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 Sombre dans les profondeurs, et renais de tes ténèbres [Couronne]

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Lun 26 Sep 2016, 23:27

Et si ?...

Combien de fois m’étais-je posé cette fichue question, pour tout et n’importe quoi ?...
Et si ce vampire ne m’avait pas trouvé, dans ce bois ravagé par l’orage, où serais-je aujourd’hui ?
Et si je ne m’étais pas suicidé, que serais-je en train de faire de ma vie ? Héros ou simple inconnu ? Marié ou ermite, entouré d’enfants ou ne laissant aucun héritage derrière moi ?

J’avais l’éternité devant moi pour ressasser ces hypothèses qui ne se réaliseraient jamais, ces douces chimères juste destinées à me tourmenter un peu plus, à me faire espérer des choses hors de ma portée. Depuis que j’étais Passeur, ce fardeau s’était apaisé, un peu plus encore depuis que nous avions prêté allégeance au Dieu Unique, pour le meilleur ou pour le pire. Comme si mettre fin à ses jours n’était pas suffisant comme souffrance, être une Ombre faisait de notre non-vie un éternel recommencement de doutes, de peurs, de tourments, faisait de notre quotidien un combat incessant pour ne pas se laisser emporter par ces mains de ténèbres qui nous tiraient vers le bas, vers l’insondable.

Toutes ces questions revêtaient une importance réelle, des moments charnières de mon existence qui auraient pu faire basculer mon destin, pourtant ce n’était pas celle qui hantait mes pensées depuis un certain temps. Non, l’événement était de base bien plus anodin, plus intimiste, plus banal pour quiconque aurait pu être spectateur de cette scène, mais qui à mes yeux avait remis tant de choses en perspective :

Et si je n’étais pas allé à Basphel, en cette soirée féerique pour y faire la rencontre la plus improbable qui soit, qui serai-je alors ?

Lhyæræ : Tout se résumait en ce seul mot aux consonances d’un autre univers, un monde où je n’avais pas ma place. Rien, absolument rien ne nous prédestinait à nous rencontrer, que ce soit le lieu ou le moment. En quoi Basphel serait le théâtre d’une entrevue nocturne, éclairée par des lucioles magiques entre une Ondine et une Ombre ? Pire, ce qui avait été annoncé comme une union sous couvert d’un esprit ludique et léger, n’avait pas du tout eu cet effet sur moi et j’en étais certain sur elle également. Ce lien avait réuni tous nos contraires, toutes nos différences pour se forger, devenir entêtant, inaltérable, indestructible, absolu.

A charge pour nous de nourrir ce lien, ne pas le laisser se dépérir, mourir comme l’être que j’étais depuis presque deux années désormais. Nos rencontres restaient éparses, la tranquillité nous fuyait comme la peste, laissant le sang et la mort suivre nos difficiles tentatives d’apprendre à connaître l’autre. Devais-je espérer, y croire ? Devais-je au contraire me faire à l’idée que cette mascarade était voué à l’échec, qu’il fallait que je retrouve mes esprits et comprenne enfin que je n’étais que le pion sacrifiable d’un jeu dont j’ignorais les règles ?

Je devrais oui. Assurément. Mais j’étais têtu, borné, curieux, insoumis. Je voulais savoir, je voulais aller au bout des choses, admettre par moi-même que cette entreprise était vaine au lieu de me contenter d’abandonner en chemin. Qui sait, peut-être y trouverais-je en bout de course une agréable surprise ? Les chances étaient minces, infimes, mais j’avais tant perdu déjà, que je préfère vivre avec des remords qu’avec des regrets. Je voulais me battre pour elle, pour nous, en espérant qu’elle fasse de même. Il s’agissait d’un combat où chacun avait la moitié des armes pour réussir. Sans symbiose, sans complicité, sans volonté de se lier, le combat était perdu d’avance. Je devais lui faire confiance tout en cherchant un moyen de me rapprocher un peu plus d’elle.

Et si …. J’étais un Ondin ?

Je me tapais le front de la paume de ma main, riant intérieurement de ma propre stupidité à vouloir être ce que je ne pouvais être. Pourtant tout serait plus simple, je parlerai son langage et elle me comprendrait sans toutes les interprétations possibles d’une langue étrangère. Je pourrai naviguer dans les profondeurs insondables de l’Océan sans que les siens ne la jugent ou ne la persécutent de frayer avec un bipède terrestre. Au plus je délirais, au plus j’étais convaincu que cette idée était la meilleure qui était pour elle et moi. Comme un clin d’œil à notre destinée, j’étais persuadé que je pourrai en apprendre plus sur les Ondins à l’endroit même où nous nous étions rencontrés.
Je me téléportais aussitôt, direction Basphel.
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Mer 28 Sep 2016, 11:19

Moi qui pensais que la logique terre à terre, posée était l'une de mes qualités première, je n'en étais plus du tout certain alors que je foulais les pavés menant à la bibliothèque de Basphel. A l'image des étudiants ici, j'agissais comme un enfant à qui l'on avait promis la sacro-sainte sucrerie. Maintenant que je savais décemment lire, ma curiosité à parcourir les écrits anciens n'en était que renforcée, tentant de rattraper toute une vie de décrépitude intellectuelle. Allais-je trouver cependant un écrit m'expliquant avec quelle facilité il était possible de devenir Ondin, à part via une intervention divine, il ne fallait pas rêver. Pourtant, je m'y accrochais à ce rêve, même par ce truchement magique, je voulais me rapprocher un peu plus d'elle.

....

Cela faisait des semaines et des semaines que j'engloutissais tous les livres liés aux métamorphoses, mais en tant qu'étudiant, même âgé, l'accès aux ouvrages magiques étaient très limités, pour éviter tout abus ou accident. Quand bien même, les transformations ne duraient que quelques minutes, changeant l'apparence du lanceur de sort, ce que je savais déjà faire. Je cherchais un changement plus absolu, plus concret et qui ne dure pas qu'un court instant. Ce que je cherchais ne pouvait se trouver parmi des ouvrages estudiantins. Je pris alors le parti de me mouvoir dans les ombres, éthéré et indétectable pour fouiller dans les recueils interdits aux élèves. La téléportation m'était très utile, et vu le peu de fréquentations de ces pans d'étagères, je pouvais étudier tranquillement à Umbrae et prendre des notes, collecter des informations, recouper des éléments qui me semblaient cohérents entre eux. Malgré ce travail de fourmi, rien, absolument rien de palpable, l'once d'une esquisse de soupçon de magie qui répondrait à mes attentes. J'avais éliminé de l'équation les sorts basés sur l'illusion, ce qui réduisait drastiquement, pour ne pas dire complètement.

Alors que j'empilais les uns sur les autres les derniers bouquins empruntés, je me levais et me mis à réfléchir. Peut-être que j'attaquais le problème du mauvais bout, avant de vouloir être un Ondin, il fallait que je réfléchisse comme un Ondin. Cette race était raciste de tout ce qui était terrestre, pourquoi avais-je été si stupide de croire qu'un livre au beau milieu des nuages m'expliquerait le procédé pour devenir l'un des membres d'une race qui exécrait ce que nous étions. Pestant face à mon imbécillité, ce n'était pas de livre de magie qu'il me fallait, mais d'ouvrages traitant de l'Histoire, des mœurs, des coutumes des Ondins. Alors peut-être cette approche me permettrait d'amorcer un chemin qui me mènerait vers mon but final.

De nombreuses semaines passèrent encore, sans que ma détermination ne soit entachée pour autant. Quand je ne fauchais pas les âmes et réinstaurais l'équilibre en insufflant la vie dans le ventre des femmes, tout mon temps libre était consacré à ces recherches. J'avais l'éternité devant moi, peu m'importait que j'y passe plusieurs mois, même en vain. Une fois encore, entre vivre de remords et de regrets, les regrets avaient ma préférence : j'aurai au moins la simple satisfaction d'avoir tout essayé. Cela dit, n'étais-je pas en train de me mentir à moi-même, pour ne pas céder devant l'énormité de la tâche ? Plusieurs fois j'étais tenté d'en parler à Lhyaerae, qui mieux qu'une Ondine pour parler des Ondins ?! Mais comment réagirait-elle ?... Ne me prendrait-elle pas pour un fou, un présomptueux à vouloir devenir ce que je n'étais pas ? Je n'étais pas sure qu'elle comprendrait, qu'elle me comprendrait, aussi à regret je devais avancer seul. Je ne connaissais aucun autre Ondin un tant soit peu digne de confiance pour rétrécir le champ de mes recherches : les livres allaient rester mes seuls compagnons de voyage.

Ce matin là, semblable pourtant à n'importe quel autre matin, la chance, ou la persévérance, paya enfin son dû. L'indice était mince, mais je tombais sur un ouvrage poussiéreux qui fit d'étranges révélations. Ce livre racontait les tribulations d'un réprouvé qui avait parcouru le monde en quête de sens à sa vie, trouver la raison de sa présence sur ces terres et d'une probable rédemption par une connaissance poussée du monde qui l'entourait. Il prônait que pour se connaître, il fallait connaître son prochain, et à de rares exceptions, il s'était immergé dans chacune des cultures raciales, ne se contentant pas des préjugés et on-dit, mais creusant encore et encore les mystères, les légendes entourant ces peuplades pour mieux en comprendre leur fonctionnement, leur état d'esprit. Les agissements d'aujourd'hui provenaient bien souvent des épreuves du passé.

Sans perdre de temps, je feuilletais les pages traitant des Ondins, et je fis enfin la découverte de la première marche de l'escalier escarpé que j'allais devoir arpenter pour parvenir à mes fins.

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Sam 01 Oct 2016, 03:27

Je remerciais intérieurement le Réprouvé d'avoir écrit cet ouvrage en langage commun, et non en Zul'dov. Comme il l'avait expliqué dans sa préface, il voulait ce livre le plus accessible possible, afin que chacun puisse mener sa propre réflexion spirituelle. Loin d'en être à ce stade là, je relisais encore et encore le passage qui avait attiré mon attention. Je savais qu'il y avait quelque chose qui me serait utile, restait à savoir quoi ....

Alors que je continuais mes errances, laissant le vent et l'eau guider mes pas,
Je fis une étrange rencontre, où le hasard lève le voile sur l'absolue certitude que tout cela était écrit. Nym hae Stern, voilà comment il se faisait appeler.
Une étrange silhouette fit son apparition devant moi, devin ou affabulateur, difficile pour moi de le savoir vraiment.
Ses yeux transperçaient les âmes, bien que le néant les habitaient. Il traça alors dans l'air humide un symbole, que je pourrai décrire comme un cercle surmonté de trois piques, tel un trident impétueux surplombant le monde.
Dans une ambiance sombre et moite comme les tréfonds des abysses, cet inconnu inspirait à la fois bienveillance et peur, une énigme vivante, l'odeur iodée transpirant de lui telle la houle au milieu d'une tempête.
Par un échange cordial, nous en vînmes à parler autant de l'avenir incertain que des vestiges du passé, de ma soif d'immersion et ma vaine quête de la connaissance absolue. Il riait sans moquerie, il souriait tout en me jugeant.
Telle une graine dans un terreau trop fertile, je me disperse, part dans tous les sens pour devenir ce que je ne suis pas. Il m'avait indiqué la route vers une contrée que je ne connaissais pas, l'île qui n'en était pas une, facette brumeuse de la dame menaçante, mais je crains qu'il ne se soit moqué de moi. J'ai été abusé par une curiosité tenace, pourtant je sentais approcher d'un but que je n'avais même pas cerné.
La Couronne serait-elle une chimère ?


Je faisais tapoter la pointe de ma plume sur le bois de la table, m'imprégnant de ce texte jusqu'à le connaître par cœur. Il y avait tout un côté descriptif assez inutile, après tout il s'agissait d'un journal, recueil posé sur des pensées instantanées de son auteur. Je notais sur un vélin vierge les mots clés de ce passage :
- Inconnu énigmatique, au nom tout aussi étrange.
- Fausse île, facette brumeuse de la dame menaçante
- Couronne / Trident

Aucun indice n'était apporté à cet inconnu dans tout le chapitre relatif aux Ondins. A le lire, je supposais qu'il devait s'agir d'un Ondin probablement mort à l'heure qu'il est, en tout cas que je ne risquais pas de rencontrer par le même fruit du hasard que le Réprouvé. En attendant d'en savoir plus, je devais me focaliser sur l'endroit où l'auteur avait été dirigé et l'objet qu'il avait à trouver. Pour ce dernier point, soit il s'agissait d'un objet de pouvoir, soit d'une arme. Quant à l'endroit, une île qui n'en était pas une, facette brumeuse de la dame menaçante ne m'inspirait rien du tout. J'avais quelques lacunes, aussi décidais-je de recopier le passage, pour remettre discrètement le livre là où je l'avais trouvé. J'allais avoir besoin d'aide, et Basphel était l'endroit idéal pour qu'une curiosité géographique ou historique passe plus inaperçu. Lhyæræ y était professeur, mais ne sachant toujours pas comment elle réagirait, il me fallait trouver un autre professeur, plus "neutre", désintéressé et que je connaissais depuis plus longtemps.

Je me dirigeais vers le bureau du professeur de géographie et du savoir ancien de l'Université, frappant à la porte sans avoir de retour me permettant d'entrer. Visiblement il n'était pas présent, et je dus patienter le lendemain pour obtenir une entrevue avec lui. Quand je lui tendis le bout de papier reproduisant le passage, il fronça les sourcils, me demandant où j'avais pu obtenir cela.

- Hé bien, avant que je ne vienne à Basphel, j'ai toujours été intéressé par les chasses au trésor mentis-je, et j'aime les résoudre généralement seul. Sauf que je sèche sur ce papier qu'on m'a donné un peu comme un défi, et je me disais que vous pourriez me donner un coup de main sur l'endroit dont ce papier faisait référence.

Le professeur le lut une nouvelle fois, non pas pour se rappeler ce qu'il venait de lire un instant, mais pour se donner le temps de réfléchir à mes motivations et le fait de me communiquer le lieu en question. Il finit par me rendre le papier, soupirant légèrement avant de me donner sa réponse.

- Il s'agit juste d'une métaphore sur le nom réel de cet endroit : Le Spectre de la Dame, qui fut autrefois une presqu'île qui s'est séparée du Continent Naturel pour rejoindre deux autres îles tout aussi mystérieuses. Peut-être la connais-tu sous le nom de Pabamiel.
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Sam 15 Oct 2016, 17:23

Je fis mine de réfléchir, alors que je connaissais très bien cet endroit. Il y a peu encore, le sang avait coulé en masse sous couvert d'une autre fausse fête. La guerre divine faisait des horreurs pour n'importe quel prétexte.

- Je vous remercie Professeur, je vais faire quelques recherches sur cet endroit, après avoir fait mes devoirs. Je ne vous dérange pas plus longtemps, encore merci.

J'inclinais la tête, avant de retourner une fois un couloir emprunté me soustrayant à sa vue dans ma demeure à Umbrae. Les devoirs attendront. Je ne savais pas du tout où tout cela allait me mener, mais j'avais au moins un commencement de piste : J'avais réduit fortement le lieu de mes recherches.

Pour autant, même en me focalisant sur cette île, si tant est que ce que je recherchais s'y trouve - sans compter que je préférais ne pas songer à l'idée de ne pas savoir à quoi ressemblait ce que je cherchais ... - je pourrais y passer des années, des décennies sans même savoir où chercher. En y songeant à présent, déjà plusieurs mois s'étaient écoulés depuis que cette idée folle avait traversé mon esprit tout aussi déluré. Le temps pouvait passer à une vitesse folle même pour une créature pour qui cette notion n'avait aucune emprise.

Perdu dans mes pensées, je n'entendis pas de suite le professeur qui m'appelait derrière moi. Me retournant l'air surpris, je le laissais s'approcher de moi et prendre la parole.

- Je me demandais si tu étais au courant de la signification de la particule "Hae" dans le nom de l'extrait que tu m'as montré.

Je secouais négativement la tête, pensant plutôt revenir à Umbrae pour faire une recherche concrète dans le Registre des Morts et qui sait localiser son Esprit. Souriant légèrement à ma réponse, visiblement content d'avoir vu juste.

- Sache juste qu'il s'agit d'une particule accordé aux non-Ondins ayant accompli de grandes choses pour la Cité Engloutie, la Cité des Ondins si tu préfères. Ce titre n'est pas accordé à la légère, les Ondins ne portant pas dans leurs cœurs les Gælyan, les gens de la terre.

- Merci professeur, je suis sûr que tout cela me sera utile et m'aura fait gagner un temps précieux. Je ne vous dérange pas plus longtemps. Je saluais une dernière fois de la tête avant de m'éloigner d'un pas hâtif. Je savais donc que ce Nym Stern n'était pas Ondin. En y réfléchissant, ça ne voulait pas pour autant dire qu'il était mort.

Une fois à l'abri des regards, je revenais à Umbrae pour chercher si cette personne était encore vivante ou pas, et appris non sans soulagement qu'elle était toujours en vie ! Je ne pouvais pas en cet instant me plaindre d'être une Ombre. Nous avions ce pouvoir de trouver quiconque sur ces terres dès lors que nous devions être amenés à les tuer tôt ou tard. Les indices concordaient car tout laissait croire que cet individu séjournait à Pabamiel. Il n'en restait pas moins que je ne voyais pas comment l'aborder sans trahir mes réelles intentions. Allait-il se laisser approcher, il pouvait comme moi disposer du pouvoir de téléportation, même s'il finirait bien par se lasser avant moi de m'éviter systématiquement.

Me concentrant sur la ville que j'avais quittée quelques mois auparavant, j'atterris presque au même endroit où j'avais décidé de me retirer de ce massacre gratuit. La seule différence était que le "calme" était revenu et le sang lavé depuis. Mes facultés d'Ombre aidant, je traversais la ville léchant les plaies que la folie lui avait infligées, pensant que mes pas allaient m'amener vers un coin reculé et isolé, à l'image du côté mystérieux qui semblait entourer cet individu. Au lieu de cela, renseignements pris auprès d'un autochtone, la direction que je prenais me menait vers Jelemiel, un quartier à la bonne réputation dont le fleuve longeait les diverses habitations. S'y trouvait une auberge à la devanture richement décorée, de bon goût et à n'en point douter pas accessible au premier pauvre venu. Je modifiais en conséquence ma tenue pour qu'elle passe mieux dans le décor urbain ambiant. Je la rendais plus apprêtée et mieux taillée, me cintrant la taille et dont la qualité du tissu ne serait pas remise en question.

L'intérieur correspondait parfaitement à ce que l'extérieur supposait : propreté, ambiance tamisée et silencieuse, des murmures d'habitués plus que des braillements d'ivrognes de passage. Les servantes étaient habillées de longues robes blanches, ceinturées à la taille, portant les boissons sur des plateaux argentées. Mon arrivée fut surprise par quelques regards étonnés des "permanents" des lieux, mais aucun commentaire ne fut prononcé. Balayant la salle du regard, je reconnus l'âme de celui que je recherchais, et m'en approchais. Ce dernier ne leva même pas la tête alors que je me dressais juste à côté de sa tablée.

- Êtes-vous Nym Stern ?

L'homme, à la peau parcheminée leva alors son visage dans ma direction, et ses yeux vitreux me firent mieux comprendre alors ce que le Réprouvé voulait dire dans sa description : il était aveugle.

- Aucunement mon brave Monsieur, je me nomme Framen, les gens ici présents pourront vous l'attester si ma parole ne vous suffit guère. Il reprit d'une voix plus basse, à peine plus fort qu'un murmure. Pour autant, le nom que vous venez de prononcer ne m'est pas inconnu. Je crois savoir qu'un individu qui s'appelle Nym Stern traîne souvent du côté de Nobu, quand la nuit peine à résister à sa Némésis solaire. Peut-être aurez-vous plus de chance là bas ?

Je savais qui il était, et il savait que je savais, pourtant il ne semblait nullement ébranlé et je compris vite qu'il me donnait rendez-vous dans un endroit où les murs auraient moins d'oreilles indiscrètes. Demain matin, soit, je serai à Nobu. Sans un mot, je quittais tant l'aveugle que l'auberge qui le cachait.
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Mer 26 Oct 2016, 17:14

Je profitais du reste de la journée pour aller visiter sous couvert des ombres pour visiter le quartier de Nobu.
A chaque fois que je mentionnais ce quartier aux habitants que je croisais, quel que soit le quartier où je me trouvais, je trouvais dans chacun des regards de mes interlocuteurs méfiance ou incompréhension. On me recommandait d’éviter comme la pire des maladies contagieuses ce quartier où la lie et le chaos régnaient en maître.

La nuit couvrait de ses ténèbres les ruelles étroites du quartier, et l’ambiance était totalement différente de Jelemiel. Ici point d’auberges luxueuses, de bourgeois richement vêtus ou de mets succulents rien qu’à l’odeur. Non, tout était dans sa plus simple et nue vérité, pour le meilleur et surtout pour le pire. Je ne cherchais pas spécialement Nym Stern, ou plutôt Framen comme il se plaisait à s’appeler ici, mais je remarquais déjà qu’il allait falloir me la jouer fine si je voulais éviter les ennuis. De prime abord, rien ne semblait particulièrement anormal dans ce quartier, mais tout semblait régenté, distribué, organisé telle une toile d’araignée dont la tête pensante se gardait bien d’apparaître avant que sa proie n’apparaisse.

En y songeant à présent, Nym Stern ne lui avait pas donné rendez-vous et j’avais été trop pressé de quitter l’auberge pour le lui demander. M’aurait-il seulement répondu ? S’il estimait que je l’avais retrouvé sans le moindre indice, il devait tester mon habileté à le retrouver une seconde fois dans un quartier entier. Peut-être allait-il profiter de ce laps de temps pour s’enfuir de la ville, mais il ignorait que c’était peine perdue avec une Ombre le traquant. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’il tienne sa parole.

Comme à chaque fois, la nuit peina et abdiqua face à l’astre lumineux qui pointait à l’horizon. Elle aurait sa revanche plus tard, dans ce jeu interminable où les deux faces d’une pièce n’arrivaient jamais à se départager. La poussière restait suspendue telle une brume pesante, et j’arpentais les ruelles dans un habit des plus simples, ne voulant surtout pas attirer l’attention. Quand je balayais mon environnement de ma vue d’Ombre, je fus rassuré de voir que Nym Stern se trouvait bien dans le quartier : nous évitions ainsi tous deux de perdre du temps. Cette quête s’étalait déjà sur plusieurs mois déjà et même si je n’étais plus à un jour ou deux près, je voulais savoir si cette piste était viable ou pas. J’en avais déjà exploré tellement qu’un coup du destin positif m’aiderait grandement !

Il était face à moi, tel un mendiant au fond d’une ruelle peu avenante. Autour de moi, deux personnes se tenaient en hauteur, sur les toits, probablement à observer, ou espionner la discussion qui allait se tenir entre nous. Je fis mine de ne rien savoir, et m’approchait suffisamment de l’aveugle qui leva la tête alors que j’étais à quelques pas de lui.

- Oh, vous n’avez pas trouvé l’homme que vous cherchiez ?
- Il semblerait que non, à moins que ce soit peut-être le cas, bref je vais devoir me contenter de vous je le crains,répondis-je en jouant dans son jeu.
- Vous m’en voyez navré messire, même si je reste étonné de rencontrer une personne doté d’un sens de l’orientation si développé. Quel est votre secret ?
- Je connais un peu cette ville et ses quartiers, Nobu inclus., rétorquais-je laconiquement.
- J’en doute messire, mais passons. Que voulez-vous à Nym Stern, pour que je puisse lui passer votre message la prochaine fois que je le vois.
- Je cherche Nym hae Stern car j'ai besoin d'une chose dont il est susceptible d’avoir des informations.

A l’évocation de cette particule hae, les sourcils du vieillard froncèrent avant de reprendre un visage totalement imperturbable et neutre.

- Quelle est cette chose ?
- Je préférerai en parler directement avec lui. A moins que les faux semblants s’évanouissent et que nous pouvons parler librement.
Le silence nous entoura de son aura pesante, avant que l’aveugle ne fasse un signe dans les airs, ne représentant rien à première vue, mais je pus voir les âmes des deux sentinelles s’éloigner de leur point d’observation.

- Maintenant que les mouches se sont envolées, je vous écoute étranger. Qu’attendez-vous de moi ?
- Je cherche un moyen d’obtenir un artefact me permettant de devenir un Ondin de manière durable, sans que cela ne soit pour autant irréversible.

L’aveugle se mit à rire, avant d’être pris dans une violente quinte de toux.

- Rien que cela, ai-je une tête à être un Ondin ? Vous devriez peut-être chercher du côté de la race en question non, qu’ennuyer le pauvre aveugle que je suis vous ne trouvez pas ?

Je croisais les bras contre mon torse, avant de les lever légèrement, tout inutile ce geste fut-il face à un non-voyant.

- Si vous avez la particule hae, c’est que vous avez aux yeux de ce peuple rendu des services tels qu’ils vous ont témoigné un certain respect malgré le fait que vous soyez un Gælyan. Je ne fais donc pas si mauvaise route que cela je pense.
- Et, aussi improbable soit vos déductions basées sur une seule particule de trois lettres, je détenais cet objet, pourquoi voudrais m’en débarrasser, ou simplement vous le confier ?

Je sus qu’il me testait, qu’il me tendait un piège. J’aurai pu le menacer de le tuer, mais quand on avait reçu les honneurs des Ondins, ce genre de menaces ne devait pas vraiment fonctionner en connaissant la cruauté des vampires des mers. Lui dire la vérité était-il envisageable ? Je n’avais pas trop de temps de réfléchir à une démonstration improvisée de toute part et convaincante en même temps.

- Mes objectifs sont multiples : Tuer l’un d’eux, et aimer l’une d’elle.
- Hé bien hé bien …. Si tuer un Ondin est plus que compréhensible, en venir à aimer une Sirène est l'idée la plus folle que j’ai entendue depuis longtemps.
- Si je n’étais pas fou, serais-je face à vous à discuter dans une ruelle crasseuse d’un moyen inconnu de tous pour me transformer en l’un d’eux ?
- Hmmm, vous marquez un point effectivement et le pire dans tout cela, c’est que je pense que vous dites la vérité. En tout cas, je ne sens pas le mensonge dans vos paroles, ce qui fait de vous le parfait fou que je viens de décrire. Hmmm…. Soit, seul un fou peut s’embarquer là-dedans, alors je vais vous conduire jusqu’à votre mort.

Tu avais beau être un aveugle clairvoyant me dis-je à cet instant, tu ne savais pas totalement à qui tu avais affaire. Si c’était la mort que je devais craindre le plus, j’étais le candidat idéal pour réussir là où n’importe qui d’autre échouerait.
Je n’avais pas encore conscience à ce moment à quel point je pouvais avoir tort ….

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Sam 29 Oct 2016, 17:12

Je suivais Nym Stern qui marchait d'un pas lent, jouant de son bâton devant lui pour anticiper tout obstacle, rythmant notre progression de petits poc sur la pierre luisante de saleté des ruelles que nous arpentions. Après plusieurs longues minutes, nous quittions le quartier de Nobu et face au silence de mon guide, je finis par prendre la parole : Autant profiter du trajet pour en savoir plus.

-  Où m'emmenez-vous ainsi ?
-  Vous le verrez le moment venu non ?
-  Vous comprendrez que me faire guider par un aveugle vers une destination qu'il refuse de me préciser ressemble plus à un piège qu'autre chose.
-  Comme vous comprendrez que je n'avais jamais demandé à ce que vous veniez à ma rencontre et que vous êtes libre de vos mouvements pour partir si cela vous chante. D'ici là, tant que vous me suivez, vous suivez aussi mes règles.

Je fis claquer silencieusement ma langue dans la bouche, ravalant une phrase bien sentie vu que je ne tirerai rien de plus que ce qu'il voudrait bien me révéler. Toujours est-il que nous marchions, encore et encore, sous couvert de l'astre solaire qui s'élevait inexorablement. Peut-être escomptait-il à prendre de nombreux détours histoire de me perdre, mais c'était peine perdue. Je compris cependant que nous allions quitter la ville en elle-même, alors que la lourde porte centrale s'offrait à notre vue.

-  Oh, la balade nous fait changer d'air ?

-  N'est ce pas ? rétorqua Nym Stern. Je vous rassure, nous n'aurons pas à franchir tout le continent. Si nous ne faisons aucune rencontre gênante, nous y serons pour le zénith.
-  Me voilà rassuré effectivement. finis-je par répondre, roulant des yeux vers le ciel. Comment savez-vous d'ailleurs quand le soleil est au plus haut, si vous n'y voyez rien ?... fis-je remarquer.

L'aveugle sourit, de ce genre de rictus énigmatique qui voulait tout et rien dire à la fois. C'est une bonne chose de poser beaucoup de questions, la curiosité est l'un des moteurs qui fait avancer les audacieux. Poser les bonnes questions est l'étape suivante pour rendre cette même curiosité efficace. fit-il comme seule réponse, ne m'avançant en rien comme depuis notre départ.

Nous surplombâmes une plaine, dévoilant un panorama à couper le souffle tout autour de nous. Mon guide lui-même semblait en admirer la vue bien qu'en étant dénué. J'en venais même à me demander s'il était réellement aveugle.
Je n'eus pas le temps de m'appesantir sur la question qu'il prit la parole.

- C'est ici que je m'arrête, le reste dépendra de vous. En continuant le soleil dans le dos, vous parviendrez à l'une des trois étendues d'eau appelés les Trois Lacs. Trouvez-y leurs trois secrets, et revenez me voir une fois découverts. Vous saurez me retrouver n'est ce pas ?
- Quel genre de secret suis-je censé trouver ?
- Si je vous disais de quoi il s'agissait, serait-ce encore un secret ? Quand vous serez face à lui, vous saurez. Du moins je l'espère pour vous. Au revoir.

J'ouvris la bouche sans que le moindre son n'en sorte, tentant de rester calme vis-à-vis de cette personne trop calme pour en être agréable.

L'aveugle était hors de vue désormais et je ne doutais pas qu'il continuerait sa vie comme s'il ne m'avait jamais emmené ici. Que je réussisse ou pas était vraisemblablement secondaire, à moins qu'il ait toujours eu pour certitude que j'échoue ou simplement me faire perdre mon temps dans cet endroit.

Je pouvais tout simplement me téléporter jusqu'à ces trois lacs, mais sans aucune autre information que "trouver trois secrets", autant dire que plusieurs années de recherche pourraient ne pas suffire.

Plusieurs semaines s'étaient écoulées sans que je n'en sache réellement plus sur ces soit-disant secrets dont Nym Stern avait fait état. J'avais pu localiser les trois Lacs sur une carte, et put découvrir effectivement le mystère qui nimbait ces trois endroits. Il y avait beaucoup de légendes, des superstitions, mais je portais à croire que dans chaque supercherie on pouvait y déceler une part de vérité. Si l'aveugle m'avait conduit au nord, peut-être y'avait-il une raison valable à cela. Neriel, le lac du nord appelé également le Lac des Rêves.

Le rêve n'était-il pas synonyme d'espoir ?... Encore fallait-il qu'il soit accessible.
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Jeu 24 Nov 2016, 08:43

Plutôt que de me téléporter directement, je favorisais la marche, voulant m'imprégner des lieux et de l'inconnu que je comptais briser à trois reprises. Il se disait de ces trois lacs qu'une aura protectrice, gorgée de magie puissante, entourait Pabamiel et ses environs, fascinant autant qu'elles effrayaient les curieux d'en savoir plus. Je faisais partie de ces explorateurs, jaugeant la difficulté de ma démarche à travers les rares témoignages et écrits que j'avais pu glaner ici et là. Trier le vrai du faux se révélait quasi impossible, aussi même en étant Ombre et ne craignant pas la mort qui se tapissait à chaque recoin, il y avait bien des manières pour m'empêcher d'avancer.

Après plusieurs heures de marche, savourant d'une certaine manière la Nature qui m'entourait et le calme avoisinant, j'arrivais enfin à destination. L'endroit méritait sa réputation : on se croyait presque dans une autre dimension, tant les couleurs qui scintillaient ici et là semblaient en total décalage avec ce qu'il était commun de voir pour une étendue d'eau. En son centre, un îlot, plutôt un simple bout de terre égaré qui se demanderait ce qu'il faisait bien ici, esseulé autour de cette nappe aquatique. M'agenouillant pour toucher du bout des doigts cette eau aux teintes kaléidoscopiques. Elle donnait la sensation d'être tiède, comme au dessus d'un volcan profondément enfoui sous terre et qui à défaut de l'assécher, rendait le contact avenant. J'avais entendu plusieurs légendes au sujet de ce lac minuscule et vu ma condition d'Ombre cela aurait pu prêter à sourire. Comment accorder du répit à un mourant quand un mort n'en avait aucun à espérer ? Frottant mes doigts entre eux, je ne ressentis pas l'effet d'un quelconque poison ou autre contrecoup néfaste.

J'enlevais alors mes chausses ainsi que mes vêtements, me retrouvant seul avec moi-même, mes appréhensions et mon caleçon. Se plonger dans cette étendue d'eau n'était guère compliqué, ce qui était en revanche plus délicat était cette propension peut-être propre aux Ombres de s'attendre au pire même quand rien ne le laissait présager. Une fois immergé jusqu'à la taille, je me dirigeais lentement vers l'îlot, ce que je parvins à faire sans trop perdre de temps vu le peu de distance à parcourir. Mis à part l'arbre, et une chaise des plus banales, rien, aucun signe, marque, inscription marquée sur l'écorce ou le bois travaillé de l'assise, tout simplement un endroit où l'on pouvait s'asseoir et contempler l'eau à l'ombre. Je m'assis au cas où ce simple geste déclenche une réaction en chaîne, mais rien de probant, l'immobilisme le plus complet. Je laissais perdre mon regard vers cette ligne que j'avais troublée par ma nage et dont le longiligne reprenait ses droits petit à petit.

Cela faisait des heures que je patientais sur cette fichue chaise, ayant espéré que la nuit tombée ferait apparaître un quelconque indice que l'astre solaire dissimulait. Rien à part l'aspect plus étrange encore du lac qui m'entourait. Je décidai alors, un peu tiraillé par l'impatience qu'une éternité sur cette chaise ne changerait rien à ma problématique, de me laisser couler dans l'eau, laissant mon poids mort m'emmener jusqu'au fond plus ténébreux que sa surface. Progressivement, l'air s'échappait en fines bulles de mes lippes et mon état humanoïde commençait à ressentir les effets de manque d'oxygène dans mes poumons. Il était de plus en plus difficile de rester immobile, mais la noyade n'avait en fin de compte aucun effet sur moi, mon esprit finissant par assimiler rapidement ce constat salvateur.

La vue troublée par les remous de l'eau, mon esprit s'échappa un instant de la réalité, alors qu'une image plus lumineuse apparut dans mon champ de vision. On racontait dans certains contes que la magie de l'endroit faisait accomplir le rêve le plus cher que l'on avait au moment de s'y plonger, mais mon scepticisme m'avait détourné de ce chemin vers une logique plus terre à terre. Or à présent que je me trouvais dans ces profondeurs oppressantes, un objet de forme élasmoïde, qui tenait dans la paume de ma main. Croyant au départ à une illusion, je tendis la main et put la sentir alors que mes doigts se refermaient sur celui-ci. Je me propulsais avec les jambes pour remonter à la surface, regagnant le bord de l'îlot avec ma prise inconnue. Enlevant d'un revers de la main l'eau qui obstruait ma vue, je réalisais qu'il s'agissait d'une sorte d'écaille, de couleur vert pâle et un peu luminescente. A l'intérieur de celle-ci, un foyer brillant pulsait lentement, à l'image d'un cœur malade qui peinait à battre inlassablement.

J'avais ardemment désiré l'objet qui me permettrait de devenir Ondin et je me retrouvais avec cette écaille. Le pouvoir tant convoité serait-il concentré à l'intérieur ? Quittant l'îlot pour retrouver mes habits, me vêtant avant de me concentrer pour localiser Nym Stern. J'allais me téléporter quand je me souvins de ses paroles. Cette écaille à elle seule ne pouvait suffire car il m'avait bien spécifié de me rendre sur les trois lacs avant de revenir le voir. Maintenant que je possédais quelque chose de concret, je ne voulais plus m'arrêter en si bon chemin. Je jetais un dernier regard derrière moi, admirant la magie qui imprégnait les lieux. Pour toute autre race qui aurait souhaité détenir ce que j'avais entre les mains, l'épreuve aurait certes été plus ardue. Jouer avec la mort quand notre corps criait son instinct de survie, flirter avec le trépas sans savoir si ce que nous entreprenions était la bonne stratégie en aurait rebuté plus d'un, ou tué plus d'un. Peut-être était-ce la raison pour laquelle Nym Stern m'avait montré en premier ce lac : nous éviter à lui comme à moi de perdre un temps précieux. J'allais mourir ici et lui reprendre sa vie d'aveugle.

Il avait juste omis deux éléments fondamentaux dans son équation : j'étais une Ombre et doté d'une volonté inébranlable pour parvenir à mes fins.

Ouvrant mon carnet rempli de notes sur les trois lacs à visiter, je me téléportais aussitôt vers le prochain : Brimis, le Lac Rouge, le Lac de la douleur ...
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Mer 30 Nov 2016, 21:41

L'ambiance n'était pas du tout la même. De l'onirique un tout autre paysage s'offrait à présent devant moi. Les histoires qu'on racontait à propos de ce Lac n'avait rien à envier à Neriel, bien au contraire. Si le premier récompensait la mort, celui-là semblait plus perfide, plus funeste encore que le trépas. Un rapide coup d'oeil autour de ce lac ne me trompa guère. Pas une âme qui vive, pas un animal venant se désaltérer avant de reprendre sa route. Sa couleur vermillonne ne me rappelait que trop le sang encore vif versé lors d'un combat, cette étincelle de vie qui avait fui au moment même où elle avait quitté son corps d'origine. La végétation se faisait rare, rendant l'endroit comme une anomalie de la Nature. Il me fallait pourtant avancer, bien décidé à réitérer l'expérience du premier plongeon.

Posant à nouveau mes vêtements près du bord - ce n'était pas comme si je craignais en pareil endroit un quelconque et insouciant voleur - je m'engouffrais sans attendre dans l'eau, bien plus chaude que le Lac des Rêves.
Chaude, mais âcre, comme ces relents d’œuf pourri que l'on pouvait sentir en arrière cuisine d'une taverne mal famée. L'eau ne devait guère être potable, mais ce n'était pas tant le fait que je veuille boire ou non cette eau, mais la douleur qui m'étreignit soudain alors qu'il ne restait que ma tête hors de celle-ci. La soudaineté et la virulence de cette attaque m'arracha un cri de douleur que je ne sus arrêter, mon corps parcouru de tremblements ininterrompus me faisant me recroqueviller dans une vaine tentative d'atténuer cette souffrance. Je n'arrivais même pas à me concentrer suffisamment pour me transformer en brume, pour quitter cette tourmente pour une autre plus connue, plus maîtrisée. Le pire survint alors ... des flashs s'imposèrent dans mon champ de vision, le fait d'avoir les yeux ouverts ou fermés n'y changeant rien. Un à un, je revis les visages de toutes les personnes, sans la moindre exception que j'avais tuer, de presque toutes les façons possibles et imaginables, rendant cette eau rouge violacée plus à propos encore que je flottais dans le bain de sang dont j'étais l'auteur.

Je battais des bras dans ce lac finalement peu profond, comme un nouveau né jeté à l'eau sans savoir ce qu'il devait faire. Mes yeux brûlaient, mon corps semblait écorché vif et ma force physique me quittait autant que ma volonté de rester dans cet antre de torture. Le bord était si proche, le salut à portée de quelques brassées, oui, tout serait terminé.

Je me dirigeais dans des mouvements pitoyables vers ce rebord tant convoité, quand le visage de Lhyæræ s'intercala entre ces faciès de morts désormais Ombres comme moi. J'avais la certitude absolue de ne jamais l'avoir occis, aussi pourquoi se révélait-elle à moi ?....

La Couronne, le but de cette mascarade, de cette torture indicible : le pourquoi de ma venue ici. Allais-je abandonner, moi, appartenant à la race qui ne pouvait même pas se targuer d'être assurément celle qui souffrait le plus ?... Allais-je fuir comme un lâche, la queue entre les jambes, incapable de me regarder en face quand je la reverrais ? Je criais de nouveau, autant de douleur que de rage cette fois. Mon corps était aussi raide que le bois des arbres centenaires, presque tétanisé par ces crampes qui m'engourdissaient l'ensemble des muscles, pourtant je tins bon. Je fis demi tour dans un bouillon d'eau et avançait aveuglément vers le centre du lac, qui me paraissait toujours aussi loin bien que je m'imaginais me rapprocher de lui. Mes cris continuaient de briser ce silence morbide entourant les lieux, mais je n'avais cure d'être entendu, seul l'objectif final comptait. Mes forces m'abandonnaient, des larmes venant se mêler aux gouttelettes acides du lac sur mon visage, quand émergea des profondeurs une écaille d'un rouge vif, à portée de main que j'empoignai aussitôt. A peine eus-je touché cette pierre que la douleur cessa, me laissant dans un état second et terrassé. Je nageais alors comme je le pouvais vers le bord, réalisant une fois sorti que mon corps était écarlate, ma peau rongée presque partout. Le Lac avait réclamé et prit son dû, même si je ne me privai pas de revenir à l'état d'Ombre maintenant que j'avais en ma possession la deuxième écaille. La mélancolie me gagna et je ne pus empêcher de me rappeler les victimes collatérales de ma fonction funeste.

Il me fallut bien plus de temps que cela pour reprendre contenance, retrouver la tête sur les épaules et la pleine possession de mes moyens. Avais-je fait le bon choix en choisissant ce Lac en seconde et non dernière position ? Il me restait un Lac à affronter et j'espérais sincèrement que la difficulté n'était pas exponentielle, car je n'étais pas sûr de résister à plus douloureux que ce que je venais de subir.

D'après les maigres indications recueillies en ville, le dernier se trouverait à l'ouest de Pabamiel, au beau milieu d'une chaîne de montagnes, Artyë. J'étais revenu en ville m'acheter une tenue couvrante et chaude juste par précaution. Si le froid mordant ne m'atteignait guère, il  m'affectait quand même lorsque je n'étais pas en état brumeux. Sans compter la dernière expérience que j'avais subi à Brimis, toutes les précautions me semblaient nécessaires.

Les hauteurs firent honneur à leur réputations vu les bourrasques glaciales qui s'engouffraient dans la moindre interstice de mes vêtements pourtant rembourrés. Contrairement aux deux autres lacs, celui-ci était enclavé dans une grotte et donc bien plus difficile à trouver. Ne connaissant pas le chemin, je dus me résoudre à retrouver mon état d'Ombre pour arpenter bien plus rapidement les mystères que ces montagnes recelaient. Les grottes étaient légion, les culs-de-sac tout autant. Je ne sus dire combien d'heures, de jours je dus passer dans cet environnement hostile avant de découvrir enfin ces parois scintillantes, dont le bleu à l'image du lac qu'il abritait prédominait par des touches subtiles ça et là, se dévoilant à chacun de nos mouvements pour disparaître tout aussi fugacement.

Une fois devant le Lac, Lorial de son appellation, je me serai presque cru au milieu d'une étendue d'eau coupée par quelque magie tranchante à l'horizontale. Les reflets se brisaient sur le plafond, donnant un sentiment irréel d'être entre deux lacs et non un seul. Cette simple vision était un enchantement à lui tout seul, étant d'autant plus satisfait que me trouvant à l'intérieur d'une grotte, les affres du climat n'avait pas cours ici. Me dévêtant une fois encore - ultime fois je l'espérais - je trempais l'orteil puis le pied, attendant un peu une éventuelle réaction douloureuse, mais rien ne se produisit. Je m'y plongeais et sentis immédiatement le contraste avec ma précédente baignade. Ici, tout me semblait doux, apaisé, moelleux, avenant, un vrai régal. Je nageais sans véritable direction, barbotant comme dans une large baignoire après une rude journée de dur labeur. Plongeant la tête pour voir ce qui se trouvait plus au fond, tant l'eau était claire, je bus la tasse avant de remonter, recrachant le restant d'eau dans la bouche dans un hoquet de surprise.

Frottant mes yeux pour en enlever l'eau, je sursautais alors que je voyais mon exact reflet face à moi. Exact si ce n'était l'absence totale de coordination entre ses mouvements et les miens. Je nageais à reculons alors que mon double m'observait la tête penchée sur le côté.

- As-tu peur de moi ? me dit-il, d'une voix qui semblait être la mienne et pourtant discordante à mes oreilles.

Je mis quelques secondes avant de répondre à mon tour par une interrogation.

- Devrais-je avoir peur de toi ?
- Je ne crois pas, non, je ne pense pas. Pourquoi es-tu mon double, es-tu de la magie ?
Écarquillant les yeux, je me demandais si j'avais bien entendu. Ton double ?... Je crains fort que tu sois le mien, et non l'inverse.
- Peux-tu le prouver ?
- Hmm... J'ai sûrement des pouvoirs que tu n'as pas.
- Je pensais la même chose, voyons voir cela.

Nous fîmes montre de nos talents respectifs et je constatais qu'il avait exactement les mêmes que les miens. Que ce soit se transformer en Ombre, maîtriser l'eau de façon très précise, il n'avait rien à craindre de mes pouvoirs comme je ne pouvais craindre les siens.
- Tu vois, me dit-il, tu ne peux pas prouver que ce n'est pas toi l'imposteur.

Il y avait forcément un moyen, que j'eus finalement après plusieurs minutes comme une évidence.

- Sortons d'ici, voyons qui de nous bravera le mieux le froid mordant des montagnes.
L'autre moi sortit en même temps que moi de l'eau, et s'engagea vers la sortie dans l'exacte foulée que j'imprimais. Quand l'entrée de la grotte se fit plus grande que le point lumineux au loin, la température chuta progressivement et nos pas ralentirent. Si mon double ne sembla pas affecté par le froid, il gardait le même rythme que le mien. Pourtant, alors que mes deux pieds foulaient la neige amoncelée sur le seuil de la grotte, mon double disparut aussitôt, la magie du lac n'ayant plus cours hors de ces lieux. Au lieu de cela, un tintement métallique bref se fit brièvement entendre alors que mon regard se portait sur une troisième écaille, d'un bleu pâle, presque blanc.

J'hâtais le pas vers mes vêtements, où se trouvaient les deux autres écailles, pourtant aucune réaction ne se produisit alors que je les fis se réunir. Mon visage trahissait une certaine déception, croyant avoir bravé les trois étapes avec succès et donc méritant la récompense que j'effleurais du doigt depuis si longtemps. Me rhabillant et fourrant les trois précieux mais inutiles objets dans la poche, je me téléportais vers Pabamiel, retrouvant rapidement Nym Stern après plusieurs semaines d'exploration.

Tout aveugle fût-il, son visage trahit une surprise certaine en entendant ma voix le héler alors qu'il se tenait assis sur un rebord de mur en plein Nobu.

- Par tous les Aetheri, je n'aurai jamais cru entendre de nouveau cette voix !! Je pensais que Neriel aurait raison de vous, à moins que vous n'ayez pu aller jusqu'au bout de cette quête ?
- J'ai trois écailles en ma possession, mais cela ne m'aide pas plus si je ne sais pas les activer.
- Tu .... tu as trouvé les trois écailles ?... Donne les moi, que je sache si tu ne mens pas. Le tutoiement soudain était à la hauteur de sa stupéfaction.
Réfléchissant un instant, je finis par les lui poser dans le creux de la main, ne manquant pas de l'avertir.
- Pas de coup fourré ou je risque d'être très en colère.
Nym Stern ne m'écoutait pas, faisant rouler dans sa paume les trois écailles. Après une bonne minute à agir ainsi dans le plus complet silence, son visage se tourna approximativement vers le mien et il me parla enfin de nouveau.
- Pour les activer, tu dois les comprendre, comprendre leur signification. Alors tout se révélera à toi.

Clignant des yeux tout en reprenant les pierres, je les regardais attentivement, comme si les fixer me donnerait un indice quelconque. En vain, évidemment. Je me dis plutôt qu'il s'agissait de me focaliser sur les épreuves et non les récompenses. Une écaille faisait forcément référence aux Ondins et à leur queue, qu'en était-il des épreuves par contre ?...

Je m'assis à mon tour contre le mur où se trouvait Nym Stern, faisant tourner une à une ces "gemmes" entre les doigts. Je réfléchissais à voix haute.
- Nériel m'a pris conscience que la mort accompagnait les pas des Ondins, qu'il fallait la craindre mais ne pas en avoir peur. La peur enlève le courage pour affronter ce qu'il faut vaincre. Alors que je prononçais ces mots, l'écaille de Nériel s'illumina, j'étais sur la bonne piste ! Brimis m'a appris que la douleur et le sang faisaient partie du quotidien des Ondins, que derrière leur sillage la désolation n'était jamais loin. L'écaille rouge se mit à briller à son tour. Quant à Lorial .... Lorial m'a fait prendre conscience que les illusions devaient servir le plus fort et soumettre son adversaire. La force brute était un moyen, mais pas le meilleur pour parvenir à ses fins. Le charme et l'illusion étaient des armes autrement plus puissantes.

La troisième gemme s'illumina, les trois gravitant autour d'un axe qui se matérialisait, une couronne métallique de couleur perle où les trois écailles se logèrent dans des trous prévus à cet effet. Elle tomba entre mes mains, sous mes yeux ébahis.

Nym Stern lui, souriait, les larmes aux yeux trahissant pourtant une tristesse et non une joie.

- Félicitation étranger, tu es désormais détenteur d'un artefact unique et d'un incommensurable valeur. Tu en es le nouveau gardien, profitant de ses avantages comme du fardeau qu'en être propriétaire implique.

Rien qu'en voyant la Couronne entre mes mains tremblantes, je sus que j'avais réussi. La magie qui imprégnait l'objet s'imprégnait en moi comme l'absolue certitude qu'il ferait de moi ce que j'avais toujours voulu être pour elle.

- Bien, reprit Nym Stern, fais ce que tu as à faire. Permets-moi au moins de m'en accorder une douce tu veux bien ?...

Il savait. Il savait avant même que je n'ai le moindre mot à prononcer. Il n'y avait rien d'autre à dire de toute façon.

- Bien sûr, me contentais-je de répondre. Le Secret ne pouvait être gardée que d'une seule façon.

Il s'affaissa en conservant ce sourire, pour un repos cette fois éternel.
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