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 Le pont entre le monde des Morts et celui des Ignorants | Siruu & Devaraj

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Siruu Belhades
~ Sorcier ~ Niveau III ~

~ Sorcier ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 2344
◈ YinYanisé(e) le : 06/12/2015
Siruu Belhades
Dim 21 Juil 2019, 01:00


Siruu sortait de l’immeuble, exténué. Comme à l’accoutumée, il avait eu une entrevue journalistique. Un détail avait changé, cependant : cette fois, il n’avait pas posé les questions, mais avait dû y répondre. On l’avait interrogé sur l’épreuve de la Coupe des Nations. Cela ne semble pas très impressionnant, formulé comme cela. Le souci, c’est que le sorcier n’avait rien à dire sur le déroulement de l’épreuve. Il s’en souvenait, bien sûr, mais il ne s’y était rien passé de croustillant. A vrai dire, lui-même n’était pas sûr de savoir sur quels critères on l’avait évalué. Je vous y verrais bien, vous, à être questionnés sur quelque chose que vous ne comprenez pas. Il était usé.

Siruu serpentait dans les rues de La Vorace, cherchant un endroit calme. Il atteint rapidement un large cimetière où la nécromancie était interdite, à la lisière de la ville. Aussi hypocrite que cela puisse paraître pour un peuple dont plus d’un tiers de la population savait animer les cadavres, les sorciers n’autorisaient pas que l’on profane n’importe quel corps. Certains lieux n’étaient pas protégés. D’autres encourageaient même l’expérimentation. Ici, cependant, utiliser une telle magie était interdite. Les morts qui reposaient en ces lieux avaient été assez influents, riches ou talentueux pour mériter la paix.

Il voulait réfléchir. Au calme, cette fois. Siruu s’assit sur l’herbe, près d’une tombe. Le contenu de son sac se répandit sur le sol. Il s’agissait d’objets pratiques au quotidien, mais aussi et surtout de livres. Notamment celui-là, et sa reliure dorée. Enchanté par une curieuse magie, il écrivait automatiquement sur tout ce qu’il se passait aux alentours. C’était terriblement efficace — trop, en fait. Lorsque le sorcier marchait dans la rue, des lignes s’ajoutaient chaque seconde. Dans son logis vétuste, il pouvait savoir ce que faisaient ses voisins avec force détails. Généralement, tout cela ne le dérangeait pas. Il n’avait qu’à ne pas ouvrir l’ouvrage. Cependant, en vérité, il y avait des circonstances où ces informations parasites le desservaient.

Siruu voyait un visage trop souvent, depuis son réveil de l’épreuve. Oh, le mage noir n’était pas un grand physionomiste, mais il savait reconnaître lorsque ce n’était pas la première fois qu’on le confrontait à quelque chose. Cet homme était souvent présent. Il possédait l'aura riche et lourde typique des excellents mages, et paraissait doté d'une certaine prestance. Ce genre de personnes ne se promenait pas par hasard en ville, au quotidien. Quelque chose clochait.

Le mage noir jeta un œil aux pages du livre. Rien, si ce n’est quelques mots sur lui-même. Aucune mention d’homme étrange. Parfait. Il était assez isolé. À partir de là, ses pensées se diversifièrent. Que devait-il faire ? Avait-il vraiment gagné ? Est-ce que tout ceci ne faisait-il pas partie de l’épreuve ? C’était dur à dire. Surtout, s’il avait pu s’attendre à ce genre de pièges durant l’épreuve des alfars, il était difficile de mettre un mot sur les mœurs des chamans. Les textes se contredisaient, et aucun n’était assez précis ou fiable pour que le sorcier puisse affirmer qu’on l’ait trompé. En tout cas, une chose était sûre : cette histoire cachait plus d'éléments qu'elle ne voulait en donner. Ce n’était pas son intuition de journaliste qui parlait, mais bien son instinct d'homme curieux. On lui avait donné des éléments auxquels se raccrocher, mais pas le paysage dans son intégralité.

Il fallait se concentrer sur ce qu’il savait : tout d’abord, il avait descendu un escalier. Ensuite, l’architecture qu’il avait pu observer semblait être celle d’un temple. Les techniques de construction qui avaient dû être employées pour obtenir un tel résultat étaient loin de tout ce que Siruu avait déjà pu voir au cours de sa vie. On ne pouvait pas tirer de conclusion du premier regard, face à cet endroit. Il nécessitait réflexion, en tout cas pour un étranger. Le journaliste avait envisagé deux possibilités : la première voulait que ce soit un édifice ne venant d’aucune civilisation connue. Cependant, cette hypothèse-là lui paraissait bien trop disproportionnée, alors il se dit que ce devait être une construction chamane, quand bien même la majorité des textes s’accordaient pour dire que ces derniers étaient nomades.

Siruu, allongé, était immobile depuis quelques secondes déjà. Où est-ce que cela pouvait le mener ? Il se perdait dans ses considérations. Pourtant, cela n’empêcha pas son regard d’être comme attrapé par quelque chose. Le livre. De l’encre apparaissait de nouveau sur ses pages, lentement. Depuis cet angle, il était difficile de voir exactement ce qui s’était écrit. Cependant, il put discerner deux mots.


« L’homme s’approche. »


Cela ne pouvait pas venir de lui. Ses iris finirent par se détacher de l’artefact. Peu à peu, il levait son regard, inquiété à l’idée de voir un visage familier.


793 mots.


Le pont entre le monde des Morts et celui des Ignorants | Siruu & Devaraj Ukjx
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Mar 30 Juil 2019, 17:47

Le pont entre le monde des Morts et celui des Ignorants | Siruu & Devaraj Jonath12


«Non Gérard, je t'ai déjà dit cinquante fois que je ne suis pas venu ici pour venger ta petit-fille. Oui mais- Comment ? Oui bien sûr Amandine, nous nous occuperons de brûler ta descendance si le Tribunal des Esprits en décide ainsi.» Devaraj déambulait parmi les tombes en répondant nonchalamment aux Morts qui se bousculaient contre lui. «Et ma boutique ? On me l'a volé !!» ; «J'ai été assassiné par un lâche !» ; «Il faudrait réduire cet idiot en bouillis !» Il faut dire qu'un Chaman dans un cimetière de Nementa Corum, ça ne courrait pas les rues... Alors malgré les sales rumeurs qui traînaient sur le compte de Devaraj et le danger qu'il représentait pour les Esprits, ces derniers n'avaient pas hésité à venir lui parler pour lui présenter mille et unes requêtes. «Bon. J'ai un très mauvais passif avec les Esprits Sorciers, ce n'est pas contre vous. Je vous enverrai un émissaire de la tribu Souw. Maintenant laissez-moi pa- Gérard voyons ! Étrangler Amandine ne t'aidera pas à avoir tes faveurs plus vite ! Quoi ? Non je ne fusionnerai pas avec toi. Tu crois vraiment que je vais fusionner avec un idiot perdu dans sa tombe, qui n'a jamais été capable de trouver l'Au-Delà ?! Je ne te confierai pas même au plus inexpérimenté de mes Barnœska. Ça se mérite, de devenir Hozro, pffffff !» Il étouffa un ricanement méchant en se disant que l'atmosphère de ce lieu ne l'aidait pas à devenir meilleur. «Vous vous doutez bien qu'on ne va pas venir vous chercher jusqu'ici. Les Chamans ne sont pas omniprésents, même si, maintenant que j'y pense, vous devez faire partis des races dont les Morts ont les requêtes de vengeances les plus nombreuses...» grogna-t-il en maugréant comme un vieux. Le Chaman se désintéressa d'eux.

Il mit tout son temps pour arriver jusqu'à l'emplacement du Mage Noir. On aurait dit qu'il prenait un malin plaisir à faire tous les détours possibles et à faire apparaître des chimères inquiétantes à sa place en regardant l'évolution de l’anxiété de son interlocuteur. «C'est amusant, j'ai apporté le même livre avec moi.» dit-il enfin en dévoilant sa position. Devaraj était affalé quelques mètres derrière Siruu, sur une tombe ayant appartenue à des gens assez riches pour rendre la stèle confortable. Le Chaman avait profané l'ensemble des tombes sur son passage sans s'en soucier. Il y prenait plutôt un certain plaisir. Ces sépultures n'étaient que des objets de souvenir pour les imbéciles assez stupides pour ignorer que le monde des Morts était bien plus vaste que celui des Vivants et que la plupart des Esprits se fichaient éperdument de ce qu'était devenu leur ancien corps. «Pas la même utilisation, cela dit...» Il sortit un calumet de sa poche dans un geste parfaitement naturel, et commença à le préparer. Son corps était un mélange instable de forme éthérée et membres de chair et d'os. Agacé par l'état critique de sa magie, Devaraj ferma les yeux. Mieux valait se calmer, ce serait embêtant qu'il perdre complétement le contrôle et qu'un de ses clones apparaisse en plein milieu de la capitale des Sorciers. Par ailleurs, il s'était suffisamment nourri avant d'arriver sur les lieux. Cela devrait normalement lui apporter une certaine stabilité pour les prochaines heures. Le Chaman fuma en silence, son être disparaissant dans la fumée âpre aux volutes monstrueuses. On pouvait affirmer sans inquiétude qu'il s'intégrait parfaitement au décor. Petit à petit la drogue calmante fit son effet et Devaraj reprit sa forme originelle.

«Excusez-moi pour l'espionnage... Je suis de nature curieuse quant il s'agit des choix divins. Aussi, je ne me suis pas présenté... Je perds un peu l'habitude des discussions et rencontres sociales, c'est le problème quand on vit sur une île secrète.» Il rit, ses iris verdâtres brillants vivement, occupés à détailler le Sorcier. «Devaraj Säalm Taiji Suprême de l'Au-Delà, ou plutôt Wom'Zaïkam'Yé'Hofdingi -oui, je sais et non, je ne répéterai pas. Vous devriez commencer tout de suite à vous habituer à notre langue, d'ailleurs moi et mon peuple n'allons pas vous appeler Sirh Juuka Belhades. Votre nom sera plutôt Dasäha'lhm' o Raanu, ce qui signifie Prince de Raanu.» Le Chaman plissa les yeux. « Oui oui, vous avez bien gagné votre épreuve. Je vous le confirme moi-même, autrement aucun Aetheri ne serait venu lever le petit doigt pour vous le dire, beaucoup d'entre eux ont des problèmes de communication ! Il ne faut pas leur en vouloir... Hum. Oui donc bravo, c'était passionnant à regarder ! Qu'est-ce-que je voulais dire déjà ? Ah ! Je me fiche de votre identité passée et actuelle, à vrai dire, même si j'ai aimé me tenir au courant. J'ai le besoin viscéral de surveiller les autres, que voulez-vous. Hum. Bref ! Vous devez avoir beaucoup de questions, mais d'abord, le plus important ! Voilà la règle, elle est unique, vous êtes chanceux : ce qui a débuté dans votre épreuve de la Coupe des Nations et ce qui va continuer sur l'Île Maudite restera sur l'Île Maudite. Vous allez me brûler toute votre paperasse et vos recherches... De toute façon elles vous sont inutiles, je pourrai répondre à toutes vos questions directement. Vous pourrez prendre des notes d'une autre façon qui nous est propre, à nous les Chamans. Raanu vous a choisi pour avoir accès à un savoir immense qui dépasse complétement ma portée, cependant...» Il expira une bouffée de fumée et se tut, laissa sa phrase en suspens, oubliant même son existence. «Cependant... La fidélité des Sorciers n'est pas très reconnue. Et je crois, il faut reconnaître ses défauts, que je suis un paranoïaque maladif. Oh ! Je n'ai pas l'intention de me soigner...» Un large sourire déchira ses lèvres, innocent accompagné d'un regard dérangeant. «Vous voyez le problème. Vous allez devoir garder ce que vous apprenez très loin de votre peuple et de vos propres intérêts. Croyez-moi, vous n'avez pas le choix, moi non plus. Et vous seriez bien fou de penser que je n'irais pas plus loin que la Mort pour vous punir.» souffla-t-il en approchant brusquement sa main de son épaule. On ne lui avait pas interdit de ne pas traumatiser le gagnant de la Coupe des Nations et à l'inverse de Circë avec laquelle il devait faire en sorte de rester bienveillant, il pouvait s'y donner à coeur joie avec cet individu. A l'instant où ses doigts touchèrent le tissu, le Monde des Morts se révéla aux yeux du Sorcier.

1087 mots  

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Siruu Belhades
~ Sorcier ~ Niveau III ~

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◈ YinYanisé(e) le : 06/12/2015
Siruu Belhades
Ven 30 Aoû 2019, 00:03


Cet homme était arrivé avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Devaraj Säalm Taiji — ou Wom'Zaïkam'Yé'Hofdingi, apparemment — paraissait clairement intimidant. Alors c’était à ça qu’il ressemblait ? Si son nom était connu à travers le monde comme étant celui du souverain des chamans, les portraits à son effigie ne couraient pas les rues. Il faut dire que les peintres du monde civilisé ne s’intéressaient pas aux traits des barbares, et préféraient représenter mille fois la grâce d’une Vénus ou la douceur d’un Apakan. Sans doute y avait-il eu quelques croquis de témoins, lorsque ce dernier avait incendié une chambre en terres magiciennes. Cette nouvelle-là était bien la seule auxquels les êtres du monde non-chamanique avaient accès, à son propos.

Les muscles de Siruu se crispaient, contrôlés par un mélange asphyxiant de peur et de surprise. Sa magie léchait les contours de ses doigts, prête à agir… mais pour quoi faire, au juste ? Attaquer cet homme, qui se présentait comme le Suprême de l’Au-Delà ? Autant s’empaler contre la tombe la plus tranchante, le résultat serait le même. Se téléporter vers le cœur de la ville ? Le mage noir contemplait cette possibilité. Il est vrai que les siens pourraient lui offrir une certaine protection, et ne laisseraient pas un trouble-fait agir sans conséquences, qu’il soit roi ou paysan. Cela dit, était-ce vraiment une solution ? Aussi brut de décoffrage soit-il, le chaman ne l’avait pas attaqué — seulement menacé —. Surtout, fuir ne marcherait pas indéfiniment. Tôt ou tard, il se retrouverait de nouveau face au Suprême de l’Au-Delà, et ce dernier se ferait un plaisir de se venger.

Le sorcier écoutait sans vraiment être capable d’entendre. Le flot d’informations était immense, et il fallait s’assurer de ne pas faire de liens hasardeux. Est-ce que l’ouvrage qu’ils possédaient tous deux avait quelque chose à voir avec la Coupe des Nations ? Non, probablement pas. Ou alors si ? À vrai dire, il n’en savait rien. Le chaman lui proposait bien de répondre à ses questions, mais il y en avait trop pour qu’une sorte du lot.

À la fin du monologue de l’homme, Siruu cilla. Le cimetière lui sembla tout à coup bien plus peuplé. Il était difficile de savoir s’il s’agissait d’hallucinations ou d’un tout autre phénomène. Alors, par instinct et parce qu’un léger silence commençait à s’installer, le sorcier se décida à parler. « Je ne divulguerais rien, bien entendu. » Il eut un sourire, plus gêné que malhonnête. Il est vrai que sa race n’était pas réputée pour être digne de confiance et défenderesse du bien commun. Cependant, Siruu connaissait quelques limites, et était prêt à brûler ses maigres recherches si nécessaire. Ce ne serait pas fait de bon cœur, et il râlerait contre le Suprême de l’Au-Delà en son absence, mais il obéirait.

Son cerveau avait eu la gentillesse de composer une liste. Les célébrités moquent souvent une phrase commune au journalistes. Il s’agit de « J’aurais quelques questions », litote signifiant le plus souvent « Préparez-vous à être noyé sous un interrogatoire qui pourrait faire pâlir les services secrets magiciens ». Le mage noir ne faisait pas exception.

« Qui sont-ils ? » Le sorcier fixait les êtres, qui déambulaient lentement. Ils avaient l’air rigides, colériques et creux. Des illusions, sans aucun doute. Ça ne pouvait être que ça, non ? « Quel est l’endroit que j’ai vu durant mon épreuve ? Pourquoi êtes-vous tous introuvables ? Quels sorts vous protègent ? » Siruu vit l’une des personnes apparues se rapprocher de lui. Elle avait l’air sévère, portant des vêtements serrés et une cicatrice ancienne près de la mâchoire. Il essaya de faire comme si elle n’existait pas, et serra son collier  « Vous avez parlé de communication, d’aetheri et de choix divin… je pense avoir besoin de quelques éclaircissements. » Le journaliste n’avait rien contre l’idée d’être une sorte d’élu. Il n’allait pas se plaindre d’avoir de la chance. Cela dit, il doutait que ce soit réellement le cas. Dans les mythes, les élus sont des êtres possédant un potentiel immense. Siruu était confiant en ses capacités, mais entre lui et un enfant d’Ethelba, il y avait un pas qu’il était loin de franchir.

Le sorcier soupira. Il était censé faire beaucoup de choses en ce jour, mais… jamais il n’aurait pu prévoir la visite d’un souverain. Autrement, il aurait enfilé un costume plus cher le matin même. Oh oui, ses mœurs n’étaient pas celles de chamans. Il était de ceux qui aiment les belles paroles, les traits d’esprit et les sourires hypocrites des mondains. Il voyait en ce jeu de vérité déformée et de comédie un vrai divertissement, qu’il observait plus qu’il ne le pratiquait. Les Médiateurs des Morts n’avaient exactement pas les mêmes coutumes. « Et, aussi… comment allez-vous ? » Ce n'était certainement pas le meilleur moment pour poser une telle question, mais Siruu ne voulait pas oublier ses manières.


817 mots.


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Mer 04 Sep 2019, 18:00

Le pont entre le monde des Morts et celui des Ignorants | Siruu & Devaraj Jonath12


Comment allait-il ? Le Chaman dévisagea son interlocuteur en silence. Pourquoi cette question ? Incertain de la manière dont il devait y répondre, il répliqua honnêtement. «Je vais toujours mal, monsieur Dasäha'lhm' o Raanu, et cela n'a aucune importance.» dit-il d'un ton neutre. «Bien, bien bien, vous ne divulguerez rien.... C'est vous qui le dîtes.» Son sourire s'élargit, dérangeant. Il n'avait pas l'habitude de devoir révéler le secret du Cycle, c'était contre-nature pour lui et donc, difficile à réaliser. Sa paranoïa bloquait le processus et les explications, mais il se lança quand même. «Bien bien, asseyez-vous confortablement parce-que ça va être long. Je viens de vous transformer en Chaman. Pas entièrement, ne paniquez pas. Nous voyons le monde des Morts et les esprits de ceux qui ont trépassés. Les fantômes, si vous préférez. Quant on meurt, notre esprit quitte notre corps pour aller dans le Monde des Morts. Ils ne vivent pas sur le même plan physique que les Vivants alors vous ne pouvez pas les toucher. Ni les voir ou les entendre, pour le commun des mortels. Mais nous les Chamans, sommes gardiens de ce secret et pouvons interagir avec l'un ou l'autre des plans : celui des vivants et celui des morts. » Il marqua une pause, regardant d'un air distrait les esprits qui évoluaient autour d'eux. «Vous pouvez donc maintenant communiquer avec eux visuellement ou auditivement. Ils ne vous feront aucun mal puisqu'ils ne sont pas tangibles. Lorsque vous maitriserez suffisamment votre nouveau don, vous pourrez apprendre à vous rendre dans leur plan physique.» Pour lui, tout ceci était devenu d'une banalité à mourir d'ennui. «Nous ne sommes protégés par aucune magie, pas pour le moment. Mais nos pouvoirs nous permettent de brouiller les pistes derrière nous et d'espionner beaucoup de peuples sans jamais se faire remarquer, aidés par les esprits. Je suis plutôt content, en fait, de toutes les rumeurs que nous avons réussi à disperser dans le monde à notre sujet. Qu'un journaliste avec des ressources comme les vôtres n'ait pas retrouvé notre trace, cela me réjouit.» Les fruits de ce travail qui n'en était qu'à son début commençaient à apparaître, doucement. «Nous n'avons rien à faire sur la scène géopolitique actuelle d'où notre disparation dans des contrées assez lointaines et obscures. Mais nous avons des dons pour communiquer avec les Aetheri avec facilité et leurs volontés diverses nous poussent parfois à ressortir sur le devant. Votre épreuve en est un exemple. Je suis désolé de vous apprendre qu'aux yeux du monde et de votre hiérarchie, vous n'avez gagné qu'une supercherie stupide montée par des sauvages en dessous de toute civilisation digne de ce nom et donc par conséquent, votre mérite est discutable. Toutefois...» Il sourit et caressant pensivement la pierre gravée qu'il était en train de profaner, affalé dessus. «Nous sommes bien plus que ce que le monde en dit et nous avons beaucoup de respect pour les gagnants des épreuves divines et pour ceux que les Aetheri désignent comme élus. Moi, j'ai assisté à votre épreuve et je sais que ce que vous avez vécu n'est pas facile à vivre. La récompense est que nous pouvons vous ouvrir beaucoup de portes et je viens de vous donner la clé de celle qui ouvre sur le Monde des Morts.» Comme tous les Sorciers, cet homme devait avoir de l'ambition. Il était donc juste de lui faire miroiter des possibilités multiples, surtout qu'il ne lui mentait pas pour autant. Devaraj ne savait, de toute façon, pas mentir. «Vous êtes élu de Raanu et vous n'êtes pas le seul. Je vais vous laisser digérer tout ceci et vous débarrasser de tout quiproquo et preuves de vos recherches à notre sujet. Quand vous vous sentirez prêt, vous vous rendrez au port de Sceptelinôst et vous embarquerez sur le bateau qui se dénomme Kazak en vous présentant avec le nom que je viens de vous attribuer.» Il ne savait pas combien de temps cela allait prendre au Sorcier pour se décider. Enfin... se décider... Il n'avait pas le choix, en réalité. Personne n'avait le choix, dans cette histoire. Devaraj se montrait juste patient et peu pressé pour le moment, mais s'il le fallait, il reviendrait chercher le Sorcier par la peau des fesses. «Avez-vous d'autres questions ? Je suis sûr que oui.» dit-il d'un ton ironique.

772 mots  

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Siruu Belhades
~ Sorcier ~ Niveau III ~

~ Sorcier ~ Niveau III ~
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◈ YinYanisé(e) le : 06/12/2015
Siruu Belhades
Sam 28 Sep 2019, 16:02


L’inconnu parlait normalement, mais chacun de ses mots lui faisait l’effet d’une bombe auditive. Soit il disposait d’une magie unique, soit… non, toutes ces hypothèses n’avaient aucune importance. Siruu les formait, comme pour s’empêcher de réfléchir à ce qu’il venait d’entendre. Il voulait digérer ça autre part qu’ici, dans un cimetière. En un sens, ce qu’on lui expliquait semblait logique. Il serait faux de dire que le sorcier avait suspecté qu’un tel système puisse exister : d’une part, il n’avait pas vraiment eu de pistes sur le sujet ; d’autre part, la Mort, il cherchait à l’éviter plus qu’à la comprendre.

Cependant, maintenant que la réponse lui était servie comme sur un plateau, elle paraissait élémentaire. Si Ezechyel était un aether, il n’avait aucune raison de simplement faire disparaître ceux qui venaient le rejoindre. Les chamans semblaient être un choix raisonné, puisqu’ils avaient toujours eu la réputation d’être extrêmement religieux. En vérité, il y a quelques décennies, bien avant que la guerre des dieux n’éclate… sans doute aurait-on considéré ce peuple comme extrémiste. Aujourd’hui, s’ils avaient gardé cette réputation de barbarie et de folie, leur foi n’était plus remise en cause : d’autres cultes avaient fleuri partout à travers les Terres, embrasant les croyances et changeant radicalement ceux qui se contentaient de prier une fois tous les ans.

« C’est… en effet, ça fait beaucoup de révélations. » La partie sur le fait d’être Élu de Raanu l’avait perturbé. Il n’était pas mécontent, sur le principe. Néanmoins, cela ajoutait de la pression sur ses épaules. Aussi ambitieux qu’il soit, jamais Siruu n’avait souhaité de réciprocité dans son rapport au divin. Lorsqu’il priait, ce n’était pas pour qu’un aether l’entende et vienne arranger sa vie à grand coup de balai sacré. Si s’agenouiller suffisait à avoir une existence dénuée de soucis, personne ne prendrait le temps de se lever.

En vérité, la foi du sorcier reposait plus dans le respect et l’imitation. Les aetheri qu’il vénérait constituaient des figures puissantes dont il fallait admirer et reproduire les qualités. Leur utilité était abstraite : ils désignaient un objectif et des valeurs dont il fallait s’inspirer. Certes, ils avaient leurs querelles et le peuple spéculait sur les agissements, mais ils restaient distants. Personne ne commérait sur Harabella que l’on aurait vu enchaîner les verres au bar du coin. Les aetheri étaient des créatures abstraites voire métaphoriques. Pour l’individu lambda, le nombre effarant de versions que l’on donne aux mythes empêchait de vraiment donner une personnalité précise aux Dieux. Alors, envisager que l’un d’eux agisse dans le concret de sa vie semblait impensable. On le regardait ? Il devait bien agir, donc ? Qu’est-ce qu’il était censé faire ?

On ne l’avait pas élu au hasard. Raanu avait dû l’observer. Le poids de cette simple idée pesait sur ses épaules. C’était particulièrement dérangeant. Une chose était sûre : il était invraisemblable qu’une personne ait à subir les regards de tous les aetheri. Ce serait beaucoup trop pour rester sain d’esprit. Voilà qui expliquait beaucoup des choses que l’on entendait au sujet des chamans. En vérité, ils étaient soumis à un étranglement entre tant de dieux qu’il était peu surprenant de les penser fous. Soudain, le sorcier songea à son interlocuteur. Les souverains sont généralement vus comme proches des Dieux. Que penser de celui qui gouverne les chamans, alors ?

« Vous êtes vraiment capable de communiquer avec les dieux ? C’est supportable ? » Peut-être formulé de manière un peu trop brutale. « Enfin… ils ne sont pas trop exigeants ? » Voilà, c’était mieux. Le journaliste se mit à sourire, plus par habitude que par nécessité. Sa manière de communiquer était codifiée. « Quoi qu’il en soit, je vais devoir prendre un peu de temps pour considérer tout ça. J’irais brûler mes recherches en rentrant et une fois prêt j’irais à Sceptelinôst. C’est une charmante ville. » Cette dernière phrase pourrait sembler ironique mais, dans l’esprit de Siruu, c’était tout le contraire. C’est dans cette presqu’île qu’il avait fait la plupart de ses achats, après avoir quitté les mages bleus. Les beuglements des ivrognes, le bruit des pas lourds sur les étroites rues, le racolage des prostituées, les musiques au sein des tavernes… Sceptelinôst l’avait bercé lors de sa seconde naissance en tant que sorcier, alors même que les Réprouvés détestaient cette race.

« Mais mes descendants sont des blasphémateurs ! Ils prient une traîtresse. Par Ethelba, quel sorcier peut oser vénérer Rhéa Latia ? J’espère que leur machin de Tribunal fonctionne bien, parce qu’ils n’ont pas respecté les valeurs familiales et que… voilà ! Bon sang, qu’ils soient punis ! » L’esprit avec qui elle discutait vint l’interrompre. « Eh, t’es pas la seule à avoir des soucis Amandine ! Il a dit qu’ils feraient venir un émissaire ! D’ailleurs je serais le premier à lui parler ! »« Non, je serais la première à lui parler ! Ta petite-fille s’est fait avoir, c’est tout. T’avais qu’à être là pour la rédaction du contrat de mariage ! »« Espèce de… » Les deux trépassés finirent par s’entre-tuer, avant de disparaître.

Siruu observait le spectacle avec attention. Il s’était retenu de prendre des notes : le Hofdingi aurait pu penser qu’elles portaient sur ce qu’il venait de lui révéler, alors qu’on venait de l’interdire d’écrire à ce sujet dans sa langue. « Ils sont… morts dans la Mort ? C’est possible, ça ? » La question lui avait échappé des lèvres, en voyant les deux esprits disparaître. « Je suppose que c’est une subtilité que j’apprendrais plus tard auprès des vôtres. » Il valait mieux ne pas trop interroger son interlocuteur. Ce serait sans fin.

Le sorcier ne pouvait s’empêcher de fixer les sépultures profanées. La Milice de l’Empereur Noir était omniprésente, en ville. La périphérie restait moins surveillée, mais si un garde s’approchait du cimetière, l’un d’eux serait tenu pour responsable. Devaraj devrait s’en sortir, mais si cette affaire retombait sur le mage noir, sa réputation en ressortirait ternie. Devrait-il vraiment s’en soucier, maintenant qu’il avait beaucoup à faire auprès des chamans ? Probablement pas, mais il n’était pas prêt d’abandonner le peu d’éclat qu’il avait accumulé. Dans tous les cas, mieux valait déguerpir.

« Il y a un magasin de spiritueux au coin de la rue, si vous voulez. Le quartier appartient aux Mayfair, mais je doute que leurs agents arrivent à vous attraper. » Car pour enlever et esclavager quelqu’un, il faut déjà que celui-ci soit tangible. Avec la fumée, cette hypothèse paraissait bien dure à affirmer.


1080 mots.


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Dim 13 Oct 2019, 18:14

Le pont entre le monde des Morts et celui des Ignorants | Siruu & Devaraj Jonath12


Un maigre sourire s'afficha sur ses lèvres. Le Lien Divin... Une malédiction ou une bénédiction ? La première hypothèse, contrairement à la deuxième, avait fait ses preuves. "C'est une communication à sens unique dont moi et ceux de mon peuple ne choisissent ni l'heure ni le contenu. Et non, ce n'est pas supportable. Ne pensez-vous pas que les rumeurs terrifiantes qui courent à notre sujet ne trouvent pas leur départ dans un fait de folie véridique ? " Au départ, ces histoires s'étaient formées d'elles-même, sans la contribution mensongère des Chamans qui désormais, participaient activement à la désinformation du monde. "Notre hiérarchie est faîte de telle sorte qu'il est nécessaire de sacrifier sa santé mentale pour en gravir les échelons, puisqu'il s'agit à chaque fois de se rapprocher des Aetheri. Regardez, Le Léviathan est paraît-il, possédé par un dieu Kraken, et bien il ne s'en porte pas mieux que moi." Ce n'était qu'un compte rendu d'espionnage. Devaraj n'avait -heureusement- jamais rencontré Räk. Amusant, que Lilith se soit mariée aux deux seuls rois rendus fous par le contact quotidien d'un Aether. A croire qu'elle en faisait un critère primordiale pour se reproduire, contrairement à ce qu'elle voulait bien avouer. Le Chaman fit une moue, chassant son ex-femme de ses pensées. "Définissez exigeant." En effet, il avait bien du mal à discerner ce qui pouvait correspondre à cette catégorie. Tout, probablement, puisque chaque parole était un ordre. "Vous jugerez bien par vous-même."

Devaraj hocha la tête. Du temps... oui. Certes ! Il n'aimait pas faire dans la dentelle, il n'aimait pas non plus attendre. Il se réveillait tous les jours plus choqué que la veille par l'improbabilité de son Destin et ne se rendait pas du tout compte de la difficulté d'autrui à le rejoindre dans cette danse folle. Comment pouvait-il comprendre le fossé qui le séparait désormais du commun des mortels ? Il était Fou. L'homme suivit le combat d'Esprits d'un œil distrait. "Oh ! Oui ! Ils ne sont pas morts, ils vont réapparaître ailleurs... Par contre..." Ses yeux devinrent déments. "Oui, c'est possible d'être mort et de mourir. Amusant, pas vrai !? La deuxième mort, c'est le Néant." Et le Néant... Eh bien, il n'y avait jamais été. Cela avait failli, cela pouvait toujours faillir s'il ne faisait pas attention à sa condition actuelle. Qui pouvait bien savoir ce qui se trouvait derrière ce grand mot ? Peut-être un tout autre monde, tout comme la Mort dissimulait son univers propre. Comme le Sorcier semblait digérer lentement les informations offertes, Devaraj sentit que la conversation touchait à sa fin. "Des liqueurs ? C'est gentil mais je n'aime pas trop boire. Je connais un ami par contre qui serait ravi d'en goûter..." Le Chaman suivit le regard de Siruu et baissa les yeux sur son corps à demi-éthéré. Certes la discrétion n'était pas au rendez-vous. Pourtant il trouvait que la fumée verte s'accordait bien aux tombes. "Bien. Nous nous reverrons sur une toute autre terre, Dasäha'lhm' o Raanu. Rappelez-vous que vous êtes le seul à voir la Mort ici, au début, c'est difficile de ne pas se trahir." Ou de ne pas être surpris au coin d'une rue, gêné dans la salle de bain, ou distrait par des conversations inaudibles. Il sourit, nostalgique de ce temps extrêmement lointain où lui aussi, avait été transformé en Chaman.

Devaraj reprit forme tangible, sous l'apparence d'un Sorcier bien habillé. Il s'inspecta rapidement, puis, jugeant que l'illusion était bonne, il salua Siruu. "Au revoir. Si vous avez un problème, il suffit de prévenir un Esprit. Ils vont vous suivre, n'est-ce-pas ? Pensez plutôt de la façon suivante : c'est pratique pour être certain que personne d'autre ne vous espionne ou ne vous surprenne." Ils étaient ses yeux et ses oreilles, partout. Goguenard, le Chaman s'en alla en évitant les tombes, cette fois-ci. Il eut tôt fait de disparaître et de se rendre dans ce fameux magasin afin de commander six cents bouteilles de liqueurs de framboises ainsi que mille bouteilles de champagne pour soit-disant, trois mariages arrangés qui allaient avoir lieu dans sa famille. En réalité, il enverrait le tout à un certain Caleb Suellan, Magicien comte du Duché d'Eliassen, dont il ne donna bien évidemment pas l'adresse ni le nom pour des raisons diplomatiques.

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Siruu Belhades
~ Sorcier ~ Niveau III ~

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Siruu Belhades
Jeu 07 Nov 2019, 23:18


« Notre hiérarchie est faite de telle sorte qu’il est nécessaire de sacrifier sa santé mentale pour en gravir les échelons, puisqu’il s’agit à chaque fois de se rapprocher des Aetheri. » Cette phrase n’avait pas tout à fait quitté l’esprit de Siruu. Est-ce que ça voulait dire que les aetheri étaient fous ? Non, sans doute que le Suprême de l’Au-Delà voulait simplement expliquer qu’ils étaient si supérieurs que se rapprocher d’eux impliquait la perte de son humanité. Ou alors… quelque chose de sombre transparaissait dans la voix du chaman. Quelles étaient exactement leurs conditions d’évolution ? La culture chamanique était trop étrangère pour que l’on puisse deviner quoi que ce soit à son sujet. Dans tous les cas, ce n’était pas bien rassurant. Tout compte fait, fallait-il s’attendre à moins du peuple qui habitait l’île ? Vraiment, depuis le début, cette histoire n’avait transpiré qu’une seule odeur : l’embûche. On devait vouloir le piéger, mais c’était difficile de repérer le fil qui déclencherait le mécanisme. Ou alors, il n’y avait ni fourberie ni guet-apens. Dans ce cas-là, le sorcier serait forcé d’admettre qu’il était sans doute trop habitué à ses congénères, traîtres dans l’âme.

Cette situation était brumeuse, mais Siruu était certain d’une chose : il ne voudrait pas vivre dans les chaussures d’un homme comme son interlocuteur — ou du Léviathan, puisqu’il n’avait apparemment pas plus de chance —. Ce devait être affreux d’être un serviteur, pièce sur l’échiquier divin. Les sorciers aussi se faisaient manipuler, mais les marionnettistes étaient leurs semblables. Ils regardaient en haut et pouvaient espérer, un jour, pouvoir eux aussi tirer les ficelles. Les chamans, eux, vivaient sur un autre plan. Ils ne pouvaient pas obéir à leurs maîtres, et prier tous les dieux pour qu’un jour ils aient eux aussi l’occasion de dominer : les aetheri étaient ceux qu’ils servaient. C’était de la dévotion à l’état pur, inspirante mais aussi inquiétante.

Sans doute réfléchissait-il trop. Le sorcier était resté assez silencieux, après toutes ces révélations. Il avait besoin de temps, et de plus d’informations. Par exemple, cette histoire de mourir dans la mort, d’atteindre le Néant. C’était une idée difficile à envisager. Qu’est-ce qui déclenchait ce processus ? Comment éviter ça ? Siruu devina qu’il allait devoir poser ces questions à un esprit. Et, si ce dernier ne savait quoi répondre, il devrait le demander à Devaraj la prochaine fois qu’ils se verraient. Siruu n’avait pas hâte. Comme tout le monde, il ne pouvait qu’être effrayé par une rencontre avec cet homme. Ce n’était pas comme parler à un Chancelier Noir, où un peu de bonnes manières et une langue acérée suffisaient à s’en sortir sans trop perdre d’écailles. Cet individu-là, en plus d’avoir le titre de souverain et la puissance qui va avec, était fou. Suivre des règles de bonne conduite ne suffirait pas à le brosser dans le sens du poil.

Siruu regardait la devanture des boutiques. Il s’était téléporté en dehors du cimetière, pressentant que la milice allait arriver. Il fallait rentrer chez lui, mais passa d’abord dans les rues. Préférant faire vagabonder son esprit, il se concentra sur quelques visages lointains. Les morts étaient difficiles à différencier des vivants, à cette distance. Un commerçant de liqueurs — celui que le journaliste avait recommandé plus tôt — semblait ravi, à l’intérieur de son magasin. Ou peut-être était-il en colère, en fait. Dans la ruelle adjacente, une femme hurlait un nom extrêmement vieillot. Cherchait-elle son grand-père ? Le sorcier se mit en doute : était-elle morte ? Il y avait deux possibilités : soit elle avait un goût démodé, soit elle était là depuis son décès, à crier le nom d’un être ayant probablement lui aussi atteint l’outre-tombe. Les deux pistes se valaient, mais Siruu pencha pour la seconde : autrement, quelqu’un aurait réagi et la milice l’aurait arrêtée pour le désordre causé. Cela étant, il était difficile de comprendre pourquoi un esprit resterait à attendre sans bouger. Elle était sans doute morte d’une manière traumatisante. Pour un sorcier, ce n’était pas si surprenant.

Une fois rentré, le mage noir ferma à double tour ses appartements, comme si cela allait empêcher les esprits d’agir comme bon leur semblait. Ceux qui voyaient ces choses-là depuis leur naissance devaient avoir développé des capacités d’évitement immenses. Agir comme si tout est normal, oublier les trépassés et les occulter de son champ de vision quoiqu’il se passe : s’il voulait tenir sa réputation, c’était ce qu’il fallait faire, tant qu’il restait à Amestris. Cependant, avant d’apprendre à ignorer les morts, il fallait veiller à ne pas en devenir un.

« J’espère vraiment percer les secrets de ton pouvoir, Jorderunn… » Il parlait à son esclave muet, sans lui prêter attention. Son regard était plus focalisé sur la potion qu’il tenait entre ses doigts : un liquide qui devrait normalement améliorer les effets du rituel de jouvence. Ezechyel semblait diriger un monde bien plus complexe que le sorcier ne l’aurait imaginé, mais il cherchait toujours à le contourner. Un jour, il serait rattrapé par la mort, mais Siruu se plaisait à penser que ce ne serait pas avant longtemps. « Je me demande comment tu as eu l’éternité du phénix, quand même. Tu n’es pas chaman, j’espère ? » Il se tourna pour contempler le prisonnier. Celui-ci avait repris des forces, depuis la dernière fois : tant mieux. Il saurait se débrouiller en son absence. « J’ai quelques affaires à régler en ville avant de partir. Avant la prochaine pleine lune, je devrais avoir plié l’essentiel des bagages. J’essayerais de trouver quelqu’un pour s’occuper de toi d’ici là. »

Ce soir-là, de nombreuses notes disparurent. Néanmoins, le journaliste manquait cruellement de papier. Alors, pour ne pas gâcher cette précieuse ressource, il se contenta de dissiper l’encre en glissant son doigt sur les textes et analyses — pouvoir fort pratique soit dit en passant —. Tout ceci n’avait servi à rien. En plusieurs jours de recherche, il en avait moins appris qu’en quelques minutes auprès du Hǫfðingi. Cependant, il y avait encore beaucoup à creuser, une fois qu'il serait auprès des chamans. Ces révélations avaient déterré un autre aspect de sa curiosité. À cet instant, Siruu ne souhaitait plus simplement amasser la connaissance pour la modifier et la transmettre. Il voulait savoir, et satisfaire sa soif.

1036 mots.


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