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 Prendre le diable par la queue [PV Callidorade]

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Dim 24 Avr 2016, 16:38

L'impression que la situation se dégradait d'un instant à l'autre ne lui semblait pas vraiment infondée. En dépit de la petite déclaration de leur cher partenaire et de sa traversée sans le moindre impair, il s'assura que les deux autres individus puissent le suivre en leur offrant une dalle de pierre suffisamment longue. Vérifiant qu'ils ne risquaient rien, la brune s'engagea la première et fit céder quelques planches de bois avant de finalement rejoindre la surface stable dès qu'elle fut à sa portée. Vu sa maladresse, mieux valait ne pas jouer les amazones. Sans difficulté, ils finirent par retrouver le Démon. Le satané bras droit se trouvait à ses côtés, prêt à leur ouvrir la salle suivante pour qu'ils se jettent à nouveau dans la gueule du loup. La perspective d'un nouveau danger ne l'enthousiasmait pas le moins du monde, mais comme toujours, elle n'hésiterait pas à suivre Zane. Cependant, elle devait avouer que ce qu'elle apercevait du couloir lui retournait l'estomac. Même si elle était parvenue à s'habituer à quelques-unes des horreurs qui parsemaient le monde, elle devait avouer qu'elle aurait volontiers rebroussé chemin pour s'enfuir au plus vite. Quoi qu'il en soit, aucun d'entre eux n'avait plus le choix depuis que la décision avait été prise. Avant de pénétrer dans ce nouvel enfer, Callidora se dit que les Démons avaient décidément un curieux sens de l'hospitalité pour imposer de pareilles épreuves. Mais ce qui la déstabilisait le plus, c'était qu'elle ne savait pas pour quelle satanée raison elle se trouvait là. Que pouvait bien lui vouloir le père de Zane ?

En voyant Brady qui traînait un peu trop à son goût, elle le saisit par le bras pour l'aider à avancer. Si leur partenaire pouvait se permettre d'arracher les membres qui s'accrochaient à lui sans que cela ne lui pose vraiment problème, elle doutait qu'eux en soient capables. Avec un sourire d'encouragement, elle plaça son dos contre celui du Réprouvé et ils commencèrent à marcher d'un pas hésitant. La brune voulait aller le plus vite possible pour se débarrasser de ces immondes morceaux de chair qui s'agitaient à travers les barreaux, mais, visiblement terrifié, il la ralentissait légèrement. L'abandonner ici ne s'envisageait même pas. Ainsi progressaient-ils sans se presser, attentifs l'un à l'autre. Et puis, soudain, elle fit une erreur qui faillit bien lui être fatale. Alors qu'ils étaient arrivés à la moitié de l'affreux couloir, elle leva les yeux de celui qu'elle devait protéger, et son regard croisa les prunelles folles de l'une des créatures. Aussitôt, elle cessa de marcher. Pour une fois, ils ne souffraient d'aucune illusion. Ces gens étaient bel et bien réels. Autrefois, ils avaient existé, eu un métier, une famille. La voix de Zane résonna à ses oreilles, dépourvue de sens. Callidora sentait Brady la pousser pour qu'elle continue sa route. Ses jambes semblaient figées dans la pierre. Incapable de faire un pas de plus, elle observait les bras décharnés se tendre vers elle sans réagir. Des noms défilaient dans son esprit, et, emportée par ce torrent de lettres sans fin, elle ne comprenait plus rien ce qui l'entourait. Les membres acharnés l'attrapèrent sans prévenir, et elle se laissa faire, comme absente du monde réel. Leur chair putride s'affairait sur son corps pour l'attirer vers eux et un oubli qu'elle désirait presque.

Soudain, quelque chose de brutal survint, et son champ de vision fut aveuglé une seconde. Les bras tombèrent au sol instantanément et elle sentit les mains de Brady contre elle. Déboussolée, elle battit des cils un instant. Les contours du visage de son sauveur ondulèrent d'une manière étrange. « Je crois que tu as un... » La faisant taire en posant un index sur ses lèvres, il la porta jusqu'à l'autre bout du couloir sans prêter attention aux membres qui s'agitaient en tous sens autour de lui. Intriguée, elle attribua cette déformation aux larmes qui gonflaient sous ses yeux. Peut-être sa vision en subissait-elle certaines conséquences. Haussant les épaules, elle se retrouva de nouveau sur ses pieds dès qu'ils eurent franchi les derniers mètres. Jetant un œil au Réprouvé, elle vit que celui-ci commençait à sérieusement flancher. Pas étonnant après l'exploit qu'il venait d'accomplir. Quant à elle, elle avait l'impression désagréable que ses forces avaient été totalement sapées et se sentait terriblement fatiguée. Et dire qu'ils n'étaient pas au bout de leurs peines… Un seul coup d'oeil à Zane suffit à la brune pour déduire que ce n'était pas le moment d'ouvrir la bouche. Un frisson courut sur sa peau. Malgré toute l'affection qu'elle lui portait, elle devait avouer qu'à certains moments, il l'effrayait. Par réflexe, elle recula d'un pas, se retrouvant au bord de la passerelle qui s'élevait dans les airs. Leur hôte posa une question pour le moins surprenante qui lui glaça le sang. N'en laissant rien paraître, elle se contenta de hausser les épaules avec indifférence. « Les cauchemars, j'en fais mon affaire. » Un affreux pressentiment grandissait en elle, et sans parvenir à savoir exactement de quoi il s'agissait, elle se sentait aussi terrifiée qu'une enfant jetée dans la fosse aux lions.

Et d'une certaine manière, la fosse aux lions se révélait à eux. La salle dans laquelle ils venaient d'entrer sombrait dans une atmosphère terrifiante. Instinctivement, elle se réfugia derrière Zane. Mieux valait savoir quand elle n'était pas en mesure de lutter. Cependant, la seconde d'après, le Démon s'était jeté sur celui qui prétendait être son père. Callidora n'osait pas bouger d'un centimètre et ne comprit pas grand-chose à ce qui se passa ensuite. Certains événements la dépassaient. Son seul réflexe fut de bondir sur le côté lorsqu'elle sentit de la magie s'activer dans son dos. Heureusement _ ou malheureusement _ il ne s'agissait en rien d'un sort qui lui était destiné. Étonnée, elle vit le même phénomène que quelques instants plus tôt se reproduire, mais cette fois-ci, ce furent des mèches argentées qui surgirent sans prévenir. Se morigénant intérieurement, son regard revint presque automatiquement sur le chef de toutes ces manigances. Que voulait-il ? Ses méninges avaient beau s'agiter, elle ne parvenait pas à saisir la finalité de toute cette mascarade, et plus encore, elle n'arrivait pas à se souvenir de l'homme en question. La Rehla était certaine de l'avoir déjà vu auparavant. Bien sûr, elle se rappelait de leurs mésaventures à l'intérieur du miroir et de cette satanée sylve, mais elle pressentait autre chose. Elle le connaissait depuis longtemps, même si elle restait incapable de savoir où elle l'avait rencontré. Une chose était sûre : elle aurait préféré ne jamais découvrir son existence. À mesure qu'elle l'observait, il lui semblait qu'une brume tombait sur son esprit comme pour l'empêcher de mettre un souvenir sur ce visage.

Malgré la réticence manifeste de Zane à s'éloigner de cette pièce, ils finirent par entrer dans une nouvelle salle. Seth se contentait d'avancer en silence pour les guider, visiblement satisfait de son entrée en matière. La brune lui aurait volontiers arraché les cheveux un à un pour lui faire payer sa prétendue amitié, mais elle ne pouvait pas prendre un tel risque. L'endroit où ils se trouvaient désormais était d'une simplicité et d'un calme déconcertants. Cela ressemblait fortement à un salon avec tout le nécessaire pour se détendre. Le traître s'installa confortablement sur l'un des divans en toute quiétude. La brune s'approcha de la fenêtre, l'air songeur. Le soleil se couchait, et lorsque la nuit aurait rejoint le monde, elle aurait enfin les réponses aux questions qui fourmillaient sous son crâne. Peu à peu, elle sentait la fatigue accumulée dans son corps diminuer, et même si elle refusait encore de disparaître, un certain soulagement envahissait la jeune femme. Au moins aurait-elle retrouvé une partie de ses forces avant qu'ils ne se retrouvent à nouveau face à ce terrifiant personnage auquel elle s'efforçait de ne pas penser. Soudain, un parfum envoûtant sembla enfumer la pièce, et elle se surprit à tousser. Avant d'avoir compris ce qui se passait, elle vit une jeune femme en tenue pour le moins légère et aux cheveux blonds s'approcher de Zane et poser une main sur son épaule. Serrant les poings d'un geste énervé, elle ne montra pas son agacement. Vêtue de tulle blanche presque transparente et qui ne dissimulait rien de son corps, la jeune femme lui lança un clin d'oeil complice. « Dommage que je n'ai pas le droit de m'occuper de toi. On aurait pu s'amuser, tous les deux. » Un éclat de rire plus tard, elle se trouvait aux côtés de Callidora qui sursauta. Comment pouvait-elle se déplacer aussi vite ?

Savoir que des femmes fréquentaient le Démon était une chose qu'elle avait accepté depuis longtemps, mais le voir en compagnie d'une autre, même dans ces circonstances qui ne se prêtaient qu'à la provocation se révélait beaucoup plus complexe à supporter, et elle aurait volontiers envoyé l'indésirable très loin d'ici. La Rehla observait l'inconnue d'un air méfiant et croisa les bras sur sa poitrine pour se retenir, sentant une décharge courir le long de ses doigts. Bien qu'elle en ignorât la raison, dès qu'elle se trouvait en présence de Zane, sa colère avait une fâcheuse tendance à surgir brutalement sans qu'elle ne parvienne à la refréner comme elle le faisait habituellement. « Tu devrais faire attention, petite. Les gamines dans ton genre ne sont pas faites pour jouer dans la cour des grands. » Abasourdie, la brune se contenta de la regarder s'éloigner en papillonnant des cils, se demandant si elle n'avait pas simplement halluciné. Contrariée, elle se tourna vers la fenêtre pour observer le ciel qui s'entourait de couleurs sombres et entendit seulement un plateau se poser sur la petite table. Lorsqu'elle se retourna finalement, la créature avait disparu, et Seth servait trois verres dont un qu'il vida instantanément. « Vous devriez boire quelque chose, vous n'avez pas franchement l'air dans votre assiette, vous deux. » Callidora le foudroya du regard. Le Démon ne semblait pas le moins du monde inquiet pour sa propre sécurité et se contentait de vider allègrement le verre qu'il tenait entre ses doigts. À cette allure-là, il ne tarderait pas à finir sérieusement alcoolisé. Était-ce encore un piège ? Avec méfiance, la brune s'approcha. Les paroles de James lui revinrent en mémoire. Les empoisonner maintenant n'aurait pas le moindre sens, et, après tout, pourquoi refuser ?

En s'approchant de la table, elle remarqua une poudre curieuse qui se trouvait entre les bouteilles, sur une sorte de plateau d'argent. Intriguée, elle attrapa son verre d'un air innocent, refusant de goûter à l'alcool. Cela produisait souvent d'étranges effets chez elle, et ce n'était pas vraiment le moment. Profitant d'un moment d'inattention où le Démon regardait ailleurs et descendait à nouveau son verre avec bonne humeur, elle s'empara d'un autre verre jusqu'auquel elle fit léviter un peu de l'étrange mélange, faisant au passage disparaître le sien derrière un fauteuil. « Ce n'est pas mauvais. » Avisant la carafe d'eau qui traînait au bord de la table, elle en versa à l'intérieur de son verre et y ajouta une goutte d'alcool qui colora le tout pour rendre son subterfuge indétectable. Portant le cristal à ses lèvres, elle fit mine d'être dégoûtée. « Celle-ci est beaucoup trop forte. » Le Démon se tourna finalement vers elle et éclata de rire en voyant sa tête. « Quand on n'a pas l'habitude de boire, mieux vaut y aller en douceur. Fais voir ça. » Sans se méfier le moins du monde, il se releva pour saisir le verre de Callidora et le descendit d'une traite. Le coeur battant, la brune attendait qu'il se passe quelque chose et s'éloigna par réflexe. Soudain, Seth sembla s'étouffer et fut pris d'une quinte de toux brutale qui lui fit lâcher le verre qu'il tenait entre ses mains. Le cristal s'effondra sur le sol pour éclater en morceaux. Cependant, ce fut un applaudissement qui termina cette étrange réaction. « De la camomille ? Bien joué, mais il semble que tu aies encore beaucoup à apprendre en matière de poisons. » Dépitée, elle se contenta de lever les yeux au ciel. Pourquoi fallait-il que cette stupide femme ait apporté une plante aussi inoffensive ?

Piquée au vif, elle n'eut pas le temps de se convaincre qu'ouvrir la bouche n'était pas une bonne idée vu les circonstances. Tout en le foudroyant du regard, elle se retourna vers lui, remarquant à peine Roger qui venait de refaire surface et se tortillait sur l'épaule de son maître. « N'est-ce pas ce que font les prétendus amis ? Ils se déguisent pour vous tromper, ou ils cherchent à vous empoisonner quand ils en ont... » « Ou ils vous piègent pour vous conduire à un bal. » Ses mots restèrent suspendus dans les airs quelques secondes. Surprise, la Rehla pencha la tête sur le côté pour réfléchir. Comment diable pouvait-il savoir qu'elle s'était rendue à cette maudite réception sur un mensonge ? À moins que Kamal ne soit venu tout lui raconter, elle ne voyait pas comment… Son regard s'arrêta sur le poulpe. Furieuse, elle dut se retenir de le griller sur place. « Tu as osé me faire suivre depuis tout ce temps ? Mais pourquoi ? Je croyais qu'il te manquait une case, mais tu es juste complètement fou. » Cela expliquait parfaitement la présence du petit animal dans sa chambre. L'étrange sourire qui flottait sur les lèvres de Seth ne la rassurait pas le moins du monde. Les gens de ce château se révélaient tous particulièrement dérangés, et par instinct, elle préféra se rapprocher de Zane, légèrement inquiète. Levant les yeux vers lui, elle secoua la tête. La simple idée d'avoir été surveillée la révulsait. « Ce type est presque aussi tordu que toi. Pense à lui casser les dents quand on s'en ira. » Le ricanement qui s'ensuivit accéléra les battements de son coeur. Qu'est-ce que cet affreux Démon avait encore derrière la tête ? « Sa naïveté est presque touchante, n'est-ce pas, Zane ? Tu es bonne comédienne, petite, mais certains sont bien meilleurs que toi. Peut-être devrais-tu lui expliquer, à moins que tu ne préfères que je ne m'en charge. » Interloquée, elle observa son partenaire d'un air étonné. « De quoi il parle ? » Espérant que Seth avait tout simplement un esprit sérieusement dérangé, elle inspira longuement. Et ce mauvais pressentiment qui lui nouait le ventre à nouveau.


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Mar 26 Avr 2016, 00:14


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Ce qui venait de se produire sous les yeux ébahis du drôle de couple confirmait qu’ils avaient été utilisés à des fins infâmes pour servir les avidités d’un vieux fou dont ils ignoraient tout jusqu’à son identité. Cela remettait en cause les exploits considérés de Callidora. Elle n’était pas venue ici par ses dons ou par ses intérêts, mais, car quelqu’un avait décidé de la faire intervenir. Elle avait été le pantin d’un manipulateur aussi adroit que spécialiste en la matière, et cela expliquait précisément pourquoi et comment elle avait réussi à passer entre les mailles du filet. Il avait ressenti quelques présomptions tout du long de leurs échappatoires, mais la confirmation amenait d’autres questions plus inexpliquées dans leurs intentions. Le doute n’était plus permis quant aux origines de celui qu’il avait une nouvelle fois tenté d’attaquer. Rares étaient les personnes à pouvoir le mettre en déroute à chaque fois aussi franchement et sans vraiment remuer le petit doigt. Malgré son expédition par la voie express, ce terrible échec lui en avait beaucoup plus appris que s’il avait réussi à s’en débarrasser avec la même facilité qu’il avait envisagé. La déloyauté de Seth ne le surprenait pas plus que ça. Dans tous les peuples connus à ce jour, les démons étaient formés de telle sorte à ce que ce genre de renversements fasse partie de leurs quotidiens. Un être maléfique incapable de briser ses principes pour saisir les belles occasions terminait toujours son existence dans le néant le plus total. Cela était d’autant plus véridique avec les éventuels successeurs du trône. Ceux qui disposaient de capacités élevées devaient passer par cette voie un jour ou l’autre. Combien de fois Zane avait lui-même infirmé des alliés qui ne lui servaient plus à rien. En jetant un coup d’œil à Callidora, il se posait même la question de savoir pourquoi elle restait encore dans ses rangs. Elle devait être bien moins ignorante que ce qu’elle essayait de lui faire croire depuis le début. Le démon était rongé par les notions malsaines. La brune en était consciente, et pourtant… lui-même ne parvenait pas à clairement distinguer à quel jeu elle jouait. S’il observait sa partenaire avec autant d’accentuation, c’est, car il ignorait encore à ce jour si elle était digne de confiance ou non. Judicieux avait été son choix de prolonger sa visite entre ces murs, car en sortant d’ici, il saurait répondre à toutes les incertitudes.

En dépit de la révélation sur la nature de Seth, celui-ci préservait la même attitude qu’il avait toujours adoptée lors de chacune de leurs confrontations. Il n’avait jamais menti sur ce qu’il était. Simplement, c’est l’image qu’il avait reflétée qui avait mal été perçue. Pouvait-on encore le qualifier de parjure en sachant qu’il avait choisi de suivre un démon dont le pouvoir était si étendu qu’il ne craignait aucunes représailles ? Il suffisait de voir toutes les péripéties qu’ils avaient dû affronter dont l’unique finalité était de venir à lui. Ils avaient été conviés à se reposer, assignation qu’ils n’étaient pas en droit de refuser pour la simple et bonne raison qu’ils allaient probablement avoir besoin de beaucoup d’énergie pour survivre au lendemain. Lorsqu’il leur révéla la nouvelle pièce, celle-ci lui rappelait la demeure du seigneur de la luxure. La distinction ainsi que l’ameublement n’avaient plus rien en commun à l’habitat obscur qui suppléait de salle du trône. Ici, tout était indéniablement de qualité, allant de la texture des divans aux mets qui étaient entreposés sur les tables. Sans même gouter au verre d’alcool qu’il venait de leur servir, il pouvait décemment confirmer qu’ils ne se moquaient pas d’eux. La prestation était irréprochable, sans parler de cette autre femme qui lui dépêcha un drôle de message. L’odeur qui émanait de cette dernière opérait de telle sorte qu’il enivrait ses narines d’une substance qui aurait pu le contraindre à se lever pour aller la rejoindre, et ce où qu’elle aille. Pour autant, il n’était pas ici pour passer du bon temps, encore moins en compagnie de ses ravisseurs.

Longeant le bras le long du canapé, à l’inverse de l’hésitante jeune femme, il prit le verre d’alcool et versa le liquide entre ses lèvres. Douter d’eux à ce stade ne rimait à rien. La plupart des intervenants appartenaient à la même race de dégénérés que la sienne. Quand bien même ils souhaitaient les neutraliser, ils n’en conviendraient pas sans avoir gentiment joué avec eux. Le poison était une technique de pleutre qui s'accordait bien aux sorciers. Si Zane avait été de la partie, il aurait agi à l’identique de son acolyte ; en étant le plus serviable possible afin de les préparer à ce qui se déroulerait lors d’une grande cérémonie en leurs honneurs. Il était quasiment persuadé que cette cérémonie n’aurait rien de très hilarant. Dans les circonstances actuelles, ils devaient uniquement apprendre à se détendre sans penser à rien d’autre. C’était plus facile à dire qu’à faire, du moins pour certaines personnes. Zane avait rapidement pris ses aises, comme s’il était finalement chez lui en compagnie de quelques amis. Il gardait Callidora du coin de l’œil, qui semblait miner de toutes les ficelles envisageables pour mettre un terme à la vie de Seth. « Tu devrais apprendre à te calmer Callie. Tes actions infantiles ne nous mèneront à rien d’autre qu’à un numéro de cirque franchement décevant. Si tu veux faire un show, fais-le de manière habile. » Depuis peu, il était devenu sec et cassant à l’encontre de celle qui avait cru traverser des épreuves pour le retrouver. Pour une raison qui lui était étrangère, il ne parvenait pas à garder son calme quand il la voyait entreprendre des gestes sans queue ni tête. Il était plus exigeant vis-à-vis des erreurs qu’elle commettait. C’est comme s’il avait subitement affaire à un enfant qu’il devait contrôler pour ne pas la voir faire empirer la situation. Se levant ainsi de son siège, l’homme envisagea de faire un tour dans la pièce. S’arrêtant à de multiples endroits, il examina chaque élément du décor avec une minutie d’expert. Les tableaux accrochés aux murs s’évaluaient d’une valeur onéreuse. Les plantes parsemées aux abords offraient un arôme qui détendait naturellement l’esprit. Quant à la fenêtre, il devait s’agir de la rare qu’il remarquait depuis fort longtemps. Les accès se faisaient rares, mais là encore, elle permettait de maintenir une certaine décontraction.

Inopinément, Zane fit une soudaine volteface lorsque Seth mentionna cette histoire relatée au bal. Il est vrai qu’il n’avait pas encore étudié la question comme il avait promis de le faire. La main que lui tendait son ancien ami semblait tout droit destiné à ressortir le dossier. Quelques secondes plus tard après la remarque, le futur souverain réapparut brusquement devant Callidora. Son visage était assombri, et son regard, plus vidé d’émotions que jamais paraissait être inondé de reproches. À ce moment, il devenait la menace. « La tromperie n’est pas toujours celle que l’on croit. Certains individus peuvent parfois nous surprendre. » il s’affala sur le divan d’en face, écartant ses bras tout en basculant sa tête vers l’arrière. « Je suis de ceux qui pensent que les pièges ne sont là que pour justifier des décisions préjudiciables. Mais un piège est fait pour se détruire, et s’il ne peut l’être, on peut toujours le détourner. Quel est donc ce piège, Callidora ? T’a-t-on mis un couteau sous la gorge pour que tu acceptes de participer à un défilé de dindes ? Tu es plus intelligente que ça… alors, explique-moi ! » La conclusion de sa réplique s’était dressée dans un ton sévèrement plus rauque. La portée de sa voix et l’autorité avec laquelle il l’avait articulée avaient même réussis à surprendre Seth alors que Roger s’était réfugié dans le veston de son maitre. Ils n’auraient sans doute pas l’occasion de tirer les choses aux clairs s’ils ne le faisaient pas maintenant. Peut-être que seul l’un d’entre eux réussirait à survivre, voir même aucun. Et même en admettant qu’ils y arrivent, rien ne laissait croire qu’ils se reverraient par la suite.

Toutefois, Seth n’en avait pas vraiment terminé avec la phase des clarifications, la branche qui était étroitement liée aux révélations. Lorsque ce dernier lui demanda de passer aux explications, sans quoi il le ferait de lui-même, le démon releva le buste tandis que ses prunelles fusillèrent le regard ambré de la jeune femme. « Ta mère. » Dans un soupir prononcé, il lâcha cette réplique comme une bombe sur le point d’exploser. S’en suivit un léger silence qui se termina par un second souffle. Les pulsations du démon diminuaient de fréquence, comme s’il devenait tout à coup de plus en plus posé. Il reprit alors en remuant ses lèvres avec une précision, qui, au cas où elle ne parviendrait pas à l’entendre, pourrait lui permettre de lire sur elles pour s’en persuader. « En me confrontant à lui tout à l’heure, j’ai su qu’il était bien mon père. Seul un membre de ma famille pouvait connaitre ce point faible. Je t’ai menti sur un propos. Mon père n’a jamais disparu, ou du moins, jamais en tant que mort. Tandis que nous l’avons croisé dans la forêt, il m’a délivré un message pendant que tu étais partie chercher l’antidote. Il m’a alors révélé pourquoi il nous avait délibérément conservé, et toi, et moi. Mon père est celui qui a tué ta mère. » Il le savait depuis maintenant très longtemps, mais lui avait toujours caché cette information. Pour autant, il n’éprouvait aucun remords à ne pas lui avoir dit la vérité à ce moment précis. Seth semblait se réjouir de la situation qu’il prenait bonheur à envenimer à chaque fois qu’il le pouvait. Toutefois, en vue de la tension qui régnait au sein de cette belle famille, le bras droit décida d’interrompre les réjouissances en frappant dans ses mains. « Hop, hop, hop ! Nous en avons suffisamment appris aujourd’hui pour toute une vie. Il n’est pas nécessaire de se quereller en cette soirée. Profitez de ce que vous avez à disposition. Vous êtes ici chez vous. » Il se leva à son tour, posant machinalement la paume sur la poignée de son sabre. Il se dirigea jusqu’à l’encadrement de la porte avant de brusquement s’arrêter d’un soubresaut. « Oh ! J’ai failli oublier ! Vous pouvez vous promener partout, sauf dans la salle du trône, cela va de soi. Père est quelqu’un de très ronchon au réveil. S’il entend l’un de vous, il vous décapitera. Pur réflexe de sa part. Vos chambres se trouvent au fond du couloir. À demain, les tourtereaux. » Le terme n’aurait pas pu moins convenir.

Sans s’attarder sur des détails, Zane se hâta de sortir à son tour en prenant la direction qui menait à sa suite. La journée avait été remplie en émotions, c’est pourquoi il devait se focaliser sur sa préparation physique. S’il disait vrai -et il le disait- alors ils allaient devoir combattre de toutes leurs forces pour mériter l’entretien qu’il réclamait. Néanmoins, Seth avait omis de préciser qu’ils ne disposaient que d’une seule chambre pour deux. Il s’en contenterait, du moins pour l’instant. De toute façon, ce n’est pas comme s’il souhaitait réellement se détendre. Il aurait dû s’aviser du conseil qu’on lui avait gracieusement fourni, mais son intuition le contraignait à se préparer différemment. Lorsque Callidora entra dans la chambre, il se contenta de lui jeter un bref regard du coin de l’œil avant de filer s’asseoir sur la rampe qui précédait la fenêtre. Il observa les constellations, à défaut d’avoir une meilleure scène sous les yeux. Quelques instants plus tard, il changea d’avis pour quitter de nouveau la pièce. À partir de là, Zane disparut durant toute la nuit, ne resurgissant qu’au matin, lorsque Seth vint les réveiller. Il se trouvait déjà dans la salle où résidait son géniteur, les deux hommes semblant se fixer sans émettre le moindre discours. L’agitateur mena Callidora jusqu’à eux. Celui qu’ils appelaient tous le père prit la parole. « Que le jeu commence ! » Seth balaya la jeune femme pour la faire trébucher dans ce qui s’apparentait fortement à une arène. Sans se faire prier, Zane sauta dedans par ses propres moyens dans l’indifférence de ce qui allait se produire. Il s’en doutait, c’est pourquoi il tendit la main en attente de quelque chose. « Je vois que tu as saisi. » Avec son pied, Seth fit glisser une épée médiévale dans la fosse que l’homme réceptionna. Un autre homme fit pareillement de l’autre côté pour délivrer la même arme à Callidora. « Comme Zane semble l’avoir compris, il va vous falloir livrer un duel pour déterminer qui aura la chance d’avoir un rendez-vous privé avec père. Le fils ou la fille de la victime. À vous d’en décider. » Le démon fit virevolter l’arme entre ses doigts, errant calmement jusqu’à celle qu’il considérait à présent comme son adversaire. Tout en demeurant stoïque, il effondra la large épée sur la demoiselle. Le duel pouvait commencer.




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Dim 01 Mai 2016, 10:14

S'imaginer que cette période de repos leur serait véritablement profitable aurait été une grave erreur. À dire vrai, les interventions de Seth ne manquaient pas d'aggraver des événements déjà délicats, et la brune se demandait quel profit il pouvait bien tirer d'un tel comportement. Cela faisait un moment qu'elle ne s’illusionnait plus sur l'innocence de ceux qu'elle rencontrait, et malgré la promesse d'un plaisir malsain qui aurait pu fournir une explication suffisante à ses yeux, elle n'y croyait pas une seconde. Le reproche que lui fit Zane ne la blessa pas, probablement parce qu'elle ne s'adonnait qu'à des enfantillages de façade. Une simple distraction qui lui permettait d'échapper aux rouages de son esprit. Et passer pour une personne stupide ne pouvait que finir par lui être favorable. Cela dit, un problème majeur ne tarda pas à survenir, et au-delà de l'apparent calme dont faisait preuve le Démon, le ton de sa voix la fit frissonner. Etait-il en colère pour si peu ? Callidora peinait à croire qu'il puisse lui adresser un pareil reproche, et pourtant, quand elle y réfléchissait davantage, elle aurait probablement réagi de la même manière, et même probablement d'une manière autrement plus violente. « J'ai voulu faire confiance à quelqu'un à qui j'avais sauvé la vie. » À cette pensée, elle sentit son coeur se serrer. Malgré le soin que Kamal avait pris d'elle lorsqu'elle s'était laissée allée à la tristesse, elle continuait à lui en vouloir. « Il se trouve qu'il m'a menti pour me traîner là-bas parce qu'il pensait qu'en rencontrant d'autres hommes, je cesserais de penser à toi. On constatera l'efficacité de son stratagème, au passage. » Un léger ricanement lui échappa. Cette explication ne lui suffirait peut-être pas, mais après tout, lui n'avait jamais justifié ses actes, et elle s'était moquée éperdument de cet événement. « Et si tu crois que ça m'a plu, c'est que tu ne me connais pas. » Que pouvait-elle dire d'autre ?

Les deux mots qui échappèrent des lèvres de Zane firent retomber instantanément son agacement. Troublée, elle attendit en silence qu'il continue. D'après ce dont elle se souvenait, elle n'avait jamais vraiment mentionné Marianne en sa présence, et qu'il parle d'elle en un moment pareil avait de quoi décontenancer. Et une fois de plus, elle aurait préféré que les révélations ne viennent pas. Souvent, cela ne faisait qu'envenimer les choses, et les mots s'échappaient quelques fois trop vite pour être pardonnés. Le cœur battant, la brune écouta ses explications sans ciller, dévorant chacune des paroles qui tombaient des lèvres du Démon, espérant une explication à cette aventure insensée. Malheureusement, ses espoirs furent anéantis à l'instant où il prononça sa dernière phrase. Incrédule, elle se figea une seconde, n'osant croire à ce qu'elle venait d'entendre. Lorsqu'elle le regarda pour s'assurer de son sérieux, elle sentit quelque chose éclater en elle comme un bourgeon qui se fâne. « Tu ne mens pas. » Sa voix tremblait de colère et de désespoir, et pourtant, elle gardait un visage impassible. Malgré ce que cette terrible nouvelle impliquait et la charmante surprise qu'elle réservait, la brune avait appris à faire semblant ces derniers temps. Auprès de quelques-uns de ses semblables, elle avait fini par développer un certain talent pour conserver un masque qui ne fissurait que lorsqu'elle se retrouvait seule. Quoi qu'il en soit, lui révéler que les moments les plus importants de sa vie avaient été orchestré par un Démon _ et, puisque le destin se montrait parfois d'une cruauté sans nom, par le père de Zane _, la mettait hors d'elle et lui ôtait tout espoir. Aucune étoile ne l'avait prévenue que tout avait été soigneusement manipulé depuis le début, et peut-être même chacune de ses rencontres avec lui. Cachant son visage derrière ses cheveux, elle essuya d'un revers rageur la seule larme qui venait de se détacher de ses prunelles désespérées avant de se reprendre. Jamais elle ne le laisserait la voir pleurer. Ç’aurait été avouer ouvertement sa faiblesse, et même s'il fallait y laisser la vie _ après tout, quelle importance cela avait-il ? _, elle ne s'y risquerait pas. Une colère sourde grondait en elle, pour le moment effacée par le chagrin.

Et puis, Seth était intervenu à nouveau pour apaiser cette ambiance qu'il croyait électrique. Incapable de réagir à ses paroles, elle garda le silence. Jouer les enfants n'était plus possible, et de toute manière, elle n'en avait plus la moindre envie. Suivant Zane qui s'élançait à sa suite à la manière d'un automate, elle ne tarda pas à déboucher dans la chambre qui leur était réservée. Sans lui adresser la parole, il s'installa à côté de la fenêtre pour observer les étoiles, là où elle aurait voulu être. Préférant s'asseoir sur le lit, elle s'appuya contre le mur et releva son genou pour y poser son coude. Certains jours, parler ne servait à rien, et de toute manière, elle n'aurait pas su quoi dire. La Rehla se contentait de le regarder, lui, ce Démon qui observait les étoiles. Finalement, il se leva et disparut sans qu'elle ne cherche à le retenir. Que pouvait-il bien aller faire ? Cependant, il sortit bien vite de ses pensées. Certains souvenirs venaient lui déchirer l'esprit, et maintenant qu'il ne se trouvait plus dans la même pièce qu'elle, elle affala sa tête dans le creux de sa main et s'y abandonna. Le sommeil ne lui rendit pas visite, cette nuit-là. Hésitant entre des visions insensées et une tristesse insondable, Callidora passa les heures obscures à écouter les murmures des astres nocturnes, dévorée par le Spleen qui ondulait autour d'elle en vagues immondes. Ceux qui se trouvaient dans les parages devaient certainement se sentir vidés de leur force, mais elle ne s'en souciait pas le moins du monde. Cette errance folle à l'intérieur d'elle-même ne prit fin que Seth vint la chercher pour l'emmener à nouveau dans cette prétendue salle du trône. Zane s'y trouvait déjà, en compagnie de cet horrible personnage qu'elle ne regarda pas. Croiser son regard serait une erreur fatale, et elle ne pourrait s'empêcher de lui cracher sa haine au visage si cela arrivait. C'était une sensation étrange que la haine qui empoisonnait son coeur. Jusqu'à ce jour, elle n'avait jamais détesté personne. Soudain, elle se sentit tomber en avant et atterrit sur un sol légèrement différent. Une arène. Relevant la tête, elle eut tout juste le temps de voir son partenaire se précipiter vers elle, une épée à la main.

Au début, elle ne réagit pas, restant à genoux. Ce ne fut que par miracle qu'elle évita l'arme qui s'abattait sur elle. Un réflexe qu'elle n'aurait jamais pensé avoir la fit plonger sur le côté, lui permettant d'échapper à un coup probablement fatal. Pour l'avoir déjà affronté, la brune savait qu'elle ne pourrait jamais le vaincre, et de toute manière, elle ne le voulait pas. L'essentiel était que lui s'en sorte. Le reste ne comptait pas vraiment. Cela dit, malgré son plongeon, son épaule se retrouvait sérieusement amochée, et un léger filet de sang s'échappa pour couler sur son avant-bras. La douleur avait beau être cuisante, elle ne la réveilla pas pour autant de sa curieuse léthargie. Totalement à la merci de son adversaire, elle se laissait faire, et ne comptait pas le moins du monde réagir. S'il voulait du spectacle, l'organisateur de ce charmant duel serait déçu. Se promenait-elle à nouveau dans l'un de ces cauchemars dont elle pensait ne jamais pouvoir sortir jusqu'à ce que la caresse d'un rayon de lune la ramène à la vie ? C'est fou comme tu ressembles à ta mère. Ce ne fut qu'un murmure qui s'insinua dans son esprit brisé comme un poison violent. Aussitôt, la brune releva la tête vers celui qui osait s'infiltrer ainsi au coeur de ses pensées. D'un bond brutal, elle se releva. Plus question de rester à terre. Quelque chose s'enflammait dans ses veines. Un sentiment qu'elle aurait préféré ne jamais connaître. Refusant de croiser le regard de Zane, elle le surveillait pourtant d'un œil attentif. Le Démon ne mettait pas toutes ses forces dans le duel, c'était évident. S'il le désirait vraiment, il pouvait la balayer d'un revers de la main. Qu'attendait-il ? La Rehla ne voulait pas se battre contre lui, et que sa vie en dépende ou non ne pesait rien dans la balance. Une voix étrangère lui murmurait d'ailleurs qu'elle ne mourrait pas dans le duel et que, d'une manière ou d'une autre, leur hôte avait besoin qu'eux deux soient vivants. Cette même voix qui, à chacune de ses rencontres avec le brun, ne cessait de lui répéter qu'il n'était pas une merveilleuse créature comme elle le pensait, mais qu'il restait bel et bien un Démon, et qu'elle n'y pouvait rien sinon l'accepter.

À présent qu'elle se tenait debout, les choses ne changèrent pas énormément. Se contentant d'éviter les attaques du brun comme elle le pouvait _ ce qui ne devait pas donner grand-chose et être d'un ennui mortel à regarder _, elle reçut cependant quelques coups bien placés qui ne manquaient pas de raviver d'anciennes douleurs. Utiliser la pilule qu'il lui avait donnée la veille ne s'envisageait même pas. D'ailleurs, elle se demandait pour quelle satanée raison Seth ne la lui avait pas confisquée. À quel jeu s'adonnait-il ? Ne sachant dire depuis combien de temps Zane s'amusait avec elle, elle savait seulement que cet inutile ballet l'épuisait à une vitesse folle et qu'elle ne tarderait pas à céder sous les assauts répétés du brun. Marianne est donc morte pour rien. Quel gâchis. Serrant le poing, elle baissa la tête pour se calmer, se dissimulant derrière ses cheveux. Personne ne décidait de sa vie, et ceux qui s'y risquaient devaient s'attendre à voir leur destin perturbé. D'un geste rageur, Callidora tendit la main vers l'épée qui s'y retrouva instantanément et releva le visage. Un sourire mystérieux effleura ses lèvres. « Tu n'es pas comme lui, et lui ne sera jamais toi. » Impossible de dire à qui elle s'adressait. Tenant l'arme entre ses doigts d'un air distrait, elle s'élança brusquement en direction du Démon qui restait sans bouger, attendant visiblement de voir ce qu'elle s'apprêtait à faire. Parfaitement immobile, il l'observait approcher d'un air inquiétant, et elle n'aurait su dire ce qui se tramait derrière son regard impitoyable. Au dernier moment, elle tendit la pointe de l'épée vers le bas et fit appel à toutes ses forces pour lui rentrer dedans. Décontenancé _ ou parce qu'il le voulait bien _, il tomba à terre, et elle se retrouva sur lui, une lueur rassurante illuminant ses prunelles dorées, un sourire moqueur aux lèvres. « Décidément, ça devient une habitude. » Avant qu'il ne réagisse, elle déposa l'arme au-dessus de la gorge du Démon, suffisamment près pour faire croire aux fous qui se trouvaient dans la salle qu'elle était prête à le tuer s'il le fallait, et suffisamment loin cependant pour que Zane comprenne qu'elle n'attenterait jamais à sa vie, quelles que soient les circonstances. Que lui au moins sache que, contrairement à ce qu'il croyait, elle ne le trahirait pas.

C'est en remarquant le sourire presque carnassier qu'il arborait qu'elle comprit son erreur. Sans qu'elle ne puisse réagir, il la gratifia d'un ou deux coups de genoux dans le ventre qui lui firent lâcher prise instantanément. Par réflexe, elle envoya l'épée valser sur le côté. Et puis, sans manifester la moindre difficulté, il l'envoya jouer quelques mètres plus loin. Le souffle coupé, elle ne parvint pas à se relever avant qu'il ne fonde sur elle. C'était trop tard. Callidora le vit arriver vers elle, son arme s'apprêtant à frapper, lorsqu'un événement inattendu se produisit. Inconsciemment, la brune avait rappelé sa propre lame, et celle-ci barrait la route à celle du Démon. Mais utiliser la magie alors qu'il ne s'en servait pas contre elle pour lui laisser une chance de survivre lui paraissait parfaitement inapproprié. Ainsi saisit-elle l'arme sans hésiter, tentant de résister à la pression surhumaine qu'il lui opposait. Métal contre métal. Malgré sa volonté de ne pas céder, elle finit par sentir ses forces l'abandonner, et son bras se repliait de plus en plus. Bientôt, elle lâcherait l'épée, et alors, elle se retrouverait à sa merci. Sans prévenir, elle fit un bond en arrière qu'elle espérait suffisant pour ne pas finir embrochée. Malheureusement pour elle, Zane possédait une puissance qu'elle n'osait même pas imaginer, et il lui fallut moins d'une seconde pour la rattraper. Le temps de voir ce qui lui arrivait ne lui fut même pas accordé. La Rehla sentit la lame mordre sa chair au niveau du ventre. Un cri de douleur lui échappa à mesure que la pointe traçait un sillon ensanglanté sur sa peau. Lorsque ce fut fait, lorsqu'elle crut que tout était enfin terminé, elle revint comme une funeste promesse dans l'autre sens pour s’enfoncer cette fois plus profondément. Son ancien partenaire effectuait son œuvre d'un air impassible, et elle ne vit aucune émotion traverser son visage. Incapable de supporter une telle vision et la douleur monstrueuse qui partait de son ventre pour résonner en vagues insoutenables dans chaque morceau de son corps endolori, elle ferma les yeux. Et puis, tout s'arrêta. Surprise, elle battit des paupières et constata que la lame perforait le vide, à l'emplacement exact où elle fouillait sa propre chair quelques secondes auparavant. Finalement, elle avait eu raison. Son coeur se serra. Pour une raison ou pour une autre, le père de Zane ne l'avait pas laissée mourir. Et lui l'avait voulu.


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Lun 02 Mai 2016, 19:53


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Zane et Seth. Ils étaient incontestablement sur la même longueur d’onde : physiquement, ils étaient très proches, notamment dans le soin capillaire et vestimentaire qu’ils mettaient tous deux à profit. Psychologiquement, ils étaient également à deux doigts de se comprendre, de se correspondre au-delà des lois promulguées dans l’enceinte de l’enfer. S’il se fiait uniquement aux intentions de la race qu’ils représentaient, alors l’homme à la fourrure argenté était supérieur à lui, probablement plus estimé parmi les pécheurs pour se réinventer en un leader sans égal. S’il devenait le monarque légitime du royaume des ténèbres, les démons recouvreraient obligatoirement ce qu’ils avaient égaré durant ces dernières décennies : la gloire d’antan. En ce qui concerne leurs développements globaux en revanche, le séducteur avait grandement progressé depuis quelque temps, et ce en une courte durée. De l’illustre inconnu sans le moindre avenir — tout juste bon à pratiquer une responsabilité de serviteur durant toute son existence — il était devenu l’outsider par excellence. Celui sur lequel les regards se posaient en préméditant qu’il pourrait probablement renverser la vapeur dans les années à venir. En étant muré comme un déchet, loin de tout ce qu’il avait connu lors de ses incessants périples, il avait au moins appris à prendre sur lui et à ne pas croire que tout était acquis. Les mauvaises passes existaient pour le renforcer. Pour faire de lui un adversaire sans peur et sans reproche. En dehors de tout ce qu’il avait traversé seul jusqu’à maintenant, la subite apparition de Callidora lui avait dévoilé une autre perspective qu’il n’eût jamais calculé à l’extérieur de ses murs. À maintes reprises, on lui avait prêté des qualifications qui ne lui seyaient pas du tout. Combien de fois l’avait-on perçu comme un gentil samaritain, tantôt apte à aider la population — certes pour ses intérêts — alors qu’il ne pourchassait que la réputation et la gratitude ? La totalité des compliments qu’il avait jadis agrégés lui survenait uniquement, car il se trouvait dans la peau d’un personnage, et ces figures interprétées revêtaient différentes facettes, mais jamais l’une d’entre elles n’avait été fondamentalement obscure. Pourtant — et ce, peu importe ce que les autres voyaient en lui —, il était né pour être malsain, et encore maintenant, sa réincarnation s’était intervenue dans le corps d’une âme ; la plus mauvaise qui est sur cette terre. En prenant en compte son vécu — souvent faussé — et les quelques relations auxquelles on l’avait rattaché, rien ne pouvait lui ratifier que la brune ne s’était pas non plus fourvoyée sur sa personne. Elle était tombée sur le charme du rôle, et pas de l’acteur, sinon où aurait-elle pu trouver toute la motivation pour le revoir ?

Aucune femme de ce monde, non, de cet univers n’était assez psychotique et audacieuse pour affluer après un diable. À tout moment, sa propre aliénation pouvait subjuguer sa conscience, et qui en un geste inapproprié et irrépressible pouvait extirper la vie de quiconque se trouvait dans son champ. Pour en réchapper à ses côtés, il n’existait qu’un seul circuit ; il n’était ni scientifique, ni même irrationnel. Pour ne rien risquer en restant auprès de sa personne, il suffisait d’être humblement plus puissant que lui. Pourquoi ? Tout simplement pour l’arrêter et le contenir lorsqu’il virait dans un état second. Callidora n’était certainement pas la trompeuse qu’il voulait bien voir en elle pour se faciliter la vie, et c’est justement en ça qu’elle péchait le plus. La brune était trop romanesque, trop prévenante, trop influençable, trop conciliante. En bref, elle était un condensé de trop de positivité, exclue de la moindre once d’obscurité. S’il avait parfois pu saisir certains écarts dans son attitude, et qu’il avait récemment perçu de la haine dans son reflet doré, elle avait toujours tenu le coup jusque-là, venant assez facilement à refouler ce sentiment contraire chez elle. Zane n’était pas capable d’une telle prouesse, ou du moins, il n’en avait plus les remèdes ni l’envie. Alors qu’il s’élevait dorénavant au rang de parjure, la faible essence lumineuse qui reposait timidement à l’intérieur de son corps s’éteignait progressivement. Paradoxalement, c’est l’instant de son extinction imminente qui préoccupait son esprit. Dans l’hésitation qui vampirisait ses muscles dans le cas présent, ses assauts n’avaient pas pour but d’ôter la vie de sa partenaire. Même si la brutalité de ses actions était tout à fait avérée, il se tenait encore suffisamment sous emprise pour interpréter un rôle. Il commençait à penser que Seth n’avait commis aucune faute ; pas plus que son père d’ailleurs. Tout ce qui l’importait à présent, c’était de lui poser une question. Une seule. Pour convenir à cette exigence contraignante, on leur imposait de se battre, mais aucune subtilité n’avait été stipulée sur une défaite ou toute autre règle à suivre à toute circonstance. C’est la raison pour laquelle il soutenait un rythme d’attaque assez effréné sans pour autant la mettre au dos du mur. Il parvenait à l’acculer à de diverses reprises grâce à sa maîtrise impériale de la guerre. En fait, ce combat d’arène ne l’amusait pas particulièrement, mais il lui procurait un certain bien-être, sans doute car il pouvait se défouler et dialoguer de sa propre manière. Certains exprimaient leurs émotions à travers un discours interminable, et d’autres en se laissant aller à la sauvagerie primitive. Zane n’avait pas seulement acquis une fureur vengeresse, il était aussi devenu plus alerte. En conjuguant les deux attributs, il arrivait à marquer l’épiderme de la jeune femme de plusieurs éraflures sans jamais lui porter le coup fatal. Qu’il aurait pu lui asséner à de récurrentes répétitions tant les ouvertures qu’elles lui laissaient était en accord avec son manque de volonté. Elle se reprit toutefois durant de courtes secondes, juste assez pour le plaquer au sol et le menacer avant qu’il ne puisse répliquer, la chassant d’un coup de talon dans l’estomac.

Subitement affranchi d’une atroce froideur, le démon muta involontairement en un monstre sans indulgence. Avant même de s’en rendre compte, il se retrouva soudainement affecté aux côtés de Callidora, s’apprêtant à délivrer son arme dans les entrailles de la belle. Par un curieux phénomène, tout ce que son épée cribla fut une énorme pièce de jambon, comme s’il avait lui-même imaginé la situation par son fantasme fertile. Tournant immédiatement sa tête vers le haut, il comprit tout de suite que son père n’était pas étranger à l’échec de sa tentative. Tapant dans ses mains à trois reprises, l’un des hommes enclencha directement un levier qui remonta la plate-forme sur laquelle ils se trouvaient. Après avoir survécu à la rude secousse qui rehaussa la vaste dalle, Adragon se décala calmement auprès d’eux, radiant les armes dans son sillage spectral. De plus, les blessures avaient elles aussi étés moissonnées par l’ombre, de telle sorte qu’elles semblaient ne jamais avoir existés. Crachant sa salive sue la bordure, Zane comprima les poings avant de sortir de la piste, heurtant la brune de sa large carrure lors de son transit. Il s’arrêta aux pieds de son père, se dressant fièrement devant lui en restant présomptueux, le regard faiblement tourné vers le haut à cause de sa taille sensiblement plus importante. « C’est bien ce que je pensais. Tu ne l’as pas impliqué dans cette histoire pour la laisser mourir d’une manière aussi grossière. Quoi que je fasse, Callidora doit demeurer en vie jusqu’à la fin de ton rituel, c’est bien ça ? Et si tu nous expliquais en quoi consiste tout ce cinéma. » Il avait beau se targuer d’avoir compris être essentiel en tant que produit commercial, il restait toutefois dans la nébulosité la plus totale. Tout ce qu’il pouvait conclure, c’est que peu importe en quoi il allait lui être utile, tous les intervenants ici présents ne s’en sortiraient pas indemnes. Une cicatrice indélébile allait les imprégner de cette odyssée dans ce qu’il pouvait déduire comme étant la seconde partie de l’enfer. Le plus étrange, c’est que les individus qui gardaient ce château n’étaient pas des démons, il en mettrait sa main à couper.

Le seul qui pouvait se caractériser comme tel était bien celui qui se prétendait comme étant son père. Les autres ne disposaient pas de la même aura, y compris Adragon qui se connotait davantage à un sorcier. L’homme au visage occulté tendit ses mains, et dans celles-ci se manifesta une épaisse chaine qui se ficela petit à petit à eux. Soudain, la sensation désagréable de sentir quelque chose s’incruster dans sa colonne était bien réelle. Les menottes — imprégnés de magies — envoyaient un flux continu entre lui et la brune, comme s’ils étaient… « Vous êtes liés par le destin. » Débridant les yeux, Zane entreprit sans délai de tirer sur les maillons afin de les rompre, mais cela ne fit que l’allonger. Ils n’étaient pas à proprement parler, attachés comme il le croyait. Ce sort n’impliquait pas de devoir rester collé près de l’autre, comme si ce n’était qu’une simple représentation de ce qu’il essayait de leurs avouer. Subitement drainé vers l’avant, le roi de la forteresse venait de les attirer à lui sans ménagement. « Tout d’abord, vous devez savoir qu’on m’appelle Draxas en tant que démon. Vous devinez quel est le plus gros problème pour un homme tel que moi, qui cherche à se transcender alors qu’il ne puise plus d’adversaires dignes de sa prestance sous la main. Il peut renoncer au plaisir éternel, purger sa propre magie ou bien encore trouver un stratagème de se surpasser. Afin d’éradiquer les dieux, il n’existe qu’une manière d’y parvenir : l’immortalité. » Seth et Adragorn se postèrent derrière eux, visiblement prêts à intervenir. L’un plaqua la pointe de sa longue épée dans le creux de ses reins, tandis que l’autre fixait simplement son index — auréolé d’un maléfice destructeur — sur la nuque de la belle. Outre le fait de les empêcher de tenter quoi que ce soit, ils les contraignaient aussi à écouter la fin de son exposé jusqu’au bout. Ce n’est pas comme si une immensité de portes leur était ouverte de toute façon. Au mieux, ils pouvaient courir jusqu’à leurs chambres et ça s’arrêtait là. « Pour y parvenir, j’ai besoin de mon sang dans un premier temps, mais j’ai aussi besoin de la personne qui t’es la plus chère, Zane. Comme le Yin et le Yang, vous êtes à la fois opposés par vos différences, mais aussi si similaires par vos ressemblances que vous êtes la douce schématisation de ce parfait croisement. Vous immoler ne rimerait à rien, c’est vrai. Mais je peux au moins vous épuiser jusqu’aux limites de la mort. Voyez-vous, à l’image des péchés capitaux, mon élite incarne tout type de morts. Adragon matérialise la vieillesse, tandis que Seth est celui du sacrifice. Ils sont dix au total, mais uniquement quatre d’entre eux sont présents ici aujourd’hui. Un certain génie ne devrait pas tarder à nous rejoindre, mais avant ça… » Accompagnant la traversée d’un éclair, le poing de Draxar martela l’accoudoir sur lequel son bras reposait. Émiettant celui-ci en un seul balancement, il semblait indirectement s’adresser à ses deux hommes.

Alors que la lourde chaine se distillait en une volée de particules, Zane abaissa massivement son buste en le rapprochant au plus du sol, sentant que ce mutisme persistant n’annonçait aucune bonne nouvelle. Et à raison : la longue lame effilée de Seth déclencha une infime bourrasque. Une seconde de réaction trop tardive aurait immanquablement signé son arrêt de mort. D’un saut latéral, il se décala en de multiples bonds pour amener le plus de distance entre lui et son ancien camarade. Les rares fois où il avait pu le voir en pleine action, ses engagements s’étaient terminés en véritables supplices pour tous ses concurrents. Il se débrouillait particulièrement bien à distance, mais il était encore pire à proximité, c’est pourquoi il devait éviter un contact trop brusque. Jetant un coup d’œil vers Callidora, il ne pouvait s’empêcher de songer qu’elle avait beaucoup moins d’équités que lui, d’autant plus qu’il devait être encore plus dangereux. Outre son immatérialité quasi constante, il avait réussi à les coucher en un seul instant. Elle n’avait aucune chance de se dérober à lui, et honnêtement, il n’en avait pas plus. Il devait néanmoins se préoccuper de son adversaire, car il ne parviendrait pas à lui prêter main-forte sans mettre hors-jeu ce dernier. Sans arsenaux, cela dépassait la simple restriction. Une mission impossible, rien de moins. Formant une pelote de pierre dans le creux de sa main, il projeta sa création en la percutant de toutes ses forces avec sa paume, telle une raquette. Le projectile siffla dans l’air par sa vélocité incroyable. De plus, l’angle sous lequel il l’avait expulsé ne traçait aucune ligne droite, la rendant totalement imprévisible dans sa trajectoire. Conscient du danger, Seth abrita son corps avec ses membres tout en le durcissant d’une surface métallique. La roche se divisa en de nombreux graviers qui papillonnèrent dans toute la salle. « Je suis profondément désolé de ce qui va se passer. Tu vas devoir encore subir de la torture un tout petit peu. » « Dans tes rêves. J’ai aussi assez d’énergie pour te faire bouffer la terre dans laquelle je vais t’ensevelir. » « J’ai toujours voulu savoir qui de nous deux était le meilleur. » Surfant sur le film de métal qu’il suscitait en continu sous ses pieds, Zane se rua symétriquement dans le même cap. Esquivant le sabre au dernier moment en éloignant le haut de son buste avec la super vitesse, il engagea un immense coup de poing dans son minois. Résistant à l’attaque grâce à son armure, il plaça à son tour un coup de genou dans ses côtes, mais le bellâtre le neutralisa avec ses mains devenues elles aussi métalliques. La seconde d’après, ils s’accablèrent mutuellement au tour par tour. Un pugilat sans précédent avait lieu. La collision de la matière se répercutant entre les quatre murs. La frénésie était telle qu’elle serait probablement écourtée par la fatigue. Reste à savoir qui tomberait le premier. « Calli, fais att... » Par la faiblesse de sa chevalerie errante, Zane perdit une seconde. Une malheureuse seconde qui le figea sur place. Allongé dans les airs, l'épée de Seth implanté dans son cœur faisait office de pilier. De longs filets de sang émergeant de sa bouche grande ouverte retenaient une respiration saccadée.  


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Dim 08 Mai 2016, 22:32

La simple idée d'être le jouet d'un Démon la dégoûtait profondément. Combien de ses semblables avaient un jour péri, utilisés par des créatures sans âme qui ne les voyaient que comme un moyen efficace de parvenir à leurs fins ? Puisqu'ils ne pouvaient pas se défendre, les gens de son peuple se retrouvaient régulièrement dans des situations catastrophiques qui s'achevaient bien souvent par leur mort. Quoi qu'il en soit, elle ne comptait pas se laisser faire et donner du fil à retordre à ceux qui s'arrogeaient le droit de décider de son sort. Malgré le chagrin qui la rongeait dès que l'image du corps mutilé de sa mère s'imposait à son esprit, elle s'efforçait de garder espoir. Que Zane tente de mettre fin à ses jours ne la surprenait finalement pas, d'autant qu'il avait déjà essayé par le passé, et elle savait parfaitement qu'il recommencerait à n'importe quel moment. L'incertitude ne lui déplaisait pas. Une telle tentative ne changeait rien à ce qu'elle éprouvait pour lui, et puisqu'elle avait souhaité rester dans cet endroit immonde à ses côtés, elle assumerait sa décision jusqu'au bout. Demander des explications à son père comme il s'empressa de le faire une fois le simulacre de duel terminé lui semblait une excellente idée. Sentant quelque chose d'inhabituel contre elle, elle tourna la tête pour remarquer un lien visiblement magique qui s'étendait entre elle et Zane. Qu'était-ce encore que cette nouvelle farce ? Cependant, ce qu'il finit par leur révéler après cette apparition qui se voulait théâtrale ne semblait pas insensé. D'un air pensif, la Rehla effleura le métal des menottes du bout des doigts alors que le Démon paraissait particulièrement mécontent de telles attaches. Brusquement, elle eut l'impression de basculer en avant et se retrouva devant le dénommé Draxas qui se lançait dans un petit discours vaniteux. À vrai dire, elle aurait éclaté de rire en entendant ces paroles si les événements le lui avaient permis. Personne ne défiait les dieux, et ceux qui s'y risquaient ne se risquaient ensuite plus à rien.

Un curieux picotement au niveau de sa nuque l'informa que quelqu'un se tenait derrière elle. Réagir ne s'envisageait pas, et la magie noire qu'elle sentait appuyée contre sa peau la fit frissonner. S'attendaient-ils encore sincèrement à ce qu'ils s'échappent ? Se retenant de lever les yeux au ciel, elle écouta patiemment la suite de la ridicule tirade sans esquisser le moindre geste. Ce Démon avait littéralement pété un plomb, et à se prendre ainsi pour un être capable de jouer avec les dieux, elle ne doutait pas qu'il finirait par échouer lamentablement. L'ambition était une qualité qu'elle admirait profondément, probablement parce qu'elle ne la possédait pas encore, mais Draxas entreprenait une œuvre qui ne verrait jamais le jour. De tout ce qu'elle avait pu voir de l'avenir du monde, il n'avait jamais été présent. Quoi qu'il en soit, elle peinait à comprendre pour quelle raison il préférait les épuiser que les tuer sur le champ. Le divertissement ne lui semblait pas un motif suffisant. Malgré ses prétendues révélations, il devait toujours cacher quelque chose, et la Rehla avait horreur de ceux qui dissimulaient la vérité. Cette mise en scène ne pouvait définitivement pas avoir été orchestrée pour son simple plaisir. Callidora ne connaissait pas vraiment les mœurs des Démons, mais elle doutait que toute cette histoire se révèle aussi simple. Bien sûr, elle ne sous-estimait pas la force de l'ennui, elle qui s'y retrouvait confrontée de plus en plus à mesure qu'elle grandissait, et pourtant une petite voix lui disait qu'il ne leur disait pas tout. Soudain, elle sursauta. L'immonde créature venait de marteler l'accoudoir du trône sur lequel il prenait orgueilleusement place. À tous égards, il s'agissait bel et bien d'un monstre. Le premier qu'elle rencontrait véritablement, à l'exception du brun qui se tenait à ses côtés et venait de se baisser d'une manière étrange. Au dernier moment, elle vit la lame de Seth effleurer l'endroit où il se trouvait une seconde auparavant.

Manifestement, un duel s'engageait. Malgré la confiance qu'elle plaçait en la force de Zane et ses ruses parfois étonnantes, elle savait que rien n'était gagné, surtout qu'il se trouvait en terrain inconnu et que son adversaire semblait suffisamment doué pour le tenir à distance un bon moment. Incertaine de l'issue de l'affrontement, elle préférait se concentrer sur les deux protagonistes que sur l'étrange sifflement qui grandissait sous son crâne et contre lequel elle ne pouvait pas lutter. S'en prendre à Draxas maintenant la tentait terriblement, et elle peinait à détacher son regard de lui. Combien de fois avait-elle rêvé de lui arracher le visage avec ses ongles pour lui faire payer les souffrances de sa mère ? Le sourire qu'il esquissa l'empêcha de bouger. Aujourd'hui encore, elle se rappelait ces immondes mâchoires s'acharner contre le ventre de Marianne par pur sadisme. Une telle vision lui donna envie de hurler, et pourtant, elle se contenta de détourner la tête en direction du combat, incapable de dire lequel des deux prenait l'avantage. Cependant, en s'attardant sur leur hôte, elle avait oublié un léger détail : Seth ne s'en prenait pas qu'à Zane. Des morceaux de roche se précipitaient à travers toute la salle, et elle en évita certains de justesse. Malheureusement, l'avertissement du Démon lui coûta terriblement cher. Horrifiée, elle le vit se figer dans les airs, l'épée de son adversaire plantée dans son corps d'une manière effroyablement dangereuse. Louvoyant entre les derniers morceaux de roche qui continuaient à filer vers elle, elle s'assura de le maintenir dans la même position à l'aide de sa magie, gardant un œil sur Seth qui souriait de toutes ses dents. Alors qu'elle s'approchait de son partenaire, elle créa sans prévenir un dôme électrique suffisamment haut et large pour les couvrir tous les deux. Au moins seraient-ils protégés des attaques pour quelques instants, le temps qu'elle s'occupe de lui.

Malgré la détresse qu'elle sentait grandir en elle à l'idée de le perdre maintenant, elle s'efforça de se concentrer, laissant sa logique prendre le dessus. Il fallait procéder par étapes, sans se soucier du monde extérieur ni envisager des imprévus, sans quoi elle céderait à la panique. Avec précaution, elle le fit basculer sur le dos et laissa retomber son corps sur la pierre en douceur, prenant garde à ce que la lame ne bouge pas d'un millimètre. Cela dit, l'enlever allait se révéler terriblement risqué. Utiliser la magie était exclu : elle devait conserver ses forces pour l'affrontement à venir _ à supposer qu'il n'y en ait qu'un seul _ tout en maintenant sa protection. Songeuse, elle préféra s'en prendre à lui, s'assurant que personne d'autre ne pouvait l'entendre. « Tu es plus fort que lui mais tu as réussi à te faire avoir. C'est du beau travail, monsieur le Démon. Arrête de vouloir me protéger. Je suis assez grande pour m'en sortir toute seule, et même si je dois mourir, ça ne fait rien. » S'agenouillant à côté de lui, elle passa sa main sur sa joue. Elle aurait voulu le toucher, encore et encore. « Et puis, on ne va quand même pas y rester aujourd'hui. Tu me dois toujours certaines choses. » Avec un clin d'oeil complice, elle se releva. Lui parler pour ne rien dire, même quelques secondes, possédait l'étrange faculté de la rassurer et d'accroître sa détermination. Quoi qu'il en soit, le temps pressait. Se rapprochant de l'épée, elle eut un moment d'hésitation. Comment l'empoigner et être sûre qu'elle n'allait pas précipiter la mort du Démon ? Inspirant profondément, elle posa les doigts autour du manche de l'arme et s'adressa à leur hôte d'une voix suffisamment forte pour couvrir le léger grésillement du bouclier électrique. « Avez-vous jamais dansé avec le Destin, Draxas ? C'est un partenaire capricieux, et au moindre faux pas, il vous jette à terre. » Brusquement, elle tira l'épée de Seth vers elle pour libérer Zane.

Sans lâcher l'arme, Callidora jeta un œil à son partenaire allongé sur le sol. Jamais encore elle ne l'avait vu dans cet état. D'une pâleur inquiétante, il ne semblait pas en mesure de faire grand-chose. Le regard de la Rehla s'assombrit et elle pencha la tête sur le côté, un sourire malsain aux lèvres. « Ne bouge pas, chéri. Je vais m'occuper du traître et lui faire manger la poussière. » La brune ne s'illusionnait pas : elle savait parfaitement qu'elle ne disposait pas de la moindre chance de vaincre Seth, et pourtant, elle n'abandonnerait pas. S'il s'agissait de leur premier affrontement, quelle serait la violence des autres ? Un instant, elle envisagea de prendre la pilule remise par Zane avant de rejeter cette idée. Ce n'était pas encore le moment, et elle devait trouver un autre moyen de parvenir à ses fins. Sortir du dôme lui faisait prendre un risque considérable, d'autant qu'elle ne pouvait pas savoir ce qui l'attendait derrière. Jetant un dernier coup d'oeil au Démon, elle préféra réduire brusquement la taille de la protection improvisée, se retrouvant soudain à la merci de leurs charmants hôtes. Tenant l'épée de Seth entre ses mains, elle contrôlait difficilement le tremblement de ses doigts. Certains jours, la colère lui devenait insupportable, et elle se savait à la limite de sombrer dans un monde affreux duquel elle ne pourrait jamais plus revenir. C'était seulement la perspective de ne plus entendre les murmures des étoiles qui l'empêchait de se laisser aller à cette étrange folie qui la gagnait quelquefois. Ne quittant pas Seth des yeux, elle promena sa paume contre la lame pour essuyer le sang qui y restait et l'étala sur ses joues d'un geste sauvage. Son adversaire restait curieusement impassible, et ce calme absolu n'annonçait rien de bon. Méfiante, elle raffermit sa prise sur l'arme, attentive au moindre mouvement.

Même si la Rehla ne perdait pas de vue Seth, ce ne fut pas long. Gardant à l'esprit qu'elle ne pouvait pas le battre, elle s'approchait avec précaution. Désarmé, le Démon n'en était pas moins effroyablement dangereux. Des plaques de roches vint s'abattre autour d'elle alors qu'elle avançait, et par pur hasard, elle parvint à passer sous l'une d'entre elles en se baissant pour éviter la sympathique prison qu'il lui concoctait. Cela dit, croire qu'elle était tirée d'affaire aurait été une terrible erreur. Un poing d'une force monstrueuse s'acharna contre son ventre, et cette fois elle ne pouvait pas compter sur Draxas pour l'aider à s'en sortir. Sifflant comme un animal pris au piège, elle recula en quelques bonds pour se mettre hors de portée. Espérer que son adversaire finirait par épuiser sa magie pour qu'elle puisse le porter un coup ne la sauverait, et pourtant, elle sentait que ce moment ne tarderait plus. L'intensité de ses maléfices diminuait considérablement. Ne restait qu'à profiter de l'instant opportun. Callidora ne doutait pas de ses compétences au corps-à-corps, d'autant qu'elle connaissait parfaitement ses propres faiblesses, et tandis qu'elle se soustrayait presque systématiquement à ses attaques, elle réfléchissait à un stratagème. Une mâchoire imprévue sortie de l'ombre qui s'étalait autour d'elle lui mordit l'épaule profondément, déchirant la chair sans ménagement. Un cri de douleur lui échappa sans qu'elle ne relâche pour autant sa magie, et le temps qu'elle se retourne, le monstre avait disparu dans les ténèbres. Reportant son attention sur Seth, elle fit glisser la pointe de l'épée sur le sol, un sourire carnassier aux lèvres. « Chacun paie un jour ses dettes, et pourtant, on prétend que les spectacles ne sont pas faits pour les vengeances. Qu'en penses-tu, Seth ? » Comptant sur le dernier allié dont elle disposait pour la sauver plus tard, elle se précipita vers le Démon avec rage. Sans prévenir, elle disparut du champ de vision des membres de la salle alors que l'épée continuait seule sa trajectoire. Au lieu de feinter et de passer sur le côté ou par derrière comme chacun s'y serait attendu, elle se courba en deux et progressa sous l'arme, évitant ainsi le bras qui récupéra son bien d'un geste vif et se retournait pour parer l'attaque qu'il croyait imminente.

Pris au piège. La seconde d'après, la brune s'accrochait à son dos, laissant de minuscules éclairs traverser le tissu qui couvrait l'épiderme du Démon. Aussitôt, elle voulut reculer pour se mettre hors de danger. Tout avait parfaitement fonctionné. À une exception près. Une main qui semblait surgie de nulle part l'attrapa par les cheveux pour la faire basculer en arrière. Sonnée par le choc, la Rehla vit la silhouette de Seth s'évanouir dans les ombres. Relevant la tête au dernier moment, elle ne put empêcher les doigts d'Adragon de s'abattre sur son visage. Et ce fut comme si une avalanche d'aiguilles s'enfonçait sous sa peau pour retourner sa chair. La brune porta les mains à ses tempes, atteinte par un mal que personne ne pouvait voir. Quelque chose s'accélérait à l'intérieur d'elle-même, trop vite pour qu'elle puisse le retenir. Avant même d'avoir compris ce qu'il lui arrivait, elle sentit son corps s'effondrer sur lui-même. En quelques instants à peine, son visage se creusa de sillons profonds comme des tombes, et lorsqu'elle y passa les doigts pour arrêter cette horrible sensation, elle ne toucha qu'une carcasse sèche. Son coeur s'affolait, entamant une symphonie effrénée qui l'emportait vers d'autres rivages. Son esprit lui semblait ralentir à mesure que les symptômes se déclenchaient, et elle se surprit à se demander ce qu'elle faisait là et qui étaient les gens qui l'entouraient. Recroquevillée sur elle-même, elle passa une main dans ses cheveux pour se rassurer, à la manière de sa mère lorsqu'elle n'était qu'une enfant effrayée par les ombres de la porte. L'horreur agrandit ses prunelles devenues ternes. D'odieuses mèches blanches lui restèrent entre les doigts, des doigts décharnés et squelettiques qu'elle ne reconnaissait plus. Et puis, soudain, tout s'arrêta. Alors qu'elle battait des cils, elle retrouva son corps tel qu'il était, et sa chevelure d'un noir d'encre s'étala sur son avant-bras. Quelques reflets étrangement argentés y demeurait, et elle se sentait l'âme d'une morte. « Ce n'est que le début, ma chère. » La voix caverneuse lui arracha un frisson d'horreur. Haletante, elle releva les yeux vers le reste de la salle et constata avec effroi que le dôme d'électricité s'était évaporé dans les airs.


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Lun 09 Mai 2016, 14:34

Trop tard. Le froid mordant de la très longue lame de Seth lui caressait les entrailles avec tellement de délicatesse qu’il se sentait comme chavirer dans l’au-delà. Étrangement, ses ressentiments n’avaient rien de spécifiquement nocif, si bien qu’il aurait presque préféré se laisser aller à la mort définitivement afin de paraitre aussi bien aisé que dans son état actuel. Seth avait intentionnellement éludé de planter ses points vitaux, le but étant toujours le même, mais ce n’est pas seulement à cause de ça qu’il se sentait littéralement onduler dans les airs. Toutefois, son air absent était en accord avec ce qui se produisait sur l’ensemble de son organisme. Pour trouver un bon parti de comparaison, c’est un peu comme s’il avait imbibé sa lame d’un sédatif surpuissant qui lui amortissait toute misère insondable. L’épée faisait ainsi plus office d’aiguille curative que de véritable arme destinée à l’abattre sèchement de la terre, et pour cette unique raison, il ne pouvait que rendre grâce à son ancien ami d’avoir rasséréné son corps et son esprit. En revanche, son état végétatif l’empêchait de clairement résoudre ce qui se déroula par la suite. Ses yeux — à demi clos — ne parvenaient qu’à saisir l’essentiel sans pour autant déconstruire correctement les différentes transitions qui se succédaient aussi expéditivement que des actes théâtraux. L’image ne pouvait pas être mieux choisie tellement il se croyait en spectateur averti, contraint d’assister à une fin dramatique dans tous les cas possibles. Tout ce dont il était sûr à deux cents pour cent, c’est que Callidora et Seth se livraient une bataille acharnée. S’il avait seulement eu assez de force pour tordre la bouche, alors il ne fait aucun doute qu’il lui aurait crié des mots impliquant de jeter l’éponge, cela pour éviter de se faire molester en vain. N’ayant de toute façon plus aucun moyen de garder les paupières relevées, il renonça tout simplement pour se laisser conquérir par le sommeil insouciant.

À son réveil et hormis un mal de crâne à faire s’écrouler les murs, Zane s’avisait avec une certaine surprise qu’il ne fût toujours pas passé de l’autre côté, mais qu’il avait au contraire été gentiment materné — les bandages étant un bon point de repère — par ses persécuteurs. Ses muscles n’étaient plus endoloris comme c’était le cas en amont de son combat, et ses articulations fonctionnaient mieux que jamais. À ses côtés, il ne fut pas très abasourdi de découvrir la présence de la brune, qui depuis sa résolution kamikaze, subissait les mêmes sévices que lui. Depuis le temps qu’il lui avouait faire partie d’un autre univers, il se demandait encore jusqu’à quand elle refuserait de voir l’affreuse vérité en face. Le danger était omniprésent avec lui, et rien au monde ne pouvait l’inhiber à poursuivre dans cette voie. S’approchant d’elle, le démon opta pour un éveil dynamique, loin de la tendresse dont pouvaient faire preuve certains hommes. Ainsi, il claqua fermement sa joue avec sa main. « Réveille-toi, Calicochonne ! » Ce nouveau surnom, elle le devait aux nombreux communiqués qu’il avait récoltés ces derniers jours. S’il est une chose de vraie, c’est qu’elle cachait bien son jeu. L’homme retourna s’adosser contre la section de son mur en attendant qu’elle soit complètement réveillée. Alors qu’un blanc s’installa, son regard se fourvoya dans le néant, masqué par sa sombre coiffure. « Je vais te dire une chose… Je crois que je commence à apprécier ce type. Ses ambitions sont grandes, et sa puissance l’est tout autant. Mais surtout… il est l’optimisation des démons. Celui que j’ai toujours espéré être. » Son unique œil visible s’orienta vers Callidora, celui-ci étant gravé d’une sombre perdition. « Je veux moi aussi tuer les dieux. Tu comprends ça… n’est-ce pas ? » Subitement, son bras s’étendit telle une sournoise vipère pour mettre en pièces la cloison qui se dressait entre lui et la jeune femme. Il décourba ensuite l’échine, engageant quelques pas au sein du local étriqué dans lequel ils étaient séquestrés.

Il s’éleva devant sa partenaire, le sourire jusqu’aux oreilles. « Lorsque je sortirais d’ici, je mettrais tout en œuvre pour prendre le pouvoir et détruire tous ceux qui s’opposent à moi, alors je te le demande pour la première fois… Quel côté choisis-tu ? » L’abstention étant ce qu’il avait en aversion, il souhaitait désormais s’assurer dans quel clan elle se trouvait. À tout moment, elle pouvait passer de sa conquête idéale à son ennemie irréductible. Rien n’était gagné d’avance quand on pactisait avec lui. Ameuté par le loquet de la porte qui se dégrippait, Zane tourna légèrement le visage sur le côté. C’était Adragon. « Maintenant que vous êtes privé de vos pouvoirs, je vais vous demander de me suivre. » Le démon accepta sans se plaindre, suivant l’homme dans le couloir immaculé qui suivait. Visiblement, ils se trouvaient dans le secteur « asile » de la forteresse. Durant leurs dociles subordinations, nombreux étaient les dégénérés à surgir dans le minuscule cadre de leurs portes, hurlant des choses insalubres tout en se lacérant la peau avec leurs ongles. Comme quoi, personne ne réagissait de la même façon à la torture.

Le spectre s’arrêta lorsqu’il échangea quelques mots avec Seth, et pour une étrange raison, les deux spécimens les séparèrent, lui et Callidora. Disparaissant avec l’homme intangible, le démon avait emprunté une route différente. Seth quant à lui, chahuta la jeune femme, et lorsqu’ils furent suffisamment à l’écart, il lui fit une confidence. « Tu as dû t’en rendre compte, mais contrairement aux apparences, je n’ai pas accidenté sévèrement Zane. Crois-le ou non, mais je suis bien meilleur comédien que lui. D’autre part, le seul que j’ai trahi, c’est Draxar. » Roger le poulpe, qui s’était fait circonspect jusque-là, revint sur l’épaule de son maitre, glissant ensuite sur celle de la brune pour finir par s’intégrer dans ses vêtements. Seth avait programmé son coup à l’avance, et s’il était véritablement un agent double, les apparences avaient été trompeuses. « Le rituel va bientôt avoir lieu. Tel que je le connais, Zane doit avoir compris que je vous prêtais main-forte. » Appuyant sa paume contre sa poitrine, il libéra un flux d’énergie aussi éphémère que volcanique : la seule prestation qu’il pouvait lui assurer jusqu’à la fin. « Draxar contient beaucoup d’informations secrètes. Tout ce que je sais, c’est qu’il te faudra utiliser la pilule lorsque Roger te donnera le signal. Compris ? » En dehors du renfort spirituel qu’il s’était tenu à respecter jusque-là, il comptait bien agir concrètement le moment venu. En attendant une réaction, il déverrouilla une cellule à l’aide d’un trousseau de clés.


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Lun 09 Mai 2016, 22:09

Comme toujours, le Démon ne faisait pas dans la dentelle et l'affubla d'un réveil pour le moins mouvementé. Au-delà de son absence relative de souvenirs en ce qui concernait les dernières heures, une migraine affreuse lui broyait le crâne, et elle sentait la fatigue de ces jours terribles lui revenir en plein visage. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle avait de prendre un bain chez elle et de ne plus en sortir. Lui pouvait encaisser des coups qui la brisaient, et même si l'amertume de sa fragilité disparaissait, son esprit basculait lentement vers un état que personne autour d'elle ne tenait à connaître. À force de cauchemars et de visions d'horreur, elle finissait fatalement par trouver un certain charme au malheur, et la folie qui naissait quelquefois derrière ses prunelles ne cherchait qu'à s'éveiller pleinement. Quoi qu'il en soit, ce qui la préoccupait en cet instant restaient les élucubrations de son camarade. Avait-il perdu la tête pour se parer d'un orgueil pareil ? Cela dit, en fin de compte, qu'un projet aussi monstrueux puisse le séduire ne l'étonnait pas. Contrairement à ce qu'il pensait probablement, et même s'il ne lui avait laissé voir que certaines de ses facettes les plus agréables, elle savait parfaitement que ce n'était pas le genre d'homme à rester au coin du feu avec un bon livre et à vouloir accomplir un bien modeste. C'était lui qu'elle voulait, malgré tout ce qu'il était, et personne n'arrivait à sa hauteur. « Tu ne devrais pas vouloir lui ressembler. Un futur roi ne doit envier personne, sinon lui-même. »  Haussant les épaules avec indifférence, elle tentait de dissimuler l'effroi que lui causait une perspective aussi sombre. S'en prendre aux dieux, c'était prendre le risquer de renverser l'équilibre d'une manière irréversible. Peut-être-ce n'était pas une si mauvaise idée, en fin de compte, lorsqu'on connaissait la terrible trajectoire vers laquelle le monde sombrait.

Et s'il existait bien une chose au monde qu'elle abhorrait plus que la perte de son propre équilibre et le silence des étoiles, c'était de devoir choisir. Le choix s'interdisait de lui-même aux gens de son peuple, et prendre des décisions sans risquer de provoquer un désastre sur lequel elle n'aurait plus aucun prise la menaçait constamment. Cependant, elle ne pouvait pas nier qu'elle ne se voyait pas couler des jours tranquilles au fond de l'une des bibliothèques de la Cité des Astres en compagnie d'une ribambelle d'enfants ou de petits enfants. Quelqu'un lui avait appris qu'il y avait toujours une raison à tout, particulièrement quand on n'en avait pas l'impression. Un frisson courut sur sa peau. Malgré ce qu'elle éprouvait pour lui, il arrivait qu'il l'effraie sincèrement, et elle ne s'en cachait pas. Cela dit, derrière cette peur se cachait quelque chose d'irrésistible. Lui dire non ne s'envisageait même pas. « Tu sais aussi bien que moi que cette décision a été prise il y a longtemps. » Libre à lui d'interpréter sa réponse selon ses désirs. S'il se trompait, cela lui prouverait au moins qu'elle devait rester loin de lui. Savait-il le prix de ce qu'il lui demandait ? Renoncer aux principes de ses congénères ouvrait en elle un vide abyssal que sa folie naissante s'empresserait de combler. Le doute l'emprisonnerait comme un odieux poison. Appartenait-elle encore seulement aux Rehlas ? S'efforçant de ne rien laisser paraître de son trouble intérieur lorsqu'on vint les déranger, elle suivit sagement Adragon. Faire de la résistance alors qu'elle se retrouverait privée de magie aurait été d'une stupidité profonde et elle ne voulait plus jouer les enfants. Lorsqu'ils furent séparés et qu'elle se retrouva seule en compagnie de Seth, elle écouta le Démon sans ciller. « Je sais. Seulement, s'ils n'avaient pas cru que je te pensais aussi un traître, je n'aurais pas donné cher de ta peau. » Un sourire malicieux naquit sur ses lèvres, et elle soutint quelques instants le regard de son ancien adversaire. Au fond, qui d'entre eux était le véritable comédien ?

La cellule qu'il déverrouilla par la suite révéla une curieuse créature. Surprise, la Rehla observa le serpent en se demandant ce qu'il faisait là. L'animal la scrutait de ses pupilles fendues. « Je te présente Nora. C'est une Bélua serpent, et on peut dire qu'elle a une dent contre Draxar. À cause de ses expériences, elle ne peut plus retrouver forme humaine. » Callidora ne comprenait pas vraiment où il voulait en venir et se doutait que le temps leur était compté. Se dérober à la surveillance d'Adragon éveillerait probablement sa méfiance, à moins qu'il soit dépourvu d'intelligence. « Que ce soit clair entre nous, je ne te fais pas confiance, Seth. Tu n'agis que pour tes intérêts, même si tu sais très bien les choisir. Viens-en aux faits. » Cela dit, malgré sa méfiance à l'égard du Démon, elle ne pouvait s'empêcher d'être intriguée par le reptile aux reflets d'un marron terne. Depuis combien de temps moisissait-elle dans cet immonde endroit ? « Le marché est simple. Elle t'aide à rester en vie, et en échange, tu l'aides à sortir d'ici. » L'animal s'enroula autour de son mollet. Cette compagnie ne lui disait rien qui vaille, mais elle semblait ne pas avoir le choix. « Si l'occasion se présente, elle se chargera de notre sympathique hôte. Son venin est instantanément mortel. » Acquiesçant en silence, la brune observait la progression de la Bélua sur son corps d'un air vaguement inquiet. « Ouvre la bouche. » Interloquée, elle leva les yeux vers Seth pour constater qu'il ne plaisantait pas. « Tu ne sentiras même pas sa présence. Dépêche-toi. » Docile pour cette fois, elle finit par obéir. Lorsque le reptile effleura ses lèvres, elle dut se retenir de ne pas refermer sa mâchoire sur le champ. Nora s'insinua dans sa gorge à une vitesse ahurissante, et elle sentit le corps du serpent rétrécir d'une manière improbable pour descendre se lover au creux de son estomac. « Et quel prétexte trouve-t-on à cette petite escapade ? » Sans prévenir, le Démon frappa brutalement sa joue. Une ecchymose violacée se forma au niveau de sa pommette. « La violence est suffisante. Rejoignons-les. » Callidora jeta un coup d'oeil à Roger qui s'évaporait lentement. Décidément, ce poulpe réservait quantité de surprises. Un léger tremblement agitait pourtant ses doigts et une nausée étrange s'imposait à son corps. Un esprit sombre sous l'innocence. Tu te caches encore plus que moi. La voix de Nora résonnait en elle, accompagnée d'un ricanement sinistre. Le cauchemar ne prendrait-il donc jamais fin ?


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Mar 10 Mai 2016, 19:56


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Sa réaction évasive ne l’avançait guère, mais elle restait fidèle à ses filiations. La simplicité n’avait jamais été le fort de leurs rapports après tout. Néanmoins, s'imaginer qu’elle n’aurait aucun besoin de choisir entre elle et son peuple était une cruelle désillusion. Tôt ou tard, elle devrait apporter une réponse plus pragmatique à ses doutes, au moins pour se délivrer elle-même de l'ambivalence. En attendant, Zane avait l’impression de passer un entretien avec un fantôme un peu trop aphasique et guindé à son goût. Dans ces moments-là, la compagnie de Krog lui manquait, même s’il était rassuré de ne pas l’avoir près de lui. Qui sait ce qui se serait produit s’il avait été présent et embarqué à sa place. Rien de bon, très probablement. Remuant la tête de droite à gauche dans le but de fonder ses yeux bleus sur les spécimens en cage, son père comptait visiblement engendrer une armée fantasque composée d’aliénés qui n’avaient plus rien à perdre. Fronçant les sourcils lorsqu’une idée saugrenue accoucha au plus profond de son crâne, il interrompit net sa course au moment où son corps traversa la forme immatérielle d’Adragon, manquant de s’asphyxier par la faute de la fumée noirâtre qui s’insinua dans ses narines. « Pourquoi s’arrête-t-on ? » Pas volubile pour un sou, il ne lui adressa aucune répartie, manifestement trop occupée à fredonner une formule aux consonances allochtones. Décidément, ce type lui paraissait de plus en plus en plus déroutant. Ses drôles de comportements amenaient à se demander s’il n’avait pas tourné la carpe comme tous les individus qui relaxaient entre ces quatre murs. Cependant, il révisa directement son jugement dès l’instant où il abomina d’innombrables picotements lui tirailler la peau, comme si une nuée d’aiguilles extrêmement fines avaient afflué sur lui d’un seul coup. Les yeux exorbités, son cœur s’emballa à toute rompre, à tel point qu’il pouvait entendre les battements jouer du tambour contre sa poitrine. Un assortiment de chaleur et de fraîcheur parcourut l’ensemble de sa chair, puis son cœur s’arrêta subitement, l’immobilisant un instant avant de repartir de plus belle, cette fois-ci de façon bien plus répétitive. S’il devait comparer ça à un supplice, alors il s’agirait probablement d’un intrus qui s’amusait à le taillader en étant à l’intérieur même de son corps. S’il n'était pas passé par toutes ces épreuves jusqu’à maintenant, il était conscient qu’il aurait été incapable de survivre à cette incroyable souffrance plus de dix secondes…

Une révélation foudroya ses allusions ; sa capture, sa détention, ses incessantes agonies, la présence de Callidora, leurs comportements contradictoires entre les soins qu’ils leurs prodiguaient et les affaiblissements successifs qu’il leur soutenait. Même ce fameux jour dans cette forêt… ce qui s’était passé avait été prémédité depuis bien longtemps. Tandis qu’il nageait dans sa sueur brûlante, le démon mit toutes ses forces pour résister à ce qu’il redoutait depuis cette exposition. Terminant de prononcer son incantation, Adragon s’intéressa désormais à lui, la lueur de ses yeux s’imprégnant d’une certaine forme de respect. « Je constate que tu as compris l’alarmante conclusion à laquelle Draxas souhaitait parvenir. Le premier jour où tu l’as rencontré, il t’a imposé ce qu’on appelle la marque du sacrifice. L’on raconte qu’elle a le pouvoir d’attiser tout le mal qui habite le cœur d’une personne. Comme tu es son héritier, j’imagine qu’elle fonctionne davantage sur toi. Ton amie ne t’a jamais rapporté d’antidote. En fait, le seul remède convient à détruire celui qui a conçu la marque. La fiole qu’elle t’a donnée a simplement servi à contenir le processus tout en renforçant ses effets. Je pense qu’elle t’a condamné en te faisant boire quelque chose dont elle ignorait tout. » Il s’en était méfié depuis les premiers jours qui ont suivis cette rencontre. C’est même en partie pour cette raison qu’il avait coupé toute relation avec elle durant des mois. Combien de fois s’était-il détourné de son chemin d’origine pour contourner les décrets du destin à vouloir absolument les unir ? Il avait renoncé à les compter. Comprimant furieusement sa poitrine, il essaya d’arracher son cœur, mais sans succès. Il lui semblait que sa peau s’était solidement endurcie, à l’image d’une carapace écailleuse. Incités par la gravité, ses genoux s’effondrèrent lourdement au sol avant de subir une salve d’outrages à base de déflagration. N’en pouvant plus, il céda par l’influence de son corps qui excluait d’en faire plus. « Je suis émerveillé de voir à quel point tu as résisté. » Sa main noirâtre papillonna au-dessus de sa tête pour le saisir par les cheveux et ainsi le relever dans les airs.

Sa paume dégagea un halo bleu qui eut pour dénouement de le ragaillardir. Les pupilles rougeoyantes du démon indiquaient un gros changement. Une immense épée — aussi ample que ses bras et plus élancée encore que sa taille — apparut ancrée dans un socle. « Le véritable but de ton père est de faire de toi un futur dirigeant sans égal. Tu dois devenir le démon le plus terrifiant de toutes les générations. Pour ça, personne d’autre que toi ne peut couper le lien qui t’unit à cette femme. » Recouvrant la lueur de fondement de ses yeux, il fronça les sourcils, saisissant la garde de l’arme pour la détacher de son emplacement. Elle était assez lourde — même pour lui —, mais cela était surement à la qualité de son métal irréprochable. « Pourquoi suis-je obligé de la tuer ? » Pour la première fois, le rire d’Adragon se fit entendre. « Ne fais pas l’idiot. Tu le sais déjà bien mieux que moi. Teste-là, et tu sauras par toi-même ce que tu dois faire. » À défaut d’avoir une meilleure proposition, il ne pouvait qu’admettre la cohérence de ses propos. Le camp des démons était le sien, et ce quoiqu’il arrive.

_________________________________________________________

Débarquant de nulle part, Zane retrouva Seth et Callidora qui semblaient bien s’entendre. La grosse lame qu’il avait reliée dans son dos réquisitionna plusieurs interrogations chez son compatriote. « Oh... ça ? Rien d’important. J’ai parlé à mon père et j’ai une bonne nouvelle. Il nous permet de sortir. » Incrédule, Seth demanda incontinent : « En quel honneur ? » « Je lui ai promis de revenir plus tard pour lui apporter certains services. Allez, on sort ! » D’un pas pressé, il attrapa la main de Callidora, maintenant impitoyablement sa préhension pour qu’elle soit contrainte de le suivre vers ce qu’il prétendait être l'issue. Ce qu’elle ignorait, c’est qu’elle allait devoir faire face plus tôt que prévu au choix le plus rude qu’elle ait eu à faire.


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Sam 14 Mai 2016, 13:50

La présence de la Bélua en elle ne la gênait pas autant qu'elle l'avait escompté. Si elle exceptait ses incursions inattendues au beau milieu de ses pensées et la sensation étrange qu'elle ne partageait pas seulement son propre corps mais que son esprit était lui aussi ouvert à Nora, tout allait pour le mieux. De temps à autre, elle avait l'impression de sentir les crocs du reptile appuyer contre son estomac, et pourtant, il ne s'agissait simplement que de ses écailles glacées qui peinaient à se réchauffer. Une intruse qui ne la gênait pas tout à fait tout en troublant ses sensations. Était-ce cela que l'on ressentait en portant un enfant ? Lorsque cette idée l'effleura, Callidora frissonna. Alors que Seth s'apprêtait à la guider à nouveau vers une destination inconnue où de nouvelles épreuves ne manqueraient pas de l'attendre _ et quel était donc cet étrange rituel dont il avait parlé ? _ , Zane fit son grand retour d'une manière étonnante. Jetant un coup d'oeil interrogateur à Seth, elle ne put s'empêcher de remarquer l'arme accrochée dans son dos. Que comptait-il faire, et pourquoi portait-il une épée ? La déclaration qu'il leur servit lui parut totalement insensée. Que son père leur autorise une sortie semblait improbable, et elle sentit une pointe de méfiance monter en elle. Ne comprenait-elle rien aux mœurs des Démons, ou quelque chose d'autre se tramait-il ? Cependant, sa réponse ne mit que quelques secondes à arriver. Sans prévenir, il l'entraîna d'une poigne puissante vers un endroit inconnu. Et contrairement à ses dires, elle ne mit pas longtemps à remarquer qu'il ne cherchait absolument pas la sortie de cet affreux édifice. D'un pas rapide, il la fit disparaître à travers les couloirs jusqu'à ce qu'ils atterrissent finalement dans une pièce sombre qui semblait à l'écart de toutes les autres.

Un tel rendez-vous ne lui plaisait pas. À dire vrai, toute cette aventure prenait une tournure sombre qui l'effrayait, surtout que les étoiles restaient muettes à ses questions. Un silence inquiétant qui résonnait en elle pour mieux creuser le vide de son être. Nul besoin de faire appel aux astres nocturnes pour savoir ce qu'il attendait d'elle, même si l'épée inconnue qu'il arborait ne la rassurait en rien. Fallait-il qu'il la confronte à ce qu'elle ne pouvait accepter en elle ? La conscience de devoir choisir un jour ou l'autre ne la quittait pas, mais repousser cette date fatidique lui semblait un échappatoire satisfaisant. Cela dit, elle se doutait qu'un tel comportement ne devait pas forcément plaire, particulièrement à Zane qui ne la connaissait pas aussi effacée. Peut-être se fourvoyait-elle sur ses chances de rester à ses côtés, en fin de compte. Les gens de son peuple ne décidaient pas, pas plus qu'ils n'agissaient, et franchir cette règle signifiait ne plus pouvoir revenir en arrière. Lorsqu'il s'approcha d'elle, elle recula par pur réflexe. Avait-elle fait autre chose que reculer au long de son existence ? Le Démon venait de tirer la fameuse épée, manifestement décidé à obtenir une réponse par tous les moyens. « Tu as vraiment l'intention de m'arracher une réponse sous la menace ? » Fuir ne lui servait plus à rien. Pour une fois, elle devait prendre sa décision. Si tu ne veux pas choisir, je peux aussi te mordre.La voix de Nora résonnait sous son crâne d'une manière étrange. Une proposition qui lui semblait irrésistible. Ce fut la vision de la lame qui fusait dans sa direction qui l'empêcha de donner son accord, lame qui traça un sillon ensanglanté sur son avant-bras. Non. Elle ne voulait pas mourir. « Est-ce tu comptes passer ta vie à essayer de me trancher en deux ? Je ne savais pas que je pouvais faire cet effet-là aux hommes. » Passer par l'humour ou la malice lui paraissait souvent le seul moyen d'affronter des situations qu'elle aurait préféré éviter. Rester sérieuse impliquait de penser aux conséquences, et les conséquences lui interdisaient toujours d'agir.

S'approchant de lui avec précaution, Callidora posa la main sur la lame qu'il tenait pour la baisser d'un geste doux et laissa ses doigts remonter le long de son bras. « C'est bientôt l'heure, tu sais ? » Le regard perdu dans le vide, elle battit des cils un instant. La priver totalement de sa magie était impossible, sans quoi elle serait morte sur-le-champ, et pourtant, elle n'entendait qu'un murmure incertain. Le lien qui l'unissait aux étoiles ne devait jamais être brisé. Et peut-être le faudrait-il un jour. « Je ne sais pas ce que tu attends de moi, mais je sais au moins ce que je veux. » Enroulant une mèche de cheveux du brun autour de ses doigts, elle s'accrochait à lui en silence. L'incertitude lui convenait parfaitement, en fin de compte, et à devoir faire un véritable choix, elle sentait la panique monter en elle. Une sensation qui n'était pas pour lui déplaire. Était-ce cette impression diffuse et inquiétante qu'on appelait le frisson du danger ? Un plaisir coupable qu'elle ne pouvait avouer et auquel elle ne pouvait d'ailleurs pas résister. Que diraient les siens, s'ils savaient ? « Tout est loin d'être terminé entre nous. J'ai encore envie de jouer avec toi. Et si c'est mon soutien que tu veux, sache que tu l'as déjà. » L'idée de résumer son existence à un jeu lui plaisait terriblement. Relevant son visage vers celui de Zane, elle posa ses doigts blancs sur sa joue. « En revanche... Tu ne le garderas que si tu le mérites. » Lorsqu'elle parla, ses ongles s'enfoncèrent légèrement dans la peau du Démon pour le griffer. Son autre main lui subtilisa l'épée alors que ses prunelles dorées s'assombrissaient sans prévenir.  Reculant de quelques pas, elle se planta face à lui, manifestement contrariée. « Ne t'avise plus d'essayer de me forcer à choisir. » D'une froideur inhabituelle, elle n'attendait aucune répartie sur ce point-là. Jetant l'arme au sol, entre eux, elle changea d'attitude en moins d'une seconde, passant d'une colère froide à un sourire chaleureux. « Alors, on y retourne ou tu préfères me trancher la gorge ? » Une lueur de défi dans les yeux, la Rehla attendait calmement sa réponse. Personne ne t'a donc enseigné la prudence, petite ? Le temps de l'incertitude s'apprêtait à prendre fin, et quel qu'en soit le prix, elle était prête.


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Dim 15 Mai 2016, 19:01


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Il aurait consenti à la mener plus loin — à l’extérieur de ces murs — tout ça pour lui faire inclure que la plaisanterie n’était plus dans ses cordes, pas ici alors qu’il devait prouver à son créateur qu’il n’était pas un démon médiocre. Lui qui n’avait jamais compté sur personne d'autre que sur lui-même attachait malgré tout sa considération au dogme d’un père qu’il connaissait finalement moins que n’importe quel anonyme de ces terres. S’il tenait tant à s'acquitter de ses responsabilités, c’était avant tout pour ne pas se damner dans une identité qui ne lui convenait pas. Plus il posait ses yeux sur le faciès de Callidora, plus une curieuse distance semblait peu à peu se creuser entre eux et leurs dépendances qui étaient au point mort depuis bien trop longtemps. En disposant la grosse épée en face de lui, il criait sa détresse à sa façon, exprimant sa volonté absolue comme il avait toujours réussi à le faire, en étant fort et incisif dans ses choix. La brune n’approuvait peut-être pas son comportement devenu trop agressif, mais alors pourquoi plaisantait-elle ? Où puisait-elle l’audace pour ne pas courir dans la direction opposée ? Il ne pouvait pas la blâmer pour ce qu’elle s’efforçait de faire. Néanmoins, sa diplomatie ne fonctionnerait que pendant un temps. « Tu le sais mieux que moi, Callidora. Les démons et les… personnes comme toi ne pourront jamais rester en bons termes. Nous sommes relativement similaires et si discordants à la fois que cette relation nous mènera tôt ou tard à notre perte. » Il n’essayait même pas de répliquer avec sa longue lame, se laissant sonder assez facilement par la jeune femme qu’il ne souhaitait pas envoyer paître.

Qu’importe à quel point il était malfaisant, le contact de cette dernière étant toujours une bonne drogue pour l’apaiser à profit. Sa propre lumière oppressait probablement son obscurité à lui, c’est du moins ce qu’il espérait encore un peu au fond. Le fracas du métal contre le roc remit sa conscience dans le droit chemin de la réalité. Il n’avait rien osé tenter, sans doute car elle avait su s’y prendre avec sa manière d’être et son attitude déconcertante. Et dire qu’il aurait pu s’en séparer dès à présent pour se faciliter la vie. Oui, mais depuis quand son existence était aussi classique ? Il n’avait jamais apprécié un tel concept. Fixant longuement l’imposante tige de métal, il plaqua farouchement sa partenaire contre le mur, neutralisant sans ambages sa main dominante au-dessus de sa tête. « Je vais renoncer à te faire quoi que ce soit pour le moment. Nous allons mener un terme à cette évasion. Ensuite… ensuite, nous emprunterons un chemin différent toi et moi. » Il remonta sa main droite jusqu’à son visage, écrasant énergiquement sa mâchoire entre ses doigts. « Quoiqu’il arrive, considère-moi comme un simple outil qui te permettra de sortir vivante de cet endroit. Mets-toi dans le crâne que si tu restes avec moi, ton peuple te reniera et j’en ferais de même. Une femme qui ne se mouille pas ne pourra jamais toucher la peau ardente d’un démon. C’est parce que je t’aime que tout doit prendre fin. Ici et maintenant. » Ce qu’il avait eu tant de mal à épancher depuis tout ce temps prenait enfin un sens. Il était passé aux aveux, mais la confession s’arrêtait là. Appuyant son front contre le sien, il imposait davantage de pression sans vraiment s’en rendre compte. Le fait d’être aussi brusque ne se contrôlait qu’à moitié. Tel un carnassier en manque de chair, il planta ses dents dans son cou. Sa morsure n’étant pas celle d’un vampire, elle présupposait plus de douleur et moins de jubilation. Se reculant subitement, il essaya ses lèvres et ses canines ensanglantées. « N’oublie pas ce que je viens de te dire. Toi qui respectes autant les dieux, évite de les décevoir. » Il s’abaissa pour butiner l’imposante épée à double tranchant qu’on lui avait transmise.

Elle ne servirait pas à combattre la Rehla, mais bel et bien son père. L’abandonner aurait été un gâchis considérable, pour peu que son propre katana se fasse briser dès le premier échange. Repassant l’arme derrière dans son dos, il inclina doucement le visage sur le côté. « Allons-y. » Ordre simple et précis. Ils n’avaient plus de temps à perdre désormais. Seth devait les conduire devant Draxas et sa troupe. À trois, ils pouvaient bouleverser le résultat de manière significative. Le retrouvant au même endroit que précédemment, il s’empressa de lui remettre son katana. Puisqu’il était ambidextre, il parviendrait à s’en servir. « Nous n’avons plus beaucoup de temps. » « Je sais. Dépêchons-nous. » S’approchant activement de Callidora, il posa sa main sur son épaule, amenant celle de son ami à faire pareillement. Sifflant un air, il dicta un ordre à Roger qui se tapissait toujours avec Callidora. Les trois corps s’envolèrent à destination du trône. À leur retour, Brady se trouvait également ici présent, apte au combat. Bien, ils devraient donc faire un tandem et choisir une cible. « Ça me désole de le dire, mais je me battrais mieux aux côtés de mon ex, si tu n’y vois pas d’incommodité bien sûr. » « Pas de problème. Fais attention à toi, vous ne serez pas de deux pour le blesser. Sois prudent avec ta marque. » « Je sais bien. » Il se mit à hauteur de Callidora, l'encourageant d'un geste approprié. « Tu es prête pour ton ultime combat à mes côtés ? Alors c’est parti. » S’indignant devant le duo en restant figé, Draxas ne bougeait pas d’une oreille. Ses yeux rivés sur Zane, il contourna rythmiquement les coups de lame avec une facilité dérangeante. Le poids de cet équipement actuel était assez massif pour se manier correctement dès la première utilisation. En revanche, il n’espérait pas faire un miracle en le touchant immédiatement après sa lancée. Non, il comptait davantage sur la présence de sa coéquipière pour engager la suite des hostilités. S’ils ne parvenaient à aucun résultat après ça, ils n’auraient d’autres choix que d'absorber la drogue, et ce qu’importaient les risques encourus après leurs consommations. Au prix de quelques efforts déployés, Zane résistait aux ripostes de son père avec entêtement.



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Lun 16 Mai 2016, 16:04

Cela lui jouait encore des tours. Être ce qu'elle était restait sans doute le plus lourd fardeau qu'elle eut à porter. Sans cesse, elle se retrouvait dans des situations désastreuses, pour le simple fait d'appartenir aux étoiles. À dire vrai, la brune refusait de voir que le problème venait d'ailleurs et qu'il avait toujours été là. La violence dont Zane faisait preuve à son égard ne la dérangeait, peut-être parce qu'elle en avait besoin pour comprendre le sens de ses paroles, et sans doute parce qu'elle aussi, elle aurait voulu lui faire mal. L'aveu qu'il lui fit la surprit en revanche bien plus que tout le reste. L'espace d'un instant, son coeur cessa de battre. Quelque chose en elle refusait que cette escapade soit leur dernière aventure, même si elle ne pouvait raisonnablement pas lui donner tort. S'attendait-il sincèrement à ce qu'elle le laisse partir sans réagir ? Lui répondre lui paraissait totalement inutile. La brune se connaissait suffisamment pour savoir qu'il fallait qu'elle se taise. Ouvrir la bouche la mènerait fatalement à protester, et cela passerait pour un caprice de petite fille gâtée. Une petite fille qu'elle n'était plus depuis longtemps. Et puis vint la morsure. Callidora sentit sa peau céder sous les dents du Démon. C'était une sensation étrange, bien différente que celle procurée par un Vampire. Rien d'agréable, et pourtant, elle ne chercha même pas à se dégager. Cela ne dura que quelques secondes. Dès qu'il se dégagea pour lui faire face, elle suivit les contours de la chair abîmée avec ses doigts. Tu ne peux plus lui échapper, maintenant. Jamais le Démon ne lui avait semblé aussi extraordinaire que lorsqu'il se releva, les lèvres ensanglantées. Cependant, elle n'eut pas le temps de l'admirer davantage. Sans perdre de temps, ils retournèrent dans la salle du trône, disposant cette fois de deux alliés. Mettre à mal Draxas ne serait certainement pas une partie de plaisir, et le risque d'échouer pendait au-dessus de leurs têtes.

Comme toujours, ce fut Zane qui passa à l'attaque le premier après un encouragement qui n'était pas vraiment nécessaire. Callidora se sentait effroyablement en colère, et la rage grandissait en elle à chaque inspiration. En découdre avec l'instigateur de toute cette aventure l'enthousiasmait presque. Le monstre qui avait osé ruiner sa vie devrait payer. Un frisson remonta le long de son échine. C'est bientôt le moment. Je suis prête. En parfait accord avec le brun, elle commença par le laisser faire. Leur ennemi ne semblait manifestement pas le moins déboussolé par les attaques de son fils. Profitant de ce qui semblait être un moment d'inattention, elle passa sur le côté sans pour autant se jeter dans le combat. Son arme ne lui servait pas à grand-chose, et sans magie, elle se révélait aussi fragile qu'un chaton. Tout ce qu'elle voulait, c'était se trouver près de lui pour permettre à Nora de lui diffuser son venin. Se servant de la lame pour se protéger, elle finit par repérer une brèche dans la garde de leur adversaire. Une faille qu'elle pouvait sûrement exploiter. Il fallait agir vite. Jetant à peine un œil vers son partenaire pour s'assurer qu'il s'en sortait, elle courut en direction du Démon. Comme prévu, ce dernier ne mit pas longtemps à s'apercevoir de sa présence et la laissa approcher, préparant sans doute une riposte. Ecarquillant les yeux de surprise lorsqu'il se tourna vers elle, elle fit demi-tour. Heureusement pour elle, Draxas se contenta de la saisir brutalement par la cheville pour la faire tomber au sol. Son corps chuta contre la pierre, et un affreux goût de sang envahit sa bouche. Désormais face à Zane, elle releva légèrement la tête alors que leur adversaire écrasait sans ménagement. Un hurlement lui échappa, et elle sentit des larmes monter à ses joues. La douleur remontait en elle avec une vigueur sombre. Un sourire mauvais passa sur le visage de Callidora. Ses dents s'écartèrent pour laisser passer le serpent qui s'empressa de filer sous elle pour rejoindre sa cible. Tout avait été parfaitement calculé.

« Il est mort. » Apparaissant à l'improviste dans la salle qui leur servait de lieu de repos, Lise annonça la nouvelle d'un ton glacial. La disparition de l'un de ses semblables ne l'enchantait absolument pas, et elle se serait volontiers jouée du responsable. Percevant sa colère, Loziel s'approcha d'elle et posa une main sur son épaule d'un geste qui se voulait réconfortant, même si ce contact ne diffusait aucune chaleur humaine. La Génie ne devait pas décider de tout abandonner maintenant, sans quoi leur petite alliance avec le Démon s'effacerait. Observant le ciel d'un air impassible à travers l'une des fenêtres aux barreaux sombres, le troisième individu se tourna vers eux. « C'est l'heure. » D'un signe de tête entendu, il les invita à passer la porte, jetant un regard à la jeune femme pour l'assurer qu'il l'avait entendue. « Cela ne restera pas impuni. » À bien des égards, Loziel admirait Tobias pour ses aptitudes à piéger ceux qui osaient se moquer de lui en ne tenant pas leurs promesses, et il savait qu'il n'agirait que selon son bon plaisir. C'était par l'intermédiaire de Lise que leur rencontre avait été possible. Ancien maître de Tobias, Draxas souhaitait mettre en œuvre un projet démesuré qui avait manifestement plu au Génie par son caractère excentrique. Ce dernier avait fait appel à la blonde pour trouver un volontaire digne de confiance et suffisamment sournois pour que l'idée puisse le séduire. C'était de cette manière qu'ils avaient fini par se retrouver tous les trois au beau milieu des ruines, un sombre dessein en tête. Cependant, attendre plusieurs jours au sein de la forteresse commençait à leur taper sur les nerfs à tous, et la perspective de passer enfin à l'action enthousiasmait Loziel qui suivit ses camarades à travers les couloirs sans broncher, espérant qu'aucune étape du rituel ne serait ratée, sans quoi il faudrait tout recommencer. Cela dit, à voir la lueur malicieuse dans le regard de leur chef, il se doutait qu'il comptait fermement venger la mort du quatrième Génie de l'aventure, même si celui-ci était doté d'une intelligence douteuse. Rétablir l'équilibre, voilà ce qui intéressait désormais Tobias. L'emprise qu'il exerçait sur ses deux congénères lui assurait une loyauté exemplaire. Loziel ne pouvait qu'approuver sa volonté. Quelles que soient les nouvelles envies de celui qu'il avait choisi de suivre, il lui obéirait sans hésiter. « Eh bien, quels enfants turbulents. » D'un air amusé, Tobias s'appuya contre la porte pour laisser passer Loziel et Lise, balayant de son regard vert l'ensemble des individus présents dans la pièce. « Peut-être pourrions-nous commencer. » Les pièces du puzzle se réunissaient enfin. Ce n'était plus qu'une question de minutes avant que tout ne prenne forme.


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Mar 17 Mai 2016, 12:35


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Les prunelles du tueur gambadaient en tous sens comme une luciole attirée par la lumière. Se laisser distraire par une influence extérieure aux mouvances de Draxas comportait le risque accru de se voir déposséder de l’un de ses membres. Or il avait besoin de chacun d’entre eux pour lui tenir tête. Il devait composer chaque mêlée belliqueuse avec un rythme très précis, dans la mesure où le moindre enchainement était pareil à la danse ou à la musique. Une fausse note et c’était la disqualification immédiate. Alors pour rester concentrer et s’éviter des perturbations redondantes, il prêtait très peu d’attentions sur le plan de Callidora, qui de toute façon saurait trouver de quoi satisfaire ses attentes. Elle était manifestement plus intelligente, tandis que sa matière à lui demeurait l’art de survivre en plein combat acharné. À ce stade, il ne calculait plus rien, retirant tout facteur d’anticipation de ses manigances. Ses réflexes érigeaient à eux seuls son mécanisme de conduite. Une fois à gauche, ensuite à droite ; à force de gestes répétés, ses mouvements étaient de plus en plus concis avec la grosse lame. Le reste s’alignait sur la même cadence : pas latéral arrière, haut du buste qui s’arquait grossièrement, garde fermement tenu. Il se débrouillait autrement que ce qu’il avait espéré, et ce malgré une brutalité sans égale de la part de son fieffé père. Le vrombissement des chocs répétés le faisait tressaillir, mais qu’importe, il résistait contre vents et marées. Mieux encore, il était sans cesse à deux doigts de l’atteindre avec l’extrémité du métal. Il est vrai qu’il devait essuyer beaucoup plus de sang que lui, mais c’était le jeu. Ce n’est qu’en cédant brièvement sa concentration qu’il aperçut le corps de Callidora plonger sur le sol, vivement piétiné par les assauts répétés du dragon des enfers.

Cette subite perte d’équilibre de sa part aurait pu lui couter cher, à lui et à ses alliées, mais pour une raison qu’il ne s’expliquait pas encore tout à fait très bien, la demoiselle avait dégurgité un serpent sur ce dernier, qui le piqua avec virulence. Le poison injecté était visiblement assez insidieux pour paralyser le puissant guerrier qui s’écroula. Le reptile se changea ensuite en une jeune femme : un Bélua. L’élaboration de cette stratégie ne pouvait venir que de lui, mais même si tout paraissait être un beau succès, Zane doutait sincèrement qu’un complot aussi simpliste suffise à l’éteindre définitivement, c’est pourquoi il devait se hâter pour abattre fatalement sa lame sur son corps gisant. Il n’eut qu’à jeter un coup d’œil sur le côté pour constater que les deux hommes se débrouillaient magnifiquement en duo. Rassuré de leur tacite complicité au combat, le bellâtre s’empressa de brusquer un élan, amenant toute sa haine à enrober son ultime coup. Fendant l’air de toute sa masse, la gigantesque épée se tyrannisa sur Draxas… ou pas. Il était impossible de le concevoir de l’extérieur, mais le tranchant ne l’atteignait pas ; survolant à un millimètre au-dessus de lui, un peu comme si une couche protectrice le bordait dans son entièreté. Ce n’est qu’après avoir vu tous ses compagnons se tourner en arrière qu’il prima toute considération de la venue des quatre nouveaux intervenants. En prenant en compte leurs styles, ils avaient tous l’air de génies plus ou moins expérimentés. Lâchant un hoquet de surprise, le démon fut subitement désarmé, son fer virevoltant dans le ciel avant de trouver sa place en se plantant entre deux blocs de pierre, à proximité des entités maléfiques. « Manquait plus que ça ! f*is ch*er. » Reculant de deux, trois pas, il augmentait considérablement la distance entre lui et son père, dont le corps planait étrangement avant de se ressaisir en bloc.

Le venin n’avait donc pas été assez vivace pour impliquer une perte de conscience de conséquence. La plupart des Démons — surtout les grosses pointures — parvenaient généralement à trouver le moyen de se prémunir contre la toxine. Rien d’étonnant à ce que cela soit également avéré pour l’un des plus grands. « Vous avez décidé de vous rebeller. Soit. Je m’attendais à une réponse aussi immature venant de votre part. Je suis contrarié. Et quand je le suis, j’ai la fâcheuse manie de tout détruire autour de moi. » Il leva les bras en l’air, imprégnant la salle entière par des bulles de savon qui, comme si elle permettait de lessiver tout ce qu’elle troublait, modifiait sensiblement la zone qu’elle touchait. Lorsqu’elle fut recouverte dans son intégralité, ils échangèrent de royaume pour se retrouver transportés sur des plateformes aériennes, placés haut dans le ciel. Zane le remarqua assez vite puisqu’il se trouvait au bord de l’une de ses plates formes circulaires, manquant de tomber par un mouvement de recul. Un temple — pas très vaste — se dessinait derrière l’organisateur. Les génies avaient également changé de place en se situant précisément sur des socles prévus à cet effet, représentés par des symboles antiques. « Il est grand temps de lier nos deux amis. Ensuite, nous les sacrifierons comme convenu. » Dans la foulée, les quatre esprits du mal entonnèrent un chant ancien qui enclencha sans tarder la délivrance d'une magie obscure. Zane ne comptait pas leur laisser la chance de faire ce qu’ils avaient prévu, même s’il n’avait aucune idée de ce qui allait se produire.

Fonçant tête baissée sur la troupe, c’était trop d’espérance que croire que Draxas n’interviendrait pas en bloquant ses phalanges à la dernière seconde, lui assénant un redoutable coup de genou dans le ventre. « Reste tranquille. Le lien ne va pas tarder à s’établir. » Entêté jusqu’au bout, il tenta une nouvelle fois de le darder d’une attaque, mais là encore il se fit contrer, le coude de son adversaire venant se heurter à la jointure de son avant-bras. Criant de douleur, son membre ballant se détendit le long de son corps. « On dirait que ça a fonctionné. » Intrigué par ses paroles dans un premier temps, il dut poser son regard sur Callidora pour s'expliquer ce qu’ils avaient fait. La jeune femme venait de subir la même chose que lui, son bras droit étant complètement hors service : ils étaient liés. Avec violence, Draxas lui moula son poing dans la mâchoire, si fort qu’il sentit une partie de celle-ci se décoller. Glissant brutalement sur le sol, il percuta divers obstacles avant d’atterrir auprès de la brune. Sans le vouloir, elle venait donc d’éprouver toute sa douleur actuelle. S’approchant d’elle en rampant, il caressa ses cheveux, faufilant délicatement sa paume sur sa joue. De façon assez discrète, il avait achevé de lui injecter la drogue qui allait accentuer tout leur système. Lors de sa chute, le Démon avait réussi à ingurgiter la sienne. Une intense chaleur sillonna ses veines, cimentant considérablement ses muscles ainsi que son ossature. Celles-ci avaient d’ailleurs été amplifiées en taille, saillante par la couleur rougeâtre qui brillait. Agissant très rapidement, l’homme se dressant déjà fièrement debout. L’étonnement des adversaires était véritable. « Nous subirons de fortes hallucinations après coup, mais c’est le prix à payer pour arracher la victoire. » Le duel n’avait jamais été aussi équivalent. Il était grand temps de l’emporter.



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Ven 20 Mai 2016, 10:48

Sa stratégie avait lamentablement échoué. Au-delà de la douleur qui martyrisait une bonne partie de sa jambe, Nora n'avait pas vraiment accompli sa mission, à moins qu'elle n'ait menti à Seth pour saisir l'occasion de s'échapper de sa cellule. Rageuse, Callidora se releva aussi vite que sa blessure le lui permettait. Voir le corps de leur adversaire s'élever dans les airs ne lui disait rien qui vaille, pas plus que l'arrivée de nouveaux protagonistes. Reconnaissant la jeune femme qui avait abordé Zane lors de leur précédent séjour dans l'une des salles de repos, elle crispa les poings par réflexe. Fallait-il toujours que ce genre de créature fasse son apparition au pire moment possible ? Cela dit, elle n'eut pas le temps de sentir sa jalousie se déployer. Leur petite rébellion agaçait manifestement le Démon. En revanche, elle ne s'attendait pas à se retrouver à plusieurs mètres au-dessus du sol sur des plates-formes à la solidité douteuse. La perspective d'un sacrifice ne la tentait absolument pas, et elle s'apprêtait à passer à son tour à l'attaque, comptant bien réparer l'erreur du serpent lorsqu'elle se figea brusquement. La mélodie qui s'élevait des lèvres des derniers arrivants lui glaça le sang. Des sifflements s'agitèrent dans sa tête à nouveau. Saisie par l'impression que son crâne allait imploser, elle ne parvint pas vraiment à réagir avant que son partenaire ne se fasse blesser, ayant à peine le temps de voir ce qui se passait. Une souffrance inexplicable s'empara de son bras. Personne ne l'avait touchée. Il ne fallut qu'une seconde à la brune pour comprendre ce qui arrivait. Avant qu'elle puisse réagir, elle sentit sa mâchoire écrasée par une force considérable. L'instant d'après, Zane se trouvait à ses cotés. Voulant reculer pour se dérober à lui, s'étonnant de le voir aussi proche, elle sentit quelque chose piquer sa joue et hocha la tête après son explication avant qu'il ne s'éloigne encore.

Et puis, ce fut comme si tout s'éclaircissait autour d'elle. Le moindre contour lui semblait amplifié, la moindre couleur ravivée. Tout devenait merveilleusement clair, et la souffrance s'évanouissait. Son corps meurtri cessa de refuser de lui répondre. La brune n'avait jamais eu vent d'une telle drogue, et elle se doutait que les conséquences seraient terribles. Cela dit, aucun choix ne leur était offert. La rage incommensurable que retenait son cœur balaya sans prévenir sa résistance. Sa tentative de reprendre le contrôle d'elle-même échoua à la manière d'une vague fracassée. D'un regard en direction de Zane, elle constata que ce dernier avait au moins autant envie qu'elle d'en découdre avec cet horrible individu. Il était temps pour elle de passer à l'action. Sans prévenir, elle se précipita en direction de leur adversaire. Celui-ci attendait manifestement son approche, ne réagissant pas vraiment à sa venue. C'était parfait. À force de s'amuser avec eux, sa magie commençait certainement à se fatiguer, et il devait en garder suffisamment pour permettre l'accomplissement du rituel. Une soif de meurtre s'élevait peu à peu en elle, un poison enivrant auquel elle ne pouvait pas résister. Sa mère. Il devait payer. Et quand ce serait fait, elle s'occuperait de l'autre meurtrier. En attendant, Draxas allait mourir sous ses doigts encore blancs, et le sang les tâcherait pour toujours. Levant sa lame vers lui, elle s'apprêtait à l'embrocher sans ménagement. D'un air victorieux, le Démon dressa son bras contre l'arme, et la chair contra le fer. L'arme valsa sur le sol. L'autre main de son ennemi s'abattit violemment sur sa pommette. L'os fragile céda sous la pression, et Callidora se laissa tomber à terre, sans défense. Sa chevelure brune recouvrait la moitié de son visage, et un rictus malsain déforma sa bouche. « Je vous avais dit de ne pas jouer avec le destin. » Profitant du lien qui les unissait désormais, elle avait demandé à Zane de la laisser faire et de n'agir qu'au dernier moment. C'est ainsi qu'elle vit la lame du Démon passer au-dessus de sa tête pour plonger vers le corps de Draxas. Au lieu d'atteindre sa cible, elle se figea à quelques millimètres à peine de son objectif. La brune eut l'impression étrange de s'enfoncer dans le sol. Voilà qu'ils flottaient tous les trois sans raison et que l'odieuse litanie des Génies venait de s'achever.


Sa fille. Comment avait-il pu oublier que le destin adorait offrir de petits surprises au moins où l'on s'y attendait le moins ? Sa propre fille. Concentré sur sa mission, il n'avait pas montré le moindre signe de trouble, mais un désespoir grandissant s'élevait en lui. Loziel ne pouvait pas la laisser mourir, sans doute parce qu'elle restait la seule trace de son passé et qu'il ne pourrait jamais y renoncer complètement. À la voir ainsi, elle était sensiblement plus belle et moins fragile que Téméris. Sans se gêner, il la dévisageait, suivait du regard ses moindres mouvements tandis que ses lèvres articulaient une mélopée ancienne et maudite. La sacrifier pour les caprices d'un Démon était inenvisageable. Une fois que le lien fut établi, le Génie jeta un coup d'oeil en direction de ses camarades. Imperturbables, ceux-ci achevaient la litanie, ne prêtant pas même attention à ce qui se déroulait autour d'eux. Un changement imperceptible du côté des futurs sacrifiés fit tourner la tête à Tobias. Qu'ils se battent le distrayait, d'une certaine manière. Le Génie claqua des doigts, et les trois individus se retrouvèrent à flotter au-dessus des plaques rocheuses sans pouvoir véritablement agir. Se tournant vers ses deux camarades, ils cessèrent de chanter. « Vous êtes des jouets amusants. » Tobias s'approcha de Draxas et posa la main sur son front alors que Lise s'occupait de Zane. Loziel hésita avant de poser ses doigts sur la tête de sa fille. Lui qui connaissait le rituel sacrilège par coeur ne voyait pourtant aucun moyen de l'arrêter sans se trahir. Ses doigts immatériels, il parvenait presque à les sentir tant la magie convoquée en ces lieux était d'une terrible puissance. Le Génie croisa le regard de Tobias et frissonna en voyant l'un de ses ongles s'enfoncer dans la nuque de leur commanditaire jusqu'à venir chatouiller l'un des nerfs. Immobilisé par la magie, ce dernier ne put pas réagir et aucune réaction ne passa sur son visage. Se penchant jusqu'à son oreille, Tobias eut un sourire mauvais. « Cela dit, notre accord ne tient plus. L'un des miens est mort. » Ce sourire fut comme un déclic pour Loziel qui cessa de murmurer les paroles maudites du rituel et se tourna vers Lise. C'était le signal. D'un geste imprévu, Tobias donna un coup de pied brutal dans le dos de Draxas qui s'effondra sur la plaque de roche, sonné. La seconde d'après, Tobias se trouvait au milieu de ses deux congénères et posa une main sur leurs épaules. La magie ambiante disparut brusquement, rappelée par les créatures chimériques avant que celles-ci ne disparaissent. Un murmure s'évapora dans les airs. « Partez. » Et puis, ce fut la chute.


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Dim 22 Mai 2016, 17:55


Prendre le diable par la queue feat. Calli


Les ratés se succédaient dans l’indifférence générale, puisque personne ne prenait véritablement la suprématie sur les autres. Draxas régnait sur eux par son ampleur colossale, mais les alliés éventuels qu’ils avaient obtenus de leurs côtés ainsi que leurs sens de l’improvisation avaient peu à peu raison du camp ennemi. Se rosser avec la force contre un homme plus chevronné encore présupposait des inconforts bien plus élevés, à tel point que Zane éprouvait de sérieuses difficultés à solidifier ses os pour maintenir la cadence infernale. Callidora avait cependant des amis insoupçonnés au sein des adversaires. En effet, l’un des génies tenait apparemment un lien très étroit avec cette dernière. En de justes conséquences, les rangs commençaient alors à augmenter par paliers du côté des évadés. Pour combattre le mal, il fallait le combattre par un plus grand mal encore. Compromis dans la seule résistance, le démon se donnait corps et âme pour dédaigner nerveusement son père qui se livrait un duel de plus en plus régulier. La faiblesse de son parent se faisait exponentiellement courante. Si au départ il lui était impensable d’échanger des coups avec lui sans prétendre à une mort certaine, plus le combat durait, plus il envisageait de réellement l’abattre. Tout en incorporant une illusion lors de sa tentative suivante où il faucha nerveusement l’air, il parvint à balafrer brièvement son torse avec la pointe de son épée. La drogue qu’il avait ingurgitée dépassait ses attentes ; son nouveau mode améliorant considérablement ses compétences. Avec un peu plus de temps, il aurait probablement pu le vaincre seul, mais il était plus que jamais conscient des effets secondaires qui retomberaient. Se déchargeant de l’arme qu’il tenait, il avança précipitamment d’un pas pour hâter son poing dans le ventre de Draxas, qui pour la première fois rejeta un hoquet de surprise.

Il objecta ensuite son visage en avant, frappant avec hostilité son front contre la figure fermée de son adversaire. « Je ne pourrais pas te tuer aujourd’hui, mais ça viendra plus tôt que tu ne le crois. » Son père élança une immense ondulation noire que Zane repoussa d’un simple revers. Son corps brûlant laissant échapper de plus en plus de vapeur en conséquence de son système nerveux qui redoublait d’efforts, syndrome qui lui permettait entre autres de savoir à quoi correspondait son stade ainsi que le temps qu’il lui restait pour ne pas subir le contrecoup. La brune avait néanmoins des comptes à régler avec celui qu’elle portait pour responsable pour le meurtre de sa mère. Profitant de ce relais pour se laisser captiver aux autres combattants de son camp, il se sentit profondément apaisé quand il vit la lame de Seth se peindre du sang d’Adragon. Avec ses facultés cognitives relativement privilégiées, il avait trouvé le moyen de l’atteindre, et probablement que son secret avait été découvert. Dans l’intérêt général, il ordonna à Brady de battre en retrait et de se préparer, après quoi tout s’accéléra. Lise était venue jusqu’à lui pour s’assurer que tout allait pour le mieux. En tant que véritable professionnelle dans la prise de substances, elle savait qu’il n’en avait plus pour longtemps. C’est pourquoi elle pressa le rythme en s’adressant à une personne qu’il ne connaissait ni de vu, ni de nom. Le contre-effet inaugura ses promesses lorsque les doigts de sa main gauche remuèrent sans logique, se désarticulant par intermittence en plus de lui fournir une drôle de procuration, ses entrailles étant comme piétinées par un intrus lilliputien aussi indésirable que pouvait l’être cet endroit.

Les futurs évènements qui se composèrent lors d’un enchainement particulier tombèrent d’un coup comme le rideau au milieu d’une scène. Ce qui s’y produisait relatait des faits qu’il n’était pas capable d’argumenter ou de décrire avec précision. Il n’avait rien orchestré durant cette dernière partie, et pendant qu’ils auraient pu se faire écharper dans les secondes suivantes, l’un des génies pratiqua visiblement un rituel qui les plongea dans un abime infernal. Les yeux du démon furent voilés par l’obscurité. Ce n’est que lorsque ses pupilles renouèrent avec le bon chemin de la lueur qu’il constata qu’ils étaient revenus au point de départ, le plus surprenant venant sans doute du fait qu’ils étaient tous rassemblés ici sans exception. Tous les alliés qui leur avaient prêté assistance du début à la fin étaient ainsi rassemblés pour mettre en place la dernière ligne droite de la plus grande évasion du siècle. Profitant des instants propices de sa force décuplée, Zane se hissa rapidement au centre des siens, prêt à leur donner l’ultime instruction. Plongeant son regard dans ceux de tous ses compagnons, il projeta férocement une vague de vent, ce qui eut pour effet de libérer l’accès à une immense porte. « Ils ne vont pas tarder à nous rejoindre, c’est pour cette raison que vous allez devoir courir de toutes vos forces en cap de la sortie. Lise et Diane, vous connaissez cette forteresse mieux que quiconque. De plus, vous avez chacun une fonction qui permettra à tout le monde de se dégager sans encombre. Je compte sur vous. Seth et moi allons persister en arrière pour ralentir les troupes ennemies. Les autres, suivez nos guides sans vous arrêter. Si l’un de vous tombe en cours de route, nous ne pourrons probablement pas venir à votre rescousse. Vous êtes tous prêts ? Alors c’est parti ! » Sous cette ultime préconisation, un cri de guerre collectif vit le jour.

Les deux femmes opérèrent selon ce qu’on leur avait dit de faire, se vouant immédiatement à superviser le groupe dans la bonne orientation. Lise étant chargée de la sécurité, elle disposait d’un appareil capable de déverrouiller le passage de plusieurs issus impossibles d’accès en temps normal. Les deux démons se mirent eux aussi en position, et cela en accord avec une synchronisation parfaite, là où Zane avait anticipé et se desservit d’ailleurs sans rallongement. Jessie et James avaient d’ores et déjà entrepris de partir à leurs poursuites, et très certainement dans un désir d’avoir les félicitations de leurs chefs, ils lancèrent une multitude de sorts très déstructurés dans l’ensemble. Les deux démons qui combattaient à l’unisson depuis l’enfance n’avaient aucun mal à fournir une belle prestation. Dans l’osmose qui les qualifiait, ils annihilèrent toutes les attaques avec une aisance remarquable. En revanche, les muscles du bras gauche de Zane se mirent à se tordre affreusement, empêchant celui-ci d’utiliser ce membre comme il le souhaitait. La course poursuite fut ensuite rejointe par la venue des acolytes impériaux de Draxas, visiblement très fâché par ce qui s’était produit. Alors qu’ils arrivaient pourtant aux termes de la course, le bellâtre échoua sur un obstacle qui le fit s’écrouler en plongée, le déviant qui plus est de sa trajectoire. Le comble, c’est que c’est justement ce moment que désigna la drogue pour cesser définitivement son effet, le laissant la merci de Weydan. « Comme on se retrouve, hé hé ! À moi la promotion ! » L’énorme hache qui s’abattit sur lui freina néanmoins sa course grâce à l’apparition miraculeuse d’un tentacule qui s’était vrillé autour. Roger avait manifestement pris du volume.


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Mer 25 Mai 2016, 15:11

Une insatiable envie de vengeance grandissait en elle. À vrai dire, la brune ne comprenait pas grand-chose à ce qui advenait autour d'elle, et cela lui importait peu. Les événements lui paraissaient dénués de sens, et au fond d'elle-même, elle sentait que quelque chose changeait. Une infime partie d'elle-même s'était irrémédiablement brisée ce soir, et pourtant, elle s'en moquait. Seule la victoire comptait désormais à ses yeux. En fin de compte, bien que cela eût paru improbable, ils parvenaient à défaire lentement leurs ennemis, les uns après les autres. Zane se chargeait de son père alors que Seth s'occupait d'Adragon, et ils semblaient prendre l'avantage. Et elle, que faisait-elle ? Tout s'accéléra brusquement lorsque les plates-formes cédèrent. Contrairement à ce qu'elle avait cru, aucun d'entre eux ne s'effondra sur le sol de la forteresse, et ils se retrouvèrent tous dans la même position, si l'on oubliait que chacun des protagonistes de cette sombre aventure se trouvait là. Toujours agenouillée sur la pierre, Callidora finit par se relever, cessant de chercher à comprendre quoi que ce soit à cette mêlée générale et se mit à courir vers la sortie comme il le fallait. Et puis, sans réfléchir, en voyant leurs assaillants se rapprocher, elle décida de passer à l'action. S'occuper des gros poissons représentait un risque inutile qu'elle ne pouvait pas courir puisqu'ils approchaient finalement de leur objectif. C'est donc naturellement qu'elle se tourna vers le prétendu Sorcier trouvé dans l'un des sous-sols, un sourire mauvais aux lèvres. Encore privé de magie, il se révélait parfaitement inoffensif. Sans la moindre méfiance, la Rehla se précipita dans sa direction, fermement décidée à en découdre. Attrapant au passage une arme qui traînait dans les environs, elle échangea quelques coups avec lui, par pur goût du jeu. Doucement, elle prenait l'avantage, lui ôtant tout espoir sitôt qu'il croyait avoir trouvé une faiblesse jusqu'au moment où elle le désarma. La pointe de l'épée vint appuyer contre la gorge de son adversaire. Il devait payer, pour l'immonde magie qu'il pratiquait, et pour la perfidie de Jacob. Ne sachant plus où se situait la frontière entre réalité et illusion, la brune s'apprêtait à faire couler le sang. Quelqu'un l'arracha à son amusement en maugréant. « Ce n'est pas le moment de jouer, et tu le sais très bien. » Seth la regardait d'un air désapprobateur. Le corps du Sorcier s'effondra au sol, transpercé par les entrailles. Qu'on lui enlève ainsi sa source de plaisir ne lui plaisait définitivement pas.

Ravalant son agacement, elle se retourna pour chercher un nouvel ennemi à combattre lorsque quelque chose d'inattendu se produisit, comme si le monde s'effaçait sous ses yeux. Tout ce qui trouvait à sa droite avait littéralement disparu, laissant place à des ténèbres affolantes. La brune avait beau battre des cils, cette vision de cauchemar refusa de s'évanouir. Perturbée, elle vacilla un instant avant de reprendre conscience de son environnement, rappelée par la voix grossière de Weydan qui avait manifestement décidé de s'en prendre à Zane. Son sang ne fit qu'un tour. « Hey, sale type ! Tu trouves toujours la poupée aussi jolie ? Parce qu'il se trouve qu'elle a un cadeau pour toi. » La mage déferlait à nouveau dans ses veines, l'encourageant à la provocation. La brute se tourna vers elle en éclatant de rire. Au vu des ecchymoses qui couvraient son corps et de ses vêtements en lambeaux, elle ne devait pas vraiment ressembler à une poupée. Toute notion de douleur avait cependant disparu, et tout ce qu'elle désirait en cet instant, c'était mettre fin aux agissements de ces sous-fifres. D'une certaine manière, cela lui offrait l'impression d'être plus grande. Plus forte. Jetant un coup d'oeil vers Roger, elle s'assura que ce dernier se tenait à l'écart avant de passer à l'attaque. Ce fut bref. D'un claquement de doigts, elle fit s'abattre la foudre sur l'impudent et rappela son pouvoir presque instantanément, ne cherchant qu'à l'assommer. S'il le souhaitait, Zane pourrait s'en charger. La brune n'avait pas de temps à perdre avec les idiots de seconde zone, et tuer aurait été trop simple. Un second claquement de doigts résonna au milieu du choc des épées. Jessie s'effondra prématurément, sonné sur le coup. Epuiser le peu de magie qu'il lui restait de la sorte ne servait à rien, et pourtant, elle ne pouvait pas s'arrêter. Callidora en voulait encore. Il ne lui fallut pas longtemps pour remarquer James qui se trouvait presque à la hauteur de Zane et s'approcher de lui sans quitter du regard les autres. « Je veux me battre avec toi. Un duel, sans magie. » De toute manière, il ne pouvait qu'accepter, se retrouvant seul face à eux. Les derniers acolytes de Draxas avaient manifestement traîné. S'assurant que Seth s'occupait de Zane pour le mettre en relative sécurité, elle se prépara à se battre.

Le combat ne tarda pas à s'engager. James attaqua le premier, visiblement impatient d'en découdre avec elle. La brune vit la lame de son adversaire siffler à quelques centimètres de son visage. Rapide et agressif. Il fallait qu'elle soit prudente. En attente d'une autre attaque, elle prit le temps de l'observer pour repérer la moindre faille chez lui, en dehors de son absence d'armure. La seconde fois, bénéficiant d'une force inconnue, elle contra son épée sans réelle difficulté et s'empressa de lui porter un coup. Ce fut un raté magistral dont elle ne se préoccupa, passant immédiatement à la feinte suivante. Se débrouiller avec les rudiments de combat appris auprès de Syveth la satisfaisait pleinement. Cela dit, leur duel commençait à s'éterniser, et personne ne semblait dominer l'autre. De puissance quasiment équivalente _ et la brune ne cessait de remercier la drogue _, et d'une intelligence relativement similaire, ils ne parvenaient pas à s'en sortir. Sentant l'impatience poindre en elle, elle finit par choisir une alternative à laquelle elle n'osait pas vraiment croire. Parant ce qui serait sa dernière attaque, elle fit mine de trébucher et tomba à genoux. Certain de sa victoire, il brandit l'épée au-dessus d'elle et fit l'erreur de croiser son regard. « Tu ne nous feras aucun mal. Tu vas fermer la porte derrière nous et retenir les autres, n'est-ce pas, James ? » Contre toute attente, son adversaire battit des cils comme pour se ressaisir. Nul doute qu'une tempête faisait rage sous son crâne pour savoir ce qu'il devait faire. Callidora finit par emporter la victoire et le vit jeter son épée sur le côté, se retournant pour faire face à ses anciens alliés. C'était terriblement amusant que de retourner les gens les uns contre les autres. Pas la moindre sensation au monde ne valait celle de briser un esprit. Après s'être relevé, elle fit signe à ses camarades de prendre la direction de la porte. Aucun danger ne les attendait désormais, si ce n'étaient les créatures des ruines. Heureuse de franchir la sortie et de sentir l'air frais caresser sa peau, elle en était venue à oublier qu'elle subissait les effets d'une substance douteuse. Sans prévenir, elle sentit son corps se déchirer et s'écroula sur le sol, incapable de continuer. La douleur revint par vagues fulgurantes. Des larmes montèrent à ses yeux instantanément. La sensation effroyable que ses veines brûlaient l'empêchait de se relever. C'était une souffrance insoutenable. Un cri de douleur restait bloqué dans sa gorge. C'est alors qu'elle sentit son tatouage se consumer comme pour marquer une fois encore et à jamais la peau de son ventre. Et puis, soudain, elle eut l'impression que tout s'évanouissait.


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Prendre le diable par la queue [PV Callidorade]

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