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 | Les Portes Chapitre V - L'arrivée à Narfas |

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Mitsu
♚ Fondatrice ♔

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Mitsu
Dim 16 Avr 2023, 23:18


Image par un artiste inconnu

Explications


Bonjour à tous et bienvenue à NARFAS !  | Les Portes Chapitre V - L'arrivée à Narfas | 1628

Il se passe quoi ? : Certains habitants de Lieugro ont quitté le Royaume suite à la prise de pouvoir des Uobmab sur ce dernier. Il y a donc, dans le convoi, l'ancienne famille royale, plusieurs soldats sous le contrôle de Childéric, des nobles et des paysans. Ca fait un mois et demi que le convoi est en route et celui-ci arrivera à Narfas, à la Cour Royale (à Narfas, les nobles habitent tous au même endroit, dans des appartements) d'ici quelques minutes. Le palais est particulièrement grand. Il ressemble à une ville avec de nombreux espaces verts et le tout est entouré de hauts murs. Bien sûr, les nobles ont des résidences secondaires ^^ Derrière les murs, à l'extérieur, vit le reste du peuple. La famille royale de Narfas, ainsi que les nobles (et le peuple) attendent les réfugiés de Lieugro. Certains sont allés à leur rencontre afin de les escorter à la Cour Royale (ça fait d'ailleurs quelques kilomètres que le convoi initial est accompagné de soldats et autres de Narfas).

Voici comment le rp commence : J'ai fait des groupes afin que vous puissiez commencer avec un contexte. Vous êtes, bien entendu, libres d'emmener votre personnage où vous voulez ensuite ^^

- Garance et Lambert discutent de l'arrivée imminente à Narfas, tous les deux dans une hippomobile/calèche*.
- Placide et Ludoric sont ensemble dans une autre calèche* et surveille Zébella qui dort (comme ça t'es tranquille pour tes vacances Astriid xD)
- Alembert, Clémentin et Rosette sont ensemble dans une autre calèche*
* Les calèches ont été prêtés par le Royaume de Narfas. Avant le convoi était vraiment sommaire et se faisait plus à cheval, à pied et en charrette !  
- Lénora et Childéric sont sur un cheval côte à côte, à côté de la calèche de Garance et Lambert.
- Tamara, Jesabelle et Adolphe sont en route afin d'accueillir les réfugiés. Ils ont fait une pause afin qu'Adolphe puisse soulager sa vessie.
- Melchior, Gao et Pénélope partagent un thé en discutant des réfugiés.
- Gaspard et Balthazar sont ensemble afin de faire les derniers préparatifs avant l'arrivée des réfugiés.
- Wesphaline est avec Anthonius afin de lui rappeler l'importance de garder secret le fait qu'elle est une fille.

Narfas : Le Royaume de Narfas était avant séparé en deux territoires (celui dans lequel on joue) et un autre, bien plus éloigné, qui a été pris par Luce d'Uobmab, le père de Judas d'Uobmab, lui-même père de Zébella et Merlin d'Uobmab. Aujourd'hui il ne reste plus que ce Narfas là. Vous avez la carte du monde là >>> Carte <<< Narfas est un mélange de la culture Humaine et de la culture Orine de l'IRL des personnages. On joue dans un climat plutôt chaud mais y a des oasis et de l'eau, des palmiers, de la végétation (on est avec Astriid en vacances quoi o/). L'architecture est plutôt celle des Orines donc temples asiatiques, avec, en plus (c'est pas Orine) quelques touches de cités grecques avec des colonnes sous les bâtiments. Les vêtements sont fait d'étoffes et ressemblent à l'image que j'ai mise en en-tête pour les nobles. Voilààà o/ Le reste vous pouvez inventer. Lisez bien les nouveaux rôles car il y a beaucoup de contexte dedans ^^ Pour l'invention, faites en fonction du rôle de votre personnage (si c'est un marchand vous pouvez inventer des choses par rapport à ça, si c'est un religieux détailler les monuments de culte etc etc).

Rps importants
- Le Royaume de Lieugro - Partie I
- La mort de Montarville et la prise de Lieugro
- Transition - Quand Lieugro devint Uobmab

Longueur des messages ? - 720 mots minimum.

Objectifs secrets et secrets : Si ce n'est pas déjà fait, regardez votre boîte mp ! Normalement vous avez dû tout recevoir !

Voilà !  | Les Portes Chapitre V - L'arrivée à Narfas | 002

Si vous avez des questions, n'hésitez pas ! Amusez-vous bien  | Les Portes Chapitre V - L'arrivée à Narfas | 1628

Participants


La liste des nouveaux rôles est >> ICI << avec la description des rôles sur la page précédente.

Je vous mettrai en place la liste des participants bien comme il faut le weekend prochain parce que là je suis fatiguée mais on a, au niveau des rôles : Balthazar, Wasphaline, Anthonius, Jesabelle, Gaspard, Tamara, Adolphe, Melchior, Gao, Pénélope, Garance, Placide, Alembert, Clémentin, Rosette, Lambert, Ludoric, Childéric, Lénora et Zébella.

Deadline Tour n°1


Dimanche 23 avril à 19H

Pour information, le rp durera 3 mois, soit 12 tours ^^

Gain Tour n°1


- 1 point de spécialité au choix

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Lyz'Sahale'Erz
~ Chaman ~ Niveau I ~

~ Chaman ~ Niveau I ~
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Lyz'Sahale'Erz
Lun 17 Avr 2023, 22:30



Les portes : L'arrivée à Narfas



À l’intérieur de mes vêtements de soldat, maintenues contre ma poitrine par une lanière de cuir, plusieurs lettres protégeaient mon cœur. Celle qui était le plus proche de ce dernier provenait d’Ezidor. Il s’agissait de ce fameux parchemin qui m’annonçait ses fiançailles avec Irène d’Errazib. Cette nouvelle m’avait fait sombrer dans des colères que j’avais peiné à contenir. Parfois, dans ma tente, face à un miroir de fortune que j’utilisais pour me raser, mon regard se fusillait lui-même. D’autres fois, des mots m’échappaient, des mots que j’aurais aimé balancer au visage du médecin sans vergogne. Je regrettais, depuis lors, de ne pas l’avoir enchaîné quelque part après l’avoir drogué. La distance entre nous était une aubaine pour lui. Je n’étais pas certain de savoir jusqu’où ma rage aurait pu me porter si j’étais resté à Lieugro. J’aurais probablement saigné cette truie sans hésitation. Je connaissais bien trop Ezidor pour penser une seule seconde qu’il prenait femme par amour. Il avait dû lui trouver une utilité. Qu’avait-elle donc de si spécial pour qu’il acceptât de briser sa solitude une seconde fois ? Jusqu’ici, j’avais été le seul. Je me haïssais pour subir de tels tourments, des tourments qui allaient bien au-delà de ceux que créaient chez moi le fait de savoir Adénaïs et Clémentine seules à Lieugro ou encore celui de n’avoir pas pu retrouver Ernelle avant notre départ. Ezidor occupait toutes mes pensées. Le répit ne venait que lorsque mon esprit devait se concentrer sur des tâches plus complexes, lorsque je devais fournir des efforts. Dès que mes pensées avaient le loisir de s’échapper, elles revenaient immanquablement se loger autour de cette lettre. Plus d’une fois, j’avais songé repartir, faire demi-tour pour rentrer à Lieugro. À chaque fois, j’avais renoncé. Entre Ezidor et moi, une guerre froide venait de commencer. Il l’avait voulue et il l’aurait.

Mon regard se tourna un instant vers Lénora. Après la nuit que nous avions passé ensemble à l’intérieur de la maison qui servait aussi d’atelier à Ernelle, elle avait finalement décidé de rester avec moi et de nous accompagner tous à Narfas. J’ignorais pourquoi je lui avais offert ma protection. Sa présence me maintenait à flot, comme une lumière au bout d’un tunnel de ténèbres. Néanmoins, cette lumière brillait faiblement. Je n’étais plus stable depuis déjà quelques jours. Je me sentais glisser par intermittence et j’avais pleinement conscience que la faute revenait entièrement à Ezidor. Je devais me reprendre, ne pas lui offrir ce cadeau. La droiture avant tout, ma mission, ma stature. Je devais songer à Adénaïs, seule à Lieugro, à ses mots que je n’avais pu lire qu’après notre départ. Le fait que Gustave eût reconnu Elzibert ne me plaisait pas. Le garçon n’était certainement pas de lui. Il pouvait très bien être mon fils. Il ne ressemblait pas à ce cloporte. Néanmoins, dans le convoi se trouvait Ludoric. Un fils contre un fils. La chose pourrait se faire. Le rouquin avait bien des qualités et son homosexualité ne me dérangeait pas le moins du monde. Avec un peu de tact et, face à un père aussi défaillant que gangréné par la bêtise et à une mère qui tenait plus de la pintade que de la corneille, je pourrais peut-être lui proposer de l’adopter. Restait le sort de Natanaël, parti sur un autre territoire, et celui d’Ernelle, dont je n’avais pu appréhender la moindre trace. Ce n’était néanmoins pas le moment. Les hauts murs de Narfas se dessinaient à l’horizon. Je rêvais presque d’un bain, d’une eau chaude couvrant mon corps et détendant mes muscles. J’avais besoin de calme, afin de me reprendre et de ne plus commettre d’impairs. Je sentais pourtant la tentation m’enserrer, se faire de plus en plus aguicheuse.

Je revins sur la silhouette de Lénora et, une fois mes yeux sur son visage, souris. « Je pense que ça fera du bien à tout le monde de se reposer. » lui glissai-je, en collant un peu plus mon cheval au sien. À côté de nous, une calèche cachait Garance et Lambert. Ils devaient être en train de discuter de la suite des opérations. Le voyage avait été long et épuisant. La suite le serait sans doute davantage. Uobmab collait Narfas à l’ouest et à l’est à présent. Tahc avait déjà avalé plusieurs autres Royaumes. La situation géopolitique semblait complexe. Il allait falloir discuter mais, surtout, agir. La population risquait de vivre un véritable calvaire d’ici quelques jours, semaines ou mois. « Qu’est-ce que tu feras, une fois arrivée ? » Je la tutoyais parce qu’elle était censée être à mon service. Dans les faits, elle jouissait d’une grande liberté, en plus de ma protection. Certains se plaisaient à nous inventer une histoire. Il n’y avait rien eu de tel jusqu'ici.

790 mots

Tekoa - Childéric:

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Kyra Lemingway
~ Déchu ~ Niveau III ~

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Kyra Lemingway
Mar 18 Avr 2023, 18:27


Les Portes V

Pénélope reposa la tasse sur la table, retenant un soupir de lassitude. Tout le monde y avait été de son commentaire, exprimant plus ou moins clairement son avis quant à l'arrivée imminente des étrangers. Même les plus idiots s'étaient permis de formuler un avis. Encore aujourd'hui le sujet était d'actualité. Plus encore peut-être. Elle en était irritée. Ils ne méritaient pas ce genre de médiatisation. Pas pour ça du moins. Alors, lorsque le sujet de conversation en était venu à ces immigrés, la brune ne put totalement cacher son exaspération. La principale raison de sa retenue était qu'elle savait aucun de ses frères partageant son avis. Si son fiancé semblait se moquer totalement de cette présence étrangère, ce n'était vraisemblablement pas le cas de Melchior. Et s'il était compliqué à la brune de cacher le fond de sa pensée, se contentait-elle alors de la minimiser lorsqu'elle la partageait oralement. Il lui serait trop préjudiciable de montrer si ouvertement à quel point l'idée de savoir la famille déchue si proche de leur frontière lui était détestable. Ils allaient porter le malheur sur leur terre, c'était une certitude. Le peuple de Narfas n'avait pas à subir une malédiction supplémentaire causée par la faiblesse d'un mâle. Encore. « Qui aurait pu prédire qu'un jour ce royaume tombe entre les mains d'Uobmab ? » interrogea-t-elle faussement. L'ironie avec laquelle elle prononça ces mots indiquait bien qu'elle n'attendait aucune réelle réponse. Elle marqua tout de même une courte pause pour observer la réaction des jumeaux. « Absolument tout le monde, bien sûr. » répondit-elle donc à leur place, en reposant sa tasse sur la table, le cynisme dessinant ses traits. « Quand on réfléchit un peu à la situation de ce royaume, la chute de Lieugro est loin d'être étonnante. ». Bien qu'elle soit particulièrement agaçante. À cause de la faiblesse de ses habitants et, surtout, de leurs dirigeants, les frontières d'Uobmab venaient de s'agrandir encore, cernant de ce fait leur territoire. Le fait que Narfas soit une proie potentielle pour Judas n'était pas le problème principal aux yeux de l'adoptée. Ce qui la gênait particulièrement c'était le fait que cet homme, à enchainer et multiplier avec tant d'aisance les conquêtes, avait le potentiel de devenir une figure d'exemple au regard des hommes de ce pays. Un modèle de réussite. C'était inacceptable, en plus de contrevenir à ses plans. Et les choses deviendraient encore pires si l'armée de Narfas se trouvait être incapable de repousser la singularité que représentait cet homme. Une véritable erreur aux yeux de leurs dieux. « D'ailleurs, il serait fâcheux qu'Uobmab décide de s'en prendre à notre patrie. L'éventualité que votre métier devienne désuet ne serait pas à exclure mon cher. » reprit-elle en enlaçant la main de Gao à ses côtés avec toute l'affection qu'elle pouvait avoir à son encontre et dissimulant toute la haine qu'elle éprouvait à son endroit pour s'adonner à de telles pratiques tout en s'appliquant à la refuser elle dans son lit. Il lui était pourtant nécessaire que cela se fasse. Ne se rendait-il pas compte qu'il retirerait autant de bénéfices qu'elle si les choses se déroulaient comme elle l'espérait ? À l'évidence, non. Qui plus est, se satisfaire seule commençait à devenir particulièrement ennuyant, surtout en sachant que d'autres l'accueilleraient à bras ouverts. « Pour revenir à ces réfugiés de Lieugro, quand bien même l'exotisme peut être attirant pour certaines et certains, leur culture reste trop radicalement différente de la nôtre. On dit même qu'ils ont tendance à oublier la puissance des dieux, leur "Roi" ayant acquis plus d'autorité que n'importe quelle figure religieuse. ». Et on pouvait voir aujourd'hui où cette croyance les a menés, Lieugro comme tout un tas d'autres peuples. « M'est avis que tout ce qu'ils risquent de faire, c'est de souiller les principes fondateurs de notre civilisation. » et, accessoirement, le sang de Narfas. Elle ne comprenait pas la décision de leur Reine d'avoir accepté de les accueillir. Ils n'avaient rien à gagner à la présence de ces misérables. « Mais du moment qu'ils ne sèment pas la discorde parmi nous, peut-être sera-t-il aisé de les accepter. » conclut-elle en s'appuyant sur l'épaule de Gao, une main caressant son épaule. Jamais. Outre le fait qu'elle n'avait que faire de l'entente entre ses frères, ces migrants pouvaient mettre toute la volonté du monde à se plier à leurs règles, jamais elle ne les tolèrerait seulement. « Ce sont vos affaires qui vont probablement fleurir de cette occasion, mon frère. » fit-elle à l'attention de Melchior, sans se détacher de Gao pour autant. Elle prenait un certain plaisir à souffler le chaud et le froid à son frère, à conserver la distance qui se devait entre eux dans la sphère publique, puis initier une proximité bien plus intime lorsqu'ils se trouvaient tous les deux, seul à seule. Si ses gestes et ses mots pouvaient parfois frôler le sexuel, jamais encore elle n'avait fait défaut au devoir de fidélité qui lui était imposé envers son futur époux. Elle attisait la jalousie de Melchior, lui offrait l'espoir de pouvoir la toucher comme il le désirait. Elle le poussait à la patience, observant les limites de celle-ci en se demandant si un jour elle les lui ferait atteindre. Que serait-il prêt à faire par colère et par envie alors ? Et puis, c'était également un moyen de s'assurer de conserver l'attention qu'il lui portait. Une façon de s'assurer que, même une fois son union avec Gao officialisée, elle soit certaine qu'il ne souffre pas de quelques formes de trahison que ce soit lorsqu'elle s'offrirait à lui. Au contraire même.
©gotheim pour epicode


Post I | Mots 942
avatar : Astri-Lohne
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Ammon Bethralas
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Ammon Bethralas
Mar 18 Avr 2023, 21:28


Image par Philip Sh

Les portes: l'arrivée à Narfas


« Si son Eminence veut bien me suivre, le roi consent à vous recevoir en audience privée »

L’Ecclésiastique dévisagea avec mépris l’infortuné qui se figurait avoir l’offense de lui dicter sa conduite. Ce palais, il l’avait arpenté en long et en large pendant de si nombreuses années qu’il l'avait connu sous toutes ces coutures avant même que ce petit avorton ne tête le sein de sa mère. Avec la construction de nouvelles ailes et de pavillons, les architectes du royaume avait fait aménager à sa demande et dans le plus grand secret un enchevêtrement de corridors et boyaux étroits serpentant à travers tout l’édifice. Les Épîtres étaient unanimes. En sa qualité de bras armé de Dieu sur Terre, il appartenait au Grand Prêtre le droit impérieux de pouvoir châtier en tous lieux et à tout instant le vice du sexe masculin oubliant délibérément sa condition. Ainsi, il apparaissait tout naturel que l’Église puisse se doter des moyens discrétionnaires pour faire observer le strict respect des saintes écritures: l’espionnage et la filature des concitoyens n’étant qu’une partie du vaste éventail des prérogatives du Clergé. Un sourire malsain qui se faisait l’écho du plaisir de la kyrielle de supplices corporels qu’il ferait subir à ce garde présomptueux, s’étira sur les lèvres de l’homme d’Église. Logé contre son flanc, le Livre Sacré dont il était le dépositaire rappelait à quiconque la prédisposition hiératique de ses pouvoirs et ce qu’il en coûterait à tous ceux qui remettraient en cause sa vénérable autorité.

Le Grand Prêtre emboîta le pas de l’ingénu dans le dédale labyrinthique des ors du palais. Gaspard s’était imposé comme l’un des alliés les plus influents de Balthazar de Narfas au fil des années passées à son service. Dans une société où le fait religieux était si intrinsèquement lié à tous les aspects régissant la vie du peuple, la monarchie régnante devait pouvoir compter sur le renfort de l’Institution cléricale pour l’exercice du pouvoir. Si Narfas n’était pas une monarchie théocratique revendiquée, la religion occupait une place bien trop importante pour que Balthazar puisse se priver de la caution de l’Église. Le destin croisé des deux hommes et les faux semblants inhérents à leurs statuts respectifs avaient fait émerger une affinité particulière entre les protagonistes. A la différence de tous le parterre de petits nobliaux lèche-culs au verbe sirupeux qui pullulaient à la cour, l’Émissaire du Très-Haut se figurait parler quasi d’égal à égal avec le monarque. Si le roi avait ses propres conseillers, Gaspard incarnait résolument la figure de l’Éminence Grise de sa majesté. La prêtrise lui avait conféré des pouvoirs si grands qu’il pouvait faire évincer tout élément indésirable de la surface du royaume. N’était-ce pas cela l’absolutisme du pouvoir royal ?

A son grand désarroi, Gaspard ne pouvait malheureusement pas abattre le feu sacré sur tous les aristocrates qui s’étaient placés sous la coupe du roi. Le prêtre ne pouvait moralement tolérer que ces aigrefins opportunistes puissent murmurer à l’oreille de Balthazar pour y distiller la ciguë. Il y avait fort à parier que l’accueil inopportun de tous ces étrangers provenant de Lieugro relevait de leurs agissements délétères. Gaspard avait pris sur lui de mobiliser en tout anonymat les espions de l’Inquisition pour identifier les infâmes responsables de cette traîtrise. La géhenne leur apparaîtra comme une douce bénédiction lorsqu’il en aura fini avec leur sort.

Rendu devant la salle du trône, il pénétra diligemment sous la voûte magistrale que supportaient de nombreuses colonnes ornementales finement taillés et décorés de mosaïques du meilleur effet. De grandes baies vitrés donnaient un point de vue imprenable sur le royaume et ses hauts murs d’enceinte.

« Votre Altesse. »

Gaspard daigna à peine observer les membres de la cour et se dirigea - les mains croisées derrière le dos - vers les ouvertures pour observer la pléiade de clochers immaculés dressés vers le firmament des cieux et s’étendant à perte de vue dans le panorama. Symbole de son pouvoir, Gaspard aimait particulièrement contempler cette immensité florissante de monuments, d’églises, de temples, de basiliques. Toutes étaient le fruit d’une vie de labeur, d’une vie entière dédiée à l’accomplissement des volontés du Seigneur. C’était l’œuvre de sa vie, les glorieux témoins d’une existence menée pour le pardon et l’avènement de Dieu parmi les hommes. Le temps de cette distraction, la cour avait pris congés devant la prestance légendaire du Grand Prêtre et l’injonction de Balthazar de les laisser seuls. L'homme de foi fut le premier à briser le silence qui s'installait.

« Selon vos volontés, j’ai pris les meilleures dispositions et procédé aux derniers préparatifs pour offrir l’asile à ces étrangers. Ceux-ci disposeront d’appartements et de salons privatifs gracieusement mis à leur disposition dés leur arrivée au palais. Des domestiques se tiendront également à leur service pour s’acquitter de leurs demandes au cas échéant. Victuailles et rafraîchissements leur seront également proposés dans le grand salon de réception. »

Cette énumération lui arrachait les tripes à mesure qu’elle se poursuivait Ces ignobles gueux profitaient de l’auguste hospitalité de Balthazar de Narfas pour mendier pitance et foyer après avoir été bouté lamentablement hors de leur contrée. Si Gaspard pouvait aisément comprendre que le roi devait observer l’étiquette et le protocole diplomatique pour l’accueil de tels refugiés, lui n’aurait jamais consenti à accéder aux requêtes puériles de ces gougnafiers. Ces hérétiques portaient en eux les germes d'une perdition si profonde qu’ils ne pouvaient faire œuvre de pénitence pour racheter leurs pêchés. Le ver arrivait dans la pomme mais Gaspard ne le laisserait assurément pas prospérer.

« Votre Majesté, vous n’êtes pas sans connaître ma position quant à la venue de ce cortège. Vous avez cependant pris votre décision en votre âme et conscience. Je ne saurais cependant que trop vous conseiller d'écourter le plus possible leur séjour sur nos terres. Ces individus comptent à leur actif des crimes si abjectes que l'on ne saurait en négliger l'importance. A commencer par cette Zebella d'Uobmab, l'une des descendantes du fils de celui qui a ravagé ce royaume jadis, qui a profité de l'invitation au bal du feu regretté Montarville pour assassiner son cavalier présumé avant de déchainer les enfers sur De Lieugro. »

Il n'était pas difficile d'extrapoler ces évènements à ce nouveau contexte. Balthazar y avait sans doute d'ores et déjà songé et pris des mesures pour anticiper toute situation analogue.

«Quant aux autres...une domestique, quelques nobles désargentés et souffreteux et un soi-disant chef des armées dont on dit qu'il n'a même pas été capable de lever des troupes pour s'opposer à l'assaut mené par Judas d'Uobmab et tenir en échec sa croisade contre De Lieugro... sans compter qu'il n'a pu anticiper le régicide. »

Ces paroles n'étaient pas réellement destinés au monarque lui-même. Sur les épaules de Balthazar reposaient le lourd fardeau des véritables hommes de Narfas qu'ils avaient en commun.

« Par ailleurs, le sanglant Merlin d'Uobmab ne laissera pas cet exil impuni. Il est probable qu'il fomente avec nos ennemis des représailles à notre encontre. Qu'en pensez-vous votre Altesse ? »

Post I - 1190 mots




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Priam & Freyja
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Priam & Freyja
Mar 18 Avr 2023, 22:35




Les Portes – Chapitre V

En groupe | Yngvild


Rôle :


Les yeux de Rosette se fichèrent sur Alembert. Elle détailla son faciès, ses cheveux sombres et ses yeux à peine plus lumineux, puis fixa un point légèrement sur le côté pour qu’il ne perçût pas qu’elle le dévisageait – elle essayait de conserver une expression impassible, indifférente. Il ne ressemblait ni à son père, ni à sa mère. Davantage à Montarville et à Adolestine, sans atteindre la similarité parfaite. Il avait quelque chose de plus mou, de moins royal, de vicieux. Une forme de bassesse accrochée au visage, pareille à une mauvaise tâche gangrénant le blanc d’un jupon raffiné. Considérant qu’il avait été éduqué par Garance et des professeurs choisis par elle, cela n’avait rien d’étonnant. Jusqu’à très récemment, la rousse n’avait rien eu contre elle. Néanmoins, le fait qu’elle côtoyât son père ne lui plaisait pas. Ils avaient beau se montrer discrets, elle voyait les regards qu’ils s’échangeaient, les mains qui se frôlaient subrepticement, les remarques complices. La blonde réécrivait au présent une histoire révolue. Croyait-elle que parce qu’elle avait annoncé à Lambert sa paternité, ils reformeraient un couple ? C’était impossible. Ils appartenaient au passé, tout comme ce fils dont le nom résonnait avec tant de moquerie. Quand son père lui avait annoncé qu’il venait de découvrir qu’il avait eu un fils avec Garance, elle était tombée des nues. Comment avait-elle pu, durant tout ce temps, cacher son existence ? C’était à la fois machiavélique et cruel. Elle avait éprouvé un peu de peine pour le garçon ; mais rapidement, elle avait grincé des dents. Rosette était habituée à son statut de fille unique. Il n’y avait jamais eu quiconque avec qui partager l’affection de son père : dès qu’elle l’avait vu s’intéresser à l’adolescent, son cœur avait vrillé. Allait-il prendre sa place comme Garance cherchait à voler celle de sa mère ? Son père n’avait pas le droit. Pas le droit de passer aussi vite à autre chose. Elle détourna les yeux pour observer, à travers la fenêtre de la calèche, le paysage qui défilait. Elle lui en voulait, mais elle n’avait encore rien dit. Il faudrait qu’elle lui en parlât. Sa vraie famille, c’était elle, et Madeline. Pas ces deux usurpateurs qui le regardaient la bouche en cœur.

La jeune femme inspira profondément. Depuis quelques temps, des maux la travaillaient : des aigreurs d’estomac, des ballonnements, parfois même des nausées. Au début, elle avait cru que la situation entre son père et les Lieugro, ainsi que le voyage en lui-même, provoquaient ces dérangements réguliers. Mais elle avait un retard de règles d’un peu moins d’un mois. Bien que cela pût être dû à sa contrariété et au stress du voyage, plus le temps passait, moins elle doutait. Lorsqu’elle avait réalisé qu’elle était probablement enceinte – enceinte d’un bâtard du roi, encore mineure, toujours pas mariée –, elle avait cru que le monde s’écroulait sous ses pieds. Il avait fallu garder la face devant les autres ; dès qu’elle l’avait pu, elle s’était isolée et avait pleuré. Depuis, elle vivait avec ce fardeau, tiraillée entre le déni, le besoin d’en parler, la possibilité de le garder et celle d’avorter. Elle avait abordé la question, de la façon la plus anodine possible, avec la jeune femme dont elle s’était fait une amie, au cours du périple. Elle avait quelques connaissances en médecine, et lui avait parlé de plusieurs plantes abortives. L’adolescente n’avait pas essayé de s’en procurer. Son état l’angoissait.

Elle aurait aimé en parler avec Clémentin, mais elle avait peur, et honte. Bien qu’elle tentât d’agir comme à l’accoutumée, elle se montrait parfois plus distante, plus froide. La seconde suivante, elle s’en voulait et essayait d’imputer ce comportement au stress du voyage jusqu’à Narfas et de la situation géopolitique ; cependant, elle savait bien qu’il ne s’agissait pas que de cela. Quant à évoquer le sujet avec son père, ça n’était même pas envisageable. Elle avait trop peur de voir la déception teinter son regard azuré. Avec Alembert dans les parages, elle ne pouvait ni ne voulait faillir à son rôle de fille. Elle souhaitait le rendre fier, plus encore que d’habitude. Sa main vogua distraitement vers celle de Clémentin. Elle en caressa le dessus. Cela faisait déjà quelques semaines qu’elle ne cherchait plus à cacher son attirance pour l’ancien garçon d’écuries – mais de là à avouer en être tombée enceinte, c’était autre chose.

« On pourrait peut-être faire un jeu, pour s’occuper. » proposa-t-elle, lasse de fixer l’extérieur, toujours aussi peu enthousiaste à l’idée de faire la conversation à Alembert, et désireuse d’oublier son anxiété et son état général. Cependant, avant qu’elle eût pu leur soumettre une idée, la réalité la rattrapa malicieusement : une violente nausée lui frappa l’estomac. La jeune noble resserra ses doigts autour du poignet de Clémentin et ne put s’empêcher de plaquer une main contre sa bouche. Le relent ne s’étouffa pas ; précipitamment, elle se leva, et eut tout juste le temps de passer la tête par la fenêtre pour vomir son repas, et son honneur avec.



Message I – 835 mots

On reprend dans la joie et la bonne humeur <3




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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Mar 18 Avr 2023, 23:38



Les Portes : L'arrivée à Narfas



« Vas-y mais dépêche-toi. » articulai-je à l’attention d’Adolphe. Je le regardai s’éloigner quelques secondes et détournai les yeux, afin de lui laisser un peu d’intimité. Tous n’avaient pas le droit à ce traitement de faveur. Observer les hommes uriner ne me procurait aucun plaisir autre que celui de leur expression lorsqu’ils se sentaient épiés. Certains n’arrivaient plus à se soulager, ce qui avait le don de m’arracher un sourire. Les hommes m’arrachaient régulièrement des sourires. Beaucoup enviaient ma position. Beaucoup d’autres s’écrasaient devant moi. Je le savais et j’en jouais. Le charisme naturel qui m’avait été dévolu par les Dieux avait très vite été mon arme la plus puissante. J’avais des facilités. Lorsque je marchais dans la rue, avec ou sans mon armure, je ne laissais que très peu de quidams indifférents. J’avais modelé mon corps relativement jeune afin de réaliser mes objectifs mais cette aura existait déjà alors que je n’étais qu’une enfant. Je l’avais senti tôt. Il y avait une flamme en moi, une flamme qui n’attendait que de grossir et qui éclairait ceux qui vivaient dans un monde terne. Lorsque je passais dans la rue, je devenais leur soleil, leur cheffe, la personne qu’ils voulaient voir, entendre et suivre. D’autre, cependant, voyaient en moi un problème, la mort de leur égo, la fatalité de leur petitesse, leur incapacité à s’élever. Ce que j’avais senti tôt, également, étaient les regards des hommes sur moi. Je n’étais encore qu’une enfant la première fois que c’était arrivé. Je n’avais pas compris. Puis, en grandissant, alors que mon cerveau avait suffisamment maturé pour saisir les tenants et les aboutissants des relations entre les humains, je m’étais d’abord sentie flattée. Ce sentiment premier avait rapidement laissé la place à une autre forme de mécanique. J’étais le prédateur et eux mes proies. Leurs regards prouvaient leur infériorité, à l’instar de leurs pensées déplacées. Entre la plupart d’entre eux et moi, il y avait pourtant un fossé : un fossé de charisme, un fossé de position hiérarchique, un fossé de force. En d’autres termes : j’avais appris à laisser leurs espoirs aux gueux et à cueillir les hommes qui me plaisaient pour les conduire droit entre mes cuisses. Les rêves n’appartenaient qu’à ceux qui n’avaient pas assez de pouvoir pour les vivre.

Je passai une main dans mes cheveux afin de détacher le chignon qui maintenait ma tresse. Je n’avais revêtu qu’une armure légère, en peau et cuir. Nous ne nous rendions pas sur un champ de bataille. Bien que je fusse armée, mon épée se trouvait logée dans mon dos, ce qui indiquait clairement que je n’avais pas l’intention de m’en servir. Vu la longueur de la lame, il m’aurait été difficile de la sortir de son fourreau, ainsi positionnée. En cas d’attaque, néanmoins, il me suffirait de détacher la lanière de cuir qui la maintenait pour m’en saisir. Si ma mission était d’accueillir chaleureusement nos invités, je n’en perdais pas de vue certaines choses, comme l’existence des complots et des traîtrises.

Mon regard se perdit un instant sur Jesabelle. Je m’étais toujours interrogée sur les autres femmes, les nobles qui gouvernaient le Royaume et la vie des hommes dans l’ombre. Je me demandais comment est-ce qu’elles pouvaient supporter ce statut, à la fois tout puissant et insignifiant aux yeux du peuple et également du monde. Les femmes de l’armée jouissaient d’une véritable reconnaissance. Elles étaient bien plus acclamées que tous les eunuques qui la composaient également. Quant à moi, j’étais officiellement la femme la plus puissante de Narfas et sans doute l’une des plus scandaleuse en matière de partenaires sexuels. À ce titre, je me demandais déjà comment étaient les mâles importants de Lieugro. Les rumeurs les disaient petits, peu entretenus et faibles. Je peinais néanmoins à imaginer mon homologue bedonnant et fluet. Cela pourrait expliquer certaines choses mais allait totalement à l’encontre de la science. Lieugro et Narfas n’étaient pas si éloignés. Il n’y avait aucune raison pour qu’une telle différence existât. Surtout, là-bas, les nobles avaient encore leurs droits. Étaient-ils pédants ? Orgueilleux ? Sûrs d’eux ? Mes questions ne demandaient que des réponses et les réponses étaient à portée de ma main. Lorsque mon fils aurait vidé sa vessie. « Il me tarde de les rencontrer. » laissai-je échapper, à l’attention de Jesabelle. « Le fait qu’ils soient accompagnés de femmes aidera sans doute à la natalité. S’ils restent suffisamment longtemps, des alliances pourraient être contractées, au nom de la paix. » La jeune femme se présenterait sans doute comme n’étant que la sœur de la Reine. En réalité, elle était une des femmes les plus puissantes du Royaume, si ce n’était pas la plus puissante. Tout ne se jouait pas uniquement au titre. Parfois, la personnalité comptait davantage que la position. Je pensais Jesabelle redoutable. Il fallait bien du courage pour organiser des rapts et abattre les individus récalcitrants.

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Eméliana - Tamara:

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Jil
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Jil
Mer 19 Avr 2023, 01:12


— « Et moi, à la base, ce qui m’intéresse, c’est principalement… En fait, c’est plusieurs choses. Bon, j’aime bien les jeux de balles, et l’équitation, mais c’est des jeux, tout le monde aime ça de toute façon. Dire qu’on aime l’équitation, c’est un peu comme dire qu’on aime le chocolat. De temps en temps, quelqu’un fait l’intéressant en disant qu’il aime pas les chevaux, mais c’est juste pour pas faire comme les autres. Après, j’aime bien les bateaux. Enfin, pour être précise – précis, les gros. Du genre avec plusieurs voiles, des canons, et un escalier au milieu qui descend sur un autre pont. S’ils ont deux escaliers, là c’est idéal. Et une grande cabine. Avec des vitres qui donnent sur l’eau, et une grande carte épinglée sur une table. Mais ce que j’aime le plus c’est… »

Anthonius fixa intensément l’ours en peluche muet, son œil droit remplacé par ses soins quelques années plus tôt par un bouton en bois brun. Elle hésitait à ôter l’autre pour le changer également, histoire d’homogénéiser le tout. Après tout, il aurait moins l’air interloqué, avec ses yeux de tailles différentes. D’un soupir, elle le reposa entre ses oreillers, avant de remonter la couette par-dessus. Allongée là depuis deux heures, elle contemplait une énième fois les panneaux complexes et entremêlées de son lit, véritable œuvre d’art commandée bien avant sa naissance par sa mère la Reine. Le pantalon lui démangeait l’entre-jambe. Non, en fait c’était cette espèce de prothèse en coton qui la grattait. Elle redressa la tête pour fixer la bosse artificielle qui lui gonflait l’aine. Du bout du doigt, elle appuya sur la protubérance. Est-ce que les vrais garçons faisaient ça ? Elle en avait souvent vu se remonter le machin d’un geste fort peu élégant, lorsqu’ils pensaient qu’on ne pouvait pas les voir. Les pauvres ; elle imaginait sans peine l’inconfort que cela devait leur procurer pour dormir, ou monter à cheval. Sans parler de la chaleur ; elle avait l’entrejambe en sueur à longueur de journée. Le Prince poussa un long soupir.

— « Je m’appelle Antooonius. Erhm. Aaanntoonius. J’adore les cours du maitre d’armes ; oh, que j’ai hâte que nous aaallionns à la chââââsse. »

Comme tous les jours, elle s’entrainait à parler de sa voix la plus basse possible ; récemment, sa mère lui avait enjoint d’essayer de faire dérailler sa voix un peu, que l’illusion d’un jeune homme en pleine croissance soit parfaite. C’était très ridicule, et elle voyait les lèvres se pincer pour retenir un rire lorsqu’elle le faisait. Elle avait horreur qu’on se moque d’elle comme ça, alors qu’elle n’avait aucun problème pour s’exprimer. Alors elle serrait le poing, crispait sa mâchoire, et comble du comble, sa mère la félicitait pour ça, car c’était « dans le personnage ». Heureusement qu’elle n’avait pas souvent besoin de faire le pitre. Elle roula sur le côté, s’assit au bord du lit et se redressa d’un mouvement souple. La grande chambre emmagasinait le soleil comme une éponge l’eau ; une chaleur agréable irradiait du tapis. En fermant les yeux, elle le piétina encore un peu, s’imaginant à la plage, sur le sable brûlant, son galion n’attendant que ses ordres pour faire toutes voiles vers l’horizon. Un jour.

De retour à la réalité, elle posa un regard déterminé sur la grande commode qui contenait jusqu’à encore quelques minutes plus tôt ses vêtements, maintenant soigneusement pliés sur un coffre, non loin de là. À la manière d’un chirurgien, ses outils étaient soigneusement disposés sur un carré de soie rouge. Elle se frotta les mains, de cette manière si particulière qui lui était propre, avant de s’exclamer :

— « Bien ! Toi, on va voir comment t’es faite. »

C’était son hobby principal, en dehors de longue promenades sur le domaine royal : démonter, puis remonter des meubles. Avec tout ce qu’elle lui demandait de supporter pour conserver le secret de sa réelle identité, sa mère n’avait pu que lui concéder ce caprice. Anthonius aimait voir comment les concepteurs du mobilier avaient pensé leur œuvre ; elle adorait réduire un objet complet à une liste de composants bien alignés, triés par type, taille et emplacement. Et plus que tout, elle aimait reconstituer ce puzzle grandeur nature, comme s’il ne s’était rien passé. L’une de ses étranges fixations constituait à observer attentivement les invités ou les serviteurs qui passaient parfois par sa chambre, et noter s’ils remarquaient que les meubles avaient été désossés puis réassemblés. Sa mère le remarquait généralement, mais il n’était pas rare que les serviteurs n’en aient pas la moindre idée, et dans ces moments-là, elle exultait. Elle avait déjà dévissé les tiroirs et ôté le plateau principal quand on frappa à la porte.

— « Crotte. Euh.. Hrm. EntreEez ! »

Résumé et mots :


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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Mer 19 Avr 2023, 23:37



Les Portes : L'arrivée à Narfas


Mon regard fixait le paysage. La végétation était parsemée, dense dans certaines aires, rares dans d’autres. La présence d’eau conditionnait le reste. Ce paysage ne m’était pas inconnu. Je l’avais étudié et bien plus encore. Au fond, j’aurais préféré ne pas marcher dans les pas du convoi. Encore aujourd’hui, plusieurs semaines après l’acte inconsidéré de Rosette, je pensais encore que j’aurais mieux fait de rester à Lieugro. La tempête passée, j’aurais pu me rendre au palais en compagnie du d’Ukok et assassiner Merlin. L’opération n’aurait pas été sans risque mais elle n'aurait certainement pas été impossible. Cette chance s’était pourtant évanouie dans la nuit que j’avais passée aux côtés de la rousse, cette nuit qui avait été assortie d’un réveil plus tardif qu’il n’aurait dû l’être. Elle ne m’avait pas informé du message de Natanaël et ce dernier était parti sans moi. La colère qui m’avait habitée lorsqu’elle avait avoué m’avoir trompé était toujours mordante. Je comprenais ce qui avait motivé son geste mais, malgré tout, je n’arrivais pas à passer totalement outre. Je l’aimais, je le savais. Pourtant, il n’était pas question de nous deux, de nos amours, de notre avenir. Il était question du futur de tout un peuple. Je n’avais pas la prétention de me croire invincible, ni de me penser mieux qu’un autre, mais la surprise était une arme puissante. Avant notre départ, les Uobmab n’avaient pas encore eu le temps d’asseoir leur pouvoir. Bien que je ne l’eusse su qu’après, Zébella avait été blessée durant la tempête. Merlin aurait été seul. Natanaël et moi aurions pu le finir, envoyer un message fort au peuple qui se serait probablement révolté. Les soldats qui s’étaient détachés de Childéric auraient pu changer d’avis. Les moments de transition étaient toujours ainsi : incertains, changeants, mouvants, clivants. Il suffisait d’un rien pour faire basculer le rapport de force. Nous aurions pu être acteurs de ce basculement. Mais Rosette ne m’avait pas transmis le message et Natanaël était parti seul. Cette phrase ne cessait de me hanter. Quant à Narfas… je doutais que notre salut s’y trouvât. Cependant, malgré ces doutes, je savais que ceux-ci ne me seraient d’aucune aide. Cela faisait des jours et des jours que nous avancions inexorablement vers le Royaume en question. Il était trop tard pour reculer. Il faudrait composer avec ce que nous trouverions sur place et continuer de croire qu’un avenir heureux serait possible.

La caresse de la peau de Rosette sur ma main me tira de mes pensées. Je tournai le visage vers elle et lui souris. Je la sentais troublée depuis quelques temps, un trouble que je plaçais volontiers sur le voyage et sur sa situation personnelle qui avait drastiquement évolué. Elle était passée de fille de bonne famille, entourée de sa mère et son père, à réfugiée. Madeline avait disparu et Lambert était pris entre ses responsabilités et Garance. La présence d’Alembert avait également changé la donne. Je ne savais pas quoi penser de lui. Je me méfiais toujours des nobles, quels qu’ils fussent. « Oui, c’est une bonne idée. » Nous avions déjà joué, quelques kilomètres plus tôt. Le dialogue semblait s’éteindre de lui-même et s’adonner à une activité avait le don de détendre l’atmosphère. J’avais lu quelques textes plus tôt, choisis dans l’un des rares recueils que nous avions emmenés avec nous. J’étais las de ce voyage, ce qui me rendait d’autant plus compréhensible la fatigue générale du convoi. Je n’étais pas un sédentaire. J’avais beaucoup voyagé. Néanmoins, je ne l’avais pas fait dans ces conditions, à me morfondre sur mon incapacité à avoir tué Merlin. Si j’avais pu… « Rosette ? » La pression sur ma main m’avait à peine tiré de mes rêveries mais le mouvement de sa silhouette m’arracha à mes pensées violemment. J’écarquillai les yeux, en la regardant vomir par la fenêtre. Dehors, des voix s’élevèrent, aussi mécontentes qu’étonnées. Quelqu’un avait dû se recevoir des éclaboussures. « Rosette ? Tu es malade ? » Bien sûr qu’elle l’était. Mon inquiétude me faisait poser des questions stupides. Je me levai et tirai sur la malle qui avait été glissée sous notre assise. Je l’ouvris afin d’en tirer un mouchoir en tissu, en tentant de ne pas perdre l’équilibre. « Tiens. » dis-je, en lui tendant le carré de coton. Le souci c’est que l’odeur du vomi avait tendance à me retourner l’estomac. Lorsque mes narines humèrent les effluves, un relent acide perfora ma gorge. Je n’eus pas le temps de me pencher vers la fenêtre. Je fis de mon mieux pour éviter Alembert et rendis mon déjeuner juste à côté de lui, sur la banquette. « Pardon. » articulai-je, avant qu’un nouveau haut le cœur ne me prît. Je me retins et me détournai pour tenter de respirer l’air frais par l’autre fenêtre.

795 mots
Erasme (Clémentin)
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Claer
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Claer
Jeu 20 Avr 2023, 16:27


Images par Radwa Eid & Jinsung Lim.
Les portes V - L'arrivée à Narfas
Claer
Rôle - Jésabelle De Narfas:

Jésabelle se retint de justesse de lever les yeux en l'air. Sa contrariété filtra cependant à travers son visage tandis qu'elle pinçait ses lèvres entre elles, son regard inquisiteur scrutant la silhouette de l'adolescent qui s'éloignait. Les hommes sont indéniablement le sexe faible, pensa-t-elle. Ils n'avaient aucun contrôle sur leur corps ou, plutôt, ne savaient pas endurer la douleur inhérente aux êtres mortels. La moindre contrariété les poussait à se plaindre, à chouiner ou à capituler face à leur chaire. Les femmes, elles, étaient habituées à composer avec les maux de leurs corps. Leur condition mensuelle les habituait dès les prémices de l'adolescence à supporter l'inconfort et à ne pas dévier de leurs objectifs. La Grande Prêtresse essaya de masquer son dédain et détourna son attention du fils d'Epilut. Ce n'était pas par inquiétude de blesser les sentiments du futur soldat, pour lesquels elle n'avait que très peu d'égard, mais davantage pour ne pas contrarier sa mère. La blonde et la rousse entretenaient une relation cordiale, principalement dans le cadre de leurs missions respectives, et la première ne souhaitait pas dégrader leur entente à cause de quelque chose d'aussi sot qu'une vessie trop étroite, quand bien même le manque de contrôle du jeune garçon l'exaspérait. Ne comptait-il pas intégrer les rangs de l'armée ? Il se devait de mieux se maîtriser.

Les yeux bleus de la femme se posèrent sur l'arche, au fond du chemin qu'ils empruntaient. Il débouchait sur l'une des cours du château, celle où serait conduit le convoi de réfugiés. Ils ne tarderaient plus à arriver. La Grande Prêtresse tenait à les accueillir comme il se devait - elle détestait être en retard. Narfas aussi avait connu l'invasion d'Uobmab. En ce sens, un instinct de solidarité pouvait naître envers les personnes ayant décidé de fuir leur terre natale et de refuser la nouvelle autorité instaurée de force. Les opinions étaient divisés. En ce qui concernait la blonde, il ne s'agissait en rien d'une empathie solidaire : elle y voyait une opportunité à saisir.

La Religieuse reporta son attention sur la Cheffe des armées. Elle acquiesça lentement face à sa remarque. Oui, elle aussi avait hâte de les rencontrer - ces figures qui apporteraient un nouveau sang à leur peuple. Elle était impatiente de découvrir les femmes qui rejoindraient bientôt leur rang. Les hommes ne l'intéressaient guère. Ils ne représentaient que des bouches supplémentaires à nourrir, une menace supplémentaire pour les hommes déjà trop nombreux de Narfas. Elle laisserait cependant à Balthazar le plaisir de se débarrasser de ces gêneurs en temps voulu. Un rictus se dessina sur les lèvres de la Prêtresse. « Au nom de la paix... J'imagine que l'on peut interpréter la situation ainsi. » répéta-t-elle, presque rêveuse. Elle ne voyait pas les choses ainsi. L'hospitalité dont les Narfiens faisaient preuve ne serait pas gratuite. L'asile qu'il leur offrait ne serait effective qu'à condition qu'ils y trouvassent également leur intérêt : il s'agissait d'une condition sans laquelle les nomades seraient de nouveau exilés. Si Jésabelle n'était pas à la tête de la Nation, elle possédait une influence suffisante pour faire pencher la balance en ce sens. Son statut de sœur de la Reine, en plus de sa fonction première, lui conférait une forme d'autorité. La De Narfas se pensait conseillère de la souveraine et s'imaginait jouir d'une complicité suffisante pour partager l'opinion de sa cadette. « Qu'il s'agisse d'une Offrande ou d'un Tribut, je ne doute pas que des alliances et des grossesses seront à célébrer avec nos voisins. » Si une entente n'était pas négociable, il serait simple d'organiser un rapt au sein des esseulés. Ils ne pourraient pas luter et cèderaient leurs filles, bon gré mal gré. « Peut-être est-ce là le début de notre Salut : un premier pas pour laver l'affront des hommes aux yeux des Dieux. Une nouvelle chance de prendre notre revanche sur nos ennemis »

Jésabelle lissa les pans de sa tenue aux couleurs de la Religion. Le bleu roi se trouvait également dans les saphirs accrochés à ses oreilles et dans la barrette qui maintenait ses cheveux attachés. Si sa vocation n'était pas aussi flagrante que celle de son homologue officiel, quelqu'un d'observateur pourrait noter la ressemblance de leur code vestimentaire. La femme de Foi ne pouvait exposer aux yeux du monde sa véritable fonction, contrairement à Tamara, mais elle ne cachait pas pour autant son affiliation au serviteurs des Dieux. Cette position lui convenait tout à fait - si elle avait souhaité que les choses évoluassent, elle aurait pu faire avancer la situation mais se complaisait dans ce modèle. Sa dominance n'avait pas besoin d'être flagrante pour être effective. « Le sort des Princesses De Lieugro m'inquiète toujours autant. » repris la blonde en se tournant vers la rousse. « Vos espions vous ont-ils rapporté des informations supplémentaires concernant demoiselle Adolestine ? Nous devons faire de son retour une priorité. » Une alliance avec l'une des femmes de la royauté était à convoiter. Sa jumelle était hors de portée, entre les griffes de Judas. Quand à leur tante, Garance, elle approchait d'un âge où la procréation devenait moins évidente, plus difficile à endurer pour le corps. Il faudrait cependant miser sur elle si l'on ne parvenait pas à remettre les mains sur la brune.
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Priam & Freyja
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Ven 21 Avr 2023, 08:15




Les Portes – Chapitre V

En groupe | Hélène


Rôle :


Garance jeta un regard par la fenêtre. La luxuriance pliait devant les lois du désert, seulement alimentée par quelques points d’eau disséminés sur les terres de Narfas. Le vent chaud soufflait sur les étendues déboisées, entraînant sable et poussière dans des tourbillons scintillants. Au loin, les remparts de la ville découpaient le ciel. Le paysage avait son charme, loin de la verdure égale, accueillante et apaisante de Lieugro. « Le Roi m’a prévenue qu’il envoyait une délégation à notre rencontre. La sœur de la Reine et la cheffe des armées seront en tête. » S’il n’était pas particulièrement inattendu de n’envoyer que des femmes – elle avait parfois accueilli des étrangers parce que son frère le requérait –, la blonde était toutefois interpelée par le fait qu’un individu de sexe féminin dirigeât les armées du royaume – armées elles-mêmes composées davantage de femmes que d’hommes. C’était inédit. Les autres États attribuaient généralement l’apanage de la force, si ce n’était de la stratégie guerrière, aux hommes. Uobmab semblait faire exception, puisqu’apparemment Judas plaçait en concurrence ses deux enfants et les estimait capable d’autant de choses l’un que l’autre, sans se soucier de leur sexe. Elle pensa brièvement à Coline, qu’ils n’avaient pas retrouvée. Lorsqu’ils étaient allés chercher Alembert, ils avaient fouillé les alentours de la maison de Judas, mais tout ce qu’ils avaient retrouvé, c’était la tête décapitée et rongée par les vers de Montarville. Malgré l’urgence de la situation et le temps qui leur était compté, elle l’avait fait enterrer. Elle espérait pouvoir bientôt faire de même avec sa nièce. Ou le Roi d’Uobmab l’avait emmenée avec lui dans son royaume, ou il l’avait laissée pour morte quelque part. Dans les deux cas, Garance était presque convaincue que ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne retrouvassent son cadavre. Coline était loin d’être bête, mais elle était sans doute trop orgueilleuse et trop capricieuse pour survivre à Judas. Quant à Adolestine, elle avait brièvement réapparu, avant de se fondre à nouveau dans l’anonymat du vaste royaume qui n’était plus le leur. Garance aurait préféré pouvoir lui trancher la tête afin de s’assurer qu’elle ne revînt jamais.

Ses pensées bifurquèrent à nouveau vers les gens de Narfas. Elle était curieuse de rencontrer Tamara d’Epilut, mais aussi le Roi Balthazar, considéré comme un Dieu par son peuple. Les affabulations des faibles d’esprit étaient parfois à mourir de rire. Ses doigts caressèrent doucement le bord de la fenêtre, puis elle tourna le visage vers Lambert. Les traits de son visage se plissèrent un instant et elle porta sa main à l’une de ses tempes. Depuis le départ de Lieugro, elle était régulièrement sujette aux migraines, aux maux de ventre, à la fatigue et à d’autres gênes plus ou moins handicapantes. Elle attribuait cela à l’anxiété et au climat chaud de ces terres ; cependant, si ce malaise ne passait pas, il lui faudrait consulter un médecin. La blonde s’humecta les lèvres, puis se reconcentra sur le d’Eruxul. « Je pense que nous devrions rapidement évaluer si Narfas serait prêt à nous accorder un soutien militaire pour la reprise de Lieugro. » confia-t-elle. « Depuis que Luce d’Uobmab les a amputés d’une partie de leur territoire, la situation n’est plus à leur avantage. Certains en gardent une rancœur tenace. » Elle allait poursuivre son raisonnement, lorsqu’une levée de cris et de protestations l’interpela. La princesse déchue se redressa et passa la tête par la fenêtre. L’agitation provenait de la voiture qui transportait la fille de Lambert, le bâtard de son frère et, surtout, Alembert. Les cheveux de Rosette volaient devant son visage. Une odeur fétide parvint à la blonde, qui fronça le nez. « Faites arrêter les calèches. » ordonna-t-elle. Elle se tourna vers Lambert. Quand elle le regardait, parfois, elle sentait un trouble la parcourir. Depuis les révélations qu’elle lui avait faites chez Childéric, les choses avaient bien changé. Entre le mensonge et la vérité, le jeu et le sérieux, la frontière n’avait jamais été aussi fine. « Je crois que ta fille est malade. » Elle se rassit et tint sa place jusqu’à ce que le convoi ne s’arrêtât. Dès que ce fût le cas, elle ouvrit elle-même la porte et descendit pour aller vérifier l’état des passagers – elle ne se souciait pas tellement de la rousse et du bâtard, mais elle ne supportait pas qu’il pût arriver quelque chose à son fils. Elle veillait sur lui telle une lionne sur son petit. Et peu à peu, elle lui apprenait à rugir et à chasser. L’air de rien, en le justifiant par leur proximité d’âge, elle l’avait placé dans le véhicule qui transportait Clémentin et Rosette. En réalité, elle comptait sur lui pour les surveiller et lui rapporter tout élément intrigant. Elle ne nourrissait aucune confiance à l’égard du palefrenier, qui était trop impulsif, trop téméraire et trop amoureux. Quant à Rosette, si elle tenait de sa mère, il fallait s’en méfier : Madeline possédait une intelligence faible mais viciée et le verbe plat mais insultant. Parvenue devant la voiture hippomobile, qui se trouvait juste derrière celle qu’elle partageait avec Lambert et dont le cocher avait ouvert les portes, elle demanda : « Tout va bien ? Nous arrivons bientôt. » Elle chercha le regard de son fils. L’odeur acide ne laissait aucun doute. « Nettoyez. » ordonna-t-elle au conducteur. Ils ne pouvaient décemment pas arriver trempés de vomi. De la ceinture de sa robe, elle tira un mouchoir, qu’elle tendit à Rosette. « Tenez. »



Message I – 913 mots

Garance a fait arrêter le convoi.




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| Les Portes Chapitre V - L'arrivée à Narfas | 2289842337 :
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Sam 22 Avr 2023, 11:26



Unknown

Les Portes – Chapitre V

En groupe | Dastan


Rôle :


Ludoric appuya son crâne contre le bois de la cabine, le renfort moelleux de la banquette soutenant ses lombaires. Il détailla le plafond, silencieux. Face à lui, Zébella dormait. Par moments, les traits de son visage tressautaient, animés par un rêve ou un cauchemar. Il connaissait sa figure par cœur. Il passait des heures à la regarder, à l’épier, à la surveiller. Depuis son enlèvement, la Princesse n’avait rien perdu de sa verve et de sa violence. Il était certain que si son attention faiblissait, elle en profiterait pour lui asséner un coup similaire à celui qu’elle lui avait donné lorsqu’elle s’était réveillée, chez les d’Ukok. Les mots qu’elle avait prononcés, cette nuit-là, le hantaient encore. Non. Pas les mots ; mais la réaction de Placide, oui. Le roux se fichait éperdument qu’il fût un bâtard. Cela ne changeait en rien ses sentiments. Prince, noble, bourgeois, roturier ou plébéien, il l’aimait pour sa personnalité et non pour son rang. Lorsqu’il l’avait vu soulever la statuette pour frapper le crâne de la bleue, il avait été si stupéfait qu’il n’avait rien pu faire. Il l’avait regardé faire, puis l’avait laissé fuir. Il avait été incapable de lui courir après. Quand il avait suffisamment retrouvé ses esprits pour y songer et qu’il avait ouvert la porte pour se lancer à sa suite, il s’était arrêté en se disant que laisser la d’Uobmab seule n’était pas avisé. Il l’avait rejoint plus tard, lorsque Childéric avait offert de la surveiller – depuis, ils alternaient les tours de garde. Ludoric avait essayé d’aborder les accusations de Zébella, mais le blond les avait rejetées en bloc. Il lui avait lu une lettre anonyme qui remettait en cause le statut de l’un des deux héritiers de Judas. Ils avaient élaboré des théories, soupçonné la Princesse d’avoir fui pour sauver sa vie d’illégitime, récusé cette possibilité pour envisager l’inverse, n’avaient pas trouvé de réponse. Ils n’en avaient pas parlé aux adultes. Placide refusait de le faire. Ludoric pensait que ce pouvait être une bonne idée, parce qu’avec cette information, ils pouvaient peut-être déstabiliser le nouveau souverain de Lieugro – s’il n’était pas déjà au courant. Ou, au moins, provoquer une réaction de la part de la fille d’Uobmab. Peut-être que cette révélation pourrait apaiser les choses entre eux ? Garance et Lambert avaient décidé de ne plus l’attacher, mais elle était en permanence accompagnée ou du chef des armées, ou de lui-même. Ce devait être invivable.

Il tourna la tête vers son amoureux, assis près de lui. Zébella avait-elle menti ? Était-ce si insensé de croire que Placide n’était pas le Prince légitime ? Montarville avait bien eu un bâtard. Quels autres mystères pouvaient cacher la famille royale ? Et où était le « vrai Placide » si ce n’était pas lui ? Ce ne pouvait pas non plus être Clémentin, car sa mère n’était pas Déliséa. Le visage du brun s’imposa dans l’esprit de Ludoric ; son visage, puis son torse, le galbe de ses fesses, la longueur de ses jambes. Il ferma les paupières et détourna le regard, comme s’il pouvait échapper à cette vision. Dès que ses iris s’étaient posés sur lui, il l’avait trouvé beau. Le désir l’avait envahi. Quand il le voyait avec Rosette, une horrible jalousie lui piquait le cœur. Parfois, quand il était avec Placide, quand ils partageaient un moment d’intimité, il pensait à lui. Il ne pouvait pas s’en empêcher. Il imaginait ses mains sur son corps, ses lèvres sur les siennes, son souffle contre son oreille. C’était plus fort que lui ; et pour cette faiblesse, il se détestait. Il aimait Placide et seulement Placide. Il ne voulait pas le tromper – pas comme sa mère et son père qui avaient si souvent trahi leurs vœux. Cette attirance le rendait malade. Il aurait préféré ne jamais croiser le brun.

Quand des voix s’élevèrent, puis que le convoi s’arrêta, Ludoric fronça les sourcils et rouvrit les yeux. Il s’approcha de la fenêtre et passa sa tête par celle-ci pour voir ce qu’il se passait. Garance et Lambert étaient descendus de leur véhicule et se tenaient devant celui de Rosette, Alembert et Clémentin. La rousse n’avait pas l’air bien du tout ; d’ailleurs, à ses pieds, le sol sec de Narfas semblait humide. Elle avait dû vomir. Il pivota vers Placide. « Je crois que Rosette est malade. » Que faisait Clémentin ? Il ne l’avait pas vu, mais il supposait qu’il était, ou allait être, aux petits soins avec elle. Il s’humecta les lèvres, dérangé par ses propres réflexions et les sentiments qu’elles faisaient gronder dans sa poitrine. « Mais on arrive bientôt, on voit les remparts de la ville. » ajouta-t-il pour couper court à ses pensées. Il jeta un coup d’œil à Zébella.



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Sam 22 Avr 2023, 17:19


« Aimez-vous ce thé ? Je pense le proposer dans la boutique. Il est simple, avec quelques notes de bigaradier. » En prononçant ces mots, Melchior ne put s’empêcher de pincer ses lèvres. On lui avait dit que les agrumes aidaient à la séduction. C’était plus une rumeur qu’autre chose, bien sûr, mais il aimait imaginer qu’à terme, cela finirait par amener Pénélope à lui. Alors, lorsqu’il la vit se coller à Gao, son sourire s’effaça aussi vite qu’il était apparu. En temps normal, il n’avait rien contre son jumeau. Le crâne de ce dernier était si vide qu’il résonnait comme les cloches de l’église où officiait le Grand Prêtre, mais il n’était pas méchant. Melchior espérait même qu’il retrouve raison, change d’avis politique, et rejoigne sa cause. Pourtant, quand il voyait son frère et Pénélope interagir, son sang bouillonnait. Par tous les dieux, comment est-ce qu’un misérable crevard qui n’était bon qu’à faire le tapin s’était retrouvé promis à elle ?

Dissimulant son mécontentement, Melchior finit sa tasse d’une traite. En petit comité, il pouvait se permettre un tel faux pas. Devant ses clients, c’était tout l’inverse : il présentait le thé avec une révérence qu’il trouvait presque nauséabonde. C’était nécessaire : il ne vendait pas juste des infusions, mais un rituel, une cérémonie, un mode de vie. En tout cas, c’est ce que ses parents lui avaient appris. De leur vivant, ils avaient été un couple nomade, attaché aux coutumes et autres legs du passé. Pour Melchior, le respect des traditions, ça lui en touchait une sans bouger l’autre – et il était bien content d’en avoir deux –.

Depuis qu’il avait repris la boutique, il avait cherché à diversifier les affaires tout en préservant sa clientèle actuelle. Sa première innovation ? Proposer des pâtisseries à bas prix. Ses petits pains avaient gagné en popularité. Parfois, il se plaisait à imaginer que ses géniteurs l’observaient depuis le ciel, ou où qu'ils soient. Il avait envie de leur dire « regardez-moi bafouer votre héritage, regardez-moi tracer mon propre destin, regardez-moi accomplir plus que ce que vous n’avez jamais pu rêver ». Il en était certain : chaque délicieux chou à la crème vendu le rapprochait un peu plus de la gloire. Son futur reposerait sur une montagne de beignets sucrés, et l’enfer qu’il réservait aux femmes serait pavé de croissants aux amandes.

Le discours de Pénélope suggérait qu’elle aussi pensait que les affaires allaient fleurir. Le marchand s’éclaircit la gorge, essayant de concevoir une réponse qui ne froisserait aucune sensibilité. Tout le monde savait qu'il était opportuniste, alors il ne valait mieux pas renforcer sa réputation. « Oui, peut-être que cet afflux de réfugiés contribuera au commerce. » Il l’espérait. « Cela dit, la stabilité du pays est essentielle. Je n’aimerais pas qu’une guerre me pousse à mettre la clef sous la porte. » Cette éventualité lui semblait peu probable. Il avait hâte qu’un conflit vienne secouer les choses, et pensait pouvoir tirer son épingle du jeu. « Enfin, il vaut mieux se retenir de juger trop hâtivement la situation. Nous verrons bien ce que l’arrivée de ces étrangers implique. » Avec un peu de chance, ils répandraient leurs valeurs soi-disant barbares dans le royaume.

Melchior se leva du coussin sur lequel il était assis, afin de préparer une nouvelle infusion. Cela lui permettait également de tourner le dos aux tourtereaux. Il ne savait pas s’il avait bu son thé trop vite, ou si les avoir tous les deux dans son champ de vision le rendait malade. « Reprendrez-vous du thé ? » Cette fois, il n’ajouterait pas d’agrumes. Que leur effet aphrodisiaque soit une légende ou non, Pénélope lui semblait être à deux doigts de se jeter sur son époux, et il n’avait certainement pas envie d’être témoin de la scène. « Vous en avez sûrement besoin, mon frère », lança-t-il nonchalamment. « Votre métier doit être si éprouvant, vous avez besoin d’hydratation… mais bon, quand une vocation nous appelle, on répond. » Il fit de son mieux pour que sa voix ne trahisse pas son ricanement.

Lorsqu’il était d’humeur introspective, Melchior se disait qu’il n’était peut-être pas si amoureux de Pénélope que ça. Après tout, par le passé, il avait aussi eu des vues sur Quentine. Le seul point que ces deux femmes avaient en commun, c’était d’être promises à Gao. Au fond, peut-être que le tabou de voler ce qui appartenait à son frère déclenchait sa passion. Melchior avait médité sur cette hypothèse, et préférait l'écarter. Il y avait une raison plus simple : à ses yeux, Gao avait toujours plus de chance avec les femmes. Quentine était bien mieux qu’Usélianne, sa propre épouse avec qui il avait entretenu des différends. Pourtant, il savait rendre à Césarine ce qui appartenait à Césarine : s’il y a bien une chose qu’Usélianne avait fait correctement, c’était de mourir.

800 mots. Melchior répond à Pénélope et pose une question à Gao.
Rôle - Melchior:


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Sam 22 Avr 2023, 23:34



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Les Portes V


Rôle :

J’observais Ludoric par intermittence. Mes yeux ne se posaient presque jamais sur Zébella. Je ne supportais pas de la regarder, à cause de ce que je lui avais fait, à cause de ce qu’elle représentait et à cause des mots qu’elle avait proférés à mon encontre. Ils étaient faux. Mes souvenirs les plus anciens trouvaient place dans le palais, aux côtés de mon père et de mes deux sœurs. Elle mentait. Elle avait menti pour me déstabiliser. Elle devait savoir qu’il n’y avait plus que moi. Coline avait été enlevée par Judas et personne ne l’avait retrouvée. Elle était peut-être morte à l’heure actuelle. Adolestine était partie sur son propre chemin et vers son propre destin. J’étais donc le seul héritier potentiel. Il y avait bien Clémentin mais… cette idée pinçait mon cœur. Parfois, en le regardant, j’étais jaloux. Il avait pu vivre des aventures multiples et, seulement après avoir expérimenté cent vies, avait appris avoir du sang royal. J’aurais aimé être pareil : libre.

Je fermai les yeux. L’image qui s’imposa à moi fut celle de Clémentin sur le trône de mon père. Je les rouvris, contrarié. Personne ne le ferait Roi. Il ne le deviendrait pas et je ferais tous les sacrifices possibles pour ça. Il n’était pourtant pas la menace la plus grande. Garance l’était, elle et ses ambitions. La royauté ne m’avait jamais intéressée par le passé mais la mort de mon père m’avait attristé et fait réfléchir. De ma peine était née la rage. Ce trône me revenait et il me reviendrait. Je ne pouvais pas laisser tout s’éteindre et se faner. Pourtant, j’avais conscience que les choses ne changeraient pas à Lieugro. Les nobles seraient toujours fermés à l’homosexualité. Je serais jugé. Pire, si je prenais la couronne, il n’y aurait personne pour la reprendre après moi, faute de descendance.

La silhouette de Ludoric revint dans mon champ de vision. À quoi pensait-il ? Je le voyais prendre son rôle très à cœur, aux côtés de Childéric. J’avais même développé une forme d’aversion pour l’ancien Chef des Armées. Il était plus âgé mais je le soupçonnais d’être le genre d’homme qu’aimait le roux. Il était musclé et séduisant. Il n’avait pas l’air bête non plus et avait réussi dans la voie que mon amant espérait suivre. Il devait lui prodiguer de nombreux conseils et… Childéric n’était pas marié. Peut-être était-il homosexuel aussi ?

Beaucoup de sujets m’inquiétaient : certains appartenaient au passé, d’autres au présent et les derniers se profilaient à l’horizon. Narfas gardait une partie de mes secrets en son sein. Ces secrets, je ne désirais pas qu’ils tombent entre de mauvaises mains. Avec un peu de chance, personne ne ferait le lien. Avec un peu de chance, la personne était morte ou avait changé de région. Objectivement, mes craintes étaient disproportionnées. Subjectivement, j’avais un mauvais pressentiment.

Le convoi s’arrêta. Mes yeux, qui étaient déjà fixés sur Ludoric, le fixèrent de façon plus précise. Mon regard de réflexion fit place à un regard qui cherchait le contact et la conversation.

« Rosette ? »

Zébella était toujours en train de dormir. Je l’enviais. Je dormais mal ces derniers temps. Je rêvais de Ludoric et de Childéric ensemble, qui me regardaient avec des mines moqueuses. Je rêvais de mon père et de sa tête pleine de vers, qui m’affublait de reproches. Je rêvais de Coline en proie à des tortures. Je n’avais jamais apprécié ma sœur mais la distance la rendait plus aimable. Je rêvais d’Adolestine qui se faisait violer par Merlin. Je rêvais de Zébella qui m’accusait d’être un faux Prince. Je rêvais de tout ce qui me tourmentait. Parfois, lorsque je me réveillais et que Ludoric était à mes côtés, je le réveillais pour que nous fassions l’amour. D’autres fois, lorsqu’il n’était pas là, ma réalité devenait un cauchemar. Plusieurs fois, je m’étais extrait du lit pour aller l’espionner, voir ce qu’il faisait. À chaque fois, il n’était pas avec Childéric mais seul avec la Reine tombée.

« Je suis pressé d’arriver. On pourra l’interroger davantage. »

Je fis un mouvement du menton vers Zébella sans pour autant la regarder. Je parlais de la lettre, celle qui indiquait que l’un des deux enfants de Judas n’était pas légitime. Je l’avais lu à voix haute à la concernée mais n’en avait pas reparlé avec elle depuis. J’avais mis Ludoric au courant mais lui avais fait promettre de ne rien révéler à quiconque.

Doucement, ma main se fraya un chemin sur la cuisse du roux.

« Ça se passe bien avec Childéric ? »

Je n’avais jamais osé demander jusqu’ici. Finalement, les mots s’étaient faufilés entre mes lèvres.  

772 mots

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Adriæn Kælaria
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Dim 23 Avr 2023, 11:33

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Les Portes - Chapitre V - L'arrivée à Narfas



Rôle:

Les longs trajets sont souvent l’occasion de réflexions poussées et de remises en question. Que serait-il advenu si… ? Pourquoi est-ce que… ? L’esprit de Lambert était de ceux-là, ceux à dérouler une réflexion aux multiples embranchements, à visionner les événements du passé cent, mille, dix mille fois. Malgré la présence de Garance à ses côtés, certains instants n’étaient ponctués que par les bruits en provenance de l’extérieur de la voiture. La tête de Montarville restait accrochée à sa rétine et il n’arrivait pas à se défaire de cette image. Judas d’Uobmab n’avait aucun respect, ni pour les morts, ni pour les vivants. Cet homme ne croyait en aucun Dieu. S’il y avait cru, il aurait respecté Montarville dans son trépas et aurait enterré sa tête ou l’aurait brûlée. Il l’avait simplement jetée dans un buisson, comme il aurait pu y jeter des épluchures de pommes de terre. Si Coline était encore avec lui, elle devait subir les pires déshonneurs. Elle n’était pas âgée et l’ancien conseiller royal ne pouvait s’empêcher de faire des comparaisons avec sa propre fille, prise au piège entre les mains rustres et la verve vulgaire et rude de Judas. Verve, et pas que. Parfois, même en remplaçant une lettre par une autre, le constat demeurait tout aussi vrai. Lambert ressentait un profond sentiment de colère lorsqu’il imaginait le Roi disposer de Coline comme d’une marionnette. Il ne l’avait jamais portée dans son cœur, parce que cette gamine était une peste capricieuse, mais tout orgueilleuse pût-elle être, elle ne méritait pas ça. Le poids des remords courbait les épaules psychiques de l’homme un peu trop souvent à son goût. Il n’aurait pas non plus dû laisser Adolestine partir. Il aurait dû chercher plus ardemment Madeline. Pas pour former de nouveau un couple avec elle mais pour s'assurer de sa sécurité. Les espions encore fidèles lui avaient fait un portrait de Merlin très précis, ainsi que de ses activités au bal. Lambert avait préféré se protéger, en se disant que sa femme ne ferait jamais ce genre de choses avec l’ennemi. Cependant, il se rappelait trop souvent que cette même femme lui avait caché l’existence de Clémentin durant de nombreuses années et qu’Éléontine de Tuorp, sa bonne amie, n’était qu’une catin à peine dissimulée par ses bijoux et ses étoffes. Finalement, était-ce important ? Pas tant que ça. Ils fuyaient pour leur vie et l’infidélité de son épouse n’était plus un sujet. Elle n’était pas avec eux. Sans doute avait-elle rejoint le Roi usurpateur d’Uobmab ? Il ne pouvait pas la critiquer pour ce choix, en tant qu’époux, parce qu’il avait fauté lui-aussi à bien des égards. Cependant, par rapport à son rôle de mère, à l’abandon de Rosette, il la jugeait implacablement.

« Bien. » Il avait hâte d’arriver. Ce n’était pas la première fois qu’il venait à Narfas et la ville qui était encadrée par les hauts murs était d’une richesse époustouflante. Les vêtements étaient plus soyeux que ceux de Lieugro, plus agréables à porter, pour les femmes comme pour les hommes. La nourriture, et surtout les douceurs, était exquise. Néanmoins, il avait conscience que la vie des privilégiés était bien plus faste que celle du peuple, qui devait subir la chaleur de plein fouet. « Je pense aussi. Nous ne devrons pas paraître trop brusques et pressés mais aborder ces questions rapidement nous permettra de nous positionner sur les intentions de Narfas et également sur leurs conditions. Je ne doute pas qu’il y en aura. Il y en a toujours. » C’était politique et diplomatique. Un Royaume ne pouvait décemment pas venir en aide, sans être lui-même acculé, à un autre gratuitement. Cependant, la présence d’Uobmab à l’ouest n’était pas favorable à Narfas. Une fois qu’ils auraient récupéré Lieugro, ils pourraient agir tel un bloc, pour effacer les griffes de Judas de l’ouest de Narfas. « De plus… » Ses mots se perdirent dans le brouhaha extérieur.

« Ça fait plusieurs fois qu’elle ne se sent pas bien ces derniers temps. Le trajet sans doute. » Il avait aussi remarqué que Garance présentait des signes de douleur et de fatigue. « Lorsque nous serons à Narfas, les choses rentreront dans l’ordre. » Il parlait pour les deux femmes. Il l’espérait. Il suivit Garance et la laissa s’occuper de Rosette. Il jeta un coup d’œil aux deux garçons. Il se sentait toujours gêné vis-à-vis d’Alembert, ce fils qu’il n’avait pas élevé. Il trouvait qu’il ne lui ressemblait pas spécialement, sans doute par mauvaise foi, et parfois il doutait de la vérité que lui avait révélée Garance. Il doutait et puis il se souvenait de son visage à ce moment-là. Alors il ne doutait plus. Il sourit aux garçons. Il gardait Clémentin à l’œil. Il n’était pas sans ignorer les inclinations du cœur de sa fille pour le bâtard mais ce n’était pas pour ça qu’il le surveillait. Il trouvait qu’il ressemblait à Montarville et avait à cœur de le protéger. Il finit par tourner les yeux vers Rosette et plaça une main rassurante sur son épaule. « Comme dit Garance, nous arrivons bientôt. Je sais que c’est long mais le voyage est bientôt fini. Tu pourras te reposer. »

858 mots



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Dim 23 Avr 2023, 14:00

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Les Portes - Chapitre V - L'arrivée à Narfas



Gao n’appréciait pas les longues conversations visant à refaire le monde. Il discutait déjà assez en exerçant son métier et aurait préféré boire son thé en silence. Cependant, Pénélope avait la fâcheuse manie de s’étendre. Elle jouait des sarcasmes et de l’ironie comme une reine orgueilleuse et s’ennuyant au sommet de son trône. Il la trouvait agaçante. Néanmoins, il pensait la même chose de toutes les femmes qui prenaient des airs. Qu’elle se pressât contre lui ne lui faisait ni chaud ni froid, sexuellement parlant. Pour le reste, ça l’agaçait plus qu’autre chose. Il aimait son métier mais aimait également pouvoir être libre de ses mouvements. Avoir une paire de seins, un bras, une tête ou n’importe quoi contre lui, alors même que la situation ne s’y prêtait pas, l’irritait. S’il trouvait que son frère était idiot, il n’avait aucune envie que celui-ci fût spectateur de ses ébats. Surtout, pour ce qui concernait sa fiancée, aucun ébat ne tenait. À ce titre, il espérait pouvoir séduire la prochaine régente qui lui serait donnée afin d’éviter encore durant quelques années le mariage. Il fantasmait sa rupture claire et nette. Il aimait les possibilités que lui conféraient son statut de noble couplé à son statut de semancier. Il avait un vaste choix et, parfois, couchait avec des femmes particulièrement belles et désirables. Pénélope l’était mais la savoir acquise le faisait débander. Il n’y avait jamais eu la moindre séduction entre eux. Elle était arrivée un beau jour. Il avait dû l’accepter comme sa sœur et sa promise. Les choses s’étaient déroulées ainsi et il avait intégré les épousailles futures comme un non-choix et une obligation. Depuis, au lieu de chercher à la connaître, à la séduire et à la faire succomber, il ne cherchait qu’à se soustraire de la muselière qui lui avait été apposée.

« Je le trouve bon. » affirma Gao, en parlant du thé de Melchior. Bon, mais pas plus qu’un autre. En revanche, il aimait beaucoup les arômes d’orange. Il préférait cependant la bergamote. Il regarda Melchior boire son thé d’une traite. Ça le fit sourire. Finalement, ils faisaient un peu le même métier. Quand ils travaillaient, ils devaient y mettre les formes. Melchior entreprenait un rituel semblable aux préliminaires qu’il effectuait. Finalement, tout n’était qu’une question de liquide et son frère buvait son thé en privé comme lui aimait consommer les femmes en dehors de ses fonctions : d’une traite, sans tourner autour du pot. Tamara et lui s’entendaient bien de ce côté-là. Pas de fioritures, juste des actes. « Oh je n’ai pas beaucoup de craintes. Mêmes si ces femmes et ces hommes amènent plus de perspectives de filles, avant que la démographie redevienne égalitaire, je serai déjà mort. » Autrement dit : il ne pensait pas que le métier de semancier disparaîtrait de ci-tôt. S’il continuait à donner des filles, son prix augmenterait encore. Le pourcentage de conception était la base de tout. D’ailleurs, puisque Pénélope en parlait, peut-être que s’il faisait l’amour avec ces étrangers, sa semence se verrait-elle guérie de la malédiction ? Il allait devoir essayer.

« Je ne m’inquiète pas trop pour le commerce de Melchior non plus. Il a toujours eu beaucoup de doigté. » Il sourit. Il doutait très sérieusement que Mechior doigtât quoi que ce fût. Néanmoins, ils ne parlaient pas de tout. Leur adolescence avait disparu, tout comme l’époque où ils avaient été complices. Les pensées politiques du brun ennuyaient le faux blond qui avait tendance à ne penser qu’à lui. Il se voyait comme une unité bien distincte de la masse que constituait les autres hommes et, globalement, il adoptait plutôt une approche individuelle de sa propre survie. « Il saura mettre ces étrangers dans sa poche, qu’il y ait une guerre ou non. » Finalement, les deux jumeaux savaient très bien s’insérer quand cela était nécessaire. On ne pouvait pas le leur enlever. « Je veux bien. C’est vrai que j’ai beaucoup donné ce matin. » Sa cliente était très riche et très demandeuse. Il savait parfaitement qu’elle se fichait d’avoir une fille. Elle voulait avant tout s’amuser et avait des fantasmes particulièrement osés et contraires aux bonnes mœurs. Il avait cru ne jamais y arriver mais avait relevé le défi. « Je vais en profiter pour refaire ma teinture. » dit-il, en se levant pour échapper à Pénélope. Il avait tout préparé au préalable : la bassine d’eau, les produits, la serviette. Il desserra les attaches de son haut et le laissa tomber sur ses hanches. Il trempa ses cheveux dans la bassine et les attrapa avec la serviette pour qu’ils ne fussent plus qu’humides. Tranquillement, il étala la mixture. « J’espère que vous irez à la rencontre de ces étrangers. » dit-il à Pénélope. Si elle pouvait s’amouracher de l’un d’eux, ça l’occuperait. « D’ailleurs... je pensais que je pourrais peut-être aider votre commerce, en apportant des échantillons à mes clientes. » ajouta-t-il, en direction de Melchior.

801 mots



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