-57%
Le deal à ne pas rater :
Chromebook Lenovo IdeaPad Slim 3 14” FHD 4 Go / 128 Go (ODR de ...
99.99 € 229.99 €
Voir le deal

Partagez
 

 [Q] - Lumière dispersée | Edwina

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Sam 02 Nov 2019, 21:13





~ La scène se passe tout juste après le RP de l’Initiation d’A’Zar ~




Partenaire : Edwina ♪
Intrigue/Objectif : Parti en exploration pour conquérir la terre d’Orhmior avec les autres membres de son détachement, Isiode est cependant victime des visions d’horreur du prochain Æther des Cauchemars, A’Zar. Fatigué de tenter de trouver le sommeil, il rejoindra le pont principal du navire et croisera la route d’une intruse qu’il tentera, de prime abord, à éjecter du bateau, cette dernière n’étant pas là pour partir de si tôt.


Comme un coup de poing que l’on m’aurait administré au ventre, mes yeux s’écarquillèrent soudainement dans la nuit tandis que l’ensemble de mon corps se redressait vivement sur les couvertures qui me servaient de lit. Crispé, le souffle court, une sueur froide coulant le long de ma colonne vertébrale, je fixais brièvement mes environs avant de constater que je me trouvais toujours dans les dortoirs inférieurs du bateau, avec l’ensemble des militaires participant à la campagne d’exploration. J’étais sur L’Elior, avec les miens, bien loin de cet autre part qui venait de perturber ainsi ma nuit. Doucement, je soulevais mes mains jusqu’à mon visage, frottant ce dernier entre mes doigts comme pour m’inciter à me calmer – ou pour m’assurer que tout ceci n’était qu’une affreuse et terrible fiction imagée par un esprit encore troublé par les événements du crépuscule, alors que des vaisseaux inconnus et menaçants s’étaient soudainement imposés à l’horizon. Tout de même… Ne pus-je m’empêcher de songer alors que je reprenais petit à petit le contrôle de mon souffle haché. Respirer et expirer, à intervalles réguliers. Respirer et expirer pour calmer l’affolement qui palpitait ainsi le fond de ma poitrine. Mon cœur tambourinait si fortement contre ma cage thoracique qu’il ne m’aurait même pas étonné de le voir s’en extirper soudainement, dans un fracas d’os brisés pour s’échouer au beau milieu des corps endormis. Par A’Za… Par Elzédor, recouche-toi, m’intimidais-je mentalement, à moitié-endormi, dans un grognement, sans même avoir conscience de ma propre reprise alors que je m’étendais de nouveau sur mes couvertures. Vaguement, je replaçais mon havresac, qui me servait également d’oreiller pour mes nuits en mer, avant de pousser un soupir et de me rendormir.

Ce n’était clairement pas aussi confortable qu’un lit et son matelas, avec des oreillers rembourrés pour reposer confortablement sa tête dans le moelleux du coussin, mais je savais me contenter de peu lorsque la situation l’exigeait. Et c’est pourquoi, après quelques secondes seulement, je me replongeais dans un sommeil semi-profond, entrecoupé d’images et de rêves qui m’extirpèrent, encore une fois, de mon repos. Que se passait-il? Pourquoi je revoyais, encore et toujours la même scène? Ma vision ne cessait d’être envahi par cette horreur et je me rendis compte, après un certain temps, que mes mains tremblaient. Sans attendre, je les joignais en poing, laissant tomber ma tête contre mes jointures, exaspéré. Il me fallait prendre de l’air, voir le ciel peut-être; mais il fallait que je m’échappe de ce dortoir sombre et cloisonnant. Je ne savais guère ce qu’il m’arrivait, pourquoi je cauchemardais de la sorte cette nuit plus que les autres nuits, avec ces cris et ce sang, et cette guerre qui n’en finissait plus de se répéter encore et encore derrière le rideau de mes paupières fermées. C’est pourquoi, le plus discrètement possible, je me faufilais hors de mes couvertures, dérangeant à peine mes voisins à l’esquisse de mes mouvements. Cependant, si j’eus le réflexe de quitter immédiatement les dortoirs, je me rattrapais presque aussitôt en suspendant mes premiers pas dans les escaliers, fixant ma couche, désormais vide, avant de rebrousser chemin. Fouillant prudemment et le plus silencieusement possible à l’intérieur des poches de mon sac de voyage, je finis par mettre la main sur mon poignard, Gēminus, qu’Isley m’avait acheté au cours des épreuves angéliques dans le cadre de la Coupe des Nations. Je le détaillais quelques secondes dans le noir, mes yeux s’étant moyennement habitué à l’environnement, avant de quitter définitivement le pont inférieur à pas de loup.

Cette nuit, le ciel était couvert de nuages, laissant à peine les rayons lunaires transpercer son voile pour éclairer l’horizon. Je levais le visage vers cette couverture ombrageuse, m’imprégnant de l’odeur marine omniprésente et des bruits que me laissait entendre l’Océan tout autour de nous. Tout était calme, si calme, que c’en était troublant, le contraste entre le vacarme de mes cauchemars et la sérénité de cet instant m’embrouillant. Tranquillement, je fis quelques pas sur le pont, observant les alentours sans distinguer le moindre vigile ou patrouilleur. « Dans le nid-de-pie peut-être? » Supposais-je en tentant de distinguer la silhouette du guetteur à travers l’obscurité qui enveloppait le plus haut mât de la caravelle. En vain. Mes sourcils se froncèrent, sceptique, alors que je poursuivais simplement ma marche jusqu’à l’une des rambardes du bateau. Quelques œillades sur mes flancs me permirent de constater que le pont supérieur était complètement vide de toute âme. Je ne savais guère si c’était le résultat de ma nuit raccourcie ou de ma simple méfiance naturelle, mais cette ambiance ne me disait rien qui vaille. À l’instar d’un bouton que l’on aurait actionné, mes sens s’alarmèrent et mon corps en oublia presque immédiatement les troubles nocturnes dans lesquels mon esprit l’avait entraîné : il se mettait déjà en mode combat.

« … »


797 mots | Post I


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Invité
Invité

avatar
Dim 03 Nov 2019, 10:59

« Je vous trouve étrangement pensive. » Il était apparu de nulle part ; elle commençait à avoir l’habitude. Elros n’avait pas bronché mais sa gueule gigantesque se trouvait proche de l’homme, comme s’il était prêt à le dévorer à tout moment au moindre faux pas. « Je crois avoir relâché un terrible monstre sur ces Terres… » murmura l’Impératrice Blanche. Elle était assise sur la montagne de cadavres gelés qui menait jusqu’à l’ouverture de la tour. Il s’assit à côté d’elle, sans un bruit. « C’est bien plus compliqué que cela. Je vous assure qu’à l’heure actuelle, elle ne fait de mal à personne. » « En sera-t-il toujours ainsi ? » Il sourit et déposa un baiser sur son front d’un geste si naturel qu’il semblait habituel. Ce n’était pas le cas. Il ne s’était jamais égaré à la toucher. Il l’avait même évitée une bonne partie de sa vie de Mortel. Il était Immortel, à présent. Il ne craignait plus rien. Il l’appréciait ; il l’appréciait parce qu’il l’avait un jour craint, justement. Elle n’était pas si ingénue et, ces dernières années, elle s’était montrée d’une efficacité redoutable dans ce qu’elle avait entrepris, l’air de rien. « Votre silence équivaut à un non. » dit-elle sans réagir au baiser. Il aurait pu la faire l’aimer ou le désirer, il aurait pu paraître plus puissant, mais il s’en fichait. Il ne la voulait pas. « Je la convaincrai de s’élever de nouveau avant qu’elle ne tombe sur l’ultime conclusion que ce monde sclérosé ferait mieux d’être brûlé dans son ensemble. » « Le pourrez-vous ? » « Elle finira par m’entendre et m’écouter. » Il hésita un peu. « Vous savez, mon frère est un homme de science. Il aime tester différentes hypothèses et s’amuse d’observer ses cobayes se débattre dans ses jeux et ses mondes. Mal ou bien, vie ou mort, il n’a aucun objectif particulier, si ce n’est de changer les variables et de constater les différences. Elle n’est pas comme lui. Enfant, elle souhaitait créer le Beau, un Monde merveilleux. Force est de constater qu’elle n’y parvint jamais et que cela la toucha. C’est en ce sens qu’elle est dangereuse. Elle en sait trop pour ne pas être une menace et la suite dépendra des rencontres qu’elle fera. » « Et vous ? » « Je ne suis pas son guide. Je suis son protecteur. » Cassandre resta silencieuse un instant, hésita puis finit par dire ce à quoi elle pensait. « Depuis longtemps maintenant, je fais un cauchemar terrible dans lequel je vois mon Royaume brûler du haut de mon balcon. Je suis souvent accompagnée d’un homme, qui diffère selon les moments de ma vie. Je suis convaincue qu’il s’agit des terres Magiciennes mais elles n’y ressemblent pas. Ce n’est pas un rêve, n’est-ce pas ? Ce n’est pas moi qui suis sur ce balcon non plus… » « Hum. » fit-il sans rien ajouter sur le sujet. Il en changea. « Vous allez bientôt vous élever. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il n’arrive. J’aimerais vous faire un cadeau, en vous rendant votre forme Magicienne le temps de ce présent. Acceptez-vous ? » Elle sourit et se releva. « Qui suis-je pour refuser vos cadeaux empoisonnés ? » Il se releva à son tour. « Mes cadeaux ne deviennent empoisonnés que dans les mains de ceux qui ne les utilisent pas comme il le faudrait. » Il lui fit un clin d’œil, son sourire en coin illuminant son visage. Elle disparut. Elros grogna. « Tu devrais aller la chercher. » murmura Jun. Il n’y avait plus aucune espièglerie dans son regard. Les ailes du Dragon se déployèrent et il s’envola dans une petite tempête glacée.

Il fallut un moment avant que les yeux de Cassandre s’habituent à l’obscurité et que son corps s’acclimate de nouveau à une lourdeur qu’elle avait appris à oublier. Il y avait des avantages à être Génie, des inconvénients aussi. Quoi qu’il en soit, Jun n’avait pas menti : elle était de nouveau Magicienne. Habillée d’une tenue simple, noire, ses cheveux roux étaient attachés en queue de cheval sur le haut de son crâne. Il ne lui fallut guère longtemps pour deviner qu’elle se trouvait sur un bateau. Il faisait nuit et le ciel était voilé. Le silence était omniprésent. Pourtant, ses sens étaient éveillés. Il y avait forcément quelqu’un. Elle doutait que le cadeau de la Mort soit simplement un tour en navire. Lentement, elle se dissimula dans la pénombre, longeant le mobilier du pont d’un pas inaudible, jusqu’à ce qu’elle le vît. Isiode. Il était bien loin de chez lui, bien qu’elle n’ait aucune idée de leur position exacte. Il semblait tendu. Elle grimaça. Elle n’avait pas prévu de le revoir. Elle se sentit étrange, partagée. Peut-être serait-ce une bonne manière de faire disparaître ses sentiments à son égard. Peut-être était-ce cela que cherchait à faire Jun ? Les confronter dans un lieu bien moins merveilleux que les rives de Caelum. Elle réfléchit. Elle pouvait aussi partir. Il ne la verrait pas, ils ne se parleraient pas et il n’y aurait aucun risque. Il devait l’avoir oubliée depuis le temps… À moins qu’Ezechyel ne l’ait renvoyée dans le passé ? Elle se pinça les lèvres et contre toute attente, un petit sourire y apparut ensuite. Elle se changea en Esprit et ne retourna dans le monde des Vivants qu’une fois qu’elle fut derrière lui, sa dague posée sur la jugulaire de l’homme. « Vous êtes faible, Yüerell. » dit-elle d'une voix ferme. Il y avait en ce monde des puissances inimaginables. Ça ne lui plaisait pas de le savoir vulnérable.

942 mots
Revenir en haut Aller en bas
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Lun 04 Nov 2019, 03:42

« … »

Je sentais bien que quelque chose n’allait pas, un sixième sens ou était-ce plutôt mon expérience qui me soufflait que la situation ne semblât pas nette. Et la tension dans l’intégralité de mon corps n’en était que plus évidente. Paupières closes, je me redressais légèrement, prenant quelques grandes respirations qui se perdirent dans la brise de minuit, ignorant, cela étant dit, la présence de l’ombre qui en profitait pour se glisser dans mon dos; je ne constatais son existence qu’à l’instant où une lame vint se glisser contre mon cou. Je me figeais instantanément, coulant un regard par-dessus mon épaule dans l’espoir vain de reconnaître mon agresseur, tandis qu’une voix s’éleva dans la nuit. Celle-ci parut forte, surpuissante, comme volontairement éclatée par sa propriétaire, mais cette impression était certainement due au silence de mort qui planait dans les environs depuis que je m’étais extirpé de mon sommeil, car la jeune femme n’avait pas crié, seulement formulé ces quelques mots d’une inflexion implacable et inflexible au milieu des bruits de l’Océan et de la nuit. Cependant, cette voix… Elle me paraissait familière en même temps de me paraître complètement étrangère, l’ambivalence de cette impression n’embrouillant pas pour autant ma réflexion, quand bien même que certaines questions firent chemin jusqu’à mon esprit. Mes sourcils se froncèrent légèrement, tandis que mon regard s’abaissa pour observer les quelques reflets que renvoyaient la lame de la dague dans la pénombre nocturne. Autour de nous, le silence était total, mais l’eau de la mer grondait toujours aussi fort à plusieurs mètres sous nos pieds, cognant et se fracassant lourdement contre la coque de la caravelle d’exploration.

Sans mot dire, j’agrippais solidement le poignet de mon attaquante afin d’éloigner l’arme de mon cou, le contact entre la lame et ma peau étant glacial. Pourtant, je ne me contentais pas seulement de lui attraper le bras, poursuivant rapidement mon geste pour la faire basculer sur mon dos. Je la savais plus petite que moi en taille, l’axe de son bras étant particulier compte tenu de sa posture et de la pression qu’elle exerçait contre ma nuque, et la manière dont était placée l’arme blanche le long de ma gorge me laissait penser que la différence, sans être importante, restait tout de même conséquente. C’est pourquoi, je supposais qu’il me serait alors plus facile de l’attraper pour la faire basculer plutôt que de me libérer par la technique que nous avions appris au sein de la milice, puisque cette dernière nous permettait de nous délivrer de la prise d’un assaillant de même grandeur approximative, voire de plus grande taille. Ainsi, d’un geste véloce et d’une précision vive, je tirais son poignet vers l’avant, attrapant son coude, puis son ventre dans l’élan afin de la projeter au sol, à quelques centimètres à peine de mes pieds. L’assaillante tomba sur le dos, quelques mèches rousses s’échappant de leur attache pour voler sur son visage, mais je ne pris la peine d’examiner son faciès adéquatement, me positionnant au-dessus d’elle afin de la bloquer au sol. Sa main armée coincée dans mon poing, étendue sur le plancher du pont, je n’eus le temps de restreindre son deuxième bras, écarquillant les yeux à la vue du visage qui me faisait face. Mais la seconde suivante, je pris conscience de mon erreur, l’assaillante profitant de ma surprise pour esquisser un mouvement que je perçu à la dernière seconde. Vivement, je me décalais sur le côté, me relevant dans le même mouvement pour freiner ma fuite à moins de cinq mètres de mon adversaire. Un coup de poing? De la Magie? Mon corps avait réagit par instinct et, à présent, je posais mes yeux sur la silhouette de la jeune femme. Mon froncement de sourcil s’accentua, ne laissant sur les lignes de mon faciès que deux fentes minces qui se mirent à contempler la Souveraine des Magiciens.

« … Bonsoir à vous, laissais-je tomber d’une intonation parfaitement neutre, mais non le moins agressive compte tenu de la situation. Que nous vaut cette visite nocturne? Poursuivais-je sur le même ton, conservant un contact visuelle avec la rouquine. Et cette entrée en scène? »

Ma dernière rencontre avec l’Ultimage remontait au dernier Lux In Caelum. Depuis des mois, l’ensemble des terres du Yin et du Yang n’avaient de nouvelles de l’Impératrice Blanche, si ce n’était, à ma connaissance, que des lettres qu’elle avait envoyées à Raeden et moi-même au cours de la Coupe des Nations. Je me posais encore des questions quant au pourquoi j’avais reçu une telle missive de sa part, mais présentement, je vous avoue que mes interrogations allaient bien au-delà de ce souvenir soudain. Je dégainais mon poignard avant de le porter tout près de mon visage, en position défensive, mes yeux la scrutant longuement. La situation m’échappait. D’abord, il y a eu Muramasa et maintenant elle? Qui était-elle au juste? Était-ce l’Ultimage ou une nouvelle copie? Cependant, cette femme dégageait ce quelque chose, cette autorité et cette force qui manquaient cruellement à Ren, et que j’avais tout de suite noté au cours de notre première rencontre avec l’Orine – ce qui ne m’avait pas empêché d’être profondément troublé. Alors que cette femme… Était-ce ses yeux? Ses cheveux? Sa voix peut-être? Ou bien son visage? La ressemblance était frappante et en même temps, si différente : l’Ultimage avec qui j’avais discuté sur une barque ne semblait pas être la même qui se tenait devant moi. Est-elle seulement la véritable Impératrice? Me demandais-je intérieurement, méfiant, pensif, tout en glissant un premier pas vers l’avant sans quitter ses épaules des yeux. Imposteur? Peu importe, cette femme était une intruse et je devais m'occuper d'elle en l'absence d'une autorité supérieure à la mienne dans les environs. Discrètement, je coulais un regard en direction de la cabine du capitaine du navire. Il devait nous entendre. Et pourtant, aucun bruit, aucun mouvement m'indiquait qu'il daignait sortir. Tsk! Je reportais mon attention sur la jeune femme.

« Ma Dame, qui êtes-vous? » Repris-je à l’endroit de la rousse tout de noir vêtu, prêt à riposter à tout moment.

Je voulais m'assurer de son identité. Selon sa réponse, j'aviserais en conséquence; le poing que je serrais plus fortement autour du manche de mon poignard en témoignait.


1 040 mots | Post II


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Invité
Invité

avatar
Lun 04 Nov 2019, 23:20

Cassandre se laissa distraire une seconde par le contact de la main de l’Ange. Erwan l’aurait vu, il en aurait été mécontent, à raison. Il ne l’avait pas entraînée durant des lunes pour qu’elle laisse ses émotions prendre stupidement le dessus. Seulement, sur le moment, ça lui avait paru étrange, voire surréaliste. Elle aurait sans doute pu jouer avec le temps pour garder la main ou lire l’avenir pour déjouer ses actions mais elle se serait abstenue, probablement. Par terre, elle était tombée en amortissant sa chute, faisant fi du bras qui lui manquait pour ce faire. L’Apakan avait était bien plus dur que ça avec elle et elle l’en remerciait. Serait-ce suffisant pour reprendre le dessus sur un soldat ? Si elle arrêtait de s’émouvoir à chaque fois qu’il la touchait, peut-être. La suite n’arrangea pas ses affaires. Sa fermeté lui plaisait, cette faculté d’action, efficace et directe. Il ne s’encombrait pas de fioritures. Elle se pinça les lèvres. Elle devait passer outre. Il était dangereux, à l’heure actuelle, et le fait qu’elle ait très envie qu’il dépense son énergie dans une toute autre activité n’y changeait rien. S’ils continuaient de se battre, peut-être qu’elle s’habituerait à lui, à ses mouvements et à sa peau. Ou pas. De toute façon, elle ne doutait pas une minute de la nature empoisonnée du présent de Jun.

Comme elle l’observait, elle prit conscience de sa seconde d’hésitation. Visiblement, il l’avait reconnue. Mauvaise stratégie que celle de se laisser distraire, cher Ange. Une erreur partout. Vivement, elle initia une clef de bras pour inverser la tendance. Il la para, s’écartant d’elle. À son tour, elle se redressa, effectuant un mouvement souple et fluide, silencieux. Elle souffla sur les mèches rebelles qui se baladaient sur son visage, tout en reprenant contenance. « Bonsoir. » murmura-t-elle à son tour. Il restait méfiant. Elle l’était tout autant. Elle n’avait aucune notion ni de temps ni d’espace. Qu’avait-il entrepris en son absence ? Elle doutait qu’il se soit plongé dans la déchéance. Ce navire, était-ce la résultante des explorations qu’elle avait financées ? « Même si je vous le disais, vous ne me croiriez pas. » articula-t-elle. Elle marqua un temps d’arrêt, un sourire amusé s’immisçant sur ses traits, signe qu’elle s’apprêtait à se moquer gentiment. « Vous me sembliez en quête d’un adversaire alors j’ai tout naturellement répondu à l’appel des tensions qui vous habitaient. Je les distinguais depuis l’autre côté du pont. »

D’un geste précis, elle lança sa dague dans le bois qui les soutenait, se désarmant par la même occasion. Celle-ci s’y planta dans un bruit sec. « Vous avez l’air bien seul ici. » C’était une constatation. Elle avait perçu son regard vers la cabine mais depuis qu’elle était sur le navire, elle n’avait entendu personne d’autre. Jun n’aurait pas fait assassiner tout l’équipage simplement pour leur offrir un tête-à-tête, n’est-ce pas ? Il restait difficilement prévisible.

Au lieu de répondre à la question, l’Impératrice Blanche en posa une autre. « Qui je suis ? » Si elle avait cru à une plaisanterie au début, force était de constater que l’interrogation était sincère. Demandait-il cela par rapport à sa lettre ? Voulait-il tester sa fiabilité ? Plongée dans une légère incompréhension, le frisson de l’entraînement martial demeurait fort. Qui lui disait que c’était bien Isiode qu’elle avait devant elle, et non une copie façonnée de la main de Jun pour se moquer d’elle ultérieurement ? Honnêtement, malgré le flou ambiant, elle n’avait pas envie de faire cesser les hostilités, aussi parce qu’elle côtoyait les mêmes individus depuis trop longtemps. Enfin, Erwan lui avait appris à se battre mais elle n’avait eu que très peu l’occasion de pratiquer avec un autre que lui. Peut-être avait-il été trop gentil ? Elle ne le pensait pas mais Isiode demeurait un guerrier et ses techniques étaient sans doute différentes.

D’un geste de la main, elle éjecta la dague qu’il tenait plus loin grâce à sa magie et disparut une deuxième fois. Elle se matérialisa de nouveau lorsqu’elle fut proche de lui, de façon à prendre son élan. Elle sauta, ses jambes entourant le bassin de l’Ange pour le faire basculer au sol avant que l’une d’elles passent sur son épaule. Elle emprisonna son bras de façon à bloquer le coude de l’Ailé et à pouvoir le tordre s’il ne se montrait pas coopératif. Elle espérait qu’il ne le soit pas. « Où sommes-nous ? Quand sommes-nous ? Erwan est-il rentré aux Jardins ? Pourquoi doutez-vous de mon identité ? » La clef de bras qu’elle avait entreprise laissait ses jambes à la portée de l’Ange. « Prouvez-moi que vous êtes Isiode Yüerell, soldat. Et n’oubliez pas que je suis Reine. C’est moi qui pose les questions. » Dans le doute, il valait mieux se montrer implacable.

792 mots

Revenir en haut Aller en bas
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Mar 05 Nov 2019, 06:36

« Vous prouvez qui je suis? » Crachais-je entre mes dents.

Cette femme se moquait de moi et, en même temps, je reconnaissais cette manière de faire de la Reine, lorsqu’elle détournait volontairement une interrogation en posant, tout simplement, une nouvelle question. C’était frustrant, mais tant pis : je lui ferais moi-même dire ce que je désirais entendre, par la force s’il le fallait. Cette femme était une intruse et tant et aussi longtemps que je n’avais pas confirmé son identité, elle le restera, et je ferais tout ce qui était en mon pouvoir pour la faire quitter ce navire. Car, après tout, qu’avais-je à lui prouver, exactement? Ce n’était pas moi qui apparaissais subitement sur un bateau qui n’était pas mien.

Coincé dans sa clé de bras, je tentais une première esquive afin de me libérer de sa poigne, prenant appui contre ses jambes pour les renverser sur le côté. Cependant, dans la même seconde, je sentis presque immédiatement une torsion bloquer mon épaule, renvoyant une douleur vive et brûlante qui se répandit dans l’intégralité de mon bras. Le mal était foudroyant et me coupa net dans mon élan. L’adversaire avait de la poigne et savait se battre, mais ce qu’elle avait fait, plus tôt, je ne saurais dire ce qui s’était véritablement produit. Était-elle devenue invisible? Pourquoi n’avais-je aucunement ressenti sa présence à ce moment-là? C’était comme si… elle avait tout bonnement disparu de ce monde avant de revenir à la charge. C’était incompréhensible et, paradoxalement, je ne pouvais pas me permettre de tergiverser maintenant sur la question; j’apprendrais bien comment elle arrivait à effectuer ce tour de passe-passe en l’observant.

D’un souffle impatient, j’expirais bruyamment l’air dans mes poumons avant de libérer ma propre Magie afin de me soustraire à sa poigne. Et c’est ainsi que, sans crier gare, je passais tout simplement au travers de son corps et de la matière, sentant mon être chuter vers le premier pont inférieur de la caravelle. Cependant, dans une extension de cette dernière action, j’étendis mes ailes dans mon dos, me propulsant grâce à un vigoureux battement d’ailes qui m’éjecta de nouveau vers le dehors, dans le dos de mon adversaire qui s’était rapidement redressée à la suite de ma libération. Reprenant consistance, sentant de nouveau les vibrations de l’air contre ma peau, je profitais de mon élan aérien pour réaliser un coup de pied pivot sur le flanc de la jeune femme, qui reçut l’offensive de plein fouet, du moins, c’est ce que je crus avant de la voir s’éloigner agilement pour reprendre un semblant de distance. Elle était vive d’esprit, et couplait sa force à sa dextérité car, sans quoi, elle n’aurait jamais pu se repositionner aussi vite de manière à pouvoir amortir le coup. Elle était douée. Elle se relevait. Et je fonçais aussitôt, déterminé à l’empêcher d’user de nouveau de ce pouvoir étranger afin d’être le premier à réduire la distance qui nous séparait. L’adrénaline pulsait au fond de ma poitrine et à l’intérieur de mon crâne, les divers ressentis de mon esprit se mêlant au fond de ma tête dans un tourbillon inconsistant. J’atterris à quelques pas à peine de mon adversaire, mes ailes disparaissant subitement d’entre mes omoplates alors que ma jambe se glissait entre les siennes dans une tentative de balayage. Elle tomba, certes, au sol, mais dans sa chute, elle réussit à placer un coup de pied dans mon ventre pour m’obliger à reculer afin qu’elle puisse reprendre pied. Mais je courrais déjà vers elle, mon poing se soulevant pour rencontrer – ou non – sa mâchoire.

« Pourquoi je doute de votre identité? Expirais-je en me redressant légèrement. Parce que vous n’êtes pas supposée vous trouvez ici! Vous êtes supposée être loin de ces continents, loin de ces mers. Pas ici. »

Tout à coup, des jointures embrassèrent mon profil. Et, dès cet instant, l’échange s’intensifia. Un coup dans les côtes, un autre contre le tibia; l’un écrasait le pied de son assaillant tandis que l’autre évitait de près un poing à la tempe. Nos silhouettes n’étaient plus statiques. Elles dansaient au milieu de la noirceur de la nuit, se projetaient, s’étiraient et se fracassaient brutalement. Le rythme était effréné. Aucune latence, aucun instant de répit; les coups pleuvaient et tombaient forcément. À un moment, je parvins à coincer l’un de ses poings dans ma propre paume, repoussant sa seconde attaque d’un mouvement ample qui me permit de lui coller un coup de coude au niveau de son abdomen, la forçant à reculer jusqu’à la rambarde. Là, une épée bleutées apparut dans ma main et se posa entre les deux yeux de la Reine. Ma respiration était bruyante, des perles de sueur maculant mon front. Et pourtant, ni mon bras ou mon corps indiquaient un quelconque signe de faiblesse. La chaleur irradiait de chaque cellule de ma peau, l’adrénaline faisant vibrer l’intérieur de mes oreilles. Le combat était loin d’être terminé, j’en avais conscience, mais cela me procurait néanmoins une certaine satisfaction. Elle était franchement douée. Inconsciemment, je vins essuyer une ligne de sang qui coulait de mon nez, salement amoché. La magie blanche œuvrait déjà pour panser les plaies les plus superficielles.

« Est-ce des preuves suffisantes pour vous? Formulais-je d’un timbre sombre tout en la scrutant du regard. Je ne sais pas ce qui se passe, mais je peux vous assurer que je suis bel et bien Isiode Yüerell. Et nous sommes, ici, au milieu de l'Océan, sur l'un des bateaux d'exploration qui nous mènera vers nos nouvelles terres, nous l'espérons. »

Je me tus quelques secondes. La situation me paraissait soudainement irréelle après un tel échange.

« À votre tour, maintenant. »

Ma voix s’était faite douce et tranchante à la fois, basse sans en perdre son inflexion sauvage : je voulais des réponses et j’étais prêt à tout pour les obtenir. Que faisait-elle ici? Pourquoi était-elle venue? Pourquoi ici? Maintenant? Pourquoi pas dans son Royaume, là où l’ensemble de ses sujets l’attendaient avec angoisse? À cette pensée, l’éclat de mes iris s’assombrit. Même cette supposée couverture – ce Reflet – où était-elle? Quand devait-elle se montrer? Toutes ces questions tournaient et se retournaient dans mon esprit, et c’était sans compter les nombreuses interrogations que je nourrissais quant à la disparition de notre propre Roi, l’Apakan Erwan Galathiel. Ce dernier avait mystérieusement disparu, sans laisser de trace ou d’avis si ce n’était celui, particulièrement mitigé, de laisser la gestion du peuple angélique à l’ancien Élu des Cieux, Kahel Heylik. Et à présent, qu'appris-je exactement? Qu'Erwan devait revenir aux Jardins? Savait-elle où se trouvait l'Apakan? Que se cache-il à l’ombre de ces coulisses? Me posais-je tout en gardant mes iris braquées dans les siens, en attente d’une réponse claire et nette de la part de l’adversaire.

« Qui êtes-vous? Et que faîtes-vous ici? Énumérais-je à mon tour. Prouvez-moi que vous êtes la véritable Ultimage, Edwina Nilsson, et non pas un nouvel être qui aurait usurpé les traits de son visage. »

Je marquais une nouvelle pause, soupirant.

« Et répondez sans penser que je ne vous croirais pas. Je ne suis pas Roi, mais je mérite quelques explications aussi, qu'en pensez-vous? »

Et les Ætheri seuls savaient à quel point j’en avais.


1 199 mots | Post III | Juste pour information, au corps-à-corps, Isiode se bat dans un style qui pourrait ressembler à un mélange de krav maga/jujitsu et de taekwondo. Il utilise énormément ses jambes pour se battre, d’ailleurs ^^ S'il y a quoi que ce soit, n'hésite pas à m'avertir o/ Sur ce, Isiode est tout à toi 8D


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Invité
Invité

avatar
Mar 05 Nov 2019, 12:30

La respiration haletante, l’Impératrice Blanche porta prudemment le dos de sa main à sa lèvre. Le goût âpre du sang avait envahi son palais. Son regard, pourtant, ne quittait pas son assaillant. Ses yeux bleus ressortaient sous l’effort. À moins que ce ne soit le reflet de l’arme qu’il pointait sur son visage qui en augmentait l’intensité ? « Hum. » émit-elle. Il était difficile de savoir si le son marquait son appréciation vis-à-vis de ce qu’il disait ou une réflexion quant à la suite à donner. L’éclat de la lune perça momentanément les nuages avant de disparaître de nouveau. La lumière ne semblait pas vouloir triompher pour l’instant. Cassandre essayait d’oublier les sentiments qui la tiraillaient. Elle se posait des questions, aussi, des questions plus personnelles. Était-ce normal d’aimer cet échange physique ? C’était douloureux mais c’était tout ce qu’elle pouvait espérer de lui pour l’instant. D’un autre côté, plus elle se battrait, plus elle s’améliorerait. Avait-ce seulement le moindre sens si elle s’élevait par la suite ? Sans en être certaine, elle se doutait que la condition d’Æther ouvrait des portes qui jamais n’auraient pu être ne serait-ce qu’envisagées en tant que Mortel. En attendant, elle était convaincue qu’il s’agissait d’Isiode. Tsaqiel était sa réplique et elle n’avait jamais ressenti grand-chose à son égard. Elle était surprise, parfois, lorsqu’il apparaissait alors qu’elle ne s’y attendait pas, mais… c’était très différent. « Je ne suis pas sûre que vous les méritiez pour l’instant. Si vous les voulez vraiment alors venez les chercher. » Elle sourit, un air de défi sur le visage. Depuis quand était-elle si effrontée ? Le problème venait très certainement de lui, ça ne pouvait être que ça. Le voir si ferme et impassible éveillait chez elle un certain penchant pour la taquinerie. Elle savait néanmoins qu’il avait assez de répondant pour s’en sortir, il l’avait déjà prouvé par le passé. « Vous me trouvez toujours pas si terrible ? » lui demanda-t-elle, reprenant exactement les mots qu’il lui avait soufflé lors du Lux in Caelum. Elle disparut de nouveau.

La suite s’articula tel un cache-cache. Elle le fuyait un temps, profitant des ombres pour se dissimuler. Parfois les caprices de la lune la révélaient et leurs deux silhouettes reprenaient des assauts vigoureux. Plus le temps passait, plus elle aimait ça. Les marques qu’il infligeait à son corps étaient désagréables. Ce n’était pas ça qu’elle appréciait mais l’harmonie dans la violence. Elle savourait les frôlements, les parades, les idées. Il était doué et, à chaque fois qu’il la surprenait, elle en ressentait une forte satisfaction. Elle repérait ses habitudes et ses affinités avec les techniques. Parfois, elle avait l’impression surprenante qu’ils étaient en train de danser. Elle le copiait de temps en temps, adaptant les mouvements de l’Ange en fonction de ses facultés à elle. Comme ils ne faisaient ni la même taille ni le même poids, elle ne pouvait pas tout se permettre. Elle préférait se servir de sa force pour la retourner contre lui. Ses mouvements étaient bien plus circulaires que droits mais, parfois, elle se plaisait à changer radicalement son jeu. Leurs jambes s’emmêlaient souvent. Il aurait été doué en Ging. Il lui semblait même en percevoir très clairement. Quand ils étaient bien trop proches à son goût, elle disparaissait de nouveau, ouvrant une nouvelle page de traque. Elle se déplaçait discrètement, essayait de le contourner pour le surprendre. Parfois, elle perdait sa trace et il réussissait à la prendre à revers. D’autres fois, elle jouait avec le décor afin de le mettre sur une fausse piste pour mieux avoir raison de lui. Plus le temps passait, plus sa poitrine était mise à rude épreuve. Elle ne lui disait rien, se contentant de quelques commentaires sans aucun rapport avec le sujet qui les intéressait. Comme il était plus grand, elle limitait les coups hauts, préférant les coups bas. Elle s’en permit un au sens figuré lorsqu’elle lui flanqua son genou dans les parties. L’élastique qui tenait ses cheveux n’avait pas résisté longtemps aux chutes, aux plaquages et à ses mouvements, sa chevelure rendant parfois sa vision approximative. Ça lui avait donné l’idée – une idée qu’elle regretterait légèrement ensuite – de lui faire subir la même chose. Le haut de l’Ange finit par se rebeller contre lui pour obstruer sa vue, donnant à Cassandre une opportunité qu’elle saisit sans aucune hésitation. Elle déchanta pourtant quand une bonne partie du tissu finit par terre, déchirée et inutilisable. Elle devait rester concentrée.

« Pause. » déclara-t-elle un peu plus tard. Elle venait de le plaquer au sol et d’emprisonner ses poignets fermement avec ses mains. Sa respiration était folle. Elle aurait pu continuer encore à le combattre mais il la troublait trop. Elle ne pensait plus du tout à le frapper, maintenant que son bas-ventre lui indiquait clairement que la position se prêtait aussi à autre chose. Elle avait envie de l'embrasser, ce qui n'était pas envisageable. Elle devait reprendre ses esprits. Elle roula donc sur le côté, pour s’étaler sur le dos, visage face à un ciel qui semblait toujours aussi sombre. Cela lui donna l’occasion de soigner ses blessures et d’apprécier l’étendue des dégâts. Il lui apparaissait pourtant qu’ils étaient bien moins efficaces depuis quelques temps. La fatigue sans doute. Elle attendit de reprendre un peu son souffle. « C’est un Dieu qui m’a amenée ici. Il devait juger que je manquais de compagnie. » Il voulait surtout la torturer, oui. « J’ai renvoyé Erwan aux Jardins avec nos enfants. » dit-elle sans trop de précisions. Elle parlait de leurs enfants, à Isiode et elle, puisqu’elle en avait décidé ainsi, seulement elle savait qu’il ne le comprendrait pas comme ça. Au moins, plus tard, s’il se rendait compte de la ressemblance, il ne pourrait pas lui reprocher ses non-dits. « Je ne savais pas, au moment où j’ai écrit la lettre à votre endroit qu’Erwan me suivrait. Je suis morte entre temps et il a jugé bon de m’apprendre à me battre quand je suis revenue à la vie. D’où votre future défaite contre moi. » murmura-t-elle en riant. Elle grimaça et toussa juste après. C’était encore douloureux de rire. Il l’avait bien amochée. « En tout cas, j’ai réussi. Je ne sais pas exactement comment j'ai fait mais ce qui compte c'est que les vôtres pourront de nouveau devenir parents. Erwan est parti annoncer la nouvelle et les conditions. Il ne pourra pas rester roi cependant, il devra repartir sur les Terres Glacées. » Comme elle ne bougeait plus, elle commençait à avoir froid. « Mais peut-être êtes-vous déjà au courant ? Ça fait un certain temps qu’il est parti maintenant… » Son regard quitta le ciel pour le regarder. Ses yeux étaient toujours aussi attirants. C’en était rageant.

1118 mots

Revenir en haut Aller en bas
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Mar 05 Nov 2019, 18:28

Je restais au sol, le souffle haché et irrégulier, tournant brièvement mon visage sur l’un de mes côtés, remarquant, du coin de l’œil, les quelques lambeaux de mon chandail qui traînaient désormais sur le plancher. J’expirais profondément, ramenant mon attention sur le voile ombrageux qui recouvrait le firmament. Il est perdu… Me surpris-je à penser futilement avant de fermer les yeux, reprenant posément le contrôle de ma respiration. Dans ma paume ouverte, ma Lame Fantôme reposait, jusqu’à ce que je révoque définitivement l’invocation, l’épée translucide disparaissant progressivement dans un nuage d’étincelles azurées.

« Ce Dieu a un drôle d’humour dans ce cas-là… Répondis-je faiblement, épuisé, sans pour autant l’exposer face à la Reine qui, malgré tout, n’était pas dans un meilleur état que moi. De toutes les personnes qui vous entourent, vous auriez certainement plus à dire à vos conseillers qu’à moi. »

L’Ultimage était impressionnante, à bien des égards, je l’admettais sans sourciller. Elle était bien plus agile et forte qu’elle le laissait croire. Ses mouvements manquaient quelques fois de justesse lorsqu’elle les exécutait, mais ils étaient précis et efficaces, malgré les nombreuses fois où j’avais noté qu’elle aurait pu me prendre à revers, mais qu’elle avait préféré reculer et disparaître, comme pour éviter de me toucher ou de se brûler. Je ne saisissais pas un tel comportement, m’étant même permis de sonder son cœur brièvement afin d’éplucher ses ressentis, n’y décelant qu’un trouble omniprésent qui se noyait bien rapidement dans la frénésie de l’échange martial. Elle ne semblait pas me sous-estimer, mais il y avait tout de même quelque chose. C’est pourquoi je me désistais assez rapidement de cette évaluation sentimentale, me replongeant aussitôt dans l’action, persuadé qu’à trop inspecter son cœur, je finirais simplement par me laisser entraîner par la ferveur du combat. Cependant, comme si elle s’était donnée pour but de m’achever, la Reine poursuivit la conversation sur un tout autre registre, répondant, certes, à l’une de mes questions, mais d’un air si désinvolte que j’en eu le souffle coupé. M’entortillant sur moi-même, je me mis à tousser bruyamment, respirant de travers. Instinctivement, j’entourais mes côtes de mon bras, contractant ma mâchoire.

« Vos enfants?! » M’exclamais-je d’une voix rauque, choqué, à la suite de ce sursaut.

Ma surprise était évidente, imprimée sur la totalité de mon visage, alors que je coulais une œillade en direction de l’Impératrice.

« Mais l’Apakan Galathiel et vous… » Commençais-je doucement avant de suspendre le reste de mes propos sur le bord de mes lèvres.

Ce n’était pas une rumeur née d’hier : Erwan Galathiel détestait l’Ultimage. Tous les deux ne s’entendaient pas et ne s’était jamais entendu. Que s’était-il passé entre-temps au point qu’ils se soient donnés l’un à l’autre de la sorte?

« C’est… surprenant… Avouais-je après un instant d’hésitation, reprenant une expression plate et insipide. Vous étiez pourtant aussi incompatibles que le feu et la glace; que l’eau et l’huile… Poursuivais-je avant d’adresser un signe de tête vers la Souveraine, dont le visage était encadré par sa longue chevelure rousse. Félicitation, votre Majesté. »

N’avait-ce été qu’une façade alors, toute cette histoire, toute cette pseudo-inimité? C’était étonnant. Mais peut-être pas autant que ce qui suivit ensuite. Taciturne, je portais une attention toute particulière aux paroles qu’elle me partageait, l’observant silencieusement, un rictus se dessinant momentanément sur la commissure de mes lèvres à l’instant où elle évoqua le fait que son entraînement auprès de l’Élu des Cieux lui permettrait de me vaincre. Ce qui n’était pas improbable, compte tenu de la maîtrise qu’elle avait démontré durant notre combat, et j’étais plus que convaincu qu’elle n’avait certainement pas joué toutes ses cartes. Néanmoins, ce que j’avais vu, aujourd’hui, était déjà de très haut-niveau. Peut-être un peu trop pour le peu de temps qu’elle était partie avec l’Apakan, non? À moins qu’il s’agisse d’une autre de ses nombreuses capacités, celle d’apprendre d’un simple regard, par instinct, ce qui ne serait me surprendre, puisque je repensais à certains de mes mouvements que je me souvins l’avoir vu esquissé au cours de notre échange.

« Parce que vous croyez que je vous ai encore tout dévoilé? » Répliquais-je en retour.

C’était plus fort que moi, malgré le trouble qui me prenait désormais à la gorge. Ce n’était nullement en raison de ma fatigue ou de tous mes muscles qui hurlaient dans mon corps, l’arrêt momentané des combats refroidissant brutalement la ferveur qui avait envahi mon corps. Chaque secousse provoquée par les vagues me tirait une grimace tandis que le vent de minuit semblait s’infiltrer sous ma peau, la frigorifiant. D’un geste, je me soulevais lentement, m’asseyant à même le sol tout en frottant vigoureusement mes bras. Un moment de silence tomba entre la Reine et moi, alors que je digérais progressivement les informations qu’elle continuait de me communiquer. Tout cela semblait appartenir à un autre monde et pourtant, je la croyais sur parole. Ce n’était pas comme si je n’avais jamais expérimenté de situations aussi insolites que celles-ci. Je fermais les yeux, me concentrant sur ma respiration.

« Votre Majesté, ce que vous dîtes est tout bonnement impossible, finis-je par expirer dans un souffle calme et serein, ouvrant les yeux pour les poser sur l’immensité du ciel. Cela fait quelques mois seulement que nous avons appris votre empoisonnement, puis votre disparition, énonçais-je doucement avant de reporter mon regard sur le visage de la jeune femme, afin d’analyser sa réaction. En temps normal, vous n’auriez pu vivre tout cela dans un temps aussi court. Il est possible d’apprendre vite, mais pas aussi vite. »

Quelques secondes s’écoulèrent sans que l’un ou l’autre n’ose prononcer un mot. Je la dévisageais du regard jusqu’à ce que le vent se lève brusquement, me paralysant. Instinctivement, je me remis sur pied, grimaçant horriblement lorsque je sentis un étirement à l’une de mes hanches. Je la serrais entre mes doigts, concentrant une part de la magie blanche sur cette zone.

« Vous avez ma permission de rester sur le navire, alignais-je rapidement, transi de froid. Je n’ai aucune autorité sur ce bateau, mais ils n’avaient qu’à se réveiller… » M’agaçais-je en jetant un nouveau regard vers les quartiers du capitaine.

Aucun son, aucun signe d’agitation. Il ne semblait y avoir aucune vie. C’était troublant. Après tout le bruit que nous avions causé en plus. Ce n’était pas normal. Mes sourcils se froncèrent alors que j’esquissais déjà quelques pas en direction de la chambre du capitaine Borssa, soucieux. Cependant, je n’eus même pas besoin de pénétrer dans le bureau privé du capitaine pour constater la réalité : des ronflements sonores traversaient le bois de la porte, des ronflements que je reconnaissais entre mille pour les avoir entendues et entendues un nombre incalculable de fois depuis notre départ des côtes du Continent Naturel, lors de mes patrouilles de nuit.

« Il dort… » Lui appris-je, me rapprochant de la position de l’Impératrice tout en portant mon regard vers les escaliers qui menaient aux ponts inférieurs de la caravelle.

En bas, des ronflements résonnaient tout autant et il était même possible de percevoir le bruit des tissus qui se froissaient aux mouvements de certains dormeurs, tout comme il était possible d’entendre les palabres quasi inaudibles de certains autres. Ils dormaient tous, d’un sommeil profond et imperturbable. Lentement, je relevais la tête, observant la Reine Nilsson.

« Qu’avez-vous fait de si terrible pour que cet Æther soit ainsi sur votre dos? »

Je relâchais un soupir, l’invitant à me suivre.

« Seriez-vous d’accord que l’on reporte la fin de ce combat à plus tard? »

Je tremblais, traçant mon chemin jusqu’à la petite salle servant de cuisine. Là-bas, je me permis d’allumer l’une des lanternes de la pièce, éclairant enfin cette sombre nuit, avant d'ouvrir une machine, qui fonctionnait grâce à une pierre de feu, afin de réchauffer la salle. Tout de suite, je sentis mon corps se détendre, mais la douleur dans mes muscles restait omniprésente.

« Asseyez-vous, ne vous gêner pas, lui dis-je en lui présentant les quelques assises qui traînaient. Je descends chercher un nouvel habit, histoire d’être un peu plus présentable. »

Je baissais les yeux sur mon torse nu, n’en revenant toujours pas d’avoir perdu mon précédent chandail. J’exhalais un énième soupir.

« Je ne serais pas long. Prenez quelque chose à manger si vous le désirez. Nous n’avons pas beaucoup de variétés, mais vous devriez trouver quelque chose qui saura vous plaire. »


1 396 mots | Post IV


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Invité
Invité

avatar
Mer 06 Nov 2019, 13:15

« Non. Restez ici. » dit-elle en s’approchant de lui. Elle ne pouvait le laisser partir, pas après ce qu’elle avait entendu. Si elle n’avait rien dit, c’était avant tout parce qu’elle réfléchissait. Elle avait eu du mal, pourtant, à cacher sa surprise. Elle était à présent inquiète. « Laissez-moi faire. » murmura-t-elle dans un souffle en approchant ses mains de son torse. Elle ferma un instant les yeux tout en inspirant. Ce n’était pas pour se préparer à utiliser la Valse Créatrice mais plutôt pour garder l’esprit clair. Elle expira en rouvrant les paupières. Elle avait envie de poser ses doigts sur lui, de parcourir chaque relief, mais elle se contenta de les garder à un centimètre de sa peau dénudée. Une douce lueur bleutée sortit de ses paumes et, petit à petit, un nouveau chandail apparut, se greffant à l’ancien pour le recréer. Quand elle eut fini, elle lui sourit et s’éloigna. Une couverture apparut sur ses propres épaules, façonnée de rien et elle prit place à côté de la chaleur qui rendait l’atmosphère bien plus engageante. Elle expira de nouveau, un soupir de fatigue qui n’échappa probablement pas à l’Ange. « Reprenons voulez-vous… » dit-elle en se massant les tempes doucement. Elle ferma les yeux, encore, ses doigts parcourant son visage pour se rejoindre sous son cou. Elle resta ainsi quelques secondes avant de le regarder de nouveau. « Vous êtes en train de me dire que quelqu’un a empoisonné mon Reflet et que, depuis ce jour, elle n’est pas reparue ? » Elle s’approcha d’une table qui se trouvait entre eux deux et posa ses paumes à plat dessus, se penchant légèrement. « Comment est-ce possible ? Qui empoisonnerait l’Eorane ? » Elle avait bien quelques idées – après tout cette chose était insupportable – mais elle ne la pensait pas assez sotte pour se laisser abuser. Elle était bien trop ancienne et expérimentée. Avait-elle fomenté elle-même cette mise en scène ? Dans quel but ? Et, surtout, le plus important, qu’en était-il des Magiciens à présent ? Qui dirigeait ? Elle était certaine que le Nylmord avait su organiser les choses d’une main de maître mais, tout de même, le peuple ne pouvait rester sans Souverain. Elle s’inquiétait pour les Mages Blancs. Ce n’était jamais une bonne chose de laisser un Royaume sans Roi. Cela pouvait donner des idées à des puissances néfastes. Elle se pinça les lèvres, pensive. Il y avait beaucoup de choses qui la troublaient. Avait-elle eu raison lorsqu’elle avait supposé qu’ils n’appartinssent pas au même temps, tous les deux ? Ce qu’il lui avait révélé semblait frais. Elle avait un recul de plusieurs années. À moins que l’empoisonnement seul soit récent ? Mais ça n’expliquait pas pourquoi il doutait concernant son apprentissage. Elle se doutait qu’il avait dû passer une bonne partie de sa vie à s’entraîner. Peut-être doutait-il simplement qu’en quelques années elle puisse atteindre ses compétences actuelles ? Non. C’était bien plus profond que ça. Il y avait quelque chose qui n’allait pas. Sur le navire, elle avait plusieurs fois pris possession du corps d’autrui, surtout pour s’occuper de la problématique démoniaque en toute discrétion. Elle aurait dû s’intéresser aux Magiciens. Pourtant, elle ne l’avait pas jugé nécessaire. L’Eorane avait beaucoup de défauts mais elle remplissait toujours son office.

L’Impératrice Blanche s’assit et posa la paume d’une de ses mains sur son front avant de la ramener vers l’autre dans un geste fait pour temporiser. Elle soupira encore, troublée. « Bon. Soyons honnêtes l’un envers l’autre et traitons les choses depuis le début. » Elle marqua une pause et commença à raconter, ses mains effectuant de petits gestes de temps en temps. « Je suis partie il y a de cela quelques années déjà. J’ai demandé, en cette occasion, à mon Reflet de prendre ma place, juste avant le Banquet qui devait avoir lieu au Lac Bleu. J’ai également demandé à une Fae de vous transmettre une lettre explicative, à vous. » Elle relâcha doucement la Mémoire Disparue sur son propre esprit. Elle l’utilisait pour compartimenter ce qu’elle faisait, pour oublier certaines choses afin de rester innocente. Ainsi, personne ne pouvait être amené à savoir ce qu’elle-même avait effacé. C’était une sécurité dans un jeu politique dangereux. Elle ne pouvait être accusée. Elle ne pouvait se trahir, ainsi. « Je ne voulais pas que vous la preniez pour moi, si jamais vous aviez à la rencontrer. J’ai laissé beaucoup de choses en suspens en partant, notamment les Anges des Contes. Je les ai vus sur les Terres Glacées donc vous devez être au courant de leur existence, normalement. » Lorsqu’elle voyait qu’il voulait parler, elle faisait un petit geste pour le stopper. Elle voulait qu’il l’écoute d’abord. Il lui donnerait sa version des faits ultérieurement. « J’ai également parié avec le Monarque Démoniaque. Je lui ai promis mon ventre s’il gagnait. Il m’a promis la libération d’un millier d’Anges des Terres Blanches s’il perdait. Le résultat de ma seule victoire comptera. Je me suis occupée du reste. » Elle préférait ne pas trop en dire. C’était douloureux, douloureux mais nécessaire. « Il doit y avoir un nouveau Souverain démoniaque, n’est-ce pas ? » Elle inspira. « Quant à mon voyage. Je suis partie il y a quelques années, comme je vous l’ai déjà dit. Erwan m’a suivie, sans doute à cause de sa malédiction. On m’a tuée. » Elle ignorait encore qui était le coupable mais elle allait le retrouver. « Ce fait l’a libéré de son fardeau et il m’a élevée. J’ai grandi rapidement et nous avons fini par nous apprécier. Il m’a appris à me battre. Je lui ai appris la magie. Nous avons voyagé dans le but commun d’obtenir le pardon pour votre race, comme vous le savez. Ce que nous avons fait après des lunes et des lunes de voyage, avec l’aide d’un Rasväar. Là, j’ai renvoyé Erwan, avant d’être appelée à une autre tâche sans intérêt pour vous, si ce n’est celui que je n’ai plus ma Couronne angélique. Je l’ai confiée à une autre. » Tout ceci lui semblait si difficile à concevoir d’un point de vue extérieur.

Comme pour temporiser la situation, les mains de l’Impératrice Blanche se joignirent et, sur la table, apparurent plusieurs fruits et légumes. Elle préférait ne pas revenir sur cette histoire de Dieu, ni sur celle de leurs enfants. Elle ne savait pas comment prendre la réaction d’Isiode. Elle n’avait pas été spécialement heureuse qu’il la félicite. Elle aurait aimé percevoir en lui une pointe d’agacement, bien plus que de la simple surprise, mais elle devait arrêter d’y penser. Prendre ses fantasmes pour des réalités ne lui apporterait rien. Elle avait été claire avec elle-même, dès le début. Elle ne pouvait pas l’envisager ; encore moins maintenant. Ils avaient tous les deux des choses importantes à faire. « Isiode… » Elle hésita puis se ravisa. « Vous devriez me raconter votre version, maintenant. » dit-elle finalement, tout en attrapant une banane. Elle commençait à aller mieux, les plaies se soignant doucement mais surement. Le combat lui avait néanmoins donné faim. « Servez-vous… Il y a davantage de diversité à présent. » dit-elle avant de croquer dans le fruit. Elle le regardait. C'était beaucoup plus facile de tenir ses bonnes résolutions lorsqu'il était loin d'elle. Elle se doutait qu'elle n'allait probablement pas aimer sa version et, tout ce dont elle avait envie, à présent, après tout ce qu'elle avait vécu, c'était de l'enlacer et de laisser sa tête reposer sur son épaule, ses lèvres dans son cou. Mais non. Elle devait rester solide, supporter le poids, seule, comme toujours.

1257 mots

Revenir en haut Aller en bas
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Ven 08 Nov 2019, 18:23

Je penchais la tête sur le côté, éperdu. L’Eorane, son Reflet? Alors ce n’était pas l’Ultimage qui s’était fait empoisonnée à ce moment-là? Était-elle déjà partie pour son voyage aux Terres Glacées?

« Personne ne le sait », finis-je par lui transmettre face à la soudaine appréhension de la jeune femme, que je me mis à observer longuement alors qu’elle rejoignait la table qui nous séparait.

Le trouble avait pris d’assaut son faciès, l’inquiétude était omniprésente au fond de ses yeux tandis que, dans son cœur, une angoisse certaine venait de naître au plus profond de sa poitrine : elle était désemparée par la nouvelle, surprise, mais aussi dérangée.

« Je n’étais pas présent au cours des événements, mais les nouvelles vont en ce sens : après votre discours… enfin, son discours, votre Reflet aurait bu dans sa coupe avant de s’effondrer au sol. Vos Chanceliers d’Ivoire ont pris la situation en main très rapidement, mais… vous n’êtes… Je soupirais, me reprenant. Elle n’est jamais revenue. »

Je marquais une courte pause, ne voyant pas, dans l’immédiat, la nécessité de préciser de quel événement il s’agissait : cela me paraissait évident, après tout. C’est pourquoi, je me permis de poursuivre sur ma lancée presque aussitôt :

« Le peuple s’inquiétait de votre état et, pendant un bon mois, les Archimages ont réussi à calmer l’affaire en prétendant que vous alliez bien, mais que vous aviez besoin de repos après l’incident. Cependant, plus les jours et les semaines défilaient et plus l’inquiétude se faisait grande, jusqu’à ce que nous apprenions votre disparition – pour le coup, il s’agit plutôt ici de la disparition de votre Reflet – et depuis, nous n’avons eu de nouvelles de celui-ci. »

Silence. La Reine Nilsson s’asseyait et je me permis de faire de même, ne la quittant des yeux. En réalité, son désarroi était le mien et je ne pouvais m’empêcher de la dévisager, perturbé par la tempête qui faisait chavirer ses sentiments et émotions. Quelque chose n’allait pas, nous le pressentions. C’est pourquoi je lui accordais toute mon attention, ne détournant les yeux de son visage à aucun instant. Je l’écoutais sans interruption, même si, à un moment, l’élan de ma surprise voulu m’amener à la couper dans son monologue. Quelque chose n’allait pas, nous le pressentions, et plus la Mage parlait, et plus mes soupçons se concrétisaient. Jusqu’à ce que ce que sa voix finisse par s’éteindre.

Silence. Je la dévisageais sans un mot, sans même un regard pour la nourriture qu’elle venait de faire apparaître sur la surface de la petite table. Mes yeux ne se détachaient plus de l’Impératrice Blanche, mon esprit balayé par le flot d’informations qui venait de m’être communiqué. Quelque chose n’allait pas, nous le pressentions et désormais, j’en avais la confirmation.

« Je suis largué », admis-je finalement après un certain temps, secouant vaguement ma tête sur le côté.

Dos droit et regard fixe, me tenant face à l’Ultimage, je me mis à reconsidérer la situation dans ma tête, perplexe. Pourquoi tant d’incohérences? Pourquoi mes souvenirs et les siens ne s’accordaient aucunement sur la réalité de l’instant? Je restais taciturne et statique sur mon siège, songeant et repensant à tout cela dans mon esprit avant de finalement détacher mes yeux de la Reine.

« Vous êtes partie il y a de cela quelques mois déjà, commençais-je en reprenant la formulation de la régente d’une inflexion assurée et sans équivoque. Parce qu’il ne s’est écoulé que quelques mois depuis ce fameux banquet, près du Lac Bleu. C’est également au cours de cette célébration que votre Reflet a été empoisonné, votre Majesté. »

De nouveau, je braquais mes iris dans les siens, imperturbable.

« Après ces événements, nous apprîmes la disparition de votre doublure, et ce n’est que peu de temps après cela que je reçu votre lettre m’informant que vous partiez aux Terres Glacées afin que Sympan nous accorde son pardon. »

Une tempête secouait l’intérieur de ma tête.

« Pendant ce temps, il y a eu nombreuses Épreuves de la Coupe des Nations qui se sont tenues, notamment celle des Anges, tandis que celle des Magiciens ne s’est toujours pas déroulée en raison de votre absence. »

Je me massais vaguement la nuque.

« Des Terres Blanches, tout ce que nous recevons n’est que rumeurs de rébellion et de répression pour étouffer ces dernières. Des Anges se libèrent miraculeusement de leurs chaînes, de temps en temps, mais nous n’avons pas les effectifs nécessaires pour mener un assaut dans l’optique d’un sauvetage. Je sais que l’Armée angélique tente par tous les moyens de trouver des failles exploitables, mais les Terres Blanches sont bien protégées et il nous faudra beaucoup de préparation pour espérer réaliser un raid qui puisse percer les défenses démoniaques : nous ne visons rien d’autre que la réussite de ce sauvetage s’il devait être réalisé. »

Mon regard vint alors se planter dans celui, plus clair, de la Reine, intensément. Ce qu’elle m’avait annoncé, à propos de son pari entre elle et le Diable, me rendait perplexe et amer, si ce n’était pas de la Colère? Avait-elle sérieusement envisagé de se donner au Monarque de la sorte? Le résultat de sa victoire seule comptait, avait-elle mentionné, mais avait-elle pesé les conséquences de son geste si elle venait à perdre? Rien que d’imaginer les mains du Monarque Démoniaque sur sa peau me fit frissonner de dégoût, le souvenir de la petite Elfe d’Avalon faisant brusquement surface dans mon esprit. Mes yeux s’assombrirent, énervés et froids, tandis que je détournais brièvement mon regard sur la table, où gisait la panoplie de fruits.

« De surcroit, nous n’avons reçu aucune information quant à une quelconque libération de nos pairs. Et le Diable se fait discret. Personne ne semble l’avoir aperçu depuis un moment déjà et nous ne savons pas s’il se trouve en Enfer ou autre part. Dans tous les cas, Zane Azmog reste le Souverain des Démons : il n’y a pas de nouveau Roi démoniaque à notre connaissance. »

J’exhalais un soupir. Ce silence était troublant. Se préparait-il quelque chose dans l’ombre? Mes mains se serrèrent en poing.

« Juste avant notre départ, cependant, beaucoup de choses se sont produites, notamment l’arrivée particulière d’Humains ailés… Et l’apparition de ces étranges Démons aux ailes blanches. »

Je réfléchis quelques secondes.

« Ces Humains ailés, repris-je dans un croassement, serait le cadeau d’un certain Väaramar, Æther de la Justice et de l’Équité, qui serait le frère de Drejtësi. Des prêtres auraient livré ces enfants, en son nom, aux différents Royaumes humains. Tandis que ces Démons aux ailes blanches… Nous ne savons pas encore ce qu’ils sont, ni pourquoi ils sont apparus de la sorte. Tout ce que nous savons, c’est qu’il s’agit d’êtres ailés et magiques, possédant des ailes rachitiques d’un blanc pur et immaculé. Ils auraient été aperçus un peu partout à travers les terres du Yin et du Yang, muets comme des tombes, mais grands et imposants comme des Rois. »

Je me pinçais les lèvres.

« J’en ai moi-même vu un de mes propres yeux la veille de notre départ en mer. »

Je levais les yeux vers le plafond de la pièce, ne sachant comment décrire ce que j’avais aperçu cette soirée-là.

« Et nous voici aujourd’hui, sur ce bateau, à attendre d’arriver sur les terres d’Orhmior. »

Nouveau silence.

« Je me souviens bien du contenu de cette lettre, du fait que vous me disiez avoir démarré un projet avec les Faes. Cela concernerait donc ces Anges des Contes? » Murmurais-je sur l’interrogative, sans pour autant attendre de réponse de la part de la Souveraine.

Il s’agissait plus d’un mécanisme de tri qu’autre chose. Son pari avec le Diable? Sa victoire? La libération des milliers d’Anges? Un nouveau Roi chez les Démons? La malédiction d’Erwan? La mort de l’Impératrice? Sa renaissance? Le pardon de Sympan qui nous aurait été accordé? Le Rasväar? La Couronne angélique… Ses paroles allaient et venaient dans un tourbillon inconsistant, désorganisé, au creux de mes deux oreilles. Puis, soudainement, je posais mes coudes sur le dessus de la table, les yeux dans la vague.

« Mais qu’est-ce qui se passe? » Grognais-je en relevant la tête en enfonçant mon visage à l’intérieur de la paume de ma main.

Accoudé sur le bois de la table, je restais dans cette posture un instant, avant de relever les yeux vers la jeune femme. Cette situation était tout bonnement invraisemblable. Que se passait-il exactement? Pourquoi me parlait-elle d’années alors qu’elle n’était partie des continents qu’il y a seulement quelques mois? Pourquoi me parlait-elle de la libération de milliers d’Anges alors que les Démons les tenaient toujours captifs sur leurs terres? Et qu’était-ce cette histoire de pari avec le Roi Azmog? De sa mort? Du transfert de la Couronne à un troisième parti? Ma tête, comme par hasard, se mit à tourner et m’était soudainement douloureuse. Pourquoi? Pourquoi, pourquoi, pourquoi?

« … J’avais bien raison, finis-je simplement par lui partager d’un timbre particulièrement bas. Vous n’êtes pas supposée vous trouvez ici, n’est-ce pas? »

Cette dernière conclusion s’avérait être la seule question qui me vint à l’esprit sur l’instant. Cela expliquerait ainsi beaucoup de choses, mais en complexifierait bien d’autres. Et, finalement, est-ce que cela ferait plus de sens dans ma tête lorsque j’écouterais sa réponse? Je n’en avais aucune idée… Peut-être était-ce la faute de ce Dieu, celui qui l’avait amené sur ce bateau? Je considérais l’Ultimage d’une œillade. Après tout, les Ætheri possédaient des pouvoirs bien au-delà de toute compréhension mortelle. Et une autre question à rajouter à tout ce mélange incongru d’interrogations : pourquoi un Æther s’enquiquinerait à ramener les gens de la sorte d’un temps à un autre?

« Votre Majesté, seriez-vous au courant d'autre chose? »

J’hésitais à poursuivre, expirant finalement un simple soupir sur le bord de mes lèvres.

« Vous souvenez-vous de notre première rencontre, juste avant les festivités du Lux In Caelum? »

Difficile d’oublier un tel épisode de ma vie : ce n’était pas à tous les jours que l’on contrariait une Reine.

« Vous souvenez-vous de ce que vous m’avez dit à propos des Dieux, que vous étiez convaincue qu’ils ne nous avaient pas réunis pour rien? »

Même si, en apparence, ce sujet semblait m’être passé par-dessus la tête, étrangement, il m’était revenu à l’esprit après notre soirée sur la barque, au milieu des lampions et de l’eau du Lac, puis je m’étais surpris à repenser à cela lorsque j’avais reçu sa missive.

« À quoi pensiez-vous à ce moment-là? »

J'étais sérieux. Il devait forcément y avoir un sens sinon, pourquoi nos chemins ne cessaient de se croiser? Je soupirais. Je n’étais qu’un soldat. Elle était une Souveraine, une Reine aux dons extraordinaires et incommensurables. Que pouvais-je lui apporter qu’elle n’avait pas déjà? À moins qu'il s'agissait de l'inverse : son voyage, le pardon, tout ce qu'elle sacrifiait pour le bien de mon peuple. Le pari avec le Diable… Je fermais les yeux, un vague sourire chatouillant la commissure de mes lèvres. Je me montrais prétentieux. Bien sûr que c'est moi qui avait besoin d'elle; l'inverse ne pouvait être vrai.


1 856 mots | Post V | Désolé... C'est long xD /sbaf/


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Invité
Invité

avatar
Sam 09 Nov 2019, 22:52

Elle l’avait déjà remarqué un peu plus tôt. Elle le sentait en elle. Il la sondait, violait son intimité. Elle le laissait faire, pour le moment. Même si une remarque faillit franchir ses lèvres, elle se contenta de croquer dans le fruit, réfléchissant aux différentes incohérences qui s’imposaient à eux. « Autrement dit, juste après mon départ. » murmura-t-elle. Pourquoi ? Elle venait de donner accès à la totalité de son être à la Chancelière d’Ivoire, justement pour que les tensions entre elles cessent. L’Impératrice Blanche avait du mal à envisager les événements. Qu’est-ce qui aurait pu la pousser, elle, à disparaître volontairement ? Peu de choses. Elle soupira, comprenant qu’elle ne pouvait rien changer à la situation. Elle devait se concentrer sur l’avenir. C’était délicat. Elle avait passé une grande partie de son existence en tant que Reine des Mages Blancs. Renoncer n’était pas aisé. Elle n’était pas convaincue. Devait-elle réellement franchir ce pas ? S’élever vers elle ne savait quel statut ? Et lui ? Le reverrait-elle ensuite ? Elle imaginait que les Ætheri n’étaient pas soumis aux émotions des Mortels. Elle pourrait l’oublier pour se concentrer sur sa tâche. Elle s’était sentie seule en tant que Souveraine, ce serait sans doute la même chose en tant que Déesse.

Elle l’écoutait tout en l’observant. Il semblait troublé, agacé parfois, même. Il ne faisait plus aucun doute que Jun l’avait ramenée dans le passé. Ce n’était pas possible autrement. Elle se sentit étrange. Se pouvait-il que sa présence ici change quelque chose ? Elle n’espérait pas. « C’est donc lui. » chuchota-t-elle lorsqu’il évoqua Väaramar. Devait-elle lui dire ce qu’elle savait ? Ce qui était des mystères pour lui n’en étaient pas pour elle. Cependant, elle n’avait jamais observé la présence d’Humains ailés. Il savait des choses qu’elle ignorait. À quoi jouait le Dieu de la Justice et de l’Équité au juste ? Elle aurait mis sa main à couper qu’il s’agissait de Jun mais il continuait de nier, tel un enfant capricieux. Pourquoi ? Elle ferma les yeux, passant sa main sur son visage tout en essayant de reconstituer toutes les pièces du puzzle.

« Non. Je ne devrais pas être ici. » répondit-elle pour la forme. Elle hésitait à parler et ne répondit pas à sa deuxième question. L’Ange l’éluda pour elle. La suite la surprit et elle le regarda d’une façon différente, plus attentive peut-être. Jusqu’ici, les paroles d’Isiode avaient fait naître en elle des milliers de questions sans réponse. Elle réfléchissait en l’écoutant, son esprit harcelé par des possibles. À présent, elle était simplement devant lui, à le dévisager. « Je… » commença-t-elle, soudainement sans voix. Elle détourna les yeux. C’était embarrassant. « Vous allez vous moquer. » Elle posa ses mains sur la table, l’une sur l’autre. Elle le regarda de nouveau. « Comment vous le dire ? J’ai toujours trouvé la tâche qui était la mienne délicate. Le pouvoir suppose de la distance. Vous devez tenir, peu importe les circonstances, peu importe ce que l’on dit de vous. Vous devez sourire, même lorsque vous avez envie de pleurer. Vos faiblesses sont si facilement exploitables… Il suffit d’un rien, d’une rumeur sur votre attachement à un individu pour que celui-ci soit en danger par votre faute. » Elle marqua une pause. Le fait qu’elle soit fantasque venait probablement de là. Elle ne pouvait rien se permettre effectivement. Et si elle effleurait ses lèvres et que quelqu’un les voyait ? Il y avait tant d’ombres dehors, qui n’attendaient que ça. Elle devait sécuriser les siens. Et cette ombre intérieure… elle aussi attendait, patiemment, le coup de trop. Devenir maléfique l’avait toujours effrayée. « Depuis le Génocide, je… » Elle soupira. « J’ai aidé Zane Azmog a accédé au trône. L’époque était troublée et les Démons menaçaient le monde par leur anarchie. Les deux guerres qui ont précédé n’en sont que des illustrations. Cela aurait continué. Il fallait un Souverain. Je ne pensais pas que la victoire de Sympan provoquerait une telle catastrophe. » Ses yeux se baissèrent sur la table. « Ce que j’ai omis de préciser c’est qu’après la fin de l’Ère de la Renaissance du Dieu-Roi, j’avais décidé d’arrêter de… » Il allait la haïr, elle le sentait bien. « Je possède depuis longtemps un Miroir magique, qui me permet d’observer Zane. Je peux le voir et entendre ses propos, où qu’il soit. Je m’en servais pour l’espionner mais après la défaite des Ætheri rebelles, j’ai arrêté un temps de l'utiliser, le temps nécessaire pour faire face à la nouvelle situation. C’est grâce au Miroir que j’ai su ce qu’il comptait réaliser mais je l’ai su trop tard. Si je n’avais pas cessé alors peut-être que… » Elle soupira. Elle n’avait toujours pas répondu à sa question. « Depuis le Génocide, je me sentais perdue, partagée. Je vous ai déjà dit que j’appréciais être en sa compagnie mais mes appréciations égoïstes ne pouvaient pas effacer ce qu’il avait fait et ce qu’il pouvait refaire sur un coup de tête. Les Anges aux Jardins, je… » Il allait la trouver égoïste. « Je me sentais seule, écrasée sous un fardeau trop lourd à porter. Asriel ne me facilitait pas la tâche. Alors quand les Ætheri vous ont désigné, vous, un Ange, j’ai cru qu’ils avaient des projets, pour nous deux. Je ne sais pas… Peut-être que vous pourriez vous imposer à la tête des vôtres, à l’avenir ? Peut-être que nous pourrions nous entendre pour rétablir l’équilibre ? Peut-être que nous aurions pu instaurer une véritable paix, ensemble ? Peut-être que j’aurais pu vous parler de façon honnête, que vous auriez compris ? Peut-être vous avaient-ils élu pour le tuer à ma place ? J’en étais alors incapable. » Elle sourit, un peu tristement. « Et puis j’ai compris que vous… » Elle détourna un instant les yeux. « J’ai compris que j’étais seule et que je resterais seule, que ce fardeau était le mien et que je ne pouvais m’en décharger sur autrui. Peu importe mon ressenti, peu importe ce que je désirais, je devais faire ce qui était nécessaire. J’étais faible, avant ma mort alors… j’ai refusé de m’en prendre aux Démons, en me limitant à faciliter les Anges et en ne prenant que des risques individuels, dont le pari. Les choses ont changé ensuite. » Elle se pinça les lèvres. « Je suis tellement désolée de n’avoir pu éviter le massacre… Vous devez me haïr à présent. Vous semblez tellement infaillible… » Elle admirait sa force, sa droiture.

Il fallait qu'elle lui parle des Démons Ailés, qu'elle lui révèle des choses. Elle en avait envie mais... qu'allait-il dire maintenant qu'elle lui avait raconté la totalité de l'histoire ? Elle pourrait encaisser, sans doute.

1112 mots


Revenir en haut Aller en bas
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Dim 10 Nov 2019, 22:47

Accoudé sur le dessus de la table, j’appuyais mon profil contre les jointures de ma main, pensif.

« Croyez-moi, s’il me fallait me moquer de vous, je l’aurais fait depuis longtemps », lui dis-je sérieusement et en toute sincérité, croisant de nouveau l’iris de ses yeux alors qu’elle se remettait à parler.

Après tout ce qu’elle m’avait partagé, il me semblait complètement irréaliste de sourire face à cette future déclaration, peu importe sa nature. Je l’écoutais donc respectueusement me faire part de ses ressentis, sans trahir une quelconque émotion sur les traits de mon faciès. Cependant, au plus profond de ma personne, j’avais cette drôle d’impression de me fixer dans la glace d’un miroir. Porter un masque pour simuler un sentiment; tenir ses distances pour éviter un quelconque attachement et liaison, pour ne faire de mal à qui que ce soit ou à soi-même. Je baissais brièvement les yeux, observant la texture de la table. Un silence tomba, les seuls sons de la nuit témoignant de la continuité du temps. Mais la suite de ses propos prit un tout autre tournant, l’étonnement s’éveillant doucement à l’intérieur de mes pupilles alors qu’elle s'entraînait sur une lancée qui me semblait inarrêtable. Des palabres, sous couverture de confessions, s’extirpaient de sa bouche à l’instar d’un débordement qui se recula, petit à petit, sur des mots d’excuses et de regret. J’avais relevé la tête, incapable d’aligner deux paroles l’une à la suite de l’autre. Je restais immobile un long moment, comme figé dans ma réflexion alors que, progressivement, mes sourcils se froncèrent au-dessus de mes paupières, une lueur grave éclatant soudainement à la surface de mes iris.

« Vous savez, votre Majesté… Mon frère et moi avons perdu notre mère à un très jeune âge. Nous jouions tous les deux à l’étage alors qu’un meurtrier pénétrait dans notre maison pour lui ôter la vie. Nous n’avons rien entendu, rien vu : nous n’avions aucun soupçon de ce qui se tramait en bas. Nous rions et nous nous amusions alors que notre mère perdait la vie à seulement quelques mètres en-dessous de nous. »

J’étirais un grand sourire à l’endroit de sa Majesté, mes traits portant tout de même des lignes stoïques qui semblaient rendre mon expression encore plus froide et inatteignable qu’habituellement. Je poursuivais alors sur une note basse :

« Que croyez-vous que nous avons pensé lorsque nous avons retrouvé son corps sans vie au bord de nos escaliers? Lui posais-je doucement. Si nous avions descendu plus tôt? Si nous avions cessé de crier et de nous amuser? Et si nous l’avions entendu? Maman serait en vie. Maman serait encore en vie. »

Je me tus, marquant volontairement une pause pour scruter le visage de la souveraine.

« À la guerre, lorsque je vois mes frères d’armes tomber au combat, tout ce à quoi je pense, c'est : « Pourquoi ne suis-je pas arrivé plus tôt? Pourquoi ne l’ai-je pas vu? Pourquoi n’ai-je pas entendu son appel? »

Je relâchais un soupir.

« Tout pourrait changer si nous avions fait cela au lieu de ceci. Tout aurait été différent si nous avions posé ce geste plutôt que celui-ci, mais… il y a des choses que nous ne pouvons prévoir, d’autres que nous ne pouvons éviter, votre Majesté. C’est comme je vous l’ai dit, la dernière fois, n’est-ce pas? Nous ne pouvons voir le Futur et c’est pourquoi nous ne pouvons juger que les actes du Présent et du Passé, lui partageais-je en m’adossant plus confortablement sur le dossier de mon siège. Je me fais vieux. Je radote beaucoup, je sais », lui souriais-je dans l’optique d’alléger un peu l’atmosphère, tout en alignant ses dernières paroles d’une voix volontairement évasive, le contraste entre mon âge véritable et mon apparente jeunesse pouvant surprendre les plus naïfs.

Mais ci-bas en ce monde, les apparences étaient trompeuses, et la Reine Nilsson serait loin de se décontenancer face à cette réalisation, si elle ne l’avait pas déjà réalisé par elle-même.

« À cette époque, vous avez cru qu’il s’agissait de la meilleure action à poser pour empêcher le monde de se consumer et de se perdre sous les flammes de la guerre. Vous ne pouviez savoir ce que le Monarque Démoniaque ferait ensuite. Vous ne pouviez savoir qu’il allait se détourner des Ætheri pour prendre le parti de Sympan. Et mener ses armées sur nos terres pour nous exterminer : vous aviez les vôtres à vous occuper. »

Je dardais mon regard droit dans le sien.

« Les Magiciens sont votre priorité. Vous n’êtes aucunement en tort pour cela. »

Mon visage se tourna de nouveau vers le plafond.

« Nous avons également notre part de responsabilité dans cette catastrophe, accordais-je. Nous avons laissé les Diables nous submerger. Nous nous sommes montrés négligents et, finalement, nous ne sommes parvenus à sauvegarder, par nos propres forces, le peuple que nous nous sommes promis de protéger. Si cela n’avait pas été de votre aide et soutien, mon peuple… »

Ma voix se cassa sous une vague de frustration et d’impuissance, un ressentiment aussi vieux que le monde semblant m’étrangler à cet instant précis.

« Les Anges n'auraient peut-être pas survécu. »

Nous aurions certainement disparu. Et si l’extinction n'avait pas été notre fin, l’esclavage, l’humiliation et la torture nous auraient achevé. À cette unique pensée, une ombre noire et austère tomba sur mon visage. Cela faisait des années que je soupesais le poids de notre échec, en tant qu’Ange mais aussi en tant que protecteurs de notre nation, en tant que soldat : se le rappeler maintenant était comme un poignard que je me plantais dans le ventre, cette réalisation ne cessant de faire mal et d’alimenter, à la fois, le brasier de la rage et des remords. Après un certain temps, je quittais l’assise sur laquelle je m’étais installé avant de contourner la table et de me poster aux côtés de la Reine, à un bon mètre de sa position, baissant mon regard jusqu’à son visage pour la scruter. Puis, d’un mouvement, je posais un genou à terre, cognant mon poing contre ma poitrine.

« C’est pourquoi, je considère que vous méritez mes remerciements plutôt que mes accusations. »

Je redressais la tête dans sa direction.

« Vous avez réussi là où nous avons failli. Vous avez préservé mon peuple là où nous n’avons su le protéger par nous-mêmes. Et même si plusieurs d’entre nous continuent de douter de vous, sachez qu’il n’y a suffisamment de mot pour décrire ma reconnaissance pour avoir sauvé ce qui est le plus cher à mes yeux. »

Lentement, je lui fis un signe de tête avant de sourire.

« Cependant, il serait peut-être temps de nous laisser prendre notre envol. Il serait temps que vous nous laissiez supporter une part de votre fardeau pour que l’on puisse faire notre part pour les Ailes Blanches. Vous êtes forte et remplie de ressources, certes, mais il s’agit de notre mission. C’est à nous de redorer le blason des Anges. »

Je me redressais finalement, recomposant mon faciès.

« Je… »

Durant quelques secondes, les mots ne parvinrent à sortir, mais je finis par les pousser hors de ma gorge.

« En toute sincérité, je ne me sens pas la force de vous reprocher quoi que ce soit. Vous avez traversé tout cela par vous-mêmes sans qui que ce soit pour vous épauler. Vous vous sentiez responsable d’une mission peut-être trop grande pour vous. Je suis comme vous. Des fois… J’ai l’impression que je me dois de supporter à moi seul le renouveau des Anges. Je sais qu’il y a plusieurs personnes à mes côtés pour m’aider, mais, en même temps, je ne peux me défaire de ce sentiment, de cette responsabilité. »

Je la gratifiais d’un regard.

« Cela étant dit, votre pari avec le Diable était risqué : votre Vertu contre mille Anges? Vous n’aviez aucunement besoin de faire cela. Le Vil est tentateur et sournois. Il vous aurait berné, à n’en point douter. Qui aurait su ce qu’il vous aurait fait, sachant qu’il est maudit… »

Mes poings se contractèrent et je finis par baisser la tête, un soupir s’échappant de la barrière de mes lèvres.

« Bref… L’instauration d’une véritable Paix semble être encore loin. Mais elle viendra et j’espère que ce jour-là, nous pourrons l’observer, où que nous soyons. »


1 381 mots | Post VI


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Invité
Invité

avatar
Lun 18 Nov 2019, 01:11

Les yeux de l’Impératrice Blanche se figèrent sur le visage d’Isiode lorsqu’il commença à raconter son histoire. Elle avait craint son courroux et ne s’était pas attendue à une telle révélation. Elle ne souriait pas, immobile, attendant la suite. Rapidement, elle fit le lien avec ce qu’elle venait de lui dévoiler. Il avait raison mais la culpabilité était un sentiment tenace. « Vous seriez peut-être morts, tous les deux. » murmura-t-elle, soudainement troublée, plus que de raison. Et peut-être que si Zane n’avait jamais accédé au trône démoniaque, la situation serait devenue bien pire. Pourtant, ces incertitudes étaient de véritables poisons. Elle pouvait lire l’avenir, un don exigeant qu’elle n’avait pu utiliser correctement lors de la Guerre des Dieux, eu égard à la nature divine des enjeux. Il y avait tant à voir, tant à penser. Elle se perdait, parfois. Elle se perdait dans ses yeux, à lui, tout de suite. La situation lui paraissait si difficile. Elle essayait de restreindre son empathie mais elle comprenait tant ce qu’il lui contait. Lorsqu’elle avait envoyé certains Magiciens sur la Terre Blanche, certains y étaient morts. Lorsqu’elle envoyait son armée guerroyer, elle savait que beaucoup ne reviendraient pas. Elle ne restait jamais enfermée dans son palais, à attendre que ses troupes risquent leur vie, seules. Généralement, elle partait avec elles, officiellement ou non. Pourtant, elle avait toujours eu une chance inespérée. Plus d’une fois, en voyant le corps d’un jeune soldat sur le sol, elle avait maudit les Ætheri de la maintenir en vie, elle, alors qu’ils prenaient des existences si nouvellement créées. Heureusement, la paix était une réalité sur les terres de son peuple, aujourd’hui. Les Magiciens n’avaient plus à lutter tous les jours pour leur survie. Ce n’était pas le cas de tout le monde, elle le savait très bien. « Je vous comprends tellement. » susurra-t-elle, en baissant les yeux sur la table. Elle les releva lorsqu’il mentionna son âge et sourit. « Je préfère vous rassurer, vu mon âge, je dois radoter autant, si ce n’est plus. Lorsque les livres d’Histoire ne mentionnent plus vos prédécesseurs, il faut commencer à se poser quelques questions j’imagine. » Elle passa sa langue sur ses lèvres dans une mimique amusée, plus légère. Pourtant, elle n’en oubliait pas le sérieux de leur discussion.

Elle l’écoutait, hochant la tête de temps à autre. Encore une fois, elle savait qu’il avait raison, mais elle avait du mal à se décharger de sa responsabilité. Elle restait convaincue qu’elle aurait dû le voir venir. Après deux batailles qui s’étaient conclues sur un statu quo approximatif, il allait forcément se passer quelque chose. La victoire de Sympan était une occasion trop belle pour que les Démons ne la saisissent pas. Oui, les Magiciens restaient sa priorité mais son peuple avait pour mission de maintenir la paix. Comment pouvait-il le faire avec une Souveraine parfois dissipée ? L’Impératrice Blanche ressentit quelque chose d’étrange lorsqu’elle entendit la voix d’Isiode se briser. C’en était douloureux. Elle déglutit difficilement, essayant de masquer son trouble en maintenant son regard fixe dans le sien. Elle n’était pourtant pas d’une nature froide, à pouvoir facilement rester stoïque face à ce qui brûlait en elle. Elle avait appris à le faire, à jouer la comédie, à feindre l’intérêt, mais c’était difficile. Il le fallait, pourtant.

Un peu surprise, elle le regarda se lever et contourner la table, pivotant pour lui faire face, sans comprendre. Elle pensa un instant qu’il avait soif mais cette pensée vola en éclats lorsqu’il se pencha un peu vers elle. Elle eut un léger mouvement de recul, comme si elle avait soudainement peur de se brûler. Intérieurement, elle le suppliait presque de ne pas trop s’approcher d’elle. C’était idiot, puisqu’ils venaient de se battre, de façon parfois très fusionnelle. Seulement, en dehors du cadre d’un combat, elle trouvait les choses bien différentes. Elle était si loin du compte. Quand il s’agenouilla, ses lèvres s’entrouvrirent sous l’étonnement. Son cœur rata un battement. La seule réflexion qu’elle se fit, elle ne pouvait la réaliser. Le relever de force, maintenant, pouvait être mal interprété. Elle comprenait la gravité de la situation et la force de son geste. Elle eut du mal à contrôler l’intensité de sa propre respiration, sentant une vague de chaleur l’assaillir. Pourtant, le contempler ainsi n’était clairement pas ce qu’elle voulait. Elle voulait qu’il soit à ses côtés. La tension dans sa poitrine évolua au fur et à mesure de ses paroles et elle se sentit défaillir petit à petit. Ses doigts s’étaient resserrés discrètement, sans qu’elle ne s’en rende compte, si bien qu’ils avaient blanchi par endroit. Lorsqu’il souriait, il était… Elle sourit à son tour, un peu maladroitement sans doute. Il l’ébranlait parfois, lorsqu’elle voyait s’épanouir ses émotions. Aussi, elle resta immobile un moment, sans répondre. Le problème c’est qu’il lui faisait perdre ses moyens et qu’elle peinait à les retrouver. Extérieurement, sans doute n’y avait-il rien de bien visible mais, intérieurement, tout était sens dessus dessous.

La Reine finit par se lever et combla la distance qui les séparait. Ses bras passèrent autour de lui et elle l’enlaça en silence, plaçant son front sur son épaule doucement. Il se passa un temps certain. « Merci » murmura-t-elle sans rien ajouter avant quelques secondes. Là, elle se recula très légèrement, levant les yeux vers son visage. « Je sais que vous voulez que je laisse les Anges prendre leur envol mais j’aimerais vraiment être à vos côtés, tant que vous voudrez bien de mon aide. » Son discours était encore flou. Elle parlait de son peuple, bien sûr, mais également de lui ; surtout de lui. « La responsabilité est sans doute plus facile à porter à plusieurs. » Elle réfrénait son envie de l’embrasser, essayant de l’annihiler. Cette envie n’était pas passionnelle. C’était quelque chose de différent. Si elle voulait trouver ses lèvres, c’était pour se rassurer, sentir sa présence, se perdre dans une caresse presque désespérée. C’était étrange. Elle ne devait pas y penser. Le baiser le maudirait. Elle avait pris des résolutions le concernant. Elle était déjà allée trop loin. Elle ne s’en excuserait pourtant pas. Aussi, elle continua la discussion. « Ma Vertu n’est rien contre la vie de mille Anges et vous le savez très bien. Un calcul objectif désigne forcément mes exigences comme étant plus grandes que les siennes. Qu’est-ce que ma virginité par rapport à l’arrêt des tortures pour autant de personnes ? Il voulait un héritier mâle et c’est sans doute la malédiction qui l’a poussé à le vouloir de moi. Sans elle, je n’aurais pu obtenir cette libération. Je… » Elle se pinça les lèvres. « Peu importe. Les dés sont jetés et j’ai gagné. Ce n’est qu’une étape mais peut-être conduira-t-elle davantage vers la paix que nous recherchons, vous et moi ? Et si elle devait advenir, j’aimerais être avec vous, ce jour-là, parce que j’ai conscience que vous la souhaitez au moins autant que moi. »

1144 mots

Revenir en haut Aller en bas
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Mer 20 Nov 2019, 00:46

Nous serions peut-être morts, tous les deux, certes, mais qu’était notre vie, à cet instant précis, contre celle de l’être aimée? Bien sûr qu’aujourd’hui, croire que nous aurions pu changer quoi que ce soit, à ce si jeune âge, apparaissait tout bonnement impossible et inimaginable et pourtant, si nous nous reportions à cette époque, alors que nous nous étions tenus, mon frère et moi, sur ces escaliers, la seule pensée à laquelle nous nous raccrochions était de savoir pourquoi elle nous fût enlevée… Pourquoi n’étions-nous pas partis avec elle? Pourquoi avions-nous été épargnés? Pourquoi ne l’avions-nous pas sauvé? Était-ce de notre faute si Mère avait péri…? Parce que si nous avions pu réaliser ce qui se produisait à quelques mètres sous nos pas, rien qu’à un étage sous nos pas, peut-être que nous aurions pu changer le Destin et ce, de manière percutante. Mais il était beaucoup plus probable qu’Isley et moi aurions connu le même sort que Mère à ce moment-là. Et si je me permettais de suivre cette ligne du temps, je m’imaginais sans mal notre père mettre fin à ses propres jours par la suite, pour rejoindre toute sa famille dans l’Erāhael. Après tout, pourquoi aurait-il eu peur de la Mort? Cette dernière se serait permise de lui prendre sa famille, de lui prendre ses amours et tous ses souvenirs : plus rien ci-bas, à cet instant-là, ne l’aurait retenu à des chaînes – et surtout à sa vie –, car tous ceux qu’il avait perdu se serait désormais trouvés dans les bras d’Ezechyel, et il aurait tracé son chemin jusqu’à l’Æther sans peur et sans peine. Je m’imagine que notre père aurait simplement nourri l’espoir de revoir toute sa famille au Royaume du Ciel, sans même se préoccuper des frères qu’il aurait abandonné ici, sur Terre.

Doucement, je secouais ma tête sur le côté. C’était décidément bien étrange que je songe à tout cela, maintenant et ici, alors que les bras de l’Ultimage enserraient doucement ma taille et que sa tête reposait contre mon épaule dans cette enveloppe qu’était sa présence et son aura. Les premières secondes, en toute franchise, m’avaient prises au dépourvu, alors que j’avais senti sa chaleur se glisser contre mon être et que j’avais, alors, perçu l’étreinte de ses bras s’enrouler autour de moi. Durant une poignée de secondes, je l’avais observé, légèrement crispé par ce contact subit et spontané, incapable d’aligner un mot, comme si une simple parole pouvait tout bonnement briser l’atmosphère dans laquelle nous nous tenions désormais. Cependant, petit à petit, la tension qui écrasait mes épaules s’évapora et je finis par me détendre progressivement, une étrange expression arborant les traits de mon faciès, duquel il était possible de distinguer la naissance d’un vague sourire, à peine perceptible. Si, par instinct, mes bras s’étaient tendus pour répondre à cet enlacement, mon esprit, quant à lui, refréna immédiatement le geste à l’instant où il prit conscience de l’esquisse des premiers mouvements. Quelques secondes, mes mains restèrent suspendues dans les airs, jusqu’à ce que je les ramène contre mes flancs.

« J’ai peut-être fait quelque chose qui n’était pas nécessaire… »

La révérence, en posant le genou à terre, fut certainement de trop, mais sur l’instant, elle fut réalisée de la manière la plus naturelle et respectueuse qui soit. Parce que je me souviens très bien, lors de notre premier entretien, que je m’étais présenté à elle, le doute au ventre, la suspicion en tête pour ce qu’elle était et ce pour quoi elle se battait. Je n’avais pas pris le temps de lui accorder le crédit et le bénéfice du doute qu’elle méritait, allant même jusqu’à douter de sa loyauté à l’égard des miens. Force était de constater que je m’étais trompé. Du moins, sur certains sujets, celui à propos de Zane Azmog étant – et resterait certainement – toujours source de dégoût et d’incompréhension de ma part compte tenu des circonstances. Jamais je ne pourrais voir la relation qu’elle entretenait avec le Diable d’un très bon œil même si, aujourd’hui, son discours différait légèrement des autres fois où nous nous en étions parlés. Un véritable regret semblait l’assaillir alors qu’auparavant, elle s’accordait à dire que sa relation avec lui n’était ni de mon ressort, ni de celui de qui que ce soit. Je restais silencieux alors que la Souveraine se recula doucement.

« Je ne fais que formuler ce que je pense tout bas. Je vous respecte énormément pour tout ce que vous faîtes », lui partageais-je tout en portant mon regard jusqu’à elle, affichant un air calme, mais désinvolte.

L’impératrice Blanche était forte, sans aucun doute, mais à certains moments, comme celui-ci, je la voyais aussi vulnérable qu’une enfant et aussi seule qu’un loup solitaire qui se frayait un chemin dans les monticules de neige. Elle semblait batailler, seule, envers et contre tout. Pendant un instant, je me permis de la contempler brièvement.

« Je me doute, expirais-je. Et nous ne serons jamais contre tout soutien supplémentaire pour nous assister dans cette quête : aidez-nous, votre Majesté, mais laissez-nous vous aidez à supporter tout cela également. Le Bien n’a pas à être porté par vos seules épaules. »

Je lui tendis alors ma main, grande ouverte.

« Et si cela compte à vos yeux, sachez que je vous aiderai du mieux que je le peux, dis-je tout en lui faisant un signe de la tête. Pouvons-nous nous entendre là-dessus? »

Je l’écoutais ensuite parler des enjeux de ce nébuleux pari.

« Quelle est une vie quand elle se pèse contre des milliers, n’est-ce pas? »Souriais-je distraitement.

Je soupirais. Je pouvais comprendre son raisonnement, parce que je réfléchissais exactement de la même façon lorsqu’il était question de ma personne. Ma vie, toute mon existence, était vouée à mon peuple ainsi qu’à la Paix, et si je me devais de sacrifier mon être, ma conscience, voire mon humanité pour l’accomplissement de cette mission, alors j’étais prêt à les abandonner pour sa réalisation. Mais ses dernières paroles me troublèrent un peu et j’hésitais quelques secondes avant de lui fournir ma réponse.

« Seul le temps nous le dira. »

C’est bien tout ce que je souhaitais à ce monde après tout : la cessation des feux, de la guerre. La fin de toutes douleurs et souffrances causées par le maléfice de quelques déviants qui ne voient qu'en la puissance et la Force le pouvoir de soumettre et écraser les plus faibles.

« Mais je serai également enchanté de pouvoir partager ce moment avec vous, à vos côtés. »

Distraitement, je plongeais mon regard dans un monde que seuls mes yeux semblaient voir.

« Tout ceci est incroyablement insolite, n’empêche, lui avouais-je après un certain temps. Il y a des lunes de cela, je n’aurais jamais songé vous adresser de tels propos. Vous… étiez un parfait mystère pour moi, une parfaite étrangère qui jouait dangereusement avec mes nerfs. »

Je lui adressais un sourire, volontairement narquois, à ce souvenir. Je l’avais sacrément agacé à ce moment-là aussi.

« Aujourd’hui, cependant, je suis ravi de vous connaître un peu mieux, de voir l’Impératrice Blanche sous une toute autre Lumière. Vous êtes terrible, mais ce n’est pas pour me déplaire », m’amusais-je.

Je marquais une courte pause, détournant brièvement les yeux avant de les ancrer définitivement dans les siens.

« Je comprends que je me suis trompé sur votre compte, et, pour cela, je m’en excuse profondément, soulignais-je tout en baissant le buste. J’ai douté de votre parole, de vos intentions et de votre bonne foi, et n’ai jamais eu l’occasion de me faire pardonner mon comportement passé. »

Je me redressais, réfléchissant quelques secondes.

« S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour vous venir en aide, n’hésitez pas à me le faire savoir. »

M’avançant jusqu’à la table, je jetais mon dévolu sur l’un des fruits qui étaient apparus, la lançant et la rattrapant successivement, pendant un temps, avant d’arracher un morceau de sa chair dans une bouchée.

« Hum… »

Une pensée vint alors s’insinuer dans mon esprit alors que j’observais la nuit s’étendre dans le ciel.

« Savez-vous comment vous allez retourner dans votre Temps? »


1 359 mots | Post VII


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Invité
Invité

avatar
Mer 20 Nov 2019, 16:06

L’Impératrice Blanche sourit en plaçant sa main dans la sienne. Elle se demandait ce qu’il lui arrivait. Elle ressentait une forme de paix intérieure lorsqu’elle le touchait. Elle avait envie de continuer, laisser glisser ses doigts sur son poignet et remonter son bras jusqu’à ses cheveux. Elle ferma un instant les yeux, sachant pertinemment que ce n’était pas le moment. Pourtant, ça n’avait rien à voir avec ce qu’elle avait pu déjà ressentir par le passé. Elle n’aurait su définir son état. C’était comme si quelque chose venait de s’installer entre eux mais que cette chose, qui la rapprochait de lui inéluctablement, n’était pas ce qu’elle voulait. Elle était heureuse qu’il lui avoue la respecter. Elle le respectait aussi mais ne pouvait s’empêcher de ressentir une forme de tristesse. Plus elle le regardait, plus la situation lui semblait injuste. « Oui, nous le pouvons. » susurra-t-elle.

La rousse se força à penser aux paroles qu’il avait prononcé. Sans doute pouvait-il l’aider, oui. Si elle réussissait l’Élévation, elle pourrait le choisir lui, pour la représenter parmi les Anges. Elle pourrait lui donner une armée. Elle pourrait lui conférer les armes dont il avait besoin pour mener à bien sa mission. Pourtant, le voudrait-elle ? Voudrait-elle réellement qu’il ploie de nouveau le genou devant elle, qu’il se place de lui-même dans une position d’infériorité et qu’il la considère comme une Divinité ? Non. Peut-être qu’elle lui fournirait toutes ces choses mais elle ne lui avouerait sans doute jamais sa nature. Elle devrait agir à visage dissimulé et, ça non plus, elle n’en avait pas envie. Elle voulait juste qu’il l’aime, qu’il se confie à elle et qu’il puisse lui faire confiance. Elle voulait le sentir en elle. Elle déglutit.

« Je savais que vous comprendriez. » dit-elle. Il aurait agi exactement de la même manière. Si, demain, il devait se sacrifier au profit des siens, il n’hésiterait pas une seule seconde. Si demain il devait fournir un héritier à une Démone pour libérer des Anges, alors il le ferait. Cette constatation lui faisait peur. Jusqu’où pourrait-il aller ? Sans doute n’avait-il aucune limite et c’était cela qui l’effrayait. Elle tenait à lui, elle ne voulait pas qu’il souffre plus qu’actuellement. Elle se fichait de son bien-être personnel. Elle avait déjà fait tant de choses qui l’avaient blessée ; elle pouvait se permettre de continuer. Mais lui, elle souhaitait qu’il soit heureux. S’il fallait qu’elle détruise les individus récalcitrants pour que la Paix et que la Conciliation adviennent et demeurent, alors elle le ferait. Une fois qu’elle aurait réussi, il ne risquerait plus rien et poserait enfin les armes.

Elle esquissa un sourire qui se termina en rire, lorsqu’il lui précisa qu’elle avait joué avec ses nerfs. Aussi, elle laissa de côté ses sombres pensées pour se focaliser sur lui et le moment présent. « Vous êtes terrible aussi, si cela peut vous rassurer. » Cet homme l’avait tellement agacée lors de leur première rencontre qu’elle aurait pu lui attribuer une médaille. Le Diable lui-même ne l’avait jamais fait sortir de ses gonds à ce point. La suite, cependant, la replongea dans une forme de malaise. Elle n’était pas habituée et ne voulait pas le voir se pencher vers elle ou, du moins, pas de cette façon. « Isiode… Arrêtez de vous excuser. » dit-elle, en faisant un effort considérable pour ne pas paraître trop ferme. « Vous étiez simplement prudent. Compte tenu de la situation, j’aurais été tout aussi méfiante que vous si j’avais été à votre place. » Elle laissa quelques secondes filer. « Je n’ai pas été très sage non plus ce jour-là, sans parler du traitement que j’ai réservé à votre présent. Je crois bien que je peux également vous présenter des excuses puisqu’au lieu de chercher à calmer la situation, je n’ai fait qu’alimenter les flammes de notre inimitié en vous poussant à bout volontairement. » Elle s’en rappelait très bien, de cet agacement qui l’avait fait lui débiter plusieurs idioties à la suite dans le seul objectif de lui faire prendre conscience de ses propres bêtises ; d’une manière bien trop brutale et infantile. Ce n’était certainement pas digne d’une Reine.

Son regard suivit la progression de l’homme. Elle réfléchit à son offre tout en répondant à sa question. « J’imagine que l’Æther qui m’a amenée ici choisira le moment opportun pour me ramener sur les Terres Glacées. Et… » Elle hésita, puisqu’ils n’en avaient pas reparlé depuis, mais finit par lui avouer. « Ces Démons aux ailes blanches que vous avez aperçus. Ce sont des Rasväar. Ils ne sont pas une menace, bien au contraire. Ils sont le fruit de la déchéance des Démons et une création de Väaramar, le Dieu de la Justice et de l’Équité. Ils sont aux Démons ce que les Déchus sont aux Anges, le fruit de l’échec à résister à la tentation mais dans l’autre sens. » Elle sourit. « C’est une bonne nouvelle j’imagine, le fait que les Anges ne soient plus les seuls à risquer la couleur de leurs ailes. »

Elle tendit la main et fit apparaître à l’intérieur une petite sacoche qu’elle laissa tomber au sol. Une tente apparut alors au beau milieu de la cuisine. « Vous savez, dans le futur, sans doute aurai-je quelques requêtes à vous soumettre. Cependant, puisqu’il s’agit de vous faire pardonner un comportement qui n’a rien à voir avec nos missions respectives, je demanderai un dédommagement plus personnel. Puisque je dois me faire pardonner aussi, vous pourrez exiger quelque chose de moi si vous le désirez, quelque chose qui n’a rien à voir avec la paix. » Elle se doutait que l’idée devait lui sembler au mieux étrange, au pire totalement inconcevable. « Nous sommes au beau milieu de la nuit et je… » Elle se pinça les lèvres. « Disons que pour les besoins de ma quête, j’ai été obligée de changer de race. En ce moment, je suis Magicienne, par la seule volonté de ce Dieu dont nous avons déjà parlé mais quand il me renverra sur les Terres Glacées, le sommeil me sera alors interdit. Nous n’avons jamais combattu ensemble par le passé mais nous pourrions dormir côte à côte, juste cette nuit, comme des frères d’arme. Vous pourriez même me raconter une histoire ou une anecdote sur vous. » Cela lui sembla légèrement étrange au moment où elle prononça sa demande. Elle essaya de l’expliciter. « Ce que je veux dire c’est que j’aimerais vous prouver ma confiance en m’endormant près de vous. J’aimerais que vous puissiez faire de même. Cela m’aiderait. » précisa-t-elle, juste avant d’entrer sous la toile. À l’intérieur de la tente, la température était chaude et la lumière tamisée. Par terre, des couvertures diverses et variées rendait l’endroit confortable. Les flammes des petites bougies colorées dansaient sur le tissu tendu. Il y avait un parfum de jasmin dans l’air, un parfum qui provenait d’une théière chaude posée sur une table basse. Rapidement, la rousse se changea, contrôlant le tissu de ses vêtements pour en créer un nouveau, plus opportun. Il y avait plusieurs couches au confort certain. Elle se glissa entre les draps d’une, appréciant leur douceur. Elle voulait qu’il vienne mais n’avait pas l’intention de bouger dans le cas contraire. Savoir qu’elle pourrait dormir une nuit de plus lui faisait plaisir. Ce dernier serait cependant d'autant plus grand si elle pouvait le contempler avant de fermer les yeux.

1234 mots

Revenir en haut Aller en bas
Isiode et Isley
~ Ange ~ Niveau III ~

~ Ange ~ Niveau III ~
◈ Parchemins usagés : 1068
◈ YinYanisé(e) le : 04/01/2016
◈ Activité : Soldats
Isiode et Isley
Dim 24 Nov 2019, 08:33

Lorsque la Reine prononça mon nom à l’instar d’un reproche que l’on aurait formulé devant une réponse que l’on ne désirait pas nécessairement écouter, je ne pus éviter un léger dodelinement de ma tête, penchant cette dernière sur le côté pour la dévisager.

« Même si la faute nous est partagée, je n’aurais pas dû réagir comme je l’ai fait, et encore moins vous traiter de la sorte », lui fis-je savoir en appuyant mes dires d’un signe léger de la tête, tout de même satisfait de savoir que la hache de guerre avait définitivement été enterrée à ce sujet.

Croquant dans le fruit que j’avais attrapé, j’acquiesçais vaguement aux propos concernant l’Æther n’ayant, finalement, jamais eu de réponses claires quant au pourquoi un Dieu se fatiguerait à jouer ainsi avec le Temps uniquement pour que l’Impératrice Blanche et moi-même se rencontrent. Peut-être était-ce notre Destinée, peut-être réfléchissais-je sur un propos qui m’était, pour l’instant, encore brumeux. Ou était-ce simplement moi qui réfléchissait trop. J’avais tendance à chercher une raison pour tout ce qui se tramait en ce monde, même les raisons les plus insolites qui puissent traverser l’esprit d’un Dieu. Toutefois, ma réflexion fut rapidement balayée par la suite de ses propos, alors qu’elle m’avouait connaître la véritable nature de ces Démons blancs – les Rasväar : sa réponse me laissa pantois, un froncement de sourcil encore plus prononcé témoignant de ma stupéfaction. Co-Comment? Des Démons déchus?

« Vous… Comment est-ce possible? » Murmurais-je pour moi-même alors que la Reine jetait au sol un petit sac.

Je fis à peine attention à la tente qui se déploya au beau milieu de la cuisine. Elle avait beau être particulièrement imposante, tout ce que mon esprit était en mesure de considérer sur l’instant était cette nouvelle révélation que l’Ultimage venait de me partager. Était-ce une bonne nouvelle? Je n’en avais aucune idée, la situation me paraissant tout aussi utopique que si l’on m’aurait dit qu’un Démon puisse véritablement aimer. Cela ne se pouvait tout simplement pas. Elle… Je ne mettais pas en doute ses propos, sachant au plus profond de moi que l’Impératrice Blanche n’avait pas menti, je l’avais compris à son regard, à son intonation, mais malgré tout… Cette vérité, à mes yeux, était plus du domaine de l’imaginaire que de la réalité. Un Démon qui tournait le dos aux Péchés, qui tournait le dos à la facilité : quel pouvoir possédait ce Väaramar pour façonner une telle chose?

« Puisque je dois me faire pardonner… » Entendis-je confusément non loin de mon oreille.

Doucement, je pris conscience que la Reine me parlait de nouveau. Battant plusieurs fois des paupières, retombant sur l’instant présent, je me forçais à écouter les propos de la Magicienne, sans pour autant mettre de côté mes interrogations sur ces Rasväar. Pourtant, plus je l’écoutais et plus ma tête se penchait sur le côté, troublé. Les lueurs qui brillaient au fond de mes yeux illustraient, par ailleurs, à la perfection ma confusion.

« P-Pouvez-vous répéter? » Dis-je tout simplement en la dévisageant, alors que la Mage reprenait rapidement son explication en éclaircissant plus ou moins bien son idée.

Longuement, je la fixais, sans comprendre, observant la toile de la tente derrière laquelle la jeune femme s’était recueillie. En quoi dormir côte à côte était une preuve de confiance pouvant substituer la fièvre d’un combat? Était-ce une manière de faire purement magicienne dont je n’avais pas la connaissance? Ou ne comprenais-je tout simplement pas où elle voulait en venir? Dans tous les cas, à mes yeux, sa demande était étrange, étrange et inattendue. Et moi qui m’était préparé à recevoir une requête un peu plus officielle, sérieuse, j’étais quelque peu désemparé par l’enchaînement des événements. Pourtant, après un moment, je finis par soupirer.

« Bien, laissais-je tomber en repoussant légèrement l'entrée du dos de la main. Si cela peut vous aidez d’une quelconque manière, je le ferais. Je vous ai donné ma parole, après tout. »

Longeant prudemment le côté de la tente et ciblant assez rapidement les draps sous lesquels la Reine s’était emmitouflée, je traçais mon chemin jusqu’à sa couche d’infortune, jetant mon dévolu sur un tas de couvertures qui traînait non loin de sa position. D’un mouvement, je m’asseyais sur les tissus tout en tendant l’une de mes jambes devant moi, relevant la seconde pour pouvoir appuyer mes bras contre mon genou. Étrangement, malgré ma nuit mouvementée, envahie par des cauchemars aussi sanglants qu’angoissants, le sommeil ne semblait plus avoir d’emprise sur mon état. Certainement dû à notre dernier échange magique et martial, je ne me sentais pas la force de m'endormir, du moins, pas dans l’immédiat. C’est pourquoi, tout en portant mon regard sur le visage de la Souveraine à mes côtés, je me permis de la gratifier d’un vague sourire, lui faisait clairement signe de ne pas se préoccuper de moi.

« Dormez à votre aise, vous en avez certainement plus besoin : je ferais de même lorsque le sommeil me cueillera », lui assurais-je posément afin de lui confirmer que je tiendrais parole.

Je reportais mon regard sur le décor de la tente, examinant les lieux, appréciant mentalement l’ambiance environnante. La température intérieure était douce et chaleureuse et ce, malgré le frisquet de la nuit qui envahissait l’Océan, et qui trouvait quelques fois chemin jusqu’à l’intérieur de la tente, sans pour autant en descendre les degrés. Partout où mes yeux se posaient, j’étais en mesure d’observer les plaids qui jonchaient le sol, les couvertures et les oreillers de couleurs aussi sobres que variées garnir les quatre coins de l’imposante tente : ma foi, cette dernière était sûrement en mesure d’accueillir plus de cinq personnes en son sein. Comme source lumineuse, des bougies brûlaient doucement sur le dessus des meubles, renvoyant nos ombres et celles dessinées par les caresses du vent sur la toile. Serein, je fermais brièvement mes paupières, laissant mon corps s’emplir de la chaleur, des odeurs et du bien-être qui m’entouraient et vibraient délicatement au cœur du campement en toile.

« Je ne suis pas particulièrement doué pour conter des histoires, en vérité… Et encore moins pour parler de moi… »

Spontanément, certes, je lui avais raconté la mort de ma mère, mais cela s’expliquait simplement sur le fait que je voulais lui faire comprendre certaines choses. Nous ne pouvions nous sentir coupables de décisions, d'actions, et d'événements que nous ne contrôlions pas : ce qui est fait est fait. Peu importe la finalité, peu importe les conséquences engendrées, les pertes causées et les larmes versées, parce que nous ne pouvions effacer le Passé et le recommencer. Du moins… pas en tant que Mortel, même si je ne m’imaginais guère les Dieux jouer avec l’histoire et le Temps aussi impunément – même si, pour une raison étrangère, un Æther avait cru bon de transporter la Reine Nilsson d’un temps à un autre pour une raison qui m’échappait encore maintenant. Je pris une grande respiration, le parfum de jasmin venant chatouiller mon odorat avant d’ouvrir de nouveau les yeux et de les poser sur la Reine.

« Posez-moi des questions, si vous le désirez. Je serais peut-être plus à même de satisfaire votre curiosité de la sorte, en réalité, lui confiais-je en me massant discrètement la nuque. Tout cela me prend un peu au dépourvue, alors… Je ne sais pas réellement par où commencer. »

Je soupirais, déposant ma tête dans le creux de mes bras.

« Par quoi voulez-vous commencer? Mes plats préférés? Quelles histoires nos parents nous contaient lorsque nous étions petits, mon frère et moi? Comment j'ai intégré l'armée? »

J'émis un ricanement, preuve que je plaisantais : je m'attendais à des questions un peu plus sérieuses venant de sa part, et loin de la frivolité des dernières que je venais de lui soumettre.

« Que voulez-vous savoir? »


1 314 mots | Post VIII


It's a little price to pay for salvation
Thème I | Thème II | Thème III | Thème IV | Thème V

[Q] - Lumière dispersée | Edwina Signat20
Merci Mancy et Shanxi pour les cadeaux ♪:
Revenir en haut Aller en bas
http://lesterresdesympan.forumactif.com/t34283-isiode-isley-entr
Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas
 

[Q] - Lumière dispersée | Edwina

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

 Sujets similaires

-
» Dix ans après [Edwina]
» Guerre ouverte [PV Edwina Nilsson]
» [Q] - Le vrai du faux | Edwina et Ren
» [Q] - Un pas vers l’avant | Edwina
» Des retrouvailles attendues [Iro PV Edwina]
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Terres de Sympan :: Zone RP - Mers :: Mers - Ouest-