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 Négociation entre une belle et une bête [Test niveau VI ft.Edoudou]

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Sam 30 Avr 2016, 17:10

Le souffle de fraîcheur qui haletait sa candeur illustrait la possession d’un lieu loin de la ferveur effervescente de l’enfer. Zane avait préféré abriter l’œuf dans un refuge susceptible d’être moins découvert par ses chers camarades. De plus, il n’avait pas pris le risque de le voiler à proximité d’un endroit propice à l’éclosion. Qui sait ce qui pouvait se produire avec ces dieux ? Il n’avait pas envie de se retrouver avec un individu omniscient sur les bras. Les divinités et lui-même, ce n’était pas une grande histoire d’amour. Mais chaque chose en son temps. Avant de devoir les défier un jour ou l’autre, il devait achever son escalade au sein de son propre agglomérat. Ce n’est qu’après avoir apporté un bouleversement concret aux démons qu’il pourrait se réaliser à d’autres tâches plus miraculeuses. Aujourd’hui, toute son application serait axée sur une seule et même personne au nom de la suave Edwina. Pour se faire, il contacta l’un de ses sbires à venir dans son quartier. Pendant ce temps, il se préparait déjà à repartir pour le cœur bleu. Prenant ça comme un jeu de séduction — puisque c’en était un — la coutume imposait de se vêtir convenablement pour au moins recevoir la reine avec distinction. Sélectionnant le noir intégral sur plusieurs nuances, il engagea un long manteau sur ses épaules, dénoua quelques boutons de sa chemise et chaussa ses bottines. Pour endiguer son pantalon, il boucla sa ceinture au style très épuré. C’est à ce moment que quelqu’un vint cogner à sa porte. « Entrez ! » Sans se retourner, le démon qui pourchassait de se contempler dans le miroir entendit le grincement des gonds opérer. « Assieds-toi. » Terminant de parfaire les détails de sa toilette, il se tourna et prit place sur le fauteuil se situant en face de son domestique. Insérant une bague supplémentaire sur son annulaire, il fixa ensuite son pendentif à son cou sans porter un seul regard sur son interlocuteur. « Prépare-toi à écrire ce que je vais te dicter. » Sortant un vélin de nulle part, ce dernier fit naître une plume imprégnée d’une encre magique entre ses doigts.

Le message étant destiné à la reine et à personne d’autre, seule cette dernière serait en mesure de lire ce qui allait être rédigé. C’était une mesure de sécurité parmi tant d’autres. « Je vous écoute. » Imbriquant ses phalanges les unes aux autres, il se pencha en avant en stabilisant son menton dessus. Noyant ses yeux sombres dans le néant, il prononça les syllabes le plus distinctement possible. « Douce Edwina, je ne sais comment entamer cet écrit. Votre statut social m’empêche d’être engageant à votre égard, même si cela va à l’encontre de ma nature. Vous mentir n’est pas dans mon intérêt, pas plus que de vous couvrir d’éloges, qui quand bien même je le pense sincèrement, n’est pas le sujet de ma missive. Nous nous sommes déjà rencontrés par le passé. Sans doute l’avez-vous oubliée, mais pour raviver votre mémoire, songez simplement à cette sphère magique dans ma luxuriante chevelure. Nos occasionnels échanges se sont toujours soldés dans la hâte. Gageons que nous pourrons cette fois-ci débattre en toute quiétude. Je ne peux trop vous en dévoiler par message, c’est pourquoi je vous invite à me rejoindre à la forêt silencieuse dès la tombée de la nuit si vous exigez d’en apprendre davantage. Prenez soin de vous d’ici là. Et surtout, venez seule. » D’un imperceptible signe de la tête, il annonça la fin de sa rédaction, ordonnant à son secrétaire personnel de le congédier sur-le-champ. L’avantage avec la magie, c’est que les messages parvenaient instantanément aux concernés.

Un délai d’attente n’aurait pas été envisageable dans un tel contexte. Séparant ses jambes superposées, Zane se hissa de sa place, s’apprêtant de nouveau à quitter les entrailles de l’enfer dans les plus brefs instants. Il n’avait aucune certitude quant à la réponse de la jeune femme. Qu’elle refuse ou bien qu’elle accepte de le voir, il ne le saurait qu’au tout dernier moment. À l’instar d’un jeu, le rapport chance que l’on découvrait dans n’importe quelle partie trouvait néanmoins sa contrepartie dans la façon dont le participant exécutait ses actions. Une question d’interprétation et de dextérité, qui, s’ils étaient admirablement dosés, permettait la meilleure des distractions. En se sentant si proches du but, ses pensées se recueillirent immédiatement envers la Dame rouge ; duelliste de talent. Il prenait de l’avance, c’était un fait, mais qu’importe, car tout ce qu’il désirait c’était de livrer bataille contre cette dernière. Des frissons sillonnèrent sa chair tout entière en imaginant une infinité de synopsis. Son esprit en trépidait d’impatience. Se donnant une frappe sur le dessus du crâne pour cesser d’y cogiter, il se recentra sur l’essentiel. Jaillissant effrontément de son quartier, le démon fit exposer ses membranes — devenues bien plus élancées que par le passé —, s’effaçant du cadre sombre de son habitat pour survenir à sa destination touristique fétiche. À son arrivée sur la terre ferme, il enferma ses ailes puis entrelaça ensuite les bras. Qu’il vente ou qu’il neige, il demeurerait aussi statique que ce qu’on lui imposerait.



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Lun 09 Mai 2016, 00:07

« Encore ! » fit une voix masculine d'un ton ferme. Les bras d'Edwina tremblaient légèrement, tenant une arme qui était sans doute bien trop lourde pour elle ; à moins que ce soit la durée de son entraînement qui ait finis par avoir raison d'elle. La jeune femme abattit sa lame sur l'Archimage Nylmord. Ce dernier n'était pas épuisé alors qu'elle haletait, la sueur qui s'échappait de sa pores donnant un aspect luisant à sa peau. Il ne fallut qu'un léger mouvement, puissant, à l'homme pour parer et, plus encore, envoyer l'acier à quelques mètres de là. Déséquilibrée, l'Ultimage faillit tomber mais se rattrapa de justesse, lançant un regard assassin à son conseiller. Il se recula légèrement, quittant la position de combat qu'il avait prise au profit d'une posture plus neutre. Il connaissait trop bien la Souveraine, sa magie surtout. Elle avait déjà faillis le tuer par le passé et il n'avait aucune envie de retenter l'expérience. Elle sembla perdue un instant, de très légers mouvements faisant onduler sa chevelure de jais, mais, finalement, elle se reprit, portant l'une de ses mains à ses yeux. Elle inspira lentement, essayant de contenir ses émotions. Elle ne pleurait pas, elle n'en était plus à ce stade. Pourtant, ce qui s'était produit à Caelum l'avait considérablement affectée. Si elle n'était pas capable de protéger son peuple alors... Oh, l'Archimage lui avait bien dit que ce n'était en rien de sa faute, qu'elle n'aurait pu prévoir les événements mais, quelque part, au fond d'elle-même, elle savait qu'elle aurait pu le savoir, en laissant le mal l'envahir, juste assez pour être apte à utiliser sa magie. Ce phénomène était un jeu dangereux mais, finalement, si elle pouvait sauver des vies ainsi, peut-être serait-il plus judicieux de se laisser aller, doucement mais sûrement, juste à la limite, juste assez pour que sa magie lui obéisse ? « Je pense qu'il vaut mieux s'arrêter là pour aujourd'hui Majesté. Cela ne sert à rien de vous acharner ainsi. Certes, je souhaite vous aider à acquérir la maîtrise des armes comme vous me l'avez demandé mais je vous sens fébrile. ». Elle acquiesça. « Vous avez raison. Je vous remercie, nous reprendrons les leçons demain. ». Elle s'inclina doucement avant de tourner les talons. Elle devait se rafraîchir et changer de vêtements à présent.

Dans sa baignoire, la Reine Blanche vit apparaître un parchemin devant elle, sursautant légèrement sous l'effet de la surprise. Elle le prit, remarquant la qualité de ce dernier. C'était étrange. En temps normal, son courrier lui était distribué chaque matin. La chose l'intrigua et lorsque ses yeux parcoururent les premiers mots, elle se mit à rougir légèrement, imaginant bien des choses et, surtout, bien des expéditeurs. Edwina avait toujours été fantasque. Elle aimait par dessus tout penser à ce qui arriverait si un « si » entrait dans l'équation. Il lui fallut lire la précision sur les cheveux de l'individu pour mettre enfin un visage à ce dernier. « Zane... » murmura-t-elle tout bas. Elle ne savait pas pourquoi mais elle ne lui faisait pas confiance. Pourtant, il ne faisait aucun doute qu'il l'attirait, comme tous ceux qui lui faisaient ressentir un frisson d'inconfort. Lord était pareil. A ses côtés, elle sentait son instinct de survie resurgir, elle se sentait vivante, comme si ses sens étaient décuplés. Elle se méfiait mais, d'un côté, trouvait ses façons de faire audacieuses. Elle ressentait la même chose auprès d'Aëran, percevant ce petit quelque chose de dangereux à l'intérieur de ses yeux. Cependant, rien dans le comportement de l'homme dont il était question aujourd'hui ne laissait présager qu'il était maléfique. En réalité, elle le trouvait assez... excentrique. Elle ne pouvait néanmoins pas s'empêcher de se méfier de lui pour une raison inconnue. Elle se posa de nouveau contre le dossier de la baignoire, portant l'un des angles du papier à ses lèvres pour réfléchir. Devait-elle y aller ? Elle ignorait ce qu'il lui voulait et... « Hum... ».

La tentation avait été trop forte. Il éveillait chez elle une chose contre laquelle elle ne pouvait lutter. Côtoyer le mal faisait ressortir sa bonté et, finalement, peut-être n'était-elle qu'un vilain petit canard qui avait recouvert son plumage de blanc pour cacher sa noirceur véritable. Elle déambulait donc dans la nuit, dans une robe de la même couleur que cette dernière. Une cape couvrait ses épaules et une capuche cachait son visage. Elle n'était guère certaine que les Archimages approuvent ses comportements à risque. Il valait donc mieux qu'ils ne sachent pas qu'elle s'adonnait à ce genre de petits jeux. Une fois sur place, elle ne tarda pas à apercevoir celui qui lui avait donné rendez-vous. Elle doutait de la justesse de son choix à présent mais, à vrai dire, reculer maintenant serait mal venu. Elle avança donc de quelques pas, de façon à se trouver à sa hauteur, sans pour autant le mettre dans l’embarra par une promiscuité trop importante. Elle retira sa capuche, le fixant de ses yeux bleus aciers. « Bonsoir. ». Elle pinça doucement ses lèvres. Était-il venu seul, lui ? En même temps, elle le voyait mal essayer d'attenter à sa vie sur ses propres terres. « Est-ce que cela vous arrive souvent de donner ce genre de rendez-vous nocturnes aux Reines ? » demanda-t-elle pour essayer de détendre légèrement l'atmosphère. Elle était idiote, elle-aussi, d'accepter sans chercher à en savoir plus sur ses intentions. D'un autre côté, elle aurait sans doute eu de la difficulté à trouver le sommeil si elle n'était pas venue.

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Lun 09 Mai 2016, 17:35

Les reines étaient sensiblement des femmes comme toutes les autres, si ce n’est le fait que tout était décuplé chez ces dernières, et cela passait inexorablement par une préparation magistrale. D’un autre côté, l'inexactitude de sa décision le plongeait dans un cycle de suspense assez constant, point de départ qui aurait pu en décourager plus d’un si l'on ne parlait pas de Zane, alias l’homme qui aimait côtoyer l’incertitude autant qu’il appréciait la chaleureuse familiarité des belles et jeunes femmes. En soi, elle possédait déjà la qualité la plus importante, donc le plaisir ne pouvait être qu’au rendez-vous. Maintenant qu’il se trouvait sur place et qu’il ruminait plus ou moins à comment il allait aborder la problématique, il se disait qu’il aurait pu faire un effort supplémentaire, non pas sur sa plastique, mais pour un éventuel cadeau qu’il aurait pu lui rapporter en prévision de ne pas paraitre pour un rustre. L’annonce qu’il devait lui faire passait par plusieurs embranchements qui impliquaient notamment les compliments et les encouragements. En un mot : la galanterie. Toutes les femmes y étaient sensibles sans exception. Peu importe son rang et sa condition, il avait suffisamment vécu d’histoires pour le comprendre. Dans sa recherche d’inspiration, le démon mit d’ailleurs cette attente à profit pour accueillir la belle comme il se devait de le faire. La question n’étant pas de savoir ce qui lui plairait, mais de savoir comment contribuer à cette rencontre protocolaire en l'intégrant à ses projets. En étant un chasseur invétéré, Zane côtoyait régulièrement la patience. À cela, les heures perdues avaient tôt fait de lui un artiste considérable. En délogeant quelques morceaux de branches, de mousses et de terre, il reforma ainsi l’œuf de Suris dans une représentation -très approximative certes- qui pourrait lui faire correspondre le message à sa manière.

Cette charmante activité, outre de dévoiler un talent outrancier pour l’art moderne, avait au moins su lui faire passer le temps sans besoin d'égorger tous les animaux de la forêt, ce qui aurait fortement déplu à la reine, et à juste titre. Lorsqu’elle pointa le bout de son nez, il retint un sifflement d’admiration devant le charme qu’elle délivrait, recelant d’emblée ses mains derrière son dos. En revanche, il ne s’attendait pas à la voir s’approcher d’aussi près, si bien qu’il avait prévu cette proximité intervenir un peu plus tard dans la conversation. Sa première question le fit rire aussitôt, ni par condescendance ou par dérision, mais simplement par enthousiasme. « Avant d’être une reine, vous êtes une femme si je ne m’abuse ? Dans ce cas, je répondrais que oui. » Il s’inclina légèrement, adoptant le port de salutation qu’il avait appris lors de certaines soirées mondaines. Une formalité pour une formalité, rien de plus. « Si j’avais su que vous acceptiez des rendez-vous aussi facilement, j’aurais prévu de le faire bien plus tôt, vu le nombre de fois où vous m’avez posé un lapin. » Il déclina le regard vers les cieux, jouant aussi bien avec ses mots qu’avec son attitude de façon très malicieuse. Il n’était pas tout à fait dans le faux, puisque chaque fois qu’il avait eu l’occasion de l’approcher, celle-ci se faisait continuellement ravir à tour de bras. Ici, personne ne viendrait les déranger. Quand il eut fini de contempler les étoiles, il plongea de nouveau son regard intense dans le sien. « C’est drôle, mais jusqu’à maintenant, je n’avais jamais prêté attention à la splendeur éclatante de vos yeux. Je suppose qu’on ne cesse de vous complimenter à ce sujet. » Il prit une grande inspiration, marquant une légère pause. « Mais je pense aussi que le poste qui vous incombe n’est pas de tout repos. Diriger un royaume doit demander beaucoup de sacrifices. D’ailleurs, puisque nous sommes dans le sujet… » Glissant sa main sur celle d’Edwina afin de déplier ses doigts et orienter sa paume vers le ciel, il divulgua l’espèce d’œuf qu’il avait forgé en le déposant en son creux. Il ne tenait pas la comparaison à l’authentique, mais c’était toujours mieux que rien. « Croyez-moi, j’espérais pouvoir faire mieux, mais… non, ce n’est pas les excréments d’une créature des bois. Vous pouvez néanmoins tenter votre chance pour deviner. »

À l’instar d’un professeur de classe qui surveillait la bonne conduite d’un examen, Zane rôda autour de la jeune femme qui semblait totalement perplexe par cette curieuse énigme. Pour ne pas se priver d’une faible dose de séduction, il passa sa tête par-dessus son épaule, sa langue titillant ses canines. « Au fait, je suis un démon. » Maintenant que l’information principale était lâchée aussi prestement qu’une bombe, il contourna encore la belle pour lui faire face, affublé du même sourire enjôleur. « Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Il se trouve que par pur hasard, je vous ai suivi par hasard jusqu’à l’œuf de Suris. Me posant tout un tas de questions sur la place qu’il prenait dans votre cœur, je me suis permis de l’emprunter par hasard. Et deviner quoi ? Le hasard fait que je suis le seul à connaitre son emplacement actuel. Ce n’est pas tout. Il se trouve que plusieurs groupes de démons se trouvent sur vos terres, probablement à répandre le sang comme ils savent si bien le faire. » Provoquer une reine avec autant de magie était plus que dangereux. Oh que oui ! Si ça ne l’était pas, il n’aurait eu aucune raison d’être aussi stimulé en ce moment. Chaque parcelle de sa peau était en ébullition. Il approcha d’un pas supplémentaire, réduisant l'écart à seulement quelques centimètres. « J’ai besoin de vous pour devenir souverain des enfers, et vous avez maintenant besoin de moi pour récupérer votre trésor. De plus, mon règne mettra fin à cette anarchie, mettant votre peuple en sûreté. Alors ? On prolonge le tête-à-tête ? » Les conditions étant désormais établies, il ne restait plus qu’à embellir le pacte pour que chacun y trouve son compte, cela en restant le plus équitable possible.



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Mar 10 Mai 2016, 20:47

Un habitué des rendez-vous nocturnes avec des femmes donc... Edwina n'osait penser à ce qu'il attendait d'elle au juste, très loin de se douter que les intentions de l'homme étaient politiques. Il lui paraissait à présent du genre à multiplier les conquêtes et, bien que l'attrait de l'inconnu l'ait attiré ici, le sentiment qui lui assénait que ce n'était guère une bonne idée devenait de plus en plus prenant. « Ce n'est pas que je les accepte si... facilement mais j'avais besoin de me changer les idées. ». C'était bien mieux de dire cela que la vérité. Elle n'allait pas avouer à cet homme que la méfiance qu'elle ressentait à son égard l'avait attirée à lui. La jeune femme ne le quittait pas des yeux. Quelques années plus tôt, elle n'aurait pu soutenir son regard mais elle avait appris à le faire, à feinter, à tordre ses véritables désirs pour entrer dans le personnage qu'elle devait jouer en tant que Reine ; bien que l'actrice se laisse facilement déconcentrée. Elle n'avait d'ailleurs pas cherché à relever pour les manquements qu'elle lui avait soi-disant fait. Peut-être qu'il avait raison mais on lui avait assez dit qu'une Souveraine ne devait rien à personne si ce n'était à son propre peuple. « J'ai été moi-même confuse de manquer d'abîmer vos cheveux. Cela aurait été dommage. Leur texture paraît soyeuse. » fit-elle tout de suite après le compliment en essayant de l'oublier rapidement pour ne pas rougir comme un coquelicot. Curieusement, elle avait le souffle plutôt court, essayant de lui donner le change en respectant ce qu'on lui avait appris mais tenant difficilement son rôle. Les questions qu'elle se posait tout bas étaient trop nombreuses pour que rien ne paraisse dans son comportement. Elle préféra ne plus répondre, simplement l'écouter jusqu'à ce qu'il lui pose dans la main ce qui ressemblait à un présent ; étrange. En le regardant de plus près, elle eut un mauvais pressentiment, sentant sa respiration s'accélérer à cause des bandes de tissu dont elle se servait pour maintenir sa poitrine serrée. Ce qu'elle faisait était parfois dangereux car toute émotion trop vive pouvait amener à l'évanouissement. Les yeux rivés sur ce qui devait représenter un œuf, elle se tendit légèrement quand elle entendit les mots du Démon qui était bien trop proche à son goût. Il semblait évident qu'il ne lui avait pas donné cet objet pour rien. Il ne lui avait pas non plus donné rendez-vous ici pour la courtiser pour une nuit. Edwina essaya de se détendre au maximum mais elle redoutait ce qu'il allait à présent murmurer à son égard. Elle plissa légèrement les yeux et finit même pas serrer les dents au fur et à mesure qu'il déballait ses faits. Ses cheveux recommencèrent à onduler. Au début, il semblait qu'il s'agissait d'une légère brise mais plus le temps passait, plus le mouvement paraissait anormal. Elle ferma les yeux. La dernière fois, elle avait changé le Roi des Chamans de l'époque en statue de pierres. Elle ne devait pas se laisser submerger, tout d'abord parce qu'il avait l’œuf et qu'elle ne pourrait le retrouver sans son aide, ensuite parce que ce n'était pas bien, enfin parce qu'il allait sans doute lui proposer quelque chose. Il ne l'aurait pas attiré ici si son objectif avait été de détruire les siens. Elle expira, rouvrant ses mires sur l'homme qui était à présent à une distance que nul n'aurait jugé respectable, ses cheveux de nouveau parfaitement immobiles.

Elle laissa un long silence s'établir. Elle devait réfléchir et peu importe le temps que cela prendrait, il était crucial qu'elle songe à ce qu'il espérait d'elle avant d'accepter quoi que ce soit. Elle ne pouvait décemment jouer la comédie en se targuant d'avoir placé un faux œuf dans la forêt pour tromper ses ennemis. Peut-être la croirait-il mais il y avait peu de chances. Quant aux Démons qui étaient actuellement sur ses terres, elle se demandait s'il lui disait la vérité. C'était un jeu de persuasion, et il avait l'air bien plus habile qu'elle ne l'était pour tirer son épingle du jeu. Elle finit tout de même par poser sa main sur lui afin d'y exercer une légère pression. Elle voulait être certaine qu'il n'avancerait pas plus et peut-être essayait-elle même de le faire reculer de quelques pas. Elle pinça ses lèvres quelques secondes avant d'ouvrir la bouche pour s'exprimer. « Si je comprends bien, vous avez besoin de mon aide et c'est pour cette raison que vous avez volé l’œuf du Dieu Suris ? Pourquoi ne pas me l'avoir demandé directement, sans me causer du tort je veux dire ? ». Elle essayait de gagner un peu de temps, de trouver quoi dire, quoi faire. Les Archimages auraient désapprouvé une quelconque entente avec les Démons et elle ne pouvait l'aider de manière officielle. « En plus je... vous... ». Si elle choisissait de l'approuver, son peuple et les Archimages ne seraient pas de son côté, quand bien même elle pourrait faire cesser les attaques des êtres démoniaques. D'un côté, elle n'avait pas le choix car il avait l’œuf, mais s'il lui rendait son bien, ses conseillers lui diraient de ne point tenir ses engagements. « Si j'accepte de vous aider... » dit-elle doucement avant de s'arrêter pour tourner sa phrase d'une façon appropriée. « Mon peuple n'est pas au courant pour l’œuf. Seuls certains Archimages et moi-même le sommes. Si j'accepte de vous aider, en admettant que je dise oui, il faudra trouver une raison plus officielle. Mes conseillers refuseront que je vous soutienne. Vous êtes un Démon, jamais ils ne vous feront confiance. Ils prétendront que l’œuf d'un Dieu ne peut être détruit et que nous pouvons vaincre les vôtres sans problème. ». Edwina avait l'impression de se faire piéger dans un sens mais, quelque part, elle avait envie de le soutenir, pour des raisons bien sombres qu'elle ne devrait jamais révéler. « Je... Je crois que les Démons ont besoin d'un Souverain et que ça pourrait être vous. Seulement moi je... j'ai besoin de certitudes. J'aimerai que vous vous engagiez à me rendre l’œuf et à ne jamais attaquer mes terres à l'avenir si vous réussissez à obtenir ce que vous voulez. Si vous êtes d'accord avec ceci, nous pourrons continuer notre tête à tête et vous pourrez me dire ce que vous souhaitez obtenir en particulier de moi. Mais... s'il vous plaît, reculez-vous un peu... vous me mettez mal à l'aise. Je ne sais pas ce qu'il en est pour vos autres rendez-vous nocturnes mais moi je... je n'aime pas la proximité. ». Pouvoir sentir son odeur la perturbait. Sa main sur lui la perturbait. Les hommes la perturbaient de manière générale dès qu'ils s'approchaient trop près d'elle.

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Mer 11 Mai 2016, 14:53


Toute proportion gardée, ce face à face avait des petits airs de flirts entre deux adolescents, si tant est que Zane fût un jour passé par cet épisode désastreux. Rien que d’imaginer un alter ego en version miniature lui procurait un début de nausées. Dans tous les cas, la comparaison n’était pas dépourvue de pertinence. Fidèle à sa première impression, Edwina ne semblait pas très à l’aise. Ou bien il était le principal responsable, ou alors les démons en général ne lui suggéraient aucune confiance. Question idiote quand on sait que la majorité voudrait les voir décimer à jamais des terres. Pas de chances pour les futiles espérances de ces utopistes, le fils Azmog était né. C’était peu dire que de confirmer qu’il était prêt à passer par toutes les concessions pour obtenir ce qu’il désirait, tout comme c’était improbable de croire qu’il serait la lumière du phare qui guiderait les démons sur la bonne voie. Le suffixe bon n’était jamais bon, cela fonctionnait pour à peu près tout. « J’admire le risque que vous avez pris en étant venue seule. Ce que d’autres auraient taxé pour de l’imprudence, moi j’appelle ça de la vaillance. » Il était sincère. Une lettre missionnée par un inconnu avait suffi à poser l’appât, ici, dans un lieu peu fréquenté, dans une partie de la journée peu rassurante. S’il avait été un monstre de magie, sa vie aurait pu prendre fin ici sans se heurter à beaucoup de résistances. Il appréciait cette qualité qu’il voyait bien trop rarement, dans ce monde où la préservation l’emportait sur tout le reste. Pour la remercier, il ne pouvait pas faire grand-chose si ce n’est de satisfaire les nombreuses questions qui venaient lui crier sa détresse. Il ne fait aucun doute qu’elle était assez intelligente pour répondre à la première, mais peut-être souhaitait-elle qu’il aille plus loin dans ses explications.

Apportant une mince attention à sa main qui tenait lieu de barrière, il pivota sur lui-même pour évoluer dans le sens inverse. « J’ignore pourquoi je ne l’ai pas fait. En revanche, je sais parfaitement pourquoi j’ai agi de la sorte. Je suis d’avis que tout le monde protège quelque chose sur cette terre, y compris nous autres, les démons. Pour certains, c’est la popularité. Pour d’autres, c’est la fierté… parfois, c’est un œuf. » Il désigna grossièrement la sculpture, à base de gestuelle et d’un rythme hypnotique. « Et pour les plus narcissiques comme moi, ce sont les cheveux. » Il enroula une longue mèche autour de son index, lâchant ensuite celle-ci en écartant les bras et en agitant la tête de droite à gauche. « Ce que j’essaie de vous dire, c’est qu’on ne demande pas à un joueur s’il veut bien dévoiler sa main ou dans quelle direction il va précipiter sa pièce. Quel intérêt a le challenge si c’est pour être sûr de l’emporter, hm ? » Bien entendu qu’il n’aurait pas pu se permettre ce genre de facilités, sinon à quoi bon être un démon ? Le pari était crucial pour le dépassement de soi. Elle marquait néanmoins un point en rétorquant qu’une raison officielle devait nécessairement voir le jour pour faire taire les spéculations. Une magicienne qui venait en aides au peuple le plus maléfique qui soit, ce n’était ni bon pour ses affaires, ni pour les siennes. Il tiqua en haussant un sourcil en entendant la prétendue réponse que ses conseillers lui dicteraient. Croisant les bras, son regard avenant se substitua en celui d’un vicieux serpent. Tout ce qu’il manquait, c’était une langue fourchue. « Vous voulez un vrai conseil ? Changez de conseiller. Premièrement, mon but n’a jamais été de détruire l’œuf, et je suppose que si vous pouviez le retrouver si facilement, ce serait déjà fait. Et puis, nous autres, nous sommes pires que la mauvaise herbe. Nous repoussons éternellement. Ce qui est factuel, c’est que sans un meneur pour les contenir, ils continueront de semer le chaos où et quand ça leur chante. » La proximité étant visiblement un problème, le Démon respecta ses conditions en s’écartant tout de suite d’elle.

Avec ses exagérations abracadabrantes, il prit même davantage de distance que de raison, s’arrêtant à environ une trentaine de mètres. Remuant la tête dans tous les sens de manière lente et indécise, il haussa le ton de sa voix — forcé de le faire pour se faire entendre — afin de poursuivre sur sa lancée. « JE NE SAIS PAS POUR VOUS, MAIS JE CROIS QUE JE SUIS PARTI UN PEU TROP LOIN !  » Il avança d’un pas. « TOUJOURS TROP LOIN, VOUS NE TROUVEZ PAS ?! » Un pas supplémentaire. « DECIDEMENT, C’EST ASSEZ PENIBLE DE L’ESTIMER CORRECTEMENT. » Puis un autre. Et encore un autre. Cela jusqu’à ce qu’il se retrouve finalement à un mètre d’elle. « Dites-vous que je suis bisexué. Ça vous facilitera la tâche. Voyez mes bijoux et ma coiffure, c’est tout à fait crédible. » L’autodérision était importante pour dédramatiser une circonstance de cette envergure. De toute façon, il ne comptait pas la manger puisqu’il avait diné juste avant. Ce qu’il retenait, c’est qu’elle ne semblait pas réfractaire à sa prise de pouvoir, bien au contraire. Revendiquer la sécurité en contrepartie lui paraissait tout à fait normal. « Avec des si, on peut tout se permettre, et je suis de ceux qui pensent que les promesses ne sont pas faites pour être tenues. Qui plus est, vous n’avez aucune raison de croire un Démon. Pour être franc avec vous, je n’attaquerais pas les magiciens tant que vous serez à leurs têtes. Pourquoi ? Parce que je vous trouve assez cool. » La logique de Zane ne regardait que lui, et comme d’habitude, elle avait une once d’invraisemblance. « J’ai besoin de votre magie pour combattre les Démons qui décideront de ne pas me suivre. Aussi, il y a cette bête que je dois dompter pour légitimer ma place sur le trône. Je ne suis pas certain de m’en sortir vivant si je le fais seul… » Massant sa nuque, il cherchait un moyen pour l’instaurer en enfer sans attiser de la mauvaise curiosité. Une alliance trop directe n’étant pas permise, ils se devaient tous les deux de monter un numéro à la hauteur. « Dites-moi, vous a-t-on appris l’art de la comédie dans votre château ? Vous allez être ma prisonnière. Non seulement ce fait d’armes sera déterminant pour accorder crédit à mon entreprise, mais en plus il vous évitera des remontrances de la part de vos consultants. Voyez ça comme un voyage. Une chance de découvrir un environnement plus… ténébreux. Évidemment, il ne vous arrivera rien. » C’est tout ce qu’il pouvait lui promettre. Quant à la proposition, elle était la seule mesure appropriée pour les deux parties.


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Ven 13 Mai 2016, 01:00

Edwina restait silencieuse, écoutant ce que l'homme disait. En réalité, elle était un peu perdue, pas que ce qu'il articulait soit trop compliqué pour elle, simplement parce que la proximité la troublait un peu trop. Aussi, bien que ses oreilles entendent, ses yeux étaient rivés sur chacune des parcelles de sa figure, l'une après l'autre. Elle contemplait ses lèvres remuer, l'expression de son visage qui changeait de temps à autre. Elle finit par se faire remarquer qu'il était semblable à un caméléon, qu'il jouait de ses mimiques avec la facilité d'un acteur sur scène. Peut-être cherchait-il à la tromper ? Elle leva légèrement les yeux pour plonger son regard dans le sien. C'était terrible mais peut-être était-ce là ce qu'elle souhaitait. Sinon, pourquoi passerait-elle autant de temps avec l'Empereur Noir dans un secret quasi dérangeant ? Ils jouaient ensembles et lorsqu'elle avait gagné le duel, quand bien même la souffrance des participants, elle en avait ressenti un plaisir qu'il valait mieux taire. Alors que ce Démon, en face d'elle, prétende à se mettre en scène pour ses beaux yeux et, surtout, pour ce qu'elle pouvait lui apporter, avait quelque chose de grisant. La situation était très loin d'être à son avantage, très loin d'être à celui de son peuple, mais il y avait quelque chose au fond d'elle qui la poussait à lui céder ce qu'il demandait. « Vous avez raison. Les Démons qui envahissent les terres ont besoin d'un meneur et autant qu'il ait des cheveux comme les vôtres. ». Elle pinça ses lèvres quelques secondes avant de sourire. Elle ignorait comment elle préférait cet homme : agréable ou avec cet air qu'il venait de prendre, un air machiavélique qui lui allait si bien. Ce n'était pas sérieux d'aimer sentir la peur l'envahir mais il lui semblait qu'elle se trouvait dans un état de plus en plus décalé avec ce qu'elle aurait dû éprouver devant lui. Il était clair à présent qu'il représentait une menace, bien qu'il ne semble en aucun cas lui vouloir du mal pour le moment. Il en était une pour son peuple de par la simple possession de l’œuf de Suris. Elle aurait dû le faire arrêter.

Au lieu de cela, elle se mit à sourire un peu plus en le voyant se reculer. Ça lui plaisait qu'il l'exhausse sur ce point. Il aurait pu insister, la coller davantage et, à vrai dire, elle n'avait aucune idée de ce qu'elle aurait fait dans ce cas. Elle finit par rire à ses pitreries. Elle espérait qu'il se montrerai plus mauvais et cruel que cela devant ses sujets. « Vous êtes trop musclé pour que je puisse imaginer une telle chose. » fit-elle avec un peu d'audace. Elle l'avait bien senti lorsqu'elle avait posé sa main sur lui. Mieux valait ne pas y penser en réalité. Elle finit par attraper une mèche de ses cheveux pour l'entortiller, mine de rien, l'écoutant parler en pensant à une autruche pour éviter de rougir. Elle ne put s'empêcher d'être étonnée de ses propos. « Vous... vous êtes étrange vous savez. ». Et ce n'était pas peu dire. Un prétendant au trône qui lui promettait de ne pas l'attaquer parce qu'il la trouvait sympathique avait de quoi faire rire, surtout pour un Démon. D'un autre côté, n'était-elle pas en train de converser avec ce même Démon tout en prévoyant de l'aider dans sa quête de pouvoir ? « Enfin, je suppose que nous le sommes tous un peu... ». Elle lâcha ses cheveux, posant sa main sur sa robe. Elle aurait bien ri en l'entendant évoquer sa magie mais cela aurait été stupide. Visiblement, il ignorait quel était son état, qu'elle avait bien du mal à contrôler cette puissance qu'elle possédait. D'un autre côté, bon nombre d'histoires entouraient sa personne, comme le fait qu'elle avait réduit en charpie les Sorciers qui avaient annexé le Lac de la Transparence à l'époque ou comme le fait qu'elle avait créé Caelum et le Cœur Bleu. Peu savaient qu'elle était impuissante la plupart du temps face à la force qui l'habitait. Il n'avait pas besoin d'en prendre connaissance non plus. « Vous... vous voulez m'enlever ? ». Son étonnement devait se lire sur son visage. Elle se mit naturellement à imaginer différents scénarios et finit par réellement rougir de la tête aux pieds. Ses fantaisies étaient réellement nombreuses et bien qu'elle n'aime pas la proximité dans la réalité, ce qui se passait dans son esprit était souvent légèrement osé. « Hum... je... ça me semble une bonne idée... Cela pourrait justifier le fait que je mette des Magiciens à votre disposition. Je pense à quelques uns de mes sujets qui ont pour habitude de travailler discrètement. Nous pourrions dire que vous m'avez autorisé à garder quelques gens à ma disposition. ». Elle marqua une légère pause avant de préciser : « Ne croyez pas que nous sommes uniquement gentils et naïfs. Parfois, la frontière entre un Sorcier et un Magicien est mince. ».

Elle finit par baisser les yeux doucement, réfléchissant à ce qu'il conviendrait de faire pour que son enlèvement paraisse véridique. Il devait être bien plus au fait de comment se passait ce genre de choses qu'elle ne l'était. « Avez-vous déjà enlevé quelqu'un au moins ? ». Elle releva son regard vers lui. « D'un côté, je parais légèrement ingénue aux yeux du monde. Vous auriez pu projeter de m'enlever pour de vrai maintenant... Est-ce que vous devrez me porter ? Et... devrais-je crier ou faisons-nous ça en toute discrétion ? Je me dis que ce serait bien mieux pour votre réputation que la chose soit théâtrale... Si vous m'enlevez la nuit pendant mon sommeil, il n'y aura rien de bien glorieux, j'en ai peur... ». Bien que l'idée lui plaise. L'imaginer entrer dans sa chambre sans un bruit pour la ravir à son peuple et à ses conseillers avait quelque chose d'excitant. Elle finit par se taire, attendant de voir s'il avait un plan à lui exposer.

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Ven 13 Mai 2016, 15:16

L’avantage de posséder mille visages, c’est qu’aucun n'est plus avéré que l’autre. Chaque facette de sa personnalité complétait un trait de caractère, et ainsi de suite, brouillant facilement les pistes sur qui il était véritablement et qu’elles étaient ses intentions. S’il est vrai qu’il affectionnait tout particulièrement mener ses opposants sur une fausse trace, seule sa profonde malveillance était authentique de bout en bout. Tantôt égoïste, lâche, cruel, hypocrite, fanatique et suffisant, il lui arrivait également d’être tout et son contraire en étant modeste et généreux, par exemple. S’amuser des subtilités comme celles-ci lui permettaient entre autres de mettre en offense ses interlocuteurs, voir s’ils arrivaient à saisir les troubles de son esprit malin. Accéder au trône était aussi une procédure pour s’adresser aux plus hauts dignitaires, pour crier au monde qu’il était bel et bien présent, que les choses allaient bouger de manière significative. Qu’importe la puissance globale d’un individu au fond, car il n’est généralement remarqué qu’en obtenant une classe sociale suffisante et respectable. Un leader révolutionnaire à sa solde qui fonde un empire sera toujours moins apparent que le décisionnaire d’une race entière qui siège sur la plus haute tour. Tout n’est qu’une question de point de vue, de relief. De toutes ses invétérées malices, le terme précis que lâcha la reine lui fit cracher un rire plus sinistre que le précédent. Son expression devint tout à coup plus solennelle. Contrastant parfaitement avec ses innombrables pantomimes, il restait désormais statique, sa sombre crinière lui masquant les prunelles par une ombre inquiétante.

Un bref éclat de lumière cramoisi remplaça son œil gauche, comme s’il cachait un rubis en son sein. « Seuls ceux qui sont étranges peuvent se targuer d’aller loin. La banalité est d’un ennui affligeant… » Il releva son visage pour le faire de nouveau paraitre. « Je suis assuré que vous partagez cet avis. J’arrive à le distinguer, vous savez. Représentante des Magiciens, vous êtes séduite par la beauté du mal. La façon dont vos yeux se braquent sur moi… vous aimez ça. Vous appréciez anormalement cette insécurité, savoir que je suis capable du meilleur comme du pire. Dame Edwina, je crois que vous êtes bien plus inquiétante que moi, c’est pourquoi je ne souhaite n’avoir que vous à mes côtés. » Il arrivait assez facilement à lire le mal chez ceux qu’il fréquentait, une capacité surprenante qu’il devait probablement aux dons des dieux. Le fait qu’il était aussi grandement ingénieux devait également avoir sa part de responsabilité. Quoi qu’il en soit, s’il voyait juste — il n’en doutait pas — alors c’était réjouissant pour la suite. Brandissant sa main devant lui, il la contempla — ouverte — légèrement tremblante. « Si j’avais un peu de raison en moi, je pense que je vous craindrais. Heureusement, je n’ai rien d'aussi stérile. » Elle cessa de frissonner, ses lippes s’étirant en un rictus mesquin. Ses pupilles la fixaient tel un faucon sur le point de cribler sa proie avec ses imposantes serres. En fait, la jeune femme n’avait aucunement besoin de se tracasser pour les déroulements de l’opération. S’il est une chose que doit savoir faire un démon moderne, et à fortiori un souverain, c’est d’anticiper les tenants et les aboutissants d’une mission de ce calibre. La capture, la méthodologie, la réalisation et les indices ; tout était prêt. Fermant les yeux, il glissa ses doigts sous son accoutrement. « Je pense que personne n’est gentil, très chère. Pour tout vous dire, je me méfie plus de vous autre que des sorciers. Avec eux, je sais au moins à quoi m’attendre. » Disposé entre son index et son majeur, le bout d’un parchemin plié maintes fois fit son apparition.

Déployant ce dernier, il alla le planter sur l’écorce d’un tronc à l’aide d’une petite lame, puis il revint comme si de rien n’était auprès de la reine. « Je n’ai jamais pris d'otages, mais nous allons improviser. » C’était faux, assurément. Zane avait déjà enlevé beaucoup de personnes, en revanche aucune n’avait été aussi prestigieuse qu’Edwina. En un sens, c’était la première fois qu’il tapait dans le luxe. Pendant qu’il enroulait une longue bandelette autour de sa main, il ne prêta aucune attention à sa réaction, qui devait rester assez perplexe devant cette pratique cela dit. Arrachant le morceau de tissu avec ses dents, il s’abaissa ensuite pour ramasser un peu de terre afin d’imprégner ses vêtements d’une substance crasseuse. « Pour tout vous dire, je ne comptais pas attendre avant de vous ravir. Seul, je n’aurais aucune chance de vous posséder si vous êtes dans ce château, ou alors sa sécurité laisse à désirer. La crédibilité implique que vous soyez à l’écart, tout comme maintenant. » Il s’avança pour lui faire face, massant ses phalanges avec application. Amenant ses griffes à surgir à sa main droite, il appliqua ses doigts sur la robe, puis tout aussi habilement que rapidement, il lacéra une partie de celle-ci, affectant légèrement son épiderme. « Vous allez crier et je vais effectivement vous porter, ce qui va probablement informer vos sujets que vous êtes en danger. Mais ça ne suffira pas pour qu’ils trouvent la lettre, et puis une mise en scène doit faire le plus vrai possible alors… » Subitement et sans la prévenir de son geste, il lui asséna une gifle assez brusque — pour la marquer raisonnablement — dans le but de la faire heurter le sol sans qu’elle soit inconsciente pour autant. Il chevaucha ensuite immédiatement la jeune femme en immobilisant ses poignets, ses longues mèches s’écrasant sur sa poitrine. « Utilisez votre magie et blessez-moi à votre tour. Nous pourrons alors envisager le voyage de noces en enfer. L’intensité de vos pouvoirs indiquera l’emplacement où a eu lieu votre enlèvement. » Revenir plus tard manquait de fiabilité. Agir vite et bien était le propre d’une œuvre soignée.


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Sam 14 Mai 2016, 23:48

Elle n'avait probablement jamais autant pincer ses lèvres. Elle l'écoutait, avec une mine de plus en plus déconfite. Et s'il disait vrai ? Si le mal l'attirait au point de ne plus pouvoir lui résister, jamais ? Elle préférait ne guère répondre aux accusations qu'il proférait sans pour autant chercher à lui faire le moindre tort. Il énonçait ce qui lui paraissait vrai, ce qui l'était sans doute. Il valait mieux se taire qu'essayer de démentir tout en paraissant encore plus coupable. Elle ferma les yeux un instant, cherchant un moyen de s'en tirer à bon compte dans les dires de l'homme. « Il est vrai que l'on dit que les Démons n'éprouvent ni peur ni amour. Je préférerai que vous me craigniez mais, au moins, je suis certaine que jamais vous ne m'aimerez ; même si cela aurait pu être amusant. ». Elle sourit, détournant les yeux tout de suite après pour se concentrer sur un élément du paysage. Il ne faisait aucun doute que son cœur, lui, était stérile. Faire confiance à un être démoniaque relevait de la folie et bien que leurs rapports puissent être courtois à l'heure actuelle, rien ne garantissait qu'ils le seraient encore longtemps. « Vous avez raison, ne faites pas comme moi à accepter un rendez-vous au beau milieu de la nuit avec un individu presque inconnu. ». Son regard s'était porté de nouveau sur Zane, fixant sa main qui avait disparu sous ses vêtements. Elle se posait des questions, des questions qui n'avaient strictement rien à voir avec l'affaire qui les intéressait et qu'elle ne poserait pas. Il la rendait curieuse. Elle le regarda faire son manège, le détaillant un peu plus une fois qu'il fut de dos, détournant les yeux de nouveau quand il se retourna vers elle. « Je suis très mauvaise pour l'improvisation mais je ferai de mon mieux... ». Étrangement, les battements de son cœur avaient pris un tout autre rythme. Elle sourit néanmoins quand il parla de la sécurité du château. « Vous seriez étonné... ». Elle avait déjà reçu plus d'une visite nocturne, celles d'un Alfar et d'un ancien Empereur Noir en particulier. Le mal ne cessait de la solliciter et, à vrai dire, bien que cela l'émoustille et la fasse fantasmer à bien des égards, il s'agissait plutôt d'une malédiction pour celle qui avait tourné le dos à son héritage.

« Qu'est ce que... ? » fit-elle tout en se reculant légèrement lorsqu'elle le vit s'en prendre à ses vêtements. Ainsi avait-il réellement l'intention de l'enlever maintenant ? Elle n'était pas sûre d'être prête... « Vous... ». Il fallait qu'elle règle encore plusieurs affaires et... commençant doucement à paniquer devant l'ardeur du Démon, elle essaya de maîtriser ses émotions en respirant profondément, lentement, ce qui n'amena pas énormément de résultats. Il allait trop vite, il était trop déterminé pour qu'elle puisse réellement le suivre. Se sentant totalement dépassée, elle le laissa prendre l'entière direction des opérations, bien obligée d'obtempérer. Elle avait donné son accord après tout. « Je n'aime pas vraiment... » commença-t-elle pour lui signaler que le contact, encore une fois, ne lui plaisait pas réellement. Qu'il puisse la porter la mettait mal à l'aise. D'un autre côté, elle devait jouer les victimes alors peut-être que ce serait plus bénéfique à leur mise en scène. Dire qu'elle était en train d'aider un Démon qui l'enchaînerait probablement nue à un mur une fois en Enfer. A y réfléchir ce serait plutôt... « Ah ! » gémit-elle après avoir reçu la gifle inattendue, la morsure de celle-ci la déstabilisant complètement. Elle n'eut pas le temps de s'en remettre, se laissant totalement dominée par le corps de l'homme. Détournant la tête plus par réflexe que par réelle volonté, si elle avait imaginé une scène semblable à maintes reprises, chose qui lui avait bien plu dans le monde fantasmagorique, elle n'était plus très sûre d'avoir envie de ce genre de choses à présent. « Je... lâchez-moi ! ». D'un côté, malgré la douleur, elle n'était pas sûre d'être véritablement en danger... de l'autre, elle ne contrôlait pas la situation. Elle chercha à se délier de l'emprise qu'il maintenait sur ses poignets sans y parvenir. Il était trop près, bien trop près mais sa magie ne semblait pas s'inquiéter outre mesure. Elle devait simplement arrêter de penser qu'il mettait les choses en scène. Elle devait penser qu'il était on ne peut plus sérieux. Le principal soucis c'est qu'elle était avant tout gênée par la situation, elle n'avait pas spécialement peur. Il l'avait surprise et elle se retrouvait sous lui. Elle sentait son corps contre le sien, ses cheveux sur elle, sa force, mais elle était à moitié convaincue qu'il ne lui ferait rien de plus. Elle avait du mal à respirer, elle sentait sa joue endolorie comme jamais elle ne l'avait été précédemment. Les lèvres entrouvertes, le souffle court, elle finit par le regarder de nouveau. « Je... je ne peux pas vous blesser... pas comme ça... ». Elle ne devait pas vendre la mèche sur l'instabilité de sa magie. D'un côté, une fois que la frontière serait franchie, elle n'était pas certaine qu'il survivrait. « Je... ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée... Vous ne pouvez pas m'enlever simplement comme ça ? Ils s'apercevront que je ne suis pas là et... ». Elle sentait un mal de tête grandissant faire son apparition. Elle n'était pas à l'aise et ce n'était pas à cause de la menace qui planait sur elle, c'était à cause de lui, de la proximité. « Je vous ai dit que j'étais mauvaise pour improviser et je ne veux vraiment pas vous attaquer sans raison... Si vous voulez que je vous blesse, il va falloir faire plus que me gifler et... ». Elle n'était pas sûre de vouloir en arriver là. Il le demandait mais c'était complexe. « Si... et si je vous tuais ? S'il vous plaît, emmenez moi juste comme ça... ils s'en apercevront, feront des recherches et tomberont sur le mot, forcément... Parce que... si vous voulez vraiment que je vous blesse, il va falloir faire plus que ça et... ». Elle ferma les yeux, déglutissant difficilement. Elle avait bien une idée, qui marcherait, forcément, mais... « Sinon... embrassez moi... longtemps... sans faiblir... ». Il s'agissait du malus d'un vœu qu'elle avait fait à un Djinn. Quiconque posait ses lèvres sur les siennes sans éprouver pour elle un amour véritable ressentait une chaleur l'envahir peu à peu, une chaleur assassine car une fois à son apogée, l'être se mettait à brûler. Revenant sur cette idée qui lui paraissait à présent totalement impossible et inutile pour attirer l'attention de qui que ce soit, elle tourna de nouveau le visage sur le côté. « Le mieux est de m'enlever... maintenant... sans chercher à... C'est dangereux et... ».

1103 – bon désolée je t'ai écrit un roman xD
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Lun 16 Mai 2016, 19:02


Décidément, elle était un drôle de spécimen. Assez surprenante dans l’ensemble, elle parvenait à le déconcerter de plus d’une manière sans qu’il sache réellement quelle serait la répercussion à son attitude tout aussi particulière. Il se pourrait que les monarques aient tous un soupçon d’excentricité. Dans ce cas-là, il se plaçait facilement dans le top trois du prochain concours sur les esprits dérangés. Toutefois, peut-être passait-elle par un chemin trop précaire pour définir ce qu’était un démon. Dans le fond, elle n’avait pas tort de penser qu’ils étaient dénués de tout sentiment affectueux, mais dans la forme, cela se traduisait autrement. Malmenant son index de droite à gauche en poussant de petits bruits insurgés, il tenait à corriger cette image infidèlement assombrie par la société. « Détrompez-vous. Si nous sommes capables de ressentir la haine, alors l’amour n’est pas si différent. La peur est aussi envisageable, c’est pourquoi nous nous attachons autant aux péchés. Savoir les détourner est ce qui fait notre charme. » Lui faire part de cet aveu permettait d’établir un chemin vers la confiance mutuelle qu’ils devaient se louer au moins pendant un temps. Zane ne comptait pas la dilapider sur-le-champ, et tant qu’elle ne contrecarrait pas ses plans, il resterait plus ou moins affable avec. Il ne put s’empêcher de soulever un rire à sa réflexion. « Ne me dites pas que vous regrettez cette entrevue ? Si je ne rentre pas dans vos critères de beauté, c’est assez contrariant. » Il mettait sans relâche un point d’honneur à obnubiler les femmes, davantage encore lorsque celle-ci était privilégiée d’un caractère sans pareil et insaisissable. Penser un seul instant ne pas être désirable avait quelque chose de légèrement outrageant. Il était un tout petit peu narcissique. Rien que ça. Si l’improvisation était son talon d’Achille, dans ces conditions il redoublerait d’efforts pour compenser cette faiblesse.

En dépit de la gêne qu’il lui occasionnait, le Démon mit de côté la tergiversation pour prendre entièrement les rênes. Avant même de lui laisser le temps de répliquer par ses innombrables contestations, l’homme se trouvait d’ores et déjà au-dessus d’elle, presque abasourdi d’avoir autant d’emprises alors qu’elle avait nettement le niveau pour le calciner sur place. Ce n’est qu’après un laps de temps qu’il comprit qu’elle avait quelques lacunes pour faire usage de sa magie correctement, celle-ci étant visiblement plus capricieuse que ça. Edwina était peut-être une personne candide, et encore, elle en jouait énormément… mais il avait persécuté suffisamment de femmes pour savoir qu’elles réagissaient toute de la même manière en étant acculé de la sorte. Lorsqu’il eut ce sursaut de lucidité, il renforça la virilité de ses entraves, ne laissant aucun répit à cette dernière. « Je vois… » Le timbre de sa voix s’était subitement atténué, signe avant-coureur d’un mauvais présage. Un seul de ses organes visuels fut alors troqué par sa couleur d’origine, croisement de noir et d’ocre qui avait su déstabiliser bien du monde. « Si vous pouviez le faire, vous l’auriez déjà fait. J’en serais presque peiné pour vous. » Le plus stupéfiant n’était pas d’apprendre cette particularité, mais bel et bien de voir qu’elle le poussait quasiment à bout en le priant pour ainsi dire d’aller plus loin. Interloqué lorsqu’elle mentionna un baiser comme ultime recours, il comprenait difficilement le développement de cette idée des plus farfelues, plus encore en sortant de sa bouche. Plissant les yeux, il n’hésita pas une seule seconde et plongea tête la première en avant, agglutinant brusquement ses lèvres brûlantes contre les siennes pour lui apporter ce fameux baiser, qui selon son interprétation, agirait en conséquence. Pour autant, après une prolongation accordée de celui-ci, aucun effet ou contrecoup n’en résulta. Il avait beau insister encore un peu en lui mordant même la lèvre inférieure, rien ne se produisit, alors il abrégea l’échange, cruellement déçu par son initiative qui n’avait porté aucun fruit. « Ce n’était que du bluff, je m’en doutais ! Et si nous passions à l’étape supérieure pour voir ? » Armé de son sourire malsain, il glissa sa main sous la robe de la reine, appuyant sa paume sur sa cuisse qu’il remonta jusqu’à son entrejambe, mais avant de tenter quoi que ce soit, divers éclats de craquements et de feuilles le firent immédiatement cesser sa concrétisation. Ajustant la tête en direction de la forêt, il redressa ensuite entièrement son corps. « Il semblerait que vous ayez de la chance. Vos hommes doivent s’inquiéter, nous n’aurons pas besoin d’en arriver à ces extrémités. » Assistant Edwina à se relever en lui tendant gentiment sa main, il la fit d’urgence basculer avec son pied afin de la prendre dans ses bras.

Finalement, elle avait eu raison. Nulle nécessité de chercher les complications quand la solution se présentait d’elle-même. Assez rapidement, il dégagea ses ailes, puis au terme du premier battement qu’il avait souhaité ample et abrupt, il quitta enfin les terres magiques en compagnie de sa captive. Ce n’est qu’une fois hors de vue qu’il s’intéressa à l’état émotionnel de la Dame. « Si quoi que ce soit vous perturbe, n’hésitez pas à me le dire. Je ne ferais rien, mais ça fait toujours du bien d’en parler. » Si les premières minutes s’annonçaient troublantes, le reste de l’itinéraire se passa sans agitation superficielle. Après avoir rejoint le continent dévasté, ils s’engouffrèrent dans les prémices de l’enfer. Avant d’atteindre définitivement les lieux, il reposa la prisonnière. « À partir de maintenant, le jeu risque d’être un peu moins réjouissant pour vous. Je vous garantis ma protection, mais pour ça je vais devoir vous isoler quelque temps pour pouvoir régler les formalités. L’avantage, c’est que vous pourrez vous targuer d’avoir le soutien du souverain démoniaque à l’avenir. » Non moins vif qu’une flèche se ruant en plein cœur, Zane s’asséna un violent coup de poing dans le visage, ceci afin de faire paraitre une marque bleutée sur sa joue. Il en rajouta aussi en se plantant les griffes dans le torse, agitant ses ongles profondément sous sa peau, libérant une abondance de sang.

Désormais paré, il tira Edwina par le poignet, la portant jusqu’à son peuple, tous curieux de le voir débarquer avec elle sous les bras. Les questions ne tardaient pas à fuser, ainsi que les nombreuses menaces envers la dirigeante, celles-ci étant perdues entrent les propositions indécentes qu’elle recevait. Le conspirateur les fit reculer. « Poussez-vous. Je m’occupe personnellement d’elle. Si j’ai besoin de vous, je vous sonnerais. » N’en divulguant pas plus, il éleva son autorité, exigeant à ses fidèles de ne le déranger sous aucun prétexte. Il n’avait encore aucun droit pour prétendre gouverner, c’est pourquoi sa puissance actuelle suffisait à refouler les intrus. Guidant la reine jusqu’à ses quartiers, il fit sortir les quelques femmes en vitesse pour se poser délicatement sur son lit. « Parfois, ils ont le don de m’exaspérer. Enfin bon, suivez-moi. » N’ayant pas le luxe de se reposer, il orienta la brune jusqu’au sous-sol. Une immense pièce confectionnée de barreaux y était édifiée. Pour accompagner ses heures perdues, elle n’avait droit qu’à un lit et une fenêtre barricadée qui laissait engager un peu de lumière. « Voilà votre nouveau chez vous. Je serais juste au-dessus au cas où. Ce n’est l’affaire que de quelques jours, pour que vous me donniez les noms des magiciens qui pourraient vous épauler en toute discrétion. Des questions ? » Qu’elle se rassure, elle aurait largement de quoi se défouler après sa libération.


1232 mots (Bon ben désolé aussi xD)
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Dim 05 Juin 2016, 00:25

Edwina remarqua instantanément la prise de pouvoir de son interlocuteur. Il avait compris qu'elle était impuissante, ce qui lui donnait un avantage considérable. Néanmoins, la jeune femme connaissait bien sa magie. S'il s'avérait que la mort vienne la frôler de trop près, alors elle la sauverait ; elle l'avait toujours protégée. Curieusement, la peur disparut en une fraction de seconde peu après qu'elle ait remarqué le changement opéré au niveau de ses yeux. Aveuglée jusqu'alors, elle n'avait fait qu'essayer de fuir son regard tout en trouvant des solutions pour le repousser magiquement comme il l'avait demandé plus tôt. Face à cette couleur de jais, elle fut intriguée. Prise dans une contemplation curieuse, sa concentration était palpable. Elle se comportait exactement comme une personne cherchant à percer les mystères d'un tableau en apparence simple mais pourtant bien complexe.

Cela ne dura pas car il se rapprocha d'elle avec une avidité qu'elle n'aurait jamais pu prévoir. Poussant une sorte de cri étouffé, elle ferma les yeux tout en essayant de penser à autre chose que les lèvres du Démon sur les siennes. Puisque la tache s'avéra impossible, elle songea alors qu'il serait obligé de s'écarter d'ici peu, le Malus opéré par le Génie prenant l'ascendant. Quelques secondes passèrent sans que rien ne se produise et elle finit par écarquiller ses mires d'étonnement, la bouche de l'homme toujours collée à elle. « Humpf. » émit-elle en essayant de se dégager. Il était brûlant mais, visiblement, la température de sa peau n'avait rien à voir avec sa malédiction. Une fois qu'il se fut retiré, elle objecta vigoureusement. « Non ! Vous auriez dû brûler ! ». Au début pleine de candeur, elle calma vite ses ardeurs quand lui augmenta les siennes. « Qu'est ce que vous... ? ». Elle ne finit pas sa phrase, rougissant des pieds à la tête. L'idée était bonne, il avait raison dans un sens, sauf que sa magie, visiblement, n'en avait cure. Impuissante, ses maigres muscles se tendirent comme pour résister un tantinet. Edwina n'avait plus qu'à prier Suris de la sortir de là. Et sa prière fut entendue. Totalement déboussolée quand il se retira tout en l'aidant à se relever gentiment, elle resta muette jusqu'à ce qu'il se saisisse d'elle. Elle cria de surprise et, quand elle s'aperçut qu'il allait s'envoler, s'agrippa à lui comme si sa vie en dépendait. Le commentaire du Démon plus tard la laissa perplexe. « A vrai dire... ». Elle marqua une pause, pinçant doucement ses lèvres. Elle pencha lentement la tête, regardant le sol un moment. « … vous êtes un peu comme l'un de mes dragons, je trouve. Enfin... en plus perturbant. ». Puisqu'il lui avait posé la question, autant qu'elle lui avoue l'objet de ses troubles. Il la perturbait, juste lui. Le reste, qu'elle soit dans les airs, qu'elle ait en quelque sorte fuguée en acceptant sa proposition à peine forcée, ne lui importait que peu pour le moment. Elle trouvait même cela excitant en réalité. Mais lui... elle ne le comprenait pas. Était-il immunisé contre la magie des Djinns ? Ou alors... peut-être était-ce la magie en question qui s'était dissipée, ce qui expliquerait que Raeden avait pu l'approcher sans brûler non plus ? Il ne pouvait pas l'aimer, quand bien même il avait tenté de lui expliquer que l'amour n'était pas si différent de la haine.

La perspective d'être bientôt en Enfer la captiva encore plus que tout ce que Zane avait pu faire auparavant. Edwina ne répondit pas à ses dires et ne réagit même pas lorsqu'il se frappa, trop occupée à se tortiller pour essayer d'apercevoir plus d'éléments du décor. Quand elle tourna de nouveau les yeux vers lui, elle fronça les sourcils en apercevant le sang qui sortait de ses entrailles. « J'ai entendu dire que certains Démons étaient cannibales. C'est votre cas ? ». Elle avait parfois de drôles d'idées, idées qui s'arrêtèrent lorsqu'il la prit par le poignet. En Enfer, elle essaya de faire en sorte que les Démons pensent qu'elle était effrayée et contrainte, résistant de temps à autre. Cependant, elle ne pouvait empêcher son regard de se poser un peu partout. A travers les dires proférés, les obscénités crachées, le mal avait quelque chose d'affreusement grisant. Elle resta pourtant silencieuse, consciente qu'elle n'était pas en position de force. Sur ses terres, personne n'aurait jamais osé parler ainsi. Ce langage était nouveau pour elle. Secouant doucement la tête une fois plus en sécurité, elle n'arrivait pas à comprendre ses propres pensées. Elle aurait dû être terrifiée, tremblante, mais c'était comme si elle se trouvait dans un état second. Silencieuse, elle attendit d'être dans ses nouveaux « quartiers » pour ouvrir la bouche. « Pas vraiment. Je suis juste contente de vous savoir entouré de toutes ces femmes. ». A y réfléchir, elle se demandait si, elle aussi, ne pourrait pas se marier plusieurs fois. Le mariage était un moyen intéressant de protéger une  nation, d'obtenir des alliés facilement. « Bien, vous pouvez me laisser. » fit-elle en se dirigeant vers son lit, sans plus d'explications sur les raisons de son commentaire précédent. Elle avait connu pire. Se penchant un peu pour attraper l'un des barreaux, elle testa sa solidité un moment, se demandant ce que cet homme faisait avec un décor pareil dans sa cave. S'assurant qu'il était parti, elle finit par enlever ses chaussures pour s'allonger sur le lit. Elle doutait que se déshabiller soit une bonne idée.

« Eorane ? » murmura-t-elle doucement. L'Archimage apparut à ses côtés, en tout point semblable à la reine. « J'espère que vous m'appelez pour prendre votre place ici. ». Edwina resta silencieuse, exaspérant la dirigeante des espions de son royaume. « Je vois. » maugréa-t-elle. « J'ai besoin que tu aides le Démon qui est au dessus à devenir Roi avec quelques uns de tes hommes. Il détient l’œuf de Suris. ». « Et je suppose que c'est uniquement pour cela que vous avez choisi de l'aider. » dit-elle avec ironie. « Non, pas vraiment... ». La Reine Blanche savait parfaitement qu'ils étaient ennemis, non seulement par l'essence de leurs races respectives, mais également dans la guerre des Ætheri. « Fais juste ce que je te demande, s'il te plaît. ». Eorane acquiesça et disparut afin de prendre les mesures adéquates avant de discuter avec le propriétaire des lieux.

Essoufflée, Edwina se battait contre les barreaux de sa cellule. Attachée, elle essayait de s'extraire de l'emprise des lèvres du Démon sur les siennes. Elle luttait mais, finalement, petit à petit, ses plaintes n'étaient plus que pures formalités. Il éveillait le désir chez elle. Abandonnant la lutte, ce fut à ce moment précis qu'elle sentit que quelque chose n'allait pas. L'expression du visage de Zane passa de l'ardeur malsaine à un étonnement couplé à la peur. Il brûlait, petit à petit, et une force étrange semblait le maintenir collé à elle. Il poussa des cris à faire trembler d'effroi l'Enfer dans son ensemble avant de se consumer totalement, son corps disparaissant dans une nuée de cendres qui se dispersèrent au vent.

L'Ultimage se réveilla en sursautant, couverte de sueur. Respirant bruyamment, elle se rendit compte bien vite qu'elle n'était plus dans sa « chambre ». Assise sur un trône dans une pièce sombre, plusieurs statues de pierres l'entouraient, avatars de Démons qui, visiblement, avait essayé d'attaquer un même point de convergence : elle. Des flammes solidifiées semblaient sortir du corps de l'un d'eux. « Qu'est ce que j'ai... ». C'était évident. Elle avait fait une nouvelle crise de somnambulisme et avait trouvé le moyen de s'échapper. Sa magie à l’œuvre, elle avait dû, effectivement, poser ses lèvres sur celles d'un Démon... à moins que ce ne soit lui qui avait... Ils étaient environ une dizaine à l'entourer, enfermés peut-être à jamais dans une prison de pierres. Edwina aurait pu s'apitoyer sur son sort si un bruit, semblable à la respiration d'un géant, ne s'était pas fait entendre. Une chose apparut devant elle, ses yeux dans les siens, son haleine chaude et fétide venant faire virevolter quelques uns de ses cheveux. C'était... la bête... Elle l'avait déjà vu à la Montagne. Une Démone avait cru pouvoir la contrôler et, finalement, avait échoué. Un silence s'installa entre les deux.

La Reine tendit la main doucement vers la créature qui, si au début ne réagit pas, se mit à grogner férocement par la suite. « Je euh... ». La  bonne nouvelle, c'est que de telles sons attireraient forcément du monde et peut-être Zane. La mauvaise c'est que, de son point de vue, elle aurait peut-être plus à craindre du monde en question que de cette créature qui, bien que ne l'appréciant visiblement pas, ne l'avait pas encore dévorée toute crue.

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Mar 28 Juin 2016, 00:11


En se fiant à la perplexité de la reine ainsi qu’à son commentaire à venir, le démon fit rapidement le lien entre ce qui aurait dû se produire au cours de son baiser et ce qui n’avait laissé aucune suite. Il avait distingué à quel point elle fut déconcertée à ce moment précis. Il aurait presque pu se sentir froissé, ne parvenant pas à savoir si elle était enchantée de sa survie ou bien l’inverse. Cette question resterait en suspens pour le moment, notamment car ils n’avaient plus le temps pour se préoccuper des futilités. « Drôle de comparaison. Mais j’espère qu’il s’agit d’un éloge et non d’une injure. » C’est bien la première fois qu’on le rapprochait aux dragons, c’est pourquoi sa curiosité gagnait du terrain, même s’il n’était pas certain de vouloir obtenir une véritable reconduction. Ce qu’elle pouvait penser lui était bien égal dans la mesure où elle agissait selon leur accord. Qu’importe la grandeur de la naïveté qu’elle pouvait dégager de l’extérieur, car il se méfiait d’elle et surtout de ses intentions. Elle avait accepté son autorité sans trop broncher. Or, elle avait tous les instruments à disposition pour se débattre. La vigilance était inhérente au caractère des démons, leur confiance étant alors largement plus ardu à remporter. À raison ou à tort, son imagination débordante ne lui assurait pourtant aucun scénario portant le titre de trahison.

Pendant la préventive situation qui précédait leurs intrusions dans son domaine, il répondit franchement à sa question vis-à-vis de son régime alimentaire. « Ce n’est pas mon met favori, même s'il m’arrive incontestablement d’en manger. Toutefois, ne craignez rien, je dévore uniquement ce qui est repoussant. Voyez ça comme le symbole d’un corps suranné qui se ravitaille du même déchet pour survivre. » Une autre façon de dire qu’il ne touchait que certaines espèces pour lesquelles son cœur basculait et qu’elle avait peu de chances de le voir à l’œuvre. Après lui avoir gentiment montré son nouveau logement et avant de la laisser se familiariser avec sa literie, il agrippa le pan de sa tenue pour la retenir. Il la contempla d’abord, puis remua ses lippes. « Le trouble se lit dans vos yeux. N’essayez pas de savoir si je vous aime ou non. Éludez la question sous une autre forme, et vous comprendrez. » Lâchant son emprise, il la quitta sans plus de cérémonie, la mettant face à ses suppositions. Dès l’instant où il évacua sa chambre, le prétendant au trône se fit brusquement interrompre par l’un de ses compatriotes. « Pourquoi ne pas la supprimer alors qu’il s’agit d’une régente d’un royaume ennemi ? Nombreux sont ceux qui vont vouloir abréger sa vie par tous les moyens. » D’abord avec condescendance, les prunelles du malicieux évaluèrent l’intervenant comme un insecte insolent qui ne valait aucune répartie, mais ses lèvres vinrent ensuite se déformer pour remplacer son air maussade, un large rictus se joignant à ses déplacements silencieux. Avant de pouvoir le réaliser, sa main se situa sur son épaule, qu’il compacta juste assez pour lui fournir un zeste de douleur. « Je peux t’assurer qu’il ne lui arrivera rien. J’ai pris toutes les précautions nécessaires pour ça. De plus, la Dame sait se débrouiller toute seule. Je vous déconseille de l’approcher. La mise à mort ne résout pas tous les maux, tiens t’en pour dis. » Il dégagea lentement l’homme de son passage, qu’il laissa à l’abandon sans aucune forme de politesses. Les idiots devaient être traités comme tels. S’il désirait commettre une erreur, il la paierait de son dû, même si Zane avait fait en sorte de manœuvrer son esprit malléable pour qu’il ne soit pas hasardé de se tourner vers la mauvaise direction.

Un garde dont il avait pleinement confiance se dérobait dans l’ombre, au cas où les choses tourneraient mal. Prêt à intervenir au moindre déraillement. Il devait à présent retrouver la trace de la bête, ou du moins la préparer à son combat d’anthologie. Il n’avait aucune justesse de sa position exacte, c’est pourquoi il avait fait appel à ses meilleurs agents pour le traquer approximativement. Il se rendit donc à la base d’opérations de ces furets de l’enfer. Respectueux de son impolitesse locale, il enfonça nerveusement la porte, découvrant sans stupeur les soldats en train de se rafraichir le gosier. « Je constate que ça bosse dur. » Celui qui dirigeait l’escadron s’approcha à pas feutrés, lui déclarant promptement ce qu’ils avaient appris à propos de la créature. À l’aide d’une carte qu’il posa sur la table, il sema trois lames sur celle-ci. « Ce sont les trois derniers endroits dans lesquels nous l’avons vu. Après ça, il nous a échappé. J’ignore par quel prodige. » Un mystère qui n’en était pas vraiment un. La bête était en quelque sorte un condensé de magie assez impétueux pour tuer une bonne partie d’entre eux sans rencontrer le moindre embarras. Ce n’est pas pour rien qu’il représentait la clé du couronnement, et c’est aussi pour ça qu’il avait conclu de son attrait pour Edwina. En effet, puisqu’il était conscient de sa perte fréquente de contrôle, il avait discrètement demandé à Seth de la libérer de sa cage de manière assez subtile. Ce à quoi il ne s’attendait pas en revanche, c’est qu’elle devança ses manigances. Seth apparut à ses côtés, lui faisant part de son rapport.


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Les soldats de l’enfer furent malheureusement les premiers à retrouver la reine, ces derniers cherchant à la supprimer à cause de ce qu’ils avaient vu. Elle avait mis en échec quelques démons. Volontairement ou non, ils se fichaient bien de parachever la vérité, l’important venant de ce que leurs yeux avaient consigné. Grâce aux grognements répétés de la bête, ils n’eurent aucune gêne à recouvrer sa trace, et même lorsqu’ils pénétrèrent dans la salle, ils ne portèrent qu’un minimum d’attention au monstre, préservant leur intérêt sur la fautive. « Garce ! Je savais qu’on ne pouvait pas te faire confiance ! Il suffit que Zane te tourne le dos pour causer notre mort ! » « Choppons-là, les gars, et engrossons-là pour la punir comme il se doit. » « Que fait-on de lui ? » « Rien du tout. Il va nous prêter main-forte. » Puisque la bête ne s’attachait pas à eux, ils auraient pu s’en donner à cœur joie, mais c’était sans compter sur une intervention providentielle qui les vit se faire propulser au loin comme s’ils avaient été agressés par une énorme massue. Le groupe d’individus se fit terrasser en un instant, après quoi la silhouette à la chevelure si identifiable prit forme. Tandis qu’il se massait les poings, son intervention avait indéniablement attiré l’attention du géant. Le colosse avait des arguments de taille pour dérouter quiconque avait l’audace de s’en prendre à lui. « J’ai toujours rêvé de troquer le décor de cette pièce, tu m’en vois ravie. Merci d’avoir supporté cette peine. » Soulevant un cri de colère, le géant qu’il se ferait une joie de nommer durant le combat ne semblait pas être conquis par la soudaine approche du beau parleur. Son bras suivit une trajectoire aussi nette que féroce, visiblement destiné à le faire taire.

Zane répondit par une réaction d’esquive en utilisant son adresse pour se retrouver en quelques sauts auprès de la reine. Il lui expédia un clin d’œil, le visage consumé par la malice. « Je ne t’ai pas trop fait attendre, chérie ? Tu aurais pu m’avouer tes penchants pour la pierre. Mes réseaux savent où en dégoter d’excellentes qualités. » En tapotant la statue qui reposait à ses côtés, il étalait à quel point son insouciance était présente et qu’il ne lui tenait pas rigueur de cet acte qui ne mesurait d’aucune conséquence en ces lieux. Il est fort à parier que d’autres finiraient probablement par être attirés vers ce point de convergence, mais en attendant, le démon ne pouvait pas se battre en pleine possession de ses moyens dans un milieu aussi étriqué, c’est la raison pour laquelle il se mit directement en projet de le faire sortir par la porte. Sans hésitation, il se propulsa à l’aide du mur, se donnant ainsi l’élan nécessaire pour fuser son corps sur l’ennemi, profitant de toutes ses forces à le décoller du sol. Malgré son atout considérable en ce qui concerne ses muscles, il peinait à le faire bouger comme il l’entendait. En le rouant de coups vifs et brusques, il réussit tout de même à le faire vaciller, le désorientant ensuite suffisamment pour amener ses pas en dehors du palais.

Ôtant un morceau de rempart au passage, l’énorme poing du colosse trouva la fin de son trajet sur la joue du démon qui ricocha à plusieurs reprises sur le sol avant de rouler sur les mètres restants. Soutenu par sa résistance, il s’appuya sur ses avant-bras, à moitié stupéfié de le voir déjà débarquer dans une chevauchée enragée. Il s’éleva dans les airs au dernier moment, trop tardivement cependant, puisqu’il se fit épingler entre ses doigts en attendant d’accueillir son front contre le sien. Zane libéra une gerbe de sang, sa complainte étant insonore. La gracile chevelure du diable s’allongea alors, entourant le monstre en l’enserrant dans une prise qui devenait de plus en plus consistante. « T’es coriace, mais personne ne peut résister au pouvoir divin capillaire. » Du moins, personne n’aurait pu s’en échapper si son acquisition n’était pas aussi fraîche que sa dernière conquête. Par conséquent, il ne maitrisait pas encore les balbutiements de cette inédite puissance. Suivant sa brutalité naturelle, il s’extirpa du piège en les arrachant par la rage, lui décochant instantanément un revers assimilable à un coup de marteau. Il fut une nouvelle fois propulsé au loin, se réceptionnant toutefois avant l’impact. Dans le but d’ajuster de la gravité du combat qui allait suivre, il se débarrassa de ses vêtements. La nudité – ou presque – s’apparentait à une forme de concentration.  


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Mar 28 Juin 2016, 21:29

« Vous êtes complètement fou ! » souffla Edwina, les sourcils froncés, juste après le clin d’œil de Zane. A vrai dire, elle ne le comprenait pas. Elle avait réfléchi à l'énigme qu'il lui avait donné, avait essayé de tourner la question dans tous les sens et ne trouvait toujours pas la réponse. Était-il protégé par les Dieux ? Elle ne le pensait pas. Il n'aurait guère eu besoin d'elle sinon. Alors pourquoi n'avait-il pas brûlé ? Aimait-il toutes les femmes ? Ignorante quant à la véritable raison, elle y repensa quelques secondes avant de se rendre compte qu'il était reparti combattre la Bête. Tournant la tête vers l'endroit où les Démons avaient été projetés, elle semblait réfléchir. Ses lèvres bougèrent, se regroupant légèrement. Un son fut émis, un sifflement. Un petit sourire apparut sur son visage. Edwina ne bougea pas tout de suite, fixant le Démon qui avait décidé de choisir le chemin de la violence. Qu'aurait-elle fait, elle ? Sans doute était-elle trop naïve, sans doute vivait-elle trop dangereusement sans même s'en rendre compte, mais elle aurait probablement adopté le même comportement que plus tôt. Elle aurait fixé ce titan, attendant que quelque chose se produise, tout simplement. Les yeux dans le vide, ces derniers finirent par tomber sur une couronne, posée là, par terre. Elle avait dû tomber lorsque Zane était arrivé. La Reine Blanche attrapa cette dernière, se penchant un peu. Assise sur le trône qui avait appartenu à Gaïa jadis, à Ludwig et à leurs prédécesseurs, elle posa l'objet sur sa tête et attendit. Nul doute que le combat qui se déroulait au dehors allait attirer bon nombre de Démons. Elle inspira doucement. Elle devait faire en sorte de se comporter comme l'Archimage Nylmord et la Dame Rouge le lui avaient appris. Aussi, elle finit par se lever, contrôlant sa respiration et essayant de ne pas penser aux conséquences. Elle savait qu'il s'agissait d'un outrage, elle savait que les Démons risquaient de profiter du fait que Zane était dehors, occupé avec un monstre. Pourtant, quand ils furent près d'elle, elle les fixa en plissant légèrement les yeux. « Écartez vous de mon chemin. ». Elle n'attendit pas une quelconque réponse, s'avançant vers la sortie. Un deuxième cri retentit et une ombre finit par se dégager. Ils allaient tous venir. Ceux qui fréquentaient les Terres Arides étaient déjà là. Ce n'était plus qu'une question de temps. Croire qu'elle était réellement en danger quelque part était assez naïf. Elle n'avait qu'à appeler. Quand bien même sa magie refusait de l'aider comme il se devait, eux le faisaient toujours.


Une fois dehors, une créature imposante se posa juste devant elle, cachant la vue sur le combat entre la Bête et le Démon. Edwina fixa les yeux de l'Enflammé. Elle sourit avant de faire un petit mouvement de la tête en direction du monstre. Dans un même temps, un deuxième Dragon se posa sur le toit du palais, ce dernier craquant légèrement. Il ne faisait pas bon d'amener des bêtes aussi énormes n'importe où. Ils étaient onze au total, onze Dragons à la considérer comme étant l'Alpha. Elle les laissait libre, elle ne les appelait pratiquement jamais. Seulement, à présent, les choses étaient différentes. Quelque part, peut-être qu'au fond elle avait envie que l'Enfer tremble devant elle, que ces hommes à la langue bien pendue la ravalent promptement. Elle n'était pas un morceau de chair, elle était l'Ultimage.

Un Démon sans doute trop curieux s'approcha. Jugé comme étant une menace par l'Enflammé, ce dernier ouvrit grandement sa gueule, lui gobant le bras sans plus de cérémonie. Edwina ferma les yeux. Ce n'était pas le moment de flancher. Ses Dragons étaient aussi dangereux que la Bête. Ils étaient néanmoins plusieurs. Elle avait promis d'aider Zane, elle allait lui donner ce qu'il désirait. Peut-être qu'ensuite, il répondrait à sa question. Ouvrant de nouveau ses mires, elle fixa l'animal déguster les restes de son repas. Elle n'avait pas besoin de parler pour qu'ils se comprennent. Il tourna les talons et d'un coup d'ailes, fonça sur le géant, aidé dans on œuvre par le deuxième Enflammé. Le Dragon de Guerre arriva, suivi de près par plusieurs d'entre eux. Tournoyant dans les airs, leurs ailes, parfois, heurtaient des constructions, les faisant vaciller, leur arrachant des morceaux. Plusieurs cris résonnèrent de nouveau. Les deux Dragons avaient réussi plus ou moins à maintenir la Bête. Edwina s'avança plus, fixant la créature. La Bête devait se soumettre. Redressant un peu les épaules, elle fit un signe de la tête, un troisième Dragon, plus petit, venant appuyer sur le dos du colosse qui dut plier genoux, soutenu par les cris de ceux qui volaient encore et toujours autour d'eux. Sans un mot, elle continuait de le fixer, ne lâchant pas son regard assassin. Elle aimait les Bêtes, celles que personne ne trouvait attrayantes, celles que tous rejetaient parce qu'elles étaient différentes, parce que leur physionomie laissaient à désirer, parce qu'elles sentaient mauvais ou détruisaient tout sur leur passage. Elle aimait ce qui était rejeté, ce qui était traqué. Il finit par baisser les yeux. Elle sourit, se détournant pour fixer à présent Zane. Pendant quelques secondes, elle ne détourna nullement les yeux, comme si, lui aussi, elle avait l'intention de le faire fléchir. « Proclamez-vous Roi, maintenant. L'heure est venue. ». Restant encore quelques secondes ainsi, elle fit un geste de la main à ses Dragons afin qu'ils lâchent la Bête. « Vos détracteurs auront le sort qu'ils méritent ensuite. Et moi, ma réponse. ». Elle finit par détourner le regard, prenant une grande inspiration avant de s'agenouiller devant lui. Elle n'avait aucune indice lui permettant de savoir s'il l'écouterait. Elle ne le comprenait pas. Seulement, il pouvait dire que les Dragons étaient les siens, qu'il l'avait forcé à se comporter ainsi. A vrai dire, il pouvait dire ce qu'il voulait. Le peuple ne tarderait pas à arriver en masse, c'était une certitude. Baissant la tête pour qu'il puisse reprendre la couronne, c'est à ce moment précis qu'elle se rendit compte qu'il était peu vêtu. Complètement chamboulée après une mise en scène dont elle se félicitait intérieurement plus tôt, elle balbutia inintelligiblement et rougit, se penchant un peu plus pour que ses cheveux cachent son visage. La Bête ne bougeait pas, son regard fixé à présent sur Zane. Il était le maître qu'il attendait. Il avait soumis cette femme. Il l'avait soumis lui.

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Mer 29 Juin 2016, 16:35


Dieu qu’il chérissait ça ! L’échange verbal ne soutenait pas la comparaison contre le bras de fer musculeux que se partageaient les hommes. A dire vrai, peu importe à quel point son aspect évoquait l’abjection dans son ensemble, il le percevait actuellement comme un être humain juste assez bien bâti pour l’égaler. C’était bon, palpitant, et tellement poignant qu’il aurait surement de quoi s’exulter durant la confrontation. Il ne s’occupa même plus d’Edwina pour laquelle sa considération avait nettement diminué depuis l’engagement de cette ultime phase. En combat, ses pensées se tournaient uniquement vers lui et sur rien d’autre. L’intérêt majeur se résumait à trouver qui avait la plus grosse. C’était stupide, c’était grossier ou encore très puéril, mais c’était terriblement propre à leurs natures. À l’origine, ils n’étaient que des rustres pour qui la puissance comptait plus que tout, les fonctions cognitives n’étant qu’un bonus préconisé, mais loin d’être essentiel. C’est justement pour émouvoir et intimider les nombreux spectateurs venus pour le voir qu’il frappait le démon colossal comme un acharné, et à chaque fois que ce dernier répliquait plus violemment encore, il en fit de même. Leur force devait être plus ou moins semblable en contrepartie du fait que son adversaire prenait de plus en plus le dessus. Le pugilat les vit agir au tour par tour ; un coup bien ajusté sous le menton, ses talons semés dans l’abdomen, quelques préhensions un peu moins traditionalistes... Bref, un étalage qui devenait presque artistique avec toutes ces palettes de techniques.

Aucune réflexion — pas même la plus rudimentaire — n’inspirait la menée des deux forces de la nature, se neutralisant mutuellement lorsque le — prochain — roi débloqua sa forme démoniaque pour gagner exponentiellement en puissance de frappe. L’écart se creusa davantage, le digne héritier envoutant ses doigts dans une épaisse couche de roche, décuplant en outre la masse accumulée de son crochet qui écrasa vicieusement le faciès du colosse en l’éjectant à distance honorable. Affranchi de l’assaut effréné pour le moment, il en profita pour expirer profondément. Ce n’est que durant cette courte pause que son regard fut attiré vers les nouveaux géants qui gîtaient autour de son palais. Comment avait-il réussi à ne pas les voir avant ça ? Toutefois, il aurait dû se retenir de s’y attarder au milieu de sa confrontation, car son manque d’inadvertance lui coupa net le souffle. Son opposant s’était rondement remis de sa chute. Il aurait dû s’y attendre, si bien qu’il encaissa péniblement son plaquage. Zane tenta de se débattre et de se protéger comme il le pouvait, mais la position incommodante dans laquelle il se trouvait restreignait fortement ses interactions. Tout ce qu’il pouvait faire, ce fut de limiter les dégâts dans la mesure du possible. La patience lui permit de déceler une ouverture en se faufilant entre ses pattes à force de remuer, et lorsque sa position fut la bonne, il le débusqua de sa place en contractant suffisamment sur ses jambes. En conséquence de ce succès, il s’apprêtait à le charger, sauf qu’il ne s’attendait pas à voir les dragons s’immiscer dans le combat lors d’un ballet aérien, cela à dessein de s’occuper de lui à leurs façons. Zane demeura hébété durant toute la solennité des bêtes, bien plus dépité par la tournure qu’avait empruntée l’achèvement que tout ce qu’il avait pu anticiper dans sa tête de furieux. « Eh bien, je… tant pis. » Autant s’y résoudre. À l’égard du marché qu’ils avaient conclu, il attendait bien un soutien de sa part, mais il s’était imaginé la voir à l’œuvre par ses propres moyens. Il aurait sans doute été plus que satisfait de la voir céder à l’instabilité. Il trouverait d’autres occasions.

Elle avait réussi à le dompter, la couronne fixée sur le sommet de son crâne n’y étant probablement pas étrangère. Quand elle s’agenouilla, il fronça les sourcils. Il demeurait continuellement suspicieux vis-à-vis d'une éventuelle révolte de dernière seconde. Néanmoins, il ne se fit pas prier pour saisir la couronne entre ses doigts et la déposer fièrement sur sa tête. « Alors ? Quel effet ça fait sur moi ? » Les démons retardataires lui coupèrent tout éclaircissement à ce sujet. Entre les chuintements discrets et l’effarement qui se lisait sur leur visage, le plaisir n’en était que plus succulent. La liberté d’agir sans conséquence était radiée, il devenait officiellement le nouveau dirigeant des enfers. Il se tourna vers Edwina, s’abaissant juste assez pour dégager les mèches qui la voilaient, murmurant pour qu’elle soit la seule à l’entendre. « Vous m’avez impressionné. Félicitations. » Il fit volteface pour s’exposer publiquement aux siens. « J’ai soumis la bête, conquis des dragons et par-dessus tout… j’ai séduit l’Ultimage. Pour ceux qui désirent remettre mon titre en question, qu’ils s’expriment ou se taisent à jamais. » Il balaya son audition du regard en prévision d’une querelle, mais aucun n’était assez fou pour choisir la mort dans sa forme la plus cruelle. « Bien. Convoyez Sa Majesté à l’intérieur de ma nouvelle suite. Je n’en ai pas fini avec elle. » Deux démons s’approchèrent d’elle pour la prendre par les bras et l’embarquer au palais. Il permit à la bête de prendre congé puis jeta un dernier coup d’œil aux dragons en leur adressant un signe qui ne signifiait rien de spécial, si ce n’est pour les rassurer sur le sort de leur maitresse.


♫ ♫ ♫


Il retrouva Edwina à l’autre bout de chambre royale, seule. C’était différent de ce qu’il avait eu jusqu’à maintenant. Il aurait tout le temps de s’y habituer un peu plus tard. Il lui devait bien une explication par rapport à l’énigme de sa non-consumation. Il ne s’était toujours pas revêtu, alors il en profita pour prendre sa main et la déposer sur son torse, là où se trouvait théoriquement son cœur. « Je ne prétends pas avoir la science infuse, mais je présume que si votre malédiction n’a pas fonctionné, c’est parce que les péchés que je personnifie sont plus que jamais ancrés en moi. Parmi eux se trouve l’envie. L’amour est assez conceptuel pour notre espèce, mais la convoitise est une sorte de dérivé, non ? Le fait est que vous êtes fascinante. Pour plusieurs raisons, je veux vous posséder, vous avoir à mes côtés. En d’autres termes, que vous m’apparteniez, à moi et à moi seul. Mais vous êtes reine. Certes, vous dirigez des faibles d’esprits, mais c’est l’intention qui compte. Et accessoirement, vous êtes plus venimeuse que je le suis. En vérité, c’est d’autant plus excitant. » Soudainement, il lui empoigna le cou en soutenant une pression décente, par souci de ne pas trop l’abimer. Son regard, son sourire, ses traits, même un vampire face à du sang de qualité aurait exposé moins de son effervescence que lui en cet instant. « Vous êtes encore hors de portée, mais dites-vous bien que ça ne durera pas. Je trouverais la bonne approche ainsi que le moment parfait pour obtenir ce que je veux. Je suis vraiment trop mauvais perdant pour renoncer à vous. » Il la lâcha, non sans être un peu brusque en la bousculant sur le lit. Il se laissa choir sur le fauteuil à proximité, reposant son bras sur l’appui et son poing favorisant à caler son visage. « Avant ça, je vous en dois une. Si un jour vous avez besoin de mes services, je rembourserais ma dette. » Une créance qu’il promettait plus par volonté que par obligation. L’avantage d’être dénué de principes, c’est qu’il ne devait jamais rien à personne. C’est seulement en passant plus de temps à ses côtés qu’il trouverait la faille, d’où le bénéfice qu’il pouvait en tirer.  



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Mer 29 Juin 2016, 19:47

Edwina ne répondit pas à la question. Elle ne désirait pas le regarder, chose qui pourtant sembla bien vite irréaliste. Ne pouvait-il pas simplement la laisser se remettre de ses émotions ? Elle pinça ses lèvres à ses dires, se relevant lentement quand il la quitta des yeux pour faire valoir ses droits au peuple démoniaque. Il avait bien plus l'étoffe d'un Roi qu'elle le jour de son couronnement. A vrai dire, la seule raison pour laquelle elle avait accédé au trône était parce qu'elle était naïve, une femme facilement manipulable par des Archimages à l'époque corrompus. Elle avait, certes, annihilé les Sorciers qui avaient marché sur les terres du Lac de la Transparence, mais un tel acte ne garantissait nullement un trône. Finalement, elle le regardait, se concentrant uniquement sur sa chevelure. Il semblait tellement à l'aise devant des hommes et des femmes universellement jugés comme cruels et dangereux. Elle n'avait jamais eu une telle aisance et si, aujourd'hui, elle pouvait s'exprimer devant une foule en paraissant assurée, c'était parce qu'elle avait reçu plusieurs leçons. Quelque part, peut-être le Monde était-il injuste ? Lui semblait si insouciant, s'exposant dans son plus simple appareil à tous ces êtres alors qu'elle ne pouvait se résoudre à se détendre, ayant toujours peur que le Monde brûle soudain de son fait. Aussi, elle n'émit aucune résistance quand des Démons vinrent la chercher, fixant une dernière fois l'Enflammé pour lui faire comprendre qu'il n'avait en aucune manière à s'inquiéter. Les Dragons quitteraient l'Enfer bientôt.

La main crispée sur le torse de Zane, Edwina cherchait à la retirer de là, soudainement très mal à l'aise. Elle n'était pas certaine d'aimer cette sensation. Elle n'était pas sûre d'avoir envie de le toucher. Elle n'aimait pas sa proximité, comme celle de tous les autres. Ce n'était pas lui, c'était les hommes. Grimaçant légèrement, elle s'apaisa doucement quand il ouvrit les lèvres, lui offrant ce qu'elle désirait. Le début des explications lui parut plausible, bien qu'elle penche toujours plus en faveur d'un dysfonctionnement de la magie du Djinn, mais le reste la perturba totalement. Que disait-il ? Cet homme était totalement fou. Ils ne se connaissaient pas et il avait des prétentions qu'elle n'était même pas certaine de comprendre et de vouloir comprendre. Elle n'avait strictement aucune idée de la teinte actuelle de ses joues. Étaient-elles rouges ou blanches ? Elle ne se sentait pas très bien. La posséder... Comme un objet ? Comme un animal de compagnie ? Voulait-il l'enchaîner dans une pièce pour l'éternité ? Était-ce... charnel ? Cette fois, elle sentit réellement une vague de chaleur l'envahir. Elle ignorait si c'était la honte d'imaginer des choses qui n'avaient jamais frôlé l'esprit de l'homme qui la rongeait ou autre chose, mais la situation devenait intenable. Elle fronça légèrement les sourcils quand il parla des Magiciens puis entrouvrit les lèvres d'étonnement lorsqu'il compara leur dangerosité. « Non je... » commença-t-elle avant qu'il n'empoigne sa gorge. Le regardant, elle se sentit frisonner. Elle ignorait si elle avait envie de pleurer ou de disparaître purement et simplement. Son corps contracté, comme pour lutter contre cet intrus bien trop proche, elle ne bougeait pourtant pas. Ses doigts se crispèrent sur le torse de Zane, ses ongles se plantant dans sa peau. Elle se laissa tomber sur le lit sans opposer la moindre résistance. Fixant le plafond un instant, elle inspira profondément, ne cherchant aucunement la discrétion.

Il changeait de sujet ? Parfait, elle n'aurait pu trouver situation plus arrangeante. Inspirant une nouvelle fois afin de faire diminuer la boule qui semblait s'être formée dans sa poitrine, elle finit par fermer les yeux quelques secondes. « L'Archimage que je vous ai envoyé peu de temps après mon arrivée vous aidera à faire taire les Démons récalcitrants, s'il y en a encore. ». Penser à autre chose lui faisait retrouver ses moyens. « Une fois cela fait, ma part du marché aura été honorée. J'espère que vous honorerez également la votre. Après ce qu'il vient de se passer il est certain que je devrais vous maudire à jamais une fois en présence des miens. Mon peuple vous détestera car les mots que vous avez prononcé sortiront forcément de l'Enfer, si ce n'est pas déjà fait. Un Démon qui séduit l'Ultimage, c'est inenvisageable. Je dirai que vous m'avez contrainte à vous obéir, ça ne fera que dorer un peu plus votre blason de bête rustre et sans cœur. ». Elle parlait d'une voix monocorde, fixant de nouveau le plafond. Expirant doucement avant de prendre une nouvelle inspiration, elle continua, s'obligeant à contrôler ses pensées, à ne pas le regarder. « En réalité, on m'a rapporté une fois que la meilleure manière d'éteindre l'envie d'un envieux était de lui fournir ce qu'il désirait. On m'a dit également que le meilleur moyen de contrôler un envieux était de ne jamais lui offrir ce qu'il convoitait. ». Elle ferma de nouveau les yeux. « Je ne sais qu'en penser. Je me demande ce que je devrais faire. Je me demande ce que je serai capable de faire. Je me demande ce que vous voudriez que je fasse. ». Elle se questionnait mais n'avait aucune réponse véritable. Ce qui le motivait était sans doute de réussir une chose impossible, de la considérer comme un trophée de plus sur son tableau de chasse. Une fois acquise, il était certain qu'elle n'aurait plus aucune importance. Pourtant, elle n'avait pas accès à ce genre de réflexions. Elle se contentait de murmurer la théorie, ignorante de ce qu'il entendait par « la posséder ». Ces choses là la dépassaient totalement, bien qu'elle nourrisse de grands fantasmes les concernant. Elle finit par se redresser, ayant soudain une idée pour l'empêcher de l'approcher à l'avenir. Elle ne le regardait toujours pas, préférant un interlocuteur abstrait qu'un home à moitié nu à présent Souverain de l'Enfer. Une fois arrivée au mur le plus proche, elle se retourna, s'appuyant contre ce dernier. « A vrai dire, oui, j'aurai besoin de vos services. ». Elle passa brièvement sa langue sur sa lèvre inférieure, réfléchissant à la tournure qu'elle allait donner à son idée. « Mes Dragons me manquent cruellement et, comme je vous l'ai dit plus tôt, je trouve que... vous leur ressemblez. De ce fait, j'aimerai qu'à l'avenir vous veniez à chaque fois que je vous siffle. ». Dans son esprit, c'était logique : il refuserait et à chaque fois qu'il approcherait, elle le sifflerait. Son ego en serait affecté et il s'en irait. En somme, il s'agissait là d'une logique parfaitement stupide et incertaine. Pourtant, elle y croyait dur comme fer. Légèrement tremblante, elle finit par fixer son regard dans le sien, ses lèvres se réunissant pour émettre le son adéquat.

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Jeu 30 Juin 2016, 14:00


Il ne savait que penser compte tenu des derniers évènements. À juste titre ou non, il se demandait si, à tout hasard, il n’aurait pas pu se charger lui-même intégralement de la bête, sans la participation de l’Ultimage. Il s’égarait dans l’ordre des multiples croisements qui auraient pu le mener au même résultat. En considérant les faits, il s’était probablement un peu trop précipité. Néanmoins, il ne regrettait pas pour autant ce choix pour la simple et unique raison qu’il se savait désormais lié à elle. En acceptant de le soutenir dans sa démarche, elle ignorait visiblement où elle avait posé les pieds. Le démon n’en resterait pas là, bien moins encore que maintenant qu’il possédait l’influence nécessaire pour concevoir ses aspirations les plus folles. La détenir n’était qu’un terme qu’il avait adopté dans l’urgence, mais il ne confirmait en rien le sens qu’il voulait lui livrer. Elle comprendrait ce qu’il entendait par là, tôt ou tard. De toute évidence, rien ne pressait. Surtout pas pour cette dernière. Pour parler affaires, elle mentionna l’Archimage qui pourrait éventuellement le soutenir dans la suppression des éternels récalcitrants au nouveau règne. Il n’était pas naïf. Il savait qu’il ne pouvait pas se permettre de cracher sur l’assiste qu’on lui allouait gratuitement, du moins en apparence. Tout avait un prix. C’est ce que les démons apprenaient dès leur plus jeune âge, notamment avec la fonction du pacte qui reposait essentiellement sur ces notions. Malgré cette certitude, Zane déniait de céder à la facilité en appelant un ennemi à mâcher son travail, à lui et surtout aux siens.

De l’extrémité de ses doigts, il s’amusait à pivoter une des bagues dont il était muni. « Votre part du marché est complétée. Stratégiquement, ce que vous me proposez est la solution la plus viable et probablement la plus sûre. Mais en tant que nouveau responsable, je dois également vérifier jusqu’où mes hommes sont prêts à aller. » Il interrompit son jeu avec l’anneau, se désistant de son siège. Il se dirigea silencieusement à ce qui servait de penderie, l’ouvrit et vérifia quel type de vêtements pouvait lui convenir. Même s’il allait devoir programmer un déménagement, il s’appropria un gilet, certes éthéré, mais qui suffirait néanmoins à rassurer son interlocutrice. « Je dois faire confiance à ceux qui me sont fidèles. Il n’y a que comme ça qu’ils seront capables d’évoluer et de mûrir comme j’entends le faire. La gestion est ce qui a toujours fait à défaut à mon peuple. Je vous remercie malgré tout de la proposition. » Il se désintéressa de ses occupations plastiques lorsqu’elle poursuivit à propos de la haine que ressentiraient les magiciens vis-à-vis d’eux. En avait-il été autrement par le passé ? Elle relatait davantage les faits d’une banalité que d’un changement négatif récent. « Sans aversion, pas d’attirance. Contrairement aux idées reçues, nous permettons de maintenir un équilibre stable. Par conséquent, je serais honorée d’être détesté. » Il se rapprocha du lit, la toisant de haut, son regard se baignant sur son corps allongé. Il ferma ensuite ses paupières en massant ses poignets, légèrement endoloris depuis ses attaques répétées précédentes. « J’ai bien peur que votre analyse soit faussée. Dans mon cas, il n’y a pas de bonnes solutions. De mauvaises non plus. Si vous m’apportez ce que je désire, j’en voudrais naturellement plus. Si en revanche vous ne me l’offrez pas, je redoublerais d’efforts pour me réjouir autrement. Tout le monde dispose d’un point faible. Il suffit d’être persévérant, et surtout immoral. Deux atouts qui me correspondent. » Elle se dévia une nouvelle fois de lui en allant se fonder contre le mur opposé. Entêtée par sa comparaison, elle lui rappela encore son analogie, semblait-il flagrant avec ses dragons. Si elle s’adressa ensuite à lui comme à un vulgaire canidé, Zane n’était pas dupe. Il voyait clair dans son jeu, recourant à une sorte de psychologie inversée pour tenter de le faire reculer dans ses intentions. Bien essayé. Mais le plan était bien trop limpide pour être agissant. De plus, il était à l’aise avec la provocation, c’est pourquoi il y était insensible.

Une main contre sa taille, il médita en se flattant la base du menton. Il se déplaça subséquemment jusqu’à la porte, qu’il ouvrit pour interpeller l’un des gardes auxquels il confia quelques instructions. Ce dernier semblait s’exécuter puisqu’il quitta son poste dans l’immédiat. Le Souverain patienta, figé, installé contre un meuble sans exprimer le moindre mot. Lorsqu’on cogna enfin à la porte, il consentit son ouverture. Le soldat entra en compagnie d’une femme apeurée qui avait les mains ligotées dans le dos ainsi qu’un poignard au design singulier. Le rustre la força à s’agenouiller. Zane le remercia. Il prenait la relève en s’emparant de l’objet, le démon retournant à son service. Privé d’un seul grain de douceur, il suspendit alors férocement les cheveux de cette dernière afin de la soulever. Les cris et les pleurs qu’elle exprimait lui étaient complètement égaux. « Votre proposition est alléchante, mais nous sommes trop indociles pour répondre au sifflement. En revanche, nous invoquer est un jeu d’enfant dans l’ensemble. » Il trancha salement une partie des poils crâniens de la jeune femme qui s’effondra au sol, mais à présent qu’elle ne lui était plus d’aucune utilité, il l’égorgea sans aucune forme de pitié. Les mèches servaient effectivement de rituel pour l’invocation. Pour ça, elles devaient provenir d’une personne au cœur pur.

Il enjamba le corps de la victime qui gisait dans son propre sang et tendit son présent à Edwina. Avec le poignard qu’on lui avait rapporté, il se taillada la paume de la main gauche, permettant au liquide écarlate de s’imprégner sur le sol. « Originellement, invoquer un puissant démon requiert un important sacrifice. Cette méthode étant quelque peu archaïque, j’ai sollicité l’aide d’un sorcier pour me forger cet artefact. » Il prit la main de la reine pour la souiller de son essence, comme s’ils étaient justement en train de pactiser. « Vous pourrez désormais m’invoquer quand bon vous plaira et en respectant quelques conditions. Je pourrais voler à votre secours en tant qu’amant uniquement si je suis disponible. Entendez par là que si jamais vous cédez à l’ennui, vous pourriez y trouver sa fonction. » Il compléta son commentaire d’un léger mouvement du visage avant de s’écarter. Il s’empara d’un linge immaculé pour nettoyer la lame qu’il disposa ensuite dans une sorte de coffre scellé par une clé. Enfin, il arrêta ses yeux sur le cadavre, le considérant sommairement. « Loin de moi l’idée de vous chasser, mais j’ai désormais d’autres priorités que de vous proposer un thé. J’ai un discours à répartir et des préparatifs sur le feu. Je sais combien il est difficile de me quitter. Moi aussi je me suis attaché à votre présence, que voulez-vous. » Bien qu’avec une pincée de raillerie dans sa manière de le lui dire, il n’en pensait pas moins. Zane allait éloigner les gardes et rassembler les démons, ainsi elle pourrait s’effacer des enfers et repartir sagement dans son monde.


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Négociation entre une belle et une bête [Test niveau VI ft.Edoudou]

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