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 [Q] L'ombre brille, l'éclat s'éteint.

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Sól
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Sól
Sam 01 Oct 2022, 22:47


Image par .Jose Vega, inconnue & Mateusz Dąbrowski.
L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
Intrigue ; Sól & Máni participent à la guerre contre les Sorciers.
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre rayonne - Post I ; La déchéance des justes.


Sól assénait des coups vifs mais précis - du moins, aussi nets que lui permettait de l'être sa nervosité. Cette fois-ci, le rondin de bois prenait la forme d'un ours, la gueule ouverte ; bientôt des crocs menaçants se détacheraient de la statuette. Durant le trajet jusqu'à la Vorace, l'agricultrice avait également sculpté des totems à l'effigie de Boholt’Kein, Zel’Eph Stark et Arz’Sehif. La louve avait pris une saveur particulière, entre les mains de la métamorphe. Tandis qu'elle l'avait taillé, elle avait longuement songé à sa nouvelle capacité, et à ce que cela signifiait. Elle en avait conclu une chose : elle était la gardienne des siens, elle protégerait farouchement celles et ceux qui comptaient pour son cœur. En vénérant la Zaahin de la Famille, elle priait qu'il n'arriva rien de mal à ceux qu'elle ne pourrait pas surveiller. Combien même elle s'octroyait cette tâche, elle n'était pas assez sotte pour croire qu'elle parviendrait à sauver tout le monde. Elle connaissait trop de monde dans les rangs des guerriers, trop de frères et de sœurs qui s'élançaient fièrement sur le champ de bataille. Même en ressortant victorieux - car il n'y avait pas d'autres issues possibles, aucune autre qu'elle n'envisageait en tout cas - la Guerre se montrait impitoyable et viendrait récolter son tribut, dans un camp comme dans l'autre. Une part égoïste espérait simplement qu'elle ne viendrait pas faucher des personnes auxquelles elle tenait trop.

« On approche. » Máni s'était installé à côté de sa jumelle. Chacun occupait le temps différemment, du mieux qu'ils pouvaient. Certains jouaient à des jeux de cartes ou de dés. D'autres maniaient l'épée ou le bouclier. On bavardait ici et là, se racontant des exploits passés pour revigorer l'esprits et motiver les troupes, là où d'autres restaient au contraire le regard rivé sur leur destination pour se concentrer. Une tension électrique régnait. La guerre. L'ultime bataille. Elle approchait enfin, et chacun rêvait de répandre le sang impur de ces pourritures pestilentielles. Chacun espérait pouvoir décrocher la tête de Val'Aimé ou d'infliger un supplice similaire à celui qu'il avait réservé à la défunte Thur. La race entière payerait pour cet affront qu'ils avaient osé maquiller en accident, ne faisant qu'aggraver leur crime aux yeux des Manichéens. « Mmh... » grommela la blonde. Le brun, lui, se détendait en passant de groupuscule en groupuscule, pour se changer les idées. Il avait discuté techniques de combat avec Nin, avait parlé de la maison avec leur père, puis s'en était allé jouer quelques manches avec des fermiers avant de retrouver sa moitié. « Eh, tu te souviens hein ? » fit l'adolescent tout en passant sa main, puissante, sur la nuque tendue de la nouvelle recrue. « Quoi ? » « T'as pas intérêt à crever, compris ? Sinon, je te rebute une seconde fois dans la Dilon. » Sól écarquilla les yeux ; Máni esquissa un sourire amusé. Il avait repris ses mots, ceux qu'elle avait prononcé lorsqu'il était partit pour l'affrontement d'Arcadia. La combattante soupira, forçant ses muscles à se détendre. Elle pencha la tête en arrière et s'avachit contre le diable. Elle n'avait pas eu conscience d'avoir besoin de ce contact, mais maintenant qu'elle se trouvait dans ses bras, ça avait quelque chose de rassurant. « Je compte sur toi pour éclater ces raclures, et nous ramener plein de Kiir’Sahqon. » Sól s'esclaffa avant de se redresser et de reprendre son labeur. « Ouai, t'en fais pas pour ça. Je vais tellement les éclater qu'on pourra monter une ferme avec toute la marmaille que je vais ramener. » Le Kendov ricana. « Alors, comment tu te  sens ? » Il se souvenait de sa première bataille, car elle était si récente. Il se souvenait que les quelques heures avant l'attaque avaient été une véritable torture. L'angoisse s'était mêlée à la rage de vaincre et avaient fait bouillonner ses veines. Sa part démoniaque prédominait sur sa personnalité, dû à sa nature d'origine. Il n'empêchait que le champ de bataille recelait de scènes atroces, qui forgeaient l'âme mais pouvaient également la détruire. Il craignait que ces visions d'horreur ne brisent la blonde. Pourtant, lorsqu'elle leva sur lui ses prunelles azurées, il n'y avait aucune trace d'hésitation. Un feu y brûlait, vorace, déterminé, dangereux. Il réclamait vengeance. Il était prêt à tout réduire en cendre. « Ma hache me démange. » lâcha-t-elle. Il sut, à ce moment, qu'il s'était inquiété pour rien. Elle avait soif de ce combat. Elle rêvait de forger sa propre histoire, dans le fer et le sang. Elle était une Kendov do Silus, elle s'était déjà battu jusqu'à la mort et ne la craignait plus. Si elle devait rejoindre les Zaahin, elle volerait jusqu'à la Dilon la tête fière, l'arme à la main, comme une vraie Réprouvée. « Vise bien. » Sól haussa les épaules. « C'est à toi qu'il faut dire ça. C'est pas moi qui en met partout à côté du pot de chambre quand je pisse. »
863 mots
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Sól
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Sól
Dim 02 Oct 2022, 08:46


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L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Post I.


Sól avançait d'un pas lourd, enfonçant ses talons dans la terre stérile de Nementa Corum. Ses yeux oscillaient entre les différentes ombres que dessinaient les arbres rachitiques, qui s'élevaient vers le ciel morose dans une supplique muette pour un peu d'eau douce ou de soleil. Rien, ici, n'était viable. La nature même semblait renier la vermine qui se terrait dans la Vorace. Pourtant, tels des rats, les mages noirs luttaient pour survivre dans cet environnement inhospitaliers. L'agricultrice, comme un réflexe, songea qu'on ne pourrait rien faire pousser sur ces terres mortelles, que laissée à l'abandon, l'une de ces racailles ne pourrait que mourir. A cette pensée, un sourire cruel se dessinait sur ses lèvres. Ils avaient de la chance. Le peuple guerrier ne leur réserverait pas une mort lente, ils abrégeraient rapidement leurs souffrances d'une lame en plein cœur ou d'une hacha fendant leurs crânes. Seuls Val'Aimé et leur souverain devraient subir leur colère et expier le prix de leur vilenie.  

La blonde glissa un regard sur le côté. Un autre bateau s'était arrêté là, le long du fleuve, crachant sa troupe de guerriers qui venait s'ajouter à la horde des Manichéens déjà en marche. La voile aux rayures pourpres et blanches indiqua à la soldate qu'il s'agissait des combattants de Gona'Halv. Elle scruta les visages de celles et ceux qui rejoignaient le sol, en reconnaissant la plupart. Certains, comme elle l'avait fait en débarquant, s'arrêtaient un instant pour ensevelir dans cette terre acide les statuettes de Zaahin qu'ils avaient amené avec eux sur les navires. Sól haussa les sourcils en apercevant la silhouette de son amante. « Je reviens. » fit-elle à sa moitié, avant de filer vers la recrue. « Je croyais que Keizaal ne participait pas au combat. » Saya releva la tête vers la blonde. Elle indiqua le bateau duquel elle venait de tomber. « Mais Gona'Halv, si. Chacun est libre de choisir ses batailles. » La brune reprit sa marche. « Et puis, il fallait bien que quelqu'un vienne assurer tes arrières. Tu charges comme un bicorne sans penser à surveiller ce qu'il se passe dans ton sillage. » la taquina l'érudite. « Ne te fais pas de souci pour moi. » Sól avait vu bon nombre de ses camarades, ses amis d'enfance et d'adolescence, des visages familiers avec qui elle avait grandit. Elle savait qu'elle pouvait compter sur eux, de la même façon qu'ils pourraient compter sur elle. Elle avait vu Graelf, Grezul, Asha - Laëth et Priam, aussi, bien qu'elle avait fait de son mieux pour les ignorer. Des figures solides qui les mèneraient vers la victoire. « Mais qui veillera sur toi, hein ? » grommela la blonde. « Tu n'auras qu'à me retourner l'attention. » éluda la plus grande. La gardienne souffla par le nez tout en secouant la tête d'un air désabusé. Abdiquant, elle glissa sa main vers celle de la brune et entrelaça leurs doigts. Une pression répondit à son appel et sembla alléger son cœur, autant qu'elle le serra. La présence de la fille de Keizaal ne faisait qu'ajouter une personne de plus à la liste de ceux qu'elle devrait protéger... Sól la confia à la volonté d'Arz’Sehif.

Le duo releva le regard. Au loin, on pouvait apercevoir l'ombre de la cité maudite. La Vorace s'élevait, menaçante, noirceur sur la grisaille. « On court à notre perte. Tu le sais n'est-ce pas ? » « Quoi ? » Sól avait froncé les sourcils. « On ne peut pas gagner contre eux. Pas comme ça. Ils sont trop puissants, mieux organisés que nous, ils vont nous écraser. » La Tynath'thuk retira sa main, comme si les paroles de la brune lui avait brûlé la paume. Elle la frotta contre son plastron de cuir. « Pas toi aussi... » murmura-t-elle, agacée. Non, en colère, même. Elle avait entendu les discours des réfractaires, de ceux qui avaient déclaré qu'une mort était déjà de trop, et qu'ils ne désiraient pas envoyer d'autres de leurs frères et sœurs à l’abattoir. La guerrière avait éprouvé une rancœur brûlante à leur égard. Elle ne comprenait pas comment leur cœur pouvait se montrer aussi lâche, comment leur âme pouvait ne pas crier vengeance pour Shezira. « Si tu crois qu'on court à notre mort, pourquoi être venue ? On n'a pas besoin de ta lâcheté dans nos rangs. » Sa voix avait pris l'accent des accusations. « Je te l'ai dit. Je voulais m'assurer que quelqu'un veillerai sur toi. » Sól cracha par terre. « Tu n'avais pas à t'en faire pour ça. » Et, sentant le démon gronder en elle et exiger que le sang coule, elle s'en alla rejoindre les siens. Ceux qui se battraient avec elle, jusqu'à la fin, jusqu'à la mort.
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Dim 02 Oct 2022, 18:08


Image par .Jose Vega, inconnue & Mateusz Dąbrowski.
L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre - dévoreMessage PLD I - Message Kaahl I - Message PLD II.


« Stödva ! » L'ordre claqua dans l'air et, peu à peu, le tremblement sourd des pas martelant la terre ennemie se tut. Un silence lourd, épais, le remplaça, entrecoupé par le galop de l'émissaire qui s'aventurait dans le camp adverse, brandissant son drapeau telle une moquerie. Chacun savait que plus aucun pourparler n'était possible. Tous désiraient les voir refuser cette offre de paix pour qu'enfin les tambours de guerre se mettent à vibrer sous les assauts bestiaux des âmes revêches. Sól scrutait Amestris comme s'il s'agissait d'un tas de purin. Elle sondait les silhouettes, perchées sur les hauts remparts. Ils se croyaient protégés, derrière leurs murs fortifiés, mais les guerriers abattraient leurs défenses comme ils l'avaient fait à Arcadia. Leurs ailes les porteraient jusqu'à ces tours impénétrables, et ils feraient gicler leur sang au pied de ces mêmes tours telle une pluie vermeille. Le cœur de la vaillante battait à chaque coup de sabot. Elle vibrait, de l'intérieur comme de l'extérieur. Ses veines semblaient ne plus retenir de sang mais plutôt de l'excitation, de l'impatience et de la haine, mélange brûlant et glacial à la fois. La soldate serrait puis desserrait sa prise sur le manche de son marteau, tapotant du bout des doigts le plat de sa hache, marquée d'un taureau blanc. Tandis que l'Ange s'inquiétait pour le sort de ses semblables, la Démone s'impatientait de pouvoir s'élancer dans les bras de la bataille ; chaque foulée de l'émissaire faisait gronder cette soif morbide en elle, jusqu'à causer un bourdonnement impatient aux oreilles de la Bipolaire.

« Lâches ! » Elle avait scandé l'insulte dès que l'effet de la surprise s'était dissipé, encouragée par la huée de ses compagnons. Des poings s'étaient levés, menaces envers les imposteurs. Ils avaient usé de leur satanée magie sur l'un des leurs. Les Réprouvés étaient connus pour leur aversion de cette pratique. S'ils avaient été moins têtus, peut-être n'en seraient-ils devenus que des guerriers plus aguerris en la maniant également mais les habitudes étaient des dictas chez ce peuple aux mœurs ancrées dans la mémoire collective. Ils avaient toujours combattu sans, et continueraient ainsi sans remettre leurs valeurs en question. Ils avaient l'habitude de se mesurer à des mages, mais que leurs ennemis jurés les provoque en faisant disparaître l'un des leurs n'étaient qu'un appel à la révolte. Nerveuse, Sól chercha le cavalier, ses pupilles s'agitant frénétiquement sur le champ de bataille encore désert.  Où l'avaient-ils emmené ? Conserver un contact visuel lui donnait l'illusion d'avoir un contrôle sur la situation. De pouvoir agir si nécessaire, si la menace se transformait en danger véridique. Or, privé de cette connexion, ses sens s'étaient mis en alerte, comme pour essayer de combler ce qu'il lui manquait désormais. Malgré elle, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer ces lâches la priver de celles et ceux qu'elle désirait protéger. Comment pourrait-elle le faire, s'ils les isolaient loin d'elle, hors de sa portée ? La guerrière enfonça ses ongles dans ses paumes, essayant de contenir son Démon qui s'affolait de plus en plus. Elle avait sentit la tension monter ; si ces rats ne sortaient pas bientôt de leur trou, elle risquait de lâcher ses nerfs sur le premier hère à sa portée.

Une silhouette apparue face à l'armée. Mais ce n'était pas celle de l'émissaire. La Tynath'thuk s'arma de son marteau. Le visage de l'ancien empereur affolait ses pulsions sanguinaires. Ce ne fut rien en comparaison de la rage qui la fit trembler lorsque la voix du Vautour s'insinua dans sa tête. Elle écarquilla les yeux, plaquant ses mains contre ses tempes, la secouant vigoureusement comme pour en chasser l'intrus. Lorsqu'il se tut enfin, les yeux de la guerrière jetaient des éclairs assassins. Il avait osé recommencer, utiliser de sa magie sur eux... La blonde trépigna d'impatience. Il les insultait, autant par ses actes que par ses paroles. De nouveau, une vague de protestation virulente traversa les rangs de l'armée ; Sól fit porter sa voix dans la foule de contestations, brandissant son majeur dans un geste odieux. Peu à peu, le silence regagna le rang des barbares, tandis que les chefs des armés les sommaient de se calmer. Finalement, le Thur Merrill se détacha de son peuple pour rejoindre l'ennemi. « Vas-y... » murmura la Kendov tandis qu'Hazaan s'avançait prudemment de l'homme. « Bute le. » Nin, à sa gauche, fronça les sourcils. « S'il tente quoi que ce soit... » Les jumeaux hochèrent de la tête d'un même mouvement. Si ce lâche osait les prendre en traître, ils n'attendraient pas pour avoir leur revanche, cette fois-ci.

Le silence s'étira, frémissant, grondant, devenant presque assourdissant. Le temps qui s'écoulait était un supplice : Sól en avait mal au corps, à force d'avoir tous les muscles tendus. Chaque seconde passant attisait sa haine, sa rage, son désir d'annihiler ce chaos qui leur était inconnu. Enfin, le cri d'Hazaan retentit, tel une délivrance. Les haches se levèrent, le cri de guerre fut repris en échos, et les Manichéens s'élancèrent de tout leur être dans les bras de leur destin.
896 mots

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Mar 04 Oct 2022, 12:41


L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message Kaahl II ; Message PLD III.

2WEI, Louis Leibfried, Edda Hayes - The Call
TW : la guerre commence, risque de violence tant qu'il y aura cet avatar

Pouvoir enfin passer à l'action avait quelque chose d'exaltant. Sól se laissa entraîner par le flot des guerriers s'élançant au combat. Ses pieds semblaient à peine toucher par terre, tant elle enchaînait les foulées, hâtive de pouvoir arriver jusqu'à ses adversaires. En cet instant, la peur n'avait pas sa place. Elle avait été submergée par le désir d'annihiler l'ennemi ; noyée sous les couches de mépris et de rage entretenues depuis des millénaires ; étouffée par la conquête d'une épopée sanguinaire. La soldate hurlait, comme pour faire gonfler son courage, ses yeux assassins braqués droit devant elle, sur les silhouettes de ses frères d'arme, cherchant les premiers ralentissements qui lui indiqueraient les zones d'affrontement. Elle avait déployé ses ailes, dans son dos. Elle revêtait celles de l'Odon Do Dur : elle se mélangeait mieux que jamais à ses frères et sœurs d'arme. Elle n'était qu'une gouttelette de sang circulant à travers l'artère de la guerre, elle alimentait le cœur du combat pour battre le fer au rythme de ses pulsions régulières.

La première bassesse arracha un hoquet de surprise à la Tynath'thuk. Son marteau et sa hache lui échappèrent des mains, rejoignant le sol. C'avait été comme si quelqu'un les lui avait arraché. Or, personne ne se trouvait face à elle. Quand à son armure de cuir, elle avait semblé s'émietter en lambeau, dégringolant sur la terre poussiéreuse et sèche. La guerrière avait ralentit le pas, désemparée face à l'effet de cette magie, mais fut contrainte d'accélérer de nouveau la cadence, au risque de se faire bousculer puis piétiner par ses pairs. Les autres, s'ils avaient été déroutés, n'en montraient rien. Peu importait qu'on les désarma, tant qu'ils auraient des jambes, ils courraient au combat avec la hargne des fous. Si on les privait de leurs appuis, ils ramperaient jusqu'au front, portés par la volonté des Zaahins. Si leurs membres étaient sectionnés, ils useraient de leurs yeux pour foudroyer leurs ennemis, pétrifiés sous la violence de leurs regards meurtriers. S'ils étaient privés de leurs globes oculaires, alors ils joindraient leurs cris pour galvaniser leurs camarades qui continuaient à avancer. Une chose était certaine : jamais ils n'abandonneraient ; jamais ils ne céderaient en rebroussant chemin. Ne restait alors qu'une seule voie : foncer devant, s'élancer jusqu'à leur mort jusqu'à ce qu'il ne resta plus personne debout sur le champ de bataille. Jusqu'à ce qu'ils aient tous anéantis leurs ennemis.

Sól sentait son cœur pulser douloureusement dans sa poitrine. Ses certitudes s'étaient craquelées en même temps que le cuir sur ses épaules. La proposition du Salvatore était un poison qui venait gangrener son hardiesse, l'idée ne lui semblait plus si dérisoire ; le dégoût qu'elle avait éprouvé en l'entendant s'exprimer dans son dialecte s'était éclipsé. Sans son marteau et sa hache, elle se sentait nue. Sans le poids de son armure sur ses épaules, elle se sentait vulnérable. Il lui restait ses poings, mais un mauvais pressentiments lui avait encerclé les tripes : et s'ils parvenaient à les lui ôter avec la même facilité déconcertante ? La soldate grogna et lâcha un nouveau cri. Elle ne devait plus réfléchir. Trop analyser la situation la déstabilisait toujours, elle le savait. Elle devait laisser son instinct de survie prendre le dessus, lui dicter ses gestes et ses réactions. L'envie de vivre était plus puissante que tout le reste, dans certains cas, elle déjouait les plans de la Mort. Grognant, serrant ses poings au point où ses phalanges en blanchirent, elle continua d'avancer.

Du coin de l’œil, l'ancienne Ange voyait certains de ses compatriotes tomber. Elle entendait leurs cris et leurs gémissements. Leur envoyait-on des projectiles, des flèches ? Peu importait. Avancer. Devant elle, une silhouette se contorsionna. Ce n'était pas l'effet d'un carreau ou d'une lance. Son armure, faite de métal, semblait se disloquer, écarteler son corps, le tordre dans des positions qui n'avaient rien de naturel. L'acier luisait d'un éclat sombre, noir, témoignage de la magie que leurs assaillants usait encore contre eux. Sól dépassa bientôt le pauvre hère, ignorant ses lamentations d'agonie. Bientôt, pourtant, elle fut incapable de faire abstraction à tous ces signes. Ici, un brave se retrouvait avec la main sectionnée par sa propre lame ; là, un éclat métallique ricochait et tranchait des têtes ou perçait les cœurs. Avancer. La combattante accéléra. Elle sentait la panique percer les barrières qu'elle avait ériger pour la recouvrir. Sa rage se décuplait mais pas aussi vite que les émotions négatives. Les remparts sont bientôt à portée d’assaut. L'élue d'Arz’Sehif cherchait des yeux les silhouettes de ses frères et de son père : tous s'étaient mêlé à la foule et s'étaient fait avaler, échappant à sa vision. Elle repoussa les pensées qui venaient la parasiter : non, ils n'étaient pas morts. Ils parvenaient à avancer, comme elle, malgré les corps qui tombaient un à un. Elle aperçut Dastan, à quelques mètres sur sa gauche, et la présence du Feu Follet lui redonna une once de courage.

Bientôt, la sorcellerie dissémina son poison au travers de l'armée des Bipolaires. La maladie se répandit et offrit son lot de cadavres. Les uns étaient-pris d'une attaque cardiaque, les autres s'arrêtaient sous l'assaut d'une toux qui les faisait tousser un sang impur qui finirait par les étouffer. Des cloques purulentes poussaient tels des champignons et explosaient sur la peau, jusqu'à ce que celle-ci se détacha et vienne abreuver le sol. La Kendov sentit l'air se putréfier autour d'elle, son épiderme lui brûler et la démanger. Là où la maladie l'assaillait, sa magie resurgissait, malgré elle, telle une réponse immunitaire qu'elle ne contrôlait pas. Si elle avait accueillit une part d'ombre en elle, elle était avant tout un être de Lumière. Sa magie blanche luttait farouchement pour repousser les germes et les microbes. Ce n'était pas suffisant pour obstruer l'accès à chaque vérole, et bientôt sa peau commença à se boursoufler - pas assez, cependant, pour l'arrêter.

La Manichéenne lapa une grande goulée d'air. « Indtil cobo eda maarbh ! » scanda-t-elle avec la puissance de son désespoir.
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Mer 05 Oct 2022, 18:23


L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message PLD III.


L'épée, que la blonde avait ramassé au sol, battait l'air de façon frénétique. Elle croisait le fer au rythme saccadé du souffle de la guerrière, qui parait, attaquait, esquivait sans vraiment comprendre ce qu'elle faisait : son instinct, forgé à force d'entrainement, avait pris le dessus sur sa raison. Les râles et les gémissements accompagnaient les éclats du métal s'entrechoquant, de la chaire ployant sous la pression d'une lame, du sang éclaboussant les ennemis et la terre désormais rougie. La soldate était déboussolée. Elle ne savait plus exactement là où elle devait aller, qui elle devait transpercer ou bien épargner - tout allait trop vite, les images s’enchaînaient avec une telle célérité qu'elle avait l'impression de ne pas parvenir à tout assimiler. Une fois, lorsqu'elle était plus jeune, la Réprouvée était tombée dans une mare. Elle n'avait pas encore appris à nager, à cette époque, et elle avait vite commencé à couler, incapable de toucher le fond ou de regagner la terre ferme. Elle se souvenait s'être débattue, à tel point qu'elle ne comprenait plus si elle était en train de regagner la surface ou si elle s'enfonçait au contraire dans les abysses. L'eau s'était infiltrée dans sa gorge, dans ses poumons - elle avait cru mourir. Sól grogna en assénant une estocade au mage qui s'effondra à ses pieds. Pourquoi ce souvenir lui revenait-il soudainement, dans un moment si peu propice ? Peut-être parce qu'elle avait, de nouveau, la sensation d'être submergée, de ne plus savoir où donner de la tête. Ses poumons semblaient en feu : elle se trouvait non loin des flammes, que les combattants de Sceptelinost avaient allumées. Ils avaient amenés avec eux des armes de navire, des explosifs dont ils étaient devenus les maîtres artisans. Les remparts. C'était là qu'elle devait se diriger. La Kendov esquissa un pas en direction du brasier. Un corps tomba juste devant elle, et elle manqua de peu de trébucher dessus. Le regard dément de l'un de ses antagonistes s'accrocha à elle et, un frisson la gagnant, elle leva son arme pour repousser l'attaque du sauvage. L'épée tiendrait-elle ? Elle semblait être sur le point de voler en milles éclats. Tordue, rouillée, souillée, elle avait subi les affres de la magie noire ; chaque assaut auquel elle se heurtait semblait la détruire un peu plus, si bien que sa manieuse s'étonnait à chaque coup de ne pas la voir céder sous l'impact.

« Prends ça, chienne ! » La Bipolaire ne comprenait pas les mots qui sortaient de sa bouche, mais cela n'avait aucune sorte d'importance. L’œil fou que l'ennemi darda sur elle criait les milliards d'insultes qui bourdonnaient dans son esprit malade. Un regard haineux qu'elle lui retourna. Hurlant à la mort, Kendov do Silus se jeta sur l'homme, essayant de ne pas chuter sur un camarade ayant cédé à l'appel de la Dilon avant elle. Le Sorcier leva sa main, courbée en un demi-cercle. Aussitôt, la guerrière sentit les doigts se refermer autour de sa gorge. Ce fut comme si la distance ne les avait pas séparé, comme si  la prise avait été directe. Avec horreur, elle sentit cette paume haïe lui écraser le larynx, les ongles s'enfoncer dans sa peau. Par réflexe, la victime porta sa propre main à on cou, comme pour essayer de desserrer la prise qui s'y était agrippée. Sans surprise, ses doigts se refermèrent sur du vide : l'ordure usait encore de sa vilenie, n'osant pas s'approcher pour la combattre. Luttant pour essayer de retrouver de l'oxygène, Sól s'avança de quelques foulées : elle ne se trouvait plus qu'à un mètre de la pourriture. Cette dernière, la voyant réduire son périmètre de sécurité, resserra son poing. Comme s'il appliquait directement une pression sur la gorge de sa proie, la blonde sentit la douleur crisper ses cordes vocales. Elle leva l'épée au-dessus de sa tête puis l'asséna dans un geste vertical, visant la main qui se dressait pour la narguer. Elle manqua sa cible d'une dizaine de centimètres. Portée par son élan, et trop affaiblie pour contrebalancer son équilibre, elle chuta, essayant de se rattraper sur les mains qu'elle tendit devant elle. Elle cogna son menton par-terre, se mordant la langue.

La combattante se retourna, essayant de se redresser pour faire face à l'ennemi. Celui-ci lui donna un coup de pied sur son épaule gauche pour la renvoyer au sol. La Tynath'thuk fouilla furieusement le sol à la recherche de son arme -  ses doigts se refermèrent sur une pierre. Elle s'en empara et visa : le projectile atteignit l'arcade sourcilière de son opposant, lui arrachant un cri et déversant une giclée carmine sur le côté de son visage. Ce ne fut pas suffisant, cependant, pour déstabiliser complètent le mage noir. Sól sentit son corps commencer à convulser. Ses yeux remontèrent sur le ciel et, pendant un instant, elle souhaita qu'il ne fut pas aussi gris - c'était une bien piètre vision pour sa mort, qu'elle avait imaginé plus grandiose que cela. Máni se moquerait sans doute d'elle. L'engueulerait-il, en la retrouvant dans la Dilon ?

L'explosion produisit une vive lumière et son souffle propulsa le corps du sorcier.
890 mots
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Mer 05 Oct 2022, 19:31


L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
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RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message PLD III.


L'air qui s'engouffra dans ses poumons fut aussi violent qu'une claque, autant salvateur que douloureux. Sól fut prise d'un spasme puissant, tandis que le souffle de vie retrouvait son corps. Elle toussa, cracha, déglutit. Ses oreilles vibraient - le sifflement strident perçait ses tympans. Papillonnant des yeux, elle roula sur le ventre, grimaçant tandis qu'elle sentait sur elle les entrailles de celui qui avait explosé. Elle se demanda vaguement s'il s'agissait de l'un des siens ou de l'un de ces chiens. La question fut vite oubliée : ses yeux s'étaient stoppés sur la silhouette de son agresseur. Il avait été balayé par le souffle de l'explosion, et avait atterrit à deux mètres de sa victime. Encore sonné par l'onde de choc, il ne parvenait pas à se soulever. Sól grogna et, plaquant ses mains sous ses épaules, elle poussa de toutes ses forces pour se redresser ; à quatre pattes, elle leva un genoux puis utilisa celui-ci comme un appui pour se relever totalement. Vacillant, la combattante enjamba un cadavre - d'une main, elle récupéra la lance qui lui avait transpercé le cœur. Elle grogna, tandis que le bourdonnement dans sa boite crânienne se faisait plus assourdissant. La déflagration de l'explosion l'avait assourdit et ses sens ainsi que son équilibre s'en trouvaient perturbés. Malgré tout, elle usa de sa détermination pour la porter jusqu'à sa cible. Ses lèvres étaient retroussées en un rictus cruel. La vengeance lui brûlait les tripes. D'un coup de pied dans les flans, elle le fit se retourner. Sans lui laisser le temps de réagir, elle écrasa son talon sur les doigts de sa main droite - le bruit des craquements d'os résonna en symphonie de son cri. Sans répit, la vengeresse embrocha son autre membre de la lame - une nouvelle vague d'insultes qui ne lui firent ni chaud ni froid vola à son encontre. Sans lâcher son arme, elle passa une jambe de chaque côté du buste de son ennemi, puis se laissa tomber sur lui, bloquant ses épaules à l'aide de ses genoux. Elle enlaça sa gorge de ses doigts, ancrant son regard bleu à celui, noir, du mage. Elle serra. De toute ses forces, appuyant de tout son poids. Elle le vit trembler, luter, geindre - à un moment, elle cru même qu'il essaya de l'implorer : elle ne fit que raffermir sa prise pour le faire taire. Finalement, la vie le quitta, et la blonde se mit à rire, d'un ricanement sans joie qui la fit vibrer des pieds à la tête.

De nouveau perdue, surprise de ne pas encore avoir rejoint les Zaahin, la Manichéenne leva les yeux sur le champ de bataille autour d'elle. Elle ne savait pas quoi faire. Les remparts, se souvint-elle. Avec des gestes lents, elle s'appuya sur la lance pour se remettre sur ses jambes. C'est à ce moment là qu'elle le vit : un loup noir, qui se jeta sur la gorge d'un sorcier. Ses crocs déchirèrent la chaire, créant une ouverture béante dans la jugulaire - il ne se retourna même pas pour vérifier que le corps s'écroulait à terre et s'élança dans la foule. Pendant un instant, Sól se demanda si elle avait perdu le contrôle et s'était de nouveau transformée sous sa forme animal. Non. Elle n'avait pas l'impression de rêver et puis, lorsque cela se produisait, elle ne voyait pas les choses sous cet angle. Il s'agissait d'un autre protégé d'Arz’Sehif. Comme si elle se sentait attirée par la bête, la blonde se mit à la suivre, repoussant les assauts de ceux se dressant sur son chemin. Elle récupéra une épée pour se défendre. Du coin de l’œil, elle aperçut son jumeau, aux prises avec un sorcier le tenant à distance avec un fouet. L'arme luisait d'une lueur noire, suintant de son obscure magie, et là où la lanière s'abattait, une marque profonde et fumante heurtait la terre. Sól courut vers eux. D'un geste du poignet, l'homme fit voltiger son arme qui bloqua le passage à la combattante. Elle se stoppa in-extremis. S'ensuivit une danse à trois. Lorsque l'Ange et le Démon esquissait un pas, le sorcier les maintenait à distance. Finalement, après plusieurs minutes qui semblèrent s'étirer en millénaires, le Kendov parvint à entrer à l'intérieur de la zone de défense et fonça sur sa cible, ne lui laissant pas l'occasion d'attaquer, le plaquant au sol. Il laissa sa véritable nature exploser et, sous son apparence de démon, le sorcier fut réduit en charpie. Le diable en l'angelotte échangèrent un regard complice puis se ruèrent sur leurs prochaines cibles.
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Mer 05 Oct 2022, 20:24


L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
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RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message Kaahl III ; Message PLD IV.


Sól avait l'impression d'étouffer. Elle s'était retrouvée dans la mêlée, essayant de repousser la porte et maintenant, elle luttait simplement pour de ne pas étouffer, coincée entre la mer de corps qui se pressaient contre le panneau de bois pour le faire céder. Elle grognait, essayait de jouer des coudes pour s'extirper de ces vagues qui s'échouaient avec violence contre l'ennemi à abattre. A l'entrainement, on lui avait appris qu'être à un endroit où on ne servait à rien pouvait se révéler catastrophique et contre productif. En cet instant, elle prenait la mesure de la véracité de ces avertissements. La boule au ventre, elle implorait les Zaahin de ne pas l'abandonner, afin qu'elle ne se fasse pas piétiner par les guerriers déchaînés. Elle craignait de tomber ou d'entraîner quelqu'un dans sa chute. Dans un hurlement plaintif, elle poussa une nouvelle silhouette et parvint enfin à sortir du troupeau. Le Loup se mit à hurler, alors qu'elle titubait. L'ordre de Raguel tonna et la blonde s'exécuta, elle bondit en arrière tout en relevant le regard pile à temps pour voir les cuves basculer en avant, déversant leur liquide mortel sur les silhouettes en contrebas. « Niedamir ! » (Attention !) hurla l'ancienne Ange, incapable de faire quoi que ce fut d'autre. Impuissante, elle assista à la coulée de l'acide. Il se répandit sur les Bipolaires et ceux-ci se mirent à fondre tel du beurre abandonné au soleil. Les yeux écarquillés d'horreur, la spectatrice vit la chaire suinter jusqu'au sol, la peau se défaire des muscles, les corps se transformer en flaques. L'odeur fut répugnante et la prit aux tripes. Elle sentit son ventre se tordre d’écœurement. Les cris d'agonis s'élevèrent et lui brisèrent le cœur. Son impuissance la sidéra et elle resta immobile, ne sachant quoi faire, quoi dire, quoi penser. Elle se sentit inutile. Faible. Méprisable. Pendant un court instant, infinitésimal, elle eut envie d'être en capacité de changer le cour des choses, d'user de ses dons pour souffler un air qui aurait détourné les jets d'acide, ou bien de ramener ses frères d'armes à ses côtés : elle ne savait manier aucune de ces magies. Elle trembla, incapable de faire autre chose. Puis la nausée la secoua et elle se courba pour recracher la bile qu'elle n'avait pas encore expulsé. Elle eut l'impression d'être l'une de ces cuves, perchées sur les remparts. Les larmes tracèrent des sillons dans la crasse, la poussière et le sang qui maculaient ses joues. Les corps qui jonchaient le sol autour d'elle n'étaient que des Bipolaires. Cela l'empli d'effroi.

A l'acide s'était mêlé l'huile : les brasiers s'étaient transformés en fournaises. De hauts murs de flammes s'étaient dressés, dangereux, menaçants. La blonde suffoqua sous la chaleur de celui qui s'était élevé à quelques mètres sur sa gauche. Elle releva son bras, dans un geste vain pour se protéger. « Nutaar ! » (Putain !) pesta-t-elle tandis qu'une main s'était fermée sur sa cheville et essayait de la tirer en arrière. Avec  un regard d'horreur en bas, elle s'aperçut que la main appartenait à l'un des cadavres. Nécromancie. Les autres lui en avaient parlé. La capacité de ramener les morts à la vie - si l'on pouvait appeler ainsi l'état de servilité dans lequel ils étaient réanimés. Des pantins au service des mages noirs, voici ce qu'ils étaient. D'un geste de rage pure, la guerrière sectionna l'articulation et releva le regard vers les mages noirs dressés au sommet du rempart. C'était une nouvelle humiliation. Non seulement ils avaient réussi à faire tomber ses camarades, mais en plus de cela, ils les utilisaient contre eux, pour se battre à leur place, privant les malheureux de la réunion avec les Héros... Les injures mentales de l'observatrice furent déviées lorsqu'elle se rendit compte de ce qu'il se passait devant elle. La porte avait cédée, sous le poids des défunts. Les survivants s'étaient élancés à l'assaut, tombant dans le piège de ces raclures de nécromanciens... Une fois de plus, Sól déplora sa propre faiblesse, son incapacité à venir en aide à celles et ceux qui disparaissaient dans le néant.

« Dastan ! » Le cri lui avait échappé, lorsqu'elle avait vu la chevelure du Feu Follet. C'était la grande silhouette élancée du canidé qui avait attiré son œil, mais il s'était arrêté sur le Belegad. Elle se souvint, soudainement, de sa promesse. Elle avait des gens à protéger. Elle ne pouvait plus rien pour ceux qui étaient tombés, mais il restait encore ses amis, ses voisins, des gens qui lui étaient chers. La gorge nouée, elle s'avança pour essayer de rejoindre le rouquin, se faisant cependant barrer le chemin par un autre macchabée.
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Mer 05 Oct 2022, 21:41


L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message Kaahl III ; Message PLD IV.


Il lui manquait une partie du visage : sa tempe avait été enfoncée à plusieurs reprises, déformant sa boîte crânienne. Pourtant, l'anonymat du cadavre ne resta pas éternel : de ce qu'il subsistait de visage et de morphologie, l'agricultrice reconnue Ebaar. Malgré l'antipathie qu'elle avait longuement éprouvé envers la Kiir’Sahqon, la voir réduite à l'état de marionnette désola la blonde. Celle-ci referma sa prise sur le manche de son épée. Elle avait la ferme intention de lui rendre sa dignité et de la renvoyer dans la Dilon, auprès des valeureux guerriers qui avaient rejoins les Zaahin. Sól leva son épée, analysant la posture de la rousse. Son œil intact était morne, fixant un point dans le vide. La combattante sourcilla. La posture de son adversaire n'était pas naturelle. Elle ne trahissait aucunement ses intentions, ne permettait pas de deviner ses prochains mouvements... C'était sans doute normal. Elle était manipulée à distance, par un poltron qui devait observer et analyser la scène bien à l'abri. L'idée irrita la soldate et, en venant à la conclusion qu'elle ne parviendrait pas à lire le langage corporel de son opposante, s'élança pour débuter le combat. Le cadavre était étonnamment vif. Il évitait ses coups et ripostait. Le délais de réponse était cependant légèrement décalé. La blonde parvint à enfoncer sa lame dans la plaie déjà béante de sa tête et coupa le visage en deux. Le sommet de la tête glissa à terre, mais le corps d'Ebaar resta parfaitement debout, vacillant à peine sous l'assaut. La blonde fronça les sourcils. Elle avait imaginé que lui couper la tête serait suffisant pour déjouer l'enchantement. Elle s'était visiblement trompée.

Le cœur battant, Sól aperçut de plus en plus de silhouettes se relever d'entre les morts. Les catacombes se transformaient en terrain de jeu pour les mages noirs ; ceux tombés dans les bras de la mort devenaient leurs munitions. L’hécatombe des Bipolaires était un avantage supplémentaire. La Tynath'thuk sentit une vague de désespoir lui étreindre la poitrine. Son arme lui parut soudainement plus lourde et la soulever devint plus compliqué, lui demandant davantage d'efforts. Elle réalisait, soudainement, l'enfer dans lequel ils s'étaient élancés. Les paroles de Saya lui revinrent en tête. Ils avaient foncés tête baissée vers leur trépas. Ils s'étaient eux-mêmes mis la corde autour du coup, s'enfonçant dans un déni en espérant gagner contre des adversaires plus puissants qu'eux... La vérité avait un goût âpre, détestable.

« Govey durak ahrk niruin ! » (Coupez les bras et les jambes !) La Kendov se ressaisit. Les points faibles. Sans jambes et sans bras, les pantins seraient inutiles. Elle devait faire vite : désormais, les défunts surpassaient les vivants en nombre. Ils se feraient submerger par ces nouvelles troupes ennemies. Avec détermination, la blonde s'avança sur l'ailée rouge. Elle commença par la désarmer. Une fois qu'elle n'eut plus d'arme, la menace devenait soudainement moindre. Quoi que non négligeable, la Réprouvée restait une enfant de la Paal Maar, et comme un tribut à ce sang versé, elle avait hérité d'une puissante musculature. Elle était plus large et plus haute que l'angelotte. Mais au moins, elle ne risquerait plus de la couper du bout de sa hache. Usant de jeux de jambes et essayant de changer régulièrement d'angles d'attaques dans l'espoir de trouver l'angle mort du marionnettiste, la Vivante parvint à trancher un bras, au niveau de l'épaule, puis se fut au tour du second, au niveau du coude cette fois-ci. S'approchant, elle balaya les jambes de la morte, qui chuta sans opposer de résistance. La blonde sectionna les jambes au niveau des genoux. Elle récupéra ensuite la hache de la bergère : l'arme serait plus efficace pour trancher les membres. Aussitôt, elle déploya ses ailes et s'enfuit dans les airs pour échapper à l'attaque de deux cadavres supplémentaires : le nécromancien avait sans doute abandonné Ebaar, lui préférant des pantins valides. Le répit fut de courte durée : les ailes du démon et du réprouvé se dégainèrent dès qu'ils se relevèrent et ils la rejoignirent dans les airs.

Sól sentait ses membres trembler. La fatigue commençait à faire souffrir son corps ; le désespoir à épuiser son esprit. L'Espérance ne l'avait pas tout à fait déserté. Elle savait que son jumeau vivait encore, et par extension, elle étendait ce sort favorable à tous ses chers. Elle les croyait plus chanceux que les autres. Elle se berçait d'illusions qui, dès qu'elle pourrait de nouveau réfléchir, s'effriteraient, mais elle avait besoin de se plonger dans ce déni pour ne pas lâcher les armes et attendre que le Destin vint également la percer de sa cruauté.

La guerrière fonça sur l'un de ses adversaires. En l'air, ils étaient moins adroits, sans doute parce que le manieur ne possédait pas l'expérience du vol. Il était plus difficile de les manier ainsi. Elle fendit une aile rachitique : l'un des adversaire s'écrasa au sol. Elle l'avait projeté de sorte à ce qu'il entraîna également le second cadavre. La tentative avait échouée mais lui avait donné quelques secondes pour foncer sur le corps pourvu de ses deux ailes démoniaques. Elle planta la lame dans le torse, pour essayer de le trancher dans la diagonale. L'arme, émoussée, s'enfonça dans la chaire sans la percer de part en part. Sól esquiva de peu le coup lancé par le cadavre, donnant un grand battement d'ailes pour se reculer. Une gerbe de feu grilla cependant le cadavre. Baissant la tête, Sól aperçut Saya. Elle lui adressa un signe de tête en guise de remerciement puis fit demi-tour, sondant la terre pour essayer de trouver une arme qu'elle pourrait utiliser.
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Mer 05 Oct 2022, 23:04


L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message PLD IV ; Message Kaahl IV ; Message PLD V.


Sól s'était arrêtée auprès d'un sorcier qui n'avait pas encore été utilisé par les nécromancien. Son arme à lui, toujours rangée dans son fourreau, était restée intacte. Elle n'avait pas été souillée par leur détestable magie. La Réprouvée trouva idiot qu'un homme mourut en plein combat sans arme à la main. Mais cette faute lui était favorable, aussi s'en réjouit-elle. Par précaution, elle usa de la hache d'Ebaar pour sectionner jambes et bras, puis fit demi tour, prête à en découdre avec son prochain adversaire, peut importa qu'il fut vivant ou mort.

La vue qu'elle découvrit lui coupa le souffle. Smoliin était à terre, une main sur ses flancs sanguinolents, une grimace où se mêlait terreur et douleur déformant ses traits d'habitude si joyeux. Au dessus de lui, menaçant, se tenait un mage noir. Il avait la mine vile d'un monstre, appréciant très clairement la vue qui s'offrait à lui. Il prenait un plaisir manifeste à infliger sa torture et à admirer ses victimes se tordre sous ses assauts. Il claque des doigts et le Kiir'Sahqon se plia dans un cri atroce. Ce fut ce nouveau cri qui tira Sól de sa léthargie. Elle s'élança et visa. La hache alla se nicher dans la nuque et le sorcier tomba à terre. La Tynath'thuk s'agenouilla près du blond. Du sang. De partout : il s'écoulait de la blessure que l'ailé essayait de tenir entre ses mains,  de son nez et de sa bouche, de sa cuisse qu'une plaie béante et nauséabonde tailladait. « Ca va aller. » assura la blonde. Non. Ça n'allait pas du tout. Rien n'allait. Ils perdaient la guerre, et elle perdait ceux qu'elle aimait. Hors de question. Elle ne voulait pas. C'était impossible. Retenant les larmes qui s'amoncelaient à la frontière de ses cils, la blonde pressa ses mains contre les côtes du Kiir'Sahqon. « Nutaar ! » (Putain !) cria-t-elle, en les pressant plus fortement pour essayer de stopper le sang. Elle inspira profondément, et essaya de se concentrer sur ses deux mains. Elle les fixa avec une telle intensité qu'elles auraient pu s'enflammer à tout instant. « Ardyr ! » (Merde !) cria-t-elle. Elle essayait d'invoquer cette stupide magie qu'elle refermait en elle. Tous les êtres de cet univers en possédaient, au moins un peu, à part les humains. C'est ce que Saya lui avait dit. Et les Anges possédaient la capacité de guérir les autres. Alors pourquoi ses mains ne se mettaient-elles pas à scintiller, comme l'avait déjà vu ? Pourquoi, elle, ne parvenait pas à soigner Smoliin, ici et maintenant, alors qu'elle en avait plus besoin que tout au monde. Le garçon grogna. Il peinait à respirer à travers son propre fluide vital. « Sól. » croassa-t-il. « Kniil rov ! » (La ferme !) le coupa-t-elle. Des larmes s'étaient mises à couler une fois de plus sur ses joues. Son impuissance la faisait enrager. Elle s'en voulait, d'être incapable de soigner son amant, alors que ses doigts renfermaient la solution. Elle était simplement incapable de s'en servir. Une culpabilité couplée à l'injustice lui broya les entrailles, tandis que le blessé enserrait son poignet.

« Arduin. »(Soigneurs.) souffla l'adolescent. Sól écarquilla les yeux. C'était vrai. Ils avaient une arrière troupe de guérisseurs. Retrouvant une détermination brûlante, elle plaça un bras de son camarade autour de son cou puis l'aida à se relever. Elle commença à s'éloigner du rempart et de la mort. Au loin, cependant, les arrières troupes avaient été décimées. A leur place, là où auraient du les attendre les soigneurs et les renforts, une ligne d'éléphants se dressait. La blonde se mit à geindre. Les bestioles venaient d'écraser ses espoirs, de balayer sa dernière chance d'un cou de trompe. Elle les observait, les yeux écarquillés, s'avancer vers eux, leur barrant tout espoir de retraite. Tout salut possible. Son cœur sembla se consumer, se réduire en cendre, aussi sec et infertile que cette terre de malheur qui les voyait décéder l'un après l'autre. « Nutaar... » maugréa le Kiir'Sahqon. Son poids céda et la Kendov fut incapable de le retenir, manquant de chuter avec lui. « Nid ! Yu nid dir naal io durak ! » (Non ! Tu ne mourra pas dans mes bras !)La blonde se mit à secouer le corps. Smoliin avait perdu connaissance. Il ne se réveilla pas, malgré les insultes et les menaces que la blonde proféra à son encontre, comme si elle essayait de l'effrayer suffisamment pour qu'il la craignit elle plus que la mort. Lorsque la réalité la frappa, elle laissa un cri perçant lui brûler la gorge. C'était le cri d'un amour fauché. Le chagrin d'une âme esseulée.
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Jeu 06 Oct 2022, 00:45


L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
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RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message Kaahl V ; Message PLD VI.


« Sól relève toi ! » La voix de Nin s'était élevée au dessus d'elle, mais elle ne l'avait qu'à peine entendu. Ses pleurs recouvraient tout : les cris, les craquements, les flammes. En cet instant, ne restait plus que le trou béant dans sa poitrine. La peine qui semblait empoisonner ses veines. Peinant à respirer à travers ses sanglots, la blonde restait avachie par dessus la dépouille du Kiir'Saqhon, comme si elle essayait de le protéger, encore une fois, dans ces derniers instants. Mais il était trop tard. Il était déjà parti. Elle avait déjà failli à sa tâche. Malgré tout, elle tenait à les préserver des affres de la guerres, qui pourraient encore s'abattre sur lui. Elle refusait de le laisser se relever. Elle ne laisserait pas ces maudits mages noirs le faire revenir d'entre les morts. Alors qu'elle serrait son buste entre ses bras, elle lui transmettait cette promesse honorifique - bien qu'elle n'eut aucun moyen de la respecter. « Sól ! » L'aîné de la fratrie Tynath'thuk s'était approché ; il se pencha sur la silhouette de sa sœur et la tira en arrière par l'épaule. « Debout ! C'est dangereux. » La blonde le repoussa, ses sanglots redoublant d'intensité. « Il est mort ! Tu ne peux plus rien pour lui. » Cette fois-ci, il l'attrapa par le bras et la força à se remettre sur pied. « Ressaisis-toi ! » hurla le brun. Ses yeux anthracites se connectèrent à ceux de sa cadette et il sut, en y lisant, qu'elle ne serait plus en état de combattre. Que ses émotions avaient créé en elle un tourbillon tumultueux, trop bouleversant pour qu'elle pris les armes et continua à lutter. Son corps semblait également la trahir : sa tristesse avait tué le peu de force qu'il lui avait resté. « Tu peux marcher ? » Elle était blessée, à plusieurs endroits. Plusieurs entailles, plus ou moins profondes, décoraient sa peau. Mais elle était en un seul morceau. La gorge trop nouée pour parler, la Kendov acquiesça lentement.

Pourtant, le regard du Bipolaire s'était déjà détourné. Il tira violemment sur le bras de sa sœur, la projetant derrière lui comme pour faire barrière de son corps. Le guerrier leva son épée, parant l'attaque d'un cadavre qui s'était relevé. Nin était robuste mais agile. Il envoya valser son opposant en quelques coups d'épées. Il était beaucoup plus efficace que sa cadette. Cette dernière le regardait faire, tenant mollement sa propre épée sans être en mesure de la lever. « Avance ! » ordonna le Bipolaire. La sœur s'exécuta lentement, comme une somnambule. « Grouille ! » la pressa l'homme, tandis qu'il faisait face à d'autres revenants. Alors que Sól se remettait en mouvements, un cri l'alerta : en se retournant, elle constata avec fureur le corps de Smoliin, aux pieds de son frère. Il avait rampé jusqu'au Tynath'thuk et lui avait planté son arme dans l'arrière de la jambe. Le moment d'inattention fut fatal : l'autre cadavre prit le dessus et, d'un coup d'arme blanche, envoya sa tête rouler par terre.

Les yeux bleus de la blonde étaient tellement écarquillés qu'ils semblaient prêts à sortir de leurs orbites. Elle vit la dépouille s'avancer vers elle. Elle recula, d'un pas, de deux, puis trébucha en arrière. Dans sa chute, son coude cogna contre quelque chose - un crâne, lui sembla-t-il - dans un sinistre craquement qui lui déchargea de la douleur dans tout le bras. Ce fut cet éclat de réalité qui lui remit les idées en places. Parce qu'elle ne voulait pas souffrir. Elle ne voulait pas mourir. Devant elle, des milliers de morts revenant pour achever le combat. Derrière, des géants capables de la piétiner, qui balayaient les fous osant essayer de les dépasser d'un coup de trompe : elle avait vu leurs corps voltiger, se tordre dans des angles qui n'étaient pas humainement possibles. Dans un cas comme dans l'autre, la mort l'attendait. D'un côté ou de l'autre, la souffrance viendrait la cueillir. La seule façon d'y échapper était de continuer à luter, jusqu'à ce que l'ordre de repli soit donné, ou jusqu'à ce que ces pourritures se lassent et les laissent. La blonde se mit à ramper, toujours allongée sur le dos. Au dessus d'elle, le meurtrier. Celui qui venait l'achever. La brave - elle n'avait plus d'once de courage, ce qui la motivait était une pulsion bien plus bestiale, un instinct qui refusait soudainement de la laisser périr - essaya de soulever son arme mais son coude lui arracha un cri de douleur. Elle fut incapable de se mettre en position. Son cœur tambourinant dans sa poitrine, elle vit son bourreau lever sa propre sentence mortelle. Lorsqu'il l'abattit, elle se recroquevilla sur elle-même. Un bruit sourd résonna au dessus de sa tête - la pression d'un choc violant lui avait broyé les flans - elle en eut le souffle coupé ; pourtant, elle ne sentit pas la douleur vive de la chaire tranchée. Elle rouvrit un œil. Au-dessus d'elle, un dôme blanchâtre était apparut, l'englobant toute entière. Deuxième attaque : de nouveau, ce fut comme si on lui avait donné un coup de poing, en plein ventre cette fois-ci, et sa respiration s'en trouva pareillement bloquée. Elle n'avait subit aucune entaille : l'épée avait été stoppée par cette étrange barrière. Pétrifiée, la chanceuse n'osa pas bouger, de peur que le bouclier vola en éclat. Elle entendit, avec un mélange d'amertume et de soulagement, le signal de la retraite, avant de réaliser qu'elle était coincée ici, sous ce dôme, devant ce bourreau, et qu'il ne la laisserait pas partir. Troisième attaque : le phénomène se répéta. Cette fois-ci cependant, la blonde sentit la protection vaciller. Elle repoussa l'arme de l'assaillant mais éclata telle une bulle de savon. Comme abasourdie, la combattante regarda autour d'elle. Smoliin s'était mis à ramper dans sa direction. Il était handicapé par sa cuisse : il se tirait à la force de ses bras. Ça lui laisserait du temps. Alors que l'inconnu relevait la lame, Sól lui envoya son pied dans la rotule : déséquilibré, le pantin tomba à la renverse. La blonde roula sur le côté puis se releva. Elle coupa un bras, puis l'autre : l'exercice était plus complexe qu'escompté : son bras droit était trop douloureux à manier, elle devait donc se débrouiller de son bras le plus faible. Elle épingla le cadavre au sol en lui enfonçant la lame parfaitement tranchante du sorcier dans la poitrine. Elle récupéra celle qui avait été utilisée pour tuer son frère puis s'avança vers le Kiir'Sahqon.

Sól le toisa de haut. Son chagrin s'était changé en amertume, en haine et en déception. « Je suis désolée. » lâcha-t-elle. Désolée, de ne pas avoir pu empêcher ce qui s'était produit. Désolée pour ce qu'elle s'apprêtait à faire, peut-être. Elle sectionna ses membres, le rendant inoffensif. Le tuant une seconde fois. La blonde se retourna vers Nin. Il n'avait pas encore été exploité. Mais cela ne saurait tardé - elle le savait, désormais. Seulement, elle ne supportait pas l'idée de voir d'autres de ses frères se battre contre les siens, les entraîner dans la mort avec eux. Elle lui réserva le même sort qu'à Smoliin.
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Jeu 06 Oct 2022, 02:34


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RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - Message PLD VI.


Les cadavres s'écroulèrent un à un, pour de bon cette fois-ci. Ils tombaient, comme si les fils qui les avaient manipulés avaient été tranchés. Les pantins ne servaient plus à rien ; les nécromanciens avaient fini de jouer avec eux et abandonnaient là leurs jouets. Ils les offraient en pâture à leur terre macabre, aux charognards qui pullulaient dans cette campagne morte. Déjà quelques corbeaux venaient roder aux alentours des cadavres.

Sól regarda autour d'elle. Une mer de corps qui s'entassaient par terre. Et, au milieu de cet océan funeste, quelques rares silhouettes restaient debout. La blonde sentit un gouffre sans fond se creuser à l'intérieur d'elle-même. Si peu... Ils étaient si rares, les siens, ceux qui n'avaient pas succombé. Aussitôt, la crainte lui vrilla les entrailles. Dans cette infime population de chanceux, combien de ses proches restaient-ils ? Son cœur se pinça douloureusement au souvenir de ceux qu'elle avait vu tomber. Ebaar, Smoliin, Nin. Un froid glacial l'emplit de l'intérieur. Elle sentait un cri de désespoir toner dans sa cage thoracique ; elle était trop épuisée pour le laisser s'exprimer au delà. Comme si la vie l'avait quitté elle aussi, la blonde tourna sur elle-même, comme pour constater de nouveau les dégâts, pour vérifier qu'elle ne s'était pas trompé. Ici et là, les survivants se regroupaient. « Viens gamine. » Une femme, qui fuyait les remparts, l'attrapa par les épaules et l'emporta. Elle avait dans le regard une lueur sévère, rude, vestige des horreurs qu'elle venait de vivre. Une détermination, également, qui témoignait qu'elle restait vivante, et qu'elle comptait bien le rester. Sól se demanda si ses proches à elle étaient morts. Sans résister, elle se laissa entraîner.

Bientôt, les deux femmes rejoignirent un autre groupe, puis un autre. A chaque nouvelle fusion, la Tynath'thuk scrutait les visages, à la recherche d'un faciès familier, d'un ami ou d'un membre de sa famille. Le reste du temps, elle sondait les visages des défunts, ceux qui étaient reconnaissables. Lorsqu'un visage rencontré à Gona'Halv ou côtoyé à Lumnaar'Yuvon se présentait, le désespoir la rongeait un peu plus, bien qu'à chaque accablement elle crut atteindre le summum de ce que son esprit était prêt à endurer. La torture ne semblait pas avoir de fin. Pourtant, à chaque visage qui lui était inconnu, une certaine forme de soulagement l’apaisait, aussitôt rejointe par la culpabilité de se réjouir du sort de ces anonymes. Parfois, un survivant appelait à l'aide : on se précipitait pour le sortir des piles de cadavres.

Pad'Mah se présenta devant la blonde. Sans échanger un mot, les deux femmes s'étreignirent, dans une poigne ferme. Cela ne dura que quelques secondes, mais elles passèrent dans ce simple contact un millier de sentiments. La tavernière se recula et, d'un œil expert, elle examina le corps de sa camarade. « Mmh... Tes blessures sont superficielles. » Ça n'était pas le ressentit de la Tynath'thuk. Elle avait l'impression de s'être faite piétiner par ce troupeau d'éléphants. Il n'y avait pas une parcelle de son anatomie qui ne la fit pas souffrir. Sa peau était recouverte de sang, du sien comme de celui de ses ennemis. Quand à son épiderme, il était irrité, boursouflé à plusieurs endroits, effets de la magie nocive qu'avaient propagés les Sorciers. Quelques brûlures marquaient également certaines zones. Mais la guérisseuse avait raison : sa patiente s'en tirait avec ses quatre membres, ses deux yeux et ses deux oreilles. Plusieurs de ceux qu'ils avaient rejoints n'avaient pas cette chance. « Tes ailes ? » « Intactes. » Sól grimaça. « C'est ton coude ? » La blonde acquiesça. Elle grimaça et grogna tandit que la femme l'examinait plus précisément. « Est ce que tu as vu des gens de ma famille ? » « Non... Et toi ? As-tu vu Asmaak ? » « Non. Mais Ebaar est morte. Je me suis battue contre elle. » Pad'Mah se pinça les lèvres. Elle aurait préféré obtenir une réponse franche, quand bien même cela lui aurait dévasté le cœur. L'ignorance était pire que tout, car l'esprit la comblait d'un tas d'horreurs plus atroces encore. Sól éprouvait la même panique sourde. « Ne bouges plus ton bras. » Elle venait de passer une bande de tissu autour de son avant bras et l'avait noué sur sa nuque, pour le reposer et l'empêcher de l'utiliser. « Il n'est pas cassé. » La soigneuse exerça une légère pression sur l'épaule de la blonde avant de passer au prochain blessé.
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Jeu 23 Fév 2023, 10:55


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L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore .


Sól avançait. Sans trop savoir comment, ni pourquoi. A quoi bon avancer, quand tous ceux qu'elle avait connu restaient derrière ? Comment aller de l'avant, en laissant tant des siens ici ? C'était comme d'arracher une part d'elle-même et de devoir l'oublier comme s'il ne s'était agit d'un rien. En avait-elle la force ? En cet instant, la blonde se sentait faible, tellement que la moindre chose lui paraissait insurmontable. Mettre un pied devant l'autre était une épreuve qu'elle surmontait par mécanisme, mais qui lui demandait déjà toute sa volonté. Elle observait les visages de ceux qui n'étaient plus. Parfois, son groupe apercevait un homme ou une femme à terre, mais toujours en vie. Ceux-là ne se relèveraient pas : ils étaient condamnés à sombrer dans la mer funeste qui les entourait. Ces morts là étaient plus déchirantes encore que les vies qui s'étaient perdues durant le combat. Ils étaient si peu à avoir échappé à cette bataille qu'abandonner la moindre âme était criminel, déchirait l'être de ceux qui commettaient ce pêché. Et pourtant, ils n'avaient d'autres choix : il y avait des cas qu'on ne pourrait pas sauver, bien qu'on le voulût au plus profond de soi.

« SOL ! » L'agricultrice s'immobilisa à l'entente de son prénom. Son cœur voltigea dans sa poitrine, reconnaissant cette voix familière qui l'avait accompagné dès le début de sa vie. Elle pivota jusqu'à ce que le visage de son jumeau apparaisse dans son champ de vision. « Máni... » Là, oubliant la fatigue et le désespoir, elle courut aussi vite que son corps le lui permit et se jeta dans les bras de sa moitié. Elle s'y lova et laissa éclater les sanglots, déversant la peine de son âme fragmentée. Les bras puissants du démon autour de sa silhouette lui apportèrent un maigre réconfort. Elle s'y raccrochait, parce qu'il était sa seule lumière. « Sól, est ce que tu as vu Papa ? Et Nin ? » Les viscères de la blonde se soulevèrent, et elle mordit sa lèvre tremblante pour ne pas succomber au malaise. Reniflant, elle releva le visage, plantant son regard dans celui de son frère. « Nin... » Sa voix se brisa, mais elle n'eut pas besoin d'en dire plus. Le brun avait compris : ses traits s'étaient fissurés sous l'impact de la perte. Il se ressaisit cependant, inspirant profondément pour ne pas perdre son calme. « Papa ? » L'ange haussa les épaules. Elle n'avait plus revu Thorn, depuis le début du combat. Le frère et la soeur s'enlacèrent une nouvelle fois, comme pour s'assurer que leur moitié ne leur échapperait pas. « Est ce que tu as vu... » Qui ? Pour qui, au juste, ne s'inquiétait-elle pas ? Elle avait tant failli à sa tâche : elle n'avait su protéger personne. Les pleurs bridèrent sa gorge et elle ne parvint à articuler aucun nom. « Saya est là. » souffla Máni, avant de déposer un baiser sur la tempe de la blonde et de se décaler. La Réprouvée de Keizaal était restée en retrait, observant silencieusement les retrouvailles des Tynath'thuk. Sól vacilla légèrement en l'apercevant : un bandeau couvert de sang recouvrait son œil gauche. Elle était en piteux état, mais à part cela, elle conservait ses quatre membres. Dans un râle, vacillant entre le soulagement et le chagrin, elle rejoignit l'étreinte de son amante. Leurs lèvres se scellèrent, dans une tendresse désespérée. Leur baiser avait le gout du sel et du fer; le goût de l'amertume. « Tu avais raison. » souffla l'agricultrice. « Je suis désolée. » « Ce n'est pas ta faute. » Alors pourquoi se sentait-elle si fautive ? Pourquoi éprouvait-elle tant de culpabilité à être en vie, lorsque Smoliin ou Nin avaient succombés ?

« Dastan ? » La voix de la mère attira le regard azuré. Sól aperçut Asha, attrapant l'épaule d'un garçon à la tignasse flamboyante. Ce n'était pas son fils, et aussitôt, le désespoir replongea sa figure dans les tourmentes, peut-être plus profondément encore qu'auparavant : l'Espérance avait cela de cruel que la chute était d'autant plus violente, lorsque l'on n'atteignait pas son but. « Asha ! » La blonde s'élança vers la guerrière. Elles se serrèrent dans les bras l'une de l'autre, heureuses de voir l'autre sauve. « As-tu vu mes enfants ? » Le coeur de la Kendov se serra. Ses enfants. Alors ce n'était pas seulement Dastan, qui avait disparu. Priam aussi. Et puis... Laëth. « On va les retrouver. » assura la blonde, avec une détermination nouvelle. Elle n'avait pas le choix. Elle refusait de perdre encore d'autres gens qu'elle aimait.
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Jeu 23 Fév 2023, 11:54


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Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - PDL post XXXI.


« Hazaan. » Sól leva la main vers la silhouette du Thur Merryl. Sans échanger un mot, les deux Manichéennes se dirigèrent vers l'homme. Asha l'interpella et demanda - ou exigea, peut-être - des nouvelles de ses fils et de sa fille. Le roux n'avait cependant aucune réponse à lui fournir, sinon celle de l'incertitude. Lorsque la vérité tomba, le cri déchirant de la Belegad fendit le silence. La blonde la pris dans ses bras, pour la soutenir dans cette perte, et tenter vainement d'apaiser cette douleur qui jamais ne peut connaître le réconfort. Sól pleurait également la fratrie. Elle avait grandit avec les uns et avait vu grandir le dernier. Ils ne partageaient pas leur sang mais, d'une certaine manière, ils faisaient également partie de sa famille. Elle ressentait leur perte jusque dans sa propre chaire, bien que cela ne fut en rien comparable à ce que pouvait éprouver la mère face à la disparition de sa progéniture. La Tynath'thuk, cependant, n'avait plus à souffrir de l'ignorance du sort des siens. Asha avait vu Thorn. Il était blessé, gravement, mais il vivrait. C'était tout ce qui comptait, aux yeux de la fille. Máni était resté à ses côté, veillant sur lui. Sól, elle, était partie chercher ses amis - peut-être parce qu'elle n'avait pas encore le courage de raconter ce qu'avait subit Nin. Parce qu'elle n'était pas prête à affronter la colère de leur père, encore moins sa tristesse ou, pire, sa déception. La blonde s'évertuait donc à cherchez les trois Belegad. Cela lui donnait une mission, quelque chose à faire. Quelque chose d'autre à quoi penser.

Sól releva le regard vers le chef de l'armée. « Laisse-moi y retourner. Laisse-moi les retrouver. » Ses prunelles azurées n'avait plus rien d'un ciel dégagé. Au contraire, il y grondait une tempête colérique, un brasier déterminé. Elle ne pouvait pas laisser ses camarades là-bas. S'ils étaient encore en vie, il fallait qu'elle les ramène. Dans le cas contraire, elle ne pouvait s'empêcher de redouter ce que feraient les sorciers avec leurs dépouilles. De quelle manière atroce les souilleraient-ils ? Ces craintes étaient insoutenables. Aussi, le refus fut plus violent que le danger. La belliqueuse sentit son démon intérieur se rebeller, tempêter, hurler contre le lâche qui les avait conduit à la mort. Il avait raison, mais le désespoir recouvrait son discernement d'un voile opaque.

La prise d'Asha sur sa silhouette lui fit ravaler sa remarque acerbe pour Hazaan et l'Ange baissa les yeux sur elle. La voir souffrir ainsi déchirait davantage le coeur de la blonde. Elle aurait voulu lui assurer que tout irait bien. Que ses enfants reviendraient à elle, bras dessus bras dessous, avec quelques ecchymose et peut-être une main en moins, mais qu'ils la retrouveraient. Qu'elle se réjouirait de voir leurs sourires goguenards plaqués sur leurs visages insolents, qui lui donneraient sans doute envie de les frapper et de les insulter - ils lui avaient donné des sueurs froides, à jouer les absents comme ça - mais leur étreinte panserait toutes ses plaie. Oui. Sól se berçait de ce rêve absurde. Elle voulait y croire, tout en sachant au fond d'elle-même qu'il ne s'agissait que d'un fantasme, d'une illusion ou d'un mensonge. Le Thur l'avait dit : ils n'étaient pas là. Et ceux qui ne les avaient pas déjà rejoint avait péri. Il était trop tard. Et nier cette vérité serait plus cruel que de l'accepter. Alors Sól fit la seule chose qu'il lui restait à faire. Elle se joignit dans le deuil, ses larmes dévalant ses joues encrassées. Elle serra Asha contre elle, de toutes ses forces, comme pour lui faire sentir sa présence, lui faire savoir qu'elle partageait son chagrin, qu'elle resterai à ses côtés quoi qu'il lui en coûte.

Sól repensa au Loup qu'elle avait vu sur le champ de bataille. Elle avait cru à un envoyé d'Arz’Sehif. Elle s'était trompée : la Zaahin les avait abandonné. Elle n'avait protégé personne. Peut-être même que le canidé n'avait été qu'une ruse supplémentaire de la part de ces clébards de merde, de ces fourbes pour leur faire croire à la présence de la gardienne à leurs côtés. La blonde sentit la hargne de s'être laissée berner lui ronger les trippes.

Tremblante de la tête aux pieds, tant à cause de la rage que de la tristesse, la Kendov posa sa tête contre celle de la Mère, se joignant à ses lamentations.
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Jeu 23 Fév 2023, 12:39


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L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
RPs liés ; Que la lumière rayonne et que l'ombre dévore - PDL post XXXXVI.


Sól porta la main de son père, qu'elle serrait entre les siennes, jusqu'à ses lèvres. « Fais attention. »Thorn était trop blessé pour bouger. Il oscillait entre éveil et inconscience. Sa fille ne fut pas certaine qu'il l'entendit mais elle prononçait ces encouragements avant tout pour elle-même : les dire à voix haute lui donnait l'illusion d'ancrer sa volonté dans la réalité. « Je reviens vite, je te le promets. Toi... Reste en vie jusqu'à mon retour. » Ceux qui tenaient debout avaient été réquisitionnés pour monter la garde de leur campement de fortune. La Tynath'thuk s'était portée volontaire lorsqu'Hazaan avait missionné d'autres guerriers. Malgré la fatigue et les blessures : elle avait besoin de faire quelque chose, de se sentir utile. Il fallait qu'elle bouge, plutôt que de rester au chevet de l'agriculteur. Sinon, elle avait l'impression de devenir folle. Le cœur chargé, la boule au ventre, elle lâcha la main du père, laissant son jumeau lui faire ses aux revoirs. « Ca va aller. » assura Saya, passant une main dans le dos de l'Ange. « Les guérisseurs veilleront sur eux. » Il n'en restait guère plus, de ces personnes capables de guérir les maux. Certains faisaient maintenant partie des blessés. « S'il meurt, notre mère ne nous le pardonnera jamais. » lâcha Sól, avant d'adresser un dernier signe de main à Thorn et de tourner les talons pour rejoindre le groupement de ceux qui assurerait la sécurité de ce qu'il restait de leur vaillante armée. Préserver les reste de leur fierté malmenée. Elle fit taire le sentiment tenace que son père s'étendrait dès qu'elle aurait les yeux tournés.



Sól tourna vivement la tête sur la gauche, essayant d'analyser la source des bruits étranges qu'elle entendait. Son regard, malgré sa torche, ne parvenait pas à pénétrer l'obscurité. Un frisson la parcourut de la tête aux pieds. Rester plongée dans ce perpétuel aveuglement la rendait nerveuse. Elle avait l'impression que leurs ennemis se tapissaient derrière la moindre ombre, prêts à leur sauter dessus pour les achever au moment le plus opportun. Parfois, lorsque la noirceur se mouvait, elle semblait discerner des formes squelettiques et elle se trouvait persuadée que ses amis, ses camarades tombés au combat, se relevaient de nouveau d'entre les morts pour venir les hanter. L'angoisse la tétanisait alors. « Ce ne sont que des bêtes. » la rassura la guerrière qui menait la garde avec elle. Elle l'avait rejointe après être rentrée de l'expédition jusqu'aux navires. La femme de Gona'Halv avait raconté le spectacle d'horreur qui les avait accueilli - ce qu'il restait de leur flotte était en aussi piteux état que leurs combattants. « Je sais. » grogna la Tynath'thuk en se reconcentrant sur sa ronde. Elle le savait, et pourtant, elle ne parvenait pas à s'ancrer dans cette rationalité. Veilkah observa sa binôme. « Tu ferais mieux de rejoindre le campement. Tu es fatiguée. » « Tout le monde est crevé. » rétorqua la blonde, contrariée. « Certains moins que d'autres. » objecta calmement l'adulte. Elle n'avait pas l'intention de s'énerver ou de se disputer - elle n'en avait pas la force, de toute manière. « Retourne auprès des autres, et envoie moi quelqu'un qui a pu dormir un peu. » La blonde voulut insister mais, lasse, elle s'interrompit. Elle était réellement extenuée, tant que ses jambes avaient du mal à la soutenir. Elle exécrait le fait qu'on souligne sa faiblesse mais refusait que son orgueil puisse nuire au sien. Elle réalisait parfaitement qu'elle ne faisait pas du bon travail. Il vallait mieux qu'elle écoute les ordre de la plus expérimentée. « D'accord. » concéda l'agricultrice avant de faire demi-tour.

Après avoir envoyé quelqu'un pour la remplacer et s'être inquiété de l'état de Thorn - qui dormait à travers un sommeil agité - l'adolescente rejoignit Asha. Sans un mot, elle s'installa en tailleur et attendit. Elle avait le cœur lourd : une part d'elle voulait continuer de hurler à la mort, de pleurer jusqu'à l'épuisement total, elle voulait frapper le sol de ses poings pour lutter contre l'injustice qui les avait fait périr. Malgré tout, elle n'avait pas la moindre force à dépenser dans ces futilités. Alors elle resta là, à ne rien faire, à ne rien dire, son regard perdu dans le vide. La présence de la Belegad apaisait autant qu'elle ravivait ses douleurs - c'était une âme vivante, et pourtant, elle faisait écho à celles de ses amis, ceux qu'elle avait perdu. Lorsque Draegr avança, deux bols en mains, Sól prit conscience de son estomac douloureux. « C'est rien. » dit-elle lorsque la brune s'excusa. « Elle a raison, Asha. Mange. » La Tynath'thuk attrapa l'un des bols qu'on lui tendit et le refourgua de force entre les mains de la femme. Elle esquissa un sourire à sa camarade et partagea leur repas.

« Ca va ? » Máni venait de s'installer à côté de sa moitié. Celle-ci acquiesça sans parler. Elle posa sa tête contre son épaule, essayant de trouver du réconfort auprès de lui. Les minutes s'étirèrent ainsi, entrecoupées par les bruits de mastication. Lorsqu'Asha reprit la parole, Sól sentit sa gorge se serrer. Elle se posait la même question. Comment allaient-ils annoncer à leur mère que Nin avait périt ? Comment pourraient-ils encore la regarder en face si Thorn trépassait ? Cette pensée la glaçait. Elle écouta, impuissante, le déroulé des pensées de la mère de famille. Si Draegr se révoltait, la blonde la comprenait. Il était plus simple de périr, de fuir ces responsabilités. C'est le fardeau des vivants que de porter le poids des défunts. Dans la Dilon, on n'a plus qu'à penser à festoyer auprès des Héros. Ici, néanmoins, il fallait continuer à avancer en supportant la douleur de la perte. Une épreuve qui, en cet instant, semblait impossible à surmonter. Silencieuse, la demoiselle se joignit aux larmes de désespoir.
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Lun 27 Mar 2023, 12:21


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L'ombre brille, l'éclat s'éteint.
Sól & Máni vont à l’abattoir
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« Ta peau a l'air en meilleur état qu'hier. » Máni observait l'épiderme de la blonde. Les cloques étaient encore présentes mais avaient diminué en taille. Les rougeurs avaient fini par s'estomper, et elle ne lui grattait presque plus. Ses plaies cicatrisaient, lentement mais surement - elles ne saignaient presque plus, malgré ses mouvements. « Saya m'a soigné. » La fille de Keizaal maîtrisait mieux sa magie que la plupart des autres bipolaires ayant survécu. Cela se révélait être un atout, en fin de compte. La gratitude n'arrivait cependant pas à surpasser le dégoût. C'était à cause de cette pratique abjecte que tant des siens étaient tombés. Bon nombre d'hommes refusaient d'y recourir, préférant cent fois la douleur à la traitrise. La brune s'était contenté de s'occuper de celles et ceux qui tenaient plus à la vie qu'à leur orgueil. Dans le cas de son amante, elle s'était montré véhémente, jusqu'à ce que l'agricultrice cède et se laisse soigner. Elle avait pansé ses plaies puis essayé de traiter sa peau. La magie blanche propre à la blonde avait terminé le processus : elle avait lutté contre l'invasion de magie noire, s'était révolté, repoussant les maladies inoculées sans que sa propriétaire n'ait conscience du moindre phénomène. Elle se sentait tout simplement épuisée : bien que le processus soit inconscient, il puisait dans son énergie pour fonctionner. D'autres n'avaient pas sa chance. Les maux continuaient à ronger les rangs des survivants. Ceux qui ne succombaient pas à leurs blessures s'effondraient face à des gangrènes, des cancers ou des infections. L'hécatombe ne se résumait pas seulement au champ de bataille. Sól ne pouvait s'empêcher de penser à Thorn. Et s'il succombait, sans qu'elle ne le sache ? Que diraient-ils à Léone ? Comment lui annonceraient-ils la perte de son mari, en plus de celle de son fils aîné ? La blonde tressaillit, rongée par l'appréhension. « Tu as froid ? Tu es malade ? » Máni déposa une main sur son front, de façon brusque. Sól la dégagea, la repoussant d'un revers de bras. « Ne t'en fais pas pour moi. » grogna-t-elle, de mauvaise humeur. Elle regretta aussitôt l'injustice dont elle faisait preuve, sans pour autant parvenir à la contenir. Elle avait envie d'être seule. Et en même temps, elle ne supportait plus cette solitude. Lorsqu'elle était seule, elle revoyait les cadavres tomber, les tête voler, les amis périr. La guerrière ne fermait plus l'œil, depuis que les cauchemars étaient venus hanter ses nuits et la réveillaient dans des terreurs nocturnes effroyables. Pourtant, la fatigue l'éreintait davantage et retardait sa guérison. Seule la proximité du démon ou de la Kiir'Saqhon parvenaient à la rassurer, une fois éveillée. Mais la culpabilité la rongeait : elle n'avait toujours pas dis à sa moitié comment leur aîné avait péri en voulant la protéger, et ce silence pesait sur elle tel un mensonge. Elle aggravait son cas à chaque minute où elle taisait cette vérité, mais ne trouvait toujours pas le courage d'affronter la réaction du brun. Pourtant, de tous, il serait sans doute le plus calme. Sans l'intervention de Nin pour secourir sa sœur, lui aussi aurait périt : leurs destins étaient liés.

Sól porta son regard sur les silhouettes à bord de leur navire. Douze. Douze embarcations avaient quitté le rivage des terres sorcières. La blonde ne pouvait s'empêcher de se demander combien arriveraient jusqu'à Sceptelinost. La leur tiendrait-elle le coup ? Hazaan avait fait en sorte de récupérer les meilleurs navires mais les Sorciers s'étaient assurés de leur couper toute retraite et le voyage du retour se révélait plus complexe que celui qui les avait conduit vers leur défaite. Le rafiot grinçait à intervalle irréguliers, de façon menaçante. Sól s'attendait à tout moment d'entendre la coquer se fissurer, et voir les eaux engloutir leur bateau. Heureusement, il n'y aurait pas trop de monde à évacuer. S'ils avaient pris autant de navires malgré leur nombre diminué, c'était pour augmenter leur chance de survie au cas où leur moyen de transport coulerait. Si la logique parvenait à la blonde, elle n'avait pas été sereine de se voir séparée d'autant de ses frères et sœurs d'armes. Asha et Draegr étaient ailleurs, et les premières heures, la blonde n'avait pu s'empêcher de vérifier fréquemment comment se portait leur drakkar.
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