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 ~ Le temps est une rivière, le flux passé ne reviendra jamais ~ [ ÉVENT - solo - Partie II ]

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Mer 08 Juil 2015, 17:26


« David ? » L'homme tressaillit, son geste interrompu, ses doigts perdus entre les abysses de ses mains et le visage de poupée ; tantôt englouties dans la poigne ferme qui enserrait les paumes de porcelaine, tantôt élevé par le calme que cette douce voix lui procurait. Comme une rose dont il humait l'odeur, appréciait le parfum, David en caressait les pétales pour s'enivrer d'une beauté précieuse. À rien d'impropre il n'avait songé auprès d'elle, fidèle chevalier servant qui pour son bien être avait prié. En sa présence il n'osait rien. Elle avait des airs sacrés. Elle avait tout d'une déesse, qu'il découvrait goulument. David ne voulut pas d'une proximité tirer profit, cherchant plutôt maladroitement à l'assurer, à l'amollir pour qu'il en frôle l'écorce, tandis que par une distance sûre il entravait que du mal on ne lui fasse. L'instantané lui était étranger, en devenait bonnement inquiétant. Confronté à ce qu'il n'avait jamais éprouvé, les mots se gâtaient, abîmés. Le tout en devenait un enfoui de sentiments antagoniques, et de gestes inconnus à sa propre âme. Elle qui n'avait connu que mensonge et traitrise ; elle qui s'était imprégnée d'une géhenne qu'on infligeait aux autres ; elle qui avait connut toutes les abominations qu'il fusse possible de côtoyer. Tout était pur, et dans son dos, des ailes aux plumes immaculées déferlaient. Il savait néanmoins qu'il n'avait point le droit de les toucher, quitte à s'y arracher par la force d'une volonté quasi divine. Il allait la souiller. Une telle pureté lui était impropre. Il valait mieux la fuir, elle et cette obsession. Si Hélya s'y soustrayait si aisément, il ne pouvait que faire de même. Il ne pouvait faire autrement, promis à continuellement fuir ce qui pourrait en faire une faiblesse.

Son coeur accélérait, et un éclat maladif s'immisçait dans ses émeraudes précieusement brillantes. « J'ai à te parler » lâcha son acolyte d'un hochement de tête. D'un sourire calme, toujours pondéré en apparence, il quitta la frénésie qui l'enserrait, pour l'eau noire faire redevenir pure. Il refréna momentanément leur contact, se privant de sa présence autant qu'il le put de quelques mots doux. Une fois le touché brisé, la jeune femme rouvrit les yeux, partiellement consciente. « Vous.. » , « Un vieil ami. Il semblerait qu'il ait une affaire urgente à régler » , « Bien. Je reprends.. le service » Prise de quelques vertiges mais rien d'autre, elle se fia aux instructions de l'ange, avant de quitter la tente, ne laissant derrière elle que le vague arôme d'une seconde aussi doucereuse que pénible. Surpris, légèrement contrarié, l'homme ne fit pas mine de son geste, et s'empressa de la quitter des yeux, elle qui s'était évaporée dans la foule.

« Ah bin décidément nos retrouvailles ont été longues et périlleuses, mon brave.. » Plein d'ironie, non pas qu'il ait réellement quelque chose à lui reprocher. « Je n'avais juste.. aucunement l'intention de t'en faire part de suite. J'ai changé d'avis » , « Part de ? » Un silence en suspens « Mais sérieusement, je pensais pas te revoir de sitôt » , « La vie est un peu trop pleine de surprises » Quelque chose clochait dans ses paroles, et il ne fallait pas être devin pour s'en apercevoir, ni même avoir partagé une amitié de quelques dizaines d'années. « Quoi de neuf ? Comment se porte ta belle épouse ? Je crois que votre temps de tourtereaux arrive bientôt à son terme, et pourtant tu préfères venir te salir les mains dans un trou pareil ? » , « Bin mon gars.. Le devoir l'exige. Et je préfère être là à croupir et sauver quelques vies, plutôt qu'à me blottir contre ma petite femme morte d'effroi, de peur que tout ça ne nous tombe dessus » , « Je suppose que tu l'as fait porter jusqu'au continent Naturel chez ses parents, avant que tout cela n'empire ? » , « Tu ne pourrais pas avoir plus tort.. Elle a refusé de s'y rendre. Ayant renié sa famille, elle juge ça indigne de revenir seulement quand ça lui chante » , « Trop gentille pour son propre bien » , « Lindorië a toujours été d'une nature calme et posée. Ce n'est pas étonnant au final » , « Je ne peux pas dire ses motivations irrecevables.. Mais il y a plus important.. » , « Je sais bien.. Faudrait qu'elle agisse pour le mieux, si ce n'est pas en soucis de sa santé, que ce soit en celle de notre bébé » Il le regarda quelques minutes d'un air ébahi, mais toujours ses deux bras croisés sur son torse légèrement bombé. Un sourire presque désolé, piteux, se dessina sur ses lèvres de chair. « C'est vraiment pas le bon moment pour tant de sentimentalisme, et pourtant.. Je suis très content pour toi, mon pote. Depuis le temps que tu rêvais de cette petite famille à toi » , « Sauf qu'à l'époque, j'étais loin d'être celui à brûler le plus d'impatience à l'idée d'y parvenir.. Mais ça.. tu sembles l'avoir oublié »

Du coin de l'oeil, l'homme observait le réprouvé, fermement, minutieusement. Il lisait dans son regard une rage monter, prendre place et modifier ses traits. Si son regard se voulait inquiet et perçant, l'autre se teignait plutôt des couleurs de la révolte, et de la suppression. Il tentait d'éradiquer par cette fuite les possibles qui subsistaient, et son ami n'y assistait que douloureusement. « Ou qui sait juste refoulé, là où les autres ne pourraient jamais venir chercher cet once de vérité » Il fallait lui ouvrir les yeux, et dieu sait seulement le nombre de fois qu'il avait essayé. C'était partiellement dans ses grâces qu'il était maintenant stable, mais quelque chose manquait.. Une pièce maîtresse, celle qui achèverait le chef d'oeuvre d'une longue existence. « J'ai tort peut-être ? C'est quoi cette mine renfrognée que tu me tires là ? » Plus âgé de quelques années, le réprouvé avait toujours fait preuve de respect en sa présence. Jamais il ne l'avait défié, et ces rustres paroles, langue empoisonnée, étaient seulement divers moyens de montrer leur proximité. Il le comprenait mieux que quiconque, du moins le croyait-il, mais il n'avait décelé que les éclats d'un pic de glace dont David cacherait, à dessein, la profondeur. « Rien. Mais quand on te lance de telles vérités à la tronche, faut bien savoir comment les avaler » Il baissa les yeux, contraire à sa propre personnalité, si ce n'était ici plus particulièrement question de volonté. « Je vois que tu tiens beaucoup à la d'moiselle » , « Dis pas d'âneries » , « Je crois que je suis pas celui de nous deux avec l'esprit le plus embrouillé. Depuis le temps que tu.. » , « T'es juste celui qui l'ouvre le plus avant d'avoir pris le temps de réfléchir » , « Tu pourrais ne pas avoir tort, mais je suis aussi celui qui s'est détaché du passé, et pas celui qui ne cesse de vivre dans ses réminiscences » , « On ne monte pas tous cette pente de la gloire vers laquelle tu te diriges tu sais » Il avait du mal à accepter. Il avait du mal à changer. Le changement était douloureux. Il faisait partie d'un inconnu qu'on se devait de découvrir soi-même, en se soustrayant à des habitudes prises, des idées toutes faites. Pour se refaire, parfaire, il fallait s'effacer soi-même, et recommencer la construction de néant. Il fallait un courage inhumain pour se rendre à cette évidence, et la suivre de son plein gré. Il doutait même de le vouloir, et quand bien même l'aurait-il su, s'en serait-il douté, il était impensable qu'il retrouve cette paix bienheureuse dont il fit un jour preuve. Il ne voulait pas qu'on lui pardonne. Il ne pouvait se le pardonner. Il espérait qu'il en soit ainsi pour tous.

« Comme si ça t'avait un jour dérangé de dire ce que tu penses, ou de faire ce qui te semblait juste » Il était un guerrier après tout. Un qui arbore sa propre justice. Un capable de se tâcher les mains du sang d'autrui si pour cela ses idéaux sont remplis. Un ne craignant pas les représailles. Un cherchant encore sa place en ce bas monde, et visiblement la trouver était on ne peut plus compliqué.. « Tu t'es bien ramolli, mon vieux. Je te reconnais même plus sous tes airs maussades, et pleins de faiblesses » La main fermée dans un poing, il vint heurter d'un versant le torse du géant, au plus près du coeur, peut-être dans l'espoir de le réveiller. « Avant tu étais un guerrier. Et tu es devenu un lâche. Un perdant qui se cache derrière un semblant d'armure pour échapper à ceux qui lui veulent du tort » , « Pourquoi.. » , « ..raviver ces vieilles mémoires ? Simple. J'ai une ou deux petites choses à t'apprendre, toujours » Il le regarda, ses muscles tendus, raidis par l'appréhension de la potentielle annonce. « Un autre a été envoyé » Et il voyait ses peurs prendre forme, comme jamais plus il ne les affronterait. « Peu importe combien de fois tu essaieras de fuir, le résultat s'avéra toujours le même. Tu essayes d'exterminer la vermine, mais tu n'en enlèves que le pus à agir à l'aveuglette comme tu le fais. Tu sais bien que pour l'anéantir, la massacrer jusqu'à la moelle, il faut en éliminer le mal, le poison qui dans les veines s'écoule et qui peut venir à l'alimenter. Il faut agir bien, et frapper fort. Tout ne dépend que de toi et de ce que tu veux en tirer finalement de ta pauvre vie » David était toujours debout, les bras croisés. Empoignant la chair de ses avant-bras, il s'efforçait de garder un calme religieux, mais de l'intérieur il bouillonnait d'un sang chaud, comme pas permis. Il voulait mettre fin. À tout, à rien. Il fallait juste que tout cela cesse.

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Mer 08 Juil 2015, 18:25


« Écoute. C'est important » Il vint chercher du bout des doigts les épaules rigides de celui dont il chassait le salut, le pardon dont son coeur raffolait tellement. « Je doute qu'il soit venu exprès pour toi. J'ai entendu dire qu'il se mariait dans une des riches familles qui ont domicile dans les Quartiers Résidentiels, où l'on sème la terreur, et on propage l'horreur du désarroi. Je ne doute pas qu'il ait connaissance de ton existence, et qui sait de ta localisation.. mais il est vrai qu'il n'a encore rien tenté » , « Ce n'est pas surprenant. Ils sont tout bonnement vicieux » Il fronça ses sourcils, de vilaines réminiscences plein la tête. « Ils sont une des raisons pour lesquelles je ne peux pas me détacher de mon passé » , « N'essaie pas d'en faire des boucs émissaires, ou leur attribuer tous les lauriers. Tu es le seul.. » , « Je suis le seul à décider de ma déchéance » , « Dis moi au moins que l'idée de vengeance t'es passée.. » Comme prévu, seul le silence répondit une fois de plus à cette interrogation. Ils étaient semblables. Ce qu'ils ne pouvait répondre, ils ne cherchaient pas à cacher. Aucune mensonge ils ne perpétraient, car conscients qu'ils étaient nuisibles, à quel point ils pouvaient s'avérer terriblement perfides. Le silence était une bien meilleure arme, ou un simple, plus robuste, bouclier.

« Tu ne peux pas continuer.. de chercher une chose pareille ! À quoi cela pourrait bien t'avancer ?? Ça ne la ramènera pas, et te rendra encore moins ton honneur. Il est impossible de faire marche arrière, voire même de restituer ce qui s'est une fois perdu » , « Je le sais mieux que personne.. Mais pour l'heure, il n'y a que cette volonté de leur faire payer ce qu'ils m'ont fait enduré qui me permet d'exister. Ce rang pour lequel il a donné ma vie.. Ces richesses contre lesquelles il a vendu ma dignité et mes exploits.. Comment vivre destitué de tout cela, alors que j'avais tout bâti, travaillé à la sueur de mon front.. J'ai perdu jusqu'à ma propre existence, mon visage.. J'ai eu à tout reprendre de zéro, et je cherche seulement à lui faire payer cet affront » , « C'est justement en ça que consiste la vengeance et elle va juste te bouffer de l'intérieur.. Ils n'ont encore rien tenté qui.. » , « Si c'était une raison suffisante et valable pour lui laisser la vie sauve, à quoi bon avoir ôté toutes les précédentes. Il périra par ma main. Toutefois, tu as raison sur le fait qu'il y en a assez de se cacher tapis dans l'ombre du sombre passé qu'est le nôtre » Il en avait juste marre. D'aucune lucidité, il n'avait encore fait preuve. « Je vais m'en charger » , « J'imagine.. qu'il est inutile d'essayer de t'en dissuader.. » , « Tu es devenu sage dis donc » , « Plutôt que de me lancer à tes pieds comme j'ai pu le faire » , « Rien que le souvenir en vaut le détour ahaha » , « Ce n'est pas comme si tu étais revenu avec deux côtés cassés, et un bras lacéré de haut en bas » , « Je t'avoue que cette partie je préférerais l'oublier » , « Une très bonne mémoire sélective que voilà. Ça doit être pratique » , « Pas pour les pires instants » Et tous deux comprirent où il voulait en venir.

« Je retourne l'informer de mon départ » , « Petite bande de.. » , « Il n'en est rien et tu le sais. Tu nous observais. Elle n'est pas.. » , « Il lui faudrait être folle pour tenir à tes côtés. Ça ne m'étonne pas que tu te contentes de leur rendre visite les soirs, pour ne plus jamais les revoir. C'est sûrement ce qui met le plus ton coeur à l'aise » Il le regarda, et cette fois d'une démence qui le dissuadait d'ajouter ne serais-ce qu'un traitre mot. Certaines choses pouvaient être énoncées, mais d'autres.. « Je partirai sûrement dans un délai de deux ou trois jours vers les Rues Commerçantes. Merci d'avoir fait tout ce chemin pour.. » , « Un crâne d'oeuf comme toi ? C'est rien, j'ai l'habitude. Et tu m'as sauvé la mise tout autant de fois » , « C'est bon de t'avoir là mon pote. Fais en sorte que ça dure » , « Je m'en fous que tu pleures toute les larmes de ton corps, mais je ne pourrai pas rendre ma petite femme aussi malheureuse » , « Et toujours aussi mauvais menteur à ce que je vois » acheva-t-il d'une tape amicale dans le dos.

*

« Linrell, ouvre moi » Déployant ses larges ailes antagoniques, il s'était élevé à la hauteur d'une des entrées les plus improbables, se faufilant juste sous le nez des domestiques qui avaient voulu s'accaparer le droit de refréner ses petites escapades nocturnes. « Mais pour qui vous prenez-vous.. PARTEZ ! Et quelle heure croyez-vous qu'il.. » Une fois les deux vitres écartées, les rideaux ouverts, il vint chercher sa frimousse de sa paume embrasée par le soleil, de sa tendresse sucrée, contrairement à celle aigre de la solitude que son départ laissait planer. « Mais.. David.. Tu.. » Elle se ravisa, hochant la tête. « Non mais qui d'autre serait assez osé et impertinent pour s'introduire ici envers et contre.. » Il l'embrassa chaleureusement, l'air de lui dire bienvenue. L'instant où ses lèvres quittèrent les siennes, elle tenta de reprendre son sermon. « ..après m'avoir lâchement abandonnée il y a.. » Il réitéra ce geste, l'agrémentant néanmoins d'une légère précision. « Pourquoi employer des mots si forts pour une si douce personne ? Je t'avais avertie de mon emploi du temps 'chargé' » Il s'avérait que nul mensonge ne départait ses lèvres, qu'en son sein nulle culpabilité ne saurait se résoudre à se montrer, le pire étant qu'il était assez malin pour user de ces vérités avérées pour en faire de lourdes tromperies. « Qui crois-tu duper, mon beau guerrier ? Si tu es ici, c'est bien car.. » Il vint de nouveau trouver sa bouche de fraise, cherchant à la dissuader. La sachant domptée, incapable de lui résister. Elle était une femme forte à l'accoutumée, et au caractère trempé, celle que nul ne put jamais approcher. Elle était une qu'il ne pouvait se résoudre à leurrer, sous le seul compte qu'elle lui était chère, qu'elle l'avait chéri, autant que lui avait pu apprécier cette attention. S'emparant de son chemisier âcre, elle libéra le premier cri, et le dernier fut à l'unisson.

Linrell grattait tendrement, et d'un ongle bien vernis, la surface d'une peau sur laquelle elle avait laissé son sceau, de ses lèvres, de cette chaleur dont il l'avait emprunt. Bien que n'étant que l'objet d'un désir soudain, et l'aboutissement d'une passion plus grande qui ne saurait s'éterniser plus d'une soirée, elle était spéciale. En ayant conscience, elle voulait asséner aux suivantes la cuisante et triste réalité. C'était un contact des plus exquis, dont elle devait profiter dans la continuité, car impossible de savoir quand elle pourrait de nouveau s'en enticher. « Comment va ton père ? » Surprise, la jeune femme laissa quelques instants la question en suspens. « J'ignorais que viendrait le jour où tu te soucierais de mon cher père », « Contente toi d'y répondre. J'ai bien vu que la 'sécurité' était assurée par un plus grand nombre de gardes et serviteurs » , « Tu es bien observateur.. » Elle se rapprocha de lui, sa main forte ayant glissé sur le bas de son dos, ses lèvres s'étant embourbées sur son front pâle. Son autre coiffait doucereusement ses cheveux raides. « Sa santé s'est quelque peu améliorée. Voyant que nul ne me visitait depuis, il a pu connaître un certain apaisement. » , « D'un côté, c'est pour le mieux si je me suis absenté » , « Penserais-tu, par hasard, si sérieusement à son bien être ? Que peux-tu bien avoir derrière la tête.. » , « Ne sois pas sotte. Ce serait, seulement, une pure question d'investissements si jamais quelque chose je devais protéger. Mais restons en au fait que je m'en voudrais de te causer du tort » , « Tu es devenu bien docile du temps qu'on ne s'est pas vus » , « Tu pourras de nouveau t'en assurer dans quelques minutes. Mais d'abord, je veux savoir. Pourquoi tremblais-tu tellement quand je me suis faufilé dans ta chambre ? De quoi avais-tu si peur ? Ce n'était pourtant pas le cas il y a quelques mois » Il inspira fortement, plaçant ses deux bras derrière sa nuque. Elle tressaillit de nouveau, le regard bas, lugubre. « Il y a peu.. Des hommes sont arrivés sur le continent. Ils sont terrifiants, et propagent avec eux injustice et mauvais karma. Croiser leur regard n'est déjà pas bon signe, mais si un comportement leur déplaît, ils s'assurent qu'on ne pourra plus s'y prêter de nouveau.. Ma mère.. » Elle brisa l'élan de ses beaux yeux, et ses mains étreignirent le corps large de l'homme à la peau hâlée, souffrante. « Ce n'est que grâce à l'appui et la bonne foi de Mr Andelhein que nous avons pu supporter pareille épreuve. Il nous a été d'une aide précieuse dans ce désastre ambulant. » Elle sourit de reconnaissance, mais ce dernier prit bien vite des airs de détresse. « Et quant aux ravisseurs.. nous n'en savons que très peu finalement.. à part qu'on les nomme les Masques d'Or. Et ils sont.. très dangereux.. » Préférant achever de discuter les prouesses de ces oiseaux de mauvaise augure, il l'embrassa. Des perles pendaient à ses deux saphirs, et il les épongea doucement avant de caresser ces plages de sable blanc. Courbant alors l'échine, trouvant dessus lui un petit corps sommant son touché, le réprouvé vint trouver des doigts une chair molle, de sa langue les parties les plus proéminentes de son corps de jeune femme. Ils étaient assez complémentaires, à voir pendant combien de temps..

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Mer 15 Juil 2015, 14:38


Un cri retentit, plein d'une abominable terreur. La belle reconnut la voix d'une servante, avant de sentir les secousses qui ce dernier avaient provoqué. Vacillant, elle s'écrasa sur le lit, désarçonnée. Le réprouvé l'engloba dans son étreinte, espérant la soustraire à ces violents élans qui les meubles firent s'échouer, les arbres craindre, frissonner dans l'immense jardin qui faisait face à sa chambre. L'un, fragilisé par les grandes pluies et les nombreux coups qu'on lui avait déjà assénés, s'écrasa sur l'aile gauche de la maison, gratifiant le ménage d'un nombre de blessés considérable. Les statues s'effondraient l'une après l'autre, les tuiles s'écrasaient au contact du sol, tandis que les piliers de quelques salles permettaient au toit endurant, mais tout aussi terrassant, de s'échouer sur les pauvres âmes en contre bas. Les secousses ne rivalisaient en rien avec la magnitude de celles heurtant de plein fouet le continent dévasté, mais pour les moins préparés, il pouvait se montrer tout aussi mortel. Le manoir ne saurait s'effondrer dans sa totalité, mais peu s'en faudrait. «  PAPAAAA » Leur sécurité présentait de claires imperfections, et pourtant Linrell bondit sur la porte, l'ouvrant d'un geste ample pour s'y faufiler malgré son équilibre instable et sa tenue laissant à désirer. Drapée dans une chemise de nuit qu'on put dire quasi transparente dans sa totalité, elle sentit des pas plus lourds la suivre, avant que ce dernier ne l'arrache à une mort certaine d'une armure qui sur elle vint s'abattre. L'enserrant au niveau de la taille, il la tenait fermement en cage, comme l'oiseau qui risquait d'étendre ses plumages colorés pour fuir où une fin méprisable l'attendait. « Pauvre folle. Mais tu veux mourir dès ce soir ? » , « Je dois aller trouver mon père !! Je peux pas le perdre lui aussi ! » , « C'est pas une raison pour foncer dans le tas ! T'es pas aveugle » Elle baissa la tête, en guise de repentir. « Laisse moi te protéger. Je t'amène à ton père, n'ait crainte » Dans ses yeux on lisait sa rage, dans ses poings sa ferveur. Il abhorrait se laisser dominer par l'impuissance de l'être mortel, et s'attelait au possible à secourir ce qui à ses yeux avait de l'importance. « Il faut tourner à gaucher, puis deux fois à droite. Sa chambre est celle du fond »

Suivant ses instructions, ils s'y retrouvèrent on ne peut plus rapidement, mais considérablement trop tard. La chambre, sens dessus dessous, laissait à supposer les plus folles théories, et l'on eut compris rapidement qui dans les nombreux cris qui retentirent tantôt, le sien devait avoir résonné. Le sol, tapissé de larges bouts d'un tissu écarlate, accueillait son corps enveloppait dans leurs draps soyeux. Immobilisé, il gisait à terre, irrécupérable, une des colonnes d'argile ( décorant la chambre ) ayant écrasé sa jambe droite, l'autre ( ayant brisé le lit à baldaquin ) tenant fermement son dos en échec. Du secours peu de chances il y avait pour qu'il frappe à sa porte, et sentant ses côtes écrasées sous la pression notable de la pierre, le nouveau riche avait conscience de la mort qui frappait à ses portes. Sa vue se troublait, jusqu'à entièrement s'obscurcir, et par opposition son pouls s'accélérait par un phénomène d'amplification respiratoire qu'il n'était pas rare de rencontrer en son cas. Sur son front des sueurs froides, un écoulement fin du liquide sanguin, très peu vu que l'épiderme ne s'en était pas vue percée. Il mourrait à petits feux, cruellement. Il regarda dans les yeux de sa fille chérie naître un profond désespoir, quant à lui empli d'une profonde affection, ainsi que d'une certaine rancune. Il n'était guère le héros dont se repaissait la princesse une fois sortie de son château, mais plutôt une des victimes du malin dont ce dernier se réjouirait dans cette course à un pouvoir plus grand. Il était sage, calme. Il avait compris, et s'y résignait.

« Tu l'as donc revu.. » , « Père ne.. parlez pas.. Je vous prie » , « Je.. » , « Il faut que tu t'en sortes !! » , « Je n'en avais déjà plus pour longtemps.. C'est le destin qui a voulu que je meurs ici. Néanmoins, soit prudente ma fille, car beaucoup de peines et chagrins t'attendent en ce monde. De ces temps sombres.. il nous sera difficile de sortir.. Et.. ces êtres qui nous soumettent.. signeront notre.. tombe si rien n'est fait » Elle s'étranglait entre ses nombreux sanglots, agrippant fermement les pans de son habit, tandis que David se tenait droit, les bras longeant son corps, en guise de respect. C'était la moindre des choses. L'âme s'apprêtait à déserter le corps, ce dernier encore imprégné de soucis pour l'avenir de cette petite qu'il avait choyé à ce jour, protégé outre mesure, fleur qu'on s'apprêtait à cueillir de sa force, et à en ruiner la beauté. « Quel est ton nom ? Jeune vaurien » , « David, même si.. » , « Tu as eu du cran de revenir.. Prends ma fille et garde la à tes côtés ! Sauve la ! Chéris la ! Ces hommes paieront tous ces affronts.. même si je ne puis.. » , « Que dis-tu.. je ne bougerai pas ! Comment peux-tu.. » David était plus pondéré face à la mort. Lui ayant déjà fait face, il n'était pas étranger à ce léger pincement de culpabilité et notamment l'énorme deuil consternant à laquelle le défunt se doit lui-même d'accepter. Linrell ne sentit qu'une main à l'arrière de son cou lui infliger un coup sec, de telle sorte qu'elle sombre dans l'inconscience. L'homme à terre, voyant l'autre la saisir pour la placer sur son épaule, sourit, douloureusement. « Prends soin d'elle. C'est la moindre des choses, contrairement à moi.. et mon.. épouse. Référez vous.. à Mr Andelhe.. » Le regret est une balafre qu'on n'efface jamais.

Arrivé à l'une des arches qui laissaient une vue imprenable sur les jardins fleuris, il vit la fontaine, détruite, inondée de pétales de roses, un arôme si fort qu'il s'en vit écoeuré. Peu demeuraient au coeur du logis, et ceux incapable de fuir, cherchaient à rejoindre la zone la plus sûre de ce dernier. Bon nombre de ces vagues de populace s'écoulaient par les portes principales, n'ayant visiblement pas cédé. David fit de même, ses deux ailes écartées, mais, pris dans son envol, il manqua de remarquer les cadavres qui leur sang sur le pavé hasardeux déversaient. Frayeur et répulsion s'enchaînaient sur leurs visages peinés, et leurs mains se voyaient toutes portées vers un petit groupe dont les visages on avait du mal à discerner. Sentant une flèche lui transpercer la chair, un élancement de douleur le parcourut, l'obligeant à mettre un pied sur la terre ferme. Il ne put que mettre en cage le corps de la donzelle, dans le maigre espoir qu'ils s'en sortiraient tous deux. La chute libre fut affligeante, dolente, mais le contact du sol quelque peu réconfortant. Les dalles froides rassuraient les plaies lancinantes, mais l'ombre de tortionnaires lui fit perdre toute illusion de confort. « Mais à quoi rime tout.. » L'autre le dissuada d'un simple regard. Dans de drôles d'attirails, et un masque tout aussi cocasse, des cris étouffés s'élevaient à leur passage, et une sorte de respect tyrannique surgissait de la bouche de ceux qui ne pouvaient rien pour les empêcher, ne s'y daignaient même pas. Une sorte d'aura meurtrière en émanait, envahissante, pernicieuse, piquant à vif les nerfs de celui qui avait osé, par inadvertance les approcher. Une joute entre deux se déclara, mais visiblement la blessure qu'on lui avait infligée était plus d'un désavantage que David n'aurait voulu l'accepter. Une autre entaille à son bras, et le corps de la jeune femme se laissa choir sur le sol, avant de connaître l'impact assassin d'une lame sans pitié. Son abdomen transpercé, l'homme en sorti la lame, l'essuyant, en partie, du sang qui la salissait, d'un coup sec sur le sol. Par ses deux lèvres un filet de sang perlait, et ses yeux tournés vers le réprouvé dessinaient un air perplexe, mais d'autant plus déchirant, sinistre, que la blessure en elle-même. Il vit sa flamme s'éteindre, ses yeux rivés sur sa beauté funèbre. Un autre s'abattit sur sa gorge, s'assurant de son trépas. Ses canines vinrent se loger dans la chair tendre de ses lèvres, par douleur, par ressentiment. Saisissant un maigre poignard, le guerrier le lui planta à la cheville, avant de le faire chuter. Profitant de cet instant de faiblesse, il prit son envol, laissant la belle charogne derrière lui. David se surprit à les regarder, à fixer le vide qu'ils avaient laissé, et le pan d'habit qu'il avait pu leur soutirer dans un instant de faiblesse. C'était tout ce qui prouvait de cette rencontre émancipée, de ce malheureux tournant de leur destinée.

Toute la famille avait péri. Linrell y compris.. C'était peut-être déloyal, sal*ud de sa part, mais il ne comptait guère venger son trépas. La colère n'habitait que peu son coeur. Une femme de plus qu'à ses bras lui avait été arrachée...

*

« Bonjour » Un sommeil agité était souvent synonyme de tracas, d'un déchaînement intérieur qu'on essayait de taire par peur qu'il ne réveille plus fort que lui-même. L'homme n'était en rien un guerrier que l'on ait pu dire brave ou encore fort soucieux de son entourage, plutôt pris dans une boucle d'égoïsme personnel auquel il mêlait tous ceux qui de lui osèrent s'approcher. Son passé pesait trop lourd sur sa conscience pour qu'avancer soit une option envisageable, et de ce fait tout ce qui se présentait à lui était une succession répétitive et incessante des mêmes images et paroles. Levé du lit à la première heure, ayant enfilé les quelques guenilles qu'il avait amené avec lui la nuit dernière, il avait quitté, langoureusement, l'auberge. Le réprouvé, se frottant les yeux par une pénurie du sommeil donc, bailla bruyamment face au marchand qui le fit attendre. « Un autre s'est fait prendre non loin du port.. C'est vraiment.. » , « Une horreur !! Sacrilège ! Les Aetheri tout puissants ne peuvent donc pas nous venir en aide ? » Interrompus par des émois qui s'avéraient plus fort que leurs échanges monotones, ils firent d'abord fît de ces derniers, exaltés, chauffés par la peur. Des citoyens se rongeaient les sangs à l'idée d'être les prochains. L'exécution publique s'était produite non loin, et agissaient en tant que technique de persuasion, ou d'une certaine dissuasion pour ceux qui chercheraient à aller à leur encontre. Ils étaient puissants, et comme on dit, l'union fait la force. Ils étaient nombreux, forts, bien organisés. Rien n'échappait à leur contrôle, et le nombre de victimes à déplorer ne connaissait qu'une hausse constante, et bien souvent affreusement ciblée sur les forces actives du Matin Calme. Les habitants en étaient réduit à une vie d'esclavage et de servitude guère volontaire pour ceux qui leur imposaient leurs lois. La domination par la peur pouvait certes se montrer contraignante, quoique tout aussi destructrice pour celui l'exerçant, à condition que les populations se lèvent et qu'elles ne soient point trop dérisoires pour mettre un terme au règne de la terreur. « On se fait prendre les uns après les autres. Nous-mêmes devrions nous tenir à l'écart pendant quelques temps.. » , « C'est facile de leur déplaire, mais impossible de leur échapper » , « Nous les mettre à dos.. ce serait signer notre arrêt de mort » Détournant les yeux de la scène apaisée, le marchand semblait grave, interdit.

« V'savez.. Je suis p'tête très heureux d'avoir de la clientèle, mais je vous conseille de déguerpir très vite » , « En quel honneur ? » Le réprouvé interrogea du regard le gaillard, fort comme un bœuf, mais au regard perdu, découragé par dieu sait quelle intervention suffisamment violente pour faire taire les esprits, les assouvir jusque dans leurs libertés. Il reconnaissait ces yeux.. ceux qui croulent dans la peur, ceux qui se laissent envahir par l'autorité d'autres et qui essayent d'échapper à la mort par les moyens du bord.. « V'serez dans de sales draps si on v'trouve ! C'est moi qui v'le dit » , « Mon nom résonne-t-il déjà tellement ? À leur dessein ? » , « Ils n'en ont que faire du bas peuple. Ils ne comptent pas sur nous pour livrer leurs proies au pire enfer qui soit. Certains ont assisté à la scène d'hier, et ont fait passer le mot » Il essaya une chemise, dénudant son corps, et exposant les meurtrissures qu'il avait reçues. Les faits s'affirmaient par eux-mêmes. « Je n'ai donc rien à craindre d'eux pour le moment. Cela dit, c'est étrange. Je ne pensais pas qu'il était si facile d'assouvir une population et que celle-ci se décide à ne pas broncher » , « V'en savez quoi ? C'est pas moi qui fait la loi mon bonhomme. Avant de l'ouvrir faudrait réfléchir » Il prit maintenant une cape, capable de l'abriter. « Je n'avais pas souvenir que les Rues Commerçantes soient d'un si grand danger. Vous n'avez pas de preuves de leurs méfaits ? De quoi reprendre la main ? » , « Au diable les preuves.. V'pouvez demander à n'importe qui dans les environs. Tout le monde vous répondrait en choeur que le danger rôde et que v'êtes bien naïf de pas fiche le camp rapidement. V'voyez ces hommes ? » , « L'aura qu'ils émettent n'est aucunement innocente pour sûr » , « Z'êtes bien long du compte décidément. Ils sèment la terreur par ici. Ils savent de tout, ils jugent tout ce qui bouge. Personne n'ose lever le petit doigt sans leur consentement, et nombreuses sont les familles qui ont péri. D'autres, par peur, se sont laissées embobiner et les assisteraient presque si c'était permis » Il n'y avait pas mieux que feindre l'innocence et l'impertinence pour que les plus gros cadenas cèdent d'eux-mêmes les plus croustillantes observations. « Vous savez si un gaillard, un tel.. Travis est toujours vivant ? La famille qui l'accueille ferait-elle partie de ceux qui complotent comme vous dites ? Je suis venu ici à sa recherche. Une fois que ce sera fait, je m'en tiendrai à vos conseils » , « Ah bin v'allez être content. Il se porte comme un charme. Je vois son maître, Mr Andelhein, traîner ici les matins. Il ne devrait pas tarder. V'pouvez l'attendre dans la rue adjacente. Je suis sûr qu'il se fera un plaisir de v'recevoir » , « Vous semblez l'apprécier » , « Il est d'une gentillesse rare v'savez » , De nos jours, on les compte sur les doigts d'une main » , « Un jeune homme très sympathique, vif d'esprit et aisé, sans en devenir arrogant. Mais v'lui voulez quoi ? » , « Disons que je viens régler une ancienne dette » , « V'aussi il v'a aidé ? C'est vraiment un bon gars » , « Il va encore une fois m'être d'un grand secours » fit-il d'un sourire carnassier que personne ne sembla percevoir.

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Dim 26 Juil 2015, 03:34


Le profil de cet homme était tout ce qu'on pouvait bien espérer de lui. On y lisait la candeur, et une certaine prestance qui ne fut guère négligeable. Son teint était blême, mais l'on pouvait bien comprendre qu'il ne s'agissait là de rien d'autre qu'un potentiel malaise au petit matin, et non pas de ces malins fantômes qui hantent l'esprit humain. Dépossédé de toute malveillance, l'on eut aisément compris l'affection que lui portait le bas peuple, admirant un être si étincelant par sa beauté, et pourtant si vide de prétention, et d'autant plus humble que ceux, fort nombreux soit dit en passant, qui dans les rues les plus malfamées, essayaient de faire fortune, au péril d'une transaction échouée ou d'un client un peu trop mal intentionné. Ces derniers étant des cas récurrents, il était moins commun d'ailleurs que ce genre d'activités ne se terminât par un cadavre au fond d'une ruelle, plutôt que par une prospective d'avenir s'étant réellement accomplie. Cet homme était frais, vif, gai, bien tenu. Sa chevelure éclatante, que le soleil - son jumeau - semblait jalouser, brillait, aveuglant les yeux du réprouvé, voilés du sang de toutes les victimes qui avaient rampé à ses pieds. Saluant brièvement de la main plusieurs passants, que l'on eut pris pour des laquais et non pas des vrais connaissances, il souriait équitablement à toutes les âmes qu'il put croiser. Il était délicat, sensible, bon, et qui sait combien durent en profiter en ces quelques années depuis qu'il avait repris l'héritage familial.. Envisageant l'espace d'un sourire de simplement s'en débarrasser, il comprit qu'il valait mieux prêcher le démérite, se cacher derrière une toile d'innocence, plutôt que d'y aller en force. La surprise pouvait s'avérer, cette fois s'il usait de patience et ingéniosité, une fine lame dont il serait le seul limier. Le voyant approcher de plus en plus du logis où il séjournait exceptionnellement, il n'eut d'autre choix que de tenter une approche. Cette dernière, quand bien même grossière ( ce qui pouvait être également un moyen d'intensifier la confiance qu'il lui porterait ) grâce à l'innocence maladive du personnage, sûrement couronnée de succès.

« Attendez !! » hurla-t-il à pleins poumons, se frayant un chemin parmi la foule tout en essayant de se montrer discret, déjà complètement emprunt dans la peau de son personnage. « Attendez !! Mr Andelhein ! Attendez je vous prie ! » Se laissant parfois porter par le courant, parfois prendre dans ses torrents interminables en une matinée en pleine rue commerçante, David était parvenu à la hauteur de l'inconnu, qui pour sa part n'en était plus tellement un. Il s'était arrêté sur le bord de la route improvisée. Le remerciant avec milles égards, il fit semblant de reprendre son souffle. « Ne pensez rien de mon audace je vous prie.. Mais.. l'affaire.. urgente pour laquelle je veux m'entretenir avec..vous.. exigeait que je me comporte ainsi » Si dans un premier temps un air de méfiance ornait la frimousse frêle de l'individu, il ne fut plus de même une fois que ces paroles furent parvenues à ses oreilles. Plus détaché, plus à l'aise avec son interlocuteur, il facilitait la communication, et pas seulement. « Ce n'en est rien. Mais dites moi d'abord.. que pouvez-vous bien.. » , « Pardonnez moi de ne pas m'être rendu en votre demeure pour m'adresser à vous, d'autant plus en ce qui concerne des sujets si.. intimes, mais comprenez moi, il était bien difficile de vous affronter. J'ai ouï dire que vous aviez été d'un grand secours à Linrell.. J'entends ma fiancée.. et l'on m'a conseillé, pas plus tard qu'à la brune hier soir, de.. venir vous quérir » Des semblants de petites perles se formaient au creux de ces yeux, bien qu'il n'en eut été pitoyable pour autant. « Beaucoup de bruit résonne quant à une catastrophe s'étant produite dans le quartier voisin.. Serait-ce possible que.. » David hocha la tête, lugubre, acquiesçant à la macabre vérité. « Il n'est possible qu'un homme aussi ferme et intransigeant ait pu.. contrarier.. » , « Nous ignorions complètement de quoi il en retourne.. N'eusse été le sacrifice de mon 'père' je n'aurais pu m'en sortir vivant, mais ma femme.. » Ses os rugissaient, lourdement, dans sa poigne fermée, dans celle emprunte de rage qui aurait voulu asséner, s'écraser sur le visage d'un de ses misérables. Mais ce dernier, ne lui était même pas connu.. Tous se ressemblaient, à en perdre toute identité. « C'était une attaque en aveugle ? » , « J'ignore tout de cet incident monsieur.. Inutile de me demander quoique ce soit, je n'ai témoigné que de la présence de nombreux cadavres jonchant les rues à la sortie du manoir. Tout le reste m'était bien égale » Et il était temps de donner le dernier coup d'archet, le coup de théâtre si attendu. « Si seulement.. si seulement j'avais pu faire quoique ce soit » Sa voix montait d'un décibel à chaque attache d'émotion qu'il ajoutait à ses paroles. « Elle s'est éteint dans mes bras vous comprenez ? De la main d'un autre, un autre impitoyable qui l'a souillé de sa lame.. et qui s'est réjoui de son trépas » Il braillait presque sur la fin de cette phrase, crachant entre ses dents la haine qu'il pouvait bien feindre, ressentir peut-être une once en vérité. « Je vous prie de rester calme, Mr ! Il ne vous servira à rien de faire un scandale ! » , « Pourtan je suis certain de ne pas être le seul à me sentir ainsi.. Ces p*tain de Masques d'Or.. Qui ils croient être pour instaurer la loi et espérer encore s'en sortir impunément, alors qu'ils enchaînent les cri.. » Bien que de nombreux visages, tournés vers le sien caché par son pardessus, semblaient agréer avec son discours, nul ne saurait se lever pour accompagner une potentielle rébellion. En rien il n'essayait de lever les foules, mais s'il eut été le cas, cela n'aurait pas été si mal. « S'il vous plaît. Il est délicat de continuer une telle discussion ici. Je compte bien vous venir en aide, alors seriez-vous disposé à m'accompagner ? » , « Pardonnez moi.. M'être ainsi laissé emporter par mes émotions.. Ce n'est évidemment point en mon caractère de perdre autant mon sang-froid » , « N'ayez crainte. Suite à l'horreur que vous avez dû traverser hier soir, ainsi que la douleur avec laquelle vous vous devez de vivre dès à présent, personne ne saurait vous en tenir rancoeur. De plus, vous êtes recherché, ce qui explique votre tenue ouvrière. Venez, nous y sommes presque » Le papillon était tombé dans le piège savamment dressée par l'araignée. Il ne restait plus qu'à voir si la mouche serait également des leurs en cette belle matinée.

*

« Veuillez prendre place je vous prie » David s'en sentit presque transporté au simple aperçu du salon majestueux dans lequel il s'était vu guidé. De larges bandes tissées tapissaient les murs, les tons dorées et les diverses nuances de blancs étant privilégiés au sein de la famille. Des portraits fermes, austères, jonchaient les murs, emplissaient toute une façade au fond de la pièce principale. C'était un honneur que de faire partie de sa lignée, d'autant plus que cette dernière n'avait plus connu de domaine si prospère qu'à l'heure actuelle, le jeune homme ayant su de toute évidence le faire prospérer comme il se doit. Des chandeliers posés sur chaque commode aux ondulations majestueuses, des bougies beiges dans chaque coin, des roses blanches dans des vases coûteux, d'imposants sofas tous de la plus belle fabrique. Comment ne pas jalouser un homme qui a tout, et qui de rien ne jouit finalement par l'usure qu'il donne à ces objets, par l'habitude avec laquelle il considère, d'un œil distant, toutes ces richesses qui purent lui être léguées. Prenant place, l'homme croisa les bras, toujours dans une teneur polie, tout en gardant cet air maussade qu'on espérait de lui. L'on entendit vibrer les quelques clochettes que tenait le nouveau riche, quatre fois en guise de signal pour qu'on lui apportât du thé. De nombreuses fois, Linrell s'en était servie, et s'il était si méconnaissable quant à ses manières, c'était en partie à elle qu'il le devait.

« Linrell, si je puis me permettre de l'adresser ainsi, vous a-t-elle parlé de moi, voire de l'incident s'étant produit avec sa mère ? » , « Je crains qu'elle n'ait pas dit mot sire, elle avait préféré taire tout de ce malheureux événement, et malgré notre proximité, je n'ai pas pu beaucoup en tirer de ses lèvres » , « C'est bien regrettable. Je n'avais pas eu vent des détails, mais j'eus peur pour les deux que cette merveilleuse femme laissa derrière » , « La connaissiez-vous bien ? » , « Assez pour vouloir les aider dans la détresse de sa perte » , « J'aurais aimé, en effet, pouvoir vous aider et vous donner les détails quant au trépas d'une si chère personne à vos yeux mais.. Je regrette. De plus, je ne suis revenu de voyage qu'il y a très peu » , « Vous êtes du genre à beaucoup voyager ? Quelle sorte de récits emportez-vous pour les conter à cette douce future mariée ? » Il avait un sourire peiné, comme s'il eut s'agit de lui dont il était question. Peut-être la convoitait-il secrètement, sans jamais dire mot, et en ces circonstances, il était tout naturel qu'il ait profité du malheur qui la prenait pour tenter de s'en rapprocher. En sa naïve honnêteté, il était probablement inquiet, le contraire n'ayant pas vraiment lieu d'être. « Elle n'était pas du genre très bavarde en ma compagnie, et il arrive que moi non plus » , « C'est vrai qu'elle était plutôt silencieuse une fois que les sujets courants se voyaient épuisés » , « Nous préférions un silence partagé, dans les bras l'un de l'autre, plutôt que de longs discours quant à ce qui nous avait séparé. Les retrouvailles étaient toujours les meilleurs instants de ces séjours » Et l'apparition du supposé fiancé dont il ne savait rien, aurait du l'insupporter, l'attrister dans la moindre mesure, mais l'on comprenait aisément qu'il n'en était rien, et que dans un élan d'extrême gentillesse ( plutôt courant chez lui ) il n'avait que faire de ce statut. Il avait vraiment un trop bon coeur pour son propre bien.. « Il est bien naturel, j'en conviens. Mais, étiez-vous poussé à ce faire pour des besoins de métier ? » Le bruit de la porte cochère s'écartant pour laisser entrevoir le majordome à son service tomba à point nommé, et l'homme qui s'y dressait, droit et concis dans ses gestes, n'était qu'apparition plus heureuse encore. Sur son visage, l'on lisait une terreur ahurie qu'il dissimulât avec distinction aux yeux de son maître, pour ne laisser que le sombre personnage en profiter.

« Je vous remercie pour l'attention.. Je n'avais pas l'intention de venir quérir de vous plus que vous ne m'en devez, n'ayant pas de lien direct avec la famille défunte.. » , « Mais voyons.. Que nous chantez vous là. Je suis sûr que Linrell aurait voulu que les choses se produisent ainsi » , « La chose est que.. dû à mes nombreux déplacements, et mon train de vie plutôt mouvementé, je n'ai de demeure où siéger le temps que mes affaires me parviennent. J'avais accouru au plus vite pour la rejoindre.. je suis heureux qu'il en ait été ainsi » , « Cela peut être vite réglé ! » Fouillant brièvement dans ses poches, il en sortit un petit trousseau de clés, dont il dégagea une seule, de petite taille. Plutôt ovale sur bords, elle comportait de précieux détails, ornée des plus fines fleurs de lys. La lui tendant, il sourit. « Voici une demeure dont je ne fais plus usage depuis très longtemps. Elle a été habitée par les deux générations précédentes, mais voilà bientôt cinq ans que je l'ai quittée pour m'installer plus près du lieu de mes affaires. Quoiqu'il en soit, elle est à votre disposition, s'il vous sciait de vous y installer » David ne sut quoi dire, n'ayant vraisemblablement rien prévu de cet échange soudain. Il n'était point là pour escroquer le brave jeune qu'il avait en face, ni lui soutirer quelque argent qui puisse lui être utile. Les choses prenaient un tournant des plus inattendus, et sa réaction se faisait attendre. « Finalement ne dites rien, j'insiste. Je ne peux vous laisser dans l'embarras, et puis vous n'étiez nul autre que le fiancé de Linrell après tout » Une mention de plus à la jeune femme qui vint ennuyer les oreilles attentives du réprouvé. « Travis, voudriez-vous bien aller chercher quelques habits pour notre invité ? » C'était bien l'occasion rêvée, et il suffisait de poser la bonne question pour qu'il puisse obtenir ce qu'il convoitait. « En quoi étiez-vous proche de Linrell ? Puis-je savoir si vous vous connaissiez depuis très longtemps ? » Sans ne jamais se retourner pour affronter le regard de l'homme à la peau hâlé, ce dernier comprit néanmoins toute l'étendue du secret qu'il voulait cacher, garder tapi dans les ombres les plus obscures du passé, dont il seul détenait la clé à ce jour. « À la réflexion, laissez moi m'en charger. Je vous prendrai quelques uns de mes vieux habits si vous ne vous en envoyez pas offensé » , « Pas le moins du monde » Et l'on lisait dans sa voix qu'il était agacé qu'on eut ainsi esquivé sa question, mais l'homme sembla ne pas en faire fît, et plutôt se concentrer sur la tâche en main. David voulait éveiller en lui cet air de culpabilité, qui lui serait d'autant plus d'usage si ce lien se perpétuait, et qu'ils gardaient contact. « Travis, restez ici et veillez à ce que notre convive ne manque de rien »

L'instant d'après, l'homme avait quitté la pièce, et un silence macabre s'installa.

La joute se lança d'un naturel déconcertant. Prenant de suite une posture défensive, le majordome ne put qu'esquisser une grimace de douleur quand une fléchette, posée là, se planta au creux de son épaule, qu'il tenait dorénavant d'une main ferme. Un rictus haineux s'était affiché sur sa frimousse, et aucune parole n'était échangée. Pourquoi s'en encombrer après tout, les deux ayant bien confiance de l'identité de l'autre, et de ce qu'il pouvait bien trouver aussi bien dans son existence, que dans l'extinction de celle-ci. Tous deux convoitaient cette petite flamme qu'ils voulaient taire, pour la perdre dans les ténèbres, et tous deux visaient les points faibles de l'autre, dans l'espoir de remporter au plus vite les échanges qui les opposaient. Le conflit ne saurait durer, car le bruit de l'argenterie s'échouant sur le sol, et du thé qui se déverse solliciterait, incessamment sous peu l'attention d'autres serviteurs du foyer, voire le maître de maison en personne. Il fallait éviter, et tous deux en avaient conscience.

Travis, le plus inconscient et arrogant des deux, qui, malgré les nombreux meurtres, demeurait celui avec le moins d'expérience, déclencha les hostilités. Il fut le premier à brandir l'épée, à faire le premier geste de violence à l'égard du gibier dont il avait, étrangement, pas mené la chasse. Quelques coups parés, et la lame se trouvait déjà encrée dans un mur, visiblement trop imposante pour l'espace serré dont ils disposaient. Évitant adroitement l'autre lame de l'assassin ( de plus petite taille et notamment plus convenable pour le corps à corps ) qu'il vit se loger dans les épais tissus d'un fauteuil, il roula à l'opposé, saisissant sa jambe pour le faire chuter. Son pied échoua quand il voulut viser sa tête, et ce fut à son tour de se trouver à même le sol. Ayant toutefois perçu le poignard que l'autre cachait à la cheville, il s'en muni, et de l'autre main planta le couteau qui sur la table trônait jusque là. S'en étant armé sans que l'autre ne s'en aperçoive, il l'avait usé à son encontre. Plusieurs entailles se trouvaient déjà sur le corps du réprouvé, mais l'autre semblait en plus mauvaise posture. D'un coup de pied dégourdi et astucieux, il visa sa rotule, d'un mouvement de jambes qu'il sut être suffisant à lui faire perdre l'usage de cet appui, ne serais-ce que l'espace de quelques secondes. Ce fut suffisant pour qu'il lui asséna un coup à l'arrière de la nuque, pour le déstabiliser, et de lui percer la poitrine à l'aide sa propre lame qu'il avait été quérir pendant le combat. L'ayant mis hors d'état de nuire, il s'était éteint, sans même pouvoir se débattre. Peut-être eusse été le fait d'être pris au dépourvu qui l'avait rendu si.. fragile, mais impossible d'en dire plus.

Désireux de déguiser l'affaire en une énième attaque des Masques d'Or ( ces derniers ayant sûrement d'autres chats à fouetter que de s'occuper de ce genre de petites broutilles ) il laissa l'épée au travers de sa poitrine, brisa un vase et une fenêtre. Le couteau qu'il avait utilisé fut nettoyé d'un torchon, mais trompait au sol, près de la table, dans une mare de sang, au cas où on l'examinât. Se coupant au niveau du visage avec un bout de verre qui se trouvait au sol, il ouvrit on ne peut plus bruyamment les portes à l'arrière de la maison, pour faire croire que quelqu'un s'était échappé, et laissa sur le sol le bout de tissu qu'il avait arraché à une de leurs robes. Son témoignage innocent et ce dernier indice sauraient avoir raison de toute méfiance et preuve contraire à ses paroles.

Le maître de maison accourut comme prévu, trouvant le réprouvé, dont il ignorait encore l'engeance, dans une sorte d'armoire se trouvant au fond de la pièce. « QUE DIABLE.. VOUS ALLEZ BIEN ? QUE S'EST-IL.. ?? » , « Votre majordome.. Il... » L'homme avait déjà croisé du regard celui vide de la pauvre dépouille, mais avait, semblait-il, préféré éviter cette vision pour s'enquérir sur l'état de santé du blessé. Levant sa tête, David à même le sol, ce dernier lui décrit brièvement la scène. « Et c'est dans cette direction qu'il s'est échappé une fois.. son.. méfait accompli.. Regardez le.. vêtement là bas.. Il leur appartient.. Travis.. cet homme m'a sauvé.. Tout est de ma faute pourtant.. Serais-ce après moi qu'ils en ont ? » Et pour éveiller la pitié d'un tiers, il n'y avait rien de mieux, d'autant plus un coeur aussi molle et si peu subtil que le sien…

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