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 [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers

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Priam & Freyja
~ Ange ~ Niveau III ~

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Priam & Freyja
Dim 20 Mar 2022, 15:54




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Un large sourire fendit les lèvres de Freyja. Il était éclatant de victoire. La simple possibilité que son idée pût fonctionner en était une. L’Espérance renaissait ; son souffle salvateur balayait tous les malheurs. Ses yeux encore piquant de tristesse la brûlaient déjà de joie. Elle n’était pas sauvée, loin de là ; mais elle avait un espoir auquel se raccrocher. Ses mains remontèrent sur les épaules du Magicien, et elle acquiesça. Devenir son esclave ne lui plaisait pas du tout. Elle y consentait simplement pour survivre et parce que, dans une certaine mesure, elle avait confiance en lui. Au demeurant, elle était à peu près certaine que si elle cédait à tous ses désirs, n’entamait plus jamais aucune rébellion et écrasait sa personnalité sous son joug, il ne lui trouverait plus aucun intérêt. Elle avait des défauts, et même s’il devait les haïr parfois, il avait appris à les aimer comme le reste, et comme elle aimait les siens. Dès qu’il le pourrait, il la libérerait. C’était ça ou la mort. Il n’y avait pas d’autres solutions. Elle aurait pu lui demander de fuir, et elle aurait pu fuir. Cependant, elle aurait laissé derrière elle ses deux frères, et il était sûr que la justice aurait abattu sur eux sa lame vengeresse. Elle ne pouvait pas s’évader, de la même manière qu’elle ne pouvait pas faire marche arrière. Elle devait affronter son Destin et tous les périls qui allaient avec.

« Peut-être qu’il est redevenu lui-même, depuis… » Elle l’espérait. Les choses iraient plus vite. « J’espère que ton bureau est insonorisé, aussi. » Un vague sourire chatouilla sa bouche, à mi-chemin entre l’amusement, l’appréhension et le chagrin. Ça ne se passerait pas bien. Elle ne pouvait pas l’ignorer. Priam serait fou, pour tout un tas de raisons. Il comprendrait des choses qu’il n’avait jamais comprises, et d’autres se révéleraient à lui sans jamais lui avoir effleuré l’esprit auparavant. Il se sentirait trahi, et ce sentiment serait parfaitement légitime. À chaque mensonge qu’elle avait proféré pour protéger Kaahl, elle avait trahi son frère. Peu importait le sceau qui l’empêchait de s’exprimer. Même sans lui, elle savait qu’elle aurait tout gardé pour elle. Elle s’en serait trop voulu de jeter en pâture le Sorcier, même dans ses plus grands moments de détresse, même quand il lui avait donné envie de mourir. Elle ne pouvait pas. C’était quelque chose qui la dépassait ; c’était pareil à son âme qui débordait. Ça l’enchaînait à des réalités auxquelles elle ne pouvait se soustraire. « Tu me montreras ? J’aimerais bien voir la défense avant le procès. » Ce n’était pas vraiment une question. Elle estimait avoir le droit de prendre connaissance des arguments qui serviraient à lui épargner la condamnation à mort. « On pourrait parler du bébé, aussi, peut-être. Je ne sais pas trop comment les Sorciers percevraient ça… J’imagine que ça ne gênerait pas trop. Surtout que ce serait forcément un Magicien, alors il pourrait devenir un Sorcier, lui aussi. On est sûr que ni Cyrius ni Val’Aimé ne peuvent exiger une vérification médicale ? Comme en plus j’y serai en tant qu’esclave… » Un frisson inquiet fit frémir ses épaules. Elle avait subi cette épreuve une fois, sur Iyora, alors qu’ils n’avaient pas encore entamé leur relation. C’était longtemps auparavant, mais elle s’en souvenait avec l’acuité des souvenirs traumatisants. « Oui. » répondit-elle, déterminée. Elle ne se laisserait pas mourir et il ne la laisserait pas périr.

Ses prunelles s’arrimèrent aux siennes. Elle acquiesça, et vint chercher une de ses mains pour la lier à la sienne. Doucement, elle dit : « Je vais rester là, jusqu’à ce que les gardes arrivent. » Inutile de prendre des risques stupides en se confrontant à ses frères. Ils pourraient essayer d’abuser d’elle de bien des manières ou découvrir la marque tatouée sur son avant-bras. Durant l’attente, elle réfléchirait à la façon dont elle devrait annoncer les choses à son frère. Il n’y avait pas de bonnes manières, mais il y en avait de pires que d’autres. Elle inspira et regarda le mur derrière Kaahl, avant de replonger ses yeux de les siens. Elle l’avait aussi bien vu que senti. Sa magie ne se rebellait pas contre la sienne, plus maintenant. « Je sais. » chuchota-t-elle. L’Ange se pencha sur lui pour l’embrasser, sa main libre sur sa nuque. Elle aurait pu l’étreindre des heures durant. Plus encore, elle aurait voulu ne jamais le lâcher. Mais il fallait qu’il partît ; alors, elle lui délivra un dernier baiser, puis s’écarta de lui. « À tout à l’heure. »

Priam était toujours dans sa cage, toujours endormi et toujours en loup. Il est des réalités que les bêtes affrontent mieux que les hommes.



Message XVI – 789 mots

Bien sûr, elles sont sur des piques à l'entrée de Lumnaar'Yuvon [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 2289842337




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Lun 21 Mar 2022, 22:38



Que l'Ombre dévore


Le miroir reflétait mon visage. Autour de moi, les volutes bleutées de ma magie s’emparaient du cadre et ressortaient au sein de mes yeux. J’avançai doucement mes mains vers la Couronne du Savoir Sans Avenir. Sa couleur ressemblait à celle de la Lune Blanche. Je soupirai, inquiet. Plus je la mettais, plus je me rapprochais du terme. Il me faudrait la garder le plus longtemps possible au sommet de mon crâne à présent, ou ne plus l’employer un moment étendu. Choisir de rester plusieurs mois chez les Magiciens ou choisir de demeurer des semaines chez les Sorciers. Laëth méritait que je sacrifiasse une sphère ou deux mais il y avait ce problème latent, celui qui m’amenait vers un Destin que je ne désirais pas. Encore sept sphères. Sept possibilités de la retirer. Ensuite, il n’y aurait plus rien. L’artefact se fondrait en moi et je ne serais simplement plus un Mage. Les clauses du contrat étaient ainsi et je ne pouvais pas m’y soustraire. J’avais accepté, malgré tout, parce que je n’avais pas vraiment le choix. « Hum… » Je devais la mettre, à présent. Sans elle, je ne possédais plus la magie des Sorciers et serais incapable de jouer Elias correctement. Je savais pourtant que dès qu’elle serait activée, ma psyché se modifierait. Le Savoir Sans Avenir faisait ressortir le mal en moi. Il le recréait, artificiellement, en pire. Je détestais me savoir Mage Blanc, mais je craignais aussi de devenir comme Ârès. Les Rehlas avaient peut-être besoin d’un méchant. Je ne voulais pas être celui-ci. J’avais perpétré des horreurs, j’en étais conscient, mais toujours ou presque pour mes propres desseins. Obéir à des volontés officiellement extérieures ne me plaisait pas. Je ne croyais plus au libre-arbitre mais je préférais lorsque mon absence de choix était dissimulée. C’était bien plus vivable ainsi car l’idée même de n’être qu’un pion sur un échiquier, manipulé par une main extérieure et imparable, était insupportable. J’expirai et posai l’artefact sur mon crâne. Je laissai mes cheveux blanchir, ma peau se ternir et mes yeux revêtir un marron clair presque jaune. Lux in Tenebris recommença ses chuchotements assassins et je sentis le bien-être en moi diminuer. Il ne disparut pas mais débuta un combat contre le mal-être, comme toutes les magies qui me constituaient guerroyaient entre elles. J’espérais simplement que la Magie Bleue ne referait pas des caprices, comme durant la bataille. Je devais la contrôler, pour qu’elle ne ressortît pas.

________________________________

Unsecret x Svrcina - Hanging on by a Thread

J’entrai dans mon bureau, une gamelle contenant de la viande crue à la main. L’odeur me dégoûtait. Je n’avais jamais compris comment quiconque pouvait manger des animaux. C’était répugnant. Je posai l’objet sur un meuble, avec la potion que la Sorcière que j’avais consultée m’avait préparée à la hâte. Je me retournai et fixai le loup quelques secondes, avant de me détourner vers les multiples ouvrages qui avaient été déposés là en mon absence. « Voyons ça. » dis-je d’une voix décidée. J’avais songé à cette possibilité depuis que j’avais su que je ne serais pas le juge de l’affaire. Ma théorie était basée sur ce que j’avais pu lire sur le Monde des Rêves et expérimenté à l’intérieur de ce dernier. Je savais que le temps y passait bien plus lentement. Une seconde dans la réalité pouvait équivaloir à plusieurs heures de rêves ou de cauchemars. Puisque j’y étais conscient, cet espace était devenu, au fil du temps, un espace d’entraînements et d’expérimentations. J’avais conçu la stratégie de la guerre qui venait de se dérouler en grande partie en son sein. La problématique était, néanmoins, différente cette fois. Je ne connaissais absolument pas le contenu de ces livres et n’aurais pas le temps de les lire. Il s’agissait donc de déplacer un savoir réel dans le monde chimérique sans prendre au préalable connaissance de ce savoir. Je devais transposer les objets avec précision sans que leur contenu ne fût altéré. Ensuite, il me suffirait de dormir et de retrouver les ouvrages dans mes rêves. Là, je pourrais passer des jours à les consulter et à apprendre les notions pertinentes, sans être interrompu par quiconque. Je possédais toujours les Magies des Génies. Cela devrait être suffisant pour trouver la clef de ce que je désirais faire. J’activai les protections de la salle et la rendit hermétique. Laëth attendrait, dans le cas où je n’aurais pas fini. Quant à Priam… Je le fixai mais ne dis rien. Ça n’importait pas, plus maintenant.

Je me tournai de nouveau vers la pile de livres. Je devais trouver comment ouvrir la serrure d’un sortilège sur lequel il ne devait exister aucun ouvrage ou presque. Je levai légèrement les bras et fis danser mes mains devant moi, pour laisser la Magie Bleue sortir de l’une et la Magie des Ténèbres de l’autre. Des arabesques semblables aux branches d’un arbre, avec des dizaines de ramifications, apparurent, tantôt faites de bleu, tantôt faites de noir. Je fermai les yeux et me plongeai dans une concentration intense qui fit disparaître la pièce et tout ce qui la constituait, hormis les ouvrages cibles. Il y avait un lien, quelque part, entre le conscient et l’inconscient, un lien dans mon Esprit, un portail, une porte, quelque chose. Il ne s’agissait pas de trouver le moyen de faire disparaître ces livres dans le Monde des Rêves à jamais mais simplement de créer des copies qui s’ancreraient dans les songes, des copies que je pourrais consulter ultérieurement. Il me fallait scanner l’ensemble et l’envoyer ailleurs, en attente. Mes mains jouaient ensemble, amenant dans leurs danses les magies qui ne faisaient que se croiser et se recroiser, des magies qui s'étaient étendues à l'ensemble de la pièce. Je me rattachai aux sensations qui étaient miennes lorsque je foulais le Monde des Génies et le visualisai. J’y fis apparaître chaque livre, parchemin, rouleau ou tablette et tournai leurs pages à une vitesse démentielle. Rien n'était dans ma tête. Tout était là-bas, acquérable mais non encore acquis, accessible mais non encore mien. La certitude s’installa. Je savais pourtant que si cette certitude s’avérait trompeuse, il me faudrait alors véritablement lire chaque ligne de façon traditionnelle.

La magie s’éteignit et, lorsque je me retournai, encore à moitié habité par le sortilège, je me retrouvai devant Priam redevenu homme. Je compris que ni la viande crue ni la potion ne seraient d’aucune utilité. Mon détour avait constitué une perte de temps. Je le fixai et repris contenance. « Vous êtes resté sous forme animale longtemps. » lui dis-je. « Mais votre sœur ne devrait pas tarder à revenir maintenant. »


1182 mots
Il faut dire que les Sorciers sont très élégants et constituent d'excellentes décorations  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 2289842337
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Priam & Freyja
Mar 22 Mar 2022, 07:37




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Peut-être fut-ce à cause de l’intensité magique de la pièce ; ou peut-être le Loup jugea-t-il que son heure était venue. Il partit, et à sa place, il ne demeura qu’un homme. Un homme dont le regard se fixa immédiatement sur un autre, sur lequel des ombres bleues et noires dansaient. Elias Salvatore. La limpidité de ses émotions contrasta avec la confusion de son esprit. Paupières plissées, il secoua la tête. Ses pensées étaient en désordre. Le Loup avait encore surgi, et de son passage il ne demeurait que quelques souvenirs épars, empêtrés dans les chemins de la mémoire. « Ma sœur ? » L’Ange porta une main à son crâne. Laëth, Laëth… Il chercha. Il fouilla. Puis les images, les sons et les sensations lui revinrent. Il serra les dents. Sa tentative désespérée, les deux combattants, le bas de la colline et sa disparition. Il se rappelait s’être jeté dans la bataille, jeté contre une porte, jeté sur des cadavres. Comment avait-il atterri ici ? Il fronça les sourcils et le nez, incapable de retrouver la trace de ses propres pas. « Où l’avez-vous emmenée ? » Dans une cellule ? Pourquoi était-il ici, lui ? Comment allait-elle ? Il ferma les yeux, puis les rouvrit. Ses iris dorés se figèrent sur les barreaux de sa cage. Il se souvint d’un massacre, et son regard perdit en acuité. Il revoyait des choses qui n’existaient plus. Toujours assis, Priam serra les poings. Ils étaient morts. L’odeur du sang et de la chair brûlée lui assaillit les narines. Il eut une nausée et frappa le sol de l’un de ses poings fermés. Le dos contre les barreaux, il ramena ses genoux contre lui et posa son front dessus. Il savait que les choses se dérouleraient ainsi. Il le savait, mais ça ne les rendait pas moins douloureuses. Ça n’atténuait pas la haine qu’il éprouvait à l’encontre de l’ancien Empereur Noir. Il y avait tout le reste, et en plus, il y avait ça. « Maintenant que je ne suis plus une bête, vous pouvez peut-être me sortir de là. » se contenta-t-il de dire. Qu’aurait-il pu dire d’autre ? Proférer des insultes ou des malédictions ? Hurler la pénibilité de la situation ? Il n’y avait rien à dire. Ils avaient toujours su, tous les deux, et Laëth aussi, la façon dont se terminerait cette bataille. Elle n’était une surprise pour personne ; pourtant, les Réprouvés avaient fait le choix de s’y jeter corps et âme. Ils en avaient payé le prix. Ils étaient au moins aussi responsables de leur mort que ne l’étaient les Sorciers.

Quelqu’un frappa à la porte, et une voix forte déclama l’identité de sa sœur. L’Immaculé releva la tête et l’observa se glisser dans la pièce. Elle jeta un bref coup d’œil au Vautour, puis le regarda. Dans ses prunelles, il lut le soulagement, la joie, mais aussi l’anxiété. Elle ne portait plus sa tenue de combat, mais une robe de Sorcière d’un violet très sombre, presque noir. De sa peau, elle ne laissait voir que son visage et ses mains. Ses cheveux étaient propres, relevés en queue de cheval. Il fronça les sourcils. De toute évidence, elle ne revenait pas du cachot. Elle s’approcha de lui et s’accroupit. Elle tendit la main et il glissa ses doigts dans les siens. Sa propre peau était noircie de terre, de charbon et de sang séché. Il sentait la sueur et la mort. Elle embaumait un parfum de propreté. Ils lui avaient permis de se laver et de se changer. En revanche, la fatigue qui soulignait ses yeux indiquait qu’elle ne s’était pas reposée. Avait-elle soif et faim comme lui ? « Je suis désolée. » souffla-t-elle. Il le comprit comme une demande de pardon quant à son action inconsidérée : il n’en saisirait tous les tenants et les aboutissants que d’ici quelques minutes. Il étreignit sa main un peu plus fort, puis la lâcha. Elle se releva et fit face à Elias Salvatore.

Freyja inspira. Elle avait peur. Elle n’avait pas eu peur de cette façon-là depuis bien longtemps ; elle avait peur de faire éclater la vérité. En valait-ce la peine ? Était-ce réellement la seule façon, pour elle, de survivre ? Était-ce la meilleure chose à faire ? Priam accepterait-il cet état de fait ? Dénoncerait-il Kaahl ? Comment s’y prendrait-il ? Pourrait-il être suffisamment convaincant ? Le perdrait-elle ? Allait-elle lui planter dans le cœur une lame de trahison trop crantée pour être aisément retirée ? Si elle ne tentait rien, elle allait sans doute mourir. Néanmoins, tenter quelque chose, c’était mettre à mort presque autant que sa propre vie. Elle déglutit. Il ne servait plus à rien de faire semblant, face à Elias. Pourtant, elle ne dit rien. Elle fut incapable de prononcer le moindre mot, l’estomac noué par l’appréhension de ce qu’elle avait à avouer. La moindre syllabe la rapprocherait de l’inéluctable.



Message XVII – 820 mots

Absolument, en plus ils puent tellement que ça repousse les mouches <3




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Mar 22 Mar 2022, 19:05



Que l'Ombre dévore


« Elle vous le révélera elle-même. » dis-je, d’une voix égale et froide. En réalité, le fait de le voir ainsi créait chez moi une forme de dissonance cognitive. J’aurais dû être ravi, dans un sens, mais n’arrivais pas à éprouver une quelconque joie. Le tout était de ne pas le montrer. « Non. Pas encore. » répondis-je, tout en me dirigeant vers mon bureau. Sans m’y asseoir, je sortis plusieurs feuilles du tiroir central, après avoir décalé la chaise, et les disposai sur la table. Concentré sur l’agencement de mes documents, je relevai néanmoins le regard lorsque Laëth pénétra les lieux. Je détournai les yeux de la scène des retrouvailles et m’assis, afin de préparer le modèle de l’acte qui me constituerait avocat de l’Ange. Il devrait le recopier et le signer en trois exemplaires : un pour lui, un pour la cour et un pour moi, le tout en langue commune puisque, ayant un élément d’extranéité, le procès ne pourrait se perpétrer dans une langue que l’accusée ne comprenait pas. Enfin, c’était inexact. Les Mages faisaient l’effort de s’abaisser au langage commun mais cet effort était le seul. Face à un Réprouvé de Bouton d’Or, le résultat aurait donc été le même et l’accusé n’aurait pu saisir aucun mot. Néanmoins, il était d’avis général que quiconque ne faisait pas l’effort d’apprendre le commun ne méritait pas de bénéficier d’une quelconque défense.

J’écrivis quelques mots sur un parchemin qui disparut après avoir croisé le regard désespéré de l'Ange. C’était un moyen de communiquer avec les domestiques. « J’ai pris la liberté de vous commander de quoi vous rassasier. » précisai-je. Il s'agissait d'une tentative comme un autre de lui venir en aide. J'avais l'impression de pouvoir entendre son cœur battre la peur contre sa poitrine. « Vous pourrez manger ensemble. Il me faut constituer le dossier de demande de propriété. » D'un geste pensif, je posai le haut de mon stylo sur ma lèvre inférieure et commençai à fixer l’Ange qui paraissait surtout être un Réprouvé. « Vous devrez vous laver également. » articulai-je, en constatant de nouveau l’état de sa peau. Il me dégoûtait. Sans rien ajouter, je baissai les yeux et repris la rédaction de mon offre. Il fallait que je l’achetasse un prix qui ne souffrirait d’aucun refus mais sans être excessif. Je réfléchis. Elle était musclée, avait reçu une formation militaire et pouvait donc servir pour des tâches physiques. Elle n’était ni trop jeune ni trop âgée, même si ces notions d’âge n’étaient pas dans les considérations d’Elias. Il aurait fallu qu’elle fût beaucoup plus jeune pour qu’elle servît sexuellement. Cela dit, vu l’outrage concernant le mariage, il y avait à parier que mon personnage aurait pu, par simple vengeance, avoir des idées sexuelles à son égard, juste pour lui faire regretter, juste pour la détruire. Sa race pouvait constituer un facteur de rareté et d’amusement malsain. Elle était chère aussi parce qu’elle était la compagne d’un Marquis et qu’il faudrait qu'une somme lui fût versée en dédommagement. J’inscrivis, finalement, deux prix : celui de mon offre quant à l’esclave et celui des dommages et intérêts en faveur du Marquis Paiberym. Ces derniers étaient plus importants que la somme dévolue à l’achat de Laëth.

Je me doutais que le temps qui s’écoulait devait être une torture pour la jeune femme. Révéler n’est jamais aisé. La latence qui précède l’aveu l’est encore moins. Si je l'avais aidée plus tôt, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver un plaisir malsain à cette situation, au silence pesant qui régnait, brisé uniquement par de brèves interventions gênées. Je justifiais ma présence par les actes qu'il me fallait façonner mais j'aurais très bien pu les produire ailleurs. Lorsque les domestiques arrivèrent finalement avec le repas, j’avais eu le temps de rédiger la majorité de ma demande d’acquisition. Je me levai, alors que le personnel installait l’ensemble sur une table d’appoint, après avoir précautionneusement rangé les feuilles dans un parapheur. Une fois que nous ne fûmes plus que trois, je me saisis de mon bien et m’avançai vers la cage de Priam. Je lançai un regard à Laëth et reportai mon attention sur son frère. « Je vais vous laisser seuls à présent. Vous trouverez la salle de bain sans difficulté. Dans le placard qui se situe à gauche de la porte, vous pourrez emprunter des vêtements. Ils vous iront. » Parce que nous avions à peu près la même morphologie lorsque je n’étais pas Elias et que je prenais toujours un soin particulier à ne jamais me retrouver à cours de vêtements de différents gabarits, ce qui ne questionnait personne puisqu’il semblait évident à tous que n’importe quel Sorcier haut gradé changeait d’apparence fréquemment et, ce, pour plusieurs raisons propres à ses fonctions. « Nous nous verrons ultérieurement. » Je ne rajoutai rien sur le fait de ne pas tenter quoi que ce fût de stupide. Il devait le savoir. Mon visage se tourna vers la brune. « Les documents sont sur mon bureau. À tout à l’heure. » dis-je, dans un chuchotement à peine audible, avant que ma magie ne rongeât la cage du prisonnier. Je sortis sans rien ajouter, en activant la magie de la pièce derrière moi.

793 mots
Les Réprouvés puent plus au naturel que des têtes de Sorciers laissées au soleil durant quatre jours, d'après mon analyse parfaitement objective  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 2289842337

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Priam & Freyja
Mar 22 Mar 2022, 22:23




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Puisqu’Elias ne semblait pas disposé à partir tout de suite, Freyja retourna près de son frère. Ses doigts cherchèrent encore les siens. Elle ne pouvait pas s’empêcher de le toucher comme si elle l’avait déjà perdu. « Tu vas bien ? » Il hocha la tête. « Toi ? » Elle imita son geste. Pourtant, ses mains tremblaient et son regard évitait le sien. Elle essayait de faire en sorte que ce ne fût pas trop suspicieux, en scrutant souvent le Sorcier. Jouait-il le sadisme en la faisant patienter ou prenait-il réellement plaisir à faire durer cette torture ? Elle aurait été incapable de le dire. La magie bleue n’émanait plus de lui. Il n’était ni un Réprouvé, ni un Déchu. Elle l’aurait senti à l’aura qui se dégageait de sa silhouette. Celle-ci faisait jouer Lux in Tenebris. Combien d’artefacts possédait-il ? L’Ange inspira, prête à lui lancer une pique pour savoir s’il allait se lever avant la fin de la journée, quand la porte s’ouvrit sur des domestiques et un doux fumet de cuisson. Elle observa leur manège, puis tourna la tête vers Elias. Sur sa main, elle sentit les doigts de Priam se resserrer. Des centaines de questions devaient se bousculer, dans sa tête. Quant à elle, elle acquiesça, après avoir jeté un bref coup d’œil au bureau. Silencieuse, elle le suivit des yeux, tandis que l’ombre de son frère se déplaçait derrière elle. Il la prit dans ses bras, et elle le serra contre lui. Ils demeurèrent ainsi un moment. Seul le son de leurs respirations troublait le mutisme. L’Aile d’Acier avait peur qu’il pût entendre les battements de son cœur. Avant qu’il n’eût l’idée de parler, elle dit : « Tu devrais aller te laver. On mangera après. » La joue contre son torse, elle fixait la fenêtre. L’appréhension diffusait des vagues de chaleur dans son dos. « Hum. Tu étais où ? » - « Chez les Paiberym. » - « Je pensais qu’il te gardait au cachot. » Elle fit « non » de la tête. Autrefois, elle aurait pu ajouter quelque chose comme : c’est l’un des avantages d’être la compagne d’un Marquis, mais ce jour-là, c’eût presque été un mensonge. Ce n’était pas le statut de Kaahl qui lui attirait les bonnes grâces d’Elias et de la royauté. C’était tout ce qu’il y avait entre eux, et qu’ils gardaient jalousement comme le plus beau des secrets – c’était le plus terrible. Le ventre de son frère gargouilla. « Allez. » fit-elle en tapotant dessus. « À la douche. » - « Dis-moi juste pourquoi on est là tous les deux. » L’Ailée déglutit et leva les yeux vers lui, en détachant un peu son corps du sien. « Il va y avoir un procès, contre moi. Comme je suis une femme, je n’ai quasiment pas de droits. Mon représentant légal, c’est toi. » Elle vit les muscles de sa mâchoire se contracter. « Je t’expliquerai tout en détail après. » Pendant quelques secondes, il ne dit rien, puis lâcha : « J’imagine que c’est toujours préférable à une exécution arbitraire… » Elle ne répondit pas. « Je me souviens avoir eu la certitude que tu étais vivante. » Silence. Il la serra une dernière fois contre lui, embrassa son crâne, puis se dirigea vers la salle de bains.

Lorsqu’il revint, sa cadette s’était assise sur l’une des chaises. Il prit place sur celle d’en face. « Tu es accusée de quoi ? » s’enquit-il, à peine assis, avant de tendre la main vers la cuillère de l’un des plats. S’ils avaient voulu les tuer, ils seraient morts depuis longtemps. Il était donc raisonnable d’envisager que la nourriture n’était pas empoisonnée. « Tentative de meurtres sur les Archimages et l’Empereur. » Il blêmit. « C’est tout ? » - « J’imagine que non, mais je ne connais pas les autres chefs d’accusation. » - « D’accord. Et tu as vraiment essayé de les tuer ? » Elle secoua la tête. « J’ai juste essayé de les déconcentrer, avec un sort de manipulation. » Priam inspira, puis souffla lentement par le nez. « Je savais que… » Il soupira. « J’aurais dû t’en empêcher. » - « Je ne pensais pas qu’on en arriverait là. » - « Et tu t’attendais à quoi ? » lança-t-il, en piquant un légume dans son assiette. La pointe de reproche qui piquetait l’intonation de son aîné fendit le cœur de l’Immaculée. Elle baissa la tête. Sa main gauche triturait sa fourchette. Elle avait plus envie de vomir que de manger. « Je ne pouvais pas rester là à les regarder mourir. » Il s’apprêtait à répliquer, quand il se souvint de s’être jeté dans la mêlée. Il demeura muet. Elle attrapa un raisin et le fit rouler entre ses doigts. « Le procès a lieu quand ? » - « Après-demain. » souffla-t-elle. « Tu as un avocat ? » Elle déglutit. « Il faut que tu le choisisses. C’est forcément un Sorcier. » - « Forcément. Tu en connais qui accepteraient de bien te défendre ? » Elle se mordit la lèvre, puis articula : « Elias Salvatore. » Un silence tranchant s’abattit sur le bureau. « Il n’est pas avocat, et je doute qu’il te porte dans son cœur. » asséna enfin le fils de Réprouvés. « Il apprendra. » - « En deux jours ? Pour toi ? » Un rictus amer tordit sa bouche. « C’était ça, son dossier de demande de truc, là ? » - « Non. » Elle releva la tête vers lui. « Ça, c’est parce qu’il va déposer une demande pour m’acheter. » - « Pardon ? » - « J’ai la marque des esclaves. » Un rire nerveux tressauta sur les lèvres de Priam. « C’est une blague ? » Freyja remonta sa manche. Sous des croutes brunes, les roses des Mayfair s’entrelaçaient. Elle perçut l’assombrissement du regard de son frère, et son palpitant se serra. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » Malgré lui, l’énervement rendait plus grave la voix du diplomate. « Quand ils m’ont attrapée, je me suis débattue, alors ils m’ont apposé la marque. » Une grimace colérique déforma sa bouche. Elle, elle essayait de rester la plus stoïque possible. Elle essayait, ou elle subissait tant ses ressentis qu’elle n’était plus qu’un tas de chair inanimé. « Donc, si tu gagnes ton procès et que tu survis – parce que j’imagine que la peine capitale est largement envisagée –, tu es condamnée à rester ici en tant qu’esclave ? Ils ont le droit de faire ça ? Tu es censée être une prisonnière de guerre, pas une esclave ! » Elle s’humecta les lèvres. « Je crois que globalement, ils ont tous les droits. Mais ça durerait juste un temps. » - « Juste un temps ? Je te suis pas bien, là. Ils ont tous les droits, mais ils finiraient par te libérer ? Tu es une Ange, tu es venue défendre les Réprouvés, tu t’en es pris au gouvernement… Tu as participé à la Coupe des Nations ici, tu as déclaré forfait, et tu as refusé d’épouser l’Empereur. Je souhaite de tout cœur que tu t’en sortes, mais j’ai du mal à percevoir ce qui pourrait te sauver. » L’Aile d’Acier passa sa langue sur ses lèvres, puis se mordit l’inférieure. Elle regarda son frère, détourna le regard, sentit les larmes s’agripper à sa cornée, et ses émotions brûler sa poitrine. Ses ongles grattèrent les motifs brodés de la nappe. « Laëth ? » Elle ferma les paupières et fit claquer sa langue contre son palais, en tapant doucement la table du bout des ongles. « Qu’est-ce qu’il y a ? » Un bref rire, plus douloureux que joyeux, s’échappa du nez de l’Ange. Elle rouvrit les yeux, regarda à nouveau son aîné, puis prit sa tête entre ses mains. Comment était-elle supposée le lui annoncer ? Elle avait imaginé mille phrases et mille situations. Aucune n’était satisfaisante. « Laëth. » Le brun tendit la main et effleura son coude du bout des doigts. L’Ange renifla, puis écarta ses mains. Ses yeux verts, déjà rougis par les pleurs qu’elle contenait, se plantèrent dans les prunelles cerclées d’or de son frère. Elle ne pouvait pas le lui dire. Elle ne pouvait pas. Elle préférait mourir. C’eût été mille fois plus facile, de mourir. Pourtant, elle parla. « Elias n’est pas juste Elias. C’est Kaahl. » L’index et le majeur de Priam suspendirent leurs mouvements. Ses pupilles, dilatées par la stupeur, étaient fixées dans celles de sa sœur. « Elias est Kaahl, et Kaahl est Elias. » répéta-t-elle. Un silence, long comme la mort, s’étendit entre eux. Il repoussa leurs limites et leurs cœurs, et leurs esprits et leurs âmes, et leurs corps et leurs idées ; il creusa entre eux un fossé que les mensonges et les omissions n’avaient eu de cesse de combler.



Message XVIII – 1475 mots

Tu passes trop de temps à Amestris, t'as le nez bouché par sa puanteur [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 1628




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Kaahl Paiberym
Mer 23 Mar 2022, 21:24



Que l'Ombre dévore


« Mère, veuillez signer ici, ici et là je vous prie. » dis-je, d’une voix que je voulus autoritaire. Eulalie n’était plus que l’ombre d’elle-même. Elle n’était pas craintive, comme traumatisée, mais simplement absente, dans un autre monde. Ses tentatives de rapprochement avec son nouveau mari s’étaient écrasées sur l’absence de volonté de celui-ci. Je n’avais aucune idée de ce qu’il s’était passé entre eux mais, après une entrevue avec Cyrius Windsor, elle était revenue dans cet état. Elle obéissait, en silence, les yeux dans le vide. Tant mieux. Cette truie ne m’avait jamais rien apporté. Le fait que je pusse la contrôler, à présent, ne me semblait qu’un juste retour des choses. Une forme de justice. Aussi, je la fixai s’exécuter, en bon automate. « Merci. » soufflai-je, une fois qu’elle eût répondu à mon désir. Je récupérai mes parchemins et les pliai avant de faire appel au service postal magique pour que ma demande arrivât rapidement aux Mayfair. Je venais potentiellement de ruiner ma génitrice mais n’en ressentais aucun remord. Je voulais Laëth Belegad en esclave, même si je n’avais aucunement l'intention de l’utiliser pour la basse besogne. Depuis que nous nous étions croisées dans cet endroit inconnu, les phrases qu’elle avait prononcées ne cessaient de revenir hanter mon esprit. « Rien ne vous interdit de faire ce que vous voulez. Il faut juste faire un calcul coûts-avantages, et aviser. » « Vous pourriez faire ce que vous voulez. ». Je désirais l’interroger et discuter davantage. Puisqu’elle était femme, et bien plus libre que la plupart des femmes d’Amestris, la volonté d’échanger était née et ne m’avait plus quittée. Elle restait une Ange et les hommes angéliques devaient être sacrément faibles pour laisser leurs femmes courir sur les champs de bataille, mais ça n’avait aucune importance. Elle me dirait sans aucun doute ce qu’aucune Sorcière n’oserait me chuchoter. Je serais seule juge de la pertinence de ses conseils. C’est pourquoi, lorsque j’avais appris qu’elle avait été arrêtée et marquée, j’avais jugé bon de procéder de la sorte. Je songeais qu’en dehors du palais, la nouvelle de son esclavage n’avait pas encore fuitée. En étant rapide, elle serait probablement à moi d’ici quelques jours. Je ne pouvais néanmoins pas en être certaine. Les demandes émanant des femmes n’étaient peut-être pas traitées en priorité. Cependant, étant donné mon rang dans la noblesse des Mages Noirs, peut-être avais-je une chance.

Après avoir obtenu la clé magique de la tour d’Érasme en plaçant la domestique en charge de son repas dans une position compromettante, je m’y rendis. Le fait qu’elle finît par en parler à ma mère ne m’effrayait pas. Vu son état, je ne risquais rien. J’entrai donc dans la pièce, bien décidée à voir l’ancien et futur Prince Noir. Nous avions gagné la guerre et je désirais plus que tout éprouver ses émotions. J’avais préparé minutieusement les possibilités de notre dialogue. Je voulais constater sa tête lorsque je lui annoncerais la mort probable de cet abruti de rouquin. Cependant, au lieu de trouver le brun, je ne trouvai que des pièces désertées. « Érasme ? » appelai-je, sans obtenir une quelconque réponse. Il n’avait pas pu se soustraire à la magie de la tour… À moins qu’étudier eût permis à son cerveau de se développer enfin ? Je n’y croyais pas. Il agissait souvent de façon stupide, en menaçant et en criant au lieu d’élaborer une quelconque stratégie. Il régnait ici une odeur particulière, une odeur de sang et de sueur qui n’appartenait pas à l’extérieur. Je remarquai les traces sur le mur et m’approchai. Il s’agissait du tracée censé appeler Val’Aimé. Il l’avait exécuté puis, puisque le mur était humide, avait cherché à l’effacer. Pourquoi ? Je me déplaçai, en essayant de relever les indices. Je tombai sur des vêtements. « » Ils n’appartenaient pas au Prince Noir. Je les ramassai et partis en direction de la salle de bain. Quelqu’un s’était lavé ici et… Je fixai les habits masculins, couvert de sang, de boue et d’autres substances. Le miroir mural attira mon regard, puis les tissus.

Ma robe tomba sur le sol et j’attrapai le pantalon que j’enfilai. Il était trop grand pour moi, beaucoup trop grand, mais je le positionnai de façon qu’il ne tombât pas. Je mis le reste, gênée en partie par la lourdeur de l’ensemble. Je contemplai mon reflet et, avec ma main droite, attrapai mes cheveux pour les maintenir en arrière. Il s’agissait de vêtements d’homme, les vêtements du roux.

744 mots
C'est vrai. Les Sorciers devraient envahir Bouton d'Or pour sortir un peu d'Amestris. Merci pour cette idée  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 943930617

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Priam & Freyja
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Jeu 24 Mar 2022, 07:44




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



« Quoi ? » - « Kaahl et Elias sont la même personne. » répéta-t-elle, encore, la gorge toujours plus nouée. Les yeux de Priam parcoururent son visage, à la recherche d’un indice qui indiquerait qu’elle mentait. N’importe quoi à quoi il pût se raccrocher pour ne pas voir cette folie. Les phalanges du diplomate se crispèrent. Il scruta le regard de sa sœur, criant d’une insupportable vérité. Il secoua la tête, et lâcha : « Arrête de te foutre de ma gueule. » - « Je ne… » - « Arrête de te foutre de ma gueule ! » Son poing s’abattit sur la table. Les couverts sursautèrent. Laëth ne bougea pas. Il baissa la tête et ferma les paupières. Ses mains tremblaient. Dans son esprit, des dizaines de scène défilaient. Des scènes qui, malgré lui, s’auréolaient de clarté à l’aune de la révélation de sa cadette. Il repensa à la galette et à sa réaction quand elle avait vu Elias, il repensa à la Coupe des Nations et à cette discussion où elle avait véritablement envisagé de l’épouser, il repensa au bal et à sa façon de tomber dans ses bras, il repensa à son attitude lors de la crucifixion, il repensa à toutes les larmes qu’elle avait versées à cause de ce maudit baron. « Tu mens. » - « Non. » Il ramena ses mains vers lui, remonta ses doigts dans ses cheveux et s’y cramponna. Il lui semblait que son palpitant mourait ; pourtant, il battait de rage et d’incompréhension. « C’est pour ça qu’il est la seule personne qui voudra bien me sortir de là. » - « Pourquoi tu as fait ça ? » Il se redressa brutalement et planta son regard saturé d’ire dans les prunelles de sa sœur. Figée sur sa chaise, elle le fixait, les pupilles tremblotantes. « Je ne savais pas… » - « Tu l’as bien su un jour, non ? » Elle déglutit. « J’ai su qu’il était Elias Salvatore quand les Sorciers ont proposé d’attaquer la Terre Blanche avec eux. Je savais déjà qu’il vivait parmi eux, mais je pensais que c’était en tant qu’espion magicien. C’est ce qu’il m’avait dit. » Priam l’observa, dubitatif. Comment avait-elle pu… Il secoua la tête. Il se souvenait de son état, qu’il avait attribué à la mort d’Hena. Il se souvenait que, juste avant la proposition d’alliance, elle lui avait fait comprendre qu’elle aimait véritablement Kaahl, et ils s’étaient disputés. Depuis le début, il n’appréciait pas cet homme. Tous ses instincts se confirmaient ; néanmoins, chaque constat imprimait l’horreur sur son cœur. « Mais c’était il y a des années ! Pourquoi tu ne l’as pas dénoncé ? Pourquoi tu n’as rien dit ? » - « Je ne pouvais pas. » - « On peut toujours ! » Elle fit « non » de la tête. Désormais, les larmes coulaient sur ses joues. Le brun n’en éprouvait aucune culpabilité. C’était elle, la coupable, la menteuse, la traîtresse. « Il avait scellé tout ce que je savais pour m’empêcher d’en parler. » - « Et tu es restée ! Tu es restée ! Tu l’as demandé en mariage ! Mais quelle grosse conne ! Putain ! » D’un bond, il s’était levé. Le dossier de sa chaise avait claqué contre le carrelage. « Putain, Laëth ! » Elle le regarda, de ses yeux verts chargés de trop d’émotions. Elle prononça alors trois mots, trois mots qu’il honnit, trois mots qu’il ne supporta pas : « Je l’aime. » - « Comment… Comment tu peux dire ça ? Comment tu peux affirmer ça ? Maintenant, là, après tout ce que… Et je croyais que c’était fini, avec cette histoire concernant le Déchu ! » Elle secoua la tête, les lèvres pincées. « Je l’aime encore. » Silence hurlant de jugement. « Mais tu ne peux pas aimer un Sorcier ! Tu ne peux pas aimer l’Empereur Noir ! » Il s’approcha et tapa le rebord de la table du plat de la main, avant de se pencher vers elle. « Tu ne peux pas aimer un homme qui te crache comme ça à la gueule. Je pensais que tu te respectais un peu plus que ça. » articula-t-il, plein de véhémence. « Aie de l’amour pour toi, avant d’en avoir pour des connards de son espèce. » Un éclair de colère passa dans le regard de sa sœur. « Tu ne le connais pas. » - « Je n’en ai pas besoin. C’est un Sorcier. Il a été l’Empereur Noir, et il va sans doute le redevenir. Il a fait tuer des millions de gens, et il a réitéré pas plus tard que cet après-midi. Je n’ai pas besoin d’apprendre à le connaître : j’ai juste à regarder ses actions. Mais si toi tu penses qu’un bouquet de fleurs de temps en temps peut compenser le massacre de ceux que tu aimes, grand bien t’en fasse. À moins que ton allégeance ne leur appartienne ? » Il termina sa phrase dans un souffle. La main de Laëth vola jusqu’à son visage et lui gifla violemment la joue.



Message XIX – 858 mots

Aller sur Lagherta suffit amplement [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 2497878348




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Kaahl Paiberym
Ven 25 Mar 2022, 19:21



Que l'Ombre dévore


Mes doigts coulaient sur le clavier et continuèrent bien après son apparition. Il était le seul à pouvoir se déplacer librement au sein de sa tour. Plusieurs endroits de la construction étaient dénués de pierres. De l’extérieur, la propriété du Roi semblait à l’abandon et sur le point de s’effondrer. De l’intérieur, elle était riche d’une décoration qui allait à la perfection à Cyrius. Les instruments décoraient murs et plafonds. Des livres par milliers parlaient de musique, des grands artistes, Sorciers et étrangers, des grandes œuvres et des plus beaux spectacles. Il y avait des dizaines de langues, certaines qu’il ne devait même pas comprendre. Sa vie se fondait tout entière dans la musique. Elle était sa seule et unique passion et, par conséquent, il vouait une part de cette même passion à ceux qui pratiquaient l’art qu’il aimait. C’était la raison pour laquelle j’étais étonné qu’il fût si cruel et déterminé à l’égard de Laëth. Qu’il fût jaloux de notre proximité était une chose. Qu’il cherchât à condamner une artiste en était une autre. « Tu fais une erreur, Cyrius. » dis-je. Il était assis à côté de moi mais se tenait dos au piano. J’avais beau essayer de lui en vouloir, essayer de me rassurer en passant outre les émotions qui se battaient en moi, je n’y arrivais pas. Je ne désirais pas me battre contre lui mais il ne me laissait pas le choix. Devant son silence, j’ajoutai : « Je n’ai pas envie d’être ton ennemi mais si tu insistes je le devrai. » Ma phrase ne provoqua pas plus de réaction et je continuai à jouer sans plus rien ajouter. Les notes s’élevaient d’une façon harmonieuse. Contrairement à lui, je n’aimais pas jouer la disharmonie. Il jouissait du chaos que la musique pouvait produire. Parmi les ouvrages en sa possession, certains traitaient des tortures qu’il était possible d’infliger par les sons. Beaucoup parlaient de magie également. Il avait appris, au fil des ans, parce qu’il n’y avait que ça qui l’avait toujours intéressé, avant même de savoir marcher. Beaucoup le désignaient comme un prodige et certains le jalousaient. Il était très doué, c’est vrai, mais il n’avait jamais laissé son talent à l’abandon. Il s’était battu et il avait travaillé pour obtenir l’excellence, tant et si bien qu’il arrivait à capter des choses que la plupart des gens ne percevaient pas. Je savais que c’était ainsi qu’il me manipulait. Mais j’aimais me faire manipuler par lui, le sentir entrer en moi et jouer avec les cordes de l’instrument que je représentais à ses yeux. Il voyait les gens ainsi, des instruments de plus ou moins bonne qualité. Un jour, il m’avait murmuré qu’il adorait le son que je produisais. J’écoutais le sien, également, depuis qu’il m’avait initié. Nos notes s’accordaient très bien, encore aujourd’hui et malgré son comportement. Pourtant, sa musique recouvrait la mienne, parce qu’il était plus doué, plus puissant. Pas dans tous les domaines mais dans ceux qui l’intéressaient. Et ceux-là rendaient ma dépendance obligatoire. J’aimais son sang, j’aimais son odeur, j’aimais l’écouter jouer, j’aimais sa musique et je l’aimais lui.

« En fonction de ta sentence, je quitterai Amestris. Je te quitterai. » Il devait sentir que mes paroles sonnaient comme des vérités. Des vérités impossibles à exécuter mais la vérité en elle-même était difficile à entendre. Le fait que je voulusse m’en aller, que je l’envisageasse réellement, tout ceci devait l’ébranler. Il ne cessait de me menacer de se suicider à chaque fois que j’étais trop loin de lui à son goût. Il avait besoin de moi, comme j’avais besoin de lui. Je n’avais jamais attenté à mes jours à cause de lui, parce qu’il était le premier à me rejoindre. Tout le temps. Trop, auraient dit certains. Pourtant, il n’était jamais trop pour moi. C’était la raison pour laquelle j’avais du mal à comprendre ce qu’il faisait actuellement. Comment pouvait-il être aveugle au point de vouloir l’exécuter ? Je savais ce qu’il espérait mais ce n’était pas vrai, ça ne se passerait pas comme il l’envisageait. « Je veux te libérer d’elle. » articula-t-il. « Et je peux le faire. Parce que tu es à moi et que je suis le Roi. » Il avait raison. Il le pouvait. Il n’aurait même pas eu besoin de passer par la case du procès pour l’éliminer. Il était Roi, à présent.

Il se tourna vers les notes et se mit à jouer en même temps que moi. « Elle ne m’aimera jamais. » dit-il. « Elle ne comprendra jamais. » compléta-t-il. « Elle t’éloignera de moi. » « Non. » murmurai-je. « C’est toi qui m’éloigneras de toi si tu lui fais du mal. » Il ne parla plus. « L’amour, ce n’est pas fini. Je peux l’aimer tout en t’aimant aussi. » « Je veux que tu m’aimes plus. » Je souris. Il n’avait aucune habileté pour les relations sociales et un besoin constant d'être rassuré. S'il ne l'était pas, tout en lui glissait vers le pire et se disloquait. L’amour entre deux Sorciers était toujours malsain. Ce n’était pas la même chose que l’amour entre deux Anges. C’était… plus compliqué et destructeur. « Ce n’est pas parce que je t’aime d’une façon différente que je t’aime moins. Il y a plein de choses dont je ne parle qu’à toi et plein de choses que je ne fais qu’avec toi. » « Je veux que tu fasses tout avec moi. » « Tu n’aimerais pas que je te fasse ce que je lui fais. » Le silence reprit ses droits. Il savait que j’avais raison. Restait qu’il pensait, et je le savais, qu’elle me bonifiait, qu’elle me rendait plus gentil. Il n’avait pas tort. « Et puis tu es occupé, toi aussi. » « Je veux être avec toi. » « Mais tu l’es. » Sa main s’abattit sur les touches en une cacophonie. « C’est toujours moi qui viens te voir le premier ! » asséna-t-il. « Et maintenant que tu es Magicien, tu ne voudras plus me voir ! »

979 mots

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Priam & Freyja
Ven 25 Mar 2022, 21:07




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Elle se leva pour faire face à son frère. « Si je suis ici, c’est parce que j’ai défendu les Réprouvés ! C’est parce que j’ai agi contre les Sorciers, contre lui. Tâche de t’en rappeler avant de m’insulter ! » Malgré la robe qui cadenassait son corps, elle avait l’allure sauvage de ses pairs. Ses cheveux bruns tenaient difficilement dans sa queue de cheval, ses larmes griffaient son visage, et ses yeux hurlaient ce qu’elle n’aurait jamais su formuler. Priam serra les dents. « J’ai fait tout ce que je pouvais pour empêcher cette guerre, et lui aussi. Les Réprouvés sont juste trop stupides pour mettre leur haine de côté ! Parce que c’est tout ce que c’est, c’est une histoire de haine et pas de justice, ni même de vengeance ! » Ce n’était pas la vérité ; elle le devinait depuis sa dernière entrevue avec Hazaan. C’était ce qu’on appelait le Destin, cette petite chose détestable qui vous en fait faire de trop grandes. Ce n’était pas la vérité pour Kaahl non plus. Elle le lui avait dit : en agissant comme il l’avait fait, il avait insulté les Bipolaires. Il avait travesti la réalité et leur avait ôté la possibilité de faire valoir leur version des faits. Il était intelligent, alors il devait le savoir. Il devait savoir qu’il n’avait fait qu’attiser la haine à l’encontre de son peuple. « Et Za ? » Elle cligna des yeux. « Mon possible enfant ? Ta nièce ? » L’Aile d’Acier fronça les sourcils. « Aliénor ? » - « Quoi ? » - « Tu as essayé de les sortir de là ? » Elle secoua la tête. « Je ne pouvais rien faire pour elles… » - « Tu n’as pas essayé ! Et tu ne m’as rien dit ! Tu ne m’as rien dit alors que… » La voix de son aîné se brisa, et cette fissure courut jusqu’au cœur de Freyja. Dans ses pupilles, il y avait une douleur indicible. « Je ne pouvais pas… » Elle pinça les lèvres. « J’ai voulu te le dire des milliers de fois, Priam, j’ai tellement voulu te le dire… » Elle avait pleuré, beaucoup. Elle avait vécu des nuits sans pénombre, transpercée par l’éclat de son secret. « Je croyais qu’on n’avait aucun secret l’un pour l’autre ? » - « Priam… » - « S’il t’aimait vraiment, il aurait permis que tu me dises ces choses-là ! Tu lui aurais demandé, si ça comptait pour toi ! » Le palpitant de l’Ange manqua un battement. Elle l’avait fait. Elle l’avait proposé, il avait accepté, puis ils n’en avaient plus jamais reparlé. Elle avait laissé l’idée mourir, parce que tout était devenu plus supportable. Elle avait voulu le faire pour elle et lorsqu’elle n’en avait plus éprouvé le besoin, elle avait écarté l’idée. Elle avait consenti au silence. Depuis qu’elle savait pour Adam, et même si c’était toujours compliqué pour elle, elle n’y songeait plus. Elle n’avait plus besoin de quelqu’un à qui en parler, puisqu’il était là. Elle avait préféré tout taire, par lâcheté ou par loyauté, peu importait. Elle avait décidé d’omettre et de mentir. « Je suis désolée. » se contenta-t-elle de répondre. La réplique de Priam claqua : « Ce n’est pas suffisant. »

Il recula, et ses yeux dorés la toisèrent. « Tu me dégoûtes. » Elle eut l’impression qu’il plantait ses deux mains dans sa poitrine et qu’il l’écartelait. « Tu as tout trahi. Tout ce que tu étais, toutes les valeurs qu’on t’a inculquées, toutes celles que toi tu as adoptées de ton plein gré… Tout. Cette robe te va à ravir. » - « Ne dis pas ça… » - « Tu ne vaux pas mieux qu’eux ! » La violence du ton et des mots fit faire un pas en arrière à la fille de Réprouvés. Les larmes coulèrent à nouveau sur ses joues. « Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai, tu es injuste ! J’ai toujours fait du mieux que je pouvais ! Je n’ai jamais demandé à tomber amoureuse de Kaahl, et je me suis détestée d’aimer un Sorcier, je me suis même détestée d’aimer un Magicien, mais je ne pouvais pas m’en empêcher ! » - « Tu aurais pu mettre un terme à tout ça. » Elle secoua la tête. Quelques cheveux s’échappèrent encore de sa coiffure. « Tu ne comprends pas… » - « Il n’y a rien à comprendre. Tu as fait un choix. » - « Le même que toi quand tu as décidé de tomber amoureux d’Aliénor ? » lança-t-elle. Une veine tremblota sur la tempe du brun. « Ce n’est pas pareil, et tu le sais très bien. » Ils se jaugèrent, silencieux. Plus les secondes battaient leur rythme, plus le cœur de Freyja tombait en lambeaux. Elle ne voulait pas le perdre, pourtant, elle le voyait déjà partir. « Laisse-moi t’expliquer, s’il te plaît. » - « Il n’y a rien à expliquer. » - « Priam… » - « Il n’y a rien à expliquer ! Tu as choisi de tout trahir, et c’est tout ! » Les yeux du fils de Manichéens brillaient. Ce n’était pas juste de la colère. Une blessure profonde scindait ses pupilles, et au creux de celle-ci naissaient des larmes amères. Elle esquissa un mouvement dans sa direction ; il recula. « C’est un Magicien, maintenant. » souffla-t-elle, comme si elle pouvait tenter un dernier recours. Un rire méprisant glissa par le nez de Priam. « Pour combien de temps ? » Il s’éloigna vers le bureau. Les deux mains posées dessus, il parcourut du regard les lignes des documents. De longues secondes s’égrenèrent puis sa voix, plus calme, plus mesurée, résonna à nouveau : « Est-ce qu’il t’a forcée ? Est-ce que tu es sous l’emprise d’un sortilège ? » Elle déglutit. Elle pouvait mentir. Peut-être cela préserverait-il leur lien ? Elle n’essaya pas. « Non. » Il ferma les paupières et baissa la tête. Le temps fila, encore. Freyja ne le lâchait pas des yeux, comme si son regard avait pu le harponner et le garder ici, à ses côtés. « Je vais signer ces papiers, parce que tu es ma sœur. » Il attrapa une plume posée là. « Mais après ça, ce sera terminé. Et s’ils veulent te garder ici pour l’éternité, je ne m’y opposerai pas. Je ne veux plus te voir. »



Message XX – 1080 mots




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Sam 26 Mar 2022, 13:34



Que l'Ombre dévore


« Vous devriez vous détendre, Archimage Elzagan. » Il n’y eut aucune réponse. La jeune femme continua son discours, sans que je ne pusse identifier de qui il s’agissait. Elle gloussait, ce qui me laissait imaginer qu’elle était proche du Sorcier et qu’elle minaudait pour obtenir ses faveurs. C’était étonnant. Les Mages Noires savaient se tenir, en règle générale. Était-elle une prostituée ? Une Chancelière ? Pour s’adresser ainsi au Chef des Armées, il fallait être particulièrement sûre de soi. Néanmoins, que cette inconnue l’occupât m’arrangeait. Mes mains s’activaient, roulant en boule les vêtements que j’avais portés quelques minutes plus tôt. J’ouvris la fenêtre après avoir fourré le tout dans mon sac. La voix de Val’Aimé finit par s’élever, basse, si bien que je n’arrivai pas à déterminer son propos avec exactitude. Il semblait proférer des menaces. J’entendis parfaitement la réponse. « Je constate encore une fois ô combien vous êtes différent du Duc Lhéasse Taiji. Lui, m’aime bi… » La voix s’interrompit en un son étranglé qui finit néanmoins par se muer en rire. Qui était cette femme ? Je pouvais me figurer la scène : la main du Duc contre sa gorge, une main qui avait néanmoins fini par la lâcher, et le rire amusé de son interlocutrice, comme un coup de poignard. Qui pouvait lui tenir tête ainsi ? Était-ce au moins ce que j’imaginais ?

L’air qui s’engouffra dans la pièce lorsque le Sorcier ouvrit la porte créa un courant d’air. Il était seul et ne semblait ni agacé ni soucieux. Son regard se posa sur moi. « Princesse Eméliana… Me serais-je trompé d’appartements ? » C’était une question rhétorique. Il savait qu’il était au bon endroit. Il attendait simplement une explication quant à ma présence ici. « Je… » Je choisis minutieusement mes mots, en essayant de passer outre la magie qui se dégageait de lui et qui menaçait de me briser à chaque seconde. « … voulais voir Érasme. » Ce qui suggérait, en d’autres termes, qu’il n’était pas ici. « Et où est-il ? » Ses yeux se posèrent sur le sang qui avait été utilisé pour tracer la rune censée l’appeler. Peut-être venait-il ici pour ça ? Pour voir si le brun était toujours vivant ? « Je l’ignore. » dis-je, sincèrement. La conversation était périlleuse. Elle le fut d’autant plus lorsque je le vis scruter chaque détail de l’endroit et humer l’air. Avait-il compris qu’Érasme n’était pas seul avant de disparaître ? Avait-il compris qui était avec lui ? Savait-il ce qui se trouvait dans mon sac ? « Hum. » fit-il, avant de sortir une lame d’à peine deux centimètres qui me glaça sur place. Je fus tentée de me défendre, de me justifier et d’avouer tout ce que je savais mais, avant qu’un seul mot ne pût franchir mes lèvres, l’Elzagan s’entailla la pulpe de l’index. Son sang flotta, s’étala et se plaça de façon à former un dessin. Le dessin, empli de magie, dessina la carte connue du Monde et davantage. Il la fixa. Rien ne se passa et le silence s’installa.

« Duc Taiji ? » finis-je par questionner d’une petite voix, pour savoir ce qu’il tentait de trouver. Il articula : « Érasme a tendance à disparaître mystérieusement. » Un petit sourire passa outre les barrières que mon esprit essayait de maintenir sur mes lèvres. Je savais quelque chose qu’il ignorait. Moi, aussi insignifiante qu’il pût me trouver, je savais alors qu’il ignorait. C’était trop beau pour être vrai. « J’ai bien une théorie… » avançais-je prudemment. Son regard vint se planter dans le mien et je me sentis défaillir. « Éclairez-moi de votre… théorie. » Je déglutis. « Euh… c’est que… Non, je disais ça comme ça… » reculai-je, soudainement. Ce n’était pas prudent, de lui faire comprendre que je lui étais supérieure dans un domaine. Je sentis le sol glisser sous mes pieds. J’eus l’impression de tomber. Je restai pourtant debout. Il plissa les yeux et son visage se ferma davantage. Il savait. Il savait que je possédais ce qui lui échappait. Il s’avança et je reculai fébrilement, jusqu’à me retrouver acculer contre le mur. « Princesse Eméliana, je n’ai pas de temps à perdre. Dîtes-moi ce que vous savez, avant que je vous traduise devant le Negrim pour le vol de vêtements qui ne vous appartiennent pas. » « Vous… Vous saviez… » m’étranglai-je. « Je sais qu’Érasme entretient des espoirs immoraux, criminels et traites envers Dastan Belegad, qui est un Réprouvé, bien sûr. La seule chose que j’ignore c’est où est-ce que ces deux garçons disparaissent à chaque fois. Mais vous… vous le savez, n’est-ce pas ? Alors parlez, avant que je vous fasse parler moi-même. » « Je… Je ne sais pas où c’est exactement. C’est juste un halo… et ensuite on se retrouve dans une sorte d’endroit étrange… Mais Laëth Belegad, elle y était la dernière fois ! » bredouillai-je. Il croisa les bras sur son torse. « Cette femme est partout. Surtout là où il ne faut pas. »

837 mots
J'ai pas fait exprès  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 943930617

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Sam 26 Mar 2022, 15:37




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

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Comment ses jambes faisaient-elles pour continuer à la porter ? Freyja fixait son frère, les yeux embués de larmes. La sentence des Mages Noirs n’égalerait jamais la sienne. Pas une seule seconde elle n’avait espéré qu’il prît bien les choses ; mais elle avait eu l’espoir fou qu’ils pussent discuter, échanger, essayer de consolider ce pont qui les reliait. Il venait tout simplement d’exploser. Elle regardait les débris de leur relation, désemparée. Malgré elle, son esprit se projetait dans l’avenir. Il imaginait déjà sa vie sans lui, sans cet appui fraternel sur lequel elle avait toujours pu se reposer, sans ces bras pour la réconforter, sans ces blagues pour l’amuser ou l’énerver, sans ces mots pour apaiser les brasiers qui la consumaient. Tout ce qu’elle percevait, c’était le néant. Une solitude infinie. Elle se prit à vouloir changer chacune de ses paroles et chacun de ses actes, d’ici ou d’ailleurs, de maintenant ou d’autrefois. Si elle n’avait pas quitté Lumnaar’Yuvon, rien de toute cela ne serait arrivé. Ils auraient mené une vie paisible entre les brins d’or. Ils auraient aidé leurs parents à la ferme. Ils auraient chacun trouvé une maison, pas trop loin l’une de l’autre, et s’y seraient installés. Ils seraient tombés amoureux ou n’auraient jamais connu ni les délices ni les supplices de l’amour. Ils se seraient entraidés, toujours, et ils se seraient aimés comme ils s’étaient toujours aimés. Priam avait raison : elle avait tout trahi. Et en trahissant tout, elle avait tout gâché. Pourtant, elle ne parvenait pas à regretter. Elle était désolée, elle aurait voulu que tout se déroulât autrement, mais elle ne regrettait pas. « Je suis désolée. » répéta-t-elle. Il ne répondit pas. Au bout de ses doigts, la plume dansa sur chaque bas de page. Au bout de ceux de l’Aile d’Acier, la magie luit doucement, puis s’éteignit. Pourtant, le Sanctuaire d’Ahena était là. Il enflait entre eux, se propageait dans la pièce, caressait les murs et appelait celui de Priam « Je n’ai jamais agi avec l’intention de te causer du tort ou de te faire du mal. » Elle avança vers lui, mais lorsqu’il releva la tête, son regard la cloua sur place. Elle inspira et bloqua sa respiration. Elle crut qu’il allait lui demander de cesser d’utiliser sa magie, mais il se replongea dans les documents. Elle était certaine qu’il ne les lisait pas vraiment. Elle déglutit et détourna les yeux. Sa main droite enserra son coude gauche. Sa respiration reprit.

Les secondes passèrent, encore. Ce n’était pas le silence, qui était douloureux : c’était le temps. Elle ferma les paupières, et ne les rouvrit que lorsque le son de la voix du brun s’éleva à nouveau. « Si je signe, puis que je le dénonce, ça n’aura servi à rien. » Elle le regarda, presque soulagée de l’entendre parler. Comme si quelques mots pouvaient arranger le champ de ruines qui s’étendaient entre eux. « Tu réalises que si jamais sa couverture tombe, tu en subiras aussi les conséquences ? » - « Oui. » C’était aussi pour cette raison qu’elle n’avait rien dit. Il n’était plus seulement question de protéger Kaahl. Sa propre existence était en jeu. « Pourquoi tu t’infliges ça ? » Il se redressa et la scruta. Elle se sentit transpercée par ses iris dorés. Ils exprimaient toujours cette haine, cette colère, ce dégoût, ce mépris, mais au moins, ils la regardaient. Ils la voyaient. Et sa bouche formulait des questions. Son besoin de comprendre surpassait ses émotions. Il s’en nourrissait. Et le Sanctuaire d’Ahena contenait la violence inhérente à leur condition d’enfants de Réprouvés. « Parce que quand je l’ai réalisé, c’était déjà trop tard. » Trop tard pour se sauver, autant de la situation que de son amour pour le Mage. Elle s’était compromise de bien des façons. « Je ne peux pas vivre sans lui… » souffla-t-elle. Les poings de Priam se contractèrent. « Tu peux vivre sans n’importe qui. La seule personne sans qui tu ne peux pas vivre, c’est toi. » Elle serra les dents et releva le menton, sur la défensive. Il se redressa et plongea ses prunelles dans les siennes. « Pourquoi tu choisis toujours les autres ? » - « Je ne choisis pas toujours les autres. » - « Laëth ! Tu viens juste de manquer de mourir en essayant de sauver des Réprouvés d’une bataille sans espoir ! Tu mens à longueur de temps pour protéger cette espèce de connard, et tu l’as choisi lui plutôt que tes valeurs ! Tu voulais un Humain, et tu as changé d’avis parce que Kaahl ne voulait pas ! C’est toi qui te jettes tout le temps dans des situations impossibles ! Tu passes ton temps à vouloir protéger et sauver les autres, mais c’est toujours eux qui finissent par venir à ta rescousse ! » Elle secoua la tête. « J’agis juste selon ce que je pense être le mieux ; pour les autres, oui, mais pour moi aussi. » Il se mordit la lèvre et ferma les yeux. « Et parfois, je suis égoïste. Parfois, je ne pense qu’à moi. » Il soupira. « Je ne pensais qu’à moi quand je venais chercher du réconfort auprès de toi alors que je savais très bien que je ne pourrai rien te dire, et que ça te causerait sans doute du souci. Ça, je le regrette. J’aurais aimé que ce soit différent, et je suis vraiment désolée. Mais je ne regrette pas de protéger Kaahl, pas une seule seconde, tout comme je ne regrette pas d’avoir voulu aider les Réprouvés. Je m’y suis mal prise, mais je ne regrette pas. Si je n’avais rien fait, je me serais sentie coupable. Si j’avais dénoncé Kaahl aussi. Tout ça, je l’ai aussi fait pour moi. » Il ne dit rien. Il n’y avait rien à dire. Ils ne seraient jamais d’accord. Puis, il demanda : « Et Adam ? Il sait ? » - « Oui. » Il souffla par le nez, désabusé.



Message XXI – 1004 mots

Perdue pour perdue, hein... [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 2497878348




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Kaahl Paiberym
Mar 29 Mar 2022, 19:26



Que l'Ombre dévore


Mes mains éprouvaient la roche des remparts. Leur rudesse me permettait de rester concentré sur le moment présent. Elle m’apaisait. Derrière moi, Amestris s’étendait. Certains Mages Noirs, que beaucoup devaient haïr tant ils étaient bruyants, continuaient de festoyer. J’imaginais sans peine la soirée que beaucoup avaient vécue. Les nobles avaient organisé dîners et bals de dernière minute. La population miséreuse avait fait comme elle avait pu. Les Sorciers de la classe moyenne avaient sans doute été tentés entre le faste, pâle copie des pratiques de la noblesse à laquelle ils auraient rêvé d'appartenir, et les soirées jugées de mauvais goût par les plus puritains. J’étais né fils de Chancelier. Je savais que la joie n’était pas une émotion qui se remarquait sur les visages des nobles. Les hommes ne la laissaient jamais paraître et lorsque les femmes le faisaient, elles étaient rapidement ramenées à l’ordre par les premiers. Il n’y avait que dans les familles pauvres que les rires résonnaient parfois, entre deux engueulades et deux coups. L’alcool et la drogue étaient deux fléaux des basses extractions, deux fléaux qui ne leur permettaient pas de s’élever et les rendaient extrêmement manipulables. Certains étaient capables de renoncer à leur liberté en devenant esclaves d’un tiers pour avoir une dose. Cet esclavage passait par un contrat. Il avait un terme mais était le plus souvent reconduit.

Deux voix de soulards me parvinrent. Ils parlaient de moi, juché sur mes remparts. « Il va aller manger les cadavres, le Vautour ! Ha ha ! » « Tais-toi ! S’il t’entend, t’es mort ! » « Oh hé ça va hein ! Il m’entend pas ! Il est trop haut ! Les nobles ça n’entend jamais les pauvres types comme toi et moi. » J’entendais tout. Toute la ville. J’avais des espions partout. Je savais qui avait voulu me trahir lors de la Crucifixion. Je savais qui avait rallié ma cause ensuite. Je savais. Certains paieraient lorsque le moment serait venu mais j’avais vite compris, adolescent, qu’il ne servait à rien d’étaler sa science. Il valait mieux rester parfaitement calme et silencieux, pour donner un semblant d’espoir, pour attirer la sympathie du désespoir chez ceux qui étaient rongés par leur faute de stratégie. Ils penseraient que j’ignorais tout. Ils penseraient que j’avais oublié ou pardonné. Ils seraient surpris.

Je reportai mon attention sur le champ de bataille déserté. Les cadavres étaient encore là, amas de chair froide, sanguinolente et déformée. Je descendis sur la terre infertile de Nementa Corum et partis me promener au milieu des corps. Ma fatigue rendit ma balade presque irréelle. Sous la lueur des lunes, chaque visage me semblait étrange. Parfois, j’avais l’impression qu’un Réprouvé était hilare. D’autres fois, il me semblait que l’un d’eux m’accusait. Jamais je n’aurais utilisé la magie me permettant d'entendre les morts ici. J’ignorais combien de temps il fallait à un Esprit pour revenir sur le lieu de son trépas. Je savais que beaucoup me hanteraient jusqu’à ma propre mort. J’avais joué un rôle dans ce massacre mais je ne pouvais m’empêcher de songer que si ça n’avait pas été la faute du Destin, ça aurait été celle de leur bêtise. Jamais je ne conduirais mon peuple au trépas pour une question d’ego. Jamais je ne conduirais mon peuple au trépas du fait du meurtre d’un seul Sorcier, même s’il s’agissait de Cyrius. Je soupirai, las. Les rares plantes ressemblaient à des vieilles femmes et des vieux hommes tordus et rabougris. Mon ombre avait une allure démoniaque. La mélodie des Étoiles me paraissait à la fois mélancolique et lointaine. Cette langue m’était toujours inconnue et sa complexité défiait tout ce que j’avais pu apprendre jusqu’ici. Je marchais. Je marchais pour retarder l’instant où je devrais retourner dans mon bureau. Mes nerfs s’étaient renforcés avec le temps. J’avais l’habitude des critiques et des insultes. Pourtant, mon manque de sommeil me fragilisait. Je n’avais aucune envie de faire face au regard de Priam, ni d’avoir à me justifier. Je n’étais pas certain qu’il me posât la moindre question. Un silence entre nous serait sans aucun doute préférable aux mots. Il serait d’ailleurs probablement préférable à n’importe quoi d’autre.

Lorsque je rentrai, les chaussures pleines de sang, je mis du temps à parcourir les couloirs. Je pris le chemin le plus long jusqu’à mes appartements. Devant la porte, j’attendis quelques minutes puis, finalement, me décidai à rentrer. Mon regard fila jusqu’à Laëth et se fixa sur elle deux secondes avant de s'en détourner. « Vous pouvez finir le temps que je me lave. » Je pouvais sentir la charogne qui collait à mes pieds sans aucune difficulté. J’enlevai mes chaussures et les emmenai avec moi jusqu’à la salle de bain. J’aurais pu faire disparaître la chair mais, après avoir enlevé mon haut, j’attrapai une éponge et pris soin de nettoyer chaque millimètre du faux cuir. Chaque tache me rendait anxieux. Pourtant, alors que j’étais confortablement plongé dans un déni passager, soudain maître d’une propreté proportionnellement vitale à mon épuisement, je sentis ma magie m’alerter d’un nouvel élément. Je sortis de la pièce, une chaussure à la main, l’éponge dans l’autre. « Votre frère n’est plus à Amestris. Mon fils non plus. »  Je ris, légèrement à bout, et disparus de nouveau dans la pièce, conscient d’une dégradation progressive de mes sens et de mon équilibre. Il n’y avait pas eu que cette nuit. Il y avait eu toutes les nuits précédentes, où il m’avait fallu préparer la guerre dans le monde réel, tout mettre en pratique. Je n’avais pas envie d’un énième problème. Tout ce que je désirais, c’était prendre une douche et dormir.

919 mots
L'avantage quand on touche le fond c'est qu'on remonte. Normalement  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 2289842337

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Priam & Freyja
Mer 30 Mar 2022, 07:36




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

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« Au moins, lui, c’est un Déchu. » Freyja déglutit, serra les dents et releva le menton. « Ce n’est pas parce que je suis une Ange que je ne peux pas l’aimer et l’accepter. » Un regain de colère secoua Priam. « Si ! Justement, si. Parce que tu es une Ange et une fille de Réprouvés. Tu as le double de raisons de haïr ce type. » - « Tu dis ça parce que toi, tu le hais. » articula-t-elle. « Bien sûr que je le hais ! Dans quel monde est-ce que je pourrais ne pas le haïr ? Et ça devrait être pareil pour toi, mais tu préfères fermer les yeux ! On parle d’Elias Salvatore, pas du premier péquenaud du coin. » Elle secoua la tête. « Tu es juste aussi raciste que papa et maman ! » Il imita le geste qu’elle venait d’exécuter. Ils fonctionnaient souvent ainsi, en miroir. Ils étaient si habitués l’un à l’autre qu’ils ne s’en rendaient même pas compte. « Je ne suis pas aveugle, et parfois, oui, je le hais. Mais je ne m’arrête pas au fait qu’il est un Sorcier la majorité du temps et qu’il incarne Elias Salvatore. Il n’est pas juste ça. C’est toi qui ne veux pas l’admettre et qui te fondes sur des préjugés, pas moi. Moi je le connais. Mais toi, même quand tu ne savais rien de tout ça, tu le détestais juste parce qu’il était un Magicien. Un Magicien, comme maintenant ! » Les prunelles de son frère parcouraient son visage de part en part. Si elles avaient été des lames, elles l’auraient découpé. « Je ne pensais pas que quelqu’un pourrait un jour avoir autant d’emprise sur toi. » Le cœur de l’Ange, frappé, s’écroula. La blessure déchira ses pupilles. Elle fit un pas en arrière. « J’espère pour toi qu’Aliénor ne deviendra jamais une Sorcière. » souffla-t-elle, les yeux suintants des plaies qu’il lui infligeait. La porte s’ouvrit.

Priam le regarda entrer, la haine au cœur. Ses mains se mirent à trembler, et son palpitant battait si fort que, s’il s’était approché, il aurait peut-être pu le cogner avec. Il le regarda regarder sa sœur. Sa rage n’en fut qu’accrue. « On a fini. » répliqua-t-il sèchement, peu désireux de poursuivre la conversation, surtout avec le Mage Noir dans les parages. Il avait encore mille questions, mais chaque mot criblait sa poitrine de deux fois plus de maux. Il aurait voulu pouvoir détester Laëth immédiatement, et la détester totalement, mais il savait qu’il l’aimait et qu’il l’aimerait encore longtemps. Ses yeux détaillèrent la silhouette d’Elias, et alors qu’il se penchait pour retirer ses chaussures, l’Ange remarqua le sang qui auréolait ses pas. Un frisson d’abomination lui mordit l’échine. Tandis que le Vautour s’éloignait, il tourna la tête vers sa sœur. Elle était aussi pâle qu’un cadavre. Malgré son propre choc, il lâcha : « Toujours aussi amoureuse ? » - « Tais-toi. » La réponse avait claqué, et il ne put se retenir de lever les yeux au ciel. Laëth renifla et essuya ses joues. Comme si son geste le rappelait à la réalité, il l’imita. Puis ils demeurèrent ainsi, leurs cœurs brisés et leurs esprits silenciés.

Lorsque l’ancien Empereur Noir reparut, Priam fronça les sourcils, puis détourna le regard. Il exécrait l’impunité avec laquelle il agissait. Il avait envie de lui faire payer. Tout. La guerre, sa sœur, Aliénor, Za, l’enfant, les Réprouvés, le sang sous ses chaussures, son immonde face de vieillard, tout. Il méritait de souffrir et de mourir. La vengeance hurlait contre les tempes de l’Immaculé. Pourtant, elle se tut dès qu’il parla. Il releva vivement la tête. « Quoi ? » Le vécu du loup s’imposa à sa vision, et il se souvint de la disparition soudaine de Dastan. Il se souvint qu’il l’avait cru mort ; les larmes montèrent à nouveau jusqu’à ses cils. Il était vivant. Vivant, et probablement avec Érasme. Ses yeux se posèrent sur Laëth, pour échanger l’un de ces regards dont ils avaient l’habitude – ceux qui se passaient de mots. Pourtant, dès qu’elle amena ses prunelles sur lui, il s’échappa. Les mâchoires tendues, il ne dit rien, ils n’avaient plus rien à se dire. Elias était reparti comme il était venu, avec ce rire qui lui avait tant donné envie de le frapper, et désormais, il ne restait plus entre eux que l’écho de sa présence.



Message XXII – 738 mots

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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Jeu 31 Mar 2022, 17:44



Que l'Ombre dévore


Mes paumes étaient fixées sur le carrelage devant moi, appuyées contre lui, maintenues contre lui, comme si repousser le mur me permettait de m’imprégner de sa solidité. Ce n’était qu’une illusion. Le mur, toute la matière, tout ce qui m’entourait. Je pouvais faire voler l’ensemble en éclats, le faire disparaître à jamais. Rien n’était solide. Alors que l’eau tombait sur ma nuque, la tête baissée vers le sol, les yeux fermés, je me demandais jusqu’où est-ce que je pourrais tomber si je détruisais ce qu’il y avait sous mes pieds. Pourrais-je traverser le Monde ? Et où arriverais-je ? Cette question n’avait aucun intérêt en soi. Je connaissais déjà la réponse puisque Devaraj avait été en-dessous de la surface. Je posai le sommet de ma tête contre la paroi de la douche. L’eau chaude n’arrivait pas à me détendre. Je ne désirais pas être ici. Je luttais contre mon envie de fuir et mes muscles se tendaient, comme pour m’empêcher de céder à cette pulsion soudaine d’abandonner absolument tout ce que j’avais construit jusqu’ici au profit d’un lit duquel personne ne me tirerait jamais. Je soupirai et dus m’endormir quelques secondes, quelques secondes durant lesquelles ma pensée cessa totalement sans pour autant que je me retrouvasse dans le Monde des Rêves. Le bruit s’atténua puis revint.

Je vérifiai une énième fois la sécurité de mes appartements et changeai d’apparence pour revêtir celle de Kaahl. Il fallait que je confortasse la version des faits de Laëth auprès de son frère, que je jouasse à visage découvert à partir de maintenant. J’avais sondé son regard. Elle le lui avait dit. Je m’habillai avec les vêtements à ma taille, adoptant un pantalon et un haut souples, entièrement noirs, non dénués d’élégance au niveau de la coupe mais confortables du fait de la matière. Être cintré dans des habits m’apportait un cadre que j’aimais, une certaine tenue qui obligeait ma concentration. Enfermer mon corps et le contraindre forçait mon esprit à se concentrer. Pourtant, cette fois-ci, je préférai me passer d’un carcan et opter pour la liberté de mouvements. Je ne remis pas de chaussures et restai en chaussettes.

Lorsque je sortis de la salle de bain, je tenais une serviette et continuais d’essuyer mes cheveux. Je passai devant mon bureau, m’arrêtai à côté de Laëth, baissai les yeux et constatai que les documents avaient été signés. Ma magie lécha le bois du meuble et celui-ci craqua, comme si, dans ses entrailles, une force lui avait ordonné de se torde. Pourtant, rien de visible ne se produisit. Un porte-document sortit d’un tiroir et les feuilles se déplacèrent à l’intérieur. Il se ferma et se rangea, comme si rien de tout ceci n’avait jamais existé, comme si l’Ange n’avait jamais rien signé et qu’aucun parchemin n’avait été placé sur la table. Je relevai les yeux vers ceux de Priam. « Dastan et Érasme entretiennent une relation ambiguë. J’ai interdit à mon fils de le voir après avoir constaté… hum… une inclination d’Érasme envers Dastan, chose qui me semble réciproque sur certains points. Le fait est qu’Érasme est en pleine crise d’adolescence et a tendance à oublier mes commandements en mon absence. Il rêve de m’éliminer. » Je souris. Il n’était pas le seul. « D’autres forces que je ne contrôle pas semblent également jouer un rôle dans leur union. J’ai appris qu’ils étaient, entre autres, mariés sur les îles de Maggie. » Il n’y avait pas qu’eux. « Comme Aliénor et vous. » ajoutai-je, en fixant l’Ange. « Quoi qu’il en soit, il me paraît à la fois aussi nécessaire qu’impossible de les empêcher de se voir. » En soi, je n’étais pas contre. Il y avait cependant plusieurs problèmes de taille. Contrairement à moi, Érasme ne jouissait que d’une seule identité, ce qui était tout aussi vrai pour Dastan. Sorciers et Réprouvés n’avaient rien à faire ensemble et, surtout, ne pouvaient pas être ensemble. Si Dastan était pris à Amestris, il serait tué. Si Érasme était pris à Bouton d’Or, il serait tué. Si l’existence d’une quelconque relation entre eux fuitait, ils seraient tués. Le problème de l’homosexualité se rajoutait du côté des Mages Noirs, bien que, pour le moment, ce côté-là ne fût pas consommé. « Je pense qu’ils sont retournés dans les souterrains où nous nous sommes déjà croisés à l’heure qu’il est. Dastan était, auparavant, dans la tour où réside Érasme le temps de passer ses examens et j’ignore comment il a pu y entrer. » Je soupirai. J’étais toujours las mais la présence de Priam maintenait mon esprit plus éveillé que si j’avais été seul avec Laëth. J’essayais d’ailleurs, autant que faire se peut, de ne pas trop la regarder, ni même de l’approcher devant son frère. « Enfin… Le jour ne va pas tarder à se lever. Je vous propose de dormir quelques heures avant que nous ne parlions du procès. Vous pouvez prendre ma chambre, tous les deux. Je dormirai sur le canapé. »

826 mots
C'est de la diffamation  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 3 2289842337

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Jeu 31 Mar 2022, 21:24




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Lorsque la silhouette de Kaahl se dessina sous son regard, Priam se redressa et serra les dents. Le voir annihila jusqu’au moindre espoir qu’il pouvait encore follement nourrir. Il releva le menton et le toisa. Son sang réprouvé lui hurlait de se jeter sur lui et d’éclater son crâne de maudit Sorcier contre le sol de son bureau. Un autre sentiment, plus diffus, tempérait ses ardeurs et l’incitait à le considérer avec plus de respect. Il n’en méritait aucun, et pourtant, il s’imposait. Il avait envie de l’étouffer avec sa serviette, mais ses mains restaient figées sur le bois du bureau. Il ne les leva que lorsque sa magie toucha l’objet, et il le fit à la façon de quelqu’un qui n’avait pas envie d’être brûlé. Tout, chez lui, le dégoûtait. Mille rancœurs gouvernaient son palpitant. C’était comme si elles préféraient demeurer muselées. Cependant, lorsque le regard du Sorcier remonta vers le sien, il lui sembla que sa poitrine implosait. Il avait envie de le massacrer. Ce n’eût été que justice : pour tous ceux qui avaient péri ce jour, pour ceux qui avaient péri avant, et pour ceux qui périraient plus tard. Il se contenait ; et les annonces du Mage Noir, parce qu’elles détournèrent partiellement son attention, l’y aidèrent. Les yeux plissés, il le détailla. Impassible, il entendit Laëth répondre distinctement : « Oui, on l’a découvert aussi. » La seconde d’après, Kaahl prononçait des mots que Priam eût préféré qu’il tût. Les yeux verts de sa sœur se braquèrent sur lui, blessés et furibonds. Il fit son possible pour ne pas la regarder et pour ne rien laisser transparaître de son trouble. Un pli agacé barrait toujours son front et ses narines étaient autant dilatées de colère qu’auparavant. « Je préférerais effectivement éviter d’avoir un second Salvatore en guise de beau-frère. » articula-t-il lentement. Avec sa cadette, ils s’étaient interrogés sur la nature de la relation qui unissait Dastan à Érasme. Il ne parlait pas de lui comme il parlait de Draegr, mais comment aurait-il pu s’exprimer de la même façon au sujet d’un Sorcier et d’une Réprouvée ? Le mariage portait à confusion quant à leur lien ; cependant, le comportement de leur frère, à Arcadia, n’indiquait en rien qu’il éprouvait la même « inclination » que le Prince Noir envers lui. Son comportement dans les souterrains non plus. Ils en avaient conclu qu’il devait s’agir d’une amitié gonflée d’inimitié, qui devait aussi les relier à Lucius Paiberym, et qu’il y avait derrière la formation de ce triangle des considérations qui leur échappaient – une sorte de fatalisme sous-entendu par les propos du Vautour, et qui expliquait peut-être une bonne partie de ce qui leur semblait inexplicable. Néanmoins, les révélations de la journée éclairaient ce tableau d’une toute autre façon. « Non. Il est hors de question que je dorme dans votre lit, et je n’ai pas l’intention de dormir avec ma sœur non plus. » Il évita son regard, mais il était certain que là-dessus, au moins, ils seraient d’accord. « Je prends le canapé. Prenez la chambre. » Une partie de lui répugnait à les imaginer ensemble, l’un contre l’autre, dans une étreinte interdite. Si jamais il en avait eu le droit, qu’il s’y opposât n’y aurait rien changé, parce que c’était sans doute advenu des centaines de fois, mais y songer lui brisait le cœur. C’était comme si tous les mensonges et toutes les trahisons de Laëth venaient s’y enfoncer pour le fissurer lentement.

Après s’être glissée sous les draps, Freyja se rapprocha de Kaahl. Elle se blottit contre lui, une jambe par-dessus les siennes, son bras barrant son torse et sa tête posée sur sa poitrine. Sa main caressait doucement son cou. Elle regardait le mur en face d’elle. L’Ange se sentait vide. Tous les efforts qu’elle avait fournis l’avaient épuisée, et toutes les émotions qui l’avaient traversée l’avaient achevée. Avec lenteur, elle inspira. Ses yeux étaient secs de toute larme. Il lui semblait que son palpitant souffrait de la même sécheresse. Elle avait la sensation de ne plus rien ressentir, sinon un étrange calme dû au gouffre qui engloutissait ses poumons. Elle n’aurait aucun mal à s’endormir, elle le savait. La nuit serait peut-être agitée. Le réveil serait sans doute planant, puis la réalité la rattraperait et il lui faudrait l’affronter. « Est-ce que je pourrai faire quelque chose pour t’aider, demain ? » souffla-t-elle. « Enfin, c’est mieux si on en parle demain. Je suis épuisée. » Elle ferait son possible pour alléger sa tâche. Même s’il était juste question de faire acte de présence, elle le ferait. Ce n’était pas comme si elle avait beaucoup d’autres possibilités, de toute façon. Amestris l’encageait de bien des manières. « Tu me réveilleras si tu te réveilles avant moi, s’il te plaît ? » Elle n’avait pas envie de croiser Priam seule. Elle n’avait pas envie de le croiser tout court. Elle le devrait sans doute, pourtant. L’Aile d’Acier soupira, puis ferma les yeux.



Message XXIII – 831 mots

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