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 Prendre le diable par la queue [PV Callidorade]

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Ven 18 Mar 2016 - 14:08


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Tamisée par la seule présence d’un orifice pas plus gros qu’une pièce, la lumière du jour perfora le mur pour braquer son faisceau dans son œil courbaturé. Cette irruption le fit légèrement ciller, puis petit à petit, il cligna des paupières. Son doux réveil se passa silencieusement, sans un bruit autour de lui. Même pas l’infime son du vent dont l’absence était oppressante. Sa conscience jusque-là au repos s’éveilla graduellement pour redynamiser une brûlure préoccupante à son bras gauche. Ses sens étaient un peu désordonnés, et alors qu’il forçait sur son unique bras bien portant pour se hisser du sol, il constata que ses muscles ne lui répondaient plus aussi bien qu’avant. La veille, il n’avait pourtant bu aucune goutte d’alcool, et quand bien même, il n’aurait jamais fini dans un état aussi lamentable. Ses souvenirs manquaient étrangement de justesse, pas seulement de ce qui s’était passé la veille, mais bien au-delà de ça, il ne savait plus ce qu’il avait fait les jours précédents. C’est tout juste s’il se remémorait encore de son prénom, et rien que cette simple réflexion lui octroyait déjà un certain mal de crâne. Lorsqu’enfin il parvint à se ressaisir -du moins partiellement- sur ses deux jambes, le démon oscilla à la seconde suivante. Ses jambes vacillantes ne le supportaient plus comme elles étaient censées le faire, si bien qu’il culbuta en arrière, ses lombes heurtant la ferme plaque de minéral qui composait la prison, lui rappelant par la même occasion qu’il souffrait également des côtes. En effet, il venait tout juste de se rendre à l’évidence en ayant une large visualisation de l’endroit dans lequel il était enfermé. Un seul mot aurait pu le décrire : sobre.

D’épais barreaux se trouvaient sous ses yeux tandis qu’un plateau renversé de nourriture avariée se trouvait sur le bord. Rien d’appétissant à première vue, ce qui expliquait sans doute le fait qu’il n’y avait pas touché. Son regard se tourna ensuite instinctivement sur sa propre personne. Physiquement, ses lésions ne se voyaient pas, du moins à l’œil nu. Aucune trace de sang qui aurait pu révéler d’un état critique n’était gravée sur sa peau. En revanche, il se sentait plus que jamais harassé, lui qui était connu pour vivre d’une ardeur quasi infinie, là en l’occurrence, il se sentait un peu juste pour coordonner une belle chorégraphie. Ses vêtements étaient aussi en lambeaux, peu enclins à assurer la noblesse d’une bonne soirée ou encore de partir pour un rendez-vous galant. Quant à ses cheveux si inestimables, il ne préférait même pas y songer. Ils étaient plus gras que les repas les plus caloriques du monde, pullulant de nœuds et de crasse qui ne le faisait plus ressembler à rien. Bien, cette introspection avait été nécessaire. Il avait mis du temps -bien plus qu’il en faut- à décomposer la situation dans laquelle il se situait, mais désormais cela ne faisait plus aucun doute : il était dans le pétrin. Inutile de préciser qu’il était nu comme un ver en matière d’équipements. On lui avait même ôté toutes ses babioles. Esthétiquement, ça ne lui aurait pas servi à grand-chose, mais qui sait, peut-être qu’il aurait pu fabriquer une fusée avec deux bagues et un pendentif. Prenant son courage à deux mains pour se hasarder d’en apprendre plus, le prisonnier rassembla son énergie restante pour stabiliser ses muscles antérieurs et ainsi se déplacer jusqu’aux barreaux qu’il enserra robustement de ses longs doigts pour éviter une rechute.

L’extérieur regroupait plusieurs prisons identiques, mais elles étaient toutes inoccupées. Le couloir était assez sombre et ne permettait pas d’approfondir pleinement l'examen. Tout du moins, il pouvait dire que son odorat ne le trompait pas sur l'effluence puante qui découlait des environs. Il avait déjà senti ça auparavant, mais il était incapable de dire avec exactitude de quoi il s’agissait. Même s’il savait cet essai inutile, l’homme essaya de tordre les barreaux en remuant ses phalanges dans tous les sens. Toutefois, sa force ridicule du moment ne le permettait absolument pas. De plus, c’est à ce moment qu’il se rendit compte que sa magie était éteinte. Par contre, il était incapable de dire si c'était son lieu d’enfermement qui l'en privait ou bien son état peu enviable. Mais alors qu’il s’apprêtait à retourner s’asseoir en attendant d’avoir les idées plus claires, le diable décela quelques sons de faible intensité se rapprocher de sa cage. S'apparentant à des pas qui évoluaient calmement dans une flaque d’eau, cela ressemblait à s’y méprendre à un compte à rebours particulièrement angoissant. Une éternité plus tard, un homme se présenta à lui. Enfin, il supputait qu’il s’agissait d’un homme, mais en réalité il ne voyait pas son visage puisque ce dernier était masqué dans une tenue sombre qui ne laissait même pas entrevoir la lueur de ses yeux. Sa voix gutturale résonna entre tous les murs. « Il est l’heure. » Zane fronça les sourcils, serrant ses dents de colère par la même occasion. « L’heure de quoi, Ducon ? » Pour seule réaction, l’inconnu actionna un mécanisme qui aspira tous les barreaux dans le sol. Saisissant l’aubaine sans différer, il se précipita d’un pas actif pour mouvoir sa main d’un éclair. Il s’empara du col de l’encapuchonné afin de lui intenter un violent coup de boule. Hélas, son front n'affronta que de la fumée noire et dense. L’instant d’après, il perdit connaissance.


Le réveil suivant le conduisit à l’opposé de ce qu’il avait connu au préalable. La quiétude avait été substituée par le tumulte des machines, d’éclairs et de laves, entre autres symphonies qu’il ne parvenait pas à éclaircir. À genoux dans un grand bac rempli de quelques centimètres d’eaux au moment où son corps lui-même était arrosé, ses bras étaient tirés sur les côtés à l’aide de chaines qui lui maintenaient cette position inconfortable. Devant lui se trouvaient trois silhouettes, couverts de la même façon que celui qui était venu le chercher. L’un d’entre eux s’approcha. Il décocha violemment son poing dans son abdomen, ce qui engendra un arc électrique qui le foudroya sur place. Son cri d’agonie aurait pu se valoir à des kilomètres. Son cœur s’emballait à mille à l’heure alors que son soupir se faisait saccader. Il mit plusieurs longues secondes avant d’avoir le pouvoir de parler. « Qu’est-ce que vous me voulez, bandes de déchets ? » Une feuille plana dans les airs pour se poser à ses pieds. Une photo de Callidora y était représentée.


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Dim 20 Mar 2016 - 10:38

Les draps s'agitaient en tous sens. La chevelure brune ondulait sur le matelas. Son corps semblait incapable de rester en place, mu par une violence surprenante. Sa forme presque désarticulée se dessinait sous le tissu bleu, parfois secouée de spasmes étranges, comme si cette fragile enveloppe était possédée par quelque chose contre lequel elle ne pouvait pas lutter. Une goutte de sueur perlait sur le front blanc. La lutte ne s'arrêterait-elle donc jamais ? Des paupières closes qui refusaient de croire ce qu'elles voyaient. Le cauchemar prenait possession d'elle sans la moindre douceur, s'insinuant dans chacune de ses veines. Sa cheville lui sembla brusquement s'enflammer, et une vive douleur remonta le long de sa jambe. Brisée. Lui se tenait à genoux, sur le sol. Immobile. Elle voulut lui dire qu'elle allait s'occuper de lui, mais aucun son ne s'échappa de ses lèvres. Prisonnière d'elle-même. De sa propre faiblesse. Maintenant, l'autre cheville. Nouveau spasme. Se lever, pour tomber encore. Le sang sombre qui épousait la chair de ses bras nus et se mêlait à ses somptueuses boucles l'inquiétait davantage que son absence de réaction. Mais pourquoi ne réagissait-il pas ? C'est alors qu'elle vit l'autre s'approcher de lui, prêt à lui asséner un autre coup. Sans avoir d'autre choix, elle se força à se lever pour courir vers lui. L'homme sembla s'effacer lentement, à la manière d'un artiste qui bannirait une saleté de sa toile. Elle s'affala devant lui. Ses doigts tâchés par la terre s'approchèrent de son visage. Tremblants. Et il ne fallut qu'un cri pour briser l'illusion.

Un contact humide sur sa tempe la fit ouvrir les yeux. Après quelques battements de cils, elle finit par reconnaître celui qui lui tamponnait le front de la sorte. Lorsqu'il vit qu'elle s'était réveillée, il lui adressa un sourire compatissant. « Encore un cauchemar ? » La brune hocha la tête, la gorge nouée. Cela faisait plusieurs jours qu'elle rêvait dès qu'elle s'abandonnait au sommeil, et ces songes n'avaient rien d'agréable. Toujours le même scénario, ou presque. La plupart du temps, leur souvenir embrumé lui restait à l'esprit toute la journée, et jamais elle n'avait droit au répit. Un frisson la fit ramener les draps contre elle, à la manière d'une enfant qui chercherait une protection quelconque. « Il était là. Encore. » Nerveusement, elle attrapa le rebord du tissu et se mit à le tordre entre ses doigts pour trouver un semblant d'apaisement. Son compagnon lui passa une main dans les cheveux d'un geste affectueux. « Ne t'en fais pas, ça finira par passer. Jacob aura bientôt terminé la potion, et alors tout rentrera dans l'ordre. » D'un regard fiévreux, elle leva la tête vers lui, peu convaincue. Non pas qu'elle doutât des talents du Sorcier en matière de philtres, mais elle n'était pas certaine de vouloir que ces visions d'horreur lui soient arrachées. Le repos l'appelait de toutes ses forces, et pourtant, épuisée comme elle l'était, elle persistait à croire que ces cauchemars dissimulaient un sens. Sa mère lui avait appris à ne jamais prendre les songes à la légère, et certains d'entre eux s'étaient malheureusement avérés.

La Rehla savait que Syveth et les autres s'inquiétaient pour elle, et elle en avait parfaitement conscience. Cela dit, elle ne leur racontait rien de ces délires qui empoisonnaient son sommeil par crainte de les voir s'évanouir. Décidément, il y avait des jours où sa propre logique lui échappait. « Je vais essayer de me rendormir. Rassure-toi, je vais bien. Et merci. » Le Tiregan reposa le verre d'eau qu'il s'apprêtait à lui offrir sur le sol et se releva pour s'en aller. Alors qu'il refermait la porte, il lui lança un dernier sourire, rassurant cette fois-ci. Son inquiétude se percevait clairement, mais Callidora ne savait pas de quelle manière elle aurait pu l'apaiser pleinement alors qu'elle-même ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Feuilleter des livres sur la question avait été inutile puisque ceux qu'elle possédait n'en parlaient pas, et il aurait fallu qu'elle fasse des recherches approfondies aux Tours de Zéphyr pour découvrir ce qui clochait. Cependant, elle ne se sentait pas suffisamment en forme pour s'y rendre, et perdre connaissance entre deux couloirs ou dans les rues de la merveilleuse cité ne s'envisageait pas. Il fallait se rendre à l'évidence : espérer que la décoction de Jacob fonctionnerait ou que ses cauchemars s'en iraient d'eux-mêmes représentait sa seule chance de s'en délivrer pour de bon. La brune se retourna sur le ventre et passa ses mains sous l'oreiller dans l'espoir de retrouver le sommeil. Une douce somnolence l'attendait, et elle se laissa volontiers aller à cet égarement de l'esprit qui la rassérénait profondément lorsqu'elle sentit quelque chose effleurer son bras à plusieurs reprises pour lui intimer de se réveiller.

En guise de protestation, elle secoua légèrement son bras, n'ayant aucun doute sur l'identité de celui qui venait perturber son repos alors qu'elle se sentait enfin mieux. « Jacob, va-t'en. Je suis bien, là. Laisse-moi tranquille. » Sa demande fut parfaitement inutile, et le tapotement ne cessa absolument pas. Légèrement agacée qu'on la tire ainsi du semblant de sommeil qu'elle avait réussi à atteindre, elle finit par émerger et ouvrir les yeux. Un petit animal qu'elle connaissait bien se lovait tranquillement sur le bord du lit, une tentacule dans les airs. « Roger ? » Battant des cils pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas, elle eut à peine le temps de réagir que le poulpe se précipita à l'assaut de sa joue pour lui manifester sa joie de la revoir. Dans l'opération, il la gratifia d'un liquide légèrement visqueux. La brune se redressa pour sortir de sa rêverie et vit l'animal se dirigea à toute vitesse vers son bureau. « Mais qu'est-ce que tu fais ? » La créature semblait regarder de tous côtés, comme si elle cherchait quelque chose. Callidora attrapa le tissu imbibé d'eau que Syveth lui avait laissé et le passa sur son visage pour retirer l'étrange liquide et se réveiller complètement. Une fois cela fait, elle se leva pour marcher jusqu'au petit poulpe qui s'agitait frénétiquement. Penché sur le rebord d'une caisse, ses tentacules se relayaient pour fouiller la boîte. « Je peux peut-être t'aider ? » Aucune réaction de sa part. Sans savoir ce qu'il voulait, elle se contenta de l'observer en silence, voyant ses affaires s'éparpiller dans la pièce à mesure de ses recherches. Lorsqu'il sembla enfin trouver ce qui l'intéressait, il émit une sorte de couinement triomphal et s'enfuit à toute allure vers la table qu'il escalada habilement avant de déplier le document capturé.

La brune, perdue dans ses pensées, ne réagit pas immédiatement. Entre ses cauchemars et la présence de la surprenante créature, quelque chose n'allait définitivement pas. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle n'avait pas vu Zane, voire même peut-être quelques mois. Son enfermement à Lua Eyael y était sans doute pour beaucoup, mais elle avait tout de même voyagé, et jamais elle n'avait croisé son chemin. Demander à ceux qu'elle visitait s'ils l'avaient vu s'était révélé infructueux. Pas l'ombre d'un fichu Démon à l'horizon. Peut-être après tout en avait-il fini avec elle. Idée qu'elle avait refusé de croire, par pur orgueil. Cela dit, les étoiles restaient indéniablement silencieuses lorsqu'elle les interrogeait sur la question, et assaillie par les rêves, Callidora avait ces derniers temps du mal à continuer à le chercher. s'approcha à vive allure, se demandant ce qu'il lui passait par la tête. Cela dit, le voir se démener ainsi pour lui faire comprendre quelque chose lui donna une idée. Avec un peu de chance, il pourrait la renseigner. « Dis-moi, Roger, tu sais où est Zane ? » Alors qu'elle venait vers lui, elle se rendit soudainement compte qu'il lui désignait clairement un lieu. Ce n'était certainement pas une coïncidence. Le poulpe était-il aussi voyant, en plus de ses autres talents ? Il faudrait un jour qu'elle prenne le temps d'en apprendre davantage sur lui. Pourquoi diable le Démon ne lui avait-il pas donné la moindre nouvelle ? Se baissant à la hauteur de l'animal pour voir quel était l'endroit qu'il lui montrait, elle haussa un sourcil. « Les ruines ? » Que pouvait-il bien faire là-bas ?


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Lun 21 Mar 2016 - 14:18


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Ce portrait n’avait aucun sens. Il ne voyait pas le rapprochement entre lui et Callidora. Il avait délibérément tiré un trait sur cette dernière depuis quelque temps. Par conséquent, l’attachement qu’il avait avec elle était désormais nul et complètement incohérent à sa capture. S’ils espéraient l’attirer à eux en le possédant tel un grossier otage, c’était peine perdue d’avance. Ces hommes, plus paisibles que des tombes se convenaient à lui asséner de multiples coups de poing sans revendiquer précisément ce qu’ils convoitaient. Enchainer les tortures ne leur servirait à rien, bien moins encore s’ils manquaient de lui donner les renseignements requis. Le démon aspirait à parler pour leur dire ce qu’ils pensaient de leur jeu foireux, mais c’était plus fort que lui. Ses lèvres en sang refusaient de s’ouvrir pour articuler le moindre mot. Sa posture scabreuse était loin d’être le pire maintenant qu’il se savait en proie à des experts. Ils avaient nettement l’habitude de faire subir ce genre de choses. Il pouvait s’agir d’un groupe de démons, mais il n’en était pas sûr puisque ses perceptions étaient incapables de sentir l’aura qui se dégageait d’eux, comme si leur drap noir empêchait de lire en eux. Si c’était le cas, alors comment escomptaient-ils attirer la demoiselle à eux ? Cette narration manquait farouchement de logique. D’ailleurs, où se trouvait-il exactement ? Sur quel continent ? Dans quelle ville ? Dans quel bâtiment ? Il n’en savait rien. Malgré tout, ses iris ne cessaient de fureter dans tous les coins à la recherche du moindre détail pouvant l’éclaircir. Toutefois, rien n’avait été laissé au hasard et donc aucune trace symbolique n’était en mesure de l’aider à comprendre. Il figurait certes parmi les démons les plus en vogue du moment, mais sa célébrité ne suffisait pas à encourager quelque chose de ce niveau. Il n’était pas souverain, ni même élevé au rang des plus grands.

S’il s’était cru de tout repos pendant un instant, c’était mal connaitre les trois ombres qu’il avait en face de lui. L’un d’eux vint finalement s’accroupir en face de lui, son index se posant délicatement sur la silhouette imagée de la brune. Il devinait que celui-ci l’examinait par la suite. « Toi et elle. Bientôt réunis. Ensuite, nous pourrons. » Non seulement ce type avait une voix anormalement réformée, mais en plus il s’exprimait comme un abruti. Sa théorie comme quoi ils étaient tous des crétins finis n’était peut-être pas si erronée que ça en fin de compte. Avec une explication aussi fumeuse, le mystère risquait de perdurer encore pendant longtemps. Cependant, celui qui s’apparentait comme étant le leader du groupe s’approcha à son tour, interchangeant sa place avec l’autre. « Ce que mon ami essaie de dire c’est que… ton amie est un peu lente à la détente. Ça fait tout de même plus de cinq mois que nous t’avons ravi. Nous avons essayé de la laisser faire par ses propres moyens, mais il semblerait que c’était un peu trop demandé. Nous avons dû accélérer le processus. Si tout se passe bien elle devrait arriver ici d’ici trois jours. » De sa main enrobée dans un gant de velours, le tortionnaire lui procura quelques gentilles claques. Une manière pour lui de montrer sa supériorité et d’atteindre sa fierté, ce qui fonctionnait assez bien dans l’ensemble. Zane tira sur ses chaines, mené par la rage de lui en coller une. Il lui cracha ensuite sur le visage. « Allez vous faire foutre ! » Une réplique acerbe et cinglante qui encourait un retour physique tout aussi virulent. Épongeant délicatement le crachat, il lui décocha un puissant crochet qui lui révulsa le visage en plus de lui décoller la mâchoire.

Il le releva ensuite par la gorge, forçant de son pouce au niveau de sa carotide. Manipulé comme une poupée de chiffon, voilà ce qu’il était. « Tu n’es pas en position de faire le malin, Zane. Tu es dépassé. Et tu le seras du début à la fin. » Il termina sa conclusion en le relâchant, lui injectant un coup de coude dans le torse au moment de sa chute. Le démon maugréa avant de se laisser porter par sa faiblesse, les chaines étant le seul soutien qui le retenait de s’étaler au sol. « Toutefois, tu as de la chance. C’est l’heure de la pause. Quelqu’un demande à te voir. » Qui que soit ce quelqu’un, il le remercierait plus tard comme il se doit. Il s’en assurerait, même s’il devait en crever. Déliant les chaines par une magie obscure, la vie semblait avoir été insufflée aux chainons qui serpentèrent à l’image des reptiles pour s’enrouler avec précaution. Le gardien se plaça derrière lui afin de le bousculer à plusieurs reprises sans aucune douceur. Il lui fit traverser de longs et étroits couloirs, empruntant ensuite des escaliers en colimaçon jusqu’à parvenir à cette immense porte, différente des autres d’après son encadrement singulier, orné de divers joyaux qui ne concordaient pas avec ce qu’il avait vu jusqu’à présent. Le sombre personnage ouvrit la porte, le poussant de nouveau à l’intérieur sans lui-même passer par son seuil. « Je te laisse au patron. Bonne chance. » Le bureau -puisque c’en était un- était riche en accessoires de valeur. Les meubles n’étaient pas en reste, certainement plus onéreux que tout ce qu’il avait vu jusqu’alors. L’éclairage était toutefois assez ténu, la pénombre n’étant finalement que partiellement illuminée par le satellite d’argent qui passait par la baie vitrée. L’homme qui se trouvait devant celle-ci ne laissait entrevoir que sa silhouette, mais elle répondait déjà d’un certain charisme estimé des plus grands chefs criminels. Son assurance était tangible.

Dans sa main se trouvait une bouteille, probablement d’alcool. « Bienvenue, jeune invité. » Et puis quoi encore ? « Tu n’es pas contre un petit rafraichissement, n’est-ce pas ? Il parait que la douleur déshydrate affreusement le corps. » Il allait surtout lui déshydrater la tronche. « Assieds-toi. » Ponctua-t-il en tant qu’ordre qu’il annexa au geste. Il devait obéir -pour le moment, alors il s’installa devant le bureau. Le directeur déposa deux verres sur le marbre, les remplissant par la suite. Se gardant de rester debout, il prit le verre entre ses doigts et se tourna vers la vitre. Le démon pouvait passer par là pour s’enfuir, mais encore fallait-il qu’il trouve le bon moment. « Je t’expliquerais tout en temps voulu, mais sache que l’inauguration de la seconde étape s’est parfaitement déroulée. Cette… jeune femme. Nous allons la conduire jusqu’à nous. » Mais bordel ! Il n’en avait rien à faire de ce qu’ils comptaient lui faire. S’ils le lui avaient demandé, il leur aurait même rapporté directement contre une bourse bien remplie. Il en avait marre de ces c*nn*ries. Subitement, le démon apporta un puissant coup de pied sur le bureau afin de le bousculer sur son tortionnaire. Profitant du tumulte, il s’empressa de sauter dans le vide d’un seul plongeon ; brisant la vitre. Choyant comme un infirme, le tentateur tenta le tout pour le tout en invoquant ses ailes. Il y parvint au dernier moment, avant d’atteindre fatalement la terre ferme. Il était épuisé, mais il avait réussi à s’échapper. C’était presque miraculeux, trop beau pour être vrai. Et en effet, c’était trop beau. Sans savoir par quelle tour de passepasse, la seconde d’après il se retrouva dans la même situation que dans les minutes précédentes. Le même bureau, le même homme, mais surtout la même ambiance ; sans la vitre brisée et le bureau renversé. C’est comme si… le futur avait été changé. « Ne refais plus jamais ça. » Son aura l’écrasait jusqu’à le faire suer. Zane haletait sans raison, ses pulsations accélérées alors qu’il était dans la légèreté juste avant. Cet homme : Il était largement au-dessus de lui. Il prit place sur le siège qui lui était destiné, entremêlant ses doigts entre eux qu’il appuya contre son menton. Seule la lueur particulière de ses yeux était apparente. « Maintenant, écoute-moi. J’ai envoyé trois assassins à la rencontre de ton amie. Ils sont entrainés et très talentueux, mais ce n’est pas pour la tuer que je les envoie. Ils vont lui faire passer un message et la guider jusqu’à notre cachette. Pour ça, ils vont la forcer à t’invoquer. On dirait que cette jeune femme a oublié que tu étais un démon. Il est temps de le lui rappeler. » À quoi jouait cet enfoiré ? De toute façon, il n’avait plus la force de résister. Zane baissa le regard. Il renonçait à se battre.
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Dim 27 Mar 2016 - 17:17

Un instant plus tard, la brune saisissait un morceau de papier sur lequel elle griffonna négligemment quelques mots. « Ne vous inquiétez pas. Je vais juste chercher quelqu'un. » Pour l'explication, ils n'auraient qu'à attendre son retour. Les prévenir d'une autre manière n'était pas une bonne idée : ils tenteraient de la retenir par tous les moyens, surtout qu'aucun d'entre eux n'appréciait Zane. Son absence totale dans la vie de Callidora ces derniers mois leur faisait profondément plaisir, et n'eussent été ses cauchemars, ils auraient oublié jusqu'à son existence. Partir dans la précipitation lui ferait sûrement faire des erreurs, mais elle n'avait pas le choix ni l'envie d'attendre davantage. « Accroche-toi, Roger. » Le poulpe l'observa avec un air légèrement ahuri avant de se cramponner à son bras. La seconde d'après, ils avaient disparu. Cela dit, le voyage ne fut pas exactement aussi paisible qu'elle l'avait imaginé, et lorsqu'ils réapparurent au beau milieu des ruines, elle se sentait étrangement nauséeuse. Une sensation qu'elle ne ressentait plus depuis un moment. Il faut dire qu'elle avait cessé d'abuser de la téléportation, ce qui rendait son corps manifestement plus enclin au transport. Quelques minutes lui furent nécessaires avant qu'elle ne retrouve l'animal qui, visiblement mécontent, agitait ses tentacules en tous sens pour lui signifier son agacement. « Calme-toi. Mieux valait arriver vite plutôt que de perdre des jours à voyager. » Roger sembla reconsidérer la situation et se contenta de grimper sur l'un des débris pour scruter les environs.

La Rehla ne distinguait pas grand-chose dans cette semi-obscurité, et elle mit quelque temps à s'y habituer. Cet endroit ne lui inspirait pas la moindre confiance. C'était typiquement un lieu de prédilection pour le fichu démon qui avait dû _ comme toujours _ se précipiter vers le danger sans prévenir personne. Le temps que la brune se retourne, Roger avait disparu entre les pierres. « Génial. J'adore ce genre d'ambiance. Merci beaucoup, Zane. » Être tirée de son semblant de son sommeil par un poulpe mystérieux n'était pas pour la mettre de bonne humeur. Cela dit, son reproche dissimulait davantage de l'inquiétude qu'autre chose. Quoi qu'il en soit, maintenant qu'elle se trouvait en ces lieux, elle ne voyait aucun signe du Démon. Il fallait donc explorer et espérer tomber sur lui à un moment ou à un autre. La belle affaire. Certains jours, elle regrettait presque de ne pouvoir lui arracher la tête. Quoi qu'il en soit, son envie de le revoir surpassait son envie de le tuer pour n'avoir donné aucune nouvelle depuis des mois. Ainsi se mit-elle en marche sans plus attendre. À dire vrai, ne sachant pas où aller, elle se dirigea au hasard vers la direction qui lui paraissait la moins hospitalière, connaissant l'affection de celui qu'elle cherchait pour tout ce qui était potentiellement mortel et inconfortable. La zone semblait cependant déserte, et mis à part une terre aride et quelques plantes sèches qui survivaient difficilement, rien à signaler aux alentours. La brune se rendit à l'évidence : il fallait rebrousser chemin.

Soudain, quelque chose vint heurter sa nuque. Sonnée, Callidora tomba à genoux sur le sol, se retenant d'une main contre un rocher qui lui trancha la paume de la main. Retenant un cri de douleur, elle se retourna brusquement et faucha les jambes de son adversaire d'un geste brutal. Se relevant immédiatement, elle invoqua son fouet en moins d'une seconde. Celui-ci vint s'abattre sans ménagement dans le dos de son assaillant. La brune en profita pour accompagner les lanières de cuir d'un léger courant électrique afin d'être certaine de le neutraliser. L'homme tressaillit et cessa de bouger presque immédiatement. « Qu'est-ce que tu veux ? » La Rehla tentait d'adopter un ton dur, mais la douceur de sa voix l'en empêchait et elle leva les yeux au ciel. Une seconde d'inattention qui lui valut une bien mauvaise surprise. Même si l'attaquait gisait au sol, un autre individu se trouvait visiblement dans les parages. L'individu en question se servait d'un fil étrangement solide qu'il appliquait fermement contre la gorge de la brune. Plaquée contre lui, elle ne pouvait se défendre. Au risque de s'affaiblir, elle envoya une sphère de feu derrière elle. Ladite sphère termina son chemin dans l'obscurité sans toucher la cible. Maudissant son manque de contrôle, elle essaya de se calmer. En vain. L'air qui ne parvenait plus à ses poumons affolait son coeur, et elle sentait ses battements pulser douloureusement à ses tempes. Avec maladresse, elle abattit à nouveau son arme préférée, parvenant cette fois à toucher son agresseur qui ne resserra pourtant pas son emprise. En dernier recours, elle fit disparaître le fouet, espérant qu'il la lâcherait.

Aussitôt, le sale type la libéra et lui asséna un coup brutal sur le crâne. Des étoiles devant les yeux, la brune se mordit la langue. Un goût amer envahit sa bouche, et un peu de sang s'échappa de ses lèvres. Alors qu'elle peinait à reprendre ses esprits, l'assaillant lui donna un autre coup dans le dos qui la fit tomber à terre. Presque instantanément, elle sentit des cordes s'enrouler autour de ses poignets. « Regarde qui nous avons trouvé, Gareth. » Le dénommé Gareth sortit de l'ombre avec un sourire carnassier. « Cette garce est arrivée avec un peu trop d'avance. » La brune battit des cils un instant, ne comprenant pas ce que ces individus lui voulaient. Bien sûr, elle était tombée dans un piège, mais elle peinait à comprendre toute l'histoire. Celui qui était arrivé en dernier lui décocha un violent coup de poing dans la mâchoire sans prévenir. « Alors, tu l'appelles, ton démon ? » Sans lui laisser le temps de comprendre, un nouveau poing vint s'abattre sur sa pommette. Les os craquèrent d'une manière inquiétante. « Bah oui, je veux bien mais euh… Comment on fait ? » Outre le fait qu'elle n'avait absolument pas l'intention d'invoquer qui que ce soit, elle profitait d'une petite explication pour gagner du temps. L'homme se prit la tête entre les mains en la secouant d'un air désespéré et se releva. « Mais c'est pas vrai, ça ! Le patron avait pas précisé que c'était une crétine. » Alors qu'il se lamentait sur la stupidité de leur captive, la brune se tourna vers celui chargé de la surveiller. L'autre s'était légèrement éloigné et se lançait dans une explication interminable à grand renfort de gestes ridicules.

Callidora se décala légèrement sur la droite pour se rapprocher de l'agresseur qui l'avait capturée. D'un air innocent, elle tourna son visage vers lui alors qu'il la fixait sans comprendre. « Libère-moi. » Son ordre n'avait été qu'un murmure. L'homme l'observa en clignant des paupières et enroula la chaîne qu'il portait autour du cou entre ses doigts abîmés. « Tu te prends pour qui ? Au cas où t'aurais pas remarqué, t'es pas en position de faire la maline. » Alors qu'il s'apprêtait à la frapper pour la punir de son insolence, il s'arrêta brusquement, son regard vitreux plongé dans les pupilles dorées de la brune. Le contact était établi. La Rehla ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire, sourire qui se transforma en air épouvanté lorsqu'elle vit Gareth se rapprocher de l'agresseur qu'elle avait assommé avec une lame en main. « Pour le sacrifice, on va pas s'embêter. Et puis, vaut mieux que je le fasse, on peut pas te laisser une arme. » S'agenouillant près de l'évanoui, il releva sa tête et d'un mouvement du poignet, lui trancha la gorge. Un liquide poisseux ruissela sur le sol. De sa main libre, l'assaillant balança une mèche de cheveux d'un marron terne qui atterrit aux pieds de la Rehla. « Maintenant, tu l'invoques. Et plus vite que ça. À moins que tu ne veuilles encore goûter à mes coups. » Un éclat de rire tonitruant conclut sa menace, éclat de rire somme toute assez ridicule. Un instant d'inattention qu'elle comptait bien mettre à profit. Tournant à nouveau les yeux vers son surveillant, elle hocha la tête doucement. « Libère-moi. Maintenant. » Comme hypnotisé, son tortionnaire obéit sans discuter et trancha les liens qui la retenaient prisonnière.

N'ayant que peu de temps pour agir, la brune préféra se débarrasser de lui sans ménagement. Avisant un morceau de bois qui moisissait là depuis des années, elle le fit se précipiter à toute allure vers le crâne qui l'intéressait. L'homme s'affaissa instantanément. Le choc avait cependant attiré l'attention de Gareth. « Ah, ça ! Saleté, tu vas me le payer ! » Sans plus de cérémonie, il se précipita vers elle à toute vitesse pour la plaquer au sol. La brune tenta de se dégager de son étreinte, sans succès. Sa tête heurta le sol brutalement alors qu'il l'immobilisait. Une vilaine brûlure lui déchira la joue. Incapable de comprendre ce qu'il lui arrivait, elle eut simplement le temps de voir la tête de l'homme tourner brusquement de gauche à droite avant qu'il ne s'effondre sur elle. Le souffle coupé, il lui fallut quelques secondes pour que son coeur retrouve un rythme normal. « Besoin d'aide ? » Un type qu'elle n'avait jamais vu de sa vie lui tendait la main pour l'aider à se relever. Avec un air gêné, la brune se releva, époussetant sa tenue qui n'avait plus rien d'élégant. « Je m'en serais sortie toute seule, de toute façon. » Callidora détestait être redevable envers quelqu'un, surtout envers les inconnus. Inconnu du nom de Brady. Cela dit, il ne sembla pas s'offusquer outre mesure de sa réaction. « Je vois. Madame a sa fierté. Et que faites-vous ici ? » Callidora récupéra la mèche de cheveux. Peut-être en aurait-elle besoin un jour. Mieux valait être prévenante et ne pas tenter le diable.

S'approchant avec précaution de l'homme qu'elle avait assommé, elle s'assura qu'il respirait toujours. Le pouls, faible mais régulier, la rassura instantanément. « Je cherche quelqu'un. » Fallait-il réellement préciser que ces sales types l'avaient attaquée ? Si Brady avait tout vu, ce n'était pas nécessaire, et dans le cas contraire, elle ne tenait pas à tout lui expliquer. Cela dit, elle se comportait comme une idiote. « Je suis désolée, je suis un peu sonnée. Merci pour votre aide. » La Rehla n'avait pas l'habitude de se montrer ingrate à l'égard de ceux qui lui sauvaient la vie, mais en l'occurrence, elle avait autre chose à faire que trouver un moyen de payer sa dette. « Vous m'excuserez, mais je suis assez pressée alors je vais devoir vous laisser. » Sans se préoccuper davantage de lui, elle continua son chemin à travers les ruines ? Après tout, il y avait des priorités dans la vie. Une brindille craqua derrière elle. Par réflexe, elle se retourna alors que ses doigts s'enflammaient. « Il vaudrait mieux que je vous accompagne. » Haussant les épaules, Callidora s'enfonça dans l'obscurité. S'il voulait venir, elle n'y voyait pas d'inconvénient, du moment qu'il ne la ralentissait pas. Quelque chose attira son attention sur le côté. Une pierre à l'aspect moins irrégulier que les autres, comme si elle avait été à moitié taillée. La brune se baissa jusqu'à cette dernière et la poussa de toutes forces. Le granit vacilla, sans succès. « Vous pourriez m'aider ? » Par chance, le morceau finit par céder sous leurs assauts répétés et bascula sur le côté dans un bruit assourdissant. La Rehla jeta un coup d'oeil à l'ouverture qui venait de se dessiner devant elle. « Zane ? Tu es là ? » Sans attendre la moindre réponse, elle sauta par-dessus le rebord et s'enfonça dans les profondeurs.


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Lun 28 Mar 2016 - 20:10


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Le soleil accablait son minois à chaque seconde passée dans cette nouvelle salle de torture. Il avait été viré dans la boue, immergé dans le sang et les déchets. On l’avait assujetti de la tête au pied par des mécaniques surprenantes qui lui inculquaient une succession de décharges, de déflagrations et de pulsions soudaines. Le jour suivant, on le lâchait dans une cage -les poings toujours enchaînés- jonchée de nombreux individus qui lui arrangeaient sans cesse le portrait par simple principe de lui en faire subir toujours plus. On lui trouvait régulièrement quelque chose de pire que la vielle afin de le pousser à bout, de le briser d’a à z. Leur but consistait probablement à le transformer en une larve désarmée de sa fierté et confisquée de son audace. La honte, le déshonneur. Ils essayaient de lui prendre tout ce qu’il avait su tenir en réserve jusqu’à présent. Jadis, il avait fait confiance à certaines personnes, mais au final, tout ça avait fini par n’être que de la poudre aux yeux. Mirari avait disparu du jour au lendemain en ne laissant derrière elle que des indices vaseux. Callidora s’était joué de lui d’après ce qu’il qualifiait comme une odieuse traîtrise. Alors qu’il était claustré dans cette pièce exiguë abreuvée par les rayons du soleil, lui-même intensifié par un plateau réfléchissant qui sommeillaient au-dessus de sa tête, il aurait voulu la voir en face de lui pour lui cracher toutes ses vérités. Cette nuit-là, il n’aurait pas dû fuir en effaçant toute trace de lui. Il avait sciemment amputé l'attache qui les unissait pour passer à autre chose. Il se souvenait encore de cette fois où il l’avait prise en filature, observant la jeune femme au loin dans la pénombre. Ses sentiments, jusqu’alors évasifs, l’avaient poussé à commettre ces actes dont elle avait toujours ignoré l’existence. Dans tous les cas, si des retrouvailles devaient bel et bien avoir lieu, elles seraient forcément explosives, bien plus encore qu’ils ne pouvaient tous deux l’imaginer.

La situation dans laquelle il se trouvait ne laissait plus aucune place à la compassion ou la compréhension. Plus le temps se passait, -ainsi captif dans cette étrange prison- plus il se libérait progressivement des restrictions qu’il s’était lui-même imposées lors de cette fameuse promesse. Il avait toujours adouci plus ou moins ce qui faisait la réputation des siens. Oui, Zane était aussi cruel que malsain, n’hésitant jamais à se salir les mains pour faire ce qu’il y avait de pire dans le monde. Son objectif premier qui était de devenir souverain pour apporter aux démons une meilleure considération changeait peu à peu de direction. Présentement, il s’agissait surtout de poser ses fesses sur le trône pour détruire le monde dans son ensemble. À cette pensée, l’homme serra si fort sa main que du sang en découla pour emperler le sol immaculé. Une image qui ressemblait fortement à un pacte avec cet endroit. Le jour où il quitterait ces lieux, ce changement croissant se produirait telle une bombe réglée avec minutie. Il était faible, oui. Bien plus faible que les premiers jours qu’il avait écoulés ici. Pourtant, aussi paradoxal que ce put l’être, le diable était plus que jamais en besoin d'approuver la nouvelle puissance maléfique qui se détachait de son être. Hurlant de rage à en faire retentir la pièce étriquée dans laquelle il se trouvait, ce dernier frappa violemment le mur adjacent en gravant la forme de ses phalanges dans la pierre bétonnée. Qu’ils se rient de lui, qu’ils le fouettent s’ils le désiraient ou bien qu’ils le noient à de multiples reprises, il n’en avait plus rien à foutre. Est-ce que cette mise en scène avait été créée dans ce projet ? Peut-être bien que oui. S’ils cherchaient à interpeller la bête en lui, ils finiraient tôt ou tard par la déterrer. Mais lorsque ce jour arriverait, il leur ferait regretter au centuple de ce qu’il avait enduré.

Comme on ne le laissait jamais tranquille bien longtemps, un homme vint lui rendre une petite visite. Son mal de crâne était si tumultueux qu’il se rappelait à la note près le son des clés qui tournait dans la serrure. Le grincement de la porte métallique n’était pas plus mélodieux en matière de berceuse. Accolant ses doigts sur sa tempe, il releva le visage pour distinguer la silhouette de celui qui venait l’importuner. Pour la première fois depuis longtemps, cet homme était à découvert. Il ne payait pas de mine par son visage ovale parsemé de peintures militaristes. Il avait néanmoins cette pointe d’exubérance qu’il avait notée en chacun de ses ravisseurs depuis le début : sa tignasse épaisse partait dans tous les sens, sans aucune cohérence capillaire. Mais surtout ses yeux. Ils relataient la folie d’un esprit corrompu, celui d’une personne qui avait jadis été dans la même position que lui. Zane avait appris à distinguer l’histoire d’une personne par le reflet de son âme. Il avait probablement acquis depuis qu’il était ici enfermé. Quoi qu’il en soit, ce type était timbré et donc potentiellement aussi dérangé que les autres. Lorsqu’il le saisit pour le poignet pour le relever, il distingua la paire de gants étranges qu’il revêtait. Ils étaient pourvus de pointes assez révélatrices sur la nature de son utilité. L’homme qui était alors silencieux le mena directement à l’étage supérieur où ils rencontrèrent bon nombre d’individus qu’il soupçonnait être des esclaves. Ils marchaient ici et là sans distinction, avec pour seule intensité dans le regard la misère. Le tentateur poussa un petit « hm » de discorde. S’ils voulaient l’intimider en le faisant passer ici, c’était peine perdue. Jamais il ne finirait comme ces esprits faibles sevrés de la moindre résolution pour s’en sortir, même s’il fallait pour ça renier tout ce qu’il avait connu jusqu’ici.  Au fond de la large pièce qu’ils traversaient, un autre homme se tenait droit, fier et hautain, avec deux autres individus à côté de lui en guise de toutous d’attaques. Le personnage qui était venu le chercher le tira inflexiblement par le bras pour l’envoyer en face de ce nouveau leader.

Avant de pouvoir entreprendre la moindre intervention, des fils d’acier insaisissables à l’œil nu vinrent l'empêtrer de la tête au pied. Il ne pouvait plus envisager la moindre action à cause de sa vulnérabilité accrue. Si le regard du démon avait eu le pouvoir de générer des lasers, un imposant faisceau se serait déjà emparé de la vie de celui qu’il fixait de son regard menaçant. « Cesse de te débattre pour un rien. Tu perds inutilement de l’énergie. Tu devrais apprendre à faire des économies, stupide démon. » D’un essor malveillant, il attira sa main comme un ventriloque qui contrôlait sa marionnette. Zane bascula genoux à terre, ses bras se retrouvant collés dans son dos. Son cou s’étira en longueur pour que sa tête soit relevée. « Ne t’en fais pas. Ton heure est bientôt venue. Tu agiras prochainement contre cette dénommée Calli… dabra ? Peu importe. Nous allons te laisser l’occasion de te confronter à elle. Mais avant ça... » Il claqua dans ses mains à plusieurs reprises, ce qui eut pour conséquence d’appeler quelqu’un à la barre. Venu de nulle part, un homme s’écrasa au sol de tout son poids. Il était grand et assez bien bâti, mais il disposait surtout d’un arsenal aussi massif que persuasif. L’armure qu’il arborait était lourde, mais ce n’était rien comparé aux armes qu’il tenait dans chacune de ses mains. D’énormes haches qu’il brandissait aussi facilement qu’une paire de couteaux, et pour avancer son expertise dans le maniement de ces dernières, il révéla une brève démonstration de ses talents en subdivisant une colonne de marbre aussi facilement que du beurre. Le soldat aguerri était sûr de lui, confiant de ses capacités et de ce qu’il pouvait apporter en contribution. « Je te présente le pourfendeur de légendes ; Weydan. Ce n’est pas pour rien que les citoyens lui ont octroyé ce titre. On dit de lui qu’il peut abattre dix créatures en déchirant l’air. Nous allons vérifier ça tout de suite. » Le blondinet s’estompa en à peine un clignement d’œil. Il était réapparu sur le flanc gauche de Zane en ricanant. « Je vais attirer ta donzelle dans un piège. Ferme-là et observe. » Un brusque contact lui toucha l’épaule qu’il devina oppressé sous une incroyable puissance. Devant ses yeux se projeta alors un écran holographique qui dévoila non seulement la présence de Callidora à l’intérieur des murs, mais aussi celle de Brady. Le démon semblait stupéfié de cette nouvelle.

De l’autre côté, près de l’entrée de la forteresse, une secousse soudaine et interminable battit sa symphonie anarchique à l’endroit où se trouvait le duo de sauveurs. Quelques instants plus tard, le massif chevalier fit irruption dans la grande salle jusqu’alors plongée dans la pénombre. À son approche, de nombreuses torches se mirent à flamber par pair de chaque côté en formant ainsi un cercle. Le combattant était désormais visible du duo improbable composé d’une Rehla et d’un réprouvé. Celui-ci laissa choir l’une de ses haches, qui fit de nouveau tressaillir les parois. Il huma ensuite l’air d’une grande inspiration. « C’est la première fois que je vois une Rehla en vrai. Si tes copines sont aussi bonnes que toi, ça promet une belle partie de plaisir. » Après ces commentaires pleins de charmes, le chevalier releva son arme et en moins d’une seconde, il propulsa son arme imposante entre les deux individus afin de les séparer, ce qui provoqua avant tout un éboulement de gravats en tous genres. Sa hache était maillée d’une grosse chaine, c’est pourquoi il pouvait automatiquement la faire revenir à lui quand il le voulait. À présent, il croisa ses bras pour catapulter les deux à la fois, ceci en déployant en effet de balancement pour raser une grande partie de la salle circulaire. Il riait à chacune de ses attaques, prenant manifestement un malin ravissement à ne faire preuve d’aucune retenue. Le tandem s’en sortait malgré tout assez bien, voilà pourquoi il trouva judicieux de passer à la vitesse supérieure en emmagasinant une quantité improbable de magie au sein de son armure. L’instant d’après, il sembla comme voler dans les airs, son atterrissage se faisant tout en douceur à côté de Brady. Le réprouvé était déjà quelqu’un de costaud à la base, mais le géant à côté de lui était d’un tout autre niveau. Il semblait tout à fait ridicule. Même s’il demeurait impressionné par sa taille anormalement élevée, il tenta de lui porter un coup de pied sur l’articulation de sa jambe. Sans succès. D’un revers de main, le géant pulvérisa brusquement le visage de sa cible. Un nuage de sang se distilla dans les airs, laissant le corps inerte de l’ami de Zane retomber lourdement par un bruit peu rassurant. Le blond se tourna vers la brune d’un air plus que rassasié. Il lui tendit sa main d’acier. « Alors, poupée, tu me suis gentiment ou bien tu préfères que je me fâche ? » La décision était délicate. Pourtant, le démon qui avait observé la scène n’avait pas sourcillé une seule fois. Il était étrangement calme, ne quittant pas l’écran des yeux.  


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Mer 30 Mar 2016 - 22:53

L'obscurité presque totale du souterrain l'enveloppait comme une menace attendrie. Hésitante, la brune progressait néanmoins, se demandant ce que pouvaient cacher de si sombres ténèbres. Malgré la faible luminosité qui éclairait l'endroit, la peur ne paralysait pas son esprit, peut-être parce qu'elle passait ses nuits sous la lueur des étoiles. Cela dit, se retrouver enfermée de la sorte ne la rassurait pas non plus, et sans la perspective de retrouver Zane, elle ne serait probablement pas allée plus loin. Quoi qu'il en soit, ses méninges tournaient à toute vitesse, élaborant des scénarios assez invraisemblables pour expliquer la présence du Démon dans ces lieux. Cependant, aucun de ceux qu'elle parvenait à imaginer ne correspondait aux moins insensés de ceux qui voyaient le jour sous le crâne du brun, et elle le savait. La frustration de ne pas comprendre lui donnait encore davantage envie d'apprendre. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il la fascinait autant. « Et ce n'est pas la seule... » Sans s'en apercevoir, Callidora venait de parler à voix haute, fait que ne manqua pas de lui rappeler Brady. « La seule quoi ? » Se rappelant brusquement son existence, elle se tourna vers lui d'un air gêné. La racine de ses cheveux s'enflammait curieusement. « Non, rien. D'ailleurs, pourquoi me suivez-vous ? » Maintenant qu'elle y réfléchissait, son comportement ne relevait pas d'une attitude très logique. S'engager avec une parfaite inconnue dans une aventure où le danger attendait son heure ne représentait pas exactement l'idée d'une promenade idéale. « T'es pas la seule à le chercher, figure-toi. » Le changement de ton de l'inconnu ne lui disait rien qui vaille. Méfiante, elle ne sentit pas le moins du monde leur prochain adversaire avancer.

Sans qu'aucun des deux n'ait rien vu arriver, les torches s'embrasèrent brusquement pour illuminer la pièce. Éblouie par cet inattendu surgissement de lumière, Callidora battit des cils une seconde pour laisser un peu de répit à ses iris agressés. Fallait-il toujours que les sales types se planquent dans les mêmes endroits lugubres ? Un frisson de dégoût courut sur son épiderme lorsqu'elle l'entendit parler. Un manque de raffinement aussi évident ne pouvait que lui déplaire. Cela dit, elle n'eut pas le temps de s'extasier davantage sur cet être charmant puisqu'il passa à l'attaque sans prévenir. Évitant de justesse la lame qui fonçait sur eux, elle plongea sur le côté. Avant de se relever, elle aperçut l'arme en question s'approchant à toute vitesse de son visage et manquant de peu lui arracher quelques mèches. Une hache pourvue d'une chaîne qui n'était manifestement pas faite pour la décoration. Mais ce n'était pas à elle qu'il s'en prenait. Incapable de réagir face à sa vélocité, elle ne put que contempler les gouttelettes de sang qui jaillirent dans les airs et le corps de Brady qui s'écroula au sol. Un hoquet d'horreur lui échappa lorsqu'elle vit le combattant se retourner vers elle. Comment pouvait-elle seulement espérer le vaincre ? S'enfuir était hors de question. Le surnom ridicule dont il l'affubla la fit serrer les dents. Pourtant, elle se releva sans se presser, d'un air innocent et légèrement éberlué. Prenant même quelques secondes pour épousseter la mince tenue qu'elle portait, elle glissa sa main minuscule dans celle du colosse. « Je vous suis, Monsieur. » Dire qu'elle se sentait terriblement faible en cet instant n'aurait pas été inapproprié. D'un revers de manche, il pouvait briser son squelette, et ne sachant pas s'il hésiterait ou non, elle préférait ne pas opposer la moindre opposition.

Du moins avait-elle besoin qu'il en soit persuadé. S'il parut tout d'abord un peu surpris _ elle crut même décerner une pointe de déception dans ses yeux _, il la chargea sans ménagement en travers de ses épaules. En cet instant, la Rehla ressemblait étrangement à une enfant emportée par un monstre. Sans plus attendre, le colosse se mit en route, visiblement impatient de passer à la prochaine étape. « Et tu n'as même pas peur ? » Briser le silence dans une situation aussi étrange semblait parfaitement inopportun. Depuis quand un agresseur prenait-il soin de connaître l'humeur de ses victimes ? « Vous savez, je sais ce qui va m'arriver. Pourquoi en aurais-je peur ? » Une candeur enfantine dans la voix, et le tour était joué. Le blond hocha la tête, convaincu par un argument qu'il ne comprenait peut-être qu'à moitié. Quitte à jouer avec lui, Callidora laissa une nouvelle idée émerger dans son esprit. D'un geste nonchalant, elle avança son visage vers l'une des seules parties de son corps qui n'était pas protégée par le métal. Sans prévenir, elle déposa ses lèvres sur le cou de la brute presque sensuellement. « Qu'est-ce que tu fous, toi là-haut ? » Aucune réponse de la part de la brune à l'exception d'un nouveau baiser, légèrement plus joueur puisqu'elle laissa ses dents glisser sur la peau. « T'en fais pas, ça va te plaire. » Son dégoût ne se percevait qu'à travers la moue écoeurée qui lui échappa. La répugnance. Voilà ce que c'était, finalement. « Hm. Tu caches bien ton jeu. » Se retenant de l'assommer pour ses propos indélicats, elle laissa un sourire malsain effleurer ses lèvres. Et elle mordit de toutes ses forces.

De surprise, le colosse la lâcha brutalement, portant une main à sa gorge par réflexe. Ne s'attardant pas sur la douleur que lui causait la chute, elle se précipita quelques mètres en arrière. Le blond se tourna vers elle, un éclair enragé dans les yeux. Une rage qui n'existait pas même chez les animaux. « Très réussi. Je suis fâché, maintenant. » Voyant qu'il s'apprêtait à abattre son arme dans sa direction, elle l'arrêta d'un signe. « Je te déconseille de tenter quoi que ce soit. » Son index désignait une sphère argentée qui lévitait au-dessus de la tête du blond. Retourner sa protection contre lui paraissait une manière particulièrement efficace de lui signifier son désaccord profond. « Si tu crois qu'un petit tour de passe-passe va m'empêcher de te briser en deux, t'es complètement idiote. En plus d'être une garce. » Attiser la colère de son adversaire n'avait pas exactement été l'effet recherché, mais au moins, elle était désormais libre de ses mouvements. L'homme approcha d'un pas. Une décharge passa à quelques millimètres de son visage, se contentant de caresser ses cheveux, si l'on pouvait qualifier sa tignasse hirsute de cheveux. « Très impressionnant. » Ce fut sans doute le rire méprisant qui s'ensuivit qui déclencha l'agacement de la brune, davantage que la proximité du danger. Et pour une telle bête, mieux valait ne pas ménager ses efforts, quitte à en payer les conséquences par la suite. Cela dit, la probabilité qu'il survive restait relativement peu élevée. « Ne te mets plus en travers de ma route, sale brute. C'est bien gentil de te casser les dents, mais j'ai quelqu'un de vraiment important à retrouver, et personne ne m'en empêchera. » Un avertissement qui ne servirait à rien puisqu'elle comptait lui régler son compte très prochainement. Il ne lui fallut qu'une demi-seconde pour laisser la foudre s'abattre sur le géant de métal alors que ce dernier levait sa hache. L'éclair courut le long de la lame en grésillant pour atteindre les doigts et se propager au reste du corps. Ses congénères suivirent, mues par la volonté de la brune. Une joyeuse symphonie de grésillements ardents et de chuintements discrets mêlée d'une odeur entêtante de chair brûlée assura le spectacle.

L'homme n'avait pas mis longtemps à basculer en avant. Désormais totalement immobile, il ressemblait étrangement à une masse métallique informe. Pour éviter de gâcher son énergie, Callidora rappela sa magie à elle, faisant disparaître l'électricité. Avant toute chose, il fallait vérifier que Brady avait survécu, ce dont elle doutait sérieusement au vu du craquement inquiétant qu'avait émis son corps tout entier lors de l'assaut du monstre. Cela dit, en acquérir la certitude était nécessaire. Si Zane ne se trouvait pas dans les parages, elle trouverait tout de même le responsable des lieux pour l'informer de ce qu'elle pensait de sa politique d'accueil à coup d'éclairs bien placés. Laissant le sol absorber les dernières ondes électriques qui s'éparpillaient gaiement, elle se désintéressa de son ennemi pour retourner à l'entrée. Le temps de se retourner, et elle était foutue. Surgissant de nulle part, l'imposante lame de fer s'abattit brusquement sur ses épaules pour descendre sur ses lombaires. Quelques os fragiles cédèrent sous la pression. Le souffle coupé par la douleur, elle s'effondra à son tour. Cette fois incapable de se relever, elle eut néanmoins la présence de sortir sa dague pour se défendre en dernier recours. « Désolé de te décevoir. Tu vas encore devoir rester avec moi. Mais je serais beaucoup moins gentil. » Comme pour confirmer ses dires, son assaillant la releva par les épaules et la fit pivoter sur elle-même pour lui administrer une gifle qui résonna longtemps dans le silence ambiant. Son sang ne fit qu'un tour, et elle tenta maladroitement de lui enfoncer sa propre lame dans la gorge. Ce fut un échec cuisant : il l'intercepta avant même que l'acier n'effleure la chair et comprima son poignet si fort qu'elle fut forcée de la lâcher. « Le patron te veut vivante, alors tu ferais mieux de te calmer. » Sur cette étonnante révélation, la brune cessa de se débattre.

Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? À sa connaissance, Callidora n'avait jamais offensé personne et s'efforçait de maintenir des relations cordiales avec ceux qu'elle n'appréciait pas, voire de les ignorer. Songeuse, elle décida de ne plus protester. De toute manière, sa faiblesse était évidente, et elle ne sortirait pas en vie de l'affrontement. Pour une fois, elle devait se ranger du côté de la raison et faire taire la rage qui lui dévorait les entrailles. Cela dit, elle ne lui donnerait pas son consentement. Marcher à une allure de tortue était une forme de protestation comme une autre. Refusant la main qu'il lui tendait à nouveau _ s'imaginait-il sincèrement faire preuve de courtoise en agissant de la sorte ? _, elle lui emboîta le pas. Lui se contentait de lui dicter des instructions plus ou moins précises d'un ton bourru, l'air méfiant. Trouvant qu'ils ne progressaient pas assez rapidement, il n'hésita pas à la gratifier d'une tape brutale entre les omoplates, geste qu'il reproduisit à chaque fois qu'il estimait son allure trop molle. La brune se mordait la lèvre inférieure dès qu'il la touchait, mais aucun son ne sortit de ses lèvres. Hors de question de montrer sa souffrance. Lorsqu'ils passèrent devant des cellules, elle jeta un œil malgré elle aux prisonniers qui s'y trouvaient et le regretta immédiatement. Secouant la tête pour chasser les images qui restaient gravées derrière ses paupières, elle retint un cri de douleur lorsqu'il lui asséna un autre coup dans le dos pour la faire avancer plus vite. La douleur ondoyait en elle comme un serpent vicieux. Mémoriser tout ce qu'elle voyait lui était cependant difficile, surtout qu'elle tentait en même temps d'établir un plan des lieux. Ce qu'elle avait pris pour des souterrains cachait en réalité un véritable édifice, probablement rendu invisible par une magie quelconque. « À toi l'honneur, poupée. » Le soldat venait de s'arrêter devant une porte massive dont les détails échappèrent à Callidora. Une affreuse appréhension lui nouait l'estomac lorsqu'elle franchit le seuil. Qu'importait ce qui l'attendait au-delà, il fallait qu'elle sache.


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Jeu 31 Mar 2016 - 23:59


Prendre le diable par la queue feat. Calli


L’attention était louable et bien pensée. Ce visuel qu’ils lui avaient gentiment constitué était l’occasion pour le diable de mesurer l’évolution de celle qu’il attendait le plus depuis sa reprise de conscience dans la prison. Il ne savait ni comment elle avait réussi à venir jusqu’ici ni même pour quelle raison, mais ce qu’il savait à coup sûr, c’est qu’elle avait pris la pire décision de sa vie. C’était la même chose pour Brady, pour des raisons relativement différentes. Le concernant, il n’avait pas les capacités de survivre si l’un des capitaines lui posait le grappin dessus. Non pas qu’il était faible au point de crever à la moindre difficulté, mais c’était un peu comme passer du bac à sable au désert pour quelqu'un de son calibre.  Pour la brune, elle avait toutes les armes pour briller assez loin dans l’édifice. Le truc, c’est qu’elle s’engouffrait dans les entrailles de l’enfer avec trop d’assurance. Personne n’était mieux placé que lui pour l’estimer à sa juste valeur. Elle savait être très surprenante, et dans les faits, se fier à son aspect frêle et gentil était une faute assez grave. Mais surtout, sa légitimation était loin de pouvoir faire la différence. Elle allait découvrir un monde qu’elle n’envisageait même pas. Même si sa motivation restait très forte, il s’intéressait à voir où se situaient exactement ses limites, et surtout comment elle allait faire pour survivre une fois qu’elle se rendrait compte à quel point sa démarche était suicidaire. Ne lâchant pas le combat des yeux une seule seconde, il médita longuement sur les capacités défensives et offensives de Weydan. En tout point, il symbolisait le chevalier d'exceptions qu’on ne pouvait pas atteindre sans être parfaitement apprêté à l’avance. En général, là où ce genre de types brillait par sa force destructrice, il le perdait considérablement sur le plan de la vitesse de ses actions. Ce dernier avait manifestement comblé de telles failles depuis bien longtemps. C’était un renseignement important à mémoriser, au cas où se confronter à lui deviendrait un scénario envisageable.

D’ailleurs, le blond se confronta à un problème plus épineux qu’il ne l’aurait auguré au départ. Callidora ne payait pas de mine, et pourtant, sa férocité et son gabarit n’avaient rien de comparable. Elle avait essayé de l’avoir à maintes reprises par des efforts aussi sournois que farfelus. Rien que pour ça, elle avait au moins réussi à obtenir une partie de son respect. La tigresse dut cependant céder à la réalité après un certain moment de complaisance à le faire tourner en bourrique. Ses deux énormes arguments, il s’en servit pour intimider la brune et la conduire à son supérieur. « Je te conseille de pas reproduire ce que tu as fait avec moi si tu veux garder tes mains là où elles sont. Mon boss est pas aussi souple que moi, compris, poupée ? » Il avait au moins la décence de la prévenir sur la nature de son supérieur. Une sorte de récompense si l'on pouvait la décrire comme telle, car sans cette prévention, elle ne ferait certainement pas long feu de ce climat d'horreur. Même avec, la probabilité pour qu’il soit un peu plus radical que lui était élevée. Weydan ne restait qu’un subalterne qui servait les vrais meneurs de la cachette souterraine. En gros, il était l’une des menaces les moins inquiétantes qu’elle pouvait croiser dans la forteresse. Pour éviter de les faire se confronter dès maintenant et ainsi sauvegarder une pointe de suspense, le noble seigneur qui répondait au nom de James avait sciemment muré le démon plus loin pour le bon déroulement de sa mise en scène. Faire les choses correctement et sans bavures étant l’un de ses protocoles, tout était parfaitement organisé pour que l’étincelle soit présente à l'instant escompté. Lorsqu’enfin elle s'insinua dans l’immense couloir, l’homme présent pour l’accueillir lui fit part d’une belle ovation. Il acclamait la jeune femme pour avoir si vaillamment combattu. « Magnifique, très chère. Je suis comblé par autant de sex appeal. J’espère que ce n’était qu’un aperçu de vos nombreuses habiletés, qui, je n’en doute pas, sauront me charmer. » Alors qu’il chantait les louanges de la demoiselle, il s’avança flegmatiquement jusqu’à elle avec une élégance raffinée. Durant sa progression, il claqua des doigts en procédant à un signe avec sa main. Instantanément, des soldats se mirent en mouvement pour aller chercher celui qui avait été victimisé un peu plus tôt : Brady. Il ordonna à ses hommes de le ramener au médecin spécialiste en soulignant le fait qu’il imposait son rétablissement avant la fin de la journée. Weydan, quant à lui, avait rempli son rôle à la perfection puisqu’il ne l’avait pas abimé durant le transport. Celui-ci se présenta à genoux devant son patron après lui avoir présenté la femme qu’il fit avancer d’une claque sur les fesses. Le lieutenant était fier d’avoir fait du bon travail. Arrivée à hauteur de Callidora, James gravita autour d’elle en considérant chaque aspect de son anatomie. Après avoir longuement caressé son menton lors de son petit manège, il se rangea devant elle, et d’une simple tension sur sa poitrine avec l’index, il la força à se prosterner. Il se pencha afin d’être à la hauteur de son visage. Sans un mot, il prolongea l'observation.

Il soupesait Callidora comme une pièce de viande. Elle n’était rien d’autre qu’une marchandise à ses yeux. Une marchandise qui devait respecter des normes bien minutieuses. « Callidora, c’est ça ? Je suis heureux de te voir en chair et en os. Comment ça va ? Le voyage s’est bien passé ? Tu veux boire quelque chose ? Oh, mais peut-être es-tu ici pour une raison particulière ? » Parce qu’il était convivial, il était encore pire que les autres. Il ne semblait pas baigner dans de mauvaises intentions, et c’est en majeure partie ce qui était le plus dérangeant chez lui. Il n’incarnait pas le mal comme on était en droit de l’attendre de sa part. Il n’était pas non plus vicieux et perfide comme un commandant sans cœur. Il était sans cérémonies ainsi ; un homme qui faisait simplement son travail. La nuance, c’est qu’il le faisait à la perfection. Impossible par ailleurs de présager ce qu’il avait en tête. Lentement, il appliqua ses doigts gantés sur la joue rosie de la jeune femme, découpant la périphérie de ses pommettes, s’attardant ensuite sur la forme de sa mâchoire. Il gouvernait son visage comme un joyau dont chaque finition lui était essentielle pour faire la meilleure estimation possible.

Sans qu’elle puisse sans doute s’y attendre de sa part, il colla ensuite ses lèvres sur sa bouche, lui insufflant un baiser qu’elle ne pouvait pas repousser. Il ne s’agissait pas d’un simple baiser innocent, mais ça, elle avait dû s’en rendre compte sur le coup. Ses lèvres étaient comparables à du poison auquel le pouvoir n'était que consumation. De ce contact charnel, il venait de la priver de toute sa magie, la rendant aussi inoffensive qu’un bébé dragon sans feu. Quand il brisa sa malédiction, il humecta sa lippe en passant sa langue autour, son pouce allant effleurer la commissure des lèvres de la rehla. « Une belle femme comme toi ne devrait pas utiliser des sorts aussi ravageurs. Tu pourrais te blesser sans le vouloir. Tu peux à présent te lever. » Lui assura-t-il alors qu’elle pouvait effectivement se redresser sans contraintes. La politesse de l’individu tranchait sauvagement avec sa manière de se conduire. Dans d’autres circonstances, ils auraient même pu très bien s’entendre. Il était l’un des gentlemans les plus respectés du continent. James s’était fait une solide réputation, autant par les femmes qui ne juraient que par lui que par les hommes -les bons- qui prenaient exemple sur les nombreux services qu’il rendait à la population. Un homme riche et très cultivé, qui se servait de ça pour apporter quotidiennement un soutien financier à qui en avait le plus besoin. Il maitrisait tellement l’art de la diplomatie qu’il n’était pas rare de le voir contribuer à la formation d’alliances. Cependant, dans toute part de lumière se dissimule toujours une part d’ombre. James avait décidé de collaborer avec l’homme derrière toute cette manigance pour des raisons confidentielles.

L’heure était venue de passer aux choses sérieuses. Alors qu’il fit quelques pas pour laisser ses chaussures exprimer des échos caverneux, il tendit sa main envers Callidora alors que celle-ci se trouvait à quelques mètres. Les gardes n’étaient plus là. Weydan non plus. Et les issues possibles étaient considérables. La trop grande tentation derrière cette aubaine laissait envisager que c’était prévu depuis le début. Pour autant, elle pouvait parfaitement s’enfuir puisqu’il ne possédait aucune compétence relative à des déplacements inhumains. Sa spécialité consistait à l’asservissement. Ses capacités allaient toutes dans ce sens. Certes, elle n'avait cure de ce fait, mais le demi-sourire véritable de l’homme ne laissait pas de place au doute. Elle pouvait partir et renoncer à le suivre si c’est là ce qu’elle souhaitait faire. Toutefois, il savait aussi que ce silence la réconfortait, sachant pertinemment qu'il la conduirait là où elle savait. Il reprit la route quand elle prit sa décision, présentant à la jeune femme tout ce qu’elle était susceptible de relever en traversant les couloirs. Une visite guidée en somme, qui était bien plus lugubre qu’elle ne le laissait paraitre. Au détour de plusieurs bifurcations, il s’arrêta devant une porte cuirassée. Celle-ci était guettée par un garde loin d’être imposante, à la limite de la gracilité. « Ouvre la porte. » Aussi ingénument que l’ordre, le protecteur déverrouilla l’accès par une multitude de sécurités. Il s’écarta ensuite du passage. James appuya sur le mécanisme qui servait de poignet avant de pousser la porte en toute sobriété. La pièce n’était pas très grande, mais elle permettait de contribuer à l’essentiel : la mise en abime de Zane.

Branché par toutes sortes de câbles, le démon était comme dépossédé de toutes ses forces. Son regard ne réfléchissait rien d’autre que la lutte qu’il s’acharnait de remporter contre l’inconscience qui gagnait du terrain. Des cernes profonds se situaient sous ses yeux, sa peau était creusée par le manque de nourriture et ceux qui le connaissaient bien auraient surtout eu du mal à le reconnaitre par son manque de propreté. Malgré tout, c’était bien loin d’être le plus important quand on distinguait les nombreuses marques qu’il possédait sur l'intégralité du corps, souvenirs de moments douloureux à passer entre les mains des meilleurs. L’invocation qu’ils avaient tenté de faire survenir en appelant la brune à le faire n’avait pas porté ses fruits. Ils auraient voulu l’utiliser pour le dépouiller entièrement de toutes ses forces. Elle avait refusé, alors ils avaient été forcés de continuer le traitement en passant à la vitesse supérieure. « N’importe qui serait mort depuis des semaines à sa place. Il est l’une des rares personnes à pouvoir subir des tortures de ce calibre. Nous pensions qu’il avait abandonné depuis longtemps, mais c’est faux. Quelqu’un d’intelligent peut voir qu’il ne renoncera jamais. » L’homme disposa une main dans sa veste pour en jaillir quelques clichés. « Tu veux savoir ce qui est le plus amusant ? C’est lorsqu’il les a vu que son attitude a commencé à basculer. » Il jeta les photos au sol, celles-ci patinant sur plusieurs centimètres pour révéler plusieurs tirages de la brune en très bonne compagnie, y compris à ce bal qui était l’évènement le plus récent. Hypothétiquement, la réalité était légèrement déformée, mais qui s’en souciait ? James actionna ensuite  un interrupteur, ce qui eut pour conséquence de directement libérer le démon de ses restrictions. Il tomba lourdement sur le carrelage, à moitié lucide de ce qui se passait. Ses bras, affinés par le manque d’activités essayaient bien de le relever, mais à quoi bon ? « Cette salle n’est pas seulement faite pour pomper la puissance. De base, elle est faite pour en procurer. » Deux machines étaient reliées, identiques l’une à l’autre. Le mystérieux message qu’il essayait de lui faire passer était clair. Serait-elle prête à prendre la moitié des dégâts pour le lui confier ?



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Dim 3 Avr 2016 - 23:19

L'adage qui disait que la curiosité était un vilain défaut ne lui avait jamais semblé si vrai qu'en cet instant. Le conseil que lui adressa le chevalier lui importait peu. Après tout, lui n'était qu'un pion, et elle n'obéissait à personne. Cependant, l'applaudissement qui résonna dans le couloir en guise de bienvenue lui glaça le sang et l'individu qui s'approcha d'elle ne lui disait rien qui vaille. Écoutant à peine ses compliments pour lesquels elle lui aurait volontiers arraché les yeux, elle se contenta de l'observer en battant des cils, perdue dans une contemplation qui n'existait que pour elle-même. Des images envahissaient son esprit par dizaines, un tourbillon de blanc et de noir qui l'emportait loin d'ici, vers des événements qui n'avaient pas encore eu lieu. Incapable de revenir au monde qui l'entourait, la brune se laissait dériver au gré de ses pensées. Ses prunelles dorées se tournaient vers un horizon invisible. Peut-être avait-elle simplement inconsciemment besoin de s'éloigner pour retrouver quelque chose qu'elle croyait déjà avoir perdu. Ce fut le contact de son propre corps contre le sol qui la réveilla. Légèrement étonnée, elle vit le visage du dénommé James s'approcher d'elle et prit brusquement conscience du fait qu'elle se trouvait à genoux. L'homme la scrutait d'une manière étrange, et elle n'était pas sûre d'apprécier de se voir observée de la sorte. Cela dit, elle n'était pas vraiment en position de protester. Ainsi se contenta-t-elle de tourner la tête sur le côté pour tenter d'échapper à sa petite inspection ridicule qui commençait sérieusement à l'agacer. De toute manière, elle ne pouvait pas se lever, chacun de ses muscles étant d'une lourdeur surprenante, comme si quelqu'un avait remplacé le sang qui coulait dans ses veines par du plomb refroidi.

Au moment où il l'embrassa, la Rehla serra les dents. Quelque chose en elle sembla s'effacer sans prévenir. Ce baiser soufflait sa magie comme la flamme d'une bougie. La brune l'aurait volontiers mordu si elle avait pu mais pour une raison inconnue, elle ne pouvait pas esquisser le moindre geste. Cela semblait beaucoup amuser l'inconnu qui se livrait à ce jeu avec une célérité parfaite et un air auto-satisfait qui la faisait enrager. Maintenant qu'elle se retrouvait sans ses pouvoirs, elle voyait mal comment sortir de cet endroit et échapper à tous les sales types qui traînaient dans les parages. Maudissant une fois de plus sa faiblesse, elle laissa un frisson de dégoût remonter sur sa peau alors qu'il effectuait tranquillement son petit manège. Lorsqu'elle put enfin se relever, elle sentit un certain engourdissement parcourir chacun de ses membres. « Les blessures ne me font pas peur. » Ce fut la seule remarque qu'elle lui adressa. Partir de chez elle sans rien emporter avait été une grave erreur, et elle songea avec mélancolie à sa lame qui gisait dans l'un des couloirs souterrains sans qu'elle dispose d'aucune manière de la récupérer. Jetant un œil autour d'elle, elle constata que personne ne se trouvait plus dans les parages à l'exception de James qui lui tendait la main. S'attendait-il réellement à ce qu'elle le touche ? Sa simple vision la répugnait, et elle préférait ne pas penser aux horreurs qu'elle aurait voulu lui faire subir si seulement elle avait disposé de suffisamment de force pour le plier à sa volonté. En attendant, c'était à elle de se soumettre, et cette seule pensée allumait en elle une fureur qu'elle ne se connaissait pas.

Quoi qu'il soit, elle déclina son invitation sans même un regard, se contentant de passer la porte qu'aucun soldat ne surveillait plus. S'enfuir, maintenant ? La brune n'y songea même pas. Découvrir ce qui se tramait derrière une telle mise en scène devenait une obsession, et tant qu'elle n'aurait pas apaisé sa soif, elle ne pourrait pas tourner les talons. Lui offrant une charmante visite des lieux qu'elle s'efforçait de garder en mémoire une fois de plus, il la conduisit à travers les couloirs d'une main experte. Un vautour certain de sa victoire ne tournait pas autour de sa proie avec plus d'avidité dans la démarche et de délicatesse dans le regard. L'homme s'arrêta finalement devant un panneau de bois massif qui ne la rassurait en aucune façon. Cela dit, elle se rendit bien vite compte que c'était davantage ce qui l'attendait derrière dont elle devait avoir peur. Malgré les visions terrifiantes qui l'assaillaient régulièrement, rien ne l'avait préparé à ça. Cet innommable en question portait le nom de Zane, et ce n'était pourtant plus celui qu'elle connaissait. Entrant dans la pièce comme un fantôme égaré, elle eut l'impression de fugace que quelqu'un arrachait un morceau de son être en offrande à la douleur. N'osant imaginer ce qu'il avait subi, laissant malgré elle des images absurdes et dévorantes s'insinuer sous son crâne, elle porta la main à ses lèvres pour éviter de crier. À présent, ses cauchemars lui paraissaient bien doux. Sans prêter la moindre attention aux paroles de James, elle s'interrompit brusquement lorsqu'il mentionna les clichés qui tombèrent au sol comme une pluie empoisonnée. Légèrement distraite, elle les regarda à peine, et ce simple coup d'oeil se révéla amplement suffisant. Le laissant parader sur les deux machines qui attendaient patiemment tels des monstres de fer, elle abandonna ses prunelles à l'obscurité quelques secondes. Le temps pour elle de ravaler des larmes qu'elle sentait affleurer à ses paupières.

Cet instant ne devait en aucun cas voir son désespoir éclater au grand jour. Les lamentations viendraient plus tard. Pour l'heure, il s'agissait de s'échapper de cet endroit maudit en un seul morceau, et avec lui. Tournant la tête vers le seul tortionnaire auquel elle avait affaire, elle pencha la tête sur le côté d'un air préoccupé. Un sourire malsain sur le visage, elle se mit à compter les secondes en s'approchant de lui. Lorsqu'elle arriva enfin à sa hauteur, elle commença à compter « Un, deux, trois. Dites-moi, James. Vous n'avez pas peur de rester avec quelqu'un qui sait tout de vous et de ce que vous serez ? Faites attention, le destin est souvent capricieux. » Un éclat de rire totalement inapproprié surgit au terme de sa surprenante déclaration. Fallait-il qu'elle s'amuse dans une situation pareille ? « C'est fou comme les gens font confiance à ce qu'ils ne savent pas. » Pourtant, les jours où les événements semblaient désespérés étaient toujours où son coeur cherchait à s'échapper de sa poitrine, mû par une folle volonté qu'elle ne maîtrisait pas. Son sourire s'évanouit cependant dès qu'elle posa les yeux sur son ancien partenaire qui ne bougeait pas plus qu'une statue meurtrie. La mâchoire contractée, elle se baissa jusqu'aux clichés qui traînaient sur la pierre et les ramassa tous avec précaution avant de se relever. « Ne vous a-t-on jamais dit que les menteurs seraient punis pour leurs crimes ? » Ne s'intéressant à aucun des deux individus présents, elle se mit à déchirer frénétiquement ce qu'elle avait sous les doigts, marchant d'une manière désordonnée dans la pièce. Entendre le papier craquer entre ses mains apaisait son âme, et elle savait qu'il en faudrait beaucoup plus avant qu'elle ne soit satisfaite. « Et les mauvais mensonges sont les pires. Le signe d'un être lâche. »

À mesure que les morceaux brisés s'accouplaient au sol, elle sentait sa résignation s'affermir. Ne manquait plus qu'à tous les anéantir, et elle serait prête à faire son choix. « C'est vrai qu'il en faut, du courage, pour priver son ennemi de ses forces jusqu'à le laisser pour mort. La peur vous étreint, et vous ne le connaissez même pas. » Sa remarque s'acheva alors qu'elle tapotait son index sur le torse de James d'un air soucieux. S'éloignant en laissant les derniers clichés s'éparpiller autour d'elle en un tourbillon malsain de flocons, elle fit quelques pas en direction de Zane. Une fois arrivé près de lui, elle s'agenouilla pour poser sa tête contre sa poitrine et le serrer entre ses bras. Le Démon tenta de se débattre, elle le sentait, mais il ne semblait plus disposer de suffisamment de force pour la repousser. Cela devenait navrant. Et la Rehla sentait des milliers de mots se presser contre ses lèvres closes, des phrases brûlantes qu'elle ne pouvait prononcer. Tout en le relâchant avec douceur, elle attrapa quelque chose à l'intérieur de sa tenue de nuit. N'importe lequel de ses vêtements était muni d'une ou de plusieurs poches dans lesquelles elle transportait toujours ce qui lui tenait le plus à coeur. Autrefois, ç'avait été la plume de sa sœur et son carnet bleu, mais aujourd'hui, les choses avaient changé. D'un geste presque tendre, elle déposa une feuille à peine plus grande que sa main dans celle du brun. L'on y voyait un trône inquiétant sur lequel Zane triomphait pour toujours, et une étoile qui brillait farouchement, très haut dans le ciel. « Le moment venu, tu te souviens ? » Un murmure qui disparut en même temps que le dessin retrouvait sa place. Avec une infinie précaution, Callidora laissa ses doigts tremblants parcourir sa chevelure autrefois si somptueuse pour qu'ils terminent leur périple hésitant d'un effleurement à peine sensible sur sa joue. En guise de dernier réconfort, elle s'autorisa un baiser furtif sur son front couvert d'odieuses cicatrices avant de se relever.

Un nouvel applaudissement l'attendait. « Charmant spectacle. C'est terriblement touchant. On peut dire que tu as l'art de captiver ton public. » La brune contracta sa mâchoire à nouveau pour ne pas perdre le contrôle d'elle-même. Échouer maintenant aurait été pire que tout. « Vraiment, utiliser quelqu'un qui ne peut tuer personne sous peine de mourir instantanément, c'est d'un courage divin. Vous m'impressionnez. » S'efforçant de ne pas penser à la colère de Zane lorsqu'il reprendrait possession de lui-même, elle l'attrapa sans prévenir par les aisselles pour le mettre debout. À sa grande surprise, elle y parvint sans réelle difficulté. Ces sales types paieraient pour leur erreur, en temps voulu. Malgré une tentative d'échapper à son emprise, elle réussit à la conduire auprès de la seconde machine. Le Démon se débattait comme il le pouvait, et son regard s'enfiévrait d'une lueur accusatrice. Sans montrer la moindre pitié, elle s'efforça de le placer correctement, un étrange casque venant couronner sa tête alors qu'elle l'attachait pour s'assurer qu'il ne tomberait pas. « Pourquoi avoir besoin de quelqu'un qui soit lié à lui ? Les sous-fifres auraient été parfaitement dociles, et vous auriez pris moins de risques. » La brune ne posait la question que pour tromper son propre silence. Se tournant vers James d'un air intrigué, elle demanda finalement ce qui la perturbait. « C'est un piège ? » L'homme se contenta d'éclater de rire, la regardant accomplir son œuvre sans esquisser un seul mouvement. « Ma chère, cette expérience entière est un piège. Mais j'admire ta détermination. » Levant les yeux au ciel, elle s'approcha de la première machine qu'elle examina brièvement, cherchant à cerner son fonctionnement. « Admirez, admirez. » Sans hésiter, elle monta dans l'affreux engin et s'appuya contre le fond.

Un cercle de fer profondément inconfortable s'abattit contre sa gorge pour l'empêcher de bouger. Sans se départir de son calme, elle attrapa les câbles qui devaient voler son énergie et les tint en l'air une seconde. « Une dernière question, James. Qui est ton chef ? » La brune ne voulait pas quitter ce monde sans comprendre la portée de cette mise en scène et découvrir l'identité du véritable coupable. Pour la première fois de sa vie, elle vivait l'une de ces colères froides et résignées qui donnaient à l'esprit des élans imprévus dans l'unique objectif de manipuler pour assurer sa vengeance. « Autant que tu le saches, il ne t'épargnera pas lorsqu'il disposera enfin de toute sa puissance. Il n'épargnera personne, et il deviendra plus puissant que n'importe laquelle de tes connaissances. Bientôt, personne ne pourra plus l'arrêter, et ce jour-là, tu regretteras. » De qui parlait-elle, elle-même l'ignorait. Cependant, sa décision était prise. Ses chances de rester en vie flirtaient avec le néant, et elle ne s'en souciait guère, en fin de compte. Survivre était parfois secondaire. Sans hésiter, elle passa les câbles autour de sa taille et les assembla. Rien ne se passa d'abord. Puis, une sensation indistincte qui semblait venir de sa tête et se propageait partout en elle à la fois, comme si des dizaines de bulles éclataient en une seconde pour lui dérober ce qui la faisait se mouvoir. Un arrachement d'une lenteur douloureuse qui lui dévorait les entrailles avec la furie d'un animal affamé. Un étrange halo vert l'entourait au niveau du ventre, halo qui ne cessait de grandir à mesure qu'elle sentait ses cellules renoncer à leur œuvre salvatrice. Des larmes qu'elle ne pouvait plus retenir embuèrent ses yeux qu'elle s'apprêtait à fermer pour enfin succomber. Pourtant, un dernier événement demandait qu'elle fasse appel à sa volonté. « James, le patron s'impatiente. Qu'est-ce que tu... » Un Génie d'une stupidité indéniable qui venait d'entrer par la porte derrière les machines et qui passa juste à côté d'elle. Les bras de Callidora étaient toujours libres. D'un geste inespéré et désespéré, elle tendit les doigts en direction de l'être immatériel et rencontra pourtant ce qui semblait être de la peau. Une explosion aussi soudaine que brutale inonda la pièce de lumière alors qu'elle poussait un cri déchirant pour renoncer au monde. Les arceaux de fer se dénouèrent. Après tout, sa mort ne changerait rien au monde. La sienne, si. Et l'équilibre devait demeurer, quel qu'en soit le prix. Son corps inconscient glissa à terre d'un mouvement aérien.


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Mar 5 Avr 2016 - 22:33


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Une lumière écarlate ; unique rizière qui s’abattait entre lui et la réalité. Était-il seulement mort ? Devait-il suivre une voie quelconque pour parvenir en face de son dieu en guise de conclusion à son existence passée ? Il ne s’était jamais autant induit en erreur qu’en cet instant précis. Lui qui s’était prémédité tout un scénario digne de sa grandeur, où chaque ordre décrété aurait fait de lui un immense monarque, aussi respecté que marquant lors de son ère de couronnement. Une série d’images, brèves et rémanentes, parsemaient son esprit d’une variété d’embranchements envisageables. À la tête d’une armée, il rasait les continents entiers pour établir sa loi. Les rois n’avaient plus lieu de coexister, car sous son règne controversé, il avait anéanti tout espoir. Le monde courait à sa perte, baignant dans le chaos où les démons avaient finalement repris la place qui leur était due ; celle des plus infâmes créatures de ces terres. Le mythe qui entourait cette race avait de nouveau réintégré sa place d’origine en favorisant une cohésion d’anthologie. Le mal uni face au bien avait définitivement triomphé en prônant un statut jamais égalé jusqu’à ce jour. Plus que jamais, son nom était gravé dans la pierre qui ponctuait les histoires d’une empreinte indélébile. Toutes ces branches connectées le ramenaient au sens commun de ce qu’il avait toujours envisagé. Régner ne figurait pas dans sa tête de liste en seul enfant gâté, qui par caprice réfutait d’avoir d’autres ambitions. Dans ce malaise parsemé d’embuches, sa conscience s’éveillait au point de lui révéler en quoi consistait son destin. À cela, il entendit des mots. Très faibles en tonalité, ils peinaient à briller jusqu’à ses oreilles assourdies par le son tonitruant des mécanismes qui prenaient place dans ce monde, où la lumière s'imposait plus que jamais. Ces mots -pourtant si simples- résonnaient d’une curieuse façon, comme si le dialecte employé n’était pas de son ressort. Pourtant, il comprenait la signification de chaque mot, qui d’une manière ou d’une autre lui paraissait atteindre un certain paroxysme de non-sens.

À cette drôle d’impression, un doux contact réfrénait sa douleur. La délicatesse, la chaleur, la douceur… criblées entre la frontière de la vie et de la mort, ce geste anodin réveillait en lui des souvenirs inextinguibles où la ferveur était son maitre penseur. Derrière cette union symbolique se cachait un fléau qu’il ne parvenait pas à rabrouer. C’est alors que le début d’un miracle se produisit lorsque ses paupières, pourtant mortellement diminuées par un éclat aveuglant, se décidèrent à ouvrir leurs portails. Sa vision -estompée par l’un de ses nombreux handicaps- ne parvenait qu’à extraire un minimum d’informations à son cerveau véritablement trop atteint pour penser sainement à ce qu’il en était. Malgré son infirmité actuelle, un nom refit surface : Callidora. Pourquoi ? Comment ? Quelques questions restaient en suspens à cette évocation. La conviction restait malgré tout véritable. Mais sans savoir prononcer le moindre mot, l’image le distança pour s’immobiliser au-delà d’un certain rythme. Un cran avait été franchi quand il fut persuadé que le tumulte conséquent était le fait d’une seule et même personne. Dans un essor de lucidité, le démon recommençait à spéculer sur ce qui s’était produit jusqu’à maintenant. Si seulement ça avait été une coïncidence. Mais non. Ses muscles jusqu’alors éteints par la torture lui permettaient à nouveau de sentir chaque fragment de leurs jointures. Son cœur avait lui aussi repris un battement régulier, réengageant un rythme de plus en plus soutenu et rapide. Son ouïe, son sens de l’odorat et surtout : la vue. L’image précédemment floutée avait magnifiquement repris de ses couleurs ; se découpant de traits qui lui devenait de plus en plus distincts. Il lui fallut trente bonnes secondes pour tout réassembler correctement dans un ordre plus ou moins approprié. Désormais, il reconnaissait plus que jamais la jeune femme au teint aussi particulier que sa silhouette n’avait su le laisser rêveur.

C’est comme si un soudain électrochoc avait traversé l’ensemble de ses nerfs pour le remettre d’aplomb. La résurrection d’un démon calciné par des flammes aussi noires qu’il était capable de l’être le fit promouvoir d’un sursaut qui éveilla instantanément la curiosité de James. Pouvait-on seulement penser que ce retour en fanfare était trop direct ? Une piste à suivre. Mais pour l’heure -et même s’il n’avait récupéré qu’une partie de la totalité de son énergie-, il devait rendre la pareille à celle qui avait tant ratissé pour venir le sauver. Les interrogations qu’ils s’étaient posées jusqu’alors pouvaient parfaitement attendre encore un peu, le temps qu’il parvienne à les mettre en sécurité. L’emportement des machines laissait croire à une explosion imminente, c’est pourquoi il ne devait plus perdre une seule seconde. Forçant sur ses biceps, le dieu de l’improvisation neutralisa en un rien de temps les anses métalliques. Se laissant ensuite crouler jusqu’à ses pieds à l’image d’un serpent, il fractura les lanières de ses chevilles à se déchirer aussi facilement qu’une brindille. L’homme se réceptionna au sol d’une main, impactant celui-ci d’un faisceau noir qui le fit s’élever dans les airs. L’espace ne le permettant que trop peu, il renonça à ses ailes pour se donner une unique envolée par le soutien du mur. Secouru de sa magie, il augmenta considérablement sa vitesse pour arriver jusqu’à son corps endiablé par la souffrance. Ne prenant pas la peine de passer par les formalités, il enlaça le corps de la brune de tout son être, l’arrachant à la machine de tout son pouvoir. Soutenu par la panique générale, le souffle de l’explosion le repoussa in extrémis en dehors de la salle de torture. Projetant son corps à l’avant, il heurta frénétiquement une succession de vitres dont les morceaux se logèrent dans ses reins. Comparé à ce qu’il avait vécu, ce n’était vraiment pas grand-chose, alors pour se récompenser d’avoir réussi à s’en sortir sur les chapeaux de roues, le démon se redressa sans temps mort, se munissant de la brune qu’il préserva entre ses deux puissants bras. Avant que James et sa bande ne rappliquent, tous deux avaient déjà disparu sans laisser la moindre trace. Depuis qu’il avait emprunté les couloirs à de multiples reprises, il avait su mémoriser chaque emplacement, si bien qu’il était parvenu à établir le campement idéal lors de sa fugue qu’il savait effective un jour ou l’autre. Finalement, il ne s’en serait peut-être pas sorti sans elle.

La forteresse se composant d’un univers étendu d’étages, de couloirs et de salles en tous genres, ils ne les retrouveraient pas de sitôt. Désormais à l’abri de tout danger, le démon s’était infiltré dans un local fermé dont l’occupation n’était pratiquement jamais avérée puisqu’elle recueillait principalement le corps des défunts, ceux qui étaient utilisés à des fins barbares et qui n’y survivaient pas. Certes, il ne s’agissait pas du refuge le plus romanesque du monde, mais il estimait être celui qui leur assurerait la meilleure chance pour préparer la suite. Déposant Callidora contre l’un des murs, celle-ci avait considérablement épuisé son dynamisme pour lui en fournir en conséquence. Malheureusement, les joyaux qu’il avait l’habitude de promener sur lui et qui renfermaient souvent des potions lui avaient été confisqués dès son premier jour de torture, par conséquent, il ne pouvait rien faire de très concret pour la ramener à lui. Se laissant glisser à côté d’elle, il tourna son visage dans sa direction. « J’aurais très bien pu m’en sortir seul, stupide femme. Ce qui se trame dans cette forteresse souterraine dépasse l’entendement. Ils ont les moyens de faire plier n’importe qui… Bon, cela dit ils n’ont jamais eu à faire à nous deux en même temps. C’est une mission suicide, mais si nous parvenons à sortir d’ici, plus rien ne pourra jamais nous arrêter. » La fatigue le laissait faire un monologue sans queue ni tête, sûrement car le rictus qu’elle affichait l’avait inspiré. Dans cette optique, il afficha lui aussi un léger sourire en posant sa main sur la sienne. « Même quand t’es inconsciente, tu ne peux t’empêcher de me provoquer. » Il se redressa ensuite puis fit les cent pas dans la pièce. L’outillage qu’il avait à disposition ne lui servirait pas à grand-chose, mais il pouvait toujours fouiller les alentours à la recherche du fondamental dont il avait besoin. « Ne bouge pas, chérie. Je reviens. » Improvisant un bloc de pierre sur les rainures de la seule entrée disponible, il s’engouffra ensuite par le canal des ombres -garantie de furtivité- pour se mouvoir aisément dans les quartiers disponibles ici et là. Depuis peu, il était devenu un habitant à part entière de la prison, si bien qu’il maitrisait parfaitement tous les raccourcis pour éviter au maximum de s’exposer. Tout ce qu’il subtilisait lui serait fortement utile pour engager la suite, c’est pourquoi il choisissait avantageusement de la prudence au lieu d’y aller franchement. À son retour, Zane déposa une succession d’instruments en tous genres sur un brancard qu’il pilota ensuite jusqu’à la princesse en détresse. Ironique constat en sachant que les rôles étaient constamment inversés avec eux. Se munissant des outils de soin qu’il avait réussi à soustraire, le diable devait à présent s'adonner à la médecine, soit un rôle qu’il n’avait appris à maitriser que pour se traiter lui-même lors de ses escapades aventureuses.

Callidora avait subi quelques brûlures à cause de l’emportement de la machine, c’est pourquoi il s’occupa prioritairement d’apaiser l’épiderme qui avait été atteint en badigeonnant son bras d’une pommade spéciale. Puis il s’occupa ensuite du bandage qu’il enroula -parfois brusquement- en prenant bien soin de recouvrir son intégralité. Les autres blessures semblaient plus superficielles, mais il désinfecta tout de même ce qu’il était susceptible de suspecter comme une plaie. Pour conclure, il s’empara de la gourde d’eau qu’il avait récupérée afin de l’hydrater, mais aussi dans le but de faire baisser une fièvre passagère. Il avait aussi ramené de quoi se nourrir, seulement elle n’était pas encore prête à pouvoir avaler le moindre aliment. Il fallait maintenant qu’elle récupère par elle-même étant donné qu’il ne pouvait plus rien faire pour lui prêter davantage d'assistance. Sa seule fonction à présent se voulait de garder un oeil attentif, et éventuellement la protéger en cas d’imprévu. Dans la nuit, le tentateur envisagea de la déposer sur une table d'opération qu’il avait recouverte d’un linceul au préalable. S’assurant qu’elle était bien installée, il ne ferma qu’un œil durant toute la nuit, conscient qu’il pouvait se passer n’importe quoi d’une seconde à l’autre. Au petit bonheur la chance, la jeune guerrière recouvra finalement une parcelle de sa santé lorsqu’il la vit enfin ouvrir délicatement les yeux. Cela dit, la vitesse avec laquelle elle le faisait ne convenait pas au torturé. Ainsi, il fit quelque chose d’inattendu : il retourna le corps de la belle et lui procura quelques bonnes claques sur les fesses. Un châtiment corporel fonctionnait toujours pour réveiller n’importe quelle femme. C’était encore plus vrai pour elle qui adorait ce genre de pratiques. Une fois qu’elle se retrouva complètement éveillée, Zane glissa sa paume dans le creux de sa main, puis il referma ses doigts comme pour la réconforter. Le détail amusant -mais non des moindres- c’est que durant sa veillée, il avait eu le temps de se faire une petite beauté. Dans l’essentiel qu’il avait rapporté se trouvaient effectivement toutes sortes d’ustensiles qu’il avait employés pour remettre sa peau et sa chevelure en ordre. Il avait dû tuer le temps comme il le pouvait, et puis aussi, c’était quelque peu symbolique. En recouvrant sa nature de démon pimpant, il jurait de se battre au meilleur de sa forme. « Toujours aussi fainéante. Tu crois que j’ai que ça à faire de jouer à la nounou ? » Si l’humour était de nouveau permissif pendant un temps, le démon se fondit bien vite dans l’urgence qu’exigeait la situation. En passant son autre main sur la réserve qu’il avait collectée, il saisit un fruit pour la lui lancer. Il projeta ensuite un plan de l’étage dans lequel ils se trouvaient, semant un couteau sur un point bien précis. « Seuls, nous avons très peu de chances de nous en sortir indemnes. Je connais quelqu’un qui pourra nous apporter de l’aide, mais il ne faudra commettre aucune erreur. Aussi, je vais devoir découvrir ce qu’ils ont fait de Brady, mais pour ça tu vas peut-être pouvoir m’éclaircir ? » Il détendit finalement son emprise, se hissant sur un chariot où le corps d’un homme autopsié reposait. Il croisa les bras, et alors qu’il était prêt à dire quelque chose, du tapage l’interrompt. Quelqu’un allait fouiller cette place. Il s’arma de son couteau, faisant signe à Callidora de se cacher.


2109 mots


Défi réalisé:


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Lun 11 Avr 2016 - 12:19

Un visage. Un visage aux traits inconnus qui flottait dans les airs. Sous ses paupières closes, elle ne voyait rien d'autre, et cette image l'obsédait comme un parfum envoûtant. Rien d'autre ne franchissait la barrière de ses yeux fermés, et le monde lui semblait à des années lumières alors qu'un seul battement de cil aurait suffi à le lui révéler. Il lui semblait que son corps pourtant inerte se déplaçait sans que ses jambes n'esquissent le moindre mouvement. Sa volonté elle-même n'existait plus, perdue dans une immensité sombre où seul ce portrait éclatait au milieu des ténèbres. Des détails que jamais elle n'aurait pu retenir et que son imagination se plaisait à dessiner : quelques mèches grises dans une chevelure noire, une fossette qui se creusait lorsqu'il souriait, le pli de sa veste boutonnée négligemment. Cela lui revenait, maintenant. Le Génie disparu d'un simple effleurement. Rêvait-elle ? Son esprit s'égarait en circonvolutions insoupçonnées, repoussé par des souvenirs qu'elle voulait cependant retrouver. Soudain, des étoiles jaillirent autour de cette face blême que l'oubli avait cueillie depuis longtemps. Ce ne furent d'abord que des points lumineux et désordonnés, intemporels, qui ne cessèrent de grandir pour la dévorer. Et les sphères s'ordonnaient finalement pour rompre le silence. Des murmures qui lui parvenaient à peine, déformés par une absence qu'elle ne comprenait pas. Avait-elle succombé ? Phoebe l'avait sans doute privée de son existence en guise de condamnation pour son dernier acte. Un anéantissement qu'elle aurait voulu éviter, et voilà que les battements de son coeur s'égrenaient avec une lenteur surprenante. N'était-ce que cela, mourir ?

Et pourtant, sa respiration s'apaisait. Quelque chose contre sa peau la poussait à sortir de ces égarements enfantins où elle s'abandonnait. La Rehla aurait voulu parler, mais les mots qu'elle voulut prononcer ne restèrent qu'une vague idée qui s'éloignait dans le vide. Son être tout entier l'emprisonnait. Toujours pas le moindre mouvement ne s'élevait. La douloureuse impuissance que de sentir consciente sans que le monde ne lui appartienne. Incapable de lutter encore, elle sombra dans le sommeil. Son repos lui sembla bien trop court, et lorsqu'elle ouvrit finalement un œil, elle le referma aussitôt. Chaque son qui résonnait dans la pièce martelait son crâne et semblait décuplé dès lors qu'elle l'entendait. Légèrement sonnée, elle restait parfaitement immobile. Ses muscles lui paraissaient un corps étranger dont elle avait provisoirement oublié les mécanismes. Seules ses paupières battaient doucement. Le réveil fut plus brutal que prévu. Avant de comprendre ce qui lui arrivait, elle se retrouva couchée sur le ventre. Un accueil tout à fait inattendu dont elle ne mit qu'une seconde avant de reconnaître l''auteur. Encore un peu ensommeillée, elle sentit qu'il glissait sa main dans la sienne. Est-ce qu'elle rêvait toujours ? La déclaration qui suivit lui ôta tout doute à ce sujet. Personne d'autre que lui ne pouvait lui faire ce genre de reproches, et son esprit était incapable d'imaginer une réalité aussi frappante. Le brun avait visiblement retrouvé toute sa vigueur, et elle devait avouer qu'il était beaucoup plus séduisant avec sa chevelure resplendissante. La différence entre celui qui se tenait devant et celui qu'elle avait placé dans cette satanée machine ce qui lui semblait être l'instant d'avant était saisissante.

Attrapant le fruit qu'il lui tendait pour le croquer en toute hâte _ elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle avait faim _, elle prit quelques secondes pour observer le plan qu'il venait de dégainer pour en mémoriser la structure. Lorsqu'il mentionna le nom de Brady, elle eut une moue contrariée. L'abandonner dans les souterrains avait été détestable, et elle se demandait dans quel état il se trouvait à présent. Après leur petite évasion, les sous-fifres s'étaient-ils tout de même occupés de le soigner comme cet horrible James le leur avait demandé ? Vu leur impressionnant degré d'intelligence, c'était fort probable. Le Démon finit cependant par vouloir s'éloigner d'elle pour monter sur une sorte de chariot à la solidité douteuse. Avant qu'il n'y parvienne, elle lui sauta au cou sans prévenir, enlaçant ses bras autour de sa nuque. « Sans vouloir te vexer, tu es beaucoup trop séduisant pour jouer les nounous. » La tête appuyée contre le haut de son torse, elle ferma les yeux un instant. Callidora aurait voulu rester ici pour toujours. « Zane... » Et ce parfum… Une seule créature sur ces terres avait-elle seulement un parfum si doux, si enivrant ? Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait se permettre d'en profiter davantage malgré sa joie de le retrouver enfin. Se décalant sur le côté, elle le laissa grimper sur son promontoire. Des bruits lourds résonnèrent brusquement à l'extérieur de la pièce, à une distance encore suffisante pour lui donner le temps de se cacher comme le lui avait demandé son partenaire. Cependant, elle posa une main sur son bras avec un sourire malicieux. « Ne t'en fais pas, je me charge de ceux-là. Garde tes forces, tu vas en avoir besoin plus tard. Je t'emprunte ça une seconde. » Sans plus d'explication, elle saisit le couteau qu'il tenait entre ses doigts. Une idée sournoise germait sous son crâne.

Alors qu'elle les entendait s'approcher, elle se servit de la lame pour déchirer sa mince tenue en plusieurs endroits et le rendit à son propriétaire. L'instant d'après, à genoux sur le sol, elle attrapait ce qui ressemblait à de la poussière et en couvrit ses bras et ce qui lui restait de vêtement. Pour finir, elle revint vers le centre de la pièce et secoua la tête vivement pour donner du volume à ses cheveux, cheveux qu'elle emmêla à l'aide de ses doigts blancs. La colère lui permettait de réfléchir plus vite, et son regard sembla s'éteindre comme si le désespoir y soufflait la vie. Ce n'était pas dans ses habitudes de duper les gens, mais elle ne voyait pas d'autre moyen de s'en sortir. Il fallait en finir une bonne fois pour toutes avec ces êtres qui avaient osé s'en prendre à lui. La porte s'ouvrit brutalement, laissant passer un homme de haute stature qui brandissait lui aussi une hache. Décidément, l'originalité n'était pas le point fort des sous-fifres. Le premier garde baissa les yeux vers elle d'un air surpris. « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Alors là… Bien joué, petite ! C'est un beau déguisement, mais cette fois, tu ne... »  Celui-là parlait un peu trop. L'arme qu'il tenait s'était élevée au-dessus de lui tout au long de son discours et bascula sans prévenir sur le côté. Le plat de la hache s'abattit sur son crâne dans un bruit sourd. Sonné, le soldat tituba un instant. Callidora répéta l'opération, profitant de son engourdissement et sans lui laisser le temps de réagir. Heureusement pour elle, il dissimulait l'entrée et empêchait les autres de pénétrer dans la pièce.

Son corps finit par s'affaisser devant elle au quatrième coup successif. Le choc produisit un son particulièrement bruyant, et la brune leva les yeux au ciel en voyant un autre garde entrer, évitant de marcher sur son camarade comme il pouvait. L'ombre d'un troisième. « Il va donner l'alerte. Vas-y. » Ce n'était pas le moment de lambiner, et elle savait que Zane se chargerait de l'importun. Elle ne vit même pas le Démon passer à côté d'elle. « Ils sont là ! Ils sont... » Le cri cessa brusquement, et elle entendit le bruit d'une lame. Les yeux de l'adversaire qui se tenait face à elle s'écarquillèrent. Visiblement, il n'avait pas l'habitude de tomber sur des prisonniers qui se défendaient. Lorsqu'elle repensa aux misérables créatures enfermées dans les sous-sols, elle sentit son coeur se serrer. Malgré la hache qui tournoyait devant elle en guise d'avertissement, le guerrier approcha. Sans le vouloir, la Rehla ralentit le rythme de l'arme. Son assaillant en profita instantanément et passa entre les mailles du filet en plongeant au sol. Arrivant à sa hauteur, il détendit son bras d'un geste brutal et planta sa lame dans le mollet de la brune qui retint un cri de douleur et tomba sans prévenir alors que lui se relevait. Les combats, elle n'y connaissait rien, et peut-être aurait-il fallu qu'elle apprenne quelques réflexes basiques avant de se jeter dans la bataille. Se promettant d'aller rendre une petite visite à un maître d'armes dès qu'elle serait de retour à Lua Eyael, elle n'eut cependant pas l'occasion de reprendre le dessus. Le soldat venait de monter sur elle pour l'immobiliser, et ses grosses mains s'enroulèrent autour de sa gorge.

La brune le frappait de ses poings fragiles, sans résultat. L'oxygène ne lui manquait pas encore, que déjà sa respiration s'affolait, l'empêchant de réfléchir à ce qu'il convenait de faire. La hache se trouvait désormais au-dessus du sale type qui l'étranglait sans retenue, mais incapable de réagir, elle ne la laissait pas retomber. Ses bras s'agitaient vainement pour dégager son assaillant qui s'en donnait visiblement à coeur joie. Callidora ne pouvait pas résister davantage, et elle laissa toute magie retomber. Par chance, la hache se précipita vers le sol et frappa le soldat à la nuque. Son emprise se desserra, et il s'évanouit presque aussitôt. Horrifiée par la situation, il lui fallut quelques instants avant de se rendre compte que c'était fini. D'un air dégoûté, elle poussa le corps sur le côté à l'aide de sa magie et se releva. Tremblante, elle passa une main sur sa gorge et se mordit la lèvre alors que le Démon approchait. « D'accord, je sais ce que tu vas me dire. C'était stupide, mais je suis en mesure de battre ces crétins, et si on finit par tomber sur le sale type qui a organisé toute cette mascarade, je ne pourrais rien contre lui. Toi, si. J'ai été imprudente, c'est tout, et ça n'arrivera plus. On ne va pas rester trois heures là-dessus. » Sa fragilité lui apparaissait évidente, et plus que jamais, elle en prenait conscience. Et on ne pouvait pas dire que c'était agréable. Sans parlementer davantage, elle attrapa un morceau de tissu qu'elle avait déchiré un peu plus tôt et le noua autour de sa blessure d'un geste maladroit. La brune dut s'y reprendre à deux fois avant d'y parvenir, évitant de croiser le regard de Zane. Comment avait-il pu survivre à toutes ces horreurs alors qu'elle se sentait déjà sur le point de s'effondrer ? Qu'importe, il fallait se ressaisir.

En se relevant, elle jeta un regard méprisant aux deux hommes inanimés. « Bien. Allons retrouver ce cher Brady. Je commence à être lassée de cet endroit. » Retrouvant un semblant de détermination auquel elle s'accrochait désespérément, elle attrapa la main de Zane, enlaçant leurs doigts doucement. Aussitôt, les partenaires disparurent du champ de vision de tout individu qui pouvait se trouver dans les parages. Avec prudence, Callidora s'engagea dans le couloir, vérifiant que le combat n'avait rameuté personne. La chance semblait de leur côté puisqu'ils ne croisèrent rien d'autre que de petits rats qui semblaient se balader librement dans les environs. Empruntant quelques escaliers, ils se retrouvèrent finalement à l'étage où se trouvait la satanée salle où James l'avait emmenée. C'était étrange de ne rencontrer personne, mais elle avait beau faire preuve de méfiance, ils ne virent rien d'autre que quelques gardes qui patrouillaient et qu'ils évitèrent aisément. La brune décida de monter encore d'un étage, un médecin ayant très probablement besoin d'un minimum de lumière pour accomplir son œuvre. Cela dit, remettre en état Brady après le coup qu'il avait reçu lui semblait suffisamment complexe pour qu'ils ne puissent faire appel à un simple repos. Sans doute y avait-il autre chose. Alors qu'ils parcouraient le couloir supérieur, une porta attira son attention. Un étrange symbole à l'encre noire meurtrissait le bois. Malgré la répugnance infondée qu'il lui inspirait, elle s'approcha légèrement pour l'observer avant de reculer précipitamment. La même maudite écriture que celle de Jacob. « Un médecin, tu parles… C'est un Sorcier. » Fallait-il réellement prendre le risque d'entrer alors qu'ils n'étaient pas sûrs de trouver Brady ? La brune laissa un soupir d'inquiétude lui échapper et elle serra les doigts de Zane tout en relâchant sa magie. Quelle idiote elle faisait. Si ses craintes se révélaient justifiées, il avait dû sentir leur arrivée. Ils étaient attendus.


2002
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Mar 12 Avr 2016 - 21:27


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Il ne s’imaginait pas avoir manqué à ce point à sa libératrice. Cela justifiait en partie le fondement même de son périple qui avait dû — il n’en doutait pas — être une de ses expériences les plus éprouvantes. Venir seule ici s’apparentait à un témoignage de bravoure chevaleresque, ou bien à de la psychose délirante. Connaissant la jeune femme, il préférait miser sur la seconde hypothèse. À l’évidence, elle figurait parmi les femmes les plus dégourdies qu’il ait pu rejoindre durant ses nombreuses odyssées, mais il savait aussi qu’elle se laissait souvent porter par ses sentiments plus que par la déduction. À cause de ça, elle s’exposait en vain au danger, là où le démon sautait à pieds joints dedans par simple exultation. Toutefois, il n’était pas mécontent de sentir le toucher de celle qu’il affectionnait plus que tout, et ce même si quelques complications s’étaient interposées à leurs relations tout récemment. Tout le mal qu’il avait eu à endurer en ces semaines de captivités n’avait pas été complètement délétère dans le sens où il avait beaucoup appris sur lui-même, mais aussi sur ce qui l’entourait. Il ne savait pas comment cette journée allait s’achever, mais il était persuadé que son développement serait ponctué par cet évènement. En bien ou en mal, cela ne dépendait pas uniquement de lui. Pour autant, Zane la sangla simplement dans ses bras, sans chercher à comprendre plus qu’il ne le nécessitait. Ils devaient tous deux se préoccuper de sortir d’ici, pour survivre dans un premier temps, mais aussi pour sergenter sa vengeance pour ceux qui avaient simplement osé s’en prendre à lui. Grand partisan du système qui impliquait de renvoyer au triple ce qu’on lui faisait subir, il ne pouvait renoncer à les voir tous trépasser entre ses mains. Pour ça, il avait effectivement besoin d’un peu d’assistance, même si celle-ci était dérisoire, elle pourrait toujours lui apporter un bonus appréciable. « Ne te méprends pas. Je t’ai sauvé, car j’ai besoin de toi. Dans le cas contraire, je t’aurais livré moi-même à ces enflures. » C’est en lui destinant un clin d’œil qu’il soutint cette proclamation. Quand le bruit se manifesta en dehors de leurs repères, le démon décida de les prendre par surprise pour les faire gouter à sa lame, mais Callidora le devança en lui subtilisant son bien. « Att… » Sans surprise, il n’avait pas eu le temps de récuser quoique ce soit qu’elle était déjà partie à l’assaut des indésirables. Il n’était pas contre préserver un peu de ses forces, seulement voilà, leurs chances de parvenir à l’extérieur se prêtait sur un quitte ou double qui ne changerait pas la donne avec son état actuel. Tout dépendait néanmoins de leurs stratégies et des décisions qu’ils prendraient. Le reste, il pouvait seulement le gérer à moindre mesure avec ses poings.

Se propulsant dans les ombres pour contempler la scène de ses propres yeux, il assista allègrement à la première représentation de sa partenaire. Il ignorait qu’elle était capable de jouer la comédie à ce point, même s’il avait déjà eu l’occasion de voir des parcelles de ce minutieux art. Un homme ragaillardi d’une hache — pour ne pas changer — ne se fit toutefois pas berner par la feinte qu’il surprenait. À base de magie, elle assomma toutefois l’incrédule après plusieurs répétitions. Hormis le côté pratique qu’avait suscité sa faiblesse, son effondrement — et celui de sa hache — engendra un éclat qui jouait à merveille le substitut de SOS. Un autre garde entra, et naturellement, il constata la défaite de son ami. Sans même attendre l’invitation, le démon se transféra en toute hâte en longeant les murs, sa main tendue se nichant dans la poitrine du garde qui étouffa son dernier mot sans pouvoir prévenir quiconque. Il embarqua le corps un peu plus loin, afin de le placer à destination de tous les défunts. Laissant à son amie le soin de se charger de l’autre type, il sortit en toute confidentialité de la pièce afin de voir où se situaient les deux autres. Empruntant l’apparence de l’homme qu’il avait vaincu, il afflua dans leurs directions en levant la main. « Rien à signaler dans ce secteur. Allez inspecter l’étage ! Je me charge du sous-sol. » Il avait raisonnablement observé leurs codes, que ce soit au niveau du langage ou de la gestuelle pour comprendre comment ils fonctionnaient. S’assurant qu’ils quittaient l’étage, il rebroussa chemin pour retrouver la brune dans une situation précaire. Sans chercher à intervenir, elle vint à bout de son adversaire après un effort surmené. Il avait désappris que le combat n’était pas une de ses spécialités. Il l’oubliait sans cesse, car elle avait toujours réussi à le surprendre malgré tout. Approchant d’elle et du corps inerte, il croisa les bras en prenant un air autoritaire. « C’est vrai. C’est complètement stupide, même venant de toi. Cela dit, c’est aussi très bien joué. Tu pourrais facilement devenir ma femme avec ça. Ne fais pas comme si je doutais de tes compétences, ce n’est pas le cas. Tu es capable de faire bien mieux que ça, alors renonce à te plaindre ou c’est une autre fessée qui t’attend. » Avec une telle dissuasion, il avait peur de davantage l’encourager à paraitre faible qu’à faire sortir sa facette la plus tumultueuse. Retroussant ses manches, il lui proposa sa main pour la tracter à lui et la relever.

Enlaçant ses doigts dans les siens, elle distribuait assurément sa magie d’invisibilité pour les rendre les plus furtifs possible. S’engageant au travers des couloirs, ils arpentèrent les étages supérieurs en évitant les autres patrouilleurs. Ce n’est qu’après avoir tourné à diverses intersections qu’ils tombèrent sur un étrange symbole qu’elle semblait identifier. Zane n’avait aucune idée de ce que cela pouvait signifier, mais un coup d’œil fugace à l’intérieur de la vitre éclairée lui fit comprendre que Brady se trouvait dans cette pièce, avec ce qu’il semblait être un sorcier sous l’affirmation de sa camarade. « S’il est tout seul, je pense pouvoir me le faire. Par contre, s’il est effectivement au courant de notre présence alors… » Sans aucune indécision, le démon appuya sur la poignée pour faire son intrusion en toute impunité. Sans ciller d’aucune façon, il se présenta avec une assurance hautaine, comme s’il était simplement en droit de le faire. Le sorcier, finalement peu subverti par son surgissement, pivota lentement sur place pour lui faire face. Il s’amusait à tirailler un instrument assez sordide entre ses longs doigts fins. Il ne connaissait rien aux principes de la médecine, mais il était convaincu que cet outil n’en faisait pas partie. La porte se referma illico derrière eux, le cliquetis d’une serrure verrouillée se manifestant juste après. « Vous tombez à pic. Voyez-vous, je comptais lui faire un lavage de cerveau pour qu’il rejoigne nos rangs. Si seulement il avait été un peu plus coopératif, il aurait sans doute échappé à ce traitement. Voyez par vous-même. » Avant de pouvoir s’interposer, le sorcier insinua son aiguille véreuse dans le crâne de Brady, mais au lieu de l’atteindre directement comme ça aurait dû être le cas, celle-ci traversa le néant. Le visage crispé, il réitéra l’expérience en assénant de nombreux mouvements qui ne menèrent à aucun résultat. Malheureusement pour ce dernier, il mit trop de temps à concevoir qu’il s’agissait d’un tour du démon, qui avait eu le temps de faire se dissiper son corps à l’aide de Callidora en usant lui-même de quelques illusions. En déployant à son tour la carte de la transparence, il cogna brusquement son coude dans la nuque de son opposant, en conséquence duquel il s’effondra. Ne perdant pas une seule seconde supplémentaire, il se rassembla auprès des deux autres. « Brady. Je sais que tu n’as pas totalement récupéré, mais il est temps de nous amener ici. » Il sortit le plan de sa poche qu’il avait pris avec lui, désignant de son index le point auquel il souhaitait accéder. À cause de ses limites, il ne pouvait pas simplement lui demander de les retourner à l’extérieur. De toute façon, il doutait que ce soit possible à cause de l’anti-magie qui servait de champ de force. Acquiesçant d’un hochement de tête timide, il ouvrit ses mains pour qu’ils la lui saisissent. Quelques instants après une courte période de concentration, le trio s’effaça de cet endroit au profit d’un autre. La transportation n’était pas sans rudesse puisqu’ils croulèrent tous au hasard en causant une cacophonie flagrante.

Zane pour sa part avait fait eut une confrontation violente avec un bureau, affolant celle qui se trouvait derrière par un cri féminin de toute beauté. En se redressant, il fut assez béat de revoir la seule alliée qu’il avait réussi à se faire durant son séjour ici. Diane était une femme assez belle — pour ne pas changer —, pourvue d’une chevelure cramoisie dont une portion lui recouvrait la moitié du visage. Elle soutenait une paire de lunettes qui la rendaient particulièrement élégante en plus de posséder des atouts qui plaisaient généralement à tous les hommes. Le démon avait toujours su s’entourer des plus belles, et ce même dans une claustration ou les relations étaient plus restreintes. Il se leva en toute hâte, frottant sa nuque endolorie avant de prendre la main de celle-ci pour la renfermer avec les siennes. « Parfait ! Tu es toujours ici. J’ai un service à te demander. » Avant d’en venir au fait, il voyait bien qu’une brève présentation s’imposait, au moins pour instruire ses deux camarades. « Oh ! Je vous présente Diane. C’est non seulement la meilleure chirurgienne que je connaisse, mais elle est aussi affectée à la sécurité des lieux. En d’autres termes, c’est elle qui est chargée de dérouiller les détenus si un pépin arrive. » Il était bien conscient d’avoir survolé sa fonction, mais le temps lui manquait pour faire une thèse. Il expliqua rapidement son plan à propos de son évasion qu’il voulait la plus soudaine possible. Pour ça, il avait irrémédiablement besoin d’elle et de sa participation. Au sein de cette forteresse, elle était bien l’unique personne à pouvoir les guider au travers de l’issue qu’il prévoyait d’emprunter. Après élaboration du plan, elle sembla méditer, puis elle frappa de toutes ses forces sur le seul morceau de bureau qui était encore stable, pulvérisant celui-ci pour de bon. « Je peux le faire ! Toutefois, tu vas devoir te bouger le cul, mon mignon. L’accès par lequel tu veux passer ne restera ouvert que durant une minute, après quoi il cessera de fonctionner durant une journée complète. C’est un risque assez élevé. Es-tu sûr de toi ? » « Plus que jamais. » Lui confia-t-il immédiatement. Offrant une embrassade à Diane pour le risque qu’elle prenait, elle fit signe au groupe d’y aller dès maintenant. Lui répondant d’un signe de la main, il s’empressa de voler la main de Callidora en courant le plus vite possible dans une direction. Lorsque l’astucieuse praticienne défit la sécurité, c’est une alarme assourdissante qui fit refrain dans toute le château. Des gardes s’étaient déjà mis en mouvement pour les chasser, alors afin d’éviter au mieux de les croiser sans pour autant rallonger leurs délai, Zane sollicita ses ailes pour prendre ses deux partenaires et contourner les obstacles à toute vitesse. Il comptait sur eux pour utiliser leurs magies à bon escient, même s’ils se trouvaient dans une drôle de posture. Ils arrivèrent finalement à une grande porte qui petit à petit s’écroulait. Étrangement, il ne rencontra plus aucun obstacle à la toute fin. Plus rien, sauf une personne : il s’agissait de James. Toujours aussi posé, il n’obstruait pas la porte. Au contraire, il libérait le passage. Restant sur ses gardes, il avança d’un pas plus ou moins cadencé vers la sortie, plus proche que jamais. « Tu partirais sans nous dire au revoir ? Sans connaitre la vérité sur le décisionnaire de ta capture ? » Zane ne répondit rien. Tout ce qu’il souhaitait, c’était quitter cette geôle au plus vite. Toujours en s’approchant de la lumière du jour qui s’éteignait à petit feu, il fit signe à ses partenaires de faire attention. « Sans te venger, et surtout… sans voir ton père ? » Le démon s’arrêta brusquement, écarquillant les yeux de surprises. Comme si l’on venait de lui asséner un puissant revers dans l’estomac, ses yeux étaient rivés vers le sol. Il releva ensuite délicatement le visage. « Je reste. » Sous ses mots pleins de conséquences, la porte se referma lourdement, le répit n’étant plus. James était conquis par cette réponse. Il ne pouvait réprimer un rictus victorieux. Peu de temps après cette résolution, ils furent tous cernés par des soldats, et notamment par Weydan. Ils venaient de perdre leur unique moyen de déguerpir en restant indemne.



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Jeu 14 Avr 2016 - 12:02

Malgré le symbole noir qui lui glaçait le sang et l'avertissement qu'il devait représenter, la résistance qu'ils rencontrèrent dans la pièce fut somme toute inexistante. Si la présence d'un Sorcier mettait les nerfs de la brune en pelote, celui-ci se révéla d'une inefficacité cuisante. La farce était parfaite. En dépit de sa menace, il s'évertua à transpercer le vide avec son aiguille. La brune ne put se retenir et éclata de rire en le voyant se démener de la sorte. Il ne fallut que quelques secondes à Zane pour venir à bout de leur prétendu ennemi. Aussi inoffensif qu'une mouche, et encore. Les mouches au moins savaient voler. Cependant, elle n'eut pas l'opportunité de profiter davantage du spectacle puisqu'ils se retrouvèrent dans un tout autre endroit à la demande du Démon. Brady devait probablement posséder un pouvoir similaire au sien pour avoir pu les transporter d'une manière aussi soudaine. Le voyage s'effectua sans heurts, à peine le temps d'un battement de cils. Ce fut l'atterrissage qui posa un léger problème. Victime des étranges expériences du Sorcier, le jeune homme n'avait sans doute pas récupéré toute sa puissance, et quelque chose avait dû le déconcentrer, à moins que ce fût simplement la fatigue qui reprenait le dessus. Callidora percuta ce qui semblait être un rangement pour balais et se retrouva ensevelie sous lesdits instruments. Le temps de se relever et de chasser la poussière qui s'était infiltrée entre ses mèches sombres, son partenaire accomplissait déjà un curieux manège.

Callidora n'avait pas tout suivi, et le peu qu'elle voyait lui suffisait amplement. Il tenait la main d'une autre femme. Serrant les dents, elle retint l'électricité qui affluait au bout de ses doigts et préféra relever Brady qui peinait visiblement à s'en sortir seul, sonné par leur dernière aventure. Pendant qu'il improvisait une petite discussion avec l'inconnue, elle leva les yeux au ciel, se demandant comment le satané propriétaire des lieux avait pu engager un Sorcier aussi ridicule en comparaison du sbire envoyé précédemment. Et puis, pourquoi sa conversation prenait-elle autant de temps, à la fin ? Alors qu'elle se retournait pour ouvrir la bouche et lui signifier son mécontentement, elle eut la surprise de voir le Démon remercier la fille dont elle avait oublié le nom d'une manière étonnamment familière. Pour garder son calme, elle se mordit la langue. La douleur lui offrait une distraction nécessaire pour ne pas carboniser cette charmante idiote. Cependant, elle n'eut pas l'occasion de manifester son agacement puisque Zane l'attrapa par la main pour qu'ils s'échappent. Par réflexe, elle tira le bras du troisième protagoniste qui commençait à reprendre ses esprits et ils reprirent leur périple à travers les couloirs. Périple qui se révéla plutôt dangereux puisque les hommes du château réagirent dès que l'alarme résonna. Le Démon en profita pour dégainer ses ailes et s'offrir une petite balade aérienne qui n'avait rien de tranquille, même si la brune devait avouer qu'il s'en sortait à la perfection. Les obstacles s'effaçaient dès qu'ils entraient dans son champ de vision, et avant même qu'elle puisse mémoriser les contours de l'un d'entre eux, ils passaient au suivant. Gardes, armes et autres pièges se confondaient. Cela allait peut-être un peu vite pour qu'elle conserve le fil des événements. Tout ce dont elle se souciait, c'était de ponctuer leur passage de petits éclairs et de ne pas lâcher Brady.

Une dernière étape à franchir, et la liberté leur tendrait les bras. La Rehla s'imaginait déjà retrouver sa maison et les tendresses de l'eau chaude dans la salle de bain. Un sourire guilleret s'épanouit sur ses lèvres à cette pensée. Avec un peu de chance, elle parviendrait même à convaincre ses partenaires de la suivre. Jacob soignerait Brady, et elle pourrait profiter de quelques jours de repos bien mérités en compagnie de celui qui lui rendait un peu trop souvent visite dans son sommeil. La silhouette de James interrompit sa douce rêverie. Observant les alentours d'un œil alerte, la brune ne voyait pourtant que l'encadrement de la porte qui se délitait peu à peu. Plus que quelques pas… Cependant, l'importun n'eut besoin que d'une question pour renverser la situation. Zane s'arrêta net. Abasourdie, la brune cligna des yeux à plusieurs reprises pour s'assurer qu'elle ne venait pas de basculer dans une illusion. Levant la tête vers le Démon qui se trouvait à côté d'elle, elle lui offrit une légère pression du bout des doigts pour lui dire qu'elle se chargeait de tout avant de se tourner vers les gardes qui venaient d'arriver et de lancer un sourire radieux. « C'est vrai que ce serait dommage de vous quitter. Ce serait malpoli de refuser une si charmante compagnie. » Son partenaire était étrangement calme et ne réagissait pas vraiment à ce qui se passait. C'était mauvais signe. Très mauvais signe. Les soldats se rapprochèrent d'eux pour les saisir. « Tss. Nous serons sages, tous les trois. Cela dit, si vous avancez trop, je peux aussi vous faire griller la cervelle. À vous de choisir. » La brune doutait que de pareilles brutes soient au courant des interdictions de son peuple, doute qui se confirma lorsqu'elle les vit se gratter l'arrière du crâne. Weydan se détacha du groupe pour se placer à côté de Zane. « Elle a vraiment un sale caractère. » Sans ménagement, il adressa une tape presque amicale dans le dos du brun pour l'inciter à avancer.

Leur progression dans les couloirs fut de courte durée. En parfait maître de cérémonie, James leur ouvrit la porte et les laissa pénétrer en premier dans la salle, flanquant dehors tous les gardes, à l'exception bien sûr de son acolyte. Des plateaux remplis de victuailles en tout genre s'étalaient sur une table en bois massive entourée de quelques chaises à l'apparence confortable. Haussant un sourcil, la brune se tourna vers leur prétendu hôte. Après les combats, le buffet. Quelle mascarade était-ce encore ? « Je n'accueille jamais mes invités sans un bon repas. » Un sourire narquois aux lèvres, il venait de surgir à ses côtés sans prévenir. Se retournant avec un air innocent, elle pencha la tête sur le côté. « Tout cela donne faim mais, vous savez, James, vous devriez faire quelque chose pour votre haleine. Vous venez de me couper l'appétit. » En guise de réponse, il s'approcha d'elle et prit à nouveau son menton entre ses doigts, l'observant d'un air sérieux. « Fais attention à ce que tu dis, ma jolie. Tu mords, tu mords, mais tu pourrais finir par tomber sur un os. » Sans rien dire d'autre, il s'éloigna d'elle en riant. Visiblement, la situation l'amusait beaucoup, ce qui n'était pas franchement le cas de la brune. Mais pourquoi diable fallait-il qu'ils passent plus de temps avec ces individus agaçants ? Contrariée, elle se rapprocha du Démon pour éviter que d'autres sales types ne viennent lui causer. « Bien. Maintenant que nous sommes tous là, nous allons pouvoir manger. Mais d'abord, vous devriez peut-être aller vous changer, le temps que je règle les derniers détails. » Son sourire ne disait rien qui vaille à la Rehla. Pour la première fois de sa vie, elle en venait à éprouver de la haine pour quelqu'un. Heureusement pour James, elle se conformait à la volonté de son partenaire même si elle peinait à comprendre. Du moins, pour le moment.

Weydan vint leur ouvrir une porte qui se trouvait derrière eux et les invita à entrer. Puisqu'elle pouvait s'éloigner de ces sales types, la brune n'hésita pas un instant et fut rejointe quelques secondes après par ses deux camarades. « Sortez dès que vous êtes prêts. Moi, j'ai faim. » Le battant de bois se referma sur eux, laissant la voix bourrue du soldat flotter dans les airs. Certains des sous-fifres faisaient parfaitement leur travail, puisque des tenues à leur taille s'y trouvaient. « Il n'est pas le seul à avoir faim. » Brady se dépêcha d'enfiler ce qui lui tombait sous la main et l'instant d'après, il avait disparu. Callidora se tourna vers Zane, les bras croisés sur la poitrine. « Le moins qu'on puisse dire, c'est que vous avez de curieuses réunions de famille. » L'envie de le frapper pour la décision qu'il avait prise était forte, mais elle se retint, préférant se calmer. La colère l'empêchait trop souvent de réfléchir, et vu les circonstances, mieux valait qu'elle dispose de toutes ses capacités de réflexion avant de commettre un impair qui lui coûterait cher. L'avertissement de James, elle l'avait parfaitement saisi. Ce n'était pas lui, la véritable menace. « J'aurais bien gardé mes habits, mais j'en ai assez de me balader à moitié nue devant ces brutes. Il va encore falloir que je me déshabille sans que tu ne puisses rien me faire. Tu penses tenir le coup ? » Un sourire moqueur aux lèvres, elle fit glisser ce qui lui restait de vêtement sur le sol et attrapa la robe qui se trouvait sur le lit. L'examinant d'un air prudent, elle s'étonna de la qualité du tissu. Leurs geôliers ne se moquaient pas d'eux. En revanche, elle avait du mal à saisir l'intérêt de les vêtir de la sorte après ce qu'ils leur avaient fait subir. Là-dessous, il y avait une logique, elle en était persuadée, mais elle n'arrivait pas à la saisir.

Lorsqu'ils sortirent finalement de la pièce, ils constatèrent que James avait allumé des bougies et que Brady grignotait une pomme près d'une fenêtre. La nuit n'allait visiblement pas tarder à tomber. « Formidable. Vous êtes splendides. Un dîner raffiné en compagnie de personnes élégantes, comme je les aime. Passons à table ! » Sans plus de cérémonie, il les invita à s'asseoir, plaçant Zane à sa gauche. Avant que Callidora n'ait eut le temps de prendre place, James se précipita vers elle et tira sa chaise avant de s'incliner pour embrasser sa main à la manière d'un parfait gentleman. « Mademoisellle... » D'un geste brusque, elle dégagea ses doigts comme si elle venait de se brûler et lui jeta un regard noir. Pour qui la prenait-il ? C'était définitif, elle l'assommerait à la première occasion et prendrait soin de lui laisser un souvenir inoubliable. À cette pensée, elle s'apaisa. Brady s'assit aux côtés du Démon, l'air satisfait d'avoir pu contenter sa faim. L'homme finit par rejoindre son siège à son tour, et remplit leurs verres d'une curieuse boisson d'un rouge foncé qui rappelait le vin. « Je porte un toast à ces futures retrouvailles. » Levant son verre au dessus de la table, il en ingurgita le contenu sans attendre et le reposa sur la nappe avec délicatesse. La Rehla observait le liquide ondoyer avec méfiance. « Callidora, sans vouloir te vexer, tu devrais réfléchir deux minutes. Il n'y a pas de poison là-dedans. Quel intérêt aurais-je à vous empoisonner ? » À la perspective du poison, Brady lâcha son verre brusquement, éclaboussant la nappe au passage. Weydan s'esclaffa. Soudain, la porte s'ouvrit dans un bruit tonitruant. Un individu inquiétant entra dans la salle, l'air mauvais.

Entièrement vêtu de noir, il promena sur la tablée un regard énervé avant de s'approcher d'eux. « James, arrête ta comédie. Ce sont des prisonniers, pas des invités. » Sur ces mots, il balança ce qui ressemblait à s'y méprendre à des cordes. « Tu ne vas quand même pas gâcher ma petite réception, Jessie ? » Maintenant qu'elle les observait plus en détail, Callidora remarqua qu'ils se ressemblaient étrangement. Levant les yeux au ciel, elle soupira d'un air exaspéré avant de se plonger dans la contemplation du fond de son verre. « Est-ce que la famille de chacun d'entre nous se balade dans ce satané endroit ? » Sans recevoir de réponse, elle vit finalement James capituler, le visage blême. Mettre un terme à sa mise en scène ne lui plaisait manifestement pas. « Weydan, attache Brady. Je m'occupe des deux autres. » La brune se leva précipitamment et attrapa l'une des cordes. « Ne vous dérangez pas, je m'en charge. J'ai une revanche à prendre. » En quelques pas, elle rejoignit Zane et se mit à genoux devant lui pour nouer ce qu'il fallait autour de ses poignets sans serrer le moins du monde. Même s'il avait assez de force pour se dégager d'entraves plus solides, elle préférait le laisser libre de ses mouvements. En se relevant, elle approcha son visage du sien et se mordit la lèvre inférieure. « J'aurais préféré t'attacher dans d'autres circonstances, mais on dirait que le sort s'acharne. » Un éclat malicieux dans les yeux, elle se retourna et tendit ses mains. Jessie saisit la dernière corde et attrapa son poignet déjà fragile d'un geste brutal. Retenant un cri de douleur, elle garda la tête levée. « Je te conseille d'arrêter de faire la maline. » Aussitôt sa menace prononcée, il serra le fil autour de ses mains, suffisamment pour qu'elle ne puisse se libérer. Une voix s'éleva dans les airs. « Euh… Dites, les gars. Comment on fait pour manger, maintenant qu'on est attachés ? » Brady n'avait pas tort, même s'il s'agissait probablement du dernier de leurs problèmes. La brune baissa la tête, réfléchissant à une stratégie. Jouer la prisonnière docile ne lui plaisait définitivement pas.


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Sam 16 Avr 2016 - 14:52


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Conscient que sa sentence affecterait l’intégrité de ses compagnons, Zane n’avait aucune intention de se disculper, et encore moins de s’excuser auprès d’eux. Les faits parlaient d’eux même. La résistance qu’ils avaient affrontée n’était pas à la hauteur de ce qu’il avait enduré durant des semaines. La torture l’avait changé quant à ses idéologies, et nul doute qu’il tenterait de découvrir tous les secrets que renfermait cette forteresse souterraine avant de la quitter. James avait justement employé les bons mots pour le convaincre. Envisager une seule seconde que son père puisse être vivant n’avait aucun sens s’il se référait au passé. Toutefois, en tant que démon, il savait aussi que dans un monde où la magie primait, tout était envisageable. S’il essayait de remonter à ses souvenirs les plus lointains, la seule image qui lui rappelait son défunt père était celle d’un homme défaillant et trop candide pour être malgré tout la clé de voûte de toute cette édification. Quand bien même c’était faux, il devait savoir qui se faisait passer pour lui, et surtout pour quelle raison. Vu de l’extérieur, le démon ne réagissait plus à grand-chose, son corps et son expression ne renvoyant plus rien de concret. Il était comme un mort dont l’âme avait réussi à se déconnecter. De nombreuses interrogations parsemaient son esprit engourdi. Quand Weydan approcha pour le forcer à s’avancer, l’homme accepta sans maugréer. Il se laissa guider par leurs hôtes sans établir le moindre dialogue. Il entendait bien Callidora ironiser sur la situation, mais même ça lui était complètement égal. Quant à Brady, il grondait à sa façon, sans intimider qui que ce soit. Le reste de l’itinéraire se passa tout aussi simplement, puis ils arrivèrent devant un banquet dressé par des rois, et pour des rois. Le repas qu’il leur proposait était copieux et bien trop munificent pour des tortionnaires. Cela dit, ça ne le surprenait pas venant de James, qui figurait parmi les résidents les plus fantasques.

Avant de passer à table, il était toutefois d’usage de se changer selon ses bons termes. Zane braqua son regard sur lui. Pour une fois qu’il était en accord avec ses dires. Enfin, ils les laissèrent finalement entrer dans une petite pièce où des linges avaient été spécialement triés pour eux. Brady avait pour couleur dominante le blanc, tandis qu’on avait adressé un ensemble noir pour sa personne. En frôlant celui-ci avec le bout des doigts, il pouvait garantir de la qualité de la marchandise. Avant d’enfiler cette dernière ou encore de répondre à la boutade de sa camarade, il desserra sa mâchoire en grand, puis en tirant la langue, il fit surgir quelque chose. En le crachant dans le creux de sa main, il s’avérait qu’il s’agissait d’une clé dorée accompagnée de trois petites gélules. « Je pense pouvoir me contenir encore un peu. Par contre, quand nous serons sortis je te conseille de t’éloigner de moi. En attendant, attrapez ça ! » Il expédia une pilule à chacun d’entre eux, mais au lieu de l’avaler, il recela celle-ci dans une partie inaccessible de son corps ; ses cheveux. « Diane me les a confiés en toute confidentialité avant de partir. C’est une puissante toxine qui accroit vos compétences durant un temps limité. C’est une drogue prohibée, même chez les démons. Pour cause ; le contrecoup est aussi violent que le bonus qu’il procure. Utilisez-le à bon escient. Il s’agit peut-être de notre unique chance. » S’ils pensaient qu’il s’était jeté dans la gueule du loup sans prendre ses précautions, c’était mal le connaitre. Parmi la troupe, il était celui qui disposait de plus de renseignements, c’est pourquoi il était parfaitement au courant de l’énorme risque qu’il avait pris en adoptant de rester. Sans un coup de main, aucun d’entre eux n’avait de possibilité de s’en sortir vivant. Avec ça, ils équilibraient de nouveau la balance, du moins en partie. Jetant un regard à la jeune femme qui se dévêtit, le démon soupira avant de se précipiter dans sa direction pour interrompre sa cession d'habillage. Se dépouillant à son tour de sa tunique, il s'avança vers elle, torse nu, pour la plaquer violemment contre le mur et passer les mains sur son corps. Respirant le parfum qu'elle avait appliqué sur son cou, il émit un grondement dont les vibrations se faisaient ressentir. La tenant contre lui, il lui coupa le souffle en l'empêchant, par son baiser, de rester maitresse d'elle-même. Il éternisa le présent, l'explorant avec sa bouche et ses doigts, l'embrassant et la mordillant tour à tour. Il brisa ensuite lentement le contact en tortillant une mèche de la brune autour de son index. Il lui fit un clin d’œil. « Soit c'est le dernier, et dans ce cas je me devais d'en profiter. Soit ce n'est pas le cas et la suite arrivera très prochainement. » Sur cet accord passée, il s'éloigna pour troquer lui aussi ses affaires. Brady avait détourné les yeux, laissant un « Hum... » lui échapper.

Quand ils furent prêts, ils revinrent à la salle précédente où le festin les attendait patiemment. Brady s’était déjà mis à table en plus de dérober quelques produits. Toutefois, Weydan était là pour le surveiller, ce qui restreignait grandement ses interactions avec le magnifique poulet fumé qui le provoquait de sa chair si tendre. Zane s’installa à la place qu’on lui avait réservée sans trop contester. La brune fit de même, à la différence qu’elle semblait avoir davantage de mal à garder son calme vis-à-vis de James. Il détourna le visage d’un léger rictus en songeant à ce qu’elle pourrait lui faire à la moindre occasion. Tandis que Weydan et Brady se disputaient sur le sujet épineux de qui allait prendre la première part, tous deux reçurent une petite tape derrière la nuque de la part d’un autre homme qui venait de s’incruster. S’il ressemblait assez à leur hôte principal, autant par le nom que par l’aspect, son caractère semblait en revanche assez dissemblable. Ce dernier était plus impérieux en plus d’être clairement ici pour le travail et non pour le divertissement. Alors qu’ils n’avaient même pas dévoré un seul bout de viande, c’est ainsi que James prit la décision de les ligoter de nouveau. Callidora serra ses attaches à lui — sans trop forcer — pendant que Jessie se chargeait de ses propres liens. Si le démon était jusque-là assez patient, il commençait doucement à la perdre. On les invitait, les contraignait à se changer, pour finir par les attacher.

Quel était le prochain concept ? « Vous êtes amusant, les gars. Mais une question me brûle les lèvres. Quand est-ce que j’aurais l’occasion de voir mon cher papa ? » C’est ce pour quoi il avait décidé de s’égarer. Le reste, il s’en fichait un peu, même s’il n’avait rien dit contre le festin auquel ils n’avaient pas pu profiter. Alors que James s’apprêtait à lui répondre, c’est Jessie qui le devança en apparaissant brusquement derrière sa chaise. Ses mains se posèrent sur ses clavicules, qu’il massa sans aucune finesse. « Crois-moi, garçon. Ne sois pas si brusqué de rencontrer notre maitre. Il est bien plus féroce que nous tous réuni. » Avant de retourner près de son jumeau, il tira la joue du vil qui grogna une insulte. Ce dernier regarda ensuite chacun des invités, visiblement en pleine réflexion. « Weydan. Va chercher Diane et conduis là à mon bureau. J’ai des questions à lui poser. » Le démon n’était pas inquiet la concernant. Elle avait probablement dû préparer méticuleusement sa défense, d’autant plus qu’elle saurait les mener en bateau mieux que personne. Tout juste après le départ du soldat, James écarquilla les yeux sans raison. Il chuchota ensuite quelque chose dans le creux de l’oreille de son voisin. Il paraissait surpris à son tour. Il frappa dans ses mains à plusieurs reprises alors que James vint lever Zane de sa chaise. « Il semblerait que le bras droit du boss tient à vous voir tous les deux. Vous avez de la chance, il va vous conduire jusqu’au grand patron. » Serrant les dents, le démon était à deux doigts de s’agiter pour essayer de leur en coller une. « Vous vous foutez de moi ? Je croyais que c’était impossible. » Avant de rétorquer quoi que ce soit, ils les entrainèrent tous les trois à l’extérieur, empruntant directement des escaliers en colimaçons qu’ils durent gravir pendant un certain moment.

Plus ils passaient dans les couloirs, plus il se remémorait de ce chemin. Le décisionnaire qu’ils mentionnaient, il l’avait déjà rencontré pendant d’un entretien assez houleux. S’il voyait juste, alors ils devaient faire très attention, car il était effectivement en mesure de dominer le temps. Un pouvoir qui se rapprochait des dieux. En empruntant le dernier couloir qui mena à la pièce éloignée de tout, l’un des deux frères répondit enfin à sa question. « La vérité, c’est que nous n’avons jamais vraiment vu ton père. Nous savons qui il est et à quel point il est fort, mais les seuls échanges que nous avons eus, c’est par rapport à notre boss. Ton créateur se situe dans une partie interdite d’accès pour des personnes comme nous. Pour être honnête, je ne suis pas sûr que vous surviviez avant de l’atteindre. » La porte s’ouvrit d’elle-même, laissant un homme enrobé d’un voile d’ombre s’en détacher. Comme pour la première fois, aucune partie de son visage n’était visible. Seules deux lueurs blanches et brillantes faisaient office d’yeux. Le reste n’était pas devinable. En théorie, il semblait être continuellement recouvert d’une magie noire qui fluctuait tel un drap. Lorsqu’il passa devant eux sans dire un mot, Zane sentit son essence être inspirée. Manquant d’air à sa proximité, il posa un genou à terre en suffoquant. Jessie et James ressentaient cette même difficulté. « Je vous prie de m’excuser. J’ai tendance à oublier combien ma magie peut être néfaste. » D’un ample mouvement du bras, il sembla rappeler à l’ordre cet être invisible qui les dévorait. Tout de suite après, tout avait l’air d’aller pour le mieux.

Comme il avait déjà eu l’occasion de s’entretenir avec lui, il orbita autour de Brady et de Callidora, disparaissant et apparaissant sous tous les angles à l’image d’une entité spectrale. Il se tourna en second lieu vers les deux hommes. « Vous pouvez disposer messieurs. Je prends la suite. » Réitérant une succession de signes avec les doigts, l’individu altéra le décor en les transportant dans un environnement loin de ce qu’ils avaient connu. Il se trouvait maintenant tous les quatre droit devant une énorme porte circulaire. Celles-ci étaient préservées par deux gardes munies de tenues très résilientes. Le mystérieux leader leur fit signe d’actionner la brèche, ce qu’ils accomplirent dans l’instant. Lorsque l’accès s’ouvrit, une passerelle se dressa devant leurs yeux ébahis. Avançant calmement jusqu’à son entrée, il intima à ses invités de le suivre. Quand la porte se referma derrière eux, une chaleur insoutenable se manifesta brusquement. Ils se trouvaient à présent dans un énorme bassin où la lave circulait à foison. Dans le gigantesque cylindre dans lequel ils se trouvaient, non seulement la température était pire que celle du volcan de l’enfer, mais en plus de ça elle ne cessait d’augmenter. « Je vous présente ce qu’on appelle le fourneau. C’est la traversée la plus enfantine sur les trois étages. Je vous attends au bout. Soyez rapide, où vous ne vous en sortirez pas vivant. » Comment était-il possible de résister à cette folie ? La passerelle était assez longue, et le temps leur était une fois de plus compté. Le démon se tourna naturellement vers ses deux camarades qui suaient tout autant que lui, voire plus. « Et m*rde ! Mes sorts ne fonctionnent pas ! Tenez-vous prêts ! » Il prévoyait d’utiliser ses déplacements rapides ou la téléportation de Brady, mais cela aurait été trop simple.

Alors qu’ils essayaient tant bien que mal de parvenir jusqu’au bout, leurs vêtements — ainsi que leurs cordes — commençaient même à se dissoudre par petites particules. Ils n’arriveraient pas à survivre en mettant autant de temps, après quoi Zane décida d’employer ce qu’il pensait être le meilleur moyen de s’en sortir. À l’aide de ses membres rachitiques qu’il libéra diligemment, il retourna en arrière pour porter le corps de son ami et de la brune. Se dépêchant de couvrir le plus de distance en utilisant l’air, ses ailes se consumèrent assez rapidement. Jusqu’à la toute fin, il se battit de toutes ses forces pour y parvenir. En fin de compte, il s’effondra dans la dernière ligne droite en larguant abruptement ses camarades, juste après avoir dépassé l’extrémité de la passerelle qui se referma après leur franchissement. Le démon avait non seulement perdu l’usage de ses ailes, mais de plus, son dos avait été partiellement mortifié par les brulures. Divers endroits avaient aussi étés touchés. Le boss n’en avait cure. Il les pressa de le rejoindre en leur assurant que le prochain circuit était loin d’être aussi amusant. Zane entreprit de retrouver un semblant d’équilibre en poussant sur ses avant-bras pour se remettre d’aplomb. « Tss, il espère nous faire craquer avant la fin. J'espère que vous êtes prêts à crever avec moi. » Brady, qui n'en pouvait littéralement plus, acquiesça tout de même d'un signe de la main tandis qu'il restait étalé au sol. Plus ils se rapprochaient finalement de la vérité, plus le reste devenait de plus en plus instable. Quelle que soit l’identité de celui qui possédait tout ça, ils allaient devoir se serrer les coudes plus que jamais. Il se mit auprès de Callidora, s'assurant de sa capacité à pouvoir continuer.


2200 mots


Défi réalisé:


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Dim 17 Avr 2016 - 14:37

Le calme olympien dont faisait preuve Zane ne la rassurait pas le moins du monde. Même s'il ne se montrait jamais particulièrement impatient, la Rehla savait qu'il préférait le frisson du danger aux longs discours ennuyeux, et la mascarade à laquelle se livraient leurs geôliers risquait de l'agacer rapidement. Sa prévision s'avéra dans les instants qui suivirent. Préférant ne pas intervenir dans leur discussion, elle se contenta d'observer son poignet endolori. Cela mettrait du temps à guérir, et elle détestait être blessée d'une manière ou d'une autre. Une fragilité face à laquelle elle ne pouvait pas lutter et qui finirait un jour par lui jouer des tours. Et il semblait bien que ce jour était arrivé. Le Démon avait survécu jusque-là parce qu'il possédait une force et une détermination extraordinaires, ce qui était loin d'être son cas. Si leurs hôtes ne l'avait pas encore tuée, c'était parce qu'ils avaient encore besoin d'elle pour quelque chose, même si elle ne voyait pas quel rôle elle pouvait bien jouer dans une réunion de famille qui s'annonçait charmante. Quoi qu'il en soit, elle avait beau tourner le problème en tous sens, elle ne parvenait pas à comprendre ce qu'elle faisait là. Son sauvetage raté était prévu depuis le début, et elle se demandait dans quel piège ils allaient encore tomber. Refuser de s'échapper avait été une folie, mais d'une certaine manière, elle comprenait la décision de son partenaire. Partenaire qui commençait sérieusement à en avoir assez du petit manège des deux frères, visiblement. Cela dit, il semblait que c'était pour eux le moment de partir et de se précipiter vers de nouveaux problèmes, ce qui ne lui déplaisait pas puisque cela représentait une chance non négligeable de voir James la laisser enfin tranquille.

Nouvelle expédition dans les couloirs, qui s'effectua cette fois en compagnie d'une charmante escorte. Laissant son agacement de côté à l'idée de se sentir entravée, elle tira légèrement sur les cordes qui maintenaient ses bras. Une grimace de douleur plus tard, elle leva les yeux au ciel. Trouver un moyen de les enlever sans accentuer cette dernière allait être problématique, mais il le faudrait pourtant. Quoi qu'il en soit, James finit par se livrer à une curieuse révélation. « Obéir à quelqu'un que vous n'avez jamais vu… C'est d'une grande intelligence, en effet. » Callidora menait un jeu dangereux, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de le provoquer. L'envie de lui faire payer son apparente courtoisie la tenaillait. Cependant, avant que son interlocuteur puisse lui répondre, la porte devant laquelle ils venaient d'arriver s'ouvrit brusquement. La brune sentit ses jambes se dérober sous elle et chuta lourdement sur les pierres. Portant ses mains liées au niveau de sa poitrine, elle tenta d'aspirer l'air des alentours avec désespoir. Quelque chose d'une puissance effroyable se tenait devant eux. Malgré ses efforts, elle se révéla incapable de relever les yeux pour voir de qui il s'agissait. Il lui semblait que son coeur se recroquevillait sur lui-même à l'instar de ses poumons comme s'ils décidaient d'eux-mêmes d'abandonner leur fonction. Une voix caverneuse résonna à ses oreilles. Soudain, la sensation cessa. Reprenant son souffle, elle attendit quelques instants avant de se relever. Un individu pour le moins inquiétant tournait autour d'elle et de Brady pour les examiner. Légèrement surprise, elle décida de ne pas protester. Mieux valait éviter de s'attaquer à cet oiseau-là si c'était bien celui qui dégageait une telle noirceur. Malgré son attitude inconsidérée depuis le début de cette satanée aventure, elle savait encore reconnaître les instants où il fallait se tenir tranquille. Ce regard posé sur elle avait néanmoins le don de lui glacer le sang.

L'inconnu congédia Jessie et James et les invita à entrer dans la pièce. Docilement, la brune lui obéit. Quelques secondes après, ils se retrouvèrent dans ce qui s'apparentait à un lieu tout à fait différent. Une fois la porte soigneusement entourée de gardes franchie, la chaleur devint infernale. « Charmant endroit. » Le seul commentaire que s'autorisa Callidora s'échappa de ses lèvres dès lors que leur geôlier disparut de l'affreuse salle. Cela dit, elle n'aurait su dire de quelle manière il était parti et la chaleur la fit suffoquer presque instantanément. Un manque d'oxygène autrement plus douloureux que celui qu'elle avait ressenti précédemment. Jetant un regard en dessous d'eux, elle blêmit en voyant ce qui les attendait s'ils ne parvenaient pas jusqu'au bout. Le feu ne lui obéirait pas, et tenter quelque chose risquait de les transformer en poulet rôti plus tôt que prévu. Malgré tout, ils n'eurent d'autre choix que s'engager sur la passerelle après que Zane eut constaté que leurs pouvoirs ne fonctionnaient pas. Leur progression se révéla plutôt rapide selon les circonstances, mais elle ne l'était pas assez. La brune réfléchissait à toute allure à une solution, mais rien ne lui venait. Habituée au doux climat de Lua Eyael, elle fuyait la chaleur autant que possible, et cette épreuve la vidait de ses forces. C'était comme si elle sentait l'intérieur de son corps brûler à mesure qu'ils avançaient dans la salle. Le peu d'air qui parvenait à entrer dans ses poumons semblait les embraser davantage à chaque instant. Le Démon avait pris de l'avance, et elle le voyait avancer sans s'arrêter vers la sortie. Finalement, comme souvent, ce fut lui qui démêla le problème en retournant en arrière sans prévenir pour les attraper. Se servant de ses ailes, il fila à toute allure pour les mettre hors de danger.

Par chance, ils se retrouvèrent tous les trois à l'extrémité de la salle en dépit d'un atterrissage quelque peu chaotique. Brady se trouvait en piteux état, mais visiblement, il tiendrait le coup. La Rehla n'avait qu'une envie : quitter ce château de malheur et dormir pendant plusieurs jours. Peinant à reprendre son souffle, appuyée contre la porte derrière laquelle se cachait leur prochaine épreuve, elle se força à poser la main sur la poignée et la tourna en douceur. D'un hochement de tête, elle rassura le Démon sur son état. Lorsque le lourd panneau de bois et de métal finit par s'ouvrir, ils tombèrent. Une chute rapide et peu douloureuse qui les mena droit sur ce qui semblait être un îlot glacé. La différence de température lui coupa la respiration un instant, et le sol froid la brûla aussi vivement que si elle avait mis sa main au feu. Mais dans une certaine mesure, cela la soulageait. Voyant que Zane s'apprêtait à se relever, elle le retint d'un geste. « Reste couché. La glace peut aider tes brûlures à guérir. » Cela dit, elle devait avouer que leurs geôliers avaient le sens de l'humour en les faisant passer ainsi d'un extrême à l'autre. Bien loin des mascarades théâtrales de James, voilà qu'ils étaient passé dans un registre totalement différent. La fatigue se faisait sentir, et elle commençait à se sentir sérieusement découragée. La brune n'était pas faite pour ce genre d'aventures, même si elle possédait le don fâcheux de les attirer, et ce depuis ce qui lui semblait une éternité. Lasse par avance de ce qui les attendait encore, elle prit une seconde pour se reposer et rester assisse.

C'est alors qu'elle remarqua le Réprouvé qui s'approchait du bord de l'étendue glacée. Il ne fallait pas être devin pour savoir ce qu'il s'apprêtait à faire. Se relevant précipitamment, elle se mit à courir dans sa direction. Lui se penchait vers l'eau, une lueur avide dans les yeux. Une fois parvenue à sa hauteur, elle lui sauta dessus brutalement pour le faire rouler sur le côté. « T'es complètement idiot ou quoi ? Pourquoi crois-tu qu'ils nous ont envoyé ici ? » Tout en lui criant dessus, elle s'assurait qu'il n'avait pas touché au précieux liquide. Son envie de le secouer dans tous les sens pour lui faire entendre raison était forte, mais elle se retint. Le pauvre Brady devait être autrement plus effrayé et traumatisé que Zane et elle ne l'étaient. Avec un soupir soulagé, elle lui ébouriffa les cheveux pour le réconforter. « Fais attention à toi, d'accord ? » Cependant, la soif la tenaillait aussi. Pour s'assurer de la véracité de son intuition, elle déchira un morceau de ce qui lui restait de vêtement et l'envoya dans l'eau. Dès lors que le tissu entra en contact avec la surface, un grésillement étrange et inquiétant se fit entendre. Au-delà de la tristesse de ne pas s'être trompée, c'était surtout l'état du jeune homme qui la préoccupait. « Le seul moyen d'apaiser ta soif serait de lécher la glace. Cela dit, je te le déconseille. Personne ici n'a envie de te couper la langue pour que tu puisses continuer le chemin. » Lorsqu'ils seraient enfin sortis de cet endroit, elle aurait deux mots à toucher au père de Zane à propos de leurs satanées réunions de famille. Fallait-il encore qu'ils s'en sortent vivants.

Un curieux mouvement sur la droite attira son attention. Horrifiée, la brune vit le corps de Brady basculer en arrière, une silhouette monstrueuse derrière lui. Un monstre aquatique d'une hauteur effrayante cherchait visiblement à en faire son repas. Plongeant sur le sol, elle attrapa de justesse la main du Réprouvé pour le retenir. Cependant, il était déjà à moitié immergé dans l'eau, et les traits de son visage se déformaient. « Non ! » Elle avait beau hurler pour alerter le troisième protagoniste et mettre toutes ses forces en œuvre, elle ne parvenait pas à le ramener sur la terre ferme et voyait la douleur creuser ses yeux comme une tombe à mesure que l'acide lui rongeait la peau. Le corps eut un soubresaut imprévu et glissa définitivement du rebord glacé. Toujours accrochée à ses doigts, Callidora se sentit patiner sur la glace et rejoindre celui qu'elle tenait toujours. Entraînée par la force de la créature, elle vit avec horreur son bras plonger dans le liquide corrosif. Un hurlement de douleur lui échappa et elle lâcha finalement les doigts de Brady. Quelque chose l'attrapa par la taille pour la tirer en arrière. Incapable de réagir, elle continuait à crier. La douleur se prolongeait par vagues et s'aventurait dans chacune de ses veines avec une fureur dévastatrice. À peine consciente de ce qui se passait autour d'elle, la Rehla sentit une main se glisser dans la sienne et l'autre sur son front. « Va le chercher, va le chercher ! » La peau de son avant-bras la démangeait comme si une nuée d'insectes s'y promenait. Son corps se tordait en tous sens, se battant contre un ennemi invisible. La réalité la frappa soudain de plein fouet. « Il est mort, il est mort et je... » Le reste de sa phrase s'étouffa dans des sanglots. Comment une telle chose avait-elle pu arriver ? Redressant la tête pour jeter un œil à sa blessure, elle détourna aussitôt le regard. La plaie était d'une profondeur surprenante, et au milieu de la peau boursouflée, on apercevait l'os qui remuait à peine. Dégoûtée, elle ferma sa tête retomber sur la glace. D'un geste brusque, elle frappa son bras contre le sol. Il lui sembla que quelque chose tombait. De la peau, sans doute. Elle en avait assez. C'était fini, elle ne pouvait plus lutter.

Et pourtant, elle se réveilla. Surprise, elle observa les alentours en battant des cils pour s'habituer à la lumière. Callidora n'avait pas la moindre envie de se lever. La surface gelée contre son corps l'endormissait et réduisait ses courbatures à néant. C'était rassurant, d'une certaine manière. Là où elle se trouvait, elle voyait Zane à ses côtés, parfaitement immobile, et Brady, un peu plus loin. Ce n'avait été qu'un cauchemar, rien de plus. Rester là à se reposer lui paraissait la meilleure des solutions. La brune se tourna légèrement sur le côté pour observer le Démon. Cependant, quelque chose sur le sol attira son attention. Prenant l'intrus entre ses doigts, elle constata qu'il s'agissait d'une sorte de sangsue d'un marron terne, visiblement hors d'état de nuire. Intriguée, elle la garda précieusement dans sa main et prit un instant pour observer son bras. Une étrange zébrure d'un violet pâle courait le long de son avant-bras, à l'endroit exact où elle avait senti sa peau se déchirer quelques instants auparavant. Et là, sur son poignet, une tache du même violet qui correspondait fortement à une sorte de morsure. L'indésirable avait dû être délogée par son dernier coup sur la glace. L'illusion. Tout n'avait été qu'une illusion. « Quelle bande de raclures. » Sans perdre de temps, elle s'approcha de Zane pour l'examiner sous toutes les coutures. Ce dernier fixait le ciel sans bouger. Il ne dormait pas. Elle avait raison. La sangsue se trouvait exactement au même endroit. La Rehla attrapa le minuscule animal entre ses doigts blancs et l'arracha brutalement. Se débattant une seconde dans les airs, il abandonna bien vite, privé de sa source d'énergie. Aussitôt, elle se détourna de son partenaire pour ramener Brady au monde réel. Comment diable avait-elle pu oublier où ils se trouvaient ?

Tout en se morigénant, elle arriva à côté de Brady et souleva ses bras pour déloger la satanée créature. Dès qu'elle y parvint, le Réprouvé se redressa en crachant de l'eau. Haletant, il mit quelques instants avant de comprendre où il se trouvait. « Mais qu'est-ce qui se passe ici, bon sang ? » Avec un sourire réconfortant, la brune l'aida à se relever. Sur son torse, une curieuse trace violette demeurait. Qu'est-ce que cela signifiait ? Jamais elle n'avait entendu parler d'un pareil phénomène, et pourtant, cela venait bel et bien d'arriver. Cependant, mieux valait lui expliquer la situation. « Ces sangsues ont le pouvoir de plonger leurs victimes dans des illusions. Heureusement, c'est fini. » Cela dit, le silence du Démon la perturbait. Avançant jusqu'à lui, elle constata qu'il restait étendu sur le sol. S'agenouillant, elle lui tapota la joue pour lui réveiller.  « Allez princesse, on se réveille. C'est pas le moment de piquer un somme. On a encore de la route à faire. » Zane la regarda d'un air étonné. Callidora désigna les trois sangsues qu'elle tenait entre ses doigts et lui tendit son autre main pour qu'il se redresse. D'un geste énervé, elle balança les affreuses bestioles à l'eau. Seulement, un problème de taille demeurait. Pendant leur sommeil involontaire, la glace avait considérablement fondu, et il ne leur restait que peu de terre où marcher sans risquer de rejoindre les dieux plus vite que prévu. Plusieurs chemins semblaient s'étendre devant eux, et aucun d'entre eux ne permettait qu'ils traversent tous les trois en même temps et au même endroit. De ridicules planches de bois qui s'étalaient sur toute la surface de cet affreux lac. De l'autre côté, la porte. Et elle avait beau se concentrer pour faire appel à ses dons, les étoiles restaient muettes quant à ce qui les attendait durant leur traversée, comme toujours lorsqu'elle se trouvait en compagnie de Zane. « Dites-moi que je rêve... » Bonne ou mauvaise, la surprise serait au rendez-vous.


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Mar 19 Avr 2016 - 0:35


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Le mental, voilà ce qu’il était fondamental de détenir pour entrevoir une lueur d’espoir. Elle subjuguait sur tout le reste, et surtout sur la matière organique qui peinait la plupart du temps à s’adapter aux changements. Heureusement pour lui, Zane avait la chance d’avoir intensément préparé son organisme à poursuivre des séries de changements atmosphériques assez importants. La survie dans des milieux toujours plus hostiles avait toujours été ce qui le rapprochait des prédateurs. Grâce à ses séances journalières et à sa perpétuelle attirance pour la bravade et le défi, le démon s’était forgé une morphologie surpuissante en plus d’avoir le trait de caractère qui allait avec. En fin de compte, il ne s’inquiétait pas vraiment pour lui, mais davantage pour ses proches qui devaient obligatoirement avoir un peu plus de difficultés que lui à appréhender les différents orages. Même s’il avait été partiellement carbonisé par la ferveur précédente, ce n’était rien comparé aux différents supplices par lesquels il était passé jusqu’alors. D’une certaine façon, il avait assimilé les pires blessures pour s’en servir à son avantage lors de cette traversée périlleuse. En songeant à ce bienfait, il se posa d’ailleurs une étrange question. S’il s’agissait bel et bien de son père comme on essayait de le lui faire avaler, alors hypothétiquement que les premières semaines difficiles qu’il avait vécu au sein de la forteresse n’étaient pas dues au hasard ? Il se pourrait que tout eût été manigancé dans le but de le préparer justement à ce qui allait suivre. Si c’était le cas, cela ne pouvait signifier qu’une seule chose, mais il préféra arrêter les vaines suppositions pour le moment afin de se concentrer sur ce qu’il devait faire. Malgré les instructions de Callidora, celui-ci se leva tout de même. Dans son esprit, les douleurs n’étaient plus qu’un mauvais souvenir. En vérité, il était surtout curieux de savoir ce que lui gardait la prochaine calamité. Lorsqu’il s’approcha du seuil de la porte, il éprouva tout de suite la différence de niveau entre ce qu’ils venaient de vivre et ce nouveau territoire. Brady semblait toutefois plus urgé qu’eux de s’y rendre, et alors qu’il manqua probablement un épisode, un instant d’après il retrouva la brune dans les bras de son camarade. Il se frotta la nuque en crachant quelque chose d’incompréhensible. « Ce n’est vraiment pas le moment pour ça, les enfants. Adragon est déjà loin devant nous. On ne peut pas faire attendre notre hôte. » Il pouvait comprendre la difficulté à résister à ce genre d’offres, mais en même temps ils devaient réellement se focaliser sur ce qu’ils étaient censés faire. L’ilot sur lequel ils se trouvaient semblait plus accessible que l’endroit précédent, même s’il se méfiait fortement de ce qu’il voyait, conscient que rien n’était aussi simple qu’on voulait leur faire croire. Soudain, alors qu’il ferma à peine les yeux quelques secondes, ses pupilles se tournèrent machinalement vers la jeune femme ainsi que Brady qui était manifestement en train de se faire harceler par plusieurs créatures, elles aussi conçues dans la glace.

Alors qu’il prit tout de suite connaissance des faits, il se jeta sur les silhouettes filiformes pour tenter de se débarrasser d’eux avec de puissantes frappes. Quand il asséna la première assaille, la créature poussa un cri strident avant de s’éteindre dans une déflagration qui relâcha un fluide et qui se logea dans son avant-bras. L’instant d’après, il ne sentit plus ses articulations à cet endroit précis, et pour cause, son avant-bras avait été recouvert d’une couche de glace. Ainsi entravé, il risquait de rompre définitivement son membre s’il ne faisait pas attention. Malgré tout, il devait réagir vite s’il voulait les préserver de ces monstres. Se servant d’un véloce déplacement, il porta son talon dans la joue de la seconde créature. Mais comme il fallait s’y attendre, son pied endura la même malédiction puisqu’il se cristallisa jusqu’à sa cheville. Cette obstruction était un véritable souci à cause de son manque de locomotion. Il devait se battre coûte que coûte, mais en même temps, à chaque fois qu’il entreprenait une action, il se risquait à perdre une partie de ses membres. Seulement, voilà, qu’importe les risques qu’il prenait, il continuait malgré tout à soutenir ses coups, et ce même s’il devait achever son ultime offensive en tant que statue de glace. Peu importe ce qu’il atteignait et avec quoi, le résultat était toujours le même. Ainsi, même lorsqu’il ne lui resta plus que la tête de valide, le démon affecta celle-ci en avant pour les impacter avec son front. Devenu entièrement de glace, son corps sombra au sol, mais avant même d’atteindre celui-ci, il se réveilla de but en blanc, la brune se trouvant dans son champ de vision. Il n’avait aucun souvenir de ce qui avait pu se réaliser durant son sommeil, du moins jusqu’à ce qu’elle vienne l’élucider sur la situation en lui présentant les trois bestioles. Il secoua la tête afin de se remettre les idées en place. Des illusions. Quelle amertume quand il n’était pas celui qui les manipulait. En revanche, il semblerait que tout ça n’ait été qu’un avant-goût de ce qui allait vraiment se produire puisque pour pouvoir traverser le lac, il fallait effectivement se référer à des planches vermoulues qui peineraient probablement à soutenir plus d’une personne, ensuite elles couleraient sans doute. « Nous sommes tous d’accord pour dire que je vais devoir vous abandonner ici. » Joignant le geste à la parole, il sauta sur les planches, se pressant aussitôt à parcourir celle-ci pour parvenir au bout. Comme prévu, elles sombrèrent au fin fond de l’eau. Il voyait Brady et Callidora un peu dépité par cette décision. Du moins, jusqu'à ce qu'il généra un bloc de pierre assez conséquent pour les autoriser à franchir la suite en toute tranquillité.

Pestant d'une quantité effroyable de jurons, ils rattrapèrent le boss. Il les attendait comme s’il s’agissait d’une simple promenade de santé pour lui. Balayant son bras en avant, il dévoila le dernier passage pour envisager d’arriver au dernier point ; celui qui permettrait à la fameuse rencontre d’avoir lieu. Devant eux se dressa un interminable couloir. Il était extrêmement étriqué, mais c’est surtout des geôles qui faisaient office de cloisons. À l’extérieur de ses cages pointait une abondance de bras décharnés qui écharpaient l’air en attendant une potentielle victime. Inutile d’être alerte pour comprendre ce qui allait se passer. « Toi qui aimes les attouchements, tu vas être servi. » Tandis qu’il se posait la question concernant la procédure à adopter pour se faufiler sans risquer de se faire déchiqueter par les étranges créatures, Adragon avança tout simplement sans qu’aucun d’entre eux n’intente de lui attraper les chevilles. Son aura était tellement malsaine qu’elle interférait avec leurs désirs. En tournant légèrement son visage, Zane remarqua la frayeur qui s’était emparée de Brady. Il était de loin le moins préparé pour enchainer trois épreuves aussi affligeantes. Le fait d’être simplement vivant représentait déjà un miracle en soi. Hélas, ils approchaient tellement du but que le démon refusait de perdre son temps inutilement. « Resaisis-toi Brady ! Si tu es venu dans le seul but de me ralentir, ce n’était pas la peine de faire tout ce chemin. » Sans plus de cérémonie, il fit volteface et avança immédiatement dans le couloir. Maintenant qu’il avait reconquis sa magie, il étendit ses bras pour faire apparaitre son sabre dont il se servit pour couper les membres qui se dressaient sur son parcours. Aussi surprenant que cela pouvait le paraitre, il se débrouillait très bien. En fait, sans vraiment s’en rendre compte, il se trouvait déjà à mi-chemin alors que ses partenaires n’avaient toujours pas pénétré le couloir. Sans se préoccuper davantage de leurs problèmes, il continua ainsi lentement à faire un pas devant l’autre, jusqu’à ce que son sabre devienne obsolète à cause du trop grand nombre de bras qui le saisirent tous en même temps. Sa gorge fut soudainement serrée par une violente poigne qui modifia la pâleur de son visage en un teint rouge de suffocation. D’autres mains, comparables à des pinces, vinrent alors se joncher sur ses chevilles, sur ses avant-bras, sur son torse… bref, il était à présent complètement recouvert de leurs immondices brunâtres. Sans nécessiter d’intervention extérieure, il parvint toutefois à se débattre suffisamment hargneusement pour les déposséder progressivement de leurs prises.

En tirant brusquement son corps accompagné d’un hurlement rauque, il arracha totalement les bras de ces derniers. Tandis que les phalanges étaient toujours ancrées en lui, il s’en débarrassa un à un en les jetant à terre. Zane avait la chance d’avoir une force colossale, c’est pourquoi celle-ci lui semblait bien moins rude que les autres. De plus, il était beaucoup plus déterminé en sachant qu’il approchait au but de cette entrevue. « Dépêchez-vous. » Ce fut le seul impératif qu’il leur adressa, n’ayant apriori aucune idée de comment ils s’en sortaient. Quoi qu’il en soit, il arriva le premier sur une plateforme qui les attendait à l’extrémité. Il s’agissait probablement d’une sorte d’élévateur qui les conduirait directement à la position de cet homme. Zane n’échangea aucune parole avec celui qui jouait les guides touristiques, pas plus qu’il n’en échangea avec Callidora et Brady qui se ramenaient plus épuisés que jamais. En toute impunité, il n’écoutait pas un seul des reproches qu’on pouvait lui faire, se contentant de regarder en l’air comme s’il était déjà dans un autre univers depuis bien trop longtemps. Ses réactions se limitaient au strict minimum. Il conserva assurément ses forces pour être prêt lors de la confrontation. Le sous-directeur — si l’on pouvait le baptiser ainsi — enclencha finalement un bouton qui brusqua les mécanismes de la plateforme. Quelques instants plus tard, elle oscilla faiblement et se mit en mouvement, à seule fin de les hisser en hauteur.

Muet en toute circonstance, le diable s’emmitoufla peu à peu d’une aura que ses deux messies connaissaient particulièrement. Ils avaient eu l’occasion de la ressentir à différentes reprises d’une façon plus ou moins évidente. Cette soudaine concentration comportait quelques similitudes avec les anciennes, mais cette fois elle était toutefois beaucoup plus concrète, si bien que même l’hôte le constata, lui qui n’avait émis aucune réaction censée depuis le début. Un autre indice vint également rejoindre l’état dérangeant dans lequel il se trouvait, à savoir le sourire qui venait subitement de jaillir sur ses lèvres. En d’autres circonstances, ce dernier aurait pu être apaisant pour ses alliés, mais il devait au contraire paraitre totalement angoissant, pour la simple et bonne raison qu’il se partageait entre la méchanceté gratuite et la démence passagère. D’ailleurs, quand Brady essaya de lui parler, il n’eut droit qu’à un regard assassin qui le calma immédiatement. Le reste du voyage se passa dans le calme général, apportant à la scène un climat lourd et pesant qui se conjuguait parfaitement bien avec l’attente qui se déroulait. Un soubresaut indiqua le moment de l’arrêt. La brusquerie avait au moins eu le mérite de réveiller tout le monde sans exception. Avant de passer l’énorme porte métallique, Adragon leur posa une étrange question. « Savez-vous ce qu’est un cauchemar ? Moi, je le sais. » Insondable à souhait, s’il songeait à les intimider de la sorte, c’était peine perdue. Le démon savait depuis longtemps qu’il avait dépassé les frontières du rationnel et qu’un retour en arrière n’était plus envisageable. Il était prêt à tout accueillir, y compris la mort qu’il se ferait un plaisir de prendre dans ses bras. Lorsque le panneau métallique se divisa en deux, la pénombre fut la première chose qu’ils aient l’occasion de voir. Cette obscurité était toutefois encadrée d’un grouillement de lumières illustrées à la bougie qui émaillaient totalement les bords de la salle qu’il pouvait définir comme étant ovoïde. Mais dès lors qu’ils s’engouffrèrent davantage, c’est la vision d’un trône composé d’une accumulation d’armes blanches qui attira son attention. Juxtaposés à côté de ce siège, se situaient deux béluas à l’apparence de reptiles dont il ne saurait qualifier l’espèce précisément. Il nota aussi quelques sorciers qui travaillaient durement sur un projet. Ils étaient tellement concentrés qu’ils ne s’étaient pas même détournés de leurs travaux.

En revanche, il ne ressentait aucunement l’essence d’un être diaboliquement supérieur à lui, mais simplement des brides qui n’étaient pas en mesure de le préoccuper. « Le patron à décider de se cacher par crainte de se confronter moi ? » Pour seule réponse à cette prétention, les flammes qui apportaient le peu de lumière à l’obscurité tressaillirent subitement, comme si elles étaient possédées par un affolement inqualifiable. Un brouillard noir frappa ensuite brusquement le sol, laissant peu à peu la place d’une silhouette se dessiner. Déroulant les paupières, il reconnaissait parfaitement cette plastique ténébreuse, et la brune devait évidemment s’en remémorer aussi. Il s’agissait de l’homme auquel ils s’étaient confrontés dans la forêt, et par lequel il avait failli mourir à cause d’un poison. « Bienvenue dans mon royaume, cher fils. » Zane se jeta directement sur lui en diminuant diligemment la distance qui les séparait. Portant immédiatement son poing vers l’avant, il engagea un énorme coup qui heurta son profil, à tel point que le son de son attaque retentit dans un terrible écho. Cela étant, cette prodigieuse attaque avait seulement eu pour effet de détourner délicatement son visage. L’homme qui se disait être son père, riposta allègrement par une intervention d’autrement plus puissante, qui fit traverser au démon la pièce tout entière avant de s’arrêter frénétiquement sous l’impact d’un rocher. « Tu es devenu beaucoup plus fort depuis la dernière fois, mais c’est encore insuffisant. » Après cette démonstration, il gravit les quelques marches pour accéder à son trône, puis il prit place en accotant sa joue contre ses phalanges. « Je vais devoir passer aux explications. Mais avant ça, reposez-vous un peu. Je vous autorise à regagner des forces. Aussi, tu peux arrêter de jouer la comédie et devenir leur nouveau consultant, à présent. » Incrusté dans la pierre, Zane se dégagea en essayant de percuter ce qu’il venait de dire. Brandissant ses yeux en direction de Brady, il comprit instantanément ce qui se passait quand il vit un animal non identifié de couleur rose jaillir sur ses épaules. Brady — ou du moins le faux — interrompit son apparence actuelle pour libérer une tignasse argentée et récupérer son apparence, celle de Seth. « Tu savais pourtant qu'on m'appelait "l'agitateur", Zane. Voulez-vous bien me suivre ? » Il n’en revenait toujours pas. Il s’était fait abuser jusqu’au bout.




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Prendre le diable par la queue [PV Callidorade]

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