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 [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers

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Kaahl Paiberym
~ Sorcier ~ Niveau VI ~

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◈ Parchemins usagés : 4079
◈ YinYanisé(e) le : 25/06/2015
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Kaahl Paiberym
Ven 01 Avr 2022, 20:05



Que l'Ombre dévore


La chaise se déplaça, jusqu’à se fixer proche de l’Ange endormi. Je me déplaçai en silence et m’assis. Je posai mes avant-bras sur les accoudoirs et me mis à observer Priam. Ce qu’il y avait entre lui et moi était demeuré enfoui jusqu’à présent. Je n’en avais jamais parlé à personne, comme s’il s’agissait d’un secret honteux. Je le sentais, pourtant. Lui ne s’en souciait pas. J’étais certain qu’il ne l’avait pas même remarqué. Sa colère et sa haine emportaient tout. Il était un problème, comme tout ce qui ne peut être défini précisément. Mes sentiments à son égard étaient de ceux-là : flous et incertains. Je haïssais déjà le Destin. Allais-je, en plus, devoir haïr les Génies et leurs malédictions ? Je mordis ma lèvre inférieure, pensif. Mes désirs étaient clairs à son égard. Je voulais l’aider, je voulais l’aider afin qu’il s’élevât, qu’il tirât de lui-même son plein potentiel. Je le voulais en face de moi sur l’échiquier. Je voulais éprouver sa tactique et sa force. Je voulais être son ennemi uniquement pour lui permettre de s’améliorer. Je voulais qu’il devînt la meilleure version de lui-même. Pas… ça. Je souris, comme un Sorcier sourit devant des perspectives terribles. Priam était un problème mais je n’avais aucune envie de le résoudre. J’avais envie de l’aggraver.

Je restai immobile un temps indéfinissable. La veille, contre Laëth, je m’étais endormi après quelques minutes à peine. Je n’avais pas eu accès au Monde des Rêves. Ma nuit avait été noire, vide de toute entrée dans l’univers des Génies. Ma conscience s’était envolée et j’avais dormi plusieurs heures sans profiter du temps qui m’était normalement accordé lorsque je me couchais. J’avais fermé les paupières et elles s’étaient rouvertes, comme si je ne m’étais jamais reposé. Seule la lumière m’avait indiqué que le temps avait continué sans moi. Je n’avais donc pas pu vérifier si ma magie avait fonctionné. Ça aussi, c’était un problème. Et, si je m’étais souvenu de la demande de l’Ange de la réveiller dès que ce serait mon cas, j’avais décidé délibérément de ne pas le faire. Il y avait plusieurs raisons. La première tenait au fait que je désirais parler à Priam sans elle. Non, en réalité, il n’y avait qu’une seule raison. Le visage apaisé de Laëth n’avait fait que me conforter dans ma décision mais j’aurais agi de la même façon si je l’avais trouvée en proie à un cauchemar. Il y avait des choses que je devais confesser et c’était le moment ou jamais, le moment de repartir sur une base plus saine avec l’esclave endormie. Je n’étais pas certain qu’elle resterait à mes côtés une fois que nous aurions réussi à la faire libérer. Néanmoins, si elle devait rester, je voulais qu’elle le fît en toute connaissance de cause. Le fait est que ce secret là ne concernait pas que moi. Il y avait une part sombre entre Priam et moi, une chose qui ne nous appartenait pas vraiment mais qui avait tout de même existée.

Je me penchai vers lui et avançai ma main jusqu’à toucher sa joue. Mes doigts s’écartèrent ensuite de quelques centimètres avant de revenir heurter sa peau. Il s’agissait d’une claque légère. Elle ne lui ferait pas mal mais aurait le mérite de le réveiller. Ma présence à ses côtés serait suffisante pour garantir la présence de sa conscience. Il ne se rendormirait pas, j’en étais certain. Ma paume vint se coller à sa bouche pour l’empêcher d’émettre le moindre son stupide. « Chut. » lui dis-je, en plantant mon regard dans le doré du sien. « Je dois te parler. » murmurai-je. Mon cœur battait d’une étrange façon. Il y avait le Lien entre nous et je n’étais plus sûr qu’avouer fût une bonne idée. Je plissai les yeux et écartai doucement ma main de ses lèvres. J’émis un rire discret. J’avais l’impression de valser avec une folie aussi effrayante qu’excitante. Je mis la sensation sur le dos de la Couronne du Savoir sans Avenir et de la situation désespérée dans laquelle je baignais depuis la veille. Peut-être étais-je juste fou. Je ris encore lorsque je m’aperçus qu’aucun mot ne voulait plus sortir de ma bouche. J’aurais pu lui faire remarquer que si j’étais un vrai connard, lui restait un peureux de la levrette, comme disait sa grand-mère. Il aurait probablement compris mais ce n'était pas une façon de faire les choses. Je serrai les dents et déviai un instant les yeux. Je mordis l’extrémité gauche de ma lèvre inférieure et cherchai de nouveau le doré. « Nous nous sommes croisés à Avalon il y a longtemps. Tu étais un Réprouvé. » Cette situation était clairement merdique. « Et je n’étais pas vraiment moi-même. » Je me raclai la gorge et passai ma main sur le bas de mon visage avant de la remonter dans mes cheveux, de l’y arrêter et de les serrer dans ma paume fermée. « Je voulais le dire à ta sœur mais je ne suis pas le seul impliqué alors… je préfère t’en parler d’abord. » Mes prunelles dévièrent de nouveau sur le sol et mes lèvres se tordirent.

855 mots
T'as raison, enfonçons-nous encore  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 943930617

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Priam & Freyja
~ Ange ~ Niveau III ~

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Priam & Freyja
Ven 01 Avr 2022, 23:00




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



La claque heurta sa joue ; il ouvrit brutalement les yeux, et se redressa de la même façon, prêt à bondir sur son assaillant. Il n’avait pas besoin de prendre le temps de sortir de la torpeur du sommeil : l’adrénaline avait éveillé tous ses sens et rappelé à sa mémoire tous les éléments dont il avait besoin pour s’adapter et survivre. La main plaquée sur sa bouche, il aurait volontiers refermé ses crocs dessus. Il l’aurait réduite en lambeaux. Ses yeux furent un instant inondés du jaune de l’iris du loup, puis redevinrent ceux de l’homme. La nuit n’avait pas apaisé sa colère, au contraire. Il avait peu dormi, et mal. Ses songes avaient été peuplés de Sorciers, et de celui-ci en particulier. Il avait planté sa marque jusque dans son subconscient, jusque dans les tréfonds de son être. Ce n’était pas qu’à cause de tous les griefs qu’il collectionnait auprès de Priam, mais celui-ci ne pensait pas au reste. Il ignorait tout. Le rêve lui était revenu par bribes éparses et insensées, comme des variations absurdes de la réalité de la veille. « Si tu veux parler, parle, au lieu de ricaner. » grogna-t-il. Peut-être éprouvait-il un fond de curiosité pour ce qui se tramait dans l’esprit fracassé de cette raclure de Mage Noir ? Peut-être espérait-il qu’il allait évoquer Aliénor ? Za ? Essayer de rattraper tout ce qu’il avait fait et tout ce qu’il faisait encore ? Ses pensées vagabondèrent jusqu’à Laëth, endormie dans la chambre du Vautour. La même agitation que la veille le gagna. Il la détestait ; mais il le détestait encore plus, lui. Dans l’affaire, sa faute était grande. Il n’était pas complètement idiot : il savait bien qu’il n’avait rien à faire avec une Ange fille de Réprouvés. À chaque fois qu’il la regardait, c’était tout un peuple qu’il mettait au défi, et c’était toute la souillure du monde qu’il faisait tomber sur elle. Elle aurait pu y résister et conserver son éclat. Elle l’avait accueillie. Et lui, lui, il avait persévéré. Il avait pu imaginer les conséquences de ses mensonges, et il avait persévéré. Venant d’un Sorcier, c’était peu surprenant. Lequel d’entre eux n’aurait pas jubilé à l’idée de répandre le chaos ?

Pourtant, il ne parla ni de la veille, ni de toute cette histoire, ni même d’Aliénor, ce qui conduisit Priam à froncer d’autant plus les sourcils. Il comprit rapidement ; en une fraction de seconde, tout son visage se détendit de stupeur. Puis, il vira au rouge, ses muscles se tendirent à nouveau, et son poing fila droit vers la figure de l’ancien Empereur Noir. Malgré les effets dévastateurs de l’alcool, il se souvenait parfaitement de cette soirée. Le temps n’avait effacé ni la teneur des mots ni la vivacité des scènes. Ni le visage d’Alya, ni la courbe de ses seins. Ni ses insultes, ni ses paroles grivoises. Ni son envie débordante, ni sa panique étonnante – elle ne l’était plus tant que cela, désormais. Debout, les doigts repliés et les jointures tremblantes, l’Ange toisa le menteur. « Sale connard de Sorcier. » cracha-t-il. Il secoua la tête. Ferma les yeux. « Putain. » Se mordit la lèvre. Rouvrit les paupières. Il avait envie de le saigner. De lui poser deux cent questions – mais il avait décidé qu’il minimiserait ses contacts avec les deux tourtereaux, au risque de vraiment les assassiner – et de le saigner. Il se contenta de le fusiller du regard et de siffler : « T’es complètement tordu. » Pour l’avoir lancé sur un jeu de piste. Pour vouloir le dire à Laëth. Surtout maintenant. Elle venait de se mettre son frère à dos pour lui, de tirer un trait sur sa famille pour lui, elle s’apprêtait à se confronter à l’injustice de la justice sorcière, et lui, lui, il envisageait de lui raconter qu’il avait failli se taper son frère. « Je m’en cogne de ce que tu lui racontes. Tu peux lui raconter tout ce que tu veux, tu peux la garder ici pour l’éternité si ça te chante, je m’en fous. Je m’en fous ! » cria-t-il en pivotant vivement pour poser ses deux mains sur chaque coin du dossier de la chaise. Ses iris dorés se figèrent dans deux du Sorcier. La haine qui les incendiait coula de sa bouche : « Brise-la si t’en as envie. Elle est déjà morte pour moi. »



Message XXIV – 734 mots

Mais quelle bonne idée tiens [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 1628




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Sam 02 Avr 2022, 21:54



Que l'Ombre dévore


Je relevai la tête vers lui. Le coin de ma lèvre saignait et le goût de mon propre sang éveillait le Vampire. Je sentais la peau de ma joue encaisser encore le choc. Le gonflement ne devait pas se voir mais je l’éprouvais. La zone était comme anesthésiée. J’aurais pu me soigner mais je n’en fis rien. Je rejoignis simplement le doré qui me dominait du fait de sa position. Priam debout, moi assis. Était-ce réellement moi, le tordu ? Ou lui, l’Ange qui avait enfilé sciemment un artefact réprouvé ? Que pensait-il ? Être au-dessus de moi ? S’enrobait-il à l’intérieur de ses Vertus chéries pour juger mes faits et gestes sans comprendre ne serait-ce que le centième des raisons qui me poussaient à l’acte ? Que croyait-il ? Que je jouissais de mon pouvoir ? Qu’un royaume se gérait sans sacrifices ? Nous avions déjà eu cette conversation, en rêve. Il n’avait aucune expérience, ni en matière de pouvoir, ni même en amour. Sa relation avec Aliénor Vaughan n’en était qu’à ses balbutiements, des balbutiements dangereux. Et il venait me dire que j’étais tordu ? Peut-être l’étais-je, mais si je ne l’avais pas été, si je m’étais comporté comme un Sorcier et comme un Empereur Noir en totalité, lui serait mort. Niklaus n’aurait jamais supporté qu’un stupide pigeon embrassât l’une de ses femmes dans une grange abandonnée. Il aurait encore moins supporté qu’il se mariât avec elle. Ce n’était pas une question de femme ou d’amour pour cette femme, c’était simplement une question d’honneur. Niklaus n’aurait pas non plus forcé le mariage avec une Réprouvée inconséquente. Il l’aurait tuée, elle et son enfant, pour purger le monde de l’horreur qu’elles représentaient. J’étais peut-être tordu mais je ne m’étais jamais présenté comme irréprochable en croyant à mes propres mensonges. Je savais ce que j’étais et, de ce fait, entre lui et moi, le plus à blâmer serait toujours lui. Lui qui appartenait à un peuple censé être raisonnable, lui qui se permettait des leçons de morale mais qui se retrouvait dans une taverne d’Avalon à plaquer une femme contre le sol pour la baiser. En réalité, les Anges étaient des monstres comme les autres : des monstres d’Orgueil lorsqu’ils pensaient que les Démons ne valaient rien, des monstres de Colère lorsque la frustration de leur perdition les amenait à désirer celle d’autrui. Ils péchaient à bien des égards et ne respectaient même pas leurs propres Vertus. En quoi était-il Juste envers sa sœur ? En quoi était-il Prudent dans son jugement ? En quoi se montrait-il Fort ? Il n’était rien de tout ça. Il était faible et décevant. Mais, encore une fois, il était un problème que je ne désirais pas résoudre. Il s’améliorerait ou il mourrait, sans que ma main jamais ne fût celle qui l’achèverait. Je voulais qu'il s'élevât.

Ma mâchoire se crispa. Ses deux mains, de chaque côté du dossier et, par là même, autour de moi, ressemblaient à une prison. Le doré dans ses yeux luisait d’une haine caractérisée à mon égard. Le sentiment n’était pas partagé, sans que je ne susse exactement ce qui caractérisait le mien. Ses paroles changèrent la teneur de mon propre regard qui devint affuté et glacé. Ses mots étaient d’une bêtise rarement égalée. « En fait, t’es encore plus lâche que moi. » dis-je, entre mes dents, sèchement. « Plus lâche qu’un Sorcier. » J’attrapai le col de ses vêtements, qui étaient en réalité les miens, et amenai son visage proche du mien, encore plus proche. « Freyja est plus angélique que tu ne le seras jamais, espèce de connard. Elle aime de façon inconditionnelle, sans jamais abandonner, là où tu courbes l’échine à la moindre difficulté. Elle se met en avant et prend des risques pour les causes qui lui tiennent à cœur, parce qu’il y a les feux de toutes les Vertus qui brûlent en elle. Et toi… toi, tu la condamnes parce que dans ton esprit étriqué, tu penses qu’elle pourrait trahir ses valeurs pour moi. Parce que, au fond, tu dois te sentir comme la dernière des merdes et que tu préfères la blâmer au lieu de te dire que tu as peut-être raison. Parce que tu sais très bien que si tu étais si doué et attentionné que ça en tant que frère, elle t’aurait parlé à cœur ouvert sans craindre ton jugement ou que tu aurais tout simplement remarqué avant. Mais non. Parce que tu préfères ne rien voir et ne rien entendre. » J’émis un son proche du rire mais mon regard était celui de l’accusation. « Tu me fais pitié parce que le seul qui brise ta sœur, ici, c’est toi ! »

773 mots
Une idée de génie, effectivement  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 943930617

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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Dim 03 Avr 2022, 08:12




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Les phalanges de Priam se resserrèrent autour du bois de la chaise. La lâcheté, il la connaissait bien. Elle était ce qui l’avait longtemps conduit à laisser filer le temps, les autres, la vie. Il avait tout regardé passer comme un arbre bien enraciné, incapable de plus de mouvements que quelques ondulations des branches. Il avait observé, mutique et immobile. Ses peines et ses joies avaient péri dans le gouffre de son inertie. Il avait vécu comme un mort, dans l’attente de rien. Il s’était anesthésié au monde comme il lui avait toujours été si facile de le faire. Il avait découpé la réalité et fragmenté ses ressentis. Tout rangé consciencieusement, tout organisé minutieusement, puis il avait fermé à clef les tiroirs de son cœur. Depuis la veille, les serrures avaient sauté et les battants du meuble claquaient violemment, faisant bouillir son sang. Ses émotions voletaient autour de son palpitant et venaient le picorer de leurs insupportables brûlures ; elles s’éparpillaient dans le ciel de son corps comme des milliers de petits papiers déchirés et jetés au vent. Il n’avait jamais tant ressemblé à sa sœur que maintenant, penché au-dessus de l’ancien Empereur Noir, l’âme en feu et les yeux comme des brasiers. Il ne lui avait jamais autant ressemblé que depuis que son masque d’apparente indifférence s’était fendu pour  révéler sa nature enflammée. C’était au moment où il détestait le plus sa sœur qu’il pouvait le mieux la comprendre. Dans la haine, ils se ressemblaient. Dans l’amour, aussi, mais l’amour était mort au bout de leurs lèvres.

Freyja. Ses sourcils tressaillirent en un froncement plus exagéré. Alors, elle lui avait dit ? Elle lui avait dit, même ça, même ce qu’elle exécrait, même ce dont ils ne parlaient jamais, eux, le frère et la sœur, ceux qui avaient vécu ces choses-là ensemble, qui les avaient affrontées ensemble et qui y avaient survécu ensemble. Les lambeaux de son cœur se figèrent en poussière. Elle n’était pas bêtement amoureuse : elle était terriblement amoureuse. Elle avait inclus Kaahl dans les plus intimes recoins de sa vie, là où personne n’allait jamais. Dastan l’appelait Freyja depuis qu’il savait, mais Dastan avait un côté facétieux qui expliquait la plupart de ses comportements. Surtout, Laëth n’avait pas confirmé qu’elle préférait qu’on l’appelât ainsi. Pas à lui, en tout cas. Pas à lui, à qui elle ne disait plus rien, à qui elle n’avait peut-être jamais rien dit. Elle résonnait dans sa tête comme une étrangère. Il avait l’impression de ne plus la connaître, de ne l’avoir jamais connue, alors qu’elle était la personne qui le connaissait le mieux au monde. Le précipice s’étirait. Mais ce n’était pas parce qu’il refusait de voir ou d’entendre. C’était autre chose. Les mots de Kaahl le frappaient malgré tout, juste là, jusque dans ses tiroirs les plus secrets. Une tempête dévastait sa poitrine. Un rictus amer déchira ses lèvres. « Qu’est-ce que je suis censé faire d’autre ? Accepter ? La féliciter ? Lui dire : « oh, c’est génial, ma petite sœur chérie, je suis vraiment heureux que tu te tapes ce gros connard de Sorcier qui vient de massacrer notre peuple ! J’ai hâte que tu annonces la nouvelle à nos proches, et que tu ramènes à Lumnaar’Yuvon votre ribambelle de petits Sorciers ! » ? » Son souffle trembla en un rire disgracieux. « Je sais vers qui va ma loyauté, moi. Je ne suis pas perdu entre deux camps qui ne s’entendront jamais et qui se détruiront jusqu’à la mort de l’un ou de l’autre, s’il le faut. » Il ne le souhaitait pas. Il aurait voulu que la guerre s’éteignît avant même de s’enflammer. Il avait œuvré pour. Mais elle était comme l’amour de sa cadette pour le Mage Noir : déraisonnable. « Elle n’est pas plus angélique, elle est simplement plus perdue, parce que tu lui as retourné le cerveau. » Il fronça le nez, écœuré. « J’ai toujours été là pour elle. C’est moi qui ai séché toutes les larmes que tu as fait couler, parfois sans même savoir pourquoi elles coulaient, c’est moi qui l’ai fait tenir debout quand elle voulait juste s’écrouler à cause des horreurs que tu lui as fait vivre, c’est moi qui l’ai maintenue en vie quand elle dépérissait à cause de tes conneries. C’est moi l’ai soutenue, parce que tu n’étais jamais là. » Plusieurs fois, il avait eu peur qu’elle se laissât mourir. En un sens, Kaahl avait raison, lorsqu’il parlait d’amour inconditionnel : celui qu’elle éprouvait était si grand et si lourd qu’il semblait écraser tout ce qu’elle aurait pu ressentir d’autre. « Si toi tu ne lui avais pas interdit de m’en parler avec ta putain de magie de Sorcier, elle l’aurait fait. Elle l’aurait fait et elle t’aurait quitté, parce qu’elle se serait rendu compte de la connerie qu’elle était en train de faire. Elle a dû hésiter des milliers de fois à partir, et tout ce qu’il lui manquait, c’était un autre discours que le tien, un soutien plus raisonnable. Mais ça, tu le sais, et c’est pour ça que tu l’as interdit. » Il plissa les yeux. « Tu as raison, toutes les Vertus vivent en elle. Et toutes ces Vertus-là, elles entretiendront toujours cette faille, ce doute, qui fera qu’elle ne pourra jamais t’aimer aussi inconditionnellement que tu le crois. Le Bien qui vit en elle se heurtera toujours au Mal que tu dégages. Le jour où elle ne pourra plus le supporter, où elle en aura marre de souffrir et de pleurer à cause de toi, elle partira, et ce jour-là, je ne la condamnerai plus. Je la pardonnerai sans hésitation. » En dépit de sa colère, de sa rage et de sa haine, il savait que si elle revenait, il lui pardonnerait. Si elle revenait, il l’accueillerait à bras ouverts, il la réconforterait, il l’aiderait. Il oublierait ses mensonges et ses trahisons autant que faire se peut, et il serait là, indéfectible et infaillible, comme il l’avait toujours été. Il l’espérait ; comment accepter que ce Sorcier eût pu tout briser ? Malgré la mort de l’amour, il en demeurait encore dans le cœur de Priam ; ici, aux côtés de l’espoir. Il ne voulait pas croire que Freyja pût se détourner de tous ceux qu’elle aimait et de tout ce qu’elle avait toujours connu à cause d’un seul homme – et surtout pas à cause de celui-là. « Ce jour-là, je la regarderai te buter, et je l’y encouragerai. » siffla-t-il. Et si elle n’avait pas la force de le faire, il le ferait pour elle. Peut-être. Inexplicablement, sa volonté vacillait.



Message XXV – 1106 mots

ça commençait à manquer de sang, de toute façon [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 1628




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Kaahl Paiberym
Dim 03 Avr 2022, 11:55



Que l'Ombre dévore


« Vraiment ? » demandai-je. « Et qui te dit que ce jour-là, c’est vers toi qu’elle se tournera ? » Je soufflai par le nez et mes lèvres s’étirèrent en un sourire sans joie. Je fis naître le silence. Je me foutais de ses menaces. Il ne m’effrayait pas. J’étais Roi, ou le redeviendrais. Lui, il n’était rien. Notre différence de puissance ne tenait pas qu’à des caractéristiques intrapersonnelles. Statistiquement, il restait plus faible mais pourrait peut-être gagner en de rares occasions si nous nous retrouvions seuls, tous les deux, dégagés du monde extérieur. Les erreurs arrivent à tous, sans exception. Néanmoins, il y avait tout un peuple derrière moi, des institutions, une armée, des espions. Je possédais la richesse et l’autorité nécessaire pour obtenir ce que je désirais. De façon pleinement objective, il n’avait aucun pouvoir sur moi hormis le Lien, aucun espoir de pouvoir l’emporter. Seuls les véritables sentiments demeuraient en dehors de mon emprise. Je pouvais, certes, les falsifier, les manipuler, mais ils m’échapperaient toujours car l’amour, le vrai, ne se commande pas. Que pensait-il ? Que j’entretenais l’illusion folle que sa sœur resterait à jamais avec moi, à mes côtés ? Non. J’envisageais même le contraire, tout le temps. Parce qu’il n’était plus question de mensonges et de manipulations. Il était question de vérité. Si je lui disais la vérité, si j’arrêtais d’omettre et de dissimuler, alors je m’exposais. Je m’exposais au fait qu’elle ne m’aimât plus, moi, vraiment moi, et pas un autre être fabriqué de toute pièce. En décidant de lui faire confiance, parce qu’Adam ne m’avait pas laissé le choix, notre relation avait changé. Il n’était plus question de la maintenir en dehors de mon intimité. Il était question de l’y inclure pleinement, de lui montrer ce que j’étais, tout ce que j’étais. Et je connaissais les risques.

« Tu fais erreur. » finis-je par dire, fermement. « Ton comportement est stupide, à croire que tu as hérité des mêmes facultés intellectuelles que les Réprouvés qui se sont dit que leur honneur était plus important que leur propre vie. Bien sûr que j’ai fait exprès de présenter des excuses et de proposer une compensation. J’agis pour mes intérêts, pour ceux de mon peuple. Agir autrement aurait pu être préjudiciable aux Sorciers. Mais les Bipolaires auraient dû comprendre que chien qui aboie ne mord pas et en rester là, pas dans l’intérêt des Mages Noirs, mais dans le leur. » Je parlais comme si le Destin n’avait aucun poids, comme si la fatalité n’existait pas. Seulement, je n’avais aucune raison ni envie d’emmener l’Ange dans cette voie-là.

J’appuyai ma tête contre le dossier. « Lorsque j’étais enfant, mon père battait ma mère. Il ne l’a pas fait au début de leur relation, non, c’est venu petit à petit. Il a détourné tous ses proches d’elle : sa famille, ses amis. Il en a fait sa chose exclusive et, sans s’en rendre compte, elle s’est soumise à ses volontés. Il a endormi ses instincts et lui a fait accepter l’inacceptable, jusqu’à la tuer. » Mes yeux se fixèrent dans ceux de Priam. « En admettant que je sois comme mon père, tu devrais entrevoir la stupidité de ton comportement : en te détournant de ta sœur, tu l’isoles d’autant plus. Tu la laisses avec moi. Tu lui retires un soutien. » Je souris. « Que crois-tu ? Que j’attends de toi que tu la félicites pour sa relation avec moi ? Il faudrait être complètement con pour le faire. Seulement, ne penses-tu pas qu’il existe un comportement intermédiaire entre ça et le rejet total ? Ne penses-tu pas qu’il serait bien plus sage de demeurer à ses côtés, tout en réaffirmant ta position défavorable à mon égard ? Si j’étais à ta place, c’est ce que je ferais. J’essaierais de la sauver en l’entourant davantage. Je ne m’en détournerais pas. Parce qu’il n’y a que les lâches qui se détournent, ceux qui se pensent au-dessus des autres au point de ne pas leur pardonner et de ne pas les accepter tant qu’ils n'entrent pas dans les cases conformes à la pensée générale. Tu l’accepteras quand elle se détournera de moi ? Tu lui pardonneras quand elle mettra un terme à notre relation ? En fait, tu veux que ta sœur se modèle selon tes volontés à toi, tes volontés égoïstes, parce que ton esprit est enfermé dans un carcan qui n’admet aucune exception à la règle. » Je l’attrapai par le col et le tirai vers moi pour échanger nos positions. Maintenant, j’étais au-dessus. « Écoute-moi bien. Si tu continues ainsi, c’est Freyja qui ne te pardonnera pas. Tu penses qu’elle reviendra vers toi mais pourquoi le ferait-elle ? Pourquoi reviendrait-elle vers l’homme, le frère, qui l’a abandonnée ? Je pense que le seul vers qui elle ira si notre relation devait se rompre, c’est vers la personne qui l’acceptera quoi qu’il en soit, vers celle qui ne la jugera pas et qui l’aidera vraiment, peu importe qui elle est, ce qu’elle est et comment elle pense. Et cette personne, ce sera son Humain. » Ma main libre se posa sur le dossier, comme il l’avait fait précédemment. « Tu penses vraiment que je lui ai interdit de te parler ? Tu as tort si tu le penses, comme tu as tort sur beaucoup d’autres sujets. Tu me blâmes mais as-tu ne serait-ce que bougé le moindre orteil pour changer les choses qui ne te plaisent pas ? As-tu demandé la libération de Za et de votre fille ? As-tu essayé de trouver une méthode intelligente pour faire en sorte qu’Aliénor ne soit plus ma femme ? Tu ne fais rien. Tu ne fais que supposer, grogner et repartir la queue entre les jambes. Tu es faible parce que tu ne te bats pas. Et c’est exactement ce que tu fais, aujourd’hui, avec elle. Tu la rejettes mais, en réalité, c’est toi-même que tu effaces, c’est la guerre que tu enterres, avant même de l’avoir menée. Tu me blâmes d’avoir été absent… Est-ce que tu t’écoutes au moins parler ? Je suis Roi et bien d’autres choses encore. Je n’ai pas autant de temps que toi. Tu ne fais rien, tu n'es personne et, ensuite, tu oses critiquer mes non-dits et mes absences, alors même que tu n’as aucune responsabilité sur les épaules ? Tout ce que tu veux, c'est que je fasse à ta place ce qui te convient. Tu veux que je libère Za. Tu veux que je libère Aliénor. Tu veux que je mette un terme à ma relation avec ta sœur. Tu veux que l'initiative vienne de moi, que je te facilite la vie. Mais pourquoi le ferais-je ? Dans quel but ? Pour te faire plaisir ? Parce que tu as décidé que ce n'était pas juste ? Que ce n'était pas bien ? Ce n'est pas dans mes intérêts et ce n'est pas moi qui me battrai pour les tiens. Si tu ne le fais pas, personne ne le fera pour toi. Et tu ne fais que grogner. Tu es juste minable. » Mes yeux s’accrochèrent d’autant plus aux siens et, après un court silence, je lui soufflai : « Reprends-toi et cesse de penser que ta sœur est une victime. Tu la sous-estimes. Je veux bien endosser le rôle de l’ennemi à abattre, mais ne te trompe pas de combat. Il n’y en a aucun de viable entre elle et toi et, si tu t’y engages, tu n’auras rien à y gagner et tout à perdre. » Je m'écartai et le toisai. « Grandis et reviens avec des arguments plus solides que tes gesticulations stupides. »

1134 mots
Exactement [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 1628

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Lun 04 Avr 2022, 22:54




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



« Je sais ce qu’ils auraient dû faire. Moi non plus je n’ai pas souhaité cette guerre. » répliqua-t-il sèchement. Il avait aussi parfaitement conscience que la mort de Shezira n’était qu’un prétexte pour abattre toute la rancune réprouvée sur les remparts d’Amestris. Hazaan avait suivi la voie du peuple alors qu’il aurait sans doute dû la brimer, quitte à affronter une révolte. Il aurait dû, mais il n’avait rien fait de tout ça. Et c’était trop tard. Ressasser un passé difficile à digérer ne menait à rien d’autre qu’à une constipation cérébrale. Il n’avait même pas envie d’y penser. Il ne voulait même pas imaginer tous ces corps difformes entreposés aux pieds des murs, tous ces corps qui auraient pu danser, combattre et aimer. Il ne voulait pas voir les visages tordus de douleur et ceux apaisés par la mort, ces visages qui auraient pu sourire, rire et pleurer. Il ne voulait pas se rappeler de ce qu’il avait vécu ; il voulait tout laisser dans l’oubli. Il voulait y entraîner Freyja, et l’enfermer là-bas. Oublier ses mensonges, oublier ses trahisons, oublier ses larmes. Il voulait occulter son existence, parce que ce qu’elle avait fait, ce qu’elle faisait et ce qu’elle ferait était trop insupportable. C’était trop insupportable au regard de leurs origines, de leur essence et de l’image qu’il avait d’elle. Les déceptions ne sont jamais que des images déchirées.

Il l’écouta parler d’elle, la comparer à sa mère, la décrire fourbue d’hématomes et percluse de plaies. Il écouta son traité sur l’isolement et la lâcheté, sans sourciller, sans faiblir, sans trembler. Il ne résista pas à l’impulsion qu’il donna pour échanger leur place ; il s’accrocha aux accoudoirs de la chaise et se tendit vers lui, fixe et rigide. La fierté des Réprouvés coulait dans son sang : elle ne ploierait pas face aux incriminations. Les mots de Kaahl s’imprimeraient dans son cœur et n’en repartiraient sans doute jamais, mais il ne tomberait pas à genoux, pas maintenant. S’il devait s’écrouler, il le ferait quand personne ne le verrait, caché comme une bête à l’agonie. Un rictus amer tordait sa bouche. « Eh bien qu’elle y aille, vers son Humain. Tant pis. Je n’ai pas de comptes à rendre à Freyja, plus maintenant. » Elle pouvait mourir demain, il s’en moquait. À chaque seconde qui passait, il gravait dans sa poitrine les sigles de l’indifférence et du rejet. Elle était une traîtresse, plus qu’elle ne l’avait jamais été. Il n’y avait pas que son fiancé, que ses mensonges ou que ses omissions ; il y avait aussi tout le reste, tout ce dont ils n’avaient jamais discuté, parce qu’ils croyaient que ça n’en valait pas la peine. Ils s’étaient trompés, et le passé les rattrapait.

Les narines de Priam frémirent. Sa sœur lui avait dit que le Sorcier lui avait interdit de lui en parler. Elle s’était cachée derrière cette excuse. Avait-elle encore menti ? Avait-elle eu peur qu’il lui en voulût encore plus de s’être tue ? Elle aurait eu raison : dès qu’il comprit, une nouvelle flèche de douleur lui perça le cœur, et lorsqu’elle ressortit, le gouffre ne fut comblé que par de la colère. Une ire qui s’allia à toutes celles qu’il pouvait ressentir, toutes celles qui concernaient Za, sa fille et Aliénor, et que l’ancien Empereur noir aspergea de honte. Il n’avait rien fait, c’était vrai. Il n’avait rien fait parce qu’il s’était senti d’une impuissance incommensurable. Il n’avait rien fait parce qu’il pensait ne rien pouvoir obtenir d’Elias Salvatore, de l’homme qu’il était en train de défier. Il s’était cru trop faible et il l’était sans doute : ses paroles le frappaient à la manière de grandes claques. Il était bourré d’incohérences qu’il n’était pas prêt à surmonter. Elles dansaient autour de lui comme des démones avides de déchirer son être et de le rendre plus minable encore. Ses quelques ruades révoltées n’avaient rien changé. Elles avaient vaguement troublé son inertie, lui offrant l’illusion que celle-ci avait cessé, mais en réalité, toutes ses rébellions intérieures s’écrasaient contre sa passivité extérieure. Tout n’était pas juste dans le discours de Kaahl, mais certaines vérités répandaient leur écho dans les tréfonds de son être. Le visage d’Aliénor s’ancra à sa rétine. Il n’avait rien fait aussi parce qu’elle avait prétendu vouloir garder sa place. Désormais, il n’était plus sûr de ce qu’elle voulait. Il n’avait pas osé lui reposer la question, là-bas, sur leur île. Il avait peur de la réponse, parce qu’il avait à la fois peur d’être déçu et à la fois peur de ne pas être à la hauteur. Il n’avait rien exigé de Kaahl non plus ; il avait demandé à Freyja d’intercéder auprès de lui, mais elle ne l’avait pas fait. Elle avait dû lui en parler, pourtant, pour qu’il sût. Les dents serrées, il le suivit du regard tandis qu’il s’écartait et le lapidait encore, à coup de grands jets de mots.

Durant quelques secondes, il se contenta de garder ses yeux plantés dans les siens, et de les sonder. « Si elle revient, tant mieux, sinon, tant pis. Si elle s’isole de tout et tout le monde, tant pis. Si tu la tabasses, tant pis. Si elle en meurt, tant pis. Tu l’as dit toi-même : elle n’est pas une victime – ou pas que, en tout cas. Je ne me battrai pas pour elle alors qu’elle a choisi de rester à tes côtés malgré tout. Je n’ai pas envie de la « sauver » comme tu dis. Je me fous que tu penses que c’est lâche ou minable : je n’ai pas de comptes à te rendre, à toi non plus. » Priam se leva, sans s’approcher de lui. « J’ai signé tes putains de papiers, débrouille-toi pour la sauver, toi, si tu en as envie. Elle est morte pour moi. » répéta-t-il. La porte s’ouvrit à la volée et Freyja entra, pour s’arrêter juste sur le pas de la porte. Elle avait enfilé des vêtements de Kaahl à la va-vite et la marque des rêves courbait encore ses mèches rebelles. Ses iris verts arboraient une teinte sombre qui rappela à Priam celle des forêts de pins. L’expression en était grave. Elle les regarda, un à un puis tous les deux. Avait-elle tout entendu ? Était-ce une pointe de culpabilité qui piquetait le palpitant de l’Ailé ? Il fronça les sourcils, les yeux plissés mais silencieux. Sa sœur se tourna vers le Sorcier et s’avança vers lui. « Il faut qu’on travaille pour le procès. » dit-elle simplement, comme si son aîné n’avait pas été là. Elle leva la main vers son nez blessé et sa magie pulsa doucement au bout de ses doigts, jusqu’à résorber la plaie.



Message XXV – 1121 mots

Vivement la prochaine bataille à Amestris [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 2289842337




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Kaahl Paiberym
Mar 05 Avr 2022, 20:04



Que l'Ombre dévore


Je m’apprêtais à répliquer lorsque la porte s’ouvrit. Le silence plana dans la pièce, comme si la silhouette de Freyja suffisait à faire courber l’échine aux mots. La profondeur de son regard me troubla. Cette femme ne pouvait pas être une esclave. Elle était faite pour être Reine. Je suivis les courbes de sa chevelure des yeux et, cette fois, contrairement à la veille, je ne me détournai pas. Je la laissai approcher et l’accueillis. Ma main attrapa la sienne et mes lèvres embrassèrent sa peau, proche de la jonction entre son pouce et son index. « C’est vrai. » murmurai-je, en l’admirant. Mon autre bras l’entoura partiellement et je l’amenai à moi pour déposer un baiser sur sa tempe. « Merci. » lui soufflai-je avant de la lâcher. « Il nous reste du temps et il convient de ne pas le gâcher. » Mes doigts s’invitèrent dans mes cheveux et, après une inspiration et une expiration, je me dirigeai vers mon bureau, en l’invitant à me suivre. Je m’y assis et plaçai une chaise à mes côtés, grâce à la magie. « Voici comment les choses vont se passer. » dis-je, après avoir sorti une feuille et de quoi écrire. Je dessinai. « Cyrius sera sur la chaire centrale. Val’Aimé sera à gauche. À droite, il y aura un greffier qui retranscrira l’entièreté du procès. Nous serons debout devant eux et, derrière nous, ainsi que sur les côtés hauts de la salle, il y aura essentiellement des nobles et des hauts fonctionnaires, installés sur des bancs. Certains Chanceliers des Ténèbres seront présents également. Toutes les personnes de l’assemblée pourront, si Cyrius accepte, faire des commentaires. Ces commentaires seront désobligeants envers toi et il faut que tu t’y prépares. Tu es une femme et une esclave non encore appropriée. Souviens-toi simplement que tu ne dois surtout pas répondre. Ce sera difficile, parce que Cyrius les laissera probablement tous parler, mais si tu répliques, tu aggraveras ton cas. » Je tournai les yeux vers elle. « Les esclaves n’ont aucune valeur. Si un Sorcier appartenant à la noblesse voit dans ta réponse un outrage envers lui, il pourra demander que tu sois fouettée devant tout le monde, voire pire. C’est le prix de l’honneur et plus un Mage est haut placé, plus il peut être exigeant. » Je marquai une pause. « J’ai envoyé mon offre d’achat aux Mayfair hier. Tant que tu n'es pas appropriée, le prix de l’honneur se retournera contre toi. Si tu deviens ma propriété, c’est moi qui devrais répondre de tes mots. On ne me fouettera pas mais je devrai des dommages et intérêts aux Sorciers dont l’honneur a été bafouée. Il se peut aussi qu’il y ait des exigences par rapport à toi, que je doive te fouetter ou t’humilier publiquement, pour laver l’outrage. Surtout, peu importe le sujet, peu importe l’accusation, ne dis rien tant qu’on ne te donne pas la parole. »

J’inscrivis un numéro sur le croquis. « Val’Aimé parlera le premier. Il est celui qui portera l’accusation. En fonction de son inspiration, sa diatribe peut durer cinq minutes ou trois heures. Il n’a aucune limite temporelle. Certains procès ont duré des semaines, du fait du monologue persistant du Procureur. L’objectif est de détruire psychologiquement l’accusé et son avocat. Néanmoins, le Chancelier Elzagan est un homme qui n’aime pas s’étendre alors nous pouvons espérer qu’il ne s’attardera pas en fioritures. Le problème, le concernant, repose avant tout sur ce qu’il demandera. Le connaissant, il ne désirera pas t’épargner. Il requerra des peines aussi longues qu’atroces. » C’était une évidence. « Ensuite, la foule parlera. Ce seront des accusations mais pas uniquement. Les Mages sont tout à fait dans leur droit à commenter les circonstances de ton emprisonnement et donc à parler de la guerre dans son ensemble. Ils ne manqueront pas de décrire les cadavres des Réprouvés, dans le seul objectif de te détruire. Là encore, c’est un combat de force. Si tu pleures, ce comportement sera retourné contre toi. Ils n’hésiteront pas à mentir, à avancer que tes proches ont été retrouvés éviscérés, que ta mère a été violée et à décrire la scène en profondeur. Tu ne dois rien croire, tu ne dois rien écouter, tu ne dois rien retenir. Ils me critiqueront également, pour avoir accepté d’être ton avocat. Ils mettront en doute le bien fondé de mon acte et chercheront des raisons à ce dernier. N’importe quelle raison. Ils seront dans leur droit et, ce droit, ils l’auraient fait valoir peu importe l’identité de l'homme ou de la femme présente à tes côtés. Ce n’est pas contre moi, c’est contre ma fonction, celle qui consiste à défendre une accusée contre les intérêts de la société sorcière. » J’inscrivis un nouveau numéro. « Ensuite, je parlerai. Mon temps sera limité à vingt minutes pendant lesquelles je devrai expliquer pourquoi je te défends et te défendre effectivement. Après moi, si Cyrius l’accepte, différents intervenants pourront s’exprimer en ta faveur. Je pense notamment à la Chancelière Ashiril. Tu seras la dernière à parler, en admettant que l’Empereur te donne la parole. Il peut, s’il le fait, te poser des questions. Tout refus de répondre est considéré comme un outrage à magistrat mais le ton employé comme les propos soutenus peuvent également l’être. C’est un exercice périlleux. Il peut, enfin, te demander de dire des choses, comme te forcer à prononcer des paroles à l’encontre de ta famille ou à l’encontre de ta propre intégrité. » Ce ne serait pas facile. Cyrius était assez tordu pour le faire. Il jouirait de la voir nier toutes les valeurs auxquelles elle tenait. « Pour finir, le juge se retirera pour délibérer autant de temps que nécessaire. Nous devrons rester debout. Ça peut être dix minutes comme quatre jours. » Je soupirai. « Des questions ? »

944 mots
On peut faire une bataille dans la salle d'audience sinon  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 1628

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Mer 06 Avr 2022, 15:53




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et que l’Ombre dévore

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Freyja s’assit, écouta et regarda. Elle faisait son possible pour ignorer son frère – ou ce qu’il restait de cet homme et de leur fraternité. Elle n’avait pas tout entendu mais elle en avait entendu assez. Une part d’elle voulait croire qu’il ne pensait pas ce qu’il disait. Elle aurait préféré que ce fût la colère qui eût parlé. C’était peut-être le cas – elle l’espérait de tout son cœur – mais elle n’avait pas le temps d’y songer. Elle ne voulait pas avoir le temps de le faire. Il avait signé les papiers qui remettaient sa défense entre les mains d’Elias et c’était tout ce qui comptait. Peu importait son propre cœur brisé et toutes les larmes qu’elle avait envie de verser : elle n’avait pas le temps de s’en préoccuper parce qu’elle n’avait pas le temps de mourir. Il lui fallait se préparer au mieux pour l’épreuve qui l’attendait, dès le lendemain. L’Ange appuya l’un de ses coudes sur le bureau et cala son menton dans sa paume. Son autre main se posa sur le genou de Kaahl, où ses doigts dessinèrent des arabesques invisibles. Ses yeux étaient fixés sur la feuille qui se remplissait peu à peu. De toute sa vie, elle n’avait jamais assisté à un procès. À Lumnaar’Yuvon, la justice était le plus souvent rendue de gré à gré, et chez les Anges, elle n’avait été témoin d’aucun acte judiciaire. Ce serait la première fois, et même sans connaître ce domaine, elle devinait que la justice sorcière s’illustrait dans des procès bien plus vindicatifs que chez d’autres peuples. Elle se doutait qu’elle devrait subir les injures et les insultes de tous les Mages Noirs réunis pour jouir de son humiliation. Ce serait difficile. Elle n’était pas faite pour courber l’échine. Sa nature et son éducation la poussait à toujours se cabrer sous la force des coups qu’on lui assénait. Pourtant, au procès, elle devrait se montrer docile. Ce n’était pas qu’une question de caractère, ni même une question d’honneur ou de fierté ; c’était une question de survie. Elle était celle qui avait soi-disant essayé de tuer les Archimages, qui avait refusé la main de l’Empereur Noir et abandonné la Coupe des Nations, qui aimait un Marquis devenu Magicien, qui était née chez les Réprouvés et qui vivait parmi les Anges, que l’on avait emprisonnée et changée en esclave ; et pour toutes ces raisons, personne ne chercherait à la ménager. C’était aussi personnel. Elle ignorait presque tout de la relation qu’entretenaient Cyrius et Kaahl, mais elle était suffisamment intime et tordue pour que l’Empereur Noir la détestât. Il pouvait tout mettre en œuvre pour l’éliminer. Elle leva brièvement les yeux vers le brun. Elle ne savait pas s’il lui avait parlé.

L’Aile d’Acier inspira, puis ramena son regard sur la feuille. La Justice d’Ethelba la débectait. Elle lui donnait l’impression d’être faite pour pouvoir incriminer n’importe quelle personne que les rapports de puissance ne favoriseraient pas. Et elle ne comprenait pas qu’un peuple dont tout le culte était fondé sur l’adoration d’une Déesse pût tant haïr et vouloir asservir les femmes. Elle se rappela ce qu’elle avait dit à Eméliana et elle se surprit à espérer qu’un jour, des Sorcières prennent conscience de l’incohérence de leur position et aient l’audace de s’emparer de leurs droits les plus fondamentaux. Elle n’entrevoyait pas d’espoir immédiat pour les esclaves, parce qu’ils représentaient une manne financière trop importante et parce que les Sorciers ne s’encombraient d’aucuns principes moraux à l’égard de choses qu’ils ne considéraient pas plus que des meubles, mais pour les femmes, la situation lui semblait un petit peu différente. Les Réprouvées avaient débouté le sexisme qu’elles subissaient autrefois. Elles avaient démontré qu’elles ne valaient pas moins qu’un homme et elles avaient rappelé leur rôle fondamental au sein de la société. Cela s’était fait lentement, sans effusion de sang, notamment grâce à des personnalités comme Erza. Sur ce point-ci, leurs deux peuples, peut-être, pouvaient se croiser. Néanmoins, elle avait conscience que demain, elle ne pourrait rien espérer des Sorcières. Elles la regarderaient brûler sur le bûcher que les hommes avaient orchestré avec la même satisfaction que leurs pairs.

Elle, elle serait debout, aussi droite que possible et, comme un navire pris dans la tempête, elle subirait leurs assauts par vagues. Elle les écouterait décrire des scènes qui n’avaient jamais existé. Elle les écouterait salir ses proches et leur mémoire, matraquer ses souvenirs et souiller ses sentiments. Ils ruineraient toute l’espérance qui la portait à croire qu’elle reverrait la plupart d’entre eux vivants. Elle répondrait à toutes leurs interrogations, sans paraître revêche ou rétive. Elle prononcerait des vœux qu’elle honnirait avant même de les formuler, juste pour le bon plaisir du Roi. Elle ne devrait pas faillir, elle ne devrait pas pleurer, elle ne devrait pas s’énerver. Il lui faudrait demeurer de marbre ; il lui faudrait être cette pierre qu’elle côtoyait sans jamais parvenir à la comprendre. Elle n’avait jamais rien eu d’un roc et pourtant, telle était la figure qu’elle devrait présenter. Chaque attaque devrait couler sur sa peau sans y laisser de trace et ricocher contre son cœur sans l’abîmer d’une égratignure. Son palpitant valsait d’angoisse. Serait-elle capable de paraître si détachée ? Pourrait-elle surmonter cette épreuve-là ? Que se passerait-il si tous ses remparts s’écroulaient ?

« C’est vraiment à moi que tu demandes ça ? » s’enquit-elle en relevant les yeux, un vague sourire accroché aux coins des lèvres. « Bien sûr que j’ai des questions. J’espère que t’es prêt ! » Sa main pressa affectueusement le genou de son fiancé, tandis que le sérieux chassait progressivement l’étincelle amusée de ses prunelles. « Est-ce que tu sais déjà comment tu comptes me défendre, exactement ? Ce sera quoi, ta ligne directrice, à part ta demande de propriété et éventuellement le fait que je sois enceinte ? » Elle ne fit pas attention au lent pivot de son frère dans sa direction, alors qu’il était auparavant perdu dans la contemplation des tranches des livres. Il lui semblait essentiel de savoir quelle serait la défense de son avocat pour se préparer elle-même au discours qu’elle pourrait tenir. Ils en avaient déjà discuté un petit peu chez les Paiberym, mais tout n’était alors qu’à l’état d’ébauche. Elle détacha son menton de sa paume pour pointer le nom de Cyrius, écrit sur la feuille. « Quelles questions est-ce qu’il pourrait me poser, à ton avis ? Est-ce que tu as pu parler avec lui, hier ? » Elle se redressa un peu pour scruter les prunelles de Kaahl. « Si oui, qu’est-ce qu’il t’a dit ? » Elle avait bien conscience que celui qui avait actuellement la main mise sur sa vie, c’était lui. Elle était comme une souris coincée entre les serres d’une buse. Elle laissa passer quelques secondes. « Ce serait peut-être bien que je me renseigne sur la bienséance sorcière avant de devoir répondre à ses questions. » La fille de Réprouvés n’y connaissait rien. « Tu as des livres, là-dessus ? » Il était certain qu’il en existait, considérant la place que tenait l’étiquette au sein de la société des Mages Noirs. Elle hésita, puis demanda : « Tu sais quel genre de peine il envisage, à part la mort, ou pas du tout ? » Ce n’était pas essentiel au déroulement du procès, mais l’ignorance entamait son moral. Son instinct de survie se débattait contre des chimères.



Message XXVI – 1233 mots

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Mer 06 Avr 2022, 23:09



Que l'Ombre dévore


Je la fixai et souris. « Es-tu en train d’insinuer que je ne suis pas doué pour répondre aux questions ? » J’avais tellement omis, tellement menti. Ma main libre rejoignit ses doigts, sur mon genou. Mes ongles caressèrent sa peau jusqu’à l’enlacer. Peut-être notre relation était-elle en train d’évoluer, au-delà de ce que j’aurais pu prévoir. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle déciderait demain à propos de nous, lorsqu’elle serait libre. Je ne voulais plus penser qu’elle pût ne pas le redevenir. Mon état n’était pourtant pas stable. La Couronne du Savoir sans Avenir faisait ressortir, par vagues successives, ce qu’il y avait de pire en moi. Pour le moment, j’oscillais simplement entre un énoncé qui me ressemblait : dépourvu d’émotions, tactique, froid, et un trop plein émotif justement. Lorsque je la regardais, cent idées se bousculaient dans mon esprit. L’effet qu’elle me faisait semblait décuplé. Peut-être était-ce simplement la proximité, cette absence étrange de frontières entre elle et moi ? Ce n’était pas son Magicien qu’elle avait devant elle, l’homme que je jouais lorsque j’étais Kaahl. Elle m’avait moi et le fait d’être moi-même libérait des élans amoureux inespérés. Kaahl avait de la retenue, une retenue que je n’étais pas certain de posséder. « Je dois encore y réfléchir. Je voulais y venir ensuite alors je garde cette question en suspens pour le moment. » Mes doigts remontèrent sur son poignet. Sous la table, mon geste n’était pas visible. Priam semblait tenter de nous ignorer du mieux qu’il le pouvait. Il ne s’attardait pas sur nous.

Je posai ma tête contre le dossier de la chaise. « Cyrius… » Je soupirai et fixai le plafond. « Je ne sais pas. Cyrius est une pièce maîtresse complexe. Il est délicat de prévoir ses déplacements. Il serait capable de te questionner sur ta pratique du violoncelle pendant trois heures. Il est détaché de son environnement, tellement détaché qu’il pourrait également très bien te demander de raconter en détail ta vie à mes côtés. Tu dois t’attendre à tout, venant de lui, à l’exception de questions d’ordre sexuel. Néanmoins, il pourrait trouver outrageant que tu ne saches pas parler de certaines techniques musicales. La musique et le chaos sont tout pour lui. » Je fermai un instant la bouche et l'ouvris de nouveau pour ajouter : « Et moi. Moi aussi, je suis tout pour lui. Il n’est pas ravi des récents changements et… » Mon amour pour Cyrius était immense. C’était également la raison pour laquelle ma colère à son égard ne pouvait pas tenir. La virulence de mon émotion se heurtait à la grandeur de cet amour particulier. J’aurais été bien incapable de le définir. C’était une volonté d’union au-delà du corps. Nos Destins étaient mêlés sous la bannière d’Ethelba. « … il pense que tu es responsable. Il n’est ni doué socialement ni stable dans ses affects. » Je préférai éviter de lui parler de ses tentatives de suicide, de ses chantages affectifs et du fait qu’il possédait une puissance supérieure à la mienne dans des domaines très précis mais n’ayant pas moins un poids considérable. « Pour te répondre, oui, je lui ai parlé hier. Je nourris quelques espoirs qu’il finisse par entendre raison à la suite de notre conversation mais, encore une fois, le comportement de Cyrius est difficile à prédire. » Je la regardai de nouveau et ma main quitta la sienne pour caresser sa cuisse. Mes yeux se promenèrent sur ses jambes un instant. J’aimais la voir porter mes vêtements. J’aimais voir ses cheveux tomber sur le tissu, onduler de chaque côté de ses épaules. « La bienséance ? » interrogeai-je, en laissant mes doigts remonter lentement. « C’est une idée. Cyrius n’est pas à cheval sur ces questions mais les Mages Noirs qui seront présents ne pardonneront certainement pas un écart trop important. Dans tous les cas, même s’ils pourraient simplement le mettre sur le dos de ton peuple de naissance, et expliquer par-là même que tu n'es qu’une sauvage, ça ne sera jamais à ton avantage. » Je me penchai vers elle et murmurai quelques mots à son oreille. « Je dois en avoir, oui. » J’ajoutai ensuite, plus haut : « Des livres de bienséance pour femmes enceintes. » Je souris et déposai mon stylo sur la table pour replacer l’une de ses mèches de cheveux derrière son oreille avant de me détacher d’elle partiellement, mes doigts toujours contre l’intérieur de sa cuisse. « Imagine le pire et dis-toi que les Sorciers sont toujours capables d’aller un cran au-dessus. Néanmoins, Val’Aimé ne demandera vraisemblablement rien ressemblant de près ou de loin à une agression sexuelle, à moins qu’il ne veuille troubler Cyrius. » Je précisai : « Ils ne s’apprécient pas. Néanmoins, publiquement, leur détermination à s’opposer est réduite dans un souci de cohésion. »

Je tournai les yeux vers elle et demeurai un instant silencieux. Mon regard parlait pour moi et, doucement, ma main remonta encore. « Depuis ce matin, je me dis que c’est dommage qu’on ne puisse pas se marier à Amestris. Je dois avouer trouver l’idée de défrayer la chronique à tes côtés affreusement tentante. » Je souris. Cette hypothèse était impossible, pour un millier de raisons. Pourtant, l’envisager me plaisait. Il y avait un petit côté excitant à s’imaginer aller à l’encontre des règles établies. Si elle avait été ma Reine, les rumeurs sur la pédophilie d’Elias auraient disparu rapidement. « Hum. Pour rester sérieux… » Ce qui n’était qu’une façade étant donné la position de mes doigts. « … si je veux élaborer une stratégie, je vais devoir m’isoler pour réfléchir. » Ma main se retira lentement, pour rejoindre le bureau sagement, ce qui ne m’empêcha pas de la contempler encore. « Je sais que les circonstances ne se prêtent pas à ce genre de déclarations mais j’aime vraiment lorsque tu es à mes côtés. » Assis, ensemble, à travailler un même projet. « Il faudrait simplement choisir un projet moins risqué la prochaine fois, comme l’élaboration des travaux de la chambre du bébé. » plaisantai-je.

1007 mots
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Priam & Freyja
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Ven 08 Avr 2022, 07:50




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Le regard accroché aux dessins de la feuille, Freyja écoutait tout ce qu’il disait. À partir de ses vagues indications, elle imaginait des questions et des réponses. Ce n’étaient que des chimères destinées à la rassurer ; il lui était impossible de deviner précisément ce que Cyrius voudrait savoir. Elle s’en était un peu doutée, parce que sa réputation n’était plus à faire, mais elle avait espéré que Kaahl pût lui donner quelques indications, malgré tout. Elle soupira, puis replaça son menton dans sa paume, juste avant que le brun ne ramenât les préoccupations de l’Empereur à lui-même. À quel point était-il tout pour lui ? Au point de ne pas pouvoir envisager sa vie sans lui ? Au point de préférer mourir plutôt que de subir son trépas ? L’idée était pénible, si ce n’était douloureuse. Son ignorance quant à la nature exacte de leur relation entretenait un doute qui l’inquiétait et la déstabilisait. Elle avait peur de ce que leur lien pouvait être, d’abord parce qu’elle craignait que ce ne fût une lame de plus enfoncée dans son cœur, et ensuite parce que, de la même façon que Cyrius exécrait l’influence qu’elle avait sur Kaahl, elle abhorrait l’ascendant qu’il exerçait sur lui. Il existait à ses yeux comme une évidence : si le Taiji n’avait pas tenu à lui, il l’aurait balayé pour la sauver. Elle lui en voulut un peu, à lui, celui dont le cœur se gorgeait d’amours incompatibles. L’Ange déglutit et baissa les yeux. Elle ne dit rien, mais elle sentait déjà la pointe de l’arme piquer son palpitant. Elle finirait par la traverser, comme toutes les autres. Elle déchirerait son corps puis disparaîtrait. Le sang sécherait et la plaie cicatriserait. Il n’en resterait qu’une trace infime et pourtant bien présente. Une conscience noyée dans le fleuve d’amour qui toujours emportait sa raison. Il lui aurait fallu la force d’une colosse pour résister à ce qu’elle ressentait pour Kaahl. Face à lui, son âme rendait les armes et son cœur tombait à genoux. Son regard l’incendiait et elle se laissait volontiers consumer. Elle s’abandonnait, toujours.

Ses prunelles rejoignirent la main qui se posait sur sa cuisse. Elle releva doucement le visage vers lui ; et lorsque ses yeux croisèrent les siens, un long frisson agita sa peau. Le brasier rugit ; elle s’y brûlerait autant de fois qu’elle le pourrait. Comme ses doigts remontaient le long de sa jambe, elle retint son souffle. Elle ne bougea pas, mais pensa à Priam. Elle ne savait pas si elle espérait qu’il ne regardait pas ou si elle espérait qu’il se rendait bien compte du désir qui flambait entre eux. Ça avait un côté gênant et malsain, et un autre plus rebelle, peut-être mesquin. Un côté qui disait : regarde bien, je fais ce que je veux, tu peux souhaiter ma mort autant que tu le peux, ça ne changera rien. Son souffle contre son oreille tendit la main qui caressait toujours son genou. « La bienséance, ouais. » chuchota-t-elle, moqueuse. Il avait visiblement décidé de l’annihiler. Ses propres phalanges se mêlèrent à son jeu : elles gravirent sa cuisse avec lenteur. « C’est compliqué d’imaginer le pire quand on est une Ange. » Elle sourit. En revanche, ce n’était pas le cas pour une fille de Réprouvés. Ils n’étaient ni vicieux ni sournois comme pouvaient l’être les Sorciers, mais ils étaient capables d’autant de violence et de haine. Elles s’exprimaient simplement avec plus d’éclat et de fracas. Ils n’auraient probablement pas pris la peine d’organiser un procès s’ils avaient voulu la punir d’un tel affront. Ils se seraient contentés de la torturer et de la massacrer, sans chercher à mimer un semblant de justice. Les ennemis du peuple n’en méritaient aucune. Les Mages Noirs préféraient laisser à leur victime l’illusion d’une échappatoire, auquel un chemin pavé d’humiliation pourrait conduire.

Ses pensées serpentaient entre le futur et le présent ; entre le procès du lendemain et les caresses entre ses jambes ; entre la mort qui la guettait et la vivacité brûlante du regard de Kaahl ; entre la raison et la pulsion. « Tu aurais dû m’en parler avant que je refuse ta proposition de mariage. J’aurais peut-être dit oui. » Elle sourit, provocante. Dans ses yeux brillait la même flamme que dans les siens. Ce n’était pas que physique. Elle aimait son toucher et elle aimait l’observer, mais elle aimait aussi l’écouter. Elle aimait le son de sa voix et, surtout, le déroulé limpide de ses réflexions, la pertinence de son esprit et la mesure de son phrasé. Elle aimait quand il l’incluait dans ses idées, quand il la traitait comme une égale. « Ah bon ? Je suis sûre que je pourrais t’inspirer pour trouver une stratégie. » répondit-elle, un sourire en coin plaqué sur les lèvres. Alors qu’il retirait sa main, elle fit encore remonter la sienne, un petit peu, juste assez pour agacer. À sa déclaration, le feu qui grondait dans son ventre embrasa sa poitrine et son sourire s’élargit, sincèrement heureux. Espiègle, elle glissa : « Tu vois, tu ferais mieux de me garder avec toi pour réfléchir à ma défense. » Les commissures de ses lèvres remontèrent encore et elle secoua doucement la tête. « C’est quand même moins drôle, il y a moins de risque. » ironisa-t-elle.

« T’es vraiment enceinte ? » Freyja pivota à demi pour voir son frère. C’était la première fois qu’elle le regardait vraiment depuis le début de sa discussion avec Kaahl. Elle tenta de faire taire toutes les émotions qui lui martelaient la poitrine. Au-delà de ses accusations infondées et de son rejet brutal, peut-être que tout ce qu’il lui avait dit était insupportable parce qu’il y demeurait une pointe de vérité. Elle avait conscience du fait qu’elle aurait raisonnablement dû quitter le Sorcier des années auparavant, qu’elle en avait eu répétitivement l’occasion au cours du temps, et pas plus tard que la semaine passée. Elle ne le pouvait pas. À chaque fois qu’elle s’éloignait, elle dépérissait et, toujours, elle revenait. Elle s’était laissé engloutir par tout l’amour qu’il lui inspirait, et désormais, imaginer sa vie sans sa présence lui était impossible. Elle continuerait à la construire avec lui. Après un bref temps d’hésitation, elle répondit : « Non. Mais le faire croire pourrait m’éviter de subir une peine trop lourde. » Elle s’interrompit avant d’ajouter : « Et dans l’absolu, c’est un projet. » L’Ange vit les mâchoires de son frère se contracter. Il se détourna et replaça sèchement dans la bibliothèque le livre qu’il tenait entre ses mains. « Formidable, comme ça la Couronne noire pourra entamer un élevage de Belegad. » répliqua-t-il, amer. Elle inspira, mais ne dit rien. Elle n’avait pas envie de batailler avec lui. Elle devait garder la tête froide – autant que possible étant donné la chaleur que le Magicien avait répandu dans tout son être. Depuis sa chaise, elle sentait toute la colère qui vibrait autour de son aîné. Le corps tendu, il jeta un coup d’œil à chacune des portes qui cloisonnaient le bureau. Il allait demander à partir, parce que s’il restait, il allait exploser. Là où elle se laissait déborder, il préférait souvent prendre la fuite et se renfermer sur lui-même. L’Immaculée pinça les lèvres, triste malgré les remparts d’ire qui les isolaient l’un de l’autre. « Vous avez une autre bibliothèque que celle-là ? » Chacun de ses mots sonnait comme une attaque, alors que sa phrase avait tout d’anodin. Elle laissa Kaahl répondre. « Parfait. Vous n’aurez qu’à venir me chercher quand je pourrai enfin rentrer chez moi. » Sans même attendre la réponse, il se dirigea vers la porte qu’on lui avait indiquée et la claqua derrière lui.

L’Aile d’Acier soupira, puis ramena son regard sur le brouillon griffonné par le Mage. Elle le détailla encore un instant, avant de relever les yeux vers son partenaire. Elle admira la délicatesse de son profil, ses traits ciselés et les mèches brunes qui lui tombaient sur le front. Son palpitant se gonfla d’amour. « Tu es sûr que tu as besoin d’être tout seul pour réfléchir ? » Son coude glissa sur le bois du bureau et ses doigts rejoignirent sa propre nuque, jusqu’à ce qu’elle se trouvât en appui sur son bras. Elle lui sourit. L’intervention glaciale de Priam ne lui avait pas fait oublier les élans brûlants de Kaahl. Au contraire ; c’était comme si l’attitude vindicative de son frère n’avait fait qu’alimenter ce qu’elle éprouvait pour son amant, maintenant et tout le temps. Elle trouvait de la passion et du plaisir dans la rébellion. Chaque acte tendre qu’elle aurait envers lui serait une révolte contre l’injustice du racisme et du jugement hâtif de son aîné, et de tous ceux qui pourraient trouver quelque chose à y redire. Dans l’adversité, elle l’aimait encore plus. Suite aux dernières révélations qu’elle avait endurées, elle aurait dû le haïr ; mais en éclatant, la vérité avait rebattu les cartes. Leur relation, devenue plus transparente, était aussi plus équitable. Une confiance nouvelle les liait. Dans cette justice et cette foi-là, l’Ange trouvait mille routes sur lesquelles déployer son amour. Sa main, qui jusque-là n’avait pas bougé, remonta encore contre la cuisse du brun. Elle se redressa, s’inclina vers lui, enroula ses doigts autour de son épaule, et caressa son cou du bout des lèvres. « Je suis sûre qu’à deux, on est plus productifs. » chuchota-t-elle contre son oreille. Elle était aussi certaine du contraire.



Message XXVII – 1580 mots

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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Ven 08 Avr 2022, 22:53



Que l'Ombre dévore


Note : Rp à caractère sexuel

Je tournai la tête et cherchai ses yeux. « Ah oui ? » fis-je, d’un ton chargé de sous-entendus. Le son qui se dégagea d’entre mes lèvres était rauque d’un désir retenu depuis trop longtemps. Il y avait eu bien trop d’occasions manquées entre elle et moi, dont certaines que j’avais moi-même délibérément créées. Cependant, les mouvements de sa main et ses remontées successives vers mon entre-jambe avaient donné naissance à un brasier dans l’ensemble de mon corps. J’étais heureux que Priam eût choisi de s’exclure de lui-même. Petit à petit, mon jeu s’était transformé en une force irrésistible et la présence du frère de Freyja était devenue problématique. Cela dit, pour être tout à fait honnête, j’avais commencé aussi parce qu’il était là, parce que l’interdit m’avait excité et que l’idée même qu’il comprît l’étendue de son impuissance avait éveillé la mesquinerie en moi. Le reste n’avait rien à voir avec lui. Le reste tenait à la présence de l'Ange à mes côtés et au fait que je ne l’avais jamais autant désirée que ces derniers temps, depuis qu’elle savait. J’avais envie d’elle, envie de me fondre en elle, envie de la faire crier, souvent, tout le temps. Je voulais que nous baptisassions chaque centimètre de ce bureau. Je voulais lui écarter les cuisses sur chaque meuble et l’acculer partout. Je voulais lui faire l’amour comme jamais je ne l’avais fait jusqu’ici, parce qu’il y avait toujours eu ce mur entre nous, cette absence de confiance, ces mensonges et ces non-dits. Maintenant, je me sentais désireux de quelque chose d’autre, d’un sexe sans barrières, d’un acte qui signifierait tout, d’un acte dans lequel je me donnerais sans concession. Je voulais disparaître en elle, m’enfoncer profondément en elle, jusqu’à toucher le fond de ce qu’elle pourrait supporter. Pourrait-elle me supporter ? C’est ce que nous allions voir.

Mes mains se refermèrent sur ses fesses et je me levai pour la hisser sur le bureau. Je forçai le barrage de ses genoux pour me glisser entre ses cuisses. Mes doigts, depuis la chute de ses reins, remontèrent le long de son dos et redescendirent pour se poser sur la table. Je plantai mes yeux dans les siens, penché sur elle. Je n’avais qu’une envie : la renverser sur le plateau, agripper ses hanches et la prendre. Les vêtements qu’elle m’avait empruntés disparurent progressivement. Ma bouche se jeta dans son cou et descendit sur le sein que je n’empoignai pas. Une flamme bestiale brûlait à l’intérieur de moi. J’étais fou d’elle, fou de sa peau, fou de son odeur, fou de son corps. Cette folie décuplait mon ardeur. Je la voulais, en entier. J'arrêtai néanmoins quelques secondes le mouvement de ma langue et souris contre son mamelon. Les informations amenées par la Valse Destructrice lorsque je l’utilisais étaient diverses. Je sus qu’en bonne fille de Réprouvés, elle n’avait pas jugé nécessaire de mettre une culotte en s’habillant, ce qui m’amena à envisager des centaines de configurations toutes plus osées les unes que les autres et accentuées par l’envie qui me faisait presser mon bassin contre le sien de plus en plus fortement. Il n’y avait plus que mon propre pantalon qui nous séparait vraiment. Je l'admirai. Lorsqu’elle serait libre et que je serais de nouveau Roi, je la laisserais me prendre en elle dans la salle du trône et je la prendrais moi-même sur la chaire même du Procureur. Je voulais qu’elle restât à Amestris, je voulais jouer avec les limites et le danger, un comportement qui ne me ressemblait absolument pas en temps normal. Je voulais me nourrir d’elle, de sa peau, de son sang, de tout.

Mes propres habits disparurent et je collai mon corps au sien davantage. Ma respiration n’était plus qu’un souffle chaud et intense. Mes lèvres cherchèrent son cou, le mordirent et plus encore. Je voulais la marquer. Je voulais que la forme de ma bouche y restât, qu’elle eût des traces rougeâtres, preuves de mon passage. Elles ne se verraient pas, lors du procès. Elles seraient cachées par les habits des Mages. Je trouvai son oreille et souris. « Prends-moi dans ta main. » ordonnai-je. Mes yeux rejoignirent les siens. Mon regard n’était plus qu’envie. Un sourire en coin se dessina doucement sur mes lèvres. « Ne t’inquiète pas, je ne serai pas trop demandeur. » Pourtant, il aurait été mentir que de dire que l’idée de lui imposer mes désirs ne m’excitait pas. « Caresse-moi. » murmurai-je, avant de l’embrasser et de laisser nos respirations s’entremêlées. J’avais besoin de cette fusion, de cette absence de frontière entre ce qui était à elle et ce qui était à moi. « Enfonce-moi en toi. » finis-je par souffler. Je soupirai de plaisir. Il y avait tout un ensemble : faire l’amour et l’idée de le faire. Les deux me menaient au bord de l’asphyxie. Je l’aimais trop et je sentais que cet amour pourrait aussi se retourner contre elle dans mes plus sombres moments. Un sourire revint se loger sur mon visage. « Dis-moi ce que tu veux que je te fasse et j’obéirai. Peut-être. » Je bougeai lentement mon bassin. Je ne désirais pas cette lenteur. Je la tenais simplement le temps qu'elle parlât. En réalité, j’avais envie d'être brutal et de la dévorer.

843 mots
T'es toujours partante aussi  [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 2289842337

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Sam 09 Avr 2022, 17:24




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



L’ordre frappa l’Ange d’une décharge ; mais pour une fois, elle s’y plia volontiers. Ses doigts entourèrent le témoin de l’envie de son amant. Ses yeux remontèrent vers les siens. L’ardeur qu’elle y perçut l’enflamma. Elle eut envie de se précipiter. Quel était l’intérêt d’attendre quand la brûlure était presque trop douloureuse ? Pourtant, elle conserva son regard accroché au sien, dans l’attente de son prochain désir. « Je n’ai pas peur. » souffla-t-elle. Quelques temps plus tôt, sans doute, elle aurait été réticente à l’idée d’être totalement à sa merci. Elle aurait craint quelque chose. Un revirement, une action inattendue, n’importe quoi. C’était paradoxal ; désormais qu’il ne se cachait plus, désormais qu’elle avait devant elle l’entièreté de son être et tout ce qu’elle impliquait de néfaste et de dangereux, elle n’avait pas peur. Elle avait eu peur quand il n’avait été que la moitié de lui-même, quand il n’avait montré que des fragments de sa personnalité altérés par le rôle dans lequel il se perdait. Elle avait eu peur des ombres qui dissimulaient le reste. Depuis qu’elle avait jeté sur elles des faisceaux de lumière, elle ne les craignait plus. Elle composait avec. Ils composaient ensemble une mélodie nouvelle, parfois folle et brutale, à la limite de la disharmonie, mais sans fausse note. La confiance avait comblé la plupart des vides qui perçaient son cœur. Sa main coula contre lui, parfois légère et espiègle, plus tortionnaire que libératrice, et parfois franche et ferme, plus fébrile en même temps. Elle le guida contre elle, fit glisser sa peau contre la sienne, contre la preuve de son propre plaisir. Le spectre de la mort, du risque et du danger conférait à ses gestes une dimension d’urgence. Le moment la portait, mais l’appréhension du lendemain ne la quittait pas. Elle voulait survivre, pour pouvoir l’aimer encore. Ses lèvres appelaient les siennes et sa main libre tenait fermement sa nuque pour le maintenir près d’elle. Elle voulait l’éprouver et l’épuiser. Sa bouche rejoignit son cou et lui rendit tant les baisers que les morsures qu’il avait tracés dans le sien. Aucun geste ne lui paraissait suffisamment fusionnel. Elle désirait une harmonie qui n’existait probablement pas.

Lorsqu’elle l’accueillit entre ses cuisses, un soupir similaire au sien franchit ses lèvres. Elle bougea son bassin pour l’amener au plus près du sien et le sentir tout entier en elle. Son premier mouvement lui arracha un gémissement de plaisir et de soulagement mêlés. Leurs dernières entrevues avaient créé une frustration que le temps avait alimentée. Cette fois encore, elle appréhendait presque le moment où il la laisserait sur sa faim, tremblante et démunie. Dans une vaine tentative de s’en prémunir, elle noua ses jambes autour des siennes et ses bras autour de son torse. Ses prunelles enfoncées dans les siennes, sa proposition la fit sourire. Beaucoup de choses étaient nouvelles. Ils n’avaient jamais communiqué comme ça, ils ne s’étaient jamais étreints de la sorte et, de façon générale, ils ne s’étaient jamais obéi. L’idée l’amusait. « Caresse-moi. » Elle se rapprocha pour l’embrasser, ses ongles agrippés autour de ses omoplates. Sous les doigts du brun, l’Ange frémissait. Elle attrapa sa lèvre entre ses dents et joua avec quelques instants avant de la mordre plus ardemment. Ils avaient toujours été plus doux, plus mesurés, peut-être presque calculateurs. Dans leurs ébats, ils n’avaient jamais vraiment lâché prise. Il se cantonnait à son rôle de Magicien, et peut-être qu’elle s’était elle-même enfermée dans l’image d’immaculée perfection qu’elle avait tant voulu renvoyer ou qu’elle avait cru qu’il voulait voir. Elle avait triché, elle aussi. Ce n’était pas vraiment elle, ou seulement en partie. On ne pouvait pas naître chez les Réprouvés et ignorer toute sa vie la part de sauvagerie et de bestialité qui pulsait dans ses veines. Le sexe entre Manichéens pouvait autant s’auréoler de tendresse que sombrer dans la violence. Dans tous les cas, l’animalité ne le quittait pas. Elle le savait, c’était ancré en elle comme tant d’autres souvenirs.

« Retire-toi. » souffla-t-elle, près de son oreille, en dénouant ses jambes et en ralliant son regard au sien. Presque à regret, la jeune femme le sentit la quitter. Elle se releva. Le contact froid du carrelage contre ses pieds la fit frémir. Ses bras se refermèrent à nouveau sur la nuque du Sorcier et elle l’embrassa, encore, avant de le relâcher et de le pousser sur la chaise qu’il venait de délaisser. Elle s’assit sur lui, et ses yeux plantés dans ses iris verts, fit onduler son bassin contre le sien. L’envie de le mener au bord du gouffre se cramponnait à ses tripes. Elle voulait le voir trembler, s’impatienter et défaillir. Elle voulait rendre son excitation insoutenable, que ses gémissements et ses râles résonnassent jusque dans son cœur. Qu’il perdît tout à fait pied. Elle le reprit dans sa main, le caressa encore puis, lentement, le réintroduisit en elle. Son visage se rapprocha de sa mâchoire, tandis qu’elle attrapait l’une de ses mains. « Touche-moi. » Elle guida ses doigts jusqu’à son entrejambe, puis ferma les yeux. Son souffle, lourd et profond, s’intensifia encore. Dans un gémissement, elle referma sa mâchoire sur la jointure entre son cou et son épaule. Les morsures qu’il avait égrenées sur sa gorge tiraient encore sa peau, marques délicates et jouissives de son amour. Les mouvements qu’il imprimait sur elle lui rappelaient quelques-uns de leurs instants volés. Elle le lâcha pour remonter jusqu’à son lobe. Dans sa cage thoracique, son cœur battait à tout rompre. Elle voulait plus. « Prends-moi comme un Réprouvé. » murmura-t-elle, les lèvres au contact de son oreille.



Message XXVIII – 931 mots

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Sam 09 Avr 2022, 21:08



Que l'Ombre dévore


Note : Rp à caractère sexuel et violent

« D’accord. » Je souris et m’avançai sur ma chaise. Deux appendices sortirent de mes omoplates. Une aile d’Ange. Une aile de Démon. L’envie de la dévorer me reprit mais, cette fois, sortie tout droit d’entre ses lèvres, l’autorisation d’être violent venait de m’être offerte. « Laisse-toi faire. » ordonnai-je. Je me levai et la collai sur le bureau. Je plaçai ses pieds sur mes épaules et la pénétrai aussi profondément que cette position me permettait de le faire. Mes coups de reins se firent rapides et puissants, au point de déplacer légèrement la table. J’écartai ses cuisses, agrippais la peau de ses hanches et l’amenai vers moi, encore et toujours plus. L’ardeur appelait l’ardeur et, dans mon cas, l’ardeur appelait aussi une partie bien plus sombre que la Couronne du Savoir n’étouffait pas. Je me stoppai et caressai l’un de ses seins. Je le serrai dans ma paume et me penchai davantage sur elle. « Comme un Réprouvé. » répétai-je. Mon regard n’était plus que ténèbres. Ma main vola jusqu’à sa joue. La gifle retentit dans la pièce, claquante, mordante. Je la retournai et plaçai son bassin à quelques centimètres du bois, de façon à pouvoir passer ma main entre ses jambes. Je la touchai et la pénétrai de nouveau quelques secondes. Je m’arrêtai encore, pas tout à fait satisfait. J’attrapai ses bras et les tirai en arrière, afin de les emprisonner dans son dos. Ma main libre s’abattit sur son crâne pour la maintenir contre le bois. Imaginer ses seins pressés sous son poids me plaisait. Mes doigts se refermèrent dans sa chevelure et je repris un rythme rapide et agressif. Je voulais lui faire mal et, plus que ça, je désirais qu’elle aimât ça. Je lâchai ma prise sur sa tête et griffai son épiderme, jusqu’à la faire saigner. Je ralentis la cadence, le temps pour ma langue de venir lécher le liquide. Mes dents la mordirent à d’autres endroits. Je voulais aspirer sa peau pour la marquer encore, qu’elle fût couverte de traces qui seraient douloureuses le soir même, le lendemain et le surlendemain. Le meuble se déplaçait toujours, par à-coups. Je lâchai ses bras et enserrai ses fesses. Je les écartai pour aller plus loin. J’avais besoin de cette fusion, qu’elle fût violente ou non. Et je sus vite que je devrais me calmer, sous peine de jouir sans avoir pleinement obéi. Elle avait dit « comme un Réprouvé ». J’inspirai, pour faire taire le Sorcier, pour ravaler la magie qui s’était étendue sur elle.

Je me retirai et la retournai doucement. « Chut. » murmurai-je, en la prenant dans mes bras. Je l’embrassai et ordonnai à Umbra in Lucem de soigner chaque blessure, chaque hématome que j’avais pu lui infliger durant la phase démoniaque. « Je t’aime. » susurrai à son oreille. J’attrapai son lobe avec mes lèvres tendrement et caressai ses cheveux. Je la portai et m’agenouillai sur le tapis. Je la déposai là et me glissai derrière elle. Mes bras l’enlacèrent. Mes doigts et mon aile duveteuse effleurèrent sa peau : son cou, ses seins, son ventre, ses jambes, son sexe. « Je t’aime. » répétai-je, en m’unissant à elle de nouveau. Mon index et mon majeur disparurent entre ses cuisses en de longues caresses similaires au rythme de mon bassin. Je pris mon temps et couvris sa nuque, son cou et le haut de son dos de baisers. J’étais doux, trop à mon goût, mais peut-être était-ce nécessaire après la première vague. J’avais fait le Démon. J’avais joué l’Ange. Finalement, il nous faudrait revenir à un juste milieu, entre les ténèbres et la lumière. C’était ainsi que je désirais qu’elle jouît, pas autrement. Je veillais donc consciencieusement à chaque son qui aurait pu m’indiquer la moindre jouissance, afin de ralentir ou même de m’arrêter. L’exercice était compliqué pour moi aussi, parce que j’avais envie de venir en elle.

Je m’écartai et me laissai tomber sur le dos. Mon visage se tourna vers elle. « Viens sur moi. » lui dis-je. J’avais envie de la voir au-dessus de moi. Je voulais admirer le mouvement de ses seins, en coordination avec les mouvements de ses hanches. Je voulais voir le rouge lui monter aux joues. « Finis-moi. » soufflai-je. L’idée même de l’admirer onduler m’excitait. Tout en elle m’excitait. D’ici, j’avais un accès privilégié à son corps. Mes mains la plaqueraient contre moi avec plus de force lorsque je la sentirais fébrile et mon pouce l’aiderait à jouir lorsque le moment serait venu. Parce que, maintenant, je voulais qu'elle jouît, qu'importât son état, qu'importât ses pensées, qu'importât qu'elle me haït. Je voulais l'entendre crier.

767 mots
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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Lun 11 Avr 2022, 22:41




Que la Lumière rayonne
et que l’Ombre dévore

En duo | Kaahl & co



Dès que la gifle claqua contre sa joue, l’Ange frappa du pied son amant et darda sur lui des yeux assassins. En voyant son regard se troubler de ténèbres, elle avait presque senti qu’un coup allait s’abattre sur elle. C’était toujours comme ça, pour toutes les situations, qu’elles fussent sexuelles ou bien plus anodines. Tout se passait bien, puis une ombre glissait sur les iris, et le monde se renversait. Dans son enfance, ces grands bouleversements lui donnait des nausées et lui tirait des larmes. Elle ne comprenait jamais pourquoi les autres se retournaient soudainement contre elle, pourquoi ils passaient de l’amour à la haine en une fraction de seconde et pourquoi une caresse pouvait subitement se transformer en claque. Néanmoins, plus leurs coups l’avaient meurtrie, plus ils l’avaient révoltée, mieux elle les avait supportés, et mieux elle les avait compris. C’était quand elle les avait compris qu’elle avait pu vraiment détester son peuple, et l’aimer, aussi. Elle l’avait perçu dans toute son entièreté, de son pire défaut à sa plus belle qualité. C’était comme ça qu’elle pouvait véritablement l’aimer, lui aussi. Elle le lui avait souvent dit ; que vivre parmi les Réprouvés l’avaient préparée à bien des choses, qu’elle connaissait le Mal presque autant que le Bien, et que par conséquent, elle saurait le supporter, lui. Il n’avait jamais voulu l’entendre. Il l’avait toujours traitée comme une petite chose fragile, terriblement vulnérable, incapable d’encaisser le moindre choc – ou il avait toujours eu trop peur qu’elle finît par se détourner de lui comme elle l’avait fait des Manichéens. Mais lui, c’était différent. Il était différent. Elle l’aimait comme elle n’avait jamais aimé personne.

Son corps tout entier amortissait chaque coup de bassin, qui faisait remonter dans sa gorge des plaintes variées. Ses pieds suivaient fiévreusement les déplacements du bureau. Les frottements de sa peau contre celui-ci ne tardèrent pas à la brûler, mais elle ne pouvait pas se soustraire à l’emprise qu’il exerçait sur la totalité de sa silhouette. Elle n’en avait pas envie. C’était douloureux, ça et ses va-et-vient asséchants, cependant il était hors de question qu’elle capitulât et, d’une certaine façon, se sentir à ce point dépossédée d’elle-même avait quelque chose de grisant. Chaque respiration du brun caressait sa peau et lui arrachait des frissons extasiés. Dans son souffle, elle entendait ses efforts et le plaisir qu’il prenait. Sous ses ongles et sous ses dents, elle jura, gémit et cria mais ne se débattit pas. Sa peau frémissait de l’alliance nouvelle des sensations qui l’assaillaient. Au bout de quelques secondes, elle ne sut plus dire si c’était pénible ou jouissif, si elle en souffrait ou si elle en tirait du plaisir. La douleur se mêlait au désir de façon parfaitement inattendue.

Lorsque Kaahl cessa, Freyja tremblait. Le souffle court, elle suivit le mouvement qu’il lui impulsait pour pivoter. « Tu… » Elle se tut, rendue muette par l’ordre, et un éclair d’agacement passa dans ses yeux verts. L’étreinte et le baiser du Mage noyèrent sa frustration. Elle sentit sa magie lécher sa peau, mais l’interrogation ne flotta que brièvement dans son esprit. Elle se pressa contre lui et caressa son corps, son bassin, ses fesses, avant de rejoindre le tapis et de soupirer à nouveau sous ses assauts amoureux. Les mouvements de sa main faisaient vibrer jusqu’à ses hanches. S’il ne l’avait pas tenue, elle se serait pliée vers l’avant, incapable de soutenir son corps parcouru de vagues de chaleur. Mais il était fourbe ; parce qu’à chaque fois qu’elle se sentit au bord du précipice, il altéra ses gestes. Elle avait beau bouger son propre bassin et tenter de ramener ses doigts là où ils devaient être, rien n’y faisait. Il jouait avec ses sens comme il avait toujours joué avec elle : en lui échappant sans cesse et en créant un désespérant sentiment d’injustice. Elle le détestait de la faire languir. Elle le détesta encore plus lorsqu’il s’écarta à nouveau.

L’Ange se retourna et le regarda. Le désir et l’amour enflammaient ses prunelles. Elle s’avança et l’enjamba. Durant quelques secondes, ses yeux scrutèrent les siens. Puis, elle se mit à bouger son bassin lentement, sans le circlure. Ses deux mains se posèrent sur le tapis pour encadrer son visage. Elle l’embrassa. Il avait voulu la faire attendre ; à son tour de patienter. Elle finirait par obéir parce qu’elle y était obligée, mais d’abord, elle le rendrait fou. L’une de ses mains remonta dans ses cheveux et s’y agrippa, tandis que l’autre descendait vers son torse. Elle le caressa, joua avec ses aréoles, les tordit et les pinça. Son corps ondulait toujours contre le sien. Ses lèvres se perdirent dans son cou, où elle laissa autant de baisers que de traces de dents. Lentement, ses doigts descendirent encore, jusqu’à le guider pour qu’elle pût le prendre en elle. Elle se redressa. Ses hanches descendirent jusqu’à lui, puis entamèrent la danse qu’il espérait. Comme elle le surplombait, elle garda son regard rivé au sien. D’abord, elle se mût langoureusement ; peu à peu, son bassin gagna en force et en vitesse, sans perdre en souplesse. Ses doigts couraient sur les cuisses, les hanches, le ventre ou les mains de son amant, suivant les tracés qu’elles-mêmes effectuaient sur son corps. À mesure que son plaisir grimpait, la respiration de Freyja devenait de plus en plus lourde et chaotique. Lorsqu’il la tint plus fortement contre son bassin et qu’il glissa son pouce sur sa peau, l’Ailée se cambra. Des vagues brûlantes déferlèrent de son ventre au reste de son corps, ses muscles se contractèrent, et elle expira un cri qui se finit en un soupir d’aise.

La fille de Réprouvés se pencha au-dessus du Sorcier, les mains en appui à côté de son visage, puis s’inclina encore pour l’embrasser. Progressivement, elle étendit ses jambes le long des siennes et sa peau épousa la sienne. L’une de ses paumes coula jusqu’à son épaule, puis parcourut son bras pour joindre ses doigts aux siens. Elle cala son visage dans son cou et y déposa un baiser. Quelques secondes s’écoulèrent dans le silence le plus complet, puis elle souffla : « Je crois qu’il faut qu’on travaille, maintenant. Enfin, après une douche. » Elle se tut, le regard perdu dans le vague. Puis, un sourire s’épanouit sur ses lèvres, et elle se mit à rire. « Pardon, c’est juste… » Elle rit encore plus et enfouit sa figure dans son cou, ce qui n’étouffa pas du tout son euphorie.



Message XXIX – 1078 mots

Non mais laisse tomber, j'ai même pas envie de le jouer, son malaise doit être beaucoup trop contagieux xDD *laisse Priam dans sa boîte à déni*




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Kaahl Paiberym
Jeu 21 Avr 2022, 11:37



Que l'Ombre dévore


Le bout de mes doigts parcourait son dos lentement. La tension s’était écroulée. Ne restaient plus que les cendres de la passion. Je détestais cette sensation. Adolescent, j’avais ressenti une forme de honte tenace après chaque éjaculation. Mes idées et mes pensées n’étaient pas conformes à celles qui étaient attendues d’un homme. Pendant l’action, elles étaient plus fortes que tout. Après l’action, les remords me rendaient malade. La violence suivait ce même chemin. Pulsionnelle et nécessaire sur le moment, problématique ensuite. Je n’avais pourtant aucune excuse aujourd’hui. Ce que je faisais, je le faisais en toute connaissance de cause. Je n’avais plus le privilège de la naïveté et du manque de contrôle. Mon esprit était pavé de milliers de chemins et, comme les dalles mouvantes d’un labyrinthe, les possibilités se déplaçaient en fonction de mes choix. J’avais décidé de la frapper, elle. Je m’étais engouffré dans ses mots pour pouvoir le faire et, finalement, je me devais l’honnêteté d’avouer que, sur l’instant, j’avais aimé ça. Le fait qu’elle se débattît avait ravivé des émotions que je connaissais bien. Je les avais longtemps ressenties, avant d’accéder à un poste à responsabilité : l’impuissance, la frustration, la déconvenue et, finalement, avec elles, la volonté d’écraser, de soumettre, de faire taire. Mais je n’étais plus impuissant. J’en avais conscience. Entre mes mains, le pouvoir résidait. Les limites et les frontières n’étaient que des obstacles passagers. En temps normal car ce n’était plus le cas concernant ce procès. Les manœuvres étaient limitées et, en face de moi, des opposants de taille se tenaient, sans qu’ils ne fussent pour autant insurmontables. Pourtant, il n’était pas question de raison. Il était question de sentiments… de sentiments que j’essayais de préserver. La raison, elle, me dictait depuis le début de ne pas intervenir la concernant. J’avais bougé des pions sur le champ de bataille et la situation que nous vivions actuellement découlait de ce mouvement. Sans, elle serait probablement morte. Sans, mon jeu aurait été parfait. J’aurais renié mes émotions, au profit de la raison. Et, si je savais que si elle pouvait être ma force, elle était aussi une faiblesse. Parfois, elle me frustrait. Parfois, elle me faisait agir comme un adolescent. Peut-être était-ce la raison pour laquelle j’avais aimé la frapper. La frapper pour ce qu’elle me faisait endurer, de merveilleux et terrible à la fois. La frapper parce que je m’étais promis que mes sentiments, jamais, n’entreraient en considération dans mes actes politiques et que j’étais en train de me parjurer. Cependant, je ne pouvais pas nier non plus que jamais l’acte sexuel entre nous n’avait été aussi jouissif. Le voile des secrets ne s’était pas levé que de mon côté. Ensemble, nous commencions à nous découvrir véritablement et ce que je découvrais me plaisait d’autant plus. Je culpabilisais pourtant de cette gifle. Ma culpabilité me rendait d’autant plus coupable. Je n’étais pas certain de ne jamais recommencer, pour diverses raisons. Maintenant que nous étions si proches, j’étais tiraillé entre la volonté de l’enchaîner à moi pour toujours et celle de faire en sorte qu’elle partît à jamais. Je savais qu’Adam ne me ferait jamais réaliser des actes inconsidérés. Freyja si, parce que son tempérament était enflammé. J’espérais que cette expérience lui servirait de leçon mais je craignais que ce ne fût pas le cas. À force de survivre à chaque épreuve, l’illusion de l’invulnérabilité tend parfois à s’installer. Je savais que je devais arrêter de la protéger. Ce serait la dernière fois, directement ou indirectement, par le biais de mes espions.

J’acquiesçai, plongé dans mes pensées. J’avais déjà fait disparaître de mon corps ce qui me semblait sale et sombrais toujours dans des considérations qui noyaient mon esprit. Jusqu’à ce qu’elle se mît à rire. Mes paupières clignèrent et je relevai légèrement la tête. Riait-elle vraiment ou était-ce un rire de façade, un rire qui cache les larmes ? Elle semblait véritablement rire. « » J’esquissai un sourire à mon tour, comme si une forme de contagion m’avait atteint et nous téléportai sous la douche.

Debout, face à elle, je la fixai. « Pourquoi est-ce que tu ris ? » Je n’avais aucune réponse à cette question. L’hypothèse de la tristesse dissimulée me hantait et ma culpabilité vis-à-vis de la gifle ne faisait que se renforcer. Je pensai à son frère, dans la bibliothèque secondaire. Il avait forcément entendu, que ce fussent les bruits des meubles ou les soupirs de sa sœur. Il y avait plus de raisons de pleurer que de rire. Néanmoins, au-delà de ça, l’acte en lui-même avait été mieux que tout ce que j’avais connu avec elle, lorsque je jouais les Magiciens. J’avais toujours joué une certaine retenue et mimé une douceur frustrante. Cette frustration avait disparu cette fois, même lorsque j’avais incarné l’Ange. J’avais aimé chaque aspect du sexe, parce qu’il y avait une dimension qui n’existait pas avant, une forme d’acceptation mutuelle de l’autre, de communion, même dans la violence. Parce que je lui avais montré des parties de moi plus sombres que tout ce qu’elle avait pu voir jusqu’ici et qu’elle avait tenu la distance, qu’elle avait même réussi à mêler le plaisir à la douleur. Surtout, elle était sortie du carcan de la bienséance angélique, comme si elle avait décidé de prendre ce qui lui revenait : moi. Elle m’avait rendu fou et, elle avait raison, j’étais fou d’elle. Je fis glisser mes mains sur ses hanches et amenai mes lèvres à son oreille. « Si je te frappe de nouveau sans ton consentement, je te donne l’autorisation de me tuer et j’espère que tu le feras. » Je me décalai et fixai l'eau couler sur son corps. « Il faut que je prenne une décision concernant ton frère. Je me doute que le faire rester avec nous sera une torture pour lui. Je pensais donc l’abandonner sur une île déserte pour l'occuper, qu'en penses-tu ? » demandai-je, en souriant d’un air amusé. C’était plus que tentant en réalité.

959 mots
Je comprends. J'ai hâte qu'Erasme vive encore plus de malaises comparables... Il ira dans la boite à déni avec Priam [A] - Que la Lumière rayonne et que l’Ombre dévore | Réprouvés & Sorciers - Page 4 943930617

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