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 [Q] Fêtes et confessions | Solo

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Min Shào
~ Orine ~ Niveau II ~

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◈ Parchemins usagés : 291
◈ YinYanisé(e) le : 25/03/2022
◈ Âme(s) Soeur(s) : Elle m'attend quelque part.
Min Shào
Sam 11 Juin 2022, 20:32


Fêtes et confessions
Flashback.

Objectif : Min assiste et participe à la cérémonie du Lien de Takao.

Des soleils. Des milliers de soleils. Min était ébloui par tant de lumière. Il se rendit compte qu’il était en train de marcher dans un champ de tournesols. C’était certainement celui près de Takao… d’ailleurs, il n’était pas seul. Il reconnut les traits de Ji-eun, avec son sourire qui éclipsait tout le reste. Il entendait les cigales. Il y en avait partout. Elles leur jouaient un concert.

Min entendit l’écho de la voix claire de Ji-eun, mais il ne comprenait pas ce qu’elle disait. Peu lui importait : il comprenait quand même. D’un coup, le champ se retourna : il était maintenant allongé à côté d’elle. Il lui prit la main. Ils parlaient et rigolaient. C’était ce genre de moments d’infinité qui étaient les plus chers à son cœur. Il souhaitait qu’il ne se termine jamais. Son visage posé sur la terre humide, ses cheveux qui se mêlaient aux tiges de tournesols… c’était une sorte de fusion. Entre eux et avec la nature. Un moment parfait. Lentement, comme au ralenti, la jeune brune se rapprocha de lui. Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres. Il sentait son souffle sur sa nuque. Il voulait se rapprocher d’elle et la toucher de ses lèvres… mais il n’y arrivait pas. Min était bloqué, comme si une masse le retenait. Ce moment de frustration, lui aussi, sembla durer une éternité.


Jusqu’à ce qu’il se réveilla. L’esprit encore à mi-chemin entre rêve et réalité, Min fixa le plafond de sa chambre alors que son cousin Tao s’affairait déjà à mettre son yukata. Il le regarda en coin, l’air amusé de voir que, comme à son habitude, Min serait le dernier du foyer à se préparer. Min ronchonna et se frotta les yeux en bâillant. Chaque seconde, le souvenir de son rêve s’échappait et disparaissait un peu plus de son esprit. L’Orine fut prise d’une sensation désagréable dans l’estomac, comme s’il s’était noué pendant la nuit. Et quand il se souvint de ce qu’il l’attendait pour la journée, il comprit.

Aujourd’hui était l’avant-dernier jour de Kim Ji-eun à Takao, car elle partirait ensuite pour s’installer au Palais de Coelya, un lieu nimbé de mystères. Tout ce qu’il savait était que c’était une antre de l’éducation pour les Magiciens. Mais l’important n’était pas de savoir où elle allait : c’était son départ. Demain soir, au crépuscule, elle quitterait sa terre natale pour rejoindre son Aisuru, pour entamer une nouvelle vie et laisser son enfance derrière elle.

Ces quelques dernières lunes, depuis que le départ était prévu, la jeune Orine enamourée était passé par toutes les phases : tristesse, colère, jalousie… un tourbillon d’émotions avait pris le contrôle de son esprit, presque à le rendre malade. Heureusement, l’encens apaisant de sa grand-mère lui permettait de bien dormir. Mais elle revenait en rêve, encore et encore. Toujours par ce moment d’infinité où un lien indéfectible s’était formé entre ces deux êtres.

« Tu es pâlot, Min. Un petit-déjeuner te ferait du bien. Mais dépêche-toi, car nous partons bientôt pour la maison des Kim. » Tao lui lança le yukata puis sortit de la chambre, après s’être appliqué de la poudre blanche sur le visage. Il semblait n’avoir rien remarqué de la tourmente dans laquelle son cœur était plongé ces derniers temps. En définitive, personne dans le foyer ne semblait l’avoir remarqué ; tant que Min continuait à montrer sa bonne humeur, ils ne se posaient pas de questions. Ou peut-être qu'ils avaient décelé ses tourmentes, mais ne lui en parlaient pas.

Quoiqu'il en était, il fallait avancer. Un pas après l’autre. Min se leva doucement puis alla faire sa toilette. Le reste du foyer s’affairait déjà dans le salon ; il était en retard. Cette réflexion l’aida à chasser toute mauvaise pensée alors qu’il nouait soigneusement le yukata. « Monsieur. Min. Shào ! » Tiens, Mei n’était pas de bonne humeur, elle non plus. Alors que tout le monde était pris par la ferveur et l’excitation à l’approche de tels événements, elle imaginait tout ce qu’il pouvait mal se passer et débordait d’anxiété. Min était souvent la cible de ses inquiétudes, et aujourd’hui ne semblait pas y faire exception. Il soupira.

Avant de sortir de la chambre, il souleva son oreiller et y tira une lettre qu’il cacha sous le pli de sa tenue. « La maison n’est pas en feu, tata ! J’arrive. » Min se précipita dans le salon, bien apprêté, puis s’empara d’un onigiri. La famille était déjà en train de mettre ses geta et les enfants se précipitaient sur le chemin. « Tu me parles sur un autre ton, Shào. » Son regard le figea un instant. « Oui… pardon. Je suis un peu anxieux, moi aussi. » Ce n’était pas totalement faux… même si c’était un euphémisme.

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Min Shào
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Min Shào
Sam 02 Juil 2022, 18:24


Image par Patricia Vázquez
Droite : avatar de Chuan
Gauche : avatar de Ji-eun
Le foyer des Shào se rassembla au bout de l’allée du terrain, ornée de bambous et de fleurs dont toute la famille prenait soin. Puis vint le moment de se séparer en deux groupes, en fonction des générations. Quand les adultes se regroupèrent d’un côté, sa nièce Xue s’empara instantanément de sa main. « Moi, je vais marcher avec Min ! » s’exclama-t-elle sur un ton qui n’autorisait aucune discussion. Mais personne ne fit attention à elle ; chacun discutait avec excitation des festivités à venir. Le volume montait petit à petit. Les enfants trépignaient d’impatience et posaient des questions à tout va, alors que les adultes tentaient de s’organiser. Soudain, l’aînée du foyer, la grand-mère Zhang, mit fin à l’animation.

« Bien. » Son ton calme mais fracassant imposa un silence religieux auprès de chacun. Après quelques secondes d’attente, satisfaite de l’attention qu’elle obtint, l’aînée déclara : « Les enfants. Je sais qu’une période pleine d’excitation commence pour nous tous aujourd’hui. Mais attention ! N’oubliez pas de porter honneur à la famille Shào en toute. Situation. J’attends de vous un comportement impeccable au Temple. Soyez respectueux. Soyez aimables. Comme nous l’avons toujours été dans cette famille. » « Oui, grand-mère Zhang », répondit en chœur la famille, certains avec plus d’aplomb que d’autres. « Nous nous reverrons au banquet de ce soir. » Quand la grand-mère tourna les talons, tous les adultes la suivirent d’un seul homme.

Ils partirent vers Onikareni, le village où tous les proches de la famille de Ji-eun se réuniraient pour cuisiner des raviolis. Plus qu’un atelier cuisine, c’était un moment de retrouvailles précieux pour le village, et l’occasion de discuter des dernières nouvelles. Le groupe emmènerait ensuite les raviolis sur la grande place d'Onikareni, où le festin aurait lieu jusqu'à l'aube. Quant aux enfants et adolescents, leur rôle était différent ; ils iraient d’abord rendre visite à Ji-eun, pour ensuite se rendre au cœur de la montagne de Takao, au temple de Liànjiē. Ils porteraient la promise tout au long du chemin. Elle ne devrait pas toucher le sol de toute la journée, sauf pour s’asseoir sur des positions surélevées, ou son Lien serait alors maudit. Min et les autres adolescents porteraient donc le poids de cette tradition sur leurs épaules —littéralement. Les enfants, eux, les encourageraient et porteraient l’encens traditionnel au devant de la procession.

Le groupe se mit en marche et s’éloigna des adultes au fil de leurs pas. Ji-eun vivait au bord du lac de Takao, assez proche du Temple ; au moins, la souffrance ne serait pas trop longue. Sur le fil du chemin, le groupe grossit à mesure qu’ils rencontrèrent d’autres invités de Takao ou d’Onikareni. En arrivant à la maison des Kim, le cœur de Min se serra. Leur terrain était magnifique ; leur potager était le plus impressionnant du village et il s’entourait de cerisiers. Au fond, on pouvait voir l’eau du lac scintillant à la lumière du soleil. Min s’y était baigné de nombreuses fois avec elle. Le regard porté vers le lac, l’Orine se remémorait ces après-midis et nuits d’insouciance. Un temps qui était maintenant révolu.

 « Min-ah ! » Soudain, son champ de vision fut chamboulé par une tornade d’ébène. C’était Chuan, sa meilleure amie, qui souriait de toutes ses dents. « Tu es là ! » Min lui sourit tristement. Avec elle, il ne portait pas de masque. Ni avec Wao, d’ailleurs, qui était juste derrière elle. Ensemble, les trois Orines formaient un trio inséparable depuis leur plus tendre enfance. Chuan était la femme forte du groupe ; elle se passionnait pour le combat et ne tenait pas en place. C’était certainement la seule personne qui avait plus d’énergie que Min. Quant à Wao, il était l’îlot de tranquillité du groupe, toujours présent pour calmer les ardeurs de ses deux compagnons… ou se faire entraîner dans leurs combines. Et pour la première fois depuis plusieurs jours, l’Orine se sentit enfin soulagé. « Eh oui. Je suis prêt à porter des gros kilos sur mes épaules viriles », affirma-t-il en tapant l’épaule de Chuan. « T’inquiète. C’est moi qui porterai toute la charge, de toute façon », blagua-t-elle en lui faisant un clin d’œil. « D’accord, tu me laisseras me mettre à côté de toi, n’est-ce pas ? En échange, je te donnerai la moitié de mes raviolis ce soir… » fit mine de chuchoter Wao.

Les trois amis rirent ainsi pendant un moment. Xue, sans comprendre la moitié de leurs blagues, rigolait à tout. Leur joie de vivre était tout simplement contagieuse. Mais quand elle fut appelée pour préparer l’encens, les trois s’assirent sur un côté du jardin et purent se retrouver uniquement entre eux. L’ambiance changea instantanément. « Alors… sérieusement », initia Wao, son sourire quittant son visage. « On est avec toi, Min. » Ses deux amis lui adressèrent un sourire qui valait un millier de mots. « Merci, mes amis. C’est la vie », soupira-t-il en baissant la tête. Min ne pouvait soutenir leur regard plein d’empathie ; les larmes lui montèrent aux yeux. Instinctivement, Chuan posa sa main sur son bras. Pas besoin de magie pour calmer sa tourmente, cette fois ; la chaleur de ses amis était bien plus efficace. Min sécha sa larme et se sentit enfin libéré d’un poids. « Je suis prêt », ajouta-t-il. Il accompagna sa parole en tapotant sa poche de yukata, faisant référence à sa lettre de confessions. Wao et Chuan étaient les seuls à connaître la nature de la relation entre lui et Ji-eun. Ils l’avaient motivé à écrire cette lettre. Selon Wao, qu’il la lui donne ou non, coucher ses sentiments à l’encre avait un effet thérapeutique indéniable. Min n’en était pas si sûr, mais il avait tout de même écouté son conseil.

« Regarde, Min ! Regarde ! » Soudain, Xue revint vers eux en sautillant, l’encens prêt à être allumé entre ses menottes. « Attention, Xue ! Ne cours pas », lui cria Wao. Sage, elle l’écouta et ralentit le pas. Pour éviter de lui faire parcourir plus de distance, les trois amis se levèrent et se rapprochèrent d’elle. « C’est un très joli brûle-parfum », affirma Min avec bienveillance. « Il est digne de toi. Viens, allons nous mettre en place ! » Ces derniers accompagnèrent Xue alors que le reste de l’attroupement se levait et se rapprochait à son tour de l’entrée de la maison. La mère de Ji-eun donnait des ordres pour organiser la troupe ; les enfants se placèrent loin des adolescents, et ces derniers allèrent s’asseoir tout autour du mikoshi, qui allait servir de moyen de transport pour Ji-eun tout au long de la journée. Min fut séparé de Chuan et Wao, qui se placèrent à l’extrémité avant du bâton portant le char. Il fut placé à la gauche de Tao, qui était bien plus robuste que lui. Ce dernier lui fit un salut de politesse, mais ne chercha pas à engager la conversation. En voyant où Min se situait, Wao lui adressa un soulèvement d’épaules.

« Tournez-vous vers moi, s'il vous plaît ! » Déclara enfin la mère de Ji-eun, après quelques minutes d’organisation laborieuse. En remarquant son ton sérieux, tout le monde se tut. Min, qui tournait le dos à la maison, se leva et se retourna en imitant les autres. « Veuillez accueillir ma fille, Kim Ji-Eun, promise au Magicien Alvin Morataun. » Elle s’écarta cérémonieusement en faisant glisser la palissade donnant sur le salon de son foyer, en dévoilant une silhouette vêtue de blanc et de rouge. Le souffle de Min fut coupé quand il vit Ji-eun.

Sa tenue de cérémonie lui donnait presque un air d’immortalité, comme si elle avait voyagé hors du temps et de l’espace. Sa robe blanche traînait sur le sol, mais laissait apercevoir ses pieds emmitouflés dans d’épaisses chaussettes et getas à ses mouvements. Des rubans rouges ornaient sa tenue en symbole du Lien qui allait l’attachait à son Maître. Et son sourire. Elle avait un sourire timide, mais sincère. Son regard était différent ; son esprit semblait déjà être parti d’Onikareni, loin dans les contrées des Magiciens. Il était encadré d’une coiffure ornée elle aussi de rubans qui égayaient sa chevelure noire. Personne ne pipa mot quand elle apparut, et tous s’inclinèrent quand l’Orine s’avança vers le mikoshi. Quand sa mère fit un mouvement de la main, deux enfants se levèrent et allèrent porter sa traîne pour la mettre correctement dans dans le char.

Ji-eun n’eut aucun regard pour Min, et il s’en sentit étrangement blessé. Pourtant, elle avait autre chose à faire que de fixer chaque invité dans les yeux. Il y aurait le banquet du soir pour ces derniers échanges. Etait-ce égoïste de ressentir toutes ces émotions ? Il se sentait à la fois vexé et coupable. « Levez-vous. Je vais vous guider jusqu'au Temple », annonça solennellement sa mère. Elle referma le salon puis s’avança au devant de la troupe. Min remarqua qu’elle passa la main sur ses yeux pour balayer ses larmes. L’émotion monta encore en voyant ce rare spectacle. Comme beaucoup d’aînés, il était rare que cette dernière laisse libre cours à ses émotions, ce qui rendait ces moments d’autant plus poignants. Tao, juste à côté de lui, ne semblait nullement touché par cette situation ; il paraissait même s’ennuyer. Comment pouvaient-ils être aussi différents... « Tu te lèves, Min ? » En posant le lourd bâton sur son épaule, Min aperçut une tâche blanche percer à l'intérieur du mikoshi. A quoi pensait-elle à ce moment-là ? Était-elle triste ? Heureuse ? Un peu des deux ? Il brûlait d’envie de connaître ces émotions. Son moment viendrait. En attendant, c’était à lui d’ouvrir la voie aux autres.

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Min Shào
Jeu 11 Aoû 2022, 14:59


La procession se mit en route, guidée par la mère de la promise. Min et les autres porteurs se concentrèrent sur leur tâche essentielle. Il fallait marcher à l'unisson pour ne pas déséquilibrer le char qui la transportait ; les porteurs suivaient les chants traditionnels des enfants pour donner le rythme. Au bout de quelques secondes déjà, il sentait le poids du lourd bâton de bois comme creuser un trou dans son épaule. *Il me manque vraiment du muscle…* ronchonna-t-il mentalement en essayant de se distraire de la douleur. Il inspira un bon coup et se concentra sur le chemin. Du coin de l’œil, il aperçut Xue qui sautillait en rythme, chantant et secouant son brûle parfum.

L'odeur de l'encens chatouilla les narines de Min, mais elle fut rapidement balayée par le vent quand la procession s'aventura sur le plateau qui faisait face au Temple. « Protégez vos brûle-parfums », scanda la mère. Xue obéit instantanément et boucha les trous de son précieux objet avec ses manches. Qu'est-ce qu'elle était mignonne ! Elle semblait prêt à tout pour ne pas laisser la cendre s’éteindre. Min se souvenait du temps où il avait pris sa place. A l’époque, il se sentait tout-puissant, comme si aucune limite ne pouvait l'atteindre. L'Orine était certain qu’à son âge d'aujourd’hui, il serait parti vivre avec son Aisuru depuis bien longtemps. Mais malheureusement, cela ne semblait pas prêt d’arriver. Et maintenant, ses amis commençaient à le devancer, à l'image de Ji-Eun et bientôt Wao.

« Nous y sommes », déclara sobrement son cousin Tao quand la procession tourna vers la gauche. Désormais, de vertigineuses falaises de pierre encadraient leur étroit passage. Ce dernier avait été entièrement creusé par les Orines afin de créer l’ouverture vers le Temple. Sur le passage, de nombreux émeraudes avaient été récoltés. Certains restaient encore encastrés dans la pierre, leur lumière reflétée par le soleil comme des étoiles terrestres.

Le virage était difficile à prendre avec un chariot aussi large que celui de Ji-Eun, mais les Orines étaient patientes. Petit pas par petit pas, le Temple apparut doucement au détour de la roche. Les tuiles rouges de sa structure contrastaient vivement avec le gris et le vert de la montagne. Logé dans un creux artificiel de la montagne, le soleil n'illuminait la bâtisse religieuse qu'à un certain moment de la journée -et c'était précisément à ce moment-là que la procession approchait. Le groupe passa l'arche de bois rouge ; elle venait d'être nettoyée pour l'occasion, c'était évident. Le bois était scintillant et ne souffrait d'aucune tâche. Le sol, aussi, semblait avoir été nettoyé, mais plus pour une question de sécurité que d'esthétique. S'il y avait la moindre pierre orpheline au sol, Min aurait certainement glissé dessus. Oh, remarque, si cette maladresse aurait pu annuler la conclusion du Lien pour cause de malédiction...  

« Vous vous arrêterez ici. » D'un geste, la mère avait tu les enfants pour se faire entendre. La procession avait désormais passé les pavés et le ruisseau qui traversait son allée. Ce Temple était l'un des premiers à avoir été construit par les Orines. Ses origines étaient nimbées de mystère, et par conséquent, les légendes qui l'entouraient étaient plus intrigantes les unes que les autres. Evidemment, étant dédié à l'Aether Liànjiē, toutes concernaient le Lien de près ou de loin. La préférée de Min était la légende de la Femme d'Emeraude ; selon elle, le Temple avait été érigé par les larmes de l'une des premières Orines à la mort de son Aisuru, un Magicien aux yeux verts. L'Orine aurait sculpté la statue immémoriale en son sein, représentant son Aisuru, et transformé ses larmes pour incruster son bracelet kumihimo d'éclats d'émeraude en mémoire de son regard. C'est ainsi que cette pierre précieuse serait née, au creux de cette montagne qui était auparavant une grotte, par la Beauté du deuil d'une Elue des Aetheri. Le fils de l'Orine, lié à la mort de son Maître, aurait construit le Temple autour de la statue après que sa Mère ait péri.

Il y avait quelque chose de réconfortant dans les histoires d'amour tristes. D'une certaine façon, ce n'était que par la fatalité et le désespoir que l'on pouvait s'imaginer l'étendue de la puissance de ce sentiment. Enfin... cela ne valait que pour les autres. Parce que maintenant, tout de suite, Min aurait aimé s'éclipser et aller se recroqueviller dans un coin en attendant que ça passe. « Posez le mikoshi ici, au pied des marches. » Silencieusement, les Orines obéirent. Le Shào se baissa tant bien que mal en imitant les autres, doucement, jusqu'à ce que le bois touche le sol. Les enfants vinrent poser la cale de métal sous le bois afin de l'égaliser avec la première marche de l'escalier du Temple. Et dire qu'ils devraient faire le chemin retour... c'était plus drôle de chanter en tenant de l'encens. « Kim Ji-Eun, ma fille. Sors de ton cocon et rejoins-nous pour t'accueillir dans la première étape de ton nouveau voyage. » Cette dernière lui obéit timidement : elle releva le rideau du mikoshi et mis un pied à terre en soulevant sa robe. Les filles se précipitèrent pour l'aider à soulever ses couches de tissu, mais elle les arrêta d'un geste. Lentement, l'Orine se releva puis monta les marches calmement, sans hâte. Tous étaient suspendus à ses mouvements.

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Min Shào
Jeu 11 Aoû 2022, 15:24


Quand sa chevelure remontée en chignon disparut de la vue des Orines, sa Mère leur fit signe de la rejoindre à l'intérieur du Temple et ils s'exécutèrent. D'instinct, Wao et Chuan s'étaient rapprochés de Min en montant les marches. L'heure n'était plus à la rigolade : il régnait une atmosphère solennelle. Seuls les bruits de leurs pas et du frottement de leurs tissus dérangeaient la tranquillité de la bâtisse religieuse. Une par une, les Orines allèrent se purifier avant de passer le pas du Temple. Quand son tour vint, Min versa de l'eau sacrée sur la main droite, puis l'autre. Il se lava la bouche et recracha l'eau dans le ruisseau, enleva ses chaussures et alla s'asseoir à côté de Chuan, qui était en train de gigoter d'impatience. Ne pouvant ouvrir la bouche, Min posa une main sur sa cuisse en signe d'apaisement. Elle lui jeta un regard de biais et cessa de bouger.

Une fois la vingtaine d'Orines installées, la Mère de Ji-Eun s'assit à son tour en faisant signe à la Prêtresse qui les attendait. L'encens, posé juste à l'extérieur, piquait les yeux de Min alors que le vent ramenait toute la fumée à l'intérieur. Mais il devait l'ignorer : personne ne devait déranger la cérémonie. La Prêtresse commença le rituel de bénédiction de la création du Lien.  « Ô, Liànjiē, Déesse céleste. Vous qui veillez sur notre peuple, sur la montagne, sur nos enfants. Accueillez les Orines purifiées par les ablutions dans votre humble Temple et bénissez Kim Ji-Eun à l'aube de l'accomplissement de sa mission Divine. »

D'un geste, elle intima Kim Ji-Eun à approcher ses mains. Cette dernière obéit et lui présenta ses poings fermés, orientés vers le ciel. Elle y noua un ruban rouge et s'écarta pour lui libérer le chemin vers la statue du Temple. Ji-Eun se leva, un pied avant l'autre, en prenant garde de ne pas marcher sur le tissu de sa robe. Min ne pouvait s'empêcher d'admirer la grâce de chacun de ses mouvements. Elle s'immobilisa devant la statue puis ferma les yeux. Elle commençait sa prière. La Prêtresse s'empara du shakujo posé au sol et commença par donner un rythme, puis à chanter. C'était un chant classique de bénédiction de la Déesse ; toutes les Orines le connaissaient par cœur. Quelques unes, reconnues par la Prêtresse, avaient aussi le privilège de pouvoir utiliser l'instrument religieux et l'accompagnaient.

Une fois le chant terminé, le silence envahit une nouvelle fois la montagne. Ji-Eun rouvrit les yeux et resserra les poings pour en laisser glisser le ruban. Elle le rattrapa et l'enfila au bras de la sculpture en le resserrant par un nœud spécifique à cette cérémonie. Enfin, elle se retourna vers les Orines et baissa les yeux, certainement intimidée par la situation, et tendit les bras. C'était le moment pour la jeunesse de lui prodiguer ses meilleurs vœux pour son union avec son Aisuru en lui offrant un kumihimo ; mais selon la tradition, cette offrande était aussi censée porter bonheur à toutes les jeunes Orines en recherche de leur Maître.

Min s'aperçut que ses mains étaient moites. Discrètement, il se logea tout au bout de la file et essuya ses mains sur sa tenue. Il sortit le kumihimo qu'il avait confectionné : la plupart des bracelets tissés par les autres étaient rouges, en référence à la couleur symbolique du Lien, mais lui l'avait façonné par un mélange de jaune et de bleu. Pour lui, cela représentait leur relation : le jaune des tournesols, le bleu de son lac. Il avait expliqué tout cela dans sa lettre, logée dans le pan intérieur de sa tenue... lettre qu'il hésitait encore à lui donner avant de partir.

Plus la file avançait, plus son cœur battait vite. Quand il arriva devant elle, Min s'inclina et tendit son bracelet. Il sentit la peau de Ji-Eun toucher la sienne quand elle accepta son offrande. Il n'osa pas la regarder dans les yeux et elle non plus. Il se retourna et se dirigea vers la sortie du Temple, en essayant de dissimuler ses émotions qui prenaient le dessus. Sans rien dire, il alla se placer sur le côté opposé du mikoshi et attendit qu'elle y entre pour repartir vers Onikareni. La marche serait plus longue jusqu'au village, mais ils seraient grandement motivés par la récompense à la clé : un festin préparé par les aînés. Il imaginait déjà Wao qui devait en baver d'avance. En pensant à la gourmandise de son ami, son cœur s'allégea un peu.


Mots: 794
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Min Shào
Jeu 11 Aoû 2022, 18:52


Image par Patricia Vázquez
Image : Avatar de Wao

Le soleil annonçait déjà une heure bien avancée de l'après-midi quand la procession des Orines arriva sur la place du village, les enfants devant avec leurs brûle-parfums désormais éteints et les porteurs du mikoshi où se terrait Ji-Eun. La place était méconnaissable : les cerisiers avaient été ensorcelés pour fleurir alors que ce n'était pas la saison. « Tiens, la saison des cerisiers me manquait... » marmonna Wao, les yeux brillant de nostalgie. « Effectivement, on... ne se lasse jamais... de cette vue », répondit un Min à bout de souffle à force de porter le mikoshi. Des pétales roses jonchaient le sol et s'envolaient au gré du vent, donnant à la place le charme typique des terres Orines. Des lanternes avaient été accrochées partout sur les hauteurs et des tapis de bambou recouvraient les pavés, surmontés de coussins pour que les convives puissent s'asseoir devant les tables à ras du sol.

Il y avait une hiérarchie dans le plan de table : au fond de la place, l'une d'entre elles, plus grande que les autres, était surélevée. C'était là où Ji-Eun passerait le reste de la journée. Elle serait entourée d'un côté de sa famille proche, et de l'autre, de son Aisuru et de ses proches ayant fait le voyage. Les autres tables s'étalaient pour entourer la place, en laissant un vide au milieu qui servirait à toutes sortes de démonstrations. C'était une occasion supplémentaire, pour les plus jeunes Orines, de s'essayer à la pratique qu'elles comptaient choisir comme leur Art Divin : tout le monde pourrait juger de leurs talents et les conseiller plus tard, voire se proposer de devenir leur mentor. Min, pour sa part, avait prévu plusieurs choses : une chorégraphie de danse des éventails, préparée avec un groupe d'enfants, et d'accompagner à la musique une danse adorable de Xue.

Mais d'abord, il fallait déposer Ji-Eun... et il était grand temps de le faire. La procession fit les derniers pas jusqu'à la table surélevée et déposa le mikoshi de la même façon qu'au Temple, avec minutie et délicatesse. Même Chuan, se rendit-il compte, était en train de peiner. Xue s'approcha de lui pour empiler des cales, tellement concentrée qu'elle en avait une grosse ligne marquée sur le front. Quand le mikoshi fut sécurisé, Ji-Eun apparut hors du char, sa tenue encore impeccable. Les aînés, qui attendaient impatiemment la procession armés d'éventails et d'ombrelles pour combattre la chaleur, applaudirent avec entrain.  « On a réussi ! Elle est pas maudite ! » s'exclama Xue, sans pouvoir retenir son enthousiasme. Le rouge aux joues, son cousin lui fit signe d'être plus discrète. Puis les deux Shào rejoignirent le reste de la famille. Wao, qui était le seul de son foyer à être venu, alla se loger à côté de lui. Chuan, pour sa part, choisit des les rejoindre alors que ses cousines s'étaient installées de l'autre côté de la place. Chez les Orines, les liens du sang n'étaient pas hissés au-dessus de ceux du cœur. « Je vous informe, chers convives, que ma fille, Kim Ji-Eun, a été bénie au Temple. Cette journée se déroule sous la bonne étoile des Aetheri, à l'image de sa future vie avec Alvin Morataun... que je convie à la table des Kim. Venez, Alvin. »

Des chuchotements s'élevèrent dans la foule alors que son futur Aisuru, caché derrière un paravent, se dévoila au grand jour. Il était suivi de ses proches : une petite fille brune et un vieil homme grisonnant au charisme qui ne laissa personne indifférent. Min remarqua que le regard de la promise avait changé en le regardant : elle le dévorait des yeux. Son regard brillait d'une passion enflammée, c'était évident. En suivant la coutume des Orines, les Magiciens s'arrêtèrent et s'inclinèrent devant Ji-Eun, puis la foule, avant de reprendre leur route vers la table. Selon la tradition, l'Aisuru ne devait pas quitter la table tant que sa promise y restait. Mais dans les faits, ce n'était pas souvent respecté : les Aisuru étaient souvent avides de connaissance sur leur peuple et n'avaient pas envie de s'isoler pendant une partie des festivités. Il se demanda si lui aussi irait à leur rencontre.

La foule attendit que le couple s'installe pour aller s'asseoir. Les aînés se retirèrent vers une tente montée pour l'occasion et en sortirent des assiettes remplies de raviolis. Les plâtrées étaient conséquentes, même pour chacun, et ce n'était que le premier plat de nombreux autres. Mais les plats suivants feraient plutôt office de modestes dégustations. Le but, dans cette fête, était aussi de promouvoir sa culture à l'Aisuru étranger. En tous cas, après tous les efforts accomplis, Min ne pensait qu'à une chose : dévorer. Il jeta un regard de biais à Wao. « Aujourd'hui, je vais accomplir l'impossible, je le sens. » Intrigué, ce dernier ajusta son coussin à côté de lui : « Un exploit, dis-tu ? Tu l'as déjà accompli en marchant des kilomètres sans trébucher une seule fois... » Ce dernier s'esclaffa et répondit : « Oui... mais non ! Je suis certain qu'aujourd'hui, je vais manger ces raviolis plus vite que toi. » Wao eut un rire de dédain exagéré et le défia en brandissant ses baguettes. « Ça, c'est ce qu'on verra. »

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Min Shào
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Min Shào
Sam 27 Aoû 2022, 11:44



La nuit recouvrit doucement les Orines festives de Takao. La montagne avait englouti le soleil pour laisser la lune les embrasser de son manteau. Les lanternes illuminaient la place centrale d'une lueur tamisée propice à l'inspiration. Les démonstrations des talents de Takao allaient bon train ; Xue avait brillamment exécuté sa Chanson de la Biche, en honneur à Kennocha, l'Aether des Arts. Min était à l'origine de la chorégraphie, mais Xue avait trouvé les paroles toute seule. Chuan, leur amie d'enfance, lui avait confectionné un costume de biche fait de coton et de laine. Ji-eun avait tellement aimé qu'elle s'était levée pour applaudir Xue ; si elle l'avait pu, elle l'aurait même rejointe dans sa danse. Min avait vu cette envie qui brûlait dans son regard. Mais elle était encore clouée à sa table surélevée.

La nuit rendait Min mélancolique. Comme ce jour avait pris fin, il pensait à la fin de toutes choses. La fin de leur relation avec Ji-eun, en particulier. Une part de lui, sombre, effrayante, haïssait le sourire qu'elle affichait en discutant avec le Magicien. Pendant sa représentation de la danse des éventails, il avait trébuché en la remarquant sussurrer quelque chose à l'oreille de son promis. Depuis, il voyait son monde s'effriter autour de lui. La voix de ses amis lui semblait être adoucie par un filtre invisible.  « ... pas vrai, Min ? » Chuan s'adressait à lui. Elle était essoufflée, venant de terminer sa représentation de wushu, mais Min devait admettre qu'il n'y avait aucunement prêté attention. Ses yeux s'étaient plantés dans les étoiles en quête de réponses. Il n'en avait pas trouvé.  « Hein ? » -  « Ah, ce Min... toujours dans les nuages. Il faudrait que tu nous y emmènes un jour, ça m'a l'air passionnant », coupa Wao avec son demi-sourire caractéristique.  « Dans la tête de Min ? Par les Aetheri ! Je préfère encore voler sous un orage d'Ajrov*. C'est certainement paisible en comparaison de cette tête », s'exclama-t-elle en tapotant celle de son ami. Min sourit.

Décidément, il ne pouvait rien leur cacher. Dès que Min s'envolait dans ses fustigations, ses deux amis le repéraient et le prenaient par la main pour le ramener sur terre. Il secoua la tête.  « C'est juste que... je ne sais toujours pas quoi faire. Pour vous-savez-quoi. » Sa lettre était encore logée sur son cœur. Lourde. Comme un rappel constant de son dilemme. « Ah ! Encore ça ! » s'étonna Chuan. Elle but ce qui semblait être au moins un litre d'eau puis reposa le verre avec une grace qui contrastait largement avec sa gorgée d'assoiffée, puis planta son regard dans les prunelles interrogatives de Min. « Trêve d'inquiétudes : j'ai la solution. » Les idées folles de Chuan frôlaient parfois le génie, parfois la folie. Il se demanda à quelle catégorie la prochaine appartiendrait. « On fait un pari. Puisque tu ne peux pas te décider, le Destin le fera pour toi. » L'Orine grommela à l'idée de mettre cette décision capitale dans les mains de la chance. Mais en même temps, il n'était toujours pas plus avancé sur sa décision que le matin-même. Peut-être qu'il n'y avait pas d'autre solution. A moins que...


« J'ai mieux. » - « Ah oui ? Dis-moi tout, petit génie. » - « Tu me l'effaces de la mémoire. Purement et simplement. » Chuan s'esclaffa, ayant tout juste le temps de mettre sa main devant sa bouche en signe de pudeur. « HA ! La vie serait tellement douce si on pouvait effacer tout ce qui nous dérange ! » - « Tu laisserais ces souvenirs disparaître ? C'est quelque chose de pur, d'unique, tu sais. » En lui disant ces derniers mots, Wao jeta un regard de biais à Chuan. « Wao, tu es toujours si dramatique. Allez ! » S'écria-t-elle avec un geste du coude. « Faisons ce pari... c'est très simple. Tu vois l'assiette de Ji-Eun ? Si elle prend la tempura, tu ne lui donnes pas la lettre. Si elle prend le tofu frit... je m'en charge. » - « Pfff ! » Min soupira et baissa les yeux vers son assiette, en pleine réflexion. Il se concentra sur les percussions qui s'accéléraient sur la place et fut pris d'un élan d'audace. « D'accord. » - « Et si elle boit une gorgée de thé à la place, vous me donnerez votre dessert », ajouta Wao sur un ton humoristique -mais Min savait qu'il était sérieux. Avec la nourriture, c'était toujours sérieux. « Bien entendu. »

Les trois Orines se turent. En face, un groupe de petits garçons exécutait une danse du Dragon, chacun portant une partie du corps de la créature, dansant sur le tempo des percussions. C'était un exercice simple, parfait pour les Orines de très jeune âge. Sauf qu'à cause des mouvements du dragon désarticulé, le groupe n'avait pas de visuel clair sur Ji-eun. Chuan se leva et claqua des mains en rythme, comme pour participer à la performance, mais ses yeux étaient rivés sur la table surélevée. Wao termina son bol de riz et l'imita. Min se sentit bien obligé de les suivre, d'autant que le reste de la longue table commençait à se lever aussi. « Levez-vous ! En l'honneur des jeunes Serviteurs de la Première Orine* ! » Ji-eun, elle aussi, se leva et encouragea les enfants. Elle avait les joues rouges, chauffées par son enthousiasme intarissable. Son promis semblait ravi lui aussi, à sa propre façon. Un sourire approbateur se dessinait sur ses lèvres. Son Orine ne le savait pas, mais elle s'apprêtait à prendre une décision qui, dans les yeux de Min, changerait sa vie à tout jamais.

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*Ajrov : Æther de l'Air
*Cha : Æther de la Famille, de la Bienveillance et de la Communauté
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Min Shào
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Min Shào
Dim 28 Aoû 2022, 11:32


Image par Patricia Vázquez
Image : avatar de Chuan

  Chuan était exaspérée. Cette journée avait tout pour être l'une des plus belles de la saison : Ji-eun réalisait son rêve, Wao assistait à un festin et Min avait l'occasion de danser devant tout le village. Mais non : cet adorateur de l'Amour, ce grand sensible était une fois de plus noyé dans ses émotions. Chuan s'était attendue à un festin animé pour la soirée de la cérémonie du Lien, mais voilà qu'elle devait encore jouer à la guérisseuse des cœurs. Oh, elle était réputée pour ce talent : son pouvoir pour soigner les blessures s'étendait aussi à l'esprit. L'Orine se passionnait pour la quête de solutions aux peines de cœurs -qu'elle soit demandée ou non. Chuan n'y pouvait rien : le Destin avait fait d'elle une agent de la Paix.

Pour Min, c'était certain : il fallait crever l'abcès. Il regretterait toute sa vie de ne pas donner cette lettre d'adieu à son premier amour. Et s'il n'avait pas le courage de mettre son cœur à nu, alors elle le ferait pour son propre bien. Son pari était truqué, puisque Ji-eun était allergique aux crevettes -la Ming se souvenait encore de cet après-midi où sa mère avait dû la guérir d'urgence. Du moment où il avait donné son accord, Min s'était piégé. Il était en train d'applaudir en souriant, mais une goutte de sueur perlait sur son front, trahissant son angoisse. Il avait raison de redouter ce moment, puisque Ji-eun n'allait pas prendre la tempura. En revanche, elle pouvait boire une gorgée de thé au lieu de recommencer à manger... si c'était le cas, son plan aurait un léger accroc -merci à Wao qui ajoutait toujours son grain de sel. Elle savait pertinemment que c'était une façon de la mettre au défi. Wao n'aimait pas qu'elle se "mêle de l'histoire des autres", mais il ne comprenait pas que c'était parfois un mal nécessaire. Evidemment, Chuan niait y prendre le moindre plaisir.

De l'autre côté de la place, Ji-eun continuait à taper des mains. C'était de la faute de Chuan, mais au moins, elle avait le mérite d'avoir réveillé l'aînée Shào, Zhang, qui s'était discrètement assoupie après s'être remplie la panse de raviolis. Elle gardait les yeux ouverts, mais était absente : le poids de son chignon avait fait pencher sa tête de façon hilarante. Quand les claquements de mains avaient retenti autour d'elle, la Sage avait eu un soubresaut de panique qui avait arraché un rire à la jeune Orine.

Enfin, la performance s'acheva et chacun se rassit. Les enfants furent applaudis par toute l'assemblée. Leurs sourires emplis de fierté faisaient déborder son cœur. Ils s'inclinèrent devant chaque table et quittèrent la scène après un ultime signe aux promis. Ji-eun se rassit. « Maintenant... nous allons voir ce qu'il adviendra de cette soirée », marmonna-t-elle en se penchant vers Min. Il se tourna vers elle et lui tira la langue. Les trois Orines avaient beau être adolescentes, elles se comportaient encore comme des enfants ensemble. Comme si le Temps se repliait sur lui-même. « Je vais gagner. » Wao se pencha pour la regarder, une étincelle de défi dans les yeux. Il voulait vraiment son triple dessert... « Je te donnerai une bouchée en guise de lot de consolation, si tu veux. » Il lui tira la langue, lui aussi. « Taisez-vous ! Elle a pris ses baguettes », paniqua Min d'une voix étouffée en lui donnant un coup de coude.

Tous se turent et regardèrent Ji-eun avec attention. Lentement, elle dirigea ses baguettes vers l'assiette. Mais son geste fut interrompu par une remarque du Magicien. Chuan le trouvait plutôt beau, avec ses cheveux mi-longs. Il avait cette manière de les relever du bout des doigts qui la faisait craquer... Min, d'un autre côté, n'avait pas l'air d'être de cet avis : il ne s'en rendait pas compte, mais son nez se pliait nerveusement à chaque fois que ses yeux se posaient sur lui, comme s'il essayait de chasser une mauvaise odeur. D'un geste, Ji-eun se cacha la bouche avec ses baguettes et eut un rire gracile en rougissant. Il n'y avait pas de doutes : ce duo allait être heureux comme tout. Après quelques phrases échangées, une Orine détourna l'attention de l'Aisuru en s'approchant de lui avec un carnet et un fusain, certainement pour lui proposer de le dessiner, laissant le sujet de leur pari se reconcentrer sur son assiette. Elle plongea ses baguettes et pinça le morceau de tofu pour le porter à ses lèvres, veillant à ne pas tâcher sa tenue en protégeant le dessous du plat de sa main.

« VOILA ! J'ai gagné ! » sans aucune discrétion, Chuan leva les bras en marquant une position de victoire glorieuse et les plia pour faire ressortir ses muscles, afin de démontrer l'étendue de sa puissance à son ami. Mais il n'était pas d'humeur à rigoler. « C'est un jeu pour toi, c'est ça ? Tu sais quoi... » alors qu'il s'apprêtait à dire quelque chose qu'il regretterait certainement plus tard, sa petite cousine Xue fit irruption dans son champ de vision. « Vous jouez à quoi ? Moi aussi, j'veux jouer ! Allez Min, s'teuplaît ! » Elle s'assit sur ses genoux et se mit à sautiller en anticipation de l'activité amusante. « Ce n'est pas un jeu pour toi, Xue... et d'ailleurs, il est tard ! Tu ne devrais pas aller te coucher ? » - « Xue ! Viens ici tout de suite ! » Mei, sa Mère, approchait d'un pas menaçant. Xue se cacha derrière le bras de Min, mais ne ce fut d'aucune utilité. « Permets-moi la ramener à la maison, tata. Je dois digérer un peu. » - « Avec plaisir, Min... mais attention ! Que je ne te prenne pas à l'emmener jouer dans les champs. Il fait nuit, vous n'avez pas intérêt à sortir du chemin. Je le saurai. » - « Mais Min ! J'suis pas fatiguée... » lui dit-elle en lui lançant un regard à faire pleurer des pierres. Min se leva et Xue se résigna aussitôt. « Je veux que tu me prennes sur tes épaules ! Je veux jouer au cheval ! » Ce dernier hocha la tête et elle s'en alla aussitôt prendre ses affaires.

Alors que Min se dirigeait vers elle, Chuan barra sa route et lui fit signe d'honorer sa part du marché. « Je m'en charge, donc. » Min soupira, mais s'exécuta. Il savait que Chuan prendrait la bonne décision. Ce dernier plongea sa main sous son yukata et en ressortit une petite lettre pliée en huit. « Dis donc, tu as vraiment voulu la cacher. » Il haussa les épaules et s'en alla d'un pas las. Wao lui jeta un regard interrogateur. « Que vas-tu faire, encore ? » - « Ce que je me dois d'accomplir. La volonté du Destin. » Elle rangea la lettre dans sa robe bleue. Contrairement à la plupart des Orines, Chuan ne portait pas de yukata ; sa tenue en était inspirée, mais était beaucoup plus ample. Sa ceinture était fine, sans nœud complexe qui aurait entravé ses mouvements. En cela, elle ne cachait pas sa proximité avec les Elus d'Ajrov. Autre avantage : elle avait des poches. Il lui fut donc aisé de dissimuler la feuille repliée.

*

Une heure plus tard, Chuan avait enfin réussi à se retrouver seule avec Ji-eun, même pour un très court instant. Les deux Orines étaient sur le chemin de retour après être allées chercher les présents à offrir à Alvin, son promis, comme la tradition l'exigeait : une bouteille de baijiu et une boîte d'encens aux propriétés rares. Chuan avait gentiment proposé à la mère de Ji-eun de l'aider à porter le tonneau. L'arrangement d'encens et le baijiu en question avaient été choisis par la promise : elle avait pris des encens qui favorisaient l'inspiration, certainement pour mieux impressionner son Aisuru. Ji-eun et Chuan avaient enfin semé la vieille Orine, qui peinait à suivre leur rythme. Contrairement à ce que son apparence suggérait, elle avait plus d'un siècle d'existence derrière elle. Et là, à la fin de cette longue journée, son niveau d'énergie était au plus bas : une aubaine pour Chuan.

« Ji-eun, avant que l'on revienne sur la place, je dois te parler de quelque chose. » L'Orine se tourna vers elle et attendit qu'elle reprenne la parole. Mais dans son regard, Chuan décelait une lucidité, comme si elle connaissait déjà les mots qu'elle allait prononcer. « C'est à propos de Min. » Avant de poursuivre, Chuan se retourna pour vérifier qu'elles n'étaient que toutes les deux. « Il... est très peiné d'apprendre ton départ. » Ji-eun baissa la tête. Chuan n'eut nul besoin d'en dire plus, mais elle poursuivit quand même : « Il faudrait que vous en parliez... faire le point une dernière fois. Pour commencer un chapitre correctement, ne faut-il pas avoir terminé le précédent ? As-tu envie de commencer ta nouvelle vie en laissant des silences derrière toi ? » - « Je... il n'est pas venu me parler. » Chuan ne put s'empêcher de s'immobiliser, exaspérée par cette remarque. Mais elle cacha son état d'âme du mieux qu'elle pût. « Tu le connais. C'est très dur pour lui. » - « ... attendez-moi ! » Sa mère s'était mise à trottiner pour les rattraper, à la stupeur de l'Orine. Les deux échangèrent un regard entendu.

Ça ne se déroulait pas comme prévu... déjà, Chuan n'avait décidé de ne pas lui donner la lettre après l'avoir lue : Min lui avait écrit un poème risible et plein d'amertume qui aurait empoisonné leur relation. Elle devait le sauver de lui-même et proposer un ultime rendez-vous sur un terrain neutre. « Rendez-vous demain à l'aube, dans le bosquet des lucioles », lui marmonna-t-elle quand les Orines étaient envahies par le brouhaha de la grande place. Le lieu était à mi-chemin entre leurs maisons, plutôt tranquille... Chuan avait tout improvisé : il ne lui restait plus qu'à transmettre le message à Min. Et trouver une excuse pour ne pas avoir délivré cette lettre qu'elle n'était pas censée lire. En bref, une journée comme les autres à Onikareni.

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Min Shào
Sam 03 Sep 2022, 23:14




Min avait pu dormir grâce à un estomac bien rempli, mais avait été pris d'un sommeil agité. Chuan lui avait relaté sa conversation décisive de la veille avec Ji-eun. Elle allait le voir ce matin. Il était tiraillé par des émotions contraires : comblé par la joie de la revoir seule, mais triste à l'idée que ce serait leur ultime rencontre... et apeuré de ce qu'elle allait lui dire. Aujourd'hui, elle était l'Orine la plus puissante au monde : elle avait son cœur à sa merci. Ses mots pourraient autant le faire fleurir que dépérir. C'était ça, l'amour ? Se sentir surpuissant un jour, fort d'un sentiment inébranlable, puis nu comme une corête sous la tempête le lendemain ?

En le voyant descendre de l'escalier, sa grand-mère Zhang eut un hoquet d'effroi. Min aurait espéré ne croiser personne avant d'aller à son rendez-vous secret, mais c'était sans compter l'aînée du foyer, toujours sur le qui-vive. Elle dormait peu et quand c'était le cas, elle le faisait les yeux ouverts. Zhang Shào aurait pu repérer le moindre voleur à des kilomètres juste en humant son odeur à travers le vent. Elle était très secrète, mais Min aimait penser que l'Orine enterrait un passé d'espionne, où elle aurait arboré mille apparences pour faire avancer les desseins de son Aisuru. En tous cas, ce matin, nul besoin de talents d'observateur pour voir que Min n'était pas dans son état normal.

« Par Geomi* ! Min Shào ! Remonte tout de suite dans ta chambre et ajuste-moi cette tenue. Que les Aetheri en soient témoins, je ne te laisserai pas mettre un pied dehors dans cet accoutrement. » Min la regarda avec un air ahuri. Tout lui semblait être en ordre, pourtant. Il avait correctement noué sa robe, rincé son visage et orné sa chevelure blonde d'un ruban rouge. « Je... euh... oui... » Zhang soupira. Elle reposa sa tasse de thé d'une lenteur déconcertante puis alla le prendre par les épaules. Un miroir se matérialisa dans la paume de sa main, qu'elle dirigea vers Min d'un geste faditique. Min n'était pas du tout bien apprêté : son ruban était à moitié noué sur son oreille, sa tenue était nouée de travers et enfin, un bouton perlait glorieusement sur son front, apparu comme par magie pendant la nuit telle une malédiction.

« Oh non ! Pas un bouton, pas aujourd'hui ! » - « Je m'en occupe. » D'un geste, Zhang commanda ses aiguilles de tricot d'ajuster sa tenue et fit disparaître son bouton horrible pour rétablir le teint de porcelaine de l'Orine. « Que se passe-t-il donc de si intéressant aujourd'hui, dis moi ? » Zhang l'avait piégé. Min ne savait pas mentir, et le meilleur des arnaqueurs n'aurait su passer la barrière de méfiance de l'aînée. Il n'avait qu'une solution. Tout lui avouer ? Non. Fuir. « N'essaie pas de me retenir, Wài pó* ! » Soudain, il se dégagea de ses mains, attrapa ce qu'il pensait être ses geta au vol -c'était celles de sa petite sœur, de moitié sa taille- et s'élança vers le jardin telle une furie. Min courra vers la forêt des Lucioles pour rejoindre le bosquet en question, hors d'haleine. A l'horizon, il constata que les premiers rayons du soleil caressaient le Pic du Hakai*. Il serait en retard. L'Orine ne se retourna pas une seule fois de peur de voir des aiguilles menaçantes le suivre. Il n'en était rien : sa grand-mère, fort habituée à ses élans d'humeur, était déjà passée à autre chose. Mais lui, rien ne l'aurait arrêté dans sa course. A la pensée de revoir Ji-eun, son sourire et sa chevelure brillant à l'aube, son cœur bondissait et plus rien d'autre ne comptait.


*


Quand Min arriva au bosquet des Lucioles, il lui fallut quelques minutes pour reprendre son souffle. Il s'étala dans un buisson, les pieds douloureux après une telle course effectuée sans chaussures, mais sa fesse gauche buta contre une paroi solide. « Aïe ! » Min se retourna pour découvrir l'origine de sa douleur. En écartant les feuilles, un coffre en bois ciré se détacha de la verdure. Sur le dessus, il était écrit une phrase dans un langage codé que seules deux personnes au monde savaient lire : Min... et Ji-eun. Et quand il comprit ce que cela signifiait, son cœur chavira.

Le jeune homme s'assit et laissa tomber ses geta, toujours sans remarquer qu'elles étaient diablement petites. Les mains tremblantes, il caressa l'écriture gravée dans le bois. « À la mémoire de nos souvenirs. » Ji-eun ne viendrait pas. Elle était certainement déjà partie dans la montagne avec son promis pour faire le rituel du Saumon -une ascension difficile vers un Temple de Liànjiē, situé au cœur d'un col escarpé, avec son Maître. Parfois, arrivées là-haut, les Orines choisissaient ce moment pour poser leur énigme à leur Aisuru et créer le Lien. Et pour Min, laissé au pied de la montagne, il ne lui restait plus que cette boîte, ultime pétale d'une fleur fanée.

Des larmes perlèrent aux yeux de Min, mais il rassembla toutes ses forces pour ouvrir la boîte. Elle mesurait le tiers de son bras : mais c'était assez pour contenir une dizaine de reliques. Il y avait une pierre, certainement prise au fond du Lac du jardin de Ji-eun... une figurine sculptée de Lièvre, animal auquel elle le comparait souvent... tant d'objets qui symbolisaient la relation forte que les deux êtres avaient nouée au cours de leur enfance. Un cœur de tournesol. Quand l'Orine le prit entre ses doigts, ce dernier s'ouvrit et des pétales brillantes apparurent autour, en relâchant le parfum de la fleur. Et quand il le reposa, le charme s'effaça. Ji-eun l'avait ensorcelé d'une magie qui égalait sa perfection.

Son voyage dans le passé fut interrompu quand Min trouva un kumihimo jaune et bleu au fond de la boîte. C'était celui qu'il lui avait donnée en offrande la veille. Mais il avait été modifié : le bracelet avait été entouré d'une mèche de cheveux, qui ondulait tout au long du tissu. Pour lui, il n'y avait qu'une seule façon d'interpréter ce message : Ji-eun lui avait pris son cœur, puis échappé à tout jamais. Un amour fané qu'il n'était pas prêt à oublier. Il s'effondra.


*Geomi : Æther des Hùipà et de l'Horreur
*Wài pó : grand-mère
*Hakai : Æther de la Destruction et du Renouveau


Mots: 1118. FIN

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