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 [Q] Chacun avance à son rythme | Solo

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Min Shào
~ Orine ~ Niveau II ~

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◈ Parchemins usagés : 291
◈ YinYanisé(e) le : 25/03/2022
◈ Âme(s) Soeur(s) : Elle m'attend quelque part.
Min Shào
Jeu 14 Juil 2022, 14:11


Image par Matt Wood
Chacun avance à son rythme
Flashback.

Objectif : Min participe à un atelier de peinture avec son meilleur ami Wao, qui lui donne des conseils pour s'améliorer. [Evénement des Musées : Beaux Arts de Tours]

*C’est un terrain bien particulier*, songea Min en s’arrêtant devant la propriété de son meilleur ami Wao. L’Orine vivait dans un lieu unique de la région. Sa maison se situait au pied des montagnes, dans un renfoncement de la pierre ancestrale, si bien qu’elle passait la moitié de la journée à l’ombre. Heureusement, le terrain donnait sur les immenses champs d’herbes rougeâtres, qui étaient si prisées par les Oniyumi, ces créatures félines qui vivaient en harmonie avec leur peuple.

A chaque fois qu’il y passait voir Wao, Min en croisait plusieurs en train de se prélasser dans l’herbe aux propriétés curieuses. Mais c’était la seule maison qu’il connaissait qui n’était pas hissée en haut des plateaux montagneux. D’ailleurs, sa famille était aussi spéciale. Ils n’étaient pas aussi intégrés à la communauté d’Onikareni que Min et sa famille Shào. Ces derniers préféraient la tranquillité de la nature, et de toute façon, passaient tout leur temps à voyager dans des contrées lointaines. Wao, quant à lui, était encore trop jeune pour les accompagner, mais il avait toujours des histoires folles des voyages de ses proches à lui partager. Ils menaient une vie pleine d’aventures, comme en rêvait Min.

*C’est parti pour une journée bien remplie !* pensa le jeune artiste. Il mit fin à sa contemplation et, avant de reprendre son chemin, ajusta la tenue de son sac rempli de matériel et d’encas. Il approcha du foyer de son ami en levant la tête pour essayer d’apercevoir le sommet des pierres, mais il était bien trop élevé pour sa vision ordinaire. « Je me demande… ah ! » Soudain, Min fut interrompu dans sa réflexion par une grosse plante claire qui entravait son chemin. Il trébucha dessus et s’écrasa au sol dans un bruit étouffé par les herbes. « MMEUUUUH ! » En essayant de se relever, Min se retourna et s’aperçut qu’il ne s’agissait pas d’une plante, mais de quelque chose… de vivant. C’était une espèce de gros sanglier rose tacheté, caché par les hautes herbes rouges. Au moment de la chute, la créature dérangée, qu’il aurait certainement trouvée très mignonne si elle n’était pas dans une colère noire, se leva net et partit en galopant vers le champ –sauf que l’Orine était sur son chemin. Ses sabots percutèrent ses chevilles et un autre lui écrasa carrément le pied. Comment un si petit animal pouvait être si lourd ? En galopant, la cloche autour de son cou émit un orchestre de tintillements en rythme avec ses pas.

Heureusement, le bruit avait averti Wao. Min aperçut la tête de ce dernier percer derrière une fenêtre, puis vit ses yeux s’agrandir en voyant l’Orine gémissant au sol. « Kang ! J’ai besoin de tes soins ! » entendit-il de loin. Ce dernier ne savait pas quoi faire ; sonné, il essayait de se relever, mais ses jambes semblaient incapables de supporter la moindre pression. Il s’empêcha de paniquer en regardant ses amis s’affairer au loin. Tout irait mieux bientôt…. « Alors, Min, on joue au chat et à la souris et on a perdu ? » L’Orine ne comprit pas le jeu de mot. Devant sa confusion, il expliqua en s’approchant avec Kang :  « Tu avais pas vu l’Oniyumi ? Encore la tête dans les nuages, hein ? » Confus, Min répondit :  « Mais non ! C’était un gros sanglier rose ! Tu l’as pas vu partir ? J’arrive pas à croire que je l’ai raté, il était si gros… ou grosse ? » Wao et Kang rigolèrent. Alors que Kang approchait ses mains de sa jambe pour panser ses plaies.  « T’as humé le mauvais encens ? Qu’est-ce que tu racontes ? Il y a pas de sangliers ici… bon, bref. Tu sais comment soigner tes arrivées, Min. Tout de même, je suis content de te voir. Tu peux marcher ? »

L'Orine était confuse. Il était tellement perdu dans ses pensées, en train d'imaginer des combats épiques. Est-ce qu'il avait rêvé ? Si c'était le cas, il perdait sérieusement le contrôle de son imagination. Avec étonnement, Min s’aperçut qu’il pouvait parfaitement se relever, cette fois. Il jeta un œil à son sac ; la famille de Wao n’avait pas de pouvoirs pour soigner les objets. Il espérait que son équipement avait été épargné, puisqu’ils avaient d’importantes tâches à faire au cours de la journée. « Merci, Kang. Voudrais-tu un portrait en récompense ? Je pourrais t’en peindre un après notre atelier matinal. » Le petit frère de Wao était une Orine bien particulière. C’était le portrait craché de Wao, mais en plus posé encore. Il partageait le même humour si piquant de son frère, mais il était aussi plus secret que lui, plus en retrait. Wao lui avait raconté que l'Aether des Arts, Kennocha, l’avait bénie à sa naissance, car son étoile brillait intensément la nuit de l’événement. Et quand Min voyait les œuvres qu’il réalisait déjà son âge, il pouvait aisément le croire. « Intéressant. Tu pourrais peindre le moi du futur, qu’en pense-tu ? » Comment faisait-il pour que ses idées fassent mouche à chaque fois ? Etait-il en train d’être jaloux d’un enfant ? « C’est génial, comme idée !! … enfin, oui, bien sûr, si tu veux. Nous verrons cela cet après-midi. » Kang courba légèrement la tête avec une ombre de sourire, puis retourna dans son atelier personnel. Il était le seul membre de la famille à avoir sa propre pièce. Une sacrée famille.
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Min Shào
Jeu 14 Juil 2022, 18:59


Quelques heures plus tard, Min avait déjà oublié cette mésaventure. « Je pense que je suis prêt pour notre apprentissage du jour », affirma-t-il en terminant sa tasse de thé. Le soleil était déjà haut dans le ciel, ses rayons embrasant les champs rouges. « J’attendais que tu me le dises. Allons-y. » Les deux amis posèrent leur tasse de thé dans le bac à vaisselle puis Wao guida Min vers des escaliers menant au sous-sol. C’était là que les Ming affichaient leurs plus belles œuvres. La peinture était une affaire de famille, et Wao n’était pas en reste. Ce dernier sortit la bougie d’une lanterne et alla allumer les autres. Peindre à la lumière des lanternes était aussi une technique caractéristique de la famille, et Min allait en apprendre un peu plus là-dessus au cours de la journée. Cela leur donnait une autre perception de la couleur et donnait plus d’importance à l’épaisseur des traits. Cela faisait des générations que ce style avait été créé ; c’était même l’une de leurs plus anciennes traditions. Celle de Min, d’un autre côté, était plus focalisée sur la danse et le chant. La danse des éventails, en particulier, était un art vers lequel il s’était naturellement tourné jeune en étant inspiré par sa mère, qui vivait maintenant à Melohorë. Il brûlait de lui montrer un jour ses progrès en la matière.

« Tu as bien pris tous les outils de ma liste ? » s’assura-t-il en préparant son chevalet. Wao venait de changer de ton ; c’était l’artiste qui parlait. Plus sérieux, plus concentré. Il devenait un autre homme quand il s’agissait de peinture. « J’ai tout ! J’ai vérifié ta liste mille fois. Juré ! » « Très bien. » Wao lui fit le tour des œuvres de sa famille. Min reconnut instantanément celle de son ami. Plus brute, plus spontanée que celles de ses ancêtres. Il était impressionné : c’était la première fois qu’il mettait les pieds dans son atelier. Les deux amis se connaissaient depuis presque dix ans, et il avait fallu qu’il atteigne son quinzième anniversaire avant qu’il ne lui propose. Étrangement, il ne savait pas tant de choses que cela sur la vie de son ami, alors que Wao, lui, savait tout. Voire même trop. Ce déséquilibre ne leur empêchaient pas d’être intimes, mais parfois, Min doutait de la confiance que son ami lui accordait. Mais ce n’était rien de plus que des inquiétudes irrationnelles… « Que pense-tu peindre ? Tu as pensé à un thème ? » Les deux s’installaient en discutant de leur projet. Les deux toiles avaient déjà été posées sur le chevalet : il ne restait plus qu’à préparer ses pigments et s’asseoir sur son coussin dédié.

« Oui ! Je pensais au champ de tournesols près de Takao, à l’aube. Ou encore la Grotte Sacrée. » Wao tiqua. « Pour le style des Ming, il faudrait plutôt choisir des choses… plus sombres. C’est une très bonne expérience d’aller chercher le beau même dans ce qui semble être laid. Tu puises dans tes peurs, tes inquiétudes, et tu les couches sur la toile. » Min ne comprenait pas. Ce dernier montra du doigt sa toile qui représentait un inconnu. « Ça, c’est un autoportrait. » Min fut choqué de l’entendre. Cet homme si triste, c’était lui ? Il ne lui ressemblait pas du tout. « Cet homme existe en moi. L’art, c’est aussi montrer des parts de nous-mêmes que l’on fuit. Parce qu’elles sont là et si tu les ignores, un jour, tu perdras le contrôle et elles pourraient détruire ta part de lumière. » Min n’avait jamais pensé à l’art de telle façon, mais il n’avait guère envie de puiser dans tous les sentiments qu’il détestait ressentir. Il faudrait trouver un compromis. Ses sombres émotions étaient très bien là où elles étaient, enfermées dans leur cachot.

« D’accord. J’ai une idée de thème : la tragédie. C’est un bon mélange de nos deux styles, non ? L’obscurité, d’accord, mais avec panache. » Wao hocha la tête après avoir marqué un temps de réflexion. « Du panache, hein ? Tu vas voir comment je peins du Min tout craché. » Les deux se lancèrent et prirent leur crayon pour dessiner leur première esquisse. Min adorait peindre avec Wao puisqu’avec son contrôle de l’eau, la préparation du matériel était extrêmement rapide. Même si l’Orine aimait le côté cérémonial de cette étape, cela lui faisait perdre un temps fou.

« Qu’est-ce que tu vas faire ? » demanda Min. « Hé ! On en parlera à la pause. Sinon, tu vas copier mon idée géniale. » « Je te fais confiance pour donner mon idée géniale et c’est ce que j’obtiens ? Je vois… » Wao lui sourit, mais sous la lumière faiblarde des lanternes, Min s’aperçut qu’il était déjà loin dans son monde intérieur. Min se reconcentra sur sa peinture. Pour ce qu’il voulait représenter, son esquisse serait très rapide à faire : le plus long serait de la peindre. La subtilité des teintes serait essentielle pour faire passer l’émotion qu’il désirait. L’Orine préférait représenter la nature aux personnes, alors il s’inspira d’une légende de l’île de l'air d’Aeden pour faire cette toile. C’était l'une des plus tristes qu’il connaissait : la légende d’un Lien malheureux, racontée par sa meilleure amie Chuan, qui visitait régulièrement cette île où sa mère vivait avec son Aisuru, chez les Lyrienns. Wao était là aussi quand elle lui avait racontée, alors Min se demandait s’il allait comprendre la référence.

Cette histoire racontait le Destin sombre d’Anderu Sans Voix, qui avait donné son nom à une plage moussue reculée de l’île. C’était le lieu où les Orines se réunissaient souvent pour déposer des rubans rouges, en guise de prière pour leurs consœurs lointaines. Min n’avait pas vu ce lieu de ses yeux, mais il était sur la liste des priorités, et il avait hâte de le peindre tel qu’il était dans son imagination. Chuan leur avait promis de les emmener un jour. Cette promesse signifiait aussi, d’une certaine façon, le lien fort de leur amitié à eux trois. Il était plutôt fier de son idée, qui serait à la hauteur de ses capacités moyennes, en plus de l'inspirer et d'avoir un sens propre à lui –à eux.

Anderu était une Orine qui avait été dupée par le frère de son Maître. Ce dernier avait pris son apparence pour prendre sa place et nouer le Lien avec elle en répondant à son énigme, alors que son frère avait été artificiellement plongé dans un long sommeil. Tous ces efforts avaient pour but de lui voler sa voix. Il la força à le lui donner en utilisant un philtre de Sorcier. Selon les dires de Chuan, la voix d’Anderu était si belle qu’elle avait le pouvoir de faire pleurer le ciel. Elle disait que quand elle voyait une étoile filante, elle imaginait que c'était une larme du ciel en réponse à l’écho infini de sa voix. Selon la Légende, c'était une étoile qui lui avait offert de lui rendre sa voix sur cette plage particulière. Elle lui avait proposée de la lui redonner en échange de l'âme du voleur, car elle voulait absolument l'entendre une nouvelle fois. Mais Anderu avait refusé par amour pour le frère de l'homme qui l'avait dupée, préférant sacrifier son propre bonheur que de faire du mal à un homme qu'elle aimait profondément bien qu'elle ne put être liée à lui. Comment ces Liens étaient-ils noués sur cette côte moussue ? Les idées se disputaient pour prendre la première place dans son esprit. Il lui suffisait simplement d’en choisir une.

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Min Shào
Ven 15 Juil 2022, 11:31


Image par Matt Wood


Pendant plusieurs heures, les deux Orines ne pipèrent mot. Ils communiquaient autrement, avec leurs crayons. On entendait que le bruit du graphite contre le papier et les éventuels mouvements sur le tissu du coussin. Parfois, une goutte de cire chutait sur le fer de son support. C’était bien le seul genre de situations où Min pouvait se taire volontairement pendant plus d’une minute. Son imagination bouillonnait. Parfois, quand il dessinait, qu’il jouait de la musique ou dansait, il avait l’impression qu’une autre personne que lui prenait le relais. C’était l’une des meilleures sensations qu’il connaissait ; un état proche d’une transe.

En seulement quelques heures, il avait donc déjà terminé ses esquisses au crayon, alors que Wao était encore en train de les finaliser. Parfois, il se levait pour raviver les flammes ou remplacer des bougies. Il finit par briser le silence. « Peux-tu m’aider à préparer mes pigments ? J’ai terminé mon esquisse. » Wao parut surpris. « Veux-tu mes conseils maintenant ou seulement quand tu auras terminé ta première couche de peinture ? » Lui demanda-t-il. « Hm… non, maintenant, tiens. Mais je ne t’en dis pas trop sur mes intentions ! Parle-moi juste de ce qui pèche sur la technique. »

En réalité, Min détestait recevoir des critiques. Dans un monde idéal, il aurait aimé que tout le monde lui fasse des compliments sur tout ce qu’il faisait, comme si c’était exceptionnel. Mais malheureusement, ce n’était pas ça, la vie d’Orine. « Voyons… c’est toujours la même chose. De ce que je vois, tu as un problème de perspective. Là, il y a beaucoup de profondeur, j’ai l’impression… mais la différence d’échelle n’est pas proportionnelle. » Ils avaient beau avoir le même âge, Min avait l’impression de se faire critiquer par sa grand-mère, qui avait toujours quelque chose à redire, à ce moment précis. Mais il cacha sa susceptibilité derrière un sourire. « Tu as raison ! Je vais ajuster cela. Mais avant, il me faut un petit thé. Je t’en amène un ? » Wao semblait ne pas être d’humeur à se déconcentrer, mais Min avait besoin de se dégourdir les jambes. Même s’il pouvait être patient, il avait ses limites. « Non merci. Mais fais comme chez toi. »

Une fois sa pause salvatrice terminée, Min redescendit dans l’obscurité du sous-sol. Entre temps, Wao avait lui aussi terminé son esquisse. La première couche de peinture leur prendrait certainement plus de temps. Le portrait de Kang devrait certainement attendre jusqu’au lendemain, parce que s’il devait peindre aussi le soir, les mains de Min finiraient carrément par tomber. Il lui fallut un peu de volonté pour se replacer dans la même position que le matin, s’agenouillant sur le coussin. Mais après quelques coups de crayon pour ajuster son esquisse, il parvint à se replonger dans sa toile. L’Orine se dépêcha de la terminer, car il brûlait de coucher sa peinture sur la toile. Le dessin était certainement ce qu’il appréciait le moins dans le procédé : la peinture, c’était tellement satisfaisant. Les sensations étaient bien plus intéressantes.

« Enfin, je m’y mets ! » L’Orine plongea cérémonieusement son pinceau dans le premier pigment : celui de l’eau. Il serait d’une importance capitale, puisqu’il reflèterait le ciel, ce qui était l’élément que Min préférait dessiner. Chez lui, il avait des dizaines de toiles de ciel qui prenaient la poussière. Il ne se lassait jamais de les peindre. Ce dernier choisit son type de coup de pinceau après une courte réflexion. Le plus souvent, s’il ratait ses tableaux, c’était à cause de son manque de calcul. Il adorait faire des toiles sans réfléchir, mais ça ne donnait en général pas le résultat escompté. C’était donc avec Wao qu’il peignait ses meilleures toiles. Les deux amis avaient deux styles complètement opposés, mais le calme imperturbable de ce dernier l’encourageait à avoir plus de patience dans la peinture. Il n’y avait qu’avec lui à ses côtés qu’il parvenait à se canaliser, comme si une énergie occulte altérait ses émotions.

*Le bleu devrait être plus foncé ici… et là, le reflet du soleil…* Chaque centimètre de toile lui demandait d’innombrables ajustements. La peinture ne serait pas l’objet de son Art Divin, il le savait, mais c’était un art qui lui offrait une liberté folle de s’amuser. C’était une fenêtre sur le monde comme nulle autre. En peignant les remous de la mer, il s’imaginait leur clapotis, avec pour seules références les cascades et les ruisseaux de ses montagnes. Il s’imaginait aussi son odeur salée, qu’on lui avait maintes et maintes fois décrites. Est-ce que ça ressemblait à une odeur de sauce soja bien salée ?

Après avoir été satisfait de sa première couche de peinture sur l’eau, il s’attella à la terre moussue. Cette partie de la peinture lui causa plus de soucis ; il voulait faire ressentir la texture de l’herbe mouillée dans ses coups de pinceau. « J’ai besoin de tes conseils de chef, Wao ! » Ce dernier lui expliqua calmement plusieurs techniques qui s’offraient à lui. Il lui montra même un exemple en prenant un peu de pigment rougeâtre, qu’il appliqua sur un petit bout de toile utilisée comme brouillon. Min était extrêmement curieux de voir sa propre toile. Qu’est-ce que ça pouvait bien être, pour demander une telle couleur ? Pas du sang, quand même ? Peut-être un coucher de soleil, alors ? Min trépignait d’impatience, mais il leur faudrait encore quelques heures de travail avant de pouvoir partager leurs résultats.

Mots: 898
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Min Shào
Dim 17 Juil 2022, 20:10


Image par Matt Wood

« Première couche terminée ! Tu es allé mettre ta toile à sécher ? J’y vais aussi, tu m’accompagnes ? » Min avait terminé avant Wao. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : non pas que Min était devenu efficace, mais que la toile de son ami était plus ambitieuse. En attendant qu'il sorte du sous-sol après avoir terminé sa première couche de peinture, ce dernier avait réfléchi à son croquis pour le portrait de Kang. Il s’était imaginé toute une histoire pour son personnage du futur. Il trouverait son Aisuru certainement chez les Ygdraë. Il deviendrait un très grand artiste, l’un des plus renommés de la Cité de Melohorë. Son Maître serait certainement une grande Elenyë. Il y ferait ériger le plus beau Temple qui existe à l’effigie du Hahanaru Shizen. Il apporterait l’honneur à la région d’Onikareni, et Min et Wao lui rendraient visite régulièrment. *N’oublions pas le sujet principal : la toile.* Comment représenter cette grande aventure ? Il devrait montrer toute l’étendue de sa puissance en le peignant dans une position de grand prêtre. Peut-être entouré de vents et d’oiseaux célestes, pour illustrer sa Foi. Ce serait bien.

« Min ? Allô, ici Onikareni, le monde des mortels ! »  « Ah ! Oui. Oui, oui. Allons-y ! » Les deux amis se dirigèrent vers un coin d’ombre dans le jardin. Désormais, le soleil était déjà loin de son zénith. Une bonne partie de la journée était déjà passée. Sur un chevalet, protégée de la chute de fleurs de l’arbre qui la surplombait, la toile commencée de Min séchait. Wao alla poser la sienne sur le support situé à côté, puis se recula de quelques pas pour avoir une vision d’ensemble.  « Waouh ! Wao, c’est magnifique ! » La tragédie. Wao avait bien pris le thème au mot, et cela lui rappela soudain que lui-même avait oublié le thème en cours de route. Sa toile à lui n’était pas très tragique. Ni sombre, d’ailleurs. Seule l’histoire qui y faisait référence pouvait correspondre, mais ce sentiment n’était pas correctement transmis par la toile.  « Merci ! Et la tienne… hum… il y a du potentiel », acheva-t-il en imitant le ton de leur ancienne prêtresse. Cette dernière avait pris Min en grippe à l’époque, et c’était ce qui avait poussé Wao à aller faire sa connaissance.  « Oh non ! C’est très mauvais, ça. J’ai compris, je suis indigne ! »

Min fit mine de prendre sa toile pour la jeter au sol de façon dramatique, mais Wao l’en empêcha.  « Non, Min ! Arrête ! Tu peux la garder… il faudra juste changer, le motif… et les couleurs… et te changer toi, en fait. » En guise de réponse à cette provocation, Min lui donna une tape sur l’épaule.  « Sérieusement, c’est un beau sujet. Mais je sais à quel point tu as du mal à t’éloigner de la lumière : cette toile est joyeuse, paisible. Il faut la rendre inquiétante. Mélancolique. Pour ça, tu aurais pu choisir de la peindre dans un environnement nocturne… ou encore ajouter des nuages dans le ciel, changer la lumière. Tu vois ? » Min hocha la tête, mais il n’était déjà plus concentré sur sa propre oeuvre : il fixait celle de son ami. Elle représentait un Lyrienn de feu qu’il reconnut immédiatement par sa peau de lion et une Orine.

Le Lyrienn, de son nom Herakles, faisait l’objet de nombreux mythes chez les Orines. Guerrier entouré de légendes, il avait été courtisé sans succès par l’Orine Déjaniru. Une relation destructrice qui causa la mort de nombreuses personnes autour d’eux, puis de lui-même. « Hm… Herakles, d’accord, mais qui est la pauvre Orine qu’il est en train de balancer à la mer ? » L’impression de mouvement et les proportions de la peinture étaient magnifiques. Wao était le meilleur peintre de son âge qu’il connaissait, et une fois de plus, il prouvait toute l’étendue de son talent.  « C’est Lykas. Cela ne te dis rien ? … c’était le frère de Dejaniru. Cela représente sa troisième, et ultime, tentative de nouer le Lien avec Herakles, le menant à sa perte. La morale : le Lien est une magie ancestrale qui ne peut aller contre le Destin. » Min s’en souvenait, maintenant. Dejaniru avait multiplié les stratagèmes pour tenter de forcer la création du Lien avec Herakles après qu’il l’ait rejetée. Dans sa dernière tentative, elle avait commissionné Lykas de lui offrir une tunique, qui était enduite de ce qu’elle pensait être un puissant philtre d’amour, pour parvenir à ses fins. Mais, trahie par un ennemi d’Herakles, elle l’avait en réalité enduite d’un poison mortel. Quand Herakles mit la tunique et s’aperçut du stratagème, il jeta Lykas à la mer, en pensant qu’il faisait partie du plan machiavélique de l’Orine.

Cette légende était l’une des rares où les Orines avaient le mauvais rôle. Cela n’étonnait nullement Min que Wao l’ait choisie pour sa toile. « Oui, et c’est dommage… j’aurais bien aimé préparer une petite potion pour ma future rencontre d’Aisuru ! Juste pour assurer mes arrières », blagua Min. Mais cela ne fit pas rire son ami. Une ombre passa dans son regard. L’Orine reconnut immédiatement ce signe presque imperceptible. « Qu’il y a-t-il ? » « …moi, il me faudrait certainement un philtre pour en rencontrer un. » Tous les adolescents de leur âge rêvaient de faire leur première rencontre, et Min se disait que Wao serait certainement le premier de leur groupe d’amis à obtenir ce privilège. D’où venait cette inquiétude infondée ? « T’as intérêt à en rencontrer un bientôt, parce que je serai sûrement le dernier à pouvoir le faire. » Wao sourit au compliment et ajusta son tableau. Quand il remettait des choses en ordre, cela trahissait toujours son anxiété.  « Mère me dit que je ne suis pas prêt du tout. Elle se demande même si je le serai un jour. » Il soupira.

« Parfois, j’aimerais être quelqu’un d’autre. » Min voyait ce à quoi il faisait référence. Les Ming étaient une famille réputée ; beaucoup d’attentes pesaient sur leurs épaules. Et être comparé sans cesse au petit génie qu’était son frère Kang ne devait pas être facile tous les jours. « Ton moment viendra… et puis, tu as déjà deux admirateurs : Chuan et moi. C'est un privilège à ton âge, non ? ... Tu vois ma toile ? On sera là-bas tous les trois un jour, et on aura chacun notre Aisuru. Et peut-être même déjà des enfants ! » Wao soupira. « J’espère, Min. Je l’espère vraiment. » Chuan avait toujours les mots pour ce genre de situations, mais Min n’était pas le meilleur dans ce domaine. Il préféra plutôt détourner son attention. « Regarde tes mains ! Arrêtons de nous morfondre dans nos tragédies et allons nous laver à l’onsen. La vapeur effacera tous tes soucis ! »  


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