégageai. « Je vais m’occuper de Priam. » répétai-je, pour freiner mes ardeurs renaissantes. Elle ne m’avait jamais fait autant d’effet que depuis les aveux d’Adam.

Une fois habillé, je me glissai à l’intérieur de la bibliothèque. La porte se referma derrière moi, dans un cliquetis léger. L’Ange était assis là, un livre sur les genoux. Le contempler créa de nouveau une ambivalence en moi. Le sentiment était désagréable. « Tu vas pouvoir partir. » dis-je, d’une voix qui laissait percer un soupçon d’autorité. Il ne « pouvait » pas partir, il était obligé de s’en aller. Je m’avançai dans la pièce et traçai un pentacle capable de le téléporter là où il le désirerait avant de m’appuyer contre l’un des murs. Je croisai les bras sur mon torse et le fixai en silence. Il n’y avait rien de plus à dire sur la situation, que ce fût sur lui et moi ou sur Freyja et moi. Il avait eu un aperçu. Je ne le pensais pas assez idiot pour tenter quoi que ce fût pour le moment. Il savait qu’il n’avait pas l’avantage. Sans même parler de mon statut et de mes espions, je tenais son cœur et son sang dans ma main. « Il te suffit d’articuler une destination et d’entrer dans le cercle. » Sa magie propre ne marcherait pas entre ces murs. Je ne le quittai pas des yeux une seule seconde. « Tu peux disposer. » articulai-je.

792 mots
Ils deviendront peut-être amis de déni  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 2289842337

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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Sam 23 Avr 2022, 21:19




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Surprise, l’Ange dévisagea son amant. Elle ne s’attendait pas à cette réponse-là. Habituée à d’autres réactions, elle avait plutôt envisagé qu’il sourît sans répondre, balayant d’un silence son idée, ou qu’il y opposât un refus ferme, sous prétexte qu’ils étaient trop dangereux ou trop importants, qu’elle n’avait pas la carrure pour le faire ou qu’il n’avait pas envie qu’il lui arrivât malheur. Il avait pour coutume de lui imposer un mutisme buté ou de développer une panoplie d’arguments prêts à démanteler toutes ses offensives ; et pourtant, cette fois-là… Elle lui rendit son baiser, avec trop d’ardeur sans doute ; mais elle aimait qu’il la considérât à travers un autre prisme que celui de sa vulnérabilité. Elle aimait le changement de son regard sur elle et le nouveau reflet qu’elle y lisait. Elle aimait qu’il l’aimât vraiment et qu’elle pût l’aimer véritablement. Quand il interrompit leur baiser, elle lui rendit son sourire. Elle se détacha de lui et acquiesça. « Merci. » Elle n’aurait pas aimé devoir le faire elle-même. Puis, elle entreprit de se savonner.



Les yeux de Priam couraient sur les lignes, mais son esprit était ailleurs. Il ressassait sa discussion avec Kaahl, le regard de Freyja lorsqu’elle était entrée dans la pièce, les propos qu’ils s’étaient échangés comme s’il n’avait pas existé, et puis ces sons qui n’avaient laissé de place à aucun doute, et qui avaient scellé la mort du passé. Il se moquait d’entendre sa sœur baiser, ça n’avait aucune importance. C’était juste parce que c’était avec lui, dans cette situation-là, après tout ce qu’ils s’étaient dit. Dans sa colère, il y avait de la douleur, et peut-être même une forme de rancœur. Comment ne pas lui en vouloir de célébrer ses pulsions de vie quand elle s’amusait à danser avec les ténèbres et abattait toute la lumière qu’ils s’étaient promise ? Elle avait fait des dizaines, des centaines de promesses, peut-être des milliers. Ils s’étaient promis de toujours se serrer les coudes, de toujours être là l’un pour l’autre, de se soutenir au-delà du reste, et elle, elle, elle lui enfonçait sans vergogne cette longue lame dans le cœur. Comment pouvait-il ne pas la détester et ne pas la rejeter ? Comment pouvait-il ne pas briser leur serment, alors qu’elle l’y poussait cruellement ? Il inspira, et la porte s’ouvrit. L’Ailé releva la tête. Il lui était si désagréable de voir cet homme, pour tout un tas de raisons. Les mâchoires contractées, il le scruta. Il aurait voulu pouvoir le tuer, maintenant. Il n’était cependant pas fou, et il savait bien qu’il lui faudrait encore affronter des mois, sans doute même des années, avant d’être capable de le mettre à terre. Il devrait retrouver toutes celles et ceux qui lui étaient chers, puis il devrait s’élever. Le brun se mit debout. Avec autant de maîtrise de soi qu’il en était capable, il posa le livre sur le fauteuil. Lorsqu’il se retourna, le Sorcier était appuyé contre un mur, bras croisés. Il avait tout à lui hurler mais rien à lui dire, alors il se tut. Ses iris dorés s’ancrèrent au pentacle. Il aurait pu s’agir d’un piège, mais le diplomate en doutait. Peut-être que sa sœur le haïssait, cependant, il était persuadé qu’elle n’aurait jamais accepté sa mort. « J’ai compris. » siffla-t-il en relevant vivement la tête vers le Mage Noir. D’un pas mesuré, il avança jusqu’à la source de magie. Durant une fraction de seconde, il demeura silencieux. Puis, il articula : « Dorë. »

Juste après qu’il eût disparu, Freyja poussa la porte de la bibliothèque. Elle était retournée fouiller dans la penderie de Kaahl. Remettre la robe de la veille ne lui faisait pas envie, surtout si elle devait passer sa journée à étudier des règles de bienséance et d’étiquette. Du regard, elle parcourut la pièce, sans faire de commentaire. Ses yeux verts se posèrent sur le brun. De son visage disparaissaient les dernières traces de la froideur qu’il avait imposée à son frère. « Alors, ces livres dont tu m’as parlé ? » demanda-t-elle, comme si de rien n’était. Elle n’avait pas le droit de penser au reste. Elle n’avait pas le temps. Sa survie en dépendait.



Les mains crispées dans ses cheveux, les coudes appuyés sur le bureau et le dos voûté, Adriel laissait couler ses larmes. Peu importe qu’elle gagne son procès. Elle est esclave, maintenant. Ils ne la laisseront jamais partir avec un étranger, alors elle restera là-bas pour toujours. C’était, mot pour mot, ce qu’on lui avait dit plus tôt dans la journée. Ces quelques phrases l’avaient terrassé. Il ne pouvait pas se résoudre à croire qu’elle était partie pour de bon, et qu’elle eût pu être morte que cela n’aurait rien changé. Il avait cherché à savoir où se trouvait Priam, s’il était vivant et s’il était revenu, mais personne n’avait été capable de lui apporter une réponse. Tous ignoraient où se trouvaient exactement les Réprouvés, sinon qu’ils erraient dans les terres hostiles d’Amestris, à la merci de la mort. Il n’y avait personne ici pour sauver Laëth. Il avait songé à Kaahl, parti pour la cité sorcière, et il avait écrit une lettre, envoyée au domicile de sa famille.

Au Marquis Kaahl Paiberym,

J’ai appris le sort que doit affronter Laëth Belegad. Elle est une amie qui m’est chère et je serais profondément bouleversé de la savoir au service d’un Sorcier. Je souhaite qu’elle rentre le plus tôt possible sur nos terres, et dans le meilleur état qui soit. Je ne compte pas envoyer de proposition en mon nom à la famille Mayfair, mais je tenais à vous proposer mon aide si vous essayez de la racheter. Dites-moi de quelle façon je pourrais vous aider, que ce soit financièrement ou autrement. Même si leur relation n’est pas florissante, peut-être que nous devrions aussi contacter Monsieur Pendragon. Il a tout intérêt à la sauver s’il souhaite pouvoir porter sereinement son artefact.

Cordialement,

Adriel Nämenor

Quelques heures plus tard, il recevrait une missive qui l’informerait de l’acceptation de son aide et en définirait les modalités. Il accepterait tout, parce qu’il ne voulait pas se résigner à la perdre. Il ne le pouvait pas. Thadrias avait raison : c’était tragique.



Hazaan marchait entre les petits groupes qui quelques heures plus tôt, avaient formé une armée forte et fière. Il n’en restait que de la poussière. Les millions s’étaient évaporés en quelques milliers. C’était le Destin, et pourtant, il ne pouvait pas s’empêcher de ressentir un profond sentiment d’injustice. Il aimait son peuple : le voir agoniser ne lui apportait aucune satisfaction. Il ne pouvait que se raccrocher aux espoirs de la prophétie : Il est temps pour les Manichéens de servir l’Équilibre. Que leur trépas engendre leur renaissance. Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore. Il inspira. Que leur trépas engendre leur renaissance. Ils n’avaient pas fini de mourir, cependant. Puisqu’il ne demeurait quasiment rien des navires, ils devaient encore traverser les terres inhospitalières de Nementa Corum. Seuls les plus graves blessés prendraient la mer sur les quelques bateaux qu’il leur restait. D’autres perdraient la vie au cours de ces périples, attaqués par la faune, la flore, la population ou la faim et la soif. Certains succomberaient tout simplement à leurs blessures. Il entendait les gémissements des souffrants. Tous ceux qui le pouvaient s’étaient attelés aux soins. D’autres cherchaient à établir un bilan des rescapés. Certains erraient, leur corps en vie mais leur âme découpée. « Hazaan. » Il pivota. Asha était arrivée dans son dos. Ses traits tirés, marqués par des traces sanguinolentes barrées par les sillons des larmes, conféraient à sa figure une expression à la fois triste et inquiète. À ses côtés se tenait Sól, le visage grave. « Est-ce que tu as vu mes enfants ? » demanda la mère. Il la scruta, silencieux. Il se rappelait du jour où il avait déposé Dastan dans ses bras, un bébé vif et vigoureux. Il se rappelait des rires de Priam et Freyja lorsqu’ils couraient dans les champs d’or, insouciants. Aucun n’avait idée de l’avenir qui les guettait. Ils étaient comme tout le monde : ils s’étaient laissé attraper par cette implacable main qu’ils n’avaient pas vu venir. « Mes enfants, Hazaan. » Lentement, il ferma les yeux et inspira, avant de les rouvrir. « Non, je ne les ai pas vus. » Le visage de la Réprouvée se tordit. « Ils ne sont pas… » - « Je ne sais pas, Asha. Ils ne sont pas là. » Elle secoua la tête. Les larmes affluèrent à nouveau sur sa cornée. Ceux qui n’étaient pas là étaient restés là-bas. Ceux qui n’étaient pas là étaient morts. La bouche de la femme se déchira. Quelque chose, en elle, l’étouffa puis se mut. Elle se plia vers l’avant et poussa le hurlement des mères qui ont perdu leurs enfants. Sól la prit aussitôt dans ses bras. Les mêmes pleurs bouleversaient ses joues. Néanmoins, elle leva vers l’homme un regard sauvage et déterminé. « Laisse-moi y retourner. Laisse-moi les retrouver. » Il planta ses yeux dans les siens. « Non. On est trop loin maintenant, et c’est trop dangereux. » Il soupira, et ajouta : « Et de toute façon, il n’y a plus rien, là-bas. Tu ne les reconnaîtrais même pas. » Les doigts d’Asha se crispèrent fermement autour de la silhouette de la blonde. « Mes enfants… » répéta-t-elle. Le Thur sentit son cœur se serrer. Ce ne serait bientôt plus qu’une scène parmi tant d’autres. Pourtant, même la dernière n’en serait pas moins douloureuse. « Je suis désolé. » souffla-t-il. Il l’était. Il se souvenait de la conviction de Freyja lorsqu’elle avait essayé de le dissuader de partir en guerre. Elle avait été si certaine, quand elle avait dit : Je ne vais pas mourir. Il l’avait crue, et il aurait tant aimé pouvoir y croire encore.



Message XXXI – 1644 mots

Je pense qu'ils formeront même un club xD En fait ça va, c'était pas si terrible de le jouer. Je crois que le choc est passé xDD
Merci à Sól pour sa participation [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 3298876942




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Lun 25 Avr 2022, 00:08



Que l'Ombre dévore


Un petit sourire se dessina sur mes lèvres lorsque Priam disparut. Il allait probablement atterrir dans la Mer d’Ostëra et devoir regagner son île à la nage. Néanmoins, ce choix discutable illustrait sans doute son mal-être. Il n’avait pas décidé de rejoindre ses proches. Il avait décidé de fuir, encore. Pour combien de temps ? Et que se passerait-il lorsqu’il déciderait, enfin, d’affronter l’existence, de m’affronter ? Je me haïssais d’envisager qu’il pût réussir à me défier, à me faire tomber. Son statut, tout particulier pour moi, me poussait à chercher cette confrontation. Je voulais qu’il s’élevât et qu’il fît trembler jusqu’aux fondements du royaume que j’avais érigé patiemment. Pour ça, il devrait apprendre à réfléchir et à agir en conséquence, arrêter de fuir les injustices en les considérant comme des fatalités. Pourtant, elles en étaient et le Destin seul décidait. Cela dit, je préférais écarter ces informations. Ce que je ressentais pour lui était indéfinissable, comme une volonté de soumission dévoyée par une trop grande domination de fait. Il n’y avait pas que ça. C’était complexe, au-delà de ce que j’aurais pu expliquer à qui que ce fût. J’avais ce désir, de le voir prendre le dessus, psychologiquement et physiquement, un fantasme noyé dans une réalité qui ne le laisserait jamais exister. Je ne pouvais pas en parler à Freyja. Peut-être à Adam. J'usai de télékinésie pour ranger la lecture de Priam.

Je tournai le visage vers l’Ange et lui souris sans pour autant articuler quoi que ce fût à propos de son frère. Il valait mieux éloigner le sujet pour le moment. Plus tard, elle aurait tout le loisir de le confronter à sa propre stupidité. La trahison qu’il ressentait, actuellement, était sans doute bien trop fraiche pour en tirer quelque chose de pertinent. Le temps apaisait les maux, ou les renforçait, dans une aigreur maladive. Ils avaient toujours vécu ensemble. Ils s’étaient soutenus. Je doutais qu’ils restassent en froid pour l’éternité. J’espérais que mes mots feraient leur chemin dans l’esprit de Priam, bien que ces mêmes mots eussent été prononcés par l’ennemi. « Oui. » Je fixai la bibliothèque et me dirigeai vers une étagère destinée aux usages. Les Sorciers n’étaient pas le sujet principal des livres qui se trouvaient là mais j’en possédais quelques un qui l’intéresseraient. Il s’agissait essentiellement de thèses qui comparaient différents peuples dans leur pratique de l’étiquette. Évidemment, même si le volume avait une utilité moindre pour un Mage Noir, j’en possédais également un sur les usages chez les Réprouvés. Le reste de la pièce comportait des livres de politique, d'histoire, de géopolitique, de langues et de stratégie principalement. Les ouvrages traitant de la magie et de la technique n’étaient pas ici. Il y avait également une bibliothèque sur les fonctions d’Empereur Noir et le droit qui y était directement lié.

Après lui avoir confié trois livres qui me semblaient pertinents pour commencer, je lui fis signe de me suivre dans la pièce principale. « Tu peux prendre mon bureau. Je ferai amener d’autres guides pratiques plus spécifiques à tes besoins si tu le désires. Si tu as faim, il y a des fruits dans la partie qui me sert de cuisine. Généralement, l’on m’apporte mon repas alors je n’ai à disposition que quelques aliments. » Je mangeais toujours léger par volonté de rester concentré. Je m’approchai du canapé et m’allongeai dessus. L’une de mes jambes se plia contre le dossier et mes bras vinrent se poser derrière ma tête. Il fallait que je précisasse la suite, ce qui ne manquerait probablement pas de l’interroger. Je n’avais pas le choix. Je ne pouvais pas rester éveillé aujourd’hui en laissant au hasard d’une seule nuit ma capacité à la défendre correctement. Je devais étudier dans le Monde des Rêves, en admettant que ma magie eût fonctionné, ce qui nécessiterait peut-être plusieurs siestes. Surtout, entre chaque, il me faudrait reprendre l’apparence d’Elias afin de me renseigner sur différents facteurs. « Il se peut qu’il me faille rencontrer Cyrius une dernière fois avant le procès. » Son sang me manquait, une obsession qui me prenait parfois sans que je ne pusse la contrôler. J’étais comme drogué à lui, à son odeur, à son sang, à sa musique. « En attendant, je vais devoir me reposer. » Le sexe avait créé dans mon corps une certaine détente que la douche avait totalement effacée. Aucune fatigue ne me guettait actuellement mais, en me concentrant, j’arriverais probablement à provoquer un semblant de sommeil qui serait suffisant pour pousser la porte du monde onirique. Je tournai la tête vers elle. « Parle-moi si tu as des questions. » articulai-je, sans réussir à me résoudre à lui en expliquer davantage. Elle demanderait probablement lorsqu’elle ne tiendrait plus face à l’insistance de sa curiosité.

761 mots
L'avenir dira à quel point il est traumatisé  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 943930617

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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Mar 26 Avr 2022, 21:50




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Freyja haussa un sourcil. Se reposer ? Ils venaient de se lever. Un sourire mutin courba ses lèvres, tandis qu’elle s’approchait. « Dis donc, t’es pas très résistant à l’effort. » Elle tint les livres contre elle à une main et lui asséna une petite pichenette sur le nez. « Heureusement que je t’ai pas demandé de te comporter comme un Réprouvé toute la journée, ou de faire l’amour toute la journée. Tu serais mort d’épuisement. » Son sourire s’étira. « Je peux m’asseoir avec toi ? Je t’embêterai pas, promis. Je te poserai juste deux cents questions par minute, puisque j’ai l’autorisation. » Depuis le temps, il devait être rompu à la tâche. Dès qu’elle le put, elle se faufila entre lui et le canapé pour accueillir sa tête sur ses genoux. « Tu me dis, toi aussi, si tu as faim. » Pour le moment, elle ne ressentait pas tellement le besoin de manger. La réaction de Priam amenuisait toujours son appétit. Elle était comme une pierre au fond de son estomac, indigérable. L’Ange s’humecta les lèvres, posa deux des livres sur le guéridon près d’elle, et glissa l’une de ses mains dans les cheveux de Kaahl. Elle n’avait pas envie d’y penser. Pas maintenant. Ses doigts imprimèrent des mouvements délicats sur la tête du brun. Elle cessa ses caresses le temps d’ouvrir le premier ouvrage, puis entama sa lecture. Ses pensées, toutefois, vagabondaient vers ce qu’il avait dit plus tôt. Ça, et d’autres choses qui l’avaient interpelée. « Je peux te poser toutes mes questions d’un coup, et tu dors après ? Je pense que ce sera plus simple. Comme ça, je pourrai me concentrer, et toi, tu pourras te reposer. Si j’ai des questions sur les livres, je ferai une liste et je te les poserai quand tu te réveilleras. »

L’Aile d’Acier referma le livre et le posa sur l’accoudoir. Sa main désormais libre rejoignit le visage du Mage et traça les contours de sa mâchoire. « Déjà… Je me doute que ce n’est pas de faire l’amour qui t’a fatigué. Enfin j’espère, parce que sinon… » Elle sourit et n’ajouta rien. Elle n’avait aucune envie de se tenir loin de lui, néanmoins, sa proximité combinée à la nécessité d’étudier se révélait être une torture douce. « Je pensais que tu allais devoir lire plein de textes sur le droit, en fait. Pourquoi tu dois dormir ? Je t’avoue que ça me laisse un peu perplexe. » Au-delà du fait que c’était parfaitement étrange, cela l’inquiétait. Ils n’avaient plus beaucoup de temps pour organiser sa défense. Même si elle savait qu’il ne faisait rien sans y avoir préalablement réfléchi et que sa sieste devait donc découler d’une décision éclairée, ne pas en connaître les raisons la plaçait dans une situation de flou désagréable. « Et aussi, tout à l’heure… Tu as utilisé la magie noire et la magie bleue successivement. » Ses yeux verts scrutaient ses traits, attentifs à la moindre mimique. Elle espérait qu’il lui dirait la vérité. « J’ai bien senti que tu avais remis un artefact pour ne pas apparaître comme un Magicien aux yeux des Sorciers, mais c’est un artefact qui te transforme en quoi, exactement ? Il me semble que je ne connais pas de peuple qui puisse manier les deux magies simultanément. » Combien en possédait-il ? Les portait-il souvent ? Quels étaient les effets secondaires ? Elle repensa soudainement à sa perte de mémoire subite, à Vervallée. Pouvait-elle être liée à l’utilisation de ces objets ? Comment s’en prémunir ? Cet épisode l’avait angoissée plusieurs jours durant. À sa connaissance, ce n’était pas survenu depuis, mais ça restait inquiétant. Qu’adviendrait-il, si jamais il oubliait tout au beau milieu du procès ? « Tu as eu d’autres pertes de mémoire, depuis Vervallée ? » ne put-elle s’empêcher de demander. D’autres interrogations éprouvantes hantaient son esprit. Comment est-ce qu’on fera, si je deviens l’esclave d’un autre ? Tu crois que des gens comme Cyrius ou Val’Aimé essayent aussi de m’acheter ? Est-ce que je parviendrai à faire semblant d’être enceinte et est-ce qu’on saura jouer le rôle de parents endeuillés par une fin de grossesse prématurée ? « D’ailleurs… enfin ça n’a rien à voir, mais je n’avais pas prévu de terminer en prison, alors j’ai laissé ma potion contraceptive chez moi. Tu pourrais t’en procurer une, s’il te plaît ? » Considérant l’état actuel des choses, mieux valait éviter de tomber enceinte. Elle n’était pas non plus certaine d’y être tout à fait prête. Quand elle y pensait, son estomac se nouait et son cœur battait plus vite.

L’Ange se tut quelques instants. Elle inspira. Une autre question la taraudait, depuis la veille. C’était une question délicate, dont elle n’était pas certaine ni de pouvoir ni de vouloir affronter la réponse. Pourtant, elle devait la poser. Elle voulait savoir, pour que son esprit ne se perdît plus dans de pénibles hypothèses. Elle s’humecta les lèvres. « J’en ai juste une dernière. » Sa bouche était sèche. Son palpitant s’emballa et les caresses prodiguées par ses mains lui semblèrent moins naturelles. Elle suspendit ses gestes. Quelques secondes silencieuses filèrent, puis elle commença : « Cyrius est quelqu’un d’important pour toi, sinon, il serait sans doute mort… Et l’inverse est vrai aussi, sinon j’aurais probablement un peu moins de soucis. » Sa poitrine se comprima. La réponse la terrorisait. Elle n’était pas certaine de pouvoir encaisser une deuxième révélation du type « Adam ». Elle l’aimait, elle l’aimait follement, mais c’était compliqué. C’était compliqué de l’imaginer avec quelqu’un d’autre. C’était compliqué de se dire que son cœur se scindait en parts égales quand le sien lui allait tout entier dans les mains – même s’il était désormais certain que ce n’était plus que temporaire. C’était compliqué parce qu’elle avait peur de le perdre. Elle avait peur de le voir tourner les talons et ne jamais revenir. Juste l’idée que ça pût arriver lui lacérait le cœur. « C’est qui, pour toi ? Et vous entretenez quel type de relation ? » Sa question se termina dans un souffle, sa voix coupée par l’appréhension.



Message XXXII – 1021 mots

Peut-être que je le jouerai plus du tout /sbaf




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Jeu 28 Avr 2022, 23:24



Que l'Ombre dévore


« Oui, je ne suis malheureusement qu’un Mage. » dis-je. Un sourire apparut sur mes lèvres. Si elle continuait, faire la sieste me serait impossible. Je devais détendre mon corps, pas le laisser se tendre une nouvelle fois. « Je vois que ton respect est mort avec ma royauté. » plaisantai-je, en référence à sa pichenette. Sale bête. « Viens, à tes risques et périls. Je ne peux pas promettre de ne pas chercher à te faire taire si tu m’interroges trop. » Il y avait bien des méthodes pour réduire un être au silence. Mon regard laissait pourtant présager que ce ne serait pas douloureux. Je me redressai pour la laisser s’asseoir et la fixai depuis ses cuisses. « Pour l’instant, ça va. Je peux me retenir. » J’empêchai mes lèvres de s’étirer. Elle allait finir par me voir venir et mes efforts de sérieux ne serviraient plus à rien. Tranquillement, l’une de mes mains vint se poser sur son bras et le caressa pendant que les siennes se frayaient un chemin dans mes cheveux. « Au-delà de dix questions, ce sera payant. » dis-je, les yeux fermés, une expression de bien-être saupoudrée d’amusement sur le visage. J’aimais les mouvements de ses doigts. Je préférais en profiter pleinement, au cas où mes réponses ne lui convinssent pas. Je l’écoutai, donc, jusqu’à la fin, en retenant chaque interrogation pour pouvoir y apporter un éclairage par la suite. Son ton changea pour la dernière et ses mouvements se modifièrent. J’ouvris les yeux mais ne la regardai pas. Je me contentai de fixer le plafond, en réfléchissant à la façon de formuler chaque révélation ou absence de révélation. Je ne pouvais pas tout lui dire. Il y avait des choses qui me dépassaient et sur lesquelles il me semblait n’avoir aucune prise. Ce n’était pas le cas de Cyrius et, puisqu’il s’agissait de sa peur la plus profonde, je décidai de commencer par là.

« Hum… » Ma relation avec le Sorcier était complexe, trop pour être décrite facilement. Je pouvais néanmoins lui fournir quelques éléments. « C’est mon frère. Nous avons la même mère. » Érasme également. Nous n'en avions jamais réellement parlé. La chose s'était imposée, telle une évidence. « Et nous sommes liés de plusieurs façons, par le sang et par la musique notamment. » J’aurais pu m’arrêter là mais je décidai de continuer. Je devais lui dire, lui montrer, bien qu’elle le sût en partie. « Je parle de vrai sang. Je bois le sien. » Je me redressai, me levai et revins vers elle pour m’installer sur ses cuisses, une jambe de chaque côté d’elles. Je la regardai. « Il boit le mien aussi. » Je lui souris. Si nous n’étions pas dotés de magie, lui comme moi serions criblés de morsures. Je ne lui précisai pas. Elle imaginerait ce qu’elle désirerait sur notre façon de prélever l’hémoglobine de l’autre. « Je suis attaché à lui mais ce n’est pas la raison pour laquelle il est encore en vie. Je pense simplement être incapable de le tuer. Pas par affect, par différentiel de puissance. Il sait manier les individus, à la façon dont il manie ses instruments. » Je pouvais le faire chanter et je pouvais le manipuler à mon tour mais, au fond, je savais qu’il avait ancré cette chose en moi, cette chose qui se brisait parfois lorsque nous étions en désaccord et qui sonnait de façon si harmonieuse lorsque nous étions ensemble. « Ensuite… » J’ordonnai l’ordre des questions. « D’accord pour la potion contraceptive, si tu le juges nécessaire. » Malgré mon accord, je ressentais une forme de déception à la savoir désireuse de continuer à se protéger d’une grossesse non désirée. Je voulais qu’elle la désirât et une petite voix pernicieuse me poussait à ne pas l’exaucer. Nous verrions. « Et je n’ai pas eu d’autres pertes de mémoire, non. » Je n’avais pas creusé la problématique. Je n’avais pas eu le temps de le faire. « Les Génies peuvent utiliser les deux magies mais, dans mon cas, c’est autre chose. » Je lui souris et me baissai pour déposer un baiser dans son cou. Mes lèvres remontèrent jusqu’à son oreille. « Je ne peux pas te le dire. C’est interdit. Il faudra que tu trouves toute seule. » Que se passerait-il si je lui en parlais ? Je n’en avais pas la moindre idée. Le Destin n’avait peut-être pas prise sur chaque chose. Si la prise était complète, alors punir un individu pour ses révélations serait une peine injuste. Quelles étaient donc les marges de manœuvre de chacun ? Où se trouvaient les failles ? « Et pour la dernière question… Disons que j’ai tenté de stocker le contenu de ces livres dans un lieu qui n'est accessible qu’en dormant. C’est très expérimental comme procédé mais si je réussis, j’obtiendrai du temps. Une seconde ici correspond à plusieurs heures ou jours là-bas. Ça me donnera l’opportunité de tout apprendre et envisager. » Je ris, conscient que mon explication devait sembler loufoque. « C’est un procédé utile à ma réflexion et qui a l’avantage de m’obliger à dormir plus. » Ce qui n’était pas un luxe dans mon cas. La veille, j’avais bien dormi grâce à la fatigue accumulée mais il était extrêmement rare que je fasse des nuits de plus de trois heures. Adam avait l’art et la manière de m’exténuer et il était le seul remède efficace contre mes insomnies, le seul remède de confiance. Mes doigts caressèrent sa mâchoire doucement. « Et je ne sais pas si Cyrius ou Val’Aimé essaieront de t’acheter. Probablement pour le premier. Il faudra aviser en temps et en heure. » Je répondais à une interrogation qu’elle n’avait pas formulée à voix haute. Ma main descendit sur son ventre et je le regardai un instant, avant de remonter les yeux vers elle. Je restai pensif un temps mais finis par ouvrir la bouche sur une interrogation, peu désireux d’envisager mimer la tristesse consécutive à une fausse-couche, ni même d’en parler. « D’autres questions ? »

996 mots
On lui inventera une vie trépidante sur Dorë dans ce cas [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 943930617

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Ven 29 Avr 2022, 21:42




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



La même mère. Elle avait été Jun, et elle avait dû féconder les deux ; l’une avec répugnance, l’autre avec amour. L’Ange inspira. S’il s’était arrêté à sa première phrase, elle aurait pu penser que Cyrius était un fils de Jun. Elle n’y aurait pas vraiment cru. Le rêve avait laissé en elle de drôles de sensations, des formes de ressentis très prégnants, des choses qui ne lui appartenaient pas mais qu’elle ne pouvait ignorer. Les yeux plissés, elle dévisagea Kaahl. Au début, elle n’avait pas pu affirmer avec certitude qu’il était le fils de l’une de ces femmes. Plus le temps avait passé, plus elle en avait eu la conviction, de façon de moins en moins diffuse. Elle avait compris que l’une était l’Oracle du Chaos ; et que l’autre devait être celle de la Paix. Qu’il était le fils de la première ; et que peut-être Devaraj avait été l’enfant de la seconde. Que Lucius et Érasme… Elle déglutit. Ezechyel avait placé entre ses mains des clefs dont elle ne savait que faire. Le puzzle se désassemblait aussi vite qu’il s’assemblait. Il lui manquait des éléments, et quand elle croyait mettre le doigt sur quelque chose, une nouvelle anomalie bouleversait ses hypothèses. Érasme et Lucius, parce qu’ils étaient le Chaos et la Paix, l’Ombre et la Lumière, s’affrontaient. Elle avait perçu l’animosité qui encombrait leurs regards. Entre eux, il y avait Dastan, comme un point de ralliement, un point de fuite ou un point de rupture. Il ralliait à la fois l’Ombre et la Lumière : c’était là son essence. Ârès et Kaahl, parce qu’ils étaient deux individus pour une seule existence, ne pouvaient que rentrer en collision. Pour Kaahl et Cyrius, de toute évidence, c’était différent. Ils partageaient la même génitrice. Ils avaient vécu dans le même ventre. Entre eux, il existait une forme de fusion. La retrouvaient-ils lorsqu’ils s’échangeaient leur sang ? Freyja frissonna violemment. Ce que le brun lui disait ne la rassurait pas du tout, autant au sujet de l’actuel Empereur noir que de la relation qu’il partageait avec lui. Ce différentiel de puissance dont il parlait, s’il se manifestait à travers un maniement des individus, relevait de la manipulation. Il se faisait manipuler par un fou. Un frémissement glacé lui griffa l’échine, et le besoin urgent de le protéger la mordit. Elle eut l’envie absurde et injuste de si bien l’attacher à elle qu’il n’eût plus jamais l’idée de côtoyer le musicien. L’une de ses pensées fantaisistes fut même de revenir sur son désir de prendre une contraception. Elle savait qu’il voulait un enfant. Si elle lui en donnait un, il passerait certainement moins de temps avec Cyrius. Elle ne dit rien. Elle, elle n’en voulait pas. Pas maintenant. C’était trop dangereux et surtout, elle avait d’autres projets. Peu importait la déception qu’elle pouvait déceler dans la réponse de son fiancé.

Les Génies ? Elle fronça les sourcils, avant de frissonner sous son baiser. Ses mains, jusqu’alors posées sur ses genoux, remontèrent dans le dos de Kaahl. Elle ignorait tout de ces Génies et, forcément, de ce qu’il refusait de dire. Pourquoi devait-il faire tant de mystères ? Elle repensa à Adam, qui lui avait fourni plus ou moins la même réponse, lorsqu’ils étaient dans la grange. De toute évidence, les deux hommes savaient des choses qu’elle ignorait. Des choses secrètes, des choses interdites. Ça agaçait sa curiosité. Elle voulait apprendre, elle aussi. Elle voulait comprendre. Elle voulait comprendre ça tout comme elle voulait comprendre comment il pouvait accumuler des connaissances qui ne se livraient à lui que dans le sommeil – durant ses rêves ? Elle voulait savoir. Elle avait conscience, pourtant, qu’elle ne saurait rien de plus dans l’immédiat. L’Ange se contentait donc de garder les sourcils froncés, ce qui marquait son front d’une barre de réflexion prononcée.

Elle était perdue dans ses interrogations lorsque le contact des doigts de Kaahl et la teneur de ses mots refocalisèrent son regard sur lui. « Quoi ? » laissa-t-elle échapper. Elle n’avait pas parlé. Elle n’avait rien dit. Elle avait juste pensé. Des yeux, elle suivit le chemin de ses doigts, le cœur tambourinant dans sa poitrine. « Oui. Tu lis souvent dans mes pensées ? » Elle attrapa sa main et la retira de son ventre, agacée. « Arrête. Je n’aime pas ça. » Elle avait déjà l’impression que son père le faisait pratiquement à longueur de temps, lorsqu’ils étaient ensemble. Elle n’avait pas l’intention de devoir en supporter un deuxième. Elle ne voulait pas de cette relation-là avec lui. Elle désirait qu’ils pussent parler librement, sans avoir à forcer l’esprit de l’autre. L’Ailée l’attira contre elle. Son corps imprima le sien. Elle cala son visage dans son cou et ferma les yeux. Elle repensa à sa main sur son ventre. Elle n’était vraiment pas certaine d’y parvenir. De toute évidence, elle n’en avait pas envie. Qui aurait voulu faire semblant de perdre un enfant ? C’était une idée folle, qui les suivrait toute leur vie. « Qui est le père de Cyrius ? » demanda-t-elle pour essayer d’interrompre le cours de ses réflexions. C’était inutile. Elle se voyait, les jambes en sang et l’utérus martelé de coups, étendue sur le sol à attendre que la mort quitte ses entrailles. Ça n’arriverait pas. Ça n’arriverait pas parce qu’elle n’était pas enceinte, mais elle devrait mentir au monde entier. Une boule serra sa gorge. C’était mal. C’était mal sur le principe ; c’était mal aussi pour toutes les femmes et tous les couples qui perdaient vraiment des enfants. Elle avait l’impression qu’elle devrait leur rire au nez juste pour se donner une chance de plus de survivre. C’était égoïste et injuste. Pourquoi n’avait-il pas pensé à tout ça avant de lancer l’idée ? Pourquoi ne s’était-il pas souvenu qu’elle était une Ange et qu’il y avait dans ces tripes quelque chose qui irait contre tout ça ? Y avait-il pensé ? S’était-il souvenu ? Ses poings se serrèrent autour du tissu de sa chemise et elle se pressa un peu plus contre lui. Mais s’ils essayaient vraiment de faire un enfant, ils ne réussiraient peut-être pas, ou trop tard, et le mensonge serait dévoilé. Et s’ils concevaient ce gamin alors qu’elle n’en voulait pas, comment pourrait-elle l’aimer correctement ? Comment pourrait-elle ne pas être l’ombre de sa mère ? Elle souffla, les lèvres tremblantes : « Je crois que je n’y arriverai pas. À faire semblant de perdre un enfant. Ça me fait peur. »



Message XXXIII – 1082 mots

Je suis sûre qu'il sera très heureux là-bas [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 1515




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Jeu 05 Mai 2022, 21:09



Que l'Ombre dévore


Que n’aimait-elle pas ? Que je lui touchasse le ventre ou que je lusse dans ses pensées ? Les deux ? Mes yeux se perdirent un instant sur ma main écartée. Je ne dis rien et attendis qu’elle parlât de nouveau. Contre elle, je pensai au père de Cyrius. Pourquoi voulait-elle savoir ça ? « Il est mort. Ça n’a aucune importance. » Il n’en avait parlé qu’avec moi et, de toute façon, il ne l’avait jamais connu. L’Oracle du Chaos l’avait gardé longtemps avec elle, avant de le faire adopter par les Windsor. Finalement, pour lui comme pour moi, il s’agissait d’une configuration similaire : l’effacement du père, la perte de notre identité et l’adoption. Seul Érasme n’avait pas suivi ce plan, bien que personne ne se doutât qu’il fût réellement mon fils. Cyrius et moi-même n’avions pas été placés dans la misère mais nous n'avions jamais été reconnus comme ce que nous étions avant d’accéder au pouvoir. Érasme, quant à lui, avait été placé directement dans la lignée royale et, bien qu’officiellement adopté, était à présent l’aîné. Eméliana en tant qu’Impératrice Noire et Délilah écartée à jamais, il était certain de s’asseoir un jour sur le trône, à moins qu’un concurrent ne me tuât et ne renversât le système instauré par Niklaus. Tout n’était qu’une question de vie et de mort. Pourtant, malgré la mort du père de Cyrius, ce dernier venait d’embrasser son Destin en sautant plusieurs générations de Rois. Il était né pour devenir Empereur Noir et répandre le Chaos. Il n’avait pu s’y soustraire. D’une façon ou d’une autre, le Destin advenait. En y songeant, la logique qui entourait les Oracles était celle d’une unique lignée, une lignée incestueuse destinée à régner. Jun, moi, Érasme, tour à tour, l’un après l’autre. L’Histoire ne s’arrêterait qu’à la mort du dernier descendant ou à la renonciation de l’Oracle. Cyrius avait-il… ? L’Oracle était-elle venue, pour lui ? Nous n’en n’avions jamais discuté. Il avait annoncé renoncer à son privilège, mais pouvait-on s’en écarter si facilement ? Avait-il eu la possibilité, comme moi, de choisir l’une des deux Oracles ou les deux ? Avait-il refusé ? Son manque d’appétence pour le contact physique rendait la réponse délicate. Soit il était asexuel, soit il était traumatisé. « Vraiment, ça n’a aucune importance. » Pourtant, si Cyrius avait eu un enfant avec l’Oracle avant sa mort, il entrerait un jour en confrontation directe avec Érasme. Il me semblait que non. Il me semblait que… Pourtant, je n’étais pas sûr. Me l’avait-il dit ? Ou non ? Je fronçai les sourcils et amenai mes mains dans le dos de l’Ange. « Il ne l’a pas connu. Il a été adopté. »

Mon corps contre le sien, j’eus une impression étrange. Je me sentis soudainement absent, loin, comme ivre, comme envoyé dans mon intériorité. Tout ce qui se trouvait autour de moi avait un goût d’irréel. Il y avait pourtant un bruit, un cœur qui battait. Mes yeux devinrent aveugles à la pièce. Les couleurs jaillirent devant mes prunelles. Je vis un cercle, qui se divisa en deux cercles, puis en quatre, et en huit, sans que je ne comprisse. C’était abstrait, une abstraction qui disparut lorsque la voix de l’Ange retentit de nouveau. Je m’écartai. Je n’avais pas entendu ce qu’elle avait dit. Je la fixai, légèrement hébété. « Oui… La potion, c’est vrai. » articulai-je, en me relevant. « Je vais chercher la potion. » répétai-je, d’un air absent. Je ne lui parlais pas réellement. Ma réalité avait le goût d’un paysage sous une pluie dense. Tout semblait flou. Les odeurs s’imposaient, humides. Je me téléportai.

Les choses ne s’améliorèrent pas lorsque j’atterris à Lumnaar’Yuvon. Mes espions mobiles n’étaient jamais précis lorsqu’il s’agissait de la campagne réprouvée. Les plus fiables, ceux qui étaient inamovibles, devaient se fondre parfaitement dans la masse et aucun entretien ne pouvait être prévu à l’avance. La manœuvre était exactement la même concernant les espions présents chez les Humains. Le rôle était permanent et, parfois, ceux qui le jouaient restaient vingt années sans fournir le moindre renseignement. Pour obtenir une information rapide, il me fallait mandater des professionnels qui effectuaient une unique mission. Ceux-là prenaient des risques mais étaient récompensés à la hauteur de ces derniers. J’avais pu avoir l’indication de l’emplacement de la ferme par le biais de l’un d’entre eux, une indication qui manquait de précisions, donc, puisque je venais d’atterrir dans le puits qui se trouvait probablement à proximité de l’habitation. Je poussai un juron et maniai de nouveau ma magie afin de sortir de là, trempé jusqu’à l’os d’une eau à l’odeur douteuse. Je grimaçai, toujours dans un flou relatif. Je n’avais pas occulté le danger de me trouver ici mais il me semblait secondaire par rapport à l’idée d’aller chercher cette foutue potion. Aussi, je marchai jusqu’à l’habitation, heureux d’être pieds-nus et d’éviter ainsi de patauger dans des chaussures mouillées. Je poussai la porte, pénétrai entre les murs et me mis à chercher la fiole. Je m’arrêtai, soudainement pris d’hilarité. Je n’avais aucune idée de l’apparence de ce que je ne cherchais, ni même de l’endroit où Freyja rangeait sa potion. Dans la cuisine ? Dans sa chambre ? Et pourquoi est-ce que cette ferme était-elle si poussiéreuse et délabrée ? Qui pouvait vivre dans de pareilles conditions ? « Hum… » Utiliser la magie ici était une idée stupide. Ma téléportation aurait d’ailleurs pu avoir des conséquences désastreuses si quelqu’un m’avait vu apparaître de nulle part. « Bon… » finis-je par concéder, en m’approchant d’un placard que j’ouvris. Rien n’était rangé, à mon sens. Je pestai, sans finir ma phrase. « Vraiment… Si un jour on vit ensemble…  

944 mots
Comme Kaahl est heureux à Lumnaar'Yuvon  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 943930617

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Ven 06 Mai 2022, 19:30




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Ça avait de l’importance. Elle voulait savoir parce qu’elle voulait comprendre. Trop de questions sans réponses vagabondaient dans son esprit. Alors, connaître le nom du géniteur de Cyrius, ça avait de l’importance. Pourtant, elle n’avait rien dit. Elle n’avait pas pu insister, pas immédiatement. Il lui aurait fallu parler de son rêve avec Jun, et ce n’était clairement pas le moment. Elle lui dirait peut-être, un jour, mais pas tout de suite. Ils y auraient perdu trop de temps. Du temps, ils n’en avaient pas beaucoup. Les doutes s’immisçaient malgré tout, mais il fallait trouver des solutions rapidement. À son procès, à leur mensonge. Peut-être qu’ils pourraient simplement le révéler ? Le révéler et s’excuser du tort causé. Admettre qu’il n’avait été créé que pour faciliter sa libération. Qu’il n’avait servi qu’à lui éviter une condamnation injuste – parce qu’elle n’était pas coupable de tout ce dont on l’accuserait. Cela changerait-il quelque chose aux yeux des Sorciers ? Réclameraient-ils une seconde justice ? En auraient-ils le droit et surtout, le leur accorderait-on ? Elle en doutait. Les Anges réprouveraient sans doute la malice du subterfuge. L’opinion publique aussi, peut-être. Mais ils auraient au moins le mérite d’avoir dit la vérité, et à titre personnel, elle s’en sentirait mieux. C’était peut-être la meilleure des solutions. Elle allait le lui proposer, mais il s’écarta. L’Ange le laissa s’éloigner et releva vers lui un visage inquisiteur. Son expression la troubla. Elle inclina légèrement la tête, les sourcils froncés. « Kaahl ? Est-ce que ça va ? » Il lui paraissait étrange, comme ailleurs. Soudain, elle eut peur qu’il ne vécût encore l’une de ces crises d’oubli alors à son tour, elle se leva, et tendit la main vers lui. « Je n’en ai pas besoin… » Il disparut. « … tout de suite. » Et ses doigts se refermèrent sur le vide.



Yngvild déambulait dans la maison. « Allez, petite souris, viens là ! Je vais pas te manger. » chuchota-t-elle, avant de bifurquer vivement vers la cuisine, prête à surprendre l’intruse. Cependant, dès qu’elle passa l’encadrement de la porte, la petite fille s’arrêta net. Un homme se tenait devant les placards. De l’eau dégoulinait de ses vêtements et de ses cheveux. Lorsqu’il se retourna, elle fronça les sourcils et brandit devant elle son bâton d’aventurière. « T’es qui, toi ? » fit-elle en Zul’Dov, en s’approchant de lui. « Papa ! Y’a quelqu’un dans la cuisine ! » Presque aussitôt, Vrael passa l’encadrement de la porte. Il était occupé à l’éradication du lierre qui s’était infiltré à l’intérieur de la maison, bien des années auparavant, néanmoins, il avait immédiatement cessé sa tâche. Ces derniers temps, l’ambiance du village était particulière. Chacun était sur ses gardes. On n’excluait pas que les Sorciers voulussent attaquer les Bipolaires sur leur propre territoire.

Face à l’étranger, le Manichéen s’arrêta net. Il ne saurait jamais dire si c’était d’abord sa prestance qui l’avait figé, ou le fait qu’il l’eût reconnu presque immédiatement. Il ne l’avait jamais vu en vrai, mais il en avait aperçu des représentations. C’était le sale type qui se tapait sa fille. En fait, c’était pour cette raison précise qu’il pouvait le reconnaître : quand Freyja leur avait appris qu’elle « aimait » un putain de Magot, il avait voulu savoir de qui il s’agissait. Il l’avait presque regretté, parce que Kaahl était tout ce qu’un Réprouvé n’était pas, ce qui n’avait fait que renforcer le déshonneur lié à cet affront. Tout ce qu’il avait pour lui, c’était du charisme, de la parlotte et une flopée d’admiratrices en corsets serrés et jupes bouffantes. Il était méprisable. Les dents serrées, le père releva le menton. Son regard lacérait la silhouette du brun. « Qu’est-ce que tu fous là ? » demanda-t-il dans sa langue natale. On parlait rarement le commun et quand on le parlait, comme lui, on prenait le soin de ne pas l’utiliser dès le départ avec les étrangers. C’était peut-être d’autant plus vrai dans cette configuration-là ; puisque le Magicien prétendait à une place au sein de cette famille, il était impensable qu’il ne pratiquât pas le Zul’Dov. C’était la moindre des politesses. Le brun avança de quelques pas et jeta de brefs coups d’œil autour de lui. Il veillait à rester bien devant Yngvild, qui jetais des coups d’œil aussi intrigués qu’hostiles au nouveau venu. « Ma fille est revenue ? » Dans sa voix, une pointe d’espoir se mêlait à la méfiance et à l’animosité. S’il n’avait pas été dans un bon jour, et plus inquiet pour sa famille qu’énervé de le voir là, il l’aurait sans doute frappé. Peut-être qu’il essaierait de le faire avant la fin de leur entrevue. C’était ce que méritaient les gens comme lui. Si Asha avait été là, elle l’aurait déjà harponné contre un mur. Était-elle ici, elle aussi ? « La guerre est finie ? » Et Dastan ? Tous les autres ? Freyja avait-elle trouvé un moyen de rentrer plus rapidement que les autres ? Elle avait pu utiliser sa précieuse magie. « T’es pas le bienvenu, ici. » souligna-t-il, comme pour lui signifier qu’il avait tout intérêt à lui indiquer où se trouvait l’Ange.



Message XXXIV – 862 mots

Oui voilà, c'est tout à fait ça, aussi heureux que Kaahl face à sa belle famille <3




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Sam 07 Mai 2022, 10:03



Que l'Ombre dévore


Je tournai les yeux vers la nouvelle venue et le bâton tendu vers moi. Je levai les mains en l'air. « Je me rends ! » dis-je, après qu’un sourire amusé se fût esquissé sur mon visage. La situation n’avait rien de drôle mais les enfants avaient cette fraîcheur particulièrement réjouissante. Leur instinct de survie frôlait souvent le néant et leur environnement n’était pas appréhendé avec le même discernement que les adultes. Je me redressai lorsqu’elle appela son père. Je savais qui elle était et, par là-même, qui était l’homme en question. Je me mis à l’observer, sans lui rendre le sens de son regard. Il me connaissait et ne m’aimait pas. C’était parfaitement compréhensible. L’ouverture d’esprit n’était pas une qualité qui étouffait son peuple. En un sens, il avait raison de se méfier.

Je ne répondis pas à sa première question, sans pour autant prendre l’air de celui qui ignore tout du Zul’Dov. Je savais le parler et je ne comptais pas le lui cacher. « Non. » dis-je. Mes yeux se posèrent sur l’enfant. Vrael était capable d’essayer de me frapper devant elle. Peut-être même l’encouragerait-elle. « Oui. » continuai-je, du même ton, en remontant mon attention sur lui. « Je sais. » Comme personne, à part eux, finalement. Je me demandai brièvement si je devrais aussi revoir Dastan et rencontrer Asha aujourd’hui. Le Destin semblait prêt à placer chaque Belegad sur ma route. « Je ne vais pas rester. » précisai-je, en croisant mes bras sur mon torse. Ce n’était pas un signal favorable à l’échange et j’en avais conscience. Néanmoins, le souci n’était pas cette relation beau-père beau-fils inexistante. Je n’avais jamais rien espéré à ce sujet et n’espérerais probablement jamais rien. Le souci était la guerre et le fait que j’étais la seule personne ici à savoir ce qu’il s’était réellement passé. Annoncer à un homme que son peuple s’est fait décimer, que sa fille est retenue prisonnière et que les membres de sa famille ont disparu n’a rien de réjouissant. Je savais que Priam était vivant. Dastan l’était également. Asha aussi. Pourtant, il y avait un monde entre ce que je savais et ce que j’avais la possibilité de confier. Je fronçai les sourcils. « Écoute, j’ai pas le temps pour ces conneries. Tu peux jouer le Réprouvé bourru et je peux interpréter le Magicien outré si ça te fait plaisir mais y a des choses plus importantes que la taille de nos queues. » Je jetai un coup d’œil à Yngvild. Je n’aimais pas parler ainsi devant une enfant mais je me doutais qu’elle avait dû en entendre de pires. La situation avait au moins eu le mérite de me rattacher à la réalité. « Bref. Je suis ici pour la potion contraceptive de Freyja. Il me la faut absolument et je repartirai avec, que tu sois d’accord ou pas donc autant m’aider à la trouver. » Je m’arrêtai, respirai, et levai les yeux au ciel avant de soupirer. Ma main vint se loger sur mon front et mes doigts se réunirent en son centre, juste au-dessus des sourcils. « Putain… Pourquoi est-ce qu’il fallait que tu sois là ? » Je me pinçai l’arête du nez et, finalement, relâchai la pression pour planter mes yeux dans les siens. « La guerre est terminée oui. Aucun Réprouvé n’a réussi à entrer à l’intérieur d’Amestris d’après ce que je sais. » Avais-je besoin d’être plus explicite ? Non. Ça ne servait à rien de décrire le massacre, les corps gisants, mangés par l’acide et brûlés par l’huile, morts de maladies ou de s’être fait piétiner par d’autres Réprouvés. Je repris. « Freyja devait rester à l’écart mais elle n’a pas pu devant la situation. Elle a tenté d’attaquer les Chanceliers des Ténèbres et elle s’est fait capturer. C’est la seule. La marque des M… » Il ne savait peut-être pas. « La marque des esclaves lui a été apposée et elle va être jugée demain. » Et moi, j’étais là, à récupérer une foutue fiole. Que faisais-je ici ? J’aurais pu parfaitement lui en trouver une autre directement sur place. Je fermai les yeux un instant, agacé. Je n’arrivais pas à comprendre mon comportement, les fondements de mon action. Tout était illogique. Elle n’avait pas besoin de cette potion là en particulier. N’importe laquelle aurait fait l’affaire. Alors pourquoi ?

Je déglutis. Il y avait une forme de colère en moi, quelque chose de profond, d’enraciné et de dangereux. « Vous ne pouviez pas passer outre, hein ? » le questionnai-je. « Vous étiez obligés d’y aller ? » Je savais que ce n’était pas eux. Je savais qu’ils n’y étaient pour rien. Mais c’était injuste. « Vous n’êtes qu’une bande d’impuissants sans cervelle ! Putain. » Je me mis à marcher. « C’était quoi le plan au juste ? Vous pointer à Amestris et demander gentiment aux Sorciers de bien vouloir se laisser tuer par des fourches et des pioches, tout ça parce que votre ego a été froissé ? Parce qu’une Thur est morte ? Non mais vous vous rendez compte de votre connerie ou c’est congénital de rien voir et prévoir ? » Ce n’était pas leur faute. C’était comme ça. Sans raison, sans logique autre que celle des Ætheri. C’était le Destin. C’était écrit, indéfectible. Illogique. Irréel. « Parce que maintenant, ce n’est pas qu’une Thur qui est morte, ce sont des putains de millions de personnes ! Sacrifiées pour de la merde ! Parce que les Sorciers sont les ennemis de toujours et que rien ne doit être toléré de leur part ! » Je sentais cette rage en moi. « Et peut-être qu’ils le sont, mais vous savez ce qu’ils ne sont pas ? Cons au point de sacrifier un peuple entier pour une histoire d’ego et de passé mal digéré. À un moment, il faudrait peut-être songer à aller de l’avant, avant qu’il n’y ait plus de futur possible pour vous. » Comme une tornade, elle me donnait une impression d’écrasante et douloureuse évidence. « Vous savez pourquoi les Sorciers ne sont jamais venus vous terminer ? Parce que vous ne leur importez pas. Ça leur prendrait cinq minutes de raser Lumnaar’Yuvon. Il n’y a aucun défi. Aucune gloire. Comment vous les en empêcheriez, hein ? Vous n’utilisez pas la magie. Vous êtes juste impuissants, impuissants et chanceux que le monde extérieur se moque de vous comme vous vous moquez de lui. Mais pour combien de temps après ce qu’il vient de se passer ? Vous avez donné un argument à l’ennemi en attaquant ses terres. Puisque vous avez attaqué, les Mages Noirs sont en droit d’attaquer à leur tour. Combien de temps est-ce que ça va durer, hein ? Combien de vos enfants allez-vous sacrifier sur l’autel de votre bêtise ? » Je sentais mon cœur battre dans ma poitrine, un tambour aux sons réguliers mais non moins denses. Ce n’était pas leur faute, ni même la sienne. Finalement, nous étions tous impuissants, à jouer à un jeu duquel nous ne connaissions pas les règles. Notre erreur, même, était de croire que nous y jouassions. Nous n’étions, en réalité, que des pions.

1190 mots
Le bonheur absolu. Hâte du premier repas de famille [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 943930617

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Priam & Freyja
Dim 08 Mai 2022, 20:44




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Vrael fronça les sourcils. Il parlait le Zul’Dov, et apparemment, il passait un peu trop de temps avec Freyja. Sa façon de s’exprimer le faisait grincer des dents. Bien que moins extrémiste que sa compagne, il était comme tout Réprouvé de Lumnaar’Yuvon : il supportait assez mal les étrangers. L’intrusion soudaine de l’un d’eux sur le terrain de ses enfants lui hérissait les poils. Paradoxalement, le fait qu’il fût le fiancé de sa fille, encore plus. À chaque fois que son existence lui était rappelée, il ne pouvait s’empêcher de détester et de mépriser sa gamine. Il haïssait l’idée qu’elle pût accepter d’accueillir dans son ventre la moindre cellule émanant du Magicien. Depuis que le Déchu était apparu dans sa vie, les parents Belegad espéraient plus ou moins secrètement qu’elle finirait par se détourner du Mage. Elle avait choisi les Anges, et pourtant, ils continuaient à nourrir des espoirs désespérés, comme s’il y avait encore quelque chose à sauver en elle. C’était idiot ; le monde d’ailleurs avait dû achever de la pourrir jusqu’à la moelle. Même Priam, qu’ils avaient cru si incorruptible, avait fini par tomber amoureux de cette stupide Fille au Chapeau. La seule satisfaction que les parents pouvaient en tirer, c’était qu’il osait toucher à ce qui appartenait à l’Empereur Noir. En réalité, c’était autant une satisfaction qu’un dégoût profond. Et néanmoins, d’une certaine façon, ils en étaient fiers, et surtout, ils les aimaient. Ils ne parvenaient pas à les repousser à chaque fois qu’ils revenaient à la porte de leur ferme. Ils les enlaçaient, ils les embrassaient, ils mangeaient avec eux, ils prenaient de leurs nouvelles et ils adoraient sentir leur présence entre les murs de leur ferme. Sans jamais avoir grandi avec eux, Dastan les aimait. Depuis que sa sœur l’entraînait au combat, il éprouvait même pour elle un respect tout particulier. Yngvild leur sautait toujours dans les bras, mais elle n’avait aucune notion de leur histoire passée et ne comprenait pas tout de la situation. Et eux, les parents, entretenaient avec leurs aînés des rapports ambivalents.

« C’est la maison de mes enfants. » répondit-il comme si Kaahl venait de poser une question parfaitement sotte. Il cala ses poings sur ses hanches et le jaugea. L’intrus, ici, c’était lui. Il pouvait refuser tous les concours de bite du monde et jouer les hommes sérieux et raisonnables autant qu’il le souhaitait : il ne pouvait pas effacer cette vérité-là et il devrait faire avec jusqu’à ce qu’il eût dégagé son horrible cul de Mage des terres réprouvées. En dépit de ses questionnements sur la guerre, Vrael paraissait fort certain de son positionnement. Il ne se sentit vaciller que quand le Paiberym lui annonça, à demi-mot, leur défaite. Son cœur s’emballa et il releva le menton comme l’aurait fait un cheval qui craint de prendre un coup. « Génial ! » s’exclama Yngvild, tout sourire. « Ils vont pouvoir tous rentrer ! » Le brun sentait qu’elle le fixait, pleine d’espoir, mais comme il ne bougeait pas, elle finit par reculer un peu et détourner le regard. « Ma fille… Ma fille est devenue une esclave ? » s’étrangla-t-il, le visage déformé par la colère. Ses poings se fermèrent et ses jointures blanchirent. Il avait envie de le frapper, lui. Ce n’était pas de sa faute mais il avait envie de lui défoncer la tronche. Non seulement il la baisait, mais en plus il n’était pas capable de la protéger quand elle en avait besoin ? Et il venait chercher une contraception ? L’idée qu’il n’était peut-être pas celui qui passerait sur Freyja dorénavant lui traversa l’esprit. Il imagina la silhouette rachitique d’un Sorcier peser sur le corps de sa fille réduite à l’état d’une poupée de chiffon, et cette vision le rendit fou. Il allait s’élancer, mais se heurta à la colère du Magicien.



Le Réprouvé resta figé, le corps tendu, les muscles prêts à craquer. « Papa… » Dans son dos, Yngvild tremblait. L’ambiance électrique et la colère des deux hommes la terrifiaient. Ses petites mains entourèrent le tissu du pantalon de son père et s’y agrippèrent. Elle regardait Kaahl déambuler et pester. Son ire était différente de celle des Manichéens, très différente, mais elle n’en était pas moins impressionnante. Bien que beaucoup moins grand que les Bipolaires, il possédait une stature digne d’imposer le respect. Il la fascinait de la même façon que le soleil attire l’insecte imprudent, de la même façon que le prédateur pétrifie sa proie. Elle ne comprenait pas tout ce qu’il disait, mais elle en comprenait une partie. Le corps de son père paraissait réagir à chaque mot qu’il prononçait. Dès qu’il bougeait, elle resserrait sa prise autour de sa jambe. Elle avait peur. Elle avait peur qu’ils se battissent et elle avait peur de ce qu’il disait. La mort n’était pas, pour elle, un concept très clair. Toutefois, elle comprenait que ceux qui mouraient ne revenaient jamais. Ils rejoignaient la Dilon et s’amusaient avec les Zaahin, mais on ne les revoyait pas. On ne pouvait plus les serrer dans ses bras. « Où est maman ? » demanda-t-elle d’une petite voix qui se noya dans les éclats de voix. « Et qu’est-ce qu’on était censés faire ? Laisser les Sorciers mentir au monde entier ? Accepter de ne rien dire ? Rester là, la queue entre les pattes ? » - « Papa… » - « Il y aura toujours un futur pour les Réprouvés ! Tant pis pour la défaite, il y aura d’autres victoires ! Vous autres, vous croyez tout savoir, mais tout ce que vous faites, c’est péter plus haut que votre cul et donner des leçons, bien au chaud dans vos pantoufles ! » La gamine passa la totalité de ses bras autour de la jambe de son père et la serra très fort. Elle avait les larmes aux yeux et elle avait envie de disparaître. Elle avait envie qu’ils se tussent tous les deux. Elle voulait rentrer chez eux. Elle voulait du silence. Il ne réagit pas.

« Ils ne sont jamais venus parce qu’ils sont lâches, c’est tout ! Qu’ils viennent attaquer, on les attend ! » éructa son père. Elle leva timidement les yeux vers lui. Il écumait de rage. Elle l’avait entendu dire d’autres choses. Parfois, il était triste, il pleurait, et il disait que cette guerre était une bêtise. D’autres fois, il était comme maintenant : il jubilait à l’idée d’exterminer ces fameux Sorciers, ce fantasme de haine qu’elle n’avait jamais vu. Elle ignorait pourquoi ils se faisaient la guerre. Ça ne l’intéressait pas. Elle jouait à ses jeux, allaient voir ses amis, couraient dans les prés. Le reste du monde ne l’intéressait pas, et tout ce qui lui importait au sujet de ce conflit, c’était de revoir sa mère, ses frères et sa sœur.

Soudain, son père lui échappa des bras. Il bondit vers l’avant et elle se retrouva projetée au sol. L’enfant poussa un cri qui se perdit dans le rugissement de Vrael. De grosses larmes roulèrent sur ses pommettes tandis qu’elle faisait l’effort de se relever. Sa joue, ses mains et ses genoux la piquaient douloureusement. Un lourd sanglot secoua sa poitrine. Debout, les yeux rivés sur la scène qui se déroulait sous ses yeux, elle était incapable de bouger. Le Réprouvé avait attrapé le Magicien par le col et l’avait plaqué contre l’un des murs. Son visage transpirait d’une haine plus pure que toutes celles qu’elle avait pu voir et sentir. « Ces sacrifices ne sont que le prix de l’honneur ! » cria-t-il. Il frappa une première fois, puis une autre. Il cria autre chose. Elle se mit à hurler. Un hurlement long, strident, qui lui venait du fond des tripes et secouait tout son petit corps d’enfant, qui lui faisait serrer les poings autour de ses oreilles et fermer les yeux très fort. Alors, Vrael arrêta de frapper et, lentement, ses doigts se desserrèrent autour du cou de Kaahl.



Message XXXV – 1326 mots

Je pense que ce sera très animé <3 Faudrait peut-être que Kaahl et Laëth les invitent à leur mariage finalement, pour mettre l'ambiance [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 5 1929536143




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Jeu 12 Mai 2022, 19:32



Que l'Ombre dévore


Je tournai la tête sur le côté et crachai. Il aurait mérité que ma salive l’atteignît. « Excuse-moi. » murmurai-je, avant de disparaître pour me retrouver devant l’enfant. Ma magie soigna mes blessures et l’entoura à son tour, comme un cocon protecteur, un cocon contre l’horreur. « Ne t’inquiète pas. Ton père et moi ne faisons que nous entraîner. Je suis le fiancé de Laëth. » Je lui souris, tout en maintenant la mâchoire de Vrael close et son corps inapte à s’avancer vers nous. « Est-ce que tu veux bien m’aider ? Ta sœur a laissé une potion ici. Ça ressemble peut-être à une bouteille. Tu veux bien aller voir à l’étage si elle n’y est pas ? Je t’appellerai quand on aura terminé notre entraînement, d’accord ? » Je fixai ses yeux et activai mon pouvoir. « Va chercher ce que j’ai demandé, maintenant. »

Une fois qu’elle fût partie, je me redressai et me tournai vers l’homme. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire de lui mais avais l’impression diffuse que mon avis n’était pas requis. Les choses couleraient probablement seules jusqu’au point de rupture. J’avais utilisé ma magie une deuxième fois et peut-être certains Bipolaires la sentaient-ils fuser. C’était un risque qui aurait pu être mortel pour bien des individus. Néanmoins, dans mon cas, j’avais toujours la possibilité de me téléporter si les événements tournaient mal. « Quel honneur ? L’honneur de quoi ? L’honneur de qui ? » Je ris. « C’est amusant, parce que les Mages m’appellent ainsi. L’Honorable. » Mes yeux se fixèrent sur un point, plus à gauche, accompagnant mon visage dans son air faussement amusé. Ils revinrent ensuite se fixer dans ses iris. « L’honneur est différent pour chacun. C'est une notion vague et stupide. On ne peut pas sacrifier les siens au nom de l’honneur. On ne peut pas traumatiser son enfant pour lui non plus. Est-ce honorable de me frapper, juste parce que ce que je dis ne te plaît pas ? » Je soufflai par le nez. « Et quand bien même. Courir après une cause perdue est juste une preuve de folie. On ne lave pas son honneur par des sacrifices idiots. On achève de le détruire. » Ma langue passa brièvement sur mes lèvres pour les humidifier. « Mais tu as raison. Je suis un Mage. Je ne comprends pas ta vision des choses. Je préfère mille fois savoir mes proches en vie que mon honneur intact. Pour moi, ce qui compte, c’est la vie. Je ne suis pas prêt à la sacrifier pour rien. C’est du gâchis. » Je savais parfaitement que j’étais capable de sacrifier autrui. Je l’avais déjà fait. Néanmoins, et je le pensais, jamais sans raison. Je ne pouvais pas certifier agir toujours dans l’intérêt de mon peuple mais, généralement, je pensais aux Sorciers avant de songer à ma propre personne. Mes méthodes pouvaient être discutables et elles l’étaient sans doute. Cependant, hormis pour prouver mon pouvoir, et donc dans un objectif précis, je n’avais jamais tué quiconque par simple souci d’égo. Plusieurs fois, j’avais failli à mes principes, et j’en étais conscient, mais pas au point d’embarquer mon peuple dans une guerre perdue d’avance. Là encore, j’étais conscient que tout ceci n’avait aucune importance. Le Destin était au-dessus de chacun de mes actes. Je préférais cependant ne pas y songer car cette réflexion ne cessait d’éveiller en moi un malaise incurable. À quoi servait-il de discuter si ces discussions étaient inutiles ? C’était même plus compliqué que cela. Ces discussions l’étaient, utiles, mais n’étaient aussi qu’un vaste théâtre, un mécanisme bien huilé de causes et d’effets immuables.

« Bon. » fis-je, après un temps. Je n’avais toujours pas relâché la paralysie que je maintenais sur lui. « Faisons une sorte de… pari. » J’enlevai mon haut et mon pantalon. Ça ferait toujours ça de moins à supporter. L’humidité et la puanteur des tissus m’horripilaient. « Nous allons nous battre au corps à corps. Je suis un abruti de Mage qui passe sa vie dans ses pantoufles après tout. Il ne devrait pas être bien difficile pour un honorable Réprouvé de me mettre une branlée. » J’adaptais mon langage à mon auditoire. « Si je perds, je renonce à Freyja. Je ferai également en sorte d’amener Val’Aimé Taiji ici afin que vous puissiez lui régler son compte, d’une façon ou d’une autre. Et si je n’y parviens pas, je me substituerai à lui. Je ne suis pas aussi important et méprisable que lui mais tuer un Mage est toujours mieux que de n’en tuer aucun. » Je souris. « En revanche, si je gagne, tu fermeras bien ta gueule sur ma relation avec ta fille jusqu’à la fin des temps et tu te porteras garant pour moi à chaque fois que je voudrai venir ici. Enfin, tu militeras pour que les Réprouvés commencent à utiliser leur magie. » Je relâchai mon contrôle. « Qu’est-ce que tu en dis ? Un combat, pas de magie, à l’exception de la possibilité d’utiliser nos ailes. »

835 mots
Mais certainement ! Il faut absolument que Kaahl trinque avec beau-papa !  

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Lun 16 Mai 2022, 13:46




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Docilement, Yngvild monta les escaliers. Parvenue à l’étage, elle se dirigea vers la chambre de sa sœur. Un pas après l’autre, elle avançait. Elle se sentait bizarre. Un calme intense l’auréolait. Elle ne pensait pas à grand-chose, hormis cette mission donnée par l’étranger. L’enfant jeta un regard circulaire à la pièce. Elle était propre, mais encore délabrée. Dans un coin, un seau recueillait l’eau de pluie que le toit percé laissait entrer. Sur sa gauche, quelques planches en bois étaient clouées contre un mur pour boucher un trou entre les pierres. Le mobilier était simple et rudimentaire : il n’y avait qu’un lit, une commode et deux chaises. L’une, près de la commode, supportait quelques vêtements abandonnés sur son dossier. L’autre, à côté du lit, accueillait un livre, une gourde et une bouteille. Bouteille. La petite rousse s’approcha du contenant. Tout fait de verre bleu, il était décoré de plusieurs étiquettes sur lesquelles couraient des inscriptions illisibles pour la fillette. Après un dernier coup d’œil rapide à la chambre, elle décida qu’elle avait trouvé ce qu’elle cherchait. Elle grimpa sur le lit et s’y assit. Désormais, elle devait attendre que son papa eût fini de s’entraîner avec le fiancé de Laëth. Elle fronça le nez. Elle ne comprenait rien. Personne ne l’appelait de la même façon. La rouquine soupira et se laissa tomber sur le dos. Elle tendit ses bras au-dessus d’elle et observa la bouteille. Au bout de quelques secondes, elle l’ouvrit, puis la porta à ses narines pour la sentir. Ça sentait bon. Elle renifla fortement et disgracieusement, histoire de s’assurer que son odorat ne la trompait pas. « Hm… » Elle la porta à ses lèvres et en but une gorgée pour goûter. « Oh mais c’est bon ! » s’exclama-t-elle, souriante. Elle en reprit une.



Si Kaahl n’avait pas tant attisé sa colère, Vrael aurait sans doute été de son avis. Combien de fois avait-il maudit cette guerre qui lui prenait ce qu’il avait de plus cher, sans même la garantie qu’elle le lui rendrait ? L’honneur était une chose ; pourtant, la plupart du temps, il était prêt à souffrir toute la honte du monde pour avoir les siens près de lui, en sécurité. Au début, il avait soutenu le conflit. Asha ne jurait que par la violence et, comme elle, il y avait cru. Il y avait cru durement, les premières semaines. Il s’était même disputé avec Priam et Freyja, qui avaient milité jusqu’au bout contre cette guerre. Ils avaient eu les mêmes arguments que le fiancé de sa fille, ils avaient insisté sur le non-usage de la magie, ils avaient prétendu que s’ils étaient attaqués, les Sorciers pourraient venir tout raser, ils avaient prêché pour l’utilisation de la voie diplomatique. Leur mère avait poussé des hurlements et les avait traités d’incapables, de lâches et de traîtres. Elle avait frappé Freyja, qui criait aussi qu’ils n’étaient que des imbéciles qui allaient juste crever aux pieds des remparts. Priam s’était interposé pour protéger sa sœur, comme il l’avait toujours fait. Lui, il avait pris la défense de sa femme. Il l’avait soutenue et leurs premiers enfants avaient quitté la ferme familiale avant même le début du dîner. Cette dispute n’avait pas changé grand-chose. Finalement, il les avait tous regardés partir en guerre, même les deux Anges. Et puis le temps et la réflexion avaient charrié la peur, le doute, l’horreur. Ils avaient fini par s’imposer, plus forts que la foi, l’orgueil et la conviction. Il ne dormait plus, ou si peu. Il rêvait des cadavres de ses enfants, de sa compagne et de ses amis. Chaque jour, il exécrait un peu plus les Sorciers, et s’endeuillait malgré lui de l’absence de ses proches. S’ils mouraient, leur sacrifice devrait compter, mais s’il avait pu choisir, il aurait souhaité qu’aucun n’eût à mourir pour la haine que les Sorciers suscitaient. Il ruminait les discussions qu’Asha et lui avaient eues avec leurs aînés. Il ne lui restait que l’espoir, et les paroles du Magicien le détruisaient en un tas de cendres humiliant. Il était humiliant, méprisant et pédant.

« Ça m’intéresse pas. » trancha-t-il, avant de cracher par terre. Son regard haineux, criblé d’étincelles peinées, se fixa sur la silhouette presque nue de son futur gendre. « Ce que tu proposes a aucune valeur. Val’Aimé Taiji ne foutrait jamais les pieds ici de son propre chef et t’as pas l’autorité pour l’y amener. » Il le sonda. « Ta vie contre la sienne, ça vaut rien. Tu vaux rien. » grogna-t-il. « Et Freyja ne permettrait pas que ça arrive. Elle ne renoncera jamais à toi. » Il grimaça. Il s’agissait d’une constatation pénible, et même douloureuse. Néanmoins, elle était indubitable. Il connaissait sa fille : il savait déceler dans ses prunelles l’éclat acéré de sa détermination. Elle pouvait se montrer aussi butée qu’un bicorne, et sur ce sujet, elle l’était. Elle préférerait ne plus jamais adresser la parole à ses parents que de quitter son stupide Magicien. Ils avaient déjà essayé de l’en détourner. Elle ne se laissait jamais abuser par leurs récriminations, leurs injures et leurs malédictions. Elle leur faisait face, droite et fière, fermement campée sur ses sentiments. « C’est dégueulasse, mais c’est comme ça. » Ses pupilles scrutèrent les siennes. Il ne revint pas sur les conditions du pari s’il venait à perdre : elles étaient plus ridicules encore, et n’auraient mérité qu’un éclat de rire gras. Il n’avait pas du tout envie de rire. « Yngvild ! Descends ! » lança-t-il vers l’escalier. Le temps que la fillette n’arrivât, il se tourna de nouveau vers Kaahl : « Y’a intérêt à ce que ma fille gagne son procès et sorte de ce trou à rats. Si c’est pas le cas, on te retrouvera, et on te tuera. » Il n’avait pas oublié où elle était. Quant aux autres, il n’avait plus que des miettes d’espoir, si lourdes que ses épaules ployaient sous leur masse. La petite rousse apparut en bas des escaliers, la potion à la main. « C’est ça ? » Le père se tourna pour regarder. « Ouais. Merci, ma puce. » Il attrapa la bouteille et la plaqua contre le torse du brun. « Tu devrais rentrer dans les vêtements de Priam. T’es plus petit. Après, dégage. » Le père se pencha, prit la Kiir’Sahqon dans ses bras, et s’en alla. « Papa, pourquoi il est tout nu ? » - « C’est un dégénéré. » - « Oh. Et la potion de Freyja, elle sert à quoi ? » Derrière eux, la porte claqua.



Message XXXVI – 1095 mots

Haha, je veux trop faire ça maintenant XDDD




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Mer 01 Juin 2022, 20:26



Que l'Ombre dévore


« Si tu le dis. » S’il disait que ma vie n’avait aucune valeur. S’il disait qu’il me tuerait. J’aurais pu ressentir un vague bonheur à être ainsi sous-estimé ou un intense plaisir à l’admirer s’enfoncer dans sa bêtise, mais sa réponse ne me plaisait pas. Quelque chose en moi n’était pas satisfait par la façon dont se déroulait la situation. J’avais eu l’impression qu’il accepterait le duel, qu’il se battrait et, fatalement, perdrait. Pourtant, il avait refusé et un sentiment de malaise s’était aussitôt installé dans ma poitrine. Pourquoi ? Je n’arrivais pas à le comprendre. Cette situation, bien qu’étrange, me restait acquise. Vrael n’était pas de taille, ce qui rendait les choses d’autant plus nébuleuses. J’étais comme poussé par une force extérieure à moi-même, une force qui m’obligeait à agir d’une façon qui ne me correspondait pas, d’une façon inadaptée. Je tournai les yeux vers l’enfant qui tenait dans ses mains la fiole que j’étais venu chercher. En la voyant, je ne ressentis aucun soulagement. Je ne voyais pas. Je ne sentais pas. L’évidence m’était cachée. Que faisais-je ici ?

_____

J’attendis que le Réprouvé fût parti avant de m’avancer. Il me sentit et, face à lui, je ne pus retenir une grimace, fruit d’une rencontre passée pour moi et à venir pour lui. Son futur ne m’était pas accessible en bien des points. Ce que je savais, j’en avais connaissance pour l’avoir vécu moi-même, lorsque nos chemins s’étaient croisés. « Ne vous inquiétez pas, l’incompréhension passera. » Je ne lisais pas en lui mais le comprenais sans aucun mal. J’étais passé par ce chemin tortueux également, celui d’une mission abstraite qui, une fois réalisée, laissait pourtant une impression de suspension dans la poitrine. Si je n’étais pas présent pour apaiser le fardeau de son âme, l’observer encore novice plaisait à la partie de moi qu’il avait blessée. Comme il ne répondait pas, sans pour autant paraître surpris de ma présence, je continuai. « Vous devriez retourner au palais, en prenant le temps de vous arrêter au Manoir de la famille Paiberym. Une lettre vous y attend. » Je devais l’empêcher de récupérer son fils. Je devais l’empêcher de ne serait-ce que deviner sa présence. Je le fixai. Les bavardages inutiles n’avaient jamais fait partie de sa personnalité mais il était bien plus silencieux que jadis. Était-ce par suspicion ou était-ce par lassitude ? Pensait-il à la meilleure manière de me tuer ou étudiait-il ma personne ? Il y avait des années entre nos différentes rencontres et, à l’avenir, il aurait souvent affaire à une version plus jeune de moi. « Vos vêtements. » souffla-t-il. « Hum ? » « Donnez-moi vos vêtements. Ils sont de meilleure facture que ceux de Priam. » Il ne les avait pas vus mais cette certitude était enrobée de vérité. Je croisai les bras sur mon torse avant d’émettre un soupir et de défaire ma veste. Finalement, peut-être nous reverrions-nous plus tôt que prévu. Je la lui tendis et attendis qu’il la prît pour abandonner ma chemise. Je sentis son regard sur moi. « Cette cicatrice… le Destin vous oblige à la garder ? » Je ne sus déterminer si la question était réelle ou formulée à desseins. « Je préfère la garder. » dis-je. Tout voir m’était impossible et le Destin était parcellaire. Cette cicatrice, comme il l’appelait, il en était à l’origine. « Votre pantalon. » J’inspirai et le retirai. « Je viendrai chercher mes affaires. » dis-je, alors que nos mains maintenaient encore l’habit, ensemble. « Vous y tenez ? » Je souris. « Je viendrai chercher mes affaires, c’est tout. Il n’y a rien de plus à déduire. » Il émit un rire que je ne sus interpréter. La moquerie et l’intérêt, chez lui, sonnaient parfois de la même manière. Je détournai les yeux lorsqu’il jugea bon de détruire purement et simplement le sous-vêtement qu’il portait. Avait-il prévu que je ne le fixerais pas ou était-ce un test ? Le fait d’avoir côtoyé, plus jeune, une version plus âgée de lui, rendait notre relation particulière. Il n’en avait pas conscience là où je n'en avais que trop conscience. « Je m’appelle Harold. » hasardai-je, en faisant fi de ma bonne résolution consistant à ne pas chercher à dépasser mes seules obligations. « Bien sûr. » fit-il, tout en s’approchant. Il s'arrêta et me regarda avec les yeux d'un professeur sadique. « Donc… Harold, pourquoi êtes-vous ici ? » Ses prunelles cherchèrent des réponses au creux des miennes. Je ne détournai pas le regard. « Pourquoi pas ? » Ses lèvres bougèrent très légèrement, une sorte de frémissement qui, en lui-même, pouvait s’apparenter à un sourire retenu. « C’est vrai. Pourquoi pas. » Le fameux sourire naquit, en coin. Et il disparut, comme ça, sans plus d’explications. Avait-il deviné ? Avait-il senti et décidé de ne pas intervenir ? Je relâchai la pression qui me tenait lorsque je fus certain qu’il n’était plus sur le territoire de Lumnaar’Yuvon, conscient d’être à présent en sous-vêtements avec un chapeau haut de forme sur la tête au milieu d’une vieille ferme. La configuration aurait pu plaire à certains mais les Réprouvés risquaient de ne pas apprécier s'ils me trouvaient ici.

_____

Je réapparus dans mes appartements. Mes doigts se déplacèrent vers une table d’appoint. Le verre de la fiole teinta légèrement. « La potion. » annonçai-je, avant de continuer. « Et je suis retourné chez moi entre temps. J’avais une lettre de cet Ange, Adriel. Je lui ai répondu. » Le Destin désirait visiblement qu’il vécût. Jusqu’à quand, telle était la question. Je tournai le regard vers Freyja. « L’amour le perdra. » dis-je, avant de sourire. « Dommage que ça ne puisse pas s'appliquer à d'autres. » susurrai-je.

920 mots
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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Jeu 02 Juin 2022, 18:49




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Freyja releva vivement la tête. Son palpitant avait manqué plusieurs battements, puis s’était précipité dans sa cage thoracique. Elle referma le livre, déplia ses jambes et se leva, le regard fixé sur la potion. Elle la connaissait bien et elle ne pouvait cacher sa surprise de la voir sur cette table. Ses yeux verts remontèrent vers Kaahl. Son cœur se suspendit encore. Adriel. Qu’avait-il dit ? Il proposait sans doute son aide. Même s’il avait été peiné de son départ de l’armée, elle savait qu’elle restait quelqu’un d’important pour lui, tout comme il l’était pour elle. L’Ange fronça les sourcils et sentit ses joues rougirent. Le blond n’avait jamais affirmé haut et fort les sentiments qu’il pouvait nourrir à son égard, mais elle avait plusieurs fois cru percevoir dans le bleu de ses yeux des bribes d’amours secrètes. Elle ignorait quel crédit elle devait leur accorder, parce que c’était Jun qui avait d’abord insinué en elle l’idée qu’il pût l’aimer. Une part d’elle répugnait à lui donner raison. Elle s’avança vers la fiole, mais s’arrêta. Elle releva le visage vers Kaahl. Elle n’aimait pas ses insinuations. Elle n’aimait pas qu’il se permît ce type de réflexions, d’autant qu’elle ne faisait rien pour encourager les sentiments de qui que ce fût et tandis qu’il était loin d’être irréprochable. Sa possessivité, en plus de n’avoir aucun fondement sain, n’avait aucune légitimité. Elle se mordit la lèvre. Surtout, elle n’aimait pas la façon dont ses paroles créaient un écho en elle, et les visages que sculptaient leurs répercussions contre la roche de son déni. « Je serais curieuse de savoir à qui tu fais allusion. » Elle planta son regard dans le sien. « Parce que je crois bien que c’est toi qui as le plus de chances de te perdre par amour, actuellement. Et je trouverais assez dommage que ça arrive, pour ne rien te cacher. » Il aurait fallu être le dernier des imbéciles pour ne pas comprendre qu’il risquait gros pour la sauver. Politiquement, l’intérêt existait, mais il demeurait assez faible en comparaison des risques qu’il encourait – qu’ils encouraient. Elle avait eu le temps d’y réfléchir, seule dans ce bureau. Distraitement, elle passa sa main sur son ventre, avant d’attraper la potion contraceptive. Elle en parcourut l’étiquette des yeux, sans la lire. « Pourquoi est-ce que tu es allé la chercher là-bas ? » Elle la reposa, dans ce bruit sec et caractéristique du verre contre le bois. « Tu es vivant, alors je suppose que tu n’as vu personne ? » La jeune femme esquissa un sourire, parfaitement consciente qu’il pouvait probablement anéantir une grande partie de Lumnaar’Yuvon et de ses habitants à lui seul. Elle ne croyait pas qu’il l’eût fait, ni qu’il le ferait un jour – pas tant qu’elle existerait. En tout cas, elle l’espérait. Elle avait remarqué son changement de vêtements, mais ce n’était sans doute pas dû à un combat acharné contre un Réprouvé. Il avait dû se salir et sa maniaquerie l’avait persuadé de se changer, une fois chez lui. Peut-être. Elle se mordilla l’intérieur des joues.

Au bout de quelques secondes, elle pivota vers le Mage et s’approcha. Ses doigts remontèrent contre le dos de l’une de ses mains, puis elle posa sa paume sur sa chute de reins et ramena sa silhouette contre la sienne. Son menton se cala sur son épaule. « Tu m’as fait peur, tout à l’heure. J’ai cru que tu faisais une nouvelle crise de… » Son autre main caressa son front, avant de descendre contre sa tempe et sa joue. Qu’est-ce qui l’avait tant troublé ? Pourquoi était-il parti si brusquement ? Pourquoi à Lumnaar’Yuvon ? On trouvait des potions contraceptives presque partout. De surcroît, elle n’en avait pas urgemment besoin. Elle préféra ne pas poser de questions : ils n’avaient pas le temps de se pencher sur chacune d’entre elles. Il faudrait voir plus tard, après le procès, quand ils auraient droit à un peu de paix. « J’ai presque fini de lire les livres. Je sens que ça ne va pas être simple, mais je ferai de mon mieux. » Si elle voulait s’assurer de survivre à son jugement, elle n’avait guère le choix. Or, elle avait l’intention de s’en sortir. Elle inspira. « Et Adriel, qu’est-ce qu’il voulait et qu’est-ce que tu lui as dit ? J’imagine que ça concernait ma situation. »



Adriel parcourut la lettre des yeux. Une forme de soulagement l’enroba. La réponse du baron lui procurait un vague et insatisfaisant sentiment d’utilité, dont il devrait se contenter. Il pouvait aider un peu. Rien ne garantissait que Laëth s’en sortirait, mais il aurait moins fait quelque chose en ce sens. Quoiqu’il fît, ce ne serait jamais suffisant. L’Ange inspira, tira vivement sa chaise pour s’y asseoir et attrapa une plume et une feuille blanche.

À Monsieur Adam Pendragon,

Je suis un ami proche de Laëth Belegad. J’ignore si la nouvelle vous est parvenue. Elle est retenue captive chez les Sorciers, réduite en esclavage. Elle sera jugée demain, puis vendue au plus offrant. Le baron Paiberym a déposé un dossier pour pouvoir la racheter. Je lui apporte mon soutien financier. Nous songions que vous seriez peut-être intéressé par la possibilité de vous joindre à nous dans cette entreprise. Si c’est le cas, vous pouvez directement envoyer des fonds aux Mayfair en précisant le nom de l’acheteur avec lequel vous participez.

Le blond suspendit sa mine et fixa un instant le papier blanc. Il hésitait. Finalement, il rajouta :

Votre statut de diplomate vous accorde-t-il la possibilité d’assister au procès ? Et bien que vous représentiez les Déchus, auriez-vous la possibilité d’intercéder en faveur de Laëth ?

Cordialement,

Adriel Nämenor

Il reposa sa plume et relut. Un soupir lui écrasa le cœur. Ses yeux dérivèrent jusqu’à sa main. Elle tremblait un peu. Il avait peur pour elle. Il aurait aimé la voir et la serrer contre lui. Elle lui manquait déjà, et plus que d’habitude. L’Ailé enfonça ses paumes sur ses paupières. Pourquoi était-elle ainsi ? À se jeter dans les bras de l’impossible, de l’interdit et du fatal ? Ne pouvait-elle pas résister, parfois, aux appels de justice et de protection qui la secouaient ? Qu’existait-il en elle de si incontrôlable qu’elle ne pût pas toujours faire preuve de raison ? Il y songeait sans s’apercevoir que c’était exactement la même chose qui l’animait à l’heure actuelle et le poussait à vouloir gravir des montagnes pour la sauver.



Message XXXVII – 1076 mots

Laëth arbitrera, ce sera rigolo !




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