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 [Q] – Complot à l’Antre des marais | Orenha

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Typhon Gargantua
~ Eversha ~ Niveau V ~

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◈ YinYanisé(e) le : 09/01/2019
◈ Activité : Chasseur [Rang III] & cuisinier [Rang III]
Typhon Gargantua
Sam 24 Fév 2024, 21:07



Complot à l'Antre des marais


Partenaire : Orenha
Intrigue/Objectif : Complot. La cérémonie de succession a fait de Typhon l’un des élus en lice pour succéder à la Déesse-Totem mourante. Plus qu’un statut social, cette bénédiction de Phœbe s’accompagne d’une lourde tâche : conquérir un territoire du Rocher au Clair de Lune et y faire venir autant de Hesshas que possible. Il faudra à l’homme-serpent-tigre de nombreux alliés s’il espère mener à bien sa mission. Se retrouvant au bon endroit et au bon moment, c’est avec la jeune Orenha que Typhon amorcera la première d’une longue série de négociations.






Grâce à un artéfact magique, Typhon se téléporta à l’Antre des marais. Il se trouvait à l’emplacement et au moment annoncés par sa dernière lettre adressée à Échidna, son épouse. Cette unique boucle d’oreille en argent ornée d’une perle blanche permettait au chef de meute de se téléporter à plusieurs endroits clés de l’Antre des marais, ainsi qu’au Rocher au Clair de Lune. Si cet artéfact facilitait grandement les déplacements, il avait le désagrément de permettre aux ennemis du Grand Totem de lui tendre des embuscades. C’est pourquoi Typhon faisait de son mieux pour varier la destination de ses téléportations.

Le chef de meute fut soulagé d’être accueilli par Lolong, son fidèle compagnon et bras droit. Cet homme au Totem de crocodile marin était d’une aide précieuse pour donner un semblant d’ordre dans la meute de Gargantua. Mélangeant des exilés du Rocher, des natifs des marais, des rescapés des damnés, ainsi que diverses Hesshas à la santé mentale douteuse, la meute de Typhon était loin d’être aussi soudée et fonctionnelle que ses homologues evergrims.
«  Enfin chez moi ! Annonça Typhon en embrassant Lolong. Ça fait du bien de te revoir !
Tu as engraissé, constata Lolong d’un ton de voix quelque part entre le reproche et l’admiration. J’espère que ça veut dire que tu vas pouvoir faire plus de tes journées que manger, chier et dormir.
Bien plus ! Encore une centaine de kilos ou deux et je devrais atteindre les huit heures de productivité par jour. Alors, dans quel état est ma meute ? »

Satisfait des progrès de son chef, Lolong raconta qu’il y avait eu une certaine stabilité lors des derniers mois. Ils étaient très peu à demander l’hospitalité de la meute de Gargantua, mais ils finissaient presque tous par s’intégrer durablement. Il s’agissait là d’un changement de bon augure, impliquant que les meutes rivales avaient cessé d’envoyer des voleurs piller les biens des gargantiens. Autrement, la meute n’avait guère évolué depuis le départ de Typhon. Le maître cuisinier Gal’ulm continuait d’assurer la subsistance de la meute, ce qui avait permis de bâtir un solide noyau de changeurs de forme dont le goût pour la nourriture éclipsait leur dégoût pour les Hesshas. Enfin, Échidna supervisait désormais une vingtaine d’aspirants au gigantisme, ce qui totalisait près du tiers de la meute et de la majorité des non-Hesshas.
«  Quand est-il d’Échidna ? Si elle a bien reçu ma lettre, ça ne me surprendrait pas qu’elle soit devenue plus grosse que moi.
Échidna a prise du poids, mais pas autant que toi. Et les pontons peinent déjà à la soutenir. Alors toi, n’y même pense pas.
J’en prends note. Sur ce, célébrons mon retour par un festin ! Il me tarde de constater l’étendue de l’appétit de ma femelle.
Évidemment. J’informerai Gal’ulm. Autre chose ?
Ah oui, qu’en est-il de la Wynmeris des Terres du Lac Bleu ? Je n’ai pas pu lui consacrer beaucoup de temps avant mon départ. Toujours vivante ?
Vivante, oui, réfléchit Lolong. Gal’ulm s’est occupé du physique. Échidna s’est occupée du mental. Tous les deux t’emmerdent, par ailleurs. »

Typhon laissa Lolong prendre les devants et annoncer l’arrivée du chef de meute. L’homme-serpent-tigre n’avait pas encore l’habitude de mouvoir son corps alourdi par son nouveau régime sur le territoire marécageux. Non pas que le Hesshas était à risque de couler. Au contraire, sa forme serpentine était très bien adaptée aux environnements humides. Il en résultait d’une démarche plus lente, mais moins laborieuse.

***

Le chef débuta la visite de sa meute par les aspirants au gigantisme. Ces evershas s’entrainaient sans relâche pour préparer leur corps ainsi que leur Totem à devenir des géants. Pour ce faire, les aspirants devaient gagner à la fois en poids et en muscle. Car contrairement à une transformation magique temporaire, le don du gigantisme était permanent. Il fallait donc que les aspirants donnent à leur corps suffisamment de matière pour qu’ils puissent être « remodelé » en géants. Pour l’heure la meute de Gargantua ne comptait que Typhon et Échidna comme géants. Les autres avaient péri des conséquences de la Guerre des Crocs.

Le Grand Totem fut satisfait de découvrir une vingtaine de lutteurs de corpulences variés dans le terrain d’entrainement. C’était deux fois plus que lors du départ du chef de meute, trois mois plus tôt. La plupart d’entre eux étaient des rescapés de l’Antre des damnés où ils avaient vécu comme esclaves des Démons. Soucieux d’éviter de subir à nouveau le même sort, ces Evergrims souhaitaient gagner en puissance, quitte à devenir ce que leurs semblables considéreraient comme monstrueux. Il faut dire que ce gigantisme s’appliquait à la forme humaine ainsi qu’au Totem de l’Eversha. En s’approchant du groupe, Typhon constata que l’unique Wynmeris à avoir fait ses preuves pour rejoindre la meute faisait désormais partie du lot. Il s’agissait d’un récent développement considérant son modeste ventre.

À la vue de leur chef, les aspirants se précipitèrent à la rencontre de Typhon. Il y eut un échange de salutations et d’accolades, alors que le groupe s’entassait aussi près que possible du Hesshas géant. Chacun était prompt à démontrer ses progrès, avide de recevoir les commentaires de Typhon. L’on ne manqua pas de remarquer l’impressionnant gain de poids de l’homme-serpent-tigre. Depuis son départ, le Hesshas avait presque doublé en volume. Ayant gagné à la fois en muscle et en graisse, Typhon offrait un exemple concret de ce qu’il attendait des aspirants. Il réitéra l’importance du poids le plus imposant pour une forme physique exemplaire. Après quelques mots d’encouragement supplémentaire, le chef de meute poursuivit son chemin.

***

Continuant sa tournée de la meute de Gargantua, Typhon rencontra Gal’ulm, son maître cuisinier. Ce Hesshas particulièrement hideux, rappelant une immense limace maléfique, fut heureux du retour de son chef de meute. Anciennement un Démon, Gal’ulm avait son lot d’ennemis qui souhaitaient sa mort. Pour échapper à un funeste sort, il avait volontairement subi sa transformation en Hesshas afin de se placer sous la protection de l’homme-serpent-tigre. Aujourd’hui, Gal’ulm affirmait se tenir loin de la politique et n’avait de souci que de s’assurer que la meute de son protecteur demeure bien nourrie. Il se permettait toutefois à l’occasion d’inciter les Evershas au vice de la gloutonnerie. Sans ses pouvoirs démoniaques, toutefois, Gal’ulm ne pouvait compter que sur son charisme et de ses impressionnants talents culinaires pour atteindre son objectif.

Typhon se doutait bien que le maître cuisinier se montrerait serviable uniquement pendant que sa vie serait menacée. Les Démons avaient la mémoire longue, toutefois, alors le chef de meute n’avait guère à craindre quant à la fidélité de son mentor cuisinier pour les années à venir. Enfin, pas plus que l’Eversha moyen. C’est sans trop de surprise que Gal’ulm réitéra sa volonté de soutenir Typhon dans ses ambitions actuelles, félicitant le Grand Totem d’être en lice pour devenir le nouveau Dieu-Totem des Evershas. Il s’agissait de félicitations hâtives, car même Lolong n’avait pas encore été informé de cette nouvelle. C’était là la preuve que l’information s’était répandue bien au-delà des frontières des changeurs de forme… et que Gal’ulm n’était pas aussi inactif qu’il le prétendait.
«  Typhon, mon chaton, s’exclama Gal’ulm en tâtonnant le ventre de son apprenti. Je me réjouis, k’uhm, de te revoir envelopper d’aussi belles formes !
Content que ça te plaise, affirma Typhon en soulevant légèrement son ventre pour l’exposer à la vue de son maître. Je compte sur toi pour le combler. Et sans négliger le reste de la meute, n’est-ce pas ?
Loin de moi l’idée !
Bien. Avons-nous les réserves nécessaires pour festoyer comme il se doit ?
Bien sûr, k’uhm. J’ai pris la liberté de m’offrir les services d’un troisième navire de ravitaillement. Et lorsque dame Échidna m’a, k’uhm, prévenu de ton retour, k’uhm, je n’ai pu m’empêcher de te préparer un défi !  »

***

Le reste de la visite de Typhon fut de courte durée. De nature sédentaire, le territoire de la meute de Gargantua était plutôt modeste. Le tout se limitait à une colline et des étendues marécageuses limitrophes, incluant un accès à la principale rivière de la région, ainsi qu’un quai menant à un profond étant. De nombreux pontons de bois permettaient à la meute de se déplacer au sec et d’y accomplir leurs activités journalières. Ils permettaient également de mieux acheminer les livraisons qui arrivaient régulièrement du quai par des navires qui étaient téléportés dans le marais.

Malgré la petitesse du territoire, plus d’une soixantaine d’Evershas s’entassaient dans cet espace, en plus d’une poignée d’invités. Certains étaient de passage, alors que d’autres étaient en attente de faire leurs preuves. Alors après les aspirants au gigantisme et les cuisiniers Hesshas de Gal’ulm, soit les deux tiers de la meute, il ne restait que divers petits groupes disparates, œuvrant ici et là au gré des besoins. Ce dernier tiers, principalement composé des plus âgés de la meute, n’avait ni l’ambition des aspirants, ni une vocation définie comme les cuisiniers. Hommes et femmes aux nombreux talents, ils assuraient les basses besognes en échange de nourriture et de protection.

Fait marquant de la meute de Gargantua, il n’y avait aucun enfant de bas âge. La meute, tel qu’elle était présentement constituée, existait depuis moins d’un an. Et puis, peu de femmes en âge étaient disponibles pour la procréation. Les aspirantes attendaient de recevoir le don du gigantisme, car elles ne voulaient pas se retrouver écartées du processus le temps de leur grossesse. Les cuisinières, quant à elles, n’avaient aucun intérêt pour une descendance non démoniaque.

***

Ayant achevé sa visite, Typhon grimpa au sommet de la colline pour y rejoindre son épouse. Il entendit la femme-serpent-chatte bien avant de l’apercevoir. Cette dernière se nourrissait avec avidité du copieux repas qui lui avait été donné. D’un puissant rôt, Échidna exposa son ventre gonflé à la vue de son mâle. Plus grosse qu’au moment du départ de l’homme-serpent-tigre, la femme-serpent-chatte occupait plus de la moitié du nid qu’abritait autrefois confortablement le couple. Se massant sensuellement de la poitrine à l’entrecuisse, la femelle incitait son mâle à venir la rejoindre.
«  Si ce n’est pas mon mâle appela Échidna. Viens donc satisfaire ta femelle si tu l’oses… Mais prend garde, si tu me laisses sur ma faim, je pourrais bien te dévorer !
Me dévorer ? Serais-tu si sûre de pouvoir enfin porter mon enfant dans ton ventre ? Questionna Typhon avec espoir.
J’ai recommencé à saigner. Ce n’était pas arrivé depuis la transformation. On dirait que j’étais bel et bien trop maigre et que ça a bousillé mon cycle.
Alors, rattrapons le temps perdu ! Festoyons, baisons et festoyons davantage !  »

Échidna constata rapidement que, malgré ses efforts, l’immense homme-serpent-tigre la dominait plus que jamais. La femme-serpent-chatte voulut ravisée sa posture exposée, mais c’était trop peu, trop tard. Le mâle chevauchait déjà sa femelle qui se retrouva coincée. C’est bien parce que Typhon était devenu trop massif pour le nid qu’il n’écrasa pas complètement Échidna. L’homme arracha un baisé à la femme qu’il n’avait pas vue depuis trois mois, chatouillant sa région intime de la sienne.

Dire que l’homme-serpent-tigre avait pris du poids était bien en deçà de la réalité. Certes, son abdomen humanoïde était devenu un peu plus charnu, mais c’était la partie serpentine de son corps qui avait le plus gagné en rondeur. Les côtes serpentines n’étaient pas plus visibles à l’œil qu’elles n’étaient ressenties au toucher. Or, le corps serpentin du mâle était toujours ferme à la palpation, lui donnant une silhouette équilibrée. C’était donc l’ensemble des 6 mètres 25 du corps de l’homme-serpent-tigre qui se partageait son énorme masse. En comparaison, les 5 mètres 50 d’Échidna étaient déséquilibrés. Son buste était toujours plus charnu en apparence que sa partie serpentine. La femme-serpent-chatte pouvait d’ailleurs encore sentir ses propres côtes serpentines. La femelle comprise qu’elle devait prendre encore beaucoup de poids pour obtenir l’état de santé désirable de son mâle.
«  Vilain, ton retour me fait me sentir bien inadéquate ! Il y a tant de toi et si peu de moi… Qu’as-tu à dire pour ta défense ?
Moins de mots, plus de baisers. Je t’engraisserai comme une truie et tu porteras mon enfant !
Tu as du travail devant toi, je ne fais que 550 kilos. Et tu fais quoi, le double ?
Ouais, 1005 kilos à la dernière pesée.  
Je vais te prends au mot. Aide-moi à ne plus sentir ces vilaines côtes contre mes écailles. Cette fois, je suis sûr que je vais tomber enceinte et que je porterai notre enfant jusqu’au bout…  »

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Orenha
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Orenha
Jeu 14 Mar 2024, 15:05


source de l'entête inconnue
avatar par Alixiirs
Complot à l'Antre des marais
Typhon & Orenha

Suite de ce RP : Le ventre creux


Le craquement du bois sous ses foulées était presque imperceptible. C’était une amélioration ; lorsqu’Orenha était arrivée, il y a plusieurs lunes de cela, les lattes des pontons n’émettaient pas le moindre son, même lorsqu’elle les parcourait d’un bout à l’autre en courant.  
Arrivée au bout, la femme-gerbille se laissa glisser dans la terre boueuse qui bordait le marécage. Elle observa la vase prendre d’assaut ses pieds nus ; lentement mais sûrement, celle-ci se frayait un chemin entre ses orteils et coula, épaisse, tiède, jusqu’à submerger ses chevilles. Orenha fit quelques pas en avant, éprouvant la résistance qu’opposait la boue à son corps avançant dans le marécage. Elle se figea lorsqu’elle fut immergée à mi-mollet. Ainsi immobile, nue et blanche, maigre et voûtée, elle ressemblait à un petit arbre sec. Sa bouche restait entrouverte, avalant avec difficulté l’air lourd et humide qui restait comme figé au-dessus de la surface, presque aussi dense que la vase elle-même. Tout était moite et suintant, en suspens, suffocant, malodorant, comme en état de putréfaction éternelle.


Derrière elle, de lourds claquements de sabots faisaient gémir les lattes de bois et allaient en s’approchant. Iremía venait la chercher.
« Ren ! Qu’est-ce que tu fiches là ? Tu vas attraper la mort. Viens manger. »
La jeune femme s’arracha à sa contemplation, vaincue. Elle se tourna vers celle qui l’avait interpellée et lui souriait, perchée sur le ponton.
La Femme-Yak l’observait avec attention, les poings posés sur ses hanches massives. L’éclat de ses yeux brillait derrière son épaisse frange rousse.
« Pour sûr, tu as repris du poil de la bête. Mais ce n’est pas une raison pour s’arrêter en si bon chemin, j’ai pas raison ? » Elle lui tendit de grands bras musclés auxquels Orenha s’accrocha pour se hisser sur la plateforme. Ensemble, elles tournèrent le dos au marécage et prirent la direction de la colline, où l’air était plus respirable.
« Je n’ai pas tellement faim, » protesta faiblement Orenha. La femme secoua doucement la tête sans prendre la peine de lui répondre. Elle savait que c’était inutile.
La femme-gerbille se plierait à sa volonté quoiqu’elle lui demande ; elle ne contestait pas ses ordres, mais se contentait de dire ce qui lui passait par la tête. Ça donnait parfois lieu à des conversations absurdes.
« J’ai encore essayé d’apprivoiser le marécage, déclara Ren un peu plus tard. Mais je n’ai pas réussi, et tout ce qu’il veut, c’est m’avaler. » Sa voix était ténue, presque un murmure. Les lourdes oreilles de la femme-yak s’agitèrent mollement vers elle pour mieux l’entendre. « Ma forêt me manque. »
Iremía soupira tristement et lui écrasa l’épaule dans un geste qui se voulait réconfortant. « Tu peux toujours décider de partir, tu le sais. »
La jeune fille se mordilla la lèvre inférieure. L’idée de prendre une décision par elle-même et pour elle-même semblait lui être totalement inconnue. Elle avait été contrainte de fuir sa meute. C’est aussi par la contrainte qu’elle était arrivée ici. Dans les deux cas, c’est ce qui lui avait sauvé la vie ; comment pouvait-elle se permettre de prendre des initiatives ? Les conséquences avaient toujours été désastreuses.

Iremía les installa un peu à l’écart et déroula une couverture sur le sol, où elle plaça plusieurs petits baluchons de nourriture. Elle tendit une tunique à la jeune fille. « Je vais aller nous chercher de la soupe. Commence donc. »
Orenha s’enroula dans le vêtement fin, qui la recouvrit des chevilles aux poignets. Sentir du tissu sur sa peau avec cette chaleur moite était désagréable mais c’était indispensable pour éviter de se faire dévorer par les insectes qui tourbillonnaient en nuées voraces au-dessus de leurs têtes. De nombreuses petites piqûres avaient remplacées celles que lui avaient infligées les papillons de nuit lors de cette étrange nuit dont elle ne gardait qu’un souvenir fiévreux.

Son estomac se contracta lorsque ses doigts eurent déballé le premier paquet, constitué de grandes feuilles lisses et souples. À l’intérieur se trouvait un mélange de graines, de noix et de fruits. Elle se mit à les picorer un à un. L’odeur des marais lui restait dans les narines mais son corps réclamait sa pitance. Elle regardait fixement Iremía qui revenait déjà, deux bols fumants dans les mains.

Elle aimait bien la Femme-Yak. Ses débuts dans la meute de Gargantua n’avaient pas été simples. Les premières semaines, elle était restée cloîtrée, terrifiée et muette. Lorsqu’elle avait enfin mis le nez dehors, elle s’était retrouvée incapable de communiquer avec les Hommes-Monstres. Observer la meute peuplée d’Evershas mutants lui donnait l’impression dérangeante de se regarder dans le reflet déformé d’une mare d’eau caressée par  la brise ; il s’en dégageait suffisamment de familiarité pour que les différences lui apparaissent d’autant plus cauchemardesques.
Pourtant, il lui apparut bientôt que personne ne lui souhaitait du mal. Quelle qu’en soit la raison, Typhon Gargantua l’avait placée sous sa protection. Aujourd’hui encore, ses nuits étaient hantées par la créature gigantesque qui l’avait enlevée. Elle peinait à faire l’association entre cette entité monstrueuse et l’homme qui l’avait recueillie et qui avait pleuré pour elle.
Mais tout comme lui, sa meute avait pris soin d’elle. Petit à petit, la Wynmeris avait abaissé ses défenses.

Iremía avait été celle qui était réellement parvenue à se rapprocher d’elle. Lorsque Orenha lui avait demandé si elle était elle aussi une Femme-Monstre, elle avait éclaté de rire. « À ton avis ? »
Orenha l’avait détaillée de haut en bas ; cette femme gigantesque, dont les grosses cuisses rousses et velues faisaient plusieurs fois la largeur des siennes et se terminaient par de larges sabots, ses oreilles touffues et ses longues cornes enturbannées qui surgissaient d’une chevelure aussi épaisse et emmêlée que la toison d’une créature sauvage. Ce fut son sourire paisible qui empêcha la jeune fille de répondre immédiatement par l’affirmative.
« Monstres ou non, personne ne tentera de te dévorer, ici. »
Orenha aimait sa voix, grave sans être grondante, posée, légèrement rocailleuse. Elle faisait rouler chaque mot dans sa gorge dans un bruit qui évoquait des pierres polies brassées à pleines mains, puis elle les assemblait calmement sur sa langue. Son contact était apaisant. Elle était grande et robuste mais ne dégageait pas l’agressivité des Prédateurs. Au contraire ; la femme-gerbille aimait s’envelopper de son ombre comme on se drape d’une couverture chaude et moelleuse.

« Toujours pas intéressée par le gigantisme, je présume ? » se moqua gentiment Iremía en lui tendant son bol de soupe. La jeune fille secoua la tête d’un air résolu. Elle avala de petites gorgées du bouillon épais sous le regard bienveillant de la grande femme, qui se laissa lourdement tomber au sol.
« Gal’ulm avait l’air bien fier de lui aujourd’hui. Et à te voir manger sans rechigner, je suppose qu’il a de quoi l’être. Ha ! Encore un peu, et tu iras lui quémander ta pitance toi-même ! »
Une fois sortie de son état de famine, Orenha s’était mise à bouder les festins concoctés par le maître cuisinier. Elle n’avait jamais eu beaucoup d’appétit et la viande la répugnait tout particulièrement. Cependant, elle mangeait beaucoup trop peu pour pouvoir se contenter d’un régime végétarien. Le maître cuisinier avait redoublé d’ingéniosité et était parvenu à lui faire ingérer les nutriments nécessaires par le biais de diverses soupes et bouillies carnées, sans cesser d’expérimenter jusqu’à ce que la jeune fille commence à se remplumer peu à peu sans avoir à être gavée comme une oie.
« Bon, cela dit… tu es moins frêle qu’à ton arrivée, mais il y a encore du boulot ! » continua-t-elle en pointant du doigt les côtes saillantes de la jeune fille qu’on pouvait apercevoir en transparence derrière la tunique.
Même si elle était encore maigrichonne, elle ne ressemblait plus au sac d’os qu’elle était en arrivant. Une fine couche de graisse l’arrondissait et la remplissait là où elle n’était auparavant plus qu’angles et creux, et des couleurs venaient atténuer son teint de craie.

Dès qu’elle l’avait pu, la femme-gerbille avait commencé à accomplir des menues tâches pour la meute ; principalement des corvées manuelles, où elle s’avérait rapide et efficace. Ce n’est que durant ces moments qu’elle se mêlait un peu aux autres Evershas. La cueillette et l’exploration lui manquait, et la course plus encore, mais s’éloigner de la colline l’effrayait. Même près de la rivière, elle sentait l’haleine des marais lui souffler dans la nuque, comme un constant rappel qu’elle était encerclée.
Ainsi, les jours passaient et se ressemblaient. La gerbille en son sein n’était pas apparue une seule fois.

« Gal’ulm m’a appris que Typhon était de retour. » Surprise, Ren releva le nez de son bol. « Il est avec Échidna en ce moment, mais peut-être acceptera-t-il de te voir, plus tard. Qu’en penses-tu ? »
La jeune femme resta immobile un moment. Absorbée par son nouveau quotidien, elle n’avait pas réfléchi au fait de se retrouver de nouveau en face du Grand Totem un jour ou l’autre. Il l’avait enlevée, mais l’avait protégée. Enfin, elle finit par doucement opiner du chef, ce qui parut ravir  Iremía. « Bien. Je suis certaine qu’il sera heureux des progrès que tu as fait. Finis de manger ! »

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[Q] – Complot à l’Antre des marais | Orenha Aq2e

Avatar : "Chrysalis" de ameliaclairearts
Signature : Teagan White
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Typhon Gargantua
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Typhon Gargantua
Dim 07 Avr 2024, 20:42



Les retrouvailles de Typhon et d’Échidna furent de courte durée. Il y a de cela bien longtemps que l’homme-serpent-tigre et la femme-serpent-chatte ne souciaient plus de ceux qui les entouraient. Ils auraient pu s’abandonner l’un à l’autre, sans égard pour la meute qui avait mille et une demandes pour leur chef de retour d’un long voyance. La pleine lune datant de quelques jours à peine, le corps de la monstrueuse femme était toujours apte à la procréation. La posture du mâle se prêtant aux désirs charnels de la femelle, un rien aurait suffi à entrainer le mouvement…

C’est in extremis qu’Échidna refoula ses pulsions et abandonna le nid au profit du mâle devenu trop massif pour le partager. Typhon se mit alors à dévorer machinalement les restes du repas de son épouse. Elle-même affligé d’un appétit insatiable, Échidna avait remarqué la crise de la faim qui gagna en intensité dans l’immensité du corps de son compagnon. Ce mal insidieux, qui affligeait les deux Hesshas, pouvait survenir presque n’importe quand. L’instinct prenait alors le dessus et il s’en suivait d’une perte partielle de conscience. Si le baiser du couple s’était prolongé, la femme-serpent-chatte aurait été dévorée tête première.

Les serveurs du maître cuisinier arrivèrent peu après avec de la nourriture fraîche pour le chef de meute affamé. Il faut dire que Gal’ulm se spécialisait dans l’excès. Il était apte à satisfaire l’insatiable, momentanément du moins. Difficile donc pour l’instinct des Hesshas ballonnés de prendre le dessus sur leur conscience. Ce n’était d’ailleurs un secret pour personne. La menace d’être dévoré vivant était le prix à payer pour le mode de vie paisible de la meute de Gargantua. Il s’agissait d’une menace somme toute moindre que les aléas ordinaires de la vie à l’Antre des marais.

***

Pendant l’indisposition du chef, Lolong avait fort à faire pour contenir les ardeurs de la meute. La visite de Typhon de son territoire lui avait ouvert l’appétit, alors il serait occupé pendant un temps. Et évidemment, précisément parce que l’homme-serpent-tigre s’était fait voir de la sorte, la meute brûlait d’impatience de lui soumettre toutes les requêtes en suspens, en même temps. Par sa force, Échidna pouvait remplacer Typhon comme protectrice de la meute. Toutefois, son mépris de tout ce qui ne bénéficiait pas directement à sa personne lui valait d’être ignoré de ses pairs (ce qui n’était pas pour lui déplaire).

Lolong lui-même n’était guère mieux que la femme-serpent-chatte. Si lui bénéficiait des sympathies de la meute, il était incapable de prendre des décisions. Avec Gal’ulm qui restait dans sa cuisine, rien ne progressait en l’absence de Typhon. Trois mois d’absence, c’était donc beaucoup à gérer en même temps. Et jusqu’à preuve du contraire, leur glouton de chef continuerait de passer la majorité de ses journées à manger et à dormir. Prenant une grande respiration, l’homme-crocodile se prépara à la lourde tâche de trier les demandes qui seraient adressées à Typhon lors du conseil du soir.

Si l’intendant de Typhon n’avait aucun talent pour prendre des décisions, il était pourvu d’une certaine aisance en logistique. Les soucis des aspirants au gigantisme pouvaient attendre. La plupart de leurs requêtes concerneraient leur impatience à recevoir le don du gigantisme. La priorité serait donc accordée à Gal’ulm, dont le travail était essentiel à la survie de la meute. Viendrait ensuite le sort des invités, puis, si le temps le permettait, des groupes de soutien. Jugeant sa liste adéquate, Lolong concentra son attention sur les invités de la meute.

L’homme-crocodile amorçait sa tâche en triant les invités qui souhaitent intégrer la meute de Gargantua de ceux qui souhaitaient prolonger leur séjour. Typhon insistait pour offrir l’hospitalité à quiconque la réclamait. C’était la meilleure méthode de promouvoir le peu qu’avait la meute de Gargantua à offrir. C’est pourquoi le premier cycle lunaire était libre de toutes contraintes. À partir du deuxième, toutefois, il fallait avoir de bonnes raisons pour ne pas reprendre son chemin. Après avoir bénéficié des largesses des Gargantiens sans contraintes depuis trois mois, l’homme-crocodile était certain que Typhon chasserait les squatteurs.

***

Après avoir entendu plus que son lot d’excuses et de platitudes, Lolong se présenta devant Orenha pour s’entretenir avec elle. De la douzaine d’invités, c’était la seule que Typhon avait demandé des nouvelles. L’homme-crocodile estimait donc qu’elle représentait quelque chose aux yeux du chef. C’est pourquoi l’intendant jugea bon de prendre son temps avec ce réceptacle.
«  Eh, brindillette, annonça Lolong à l’égard d’Orenha. Nous t’avons soigné. Nous t’avons hébergé. Nous t’avons nourri. À mon sens, tu nous rejoins, ou tu fous le camp… mais c’est Typhon qui décide. Alors maintenant qu’il est de retour, tous les invités sont conviés au conseil du soir. Prépare-toi à faire entendre ce que tu as à dire. Notre chef n’est pas du genre à veiller tard et vous êtes une douzaine à juger.

Iremía, tire-lui les vers du nez. C’est toi qui es responsable de la brindillette. Si elle n’arrive pas à parler, tu parles à sa place.
»

La tradition de la meute de Gargantua était que chaque nouveau membre devait être mis à l’épreuve lors d’un cycle lunaire. Un invité qui s’acquittait de son épreuve était intégré à la meute lors d’une cérémonie lunaire. Ceux qui échouaient étaient expulsés. Règle générale, les épreuves avaient pour but de déterminer la loyauté des individus, ainsi que leur tolérance aux Hesshas. L’échec confirmait donc l’indésirabilité de ces prétendants opportunistes.

Jadis, les nouveaux se voyaient imposés à la corvée du nid, où ils devaient nettoyer le lieu de vie de Typhon et d’Échidna. Entre l’incontinence des occupants et la quantité phénoménale de nourriture qui y était consommée, l’état du nid se dégradait à vue d’œil. Ainsi, les membres en devenir s’acclimataient des particularités de leurs chefs et démontraient leur humilité en servant des Hesshas. À peine considérés comme des Evershas, ces monstres étaient rejetés de la plupart des Evergrims. Les servir, tout particulièrement dans ces conditions, était une grande humiliation pour les fiers sangs purs, même pour des natifs de l’Antre des marais.

Aujourd’hui, les temps avaient changé et les épreuves étaient plus modérées. La meute avait accueilli trois membres détritivores qui vivaient en permanence dans le nid. À l’abri des monstres géants grâce à leurs Totems miniatures, ils profitaient des absences des chefs pour prendre forme humaine et assurer la propreté des lieux. Cette occupation valait au trio une place d’honneur lors des cérémonies dédiées à Phœbe et du soulagement du reste de la meute. C’était beaucoup d’égards pour ces Evershas aux Totems répugnants qui vivaient autrement reclus de la société.

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Mar 30 Avr 2024, 17:20


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Complot à l'Antre des marais
Typhon & Orenha



La paume de la Femme-Yak se referma sur l’épaule d’Orenha, empêchant cette dernière de se recroqueviller complètement sur elle-même sous le regard inquisiteur de l’intendant. La jeune femme avait sans doute envie de se terrer dans un trou de souris à l’instant même ; pour une Eversha qui n’acceptait pas son animal Totem, elle en adoptait le comportement avec un naturel déconcertant. Il avait fallu du temps pour qu’elle cesse de courber l’échine en présence de sa protectrice attitrée. Ça ne pouvait pas être bon pour son dos.

Iremía attendit que Lolong ait terminé et, constatant que la gerbille ne réagissait pas, se racla la gorge :
« Je m’en occupe. Tu peux compter sur nous. » Elle eut un sourire rassurant, plus à destination de Ren que de l’homme-crocodile, bien que sa protégée ne puisse pas le voir. Orenha sembla le percevoir, toutefois – ou bien était-ce la chaleur qui se dégageait de la voix grave de la femme-yak ?-, car elle se redressa de quelques centimètres. Le nom dont l’intendant l’avait affublée ressemblait d’un peu trop près à celui qui était le sien dans sa propre meute. Brindille. Sa forme physique déplorable avait toujours été une source de moqueries et d’humiliation.

Lorsque l’homme-crocodile s’éloigna, Iremía ébouriffa la chevelure de la grande brune avec une force qui la fit chanceler. « Si tu veux mon avis, tu tiens plus du jeune arbre que de la brindille. Fragile, mais souple et plein de potentiel. Il te faut juste un tuteur pour être sûr que tu pousses droit et que tu deviennes forte et robuste. » Des deux mains, elle la stabilisa et la força à se tenir droite. « Là. Tu n’es pas bien grosse, mais tu es grande. Ose prendre de la place, bon sang. »

À sa grande surprise, Orenha lui répondit, et ce sans même abaisser le menton :
« Je parlerai, ce soir, devant Typhon. »
Iremía cligna lentement des paupières, le souffle coupé, et étudia la mine songeuse de la jeune fille avant d’éclater d’un rire tonitruant qui fit danser les rubans accrochés à ses cornes. Il semblait toujours venir des tréfonds de son être ; Orenha appréciait la musique que faisaient les ricochets de son écho dans les airs.
« Eh ben, quelle mouche te pique ? »  La femme-yak fit mine de chasser les moucherons qui volaient paresseusement au-dessus de leurs têtes. Elle était ravie de constater que tous ses efforts pour éveiller un peu de courage chez cette gamine qui avait peur de son ombre portaient enfin leurs fruits. Ou bien était-ce son amour-propre qui avait été mis à mal par la brusquerie de Lolong ? Cela voudrait signifier qu’elle en possédait ; or Iremía n’en avait pas décelé la moindre trace jusqu’ici.

Elle n’avait pas apprécié la dureté employée par l’intendant envers sa protégée - encore un peu, et la gerbille lui claquait entre les doigts - mais l’Enfant de Phoebe n’était pas en position d’intervenir. Et puis, il n’avait pas complètement tort. Même si la jeune fille aidait par-ci par-là, la meute ne pouvait pas se permettre d’accueillir quelqu’un qui n’était pas près à s’investir pleinement pour la faire prospérer. L’homme-crocodile ne voyait sans doute en elle qu’un parasite. Il n’avait pas été témoin de ses efforts et de ses progrès accomplis au fil des mois, contrairement à Iremía. Au moins, maintenant, elle utilisait ses doigts agiles à bon escient, au lieu de passer tout son temps libre à traîner sa longue carcasse dégingandée aux abords du territoire en triturant le bord de sa tunique, l’air benêt.

De toute façon, ce que son bras droit pensait n’avait que peu d’importance maintenant que le Grand Totem était rentré au bercail. C’est à ce dernier qu’Orenha devait faire ses preuves.
« C’est très bien. Je suis fière de toi. Écoute, je ne sais pas ce qui s’est passé exactement entre Typhon et toi… » Les récits de la femme-gerbille étaient toujours assez confus - quand on parvenait seulement à les lui soutirer. Iremía n’avait qu’une vague idée des évènements qui avaient transpirés dans les terres Magiciennes. « ...mais s’il t’a amené ici, ce n’est pas pour te chasser d’un revers de la main trois mois plus tard. Bien entendu, il va falloir que tu prennes une décision. »

Ren fit la moue. Elle se balançait d’un pied sur l’autre, visiblement nerveuse malgré la résolution affichée un peu plus tôt « ...qu’est-ce que je dois faire, à ton avis, Mía ? »
La Femme-Yak croisa les bras sur son ample poitrine. Elle s’attendait à cette question. « Ce n’est pas à moi de choisir pour toi, ma grande. Tu es libre. »  La jeune fille se vida les poumons d’un long soupir lugubre, comme si elle avait perdu tout espoir. « Si tu comptes vivre parmi nous, j’en serai heureuse. Mais ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Tu dois vraiment le désirer. »
Elle doutait que ce soit le cas. Jusqu’ici, la grande brune était restée collée à ses basques sans essayer de créer du lien avec qui que ce soit d’autre. Si les Hesshas ne la terrifiaient plus, il était clair qu’elle était toujours mal à l’aise en leur présence ; quant au marais… c’était sans doute le point le plus épineux. Il n’y avait pas une nuit où la Wynmeris ne s’abîmait pas dans la contemplation des marécages, le visage plissé par l’angoisse. Elle insistait pour aller y tremper les pieds régulièrement, se remplissant les poumons de l’air fétide jusqu’à en vomir, et rentrait l’air abattu. Même lorsqu’elle s’adonnait à des activités qui l’en éloignaient, les coups d’œils inquiets qu’elle jetait par-dessus son épaule trahissaient l’inquiétude permanente qui semblait lui ronger l’esprit. Elle était persuadée que pour rester, elle devait se faire accepter par les marécages, quoi que ça veuille dire. Visiblement, c’était un échec.
« Nous avons encore un peu de temps avant le conseil. Repose-toi, et surtout, réfléchis bien. »

*

Orenha se battait de toutes ses forces pour lutter contre la petite voix intérieure qui lui hurlait de prendre ses jambes à son cou. Les autres invités se tenaient de part et d’autres d’elle et leur proximité lui donnait envie de disparaître. Tandis que chacun prenait la parole pour faire son plaidoyer, elle fermait les yeux et se concentrait sur l’odeur fauve de la femme-yak qui était dans son dos, un peu à l’écart. Elle aurait donné cher pour sentir la chaleur familière de sa grande main sur son épaule.

Lorsque ce fut son tour et que toutes les paires d’yeux se braquèrent sur elle, elle crut manquer d’air. Les mots s’étranglaient dans sa gorge et s’entortillaient avec sa langue et rien ne sortait comme il le fallait. Elle perdait le fil avant même d’avoir commencé à le dérouler.

La source première de sa peur se déroulait devant elle sur plusieurs mètres, assemblage grotesque de créatures félines et reptiliennes. La Femme-Gerbille n’osait baisser les yeux pour rencontrer son regard. Le Grand Totem possédait une présence impressionnante, écrasante, qui n’était pas seulement due à son corps gigantesque et monstrueux. Comment pouvait-il être la même personne que l’homme avec qui elle avait partagé ses nuits et ses repas ?

Elle fit une nouvelle tentative pour parler, sans succès. Quelques personnes près d’elle se mirent à gigoter, embarrassées. Phoebe, donne-moi la force. Ses doigts se mirent à tracer des runes au creux de sa main. Elle invoqua l’image d’Iremía, celle de la petite pourfendeuse de loups, se rappela leurs mots d’encouragement, la promesse qu’elle leur avait faite de survivre. Enfin, ses yeux remontèrent le long de la bête et elle la regarda en face. Derrière le pelage, les plumes et les écailles, se trouvait Typhon, le chasseur du campement. Sa bouche était pleine de crocs acérés, mais c’était aussi celle qui lui avait sourit. Ses yeux aux pupilles félines avaient pleuré pour elle.

« Typhon Gargantua »  parvint-elle enfin à articuler. Sa voix était basse mais audible. « Mes mots ne sont pas assez bons pour te remercier de ce que ta meute a fait pour moi. Je lui suis reconnaissante. Et je le suis encore plus envers toi. »  Elle s’arrêta, déglutit, et reprit avant de perdre tout le courage qu’elle avait si laborieusement accumulé. « Je ne sais pas si j’arriverai à vivre parmi les tiens. Je ne sais pas si j’en ai envie, si le marais veut de moi. Alors, je comprendrai si tu me demandais de partir. Je suis en bien meilleure santé, désormais.
Mais… avant ça, j’aimerais payer mon immense dette envers toi, d’une manière ou d’une autre. J’ai affûté mes compétences depuis notre dernière entrevue. Je peux t’être utile. Je ferai tout pour l’être, en tout cas. »
 Elle se demandait si Iremía, derrière elle, était fière d’elle. Si elle devait être chassée, elle espérait pouvoir lui dire ses adieux avant d’être donnée en pâture aux marécages.

Message II | 1485 mots


[Q] – Complot à l’Antre des marais | Orenha Aq2e

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Typhon Gargantua
Dim 12 Mai 2024, 20:01



La baisse de luminosité du soleil dans le ciel marqua la fin du long repas du chef de la meute et de sa compagne. Ce n’était pas qu’ils étaient enfin rassasiés (pouvaient-ils même l’être ?), mais que la fatigue prenait le dessus sur la faim. Ce faisant, c’était dans ce moment de quiétude relative que les deux monstres pouvaient se comporter le plus humainement. Enfin pouvaient-ils s’approcher de la meute sans craindre de dévorer un vivant qui que ce soit. Enfin pouvaient-ils prendre part à des conversations sans être interrompus d’un soubresaut de leur digestion. C’est pour amorcer cette sociabilité retrouvée que se déroulait la première activité d’après repas : la baignade.

Le déplacement de l’homme-serpent-tigre et de la femme-serpent-chatte du nid vers la rivière marquait également la fin de la journée active pour la meute de Gargantua. Bien qu’il restât encore quelques heures de luminosité au ciel, il était de coutume de déposer les outils, de revenir au bercail et de profiter du moment pour se détendre et relaxer. Pour les aspirants au gigantisme, c’était un moment privilégié où ils pouvaient accaparer l’attention des monstres géants. Membres les plus fidèles de la meute, les aspirants avaient le luxe de pouvoir prendre leur bain en compagnie de leurs chefs, sans passer par le très formel du conseil du soir. À l’instar de Typhon et Échidna, les aspirants s’entrainaient sans relâche pour augmenter leur force et leur appétit. Cela se traduisait par une masse graisseuse et musculaire hors norme chez les Evershas.

Outre une occasion de se laver, la baignade permettait à Typhon et à Échidna de garder un œil sur le parcours de leurs aspirants favoris. Le moment tant attendu, celui où le premier aspirant recevrait le don du gigantisme approchait. Les meneurs du groupe étaient d’ailleurs devenus proportionnellement plus corpulents que leurs chefs. Typhon fut donc fier d’annoncer que les premiers de cette nouvelle génération de géants seraient transformés lors de la prochaine pleine lune.

***

Après la baignade, Typhon étaient prêts à rencontrer les officiers de la meute pour préparer le conseil du soir. À l’exception de Gal’ulm, qui n’avait pas voix aux décisions de la meute, tous les membres d’influence étaient présents. Il y avait évidemment Lolong, le bras droit de Typhon, mais aussi le représentant des aspirants ainsi que le représentant des anciens. Ce soir-là, c’était la gestion des trop nombreux invités qui occupait le gros des discussions. En somme, le trio informait Typhon sur leur jugement des différents invités, ainsi que leurs demandes. La plupart de ces Evershas souhaitaient rejoindre la meute de Gargantua, mais il y avait aussi des émissaires d’autres meutes qui attendaient depuis un moment de pouvoir discuter avec le Grand Totem.

Lorsque des invités rencontraient le chef de la meute de Gargantua, ce dernier se présentait avec un certain décorum. Tout d’abord, il était vêtu d’une tunique finement taillée, ce qui contrastait avec la nudité habituelle du monstre géant. Une épée richement décorée, rangée dans son fourreau, et des bracelets de cuir ornés de perles blanches complétaient sa tenue. Ensuite, l’homme-serpent-tigre adoptait une posture semi-redressée, où son buste humanoïde se présentait droit, avec sa tête qui atteignait une hauteur d’environ 1 mètre 50 de haut. Ce n’était pas le plus haut que le monstre géant pouvait se dresser, mais cette posture détendue lui permettait une plus grande variété de mouvements.

Devant le chef, étaient assis en demi-cercle les officiers de la meute. Derrière le chef se trouvait Échidna, elle aussi vêtue, en posture basse. C’était une posture où la femme-serpent-chatte donnait l’impression d’être assise sur son propre corps. La position de la compagne de Typhon, derrière lui, était symbolique de sa servitude. Car Échidna avait par le passé trahi la meute, elle en payait aujourd’hui le prix en sacrifiant sa liberté. Gare toutefois à ceux qui pourraient penser que la monstrueuse femelle était soumise à qui que ce soit d’autre que Typhon.

***

Prêt à écouter les invités de sa meute, Typhon permis que le premier d’entre eux vienne lui faire connaître son histoire et ses demandes. Le sommeil gagnant rapidement l’homme-serpent-tigre, un ordre avait été fait pour que les invités les plus prometteurs soient rencontrés en premier, bénéficiant des pleines capacités mentales du chef. Les autres étaient relégués à la fin de la file, où la patience et la bonne volonté de Typhon se seraient épuisées. Orenha était la cinquième, derrière les trois émissaires et deux Evershas dont l’accoutrement et l’odeur témoignaient de leur vocation de soigneurs. La femme-gerbille l’ignorait certainement, mais se trouvait en haut de la liste de priorité des changeurs de forme n’avant ni vocation prisée ni autorité politique.

Lorsque vint le tour du réceptacle que Typhon avait pris sous son aile, le chef de meute fut surpris de constater la faiblesse physique de sa protégée. D’une maigreur persistante, elle ne démontrait guère d’assurance, et encore moins de conviction. Elle avait d’ailleurs encore cette manie de vouloir prouver son utilité. L’homme-serpent-tigre jeta discrètement un regard désapprobateur à l’intention d’Iremía. Il était de la volonté de la déesse que le réceptacle, immature et instable, reçoive l’aide de sa meute pour se développer et s’épanouir en tant qu’enfant de Phœbe.
«  Ne soit pas si prompte à offrir ta liberté, soupira Typhon à la suite du discours d’Orenha. Mais soit. Par deux fois tu m’as offert tes services, alors je prendrai ce qui m’est offert. Mais seuls ceux envers qui je peux confier ma vie sont dignes de m’être utiles. Je vais donc mettre à l’épreuve ta conviction. Tu vas accomplir le rite de servitude.

Orenha, ton rite est de t’entrainer avec les aspirants au gigantisme. Ne t’en fais pas, tu n’as pas à suivre le cheminement jusqu’au bout, seulement jusqu’à la prochaine pleine lune. Iremía, tu la parraines. Je m’en remettrai à ton jugement lors de la prochaine cérémonie lunaire.
 »

Le rite de servitude n’était pas seulement une épreuve pour l’initié, mais aussi pour le membre choisi pour parrainer cet initié. Le rite en soi n’était que le moyen choisi pour démontrer la fidélité de l’initié. Et ladite fidélité, c’était au membre de la meute désigné de l’évaluer. La force d’une meute résidait dans l’unité de celle-ci et ça, l’homme-serpent-tigre en avait fait les frais par le passé. Cela dit, il y avait une différence entre accueillir un réceptacle et un enfant de Phœbe. L’un était un Eversha accompli, apte à vivre sa vie et à assumer les conséquences de ses choix. L’autre était tout le contraire.

L’épreuve choisie pour Orenha n’était pas celle que Typhon avait originalement prévue. Si la jeune femme avait simplement demandé à rejoindre la meute, le chef lui aurait demandé de s’instruire. Sachant qu’elle pouvait lire, l’homme-serpent-tigre lui aurait fourni des ouvrages de botaniques de l’Antre des marais et du Rocher au Clair de Lune. Et même si la femme-gerbille avait choisi une autre voie, le chef de meute avait le pouvoir d’accorder pratiquement n’importe quelle demande raisonnable. Mais non, il fallait qu’elle insiste pour payer une dette qui n’existait que dans sa tête. Or, l’on ne se donnait pas ainsi au service d’un Grand Totem sans en payer le prix. Par cette décision inconsidérée, la femme-gerbille avait choisi le chemin de la souffrance. Plus encore, elle forcerait Iremía à assister, impuissante, à son châtiment.
«  Dès demain, la réceptacle Orenha suivra l’entrainement du gigantisme. Elle se nourrira avec les aspirants, s’entrainera à la lutte avec les aspirants, transportera la cargaison des bateaux jusqu’à la colline avec les aspirants et prendra part à la baignade du soir avec les aspirants. Réussis et je t’entrainerai personnellement pour devenir ma messagère. Échoue et tu seras livré aux marais.  »

Typhon aurait préféré faire entendre raison à sa protégée, mais il n’en avait pas le temps. Il devait préparer l’invasion du territoire de la Grande Augure Léandra au Rocher au Clair de Lune avant que l’opposante au règne de la Déesse-Totem n’ait le temps de renforcer ses défenses. Pour qu’Orenha devienne utile au Grand Totem, elle devait acquérir les capacités nécessaires pour combattre à ses côtés.

Note:

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Mer 29 Mai 2024, 21:16


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Complot à l'Antre des marais
Typhon & Orenha

Recroquevillée à même le sol, Orenha se concentrait pour ne pas s’évanouir de nouveau. Les effluves acides de la mare de vomi à côté d’elle lui faisaient tourner la tête ; on pouvait encore y discerner les restes à peine digérés de son repas précédent.
La voix d'Iremía lui arriva comme d’outre-tombe, voilée, mais grave, forte. Elle s’y accrocha comme à un tronc d’arbre pour ne pas se faire emporter par le flot de l’inconscience. « Ren… ! Ren... » La voix forte de la femme-yak était plus résignée qu’alertée. Sans la voir, Orenha la savait toute proche d’elle, agenouillée. Avant, son amie l’aurait délicatement prise dans ses bras comme on cueille une fleur fragile pour l’emmener près de la rivière, où elle aurait pressé de l’eau claire sur son front jusqu’à ce que la jeune fille reprenne ses esprits. Désormais, elle attendait, patiente et triste, que Ren se relève par elle-même.

« Je ne peux plus te dorloter comme avant, ma grande. Il va falloir te débrouiller sans moi. » s’était-elle justifiée devant l’expression confuse de la femme-gerbille, les premiers jours qui avaient suivi le retour du Grand Totem. Quelque chose avait changé dans ses yeux ; une résolution immuable qui aiguisait son regard, habituellement si doux. Orenha en avait été peinée mais elle ne lui en avait pas tenue rigueur. Au fond d’elle, elle savait que ce jour devait arriver. Les mots glacés de Typhon avaient mis un terme à l’indolence dont elle faisait preuve depuis qu’elle vivait dans sa meute. Presque plus que la menace de la jeter aux marécages, Orenha avait été mortifiée en lisant la déception dans le regard du Grand Totem lorsqu’il l’avait posé sur Iremía. En se contentant d’accomplir le strict minimum, de simplement survivre, c’est aussi la femme-yak qu’elle avait trahie.

Le bourdonnement dans ses oreilles s’était suffisamment atténué pour qu’elle puisse se lever sans avoir le tournis. Lentement, la jeune femme se déplia, gémissant de concert avec ses muscles endoloris. Si ses jambes la lâchaient, elle pourrait toujours ramper jusqu’au broc d’eau fraîche ; mais cela attirerait l’attention des aspirants, et étrangement, cela avait commencé à lui importer.
L’eau emporta avec elle le goût âcre dans sa bouche et apaisa momentanément sa gorge mise à mal par les acides de son estomac. Avec le restant d’eau et un vieux linge, elle nettoya les salissures par terre.
C’était une routine qui lui était déjà familière. Son corps rejetait en bloc ses nouvelles habitudes alimentaires. Elle qui avait toujours picoré comme une mésange devait maintenant ingérer de bien plus grandes quantités d’aliments, dont la plupart la répugnaient. La première fois qu’elle avait partagé un repas avec les autres aspirants, son estomac s’était retourné sur lui-même avant même d’avoir pris une seule bouchée – de sa portion qui était pourtant bien moindre que celles de ses nouveaux partenaires de vie.

Mais elle devait manger. Manger, pour s’endurcir et s’épaissir ; manger, pour cesser de ployer sous les charges que devaient porter quotidiennement ses bras maigres ; manger, pour dormir de longues nuit pleines et réparatrices sans ce creux aigu dans le ventre. Alors la Femme-Gerbille mangeait. Elle forçait la nourriture dans sa gorge, dans son corps, malgré les frissons de dégoût qui parcouraient son échine et les larmes qui lui montaient aux yeux ; elle mangeait, même si les hauts-le-cœurs se succédaient en vagues combatives contre l’ennemi, cette substance osant essayer de la rendre plus forte, d’ancrer son corps sur cette terre, de rendre son existence valide et tangible.
Au début, il lui sembla que l’épreuve la tuait. La nuit, elle se couchait persuadée qu’elle ne verrait plus jamais un autre matin ; et à l’aube, lorsqu’elle devait remettre en route sa carcasse meurtrie, elle désespérait de s’être trompée.
Petit à petit, son supplice devint plus tolérable. Les nausées qui l’assaillaient en permanence s’estompaient. Son estomac parvenait à garder de plus en plus de nourriture. La douleur, elle aussi, était plus supportable. Entraînée dans un quotidien où tout s’enchaînait sans lui laisser de répit, où chaque instant mettait ses sens à l’épreuve, Orenha cessa quasiment de penser.

Le soir approchait et la jeune femme se languissait déjà du bain qui se profilait. Après avoir fini le ménage, elle rejoignit des aspirants qui s’adonnaient à quelques étirements supplémentaires. L’un d’eux lui jeta un coup d’œil curieux. La femme-gerbille prenait rarement ce genre d’initiatives. La veille, déjà, elle les avait surpris lorsqu’elle avait demandé conseil à un des meneurs sur la façon de se muscler les cuisses en particulier. Plus tard, elle s’était expliquée à Iremía : « C’est pour ma gerbille. Elle en a besoin pour sauter haut. Je dois me tenir prête pour son retour. »

Ses doigts coururent le long de ses jambes comme des araignées et s’enroulèrent autour de ses pieds nus. Des hématomes fleurissaient sur sa peau pâle en corolles bleues, jaunes et mauves. La lutte s’était avérée une expérience particulièrement éprouvante pour la jeune femme qui, jusque là, avait toujours chercher à éviter toute sorte de confrontation physique. Dès qu’on coup lui était porté, le contrôle de son corps lui échappait totalement ; il ramollissait entre les mains de son adversaire et glissait au sol comme le ferait une poupée de chiffons. Telle avait toujours été sa stratégie de survie chez les Kahfrel. Même les enfants les plus turbulents se lassaient lorsque leur cible n’opposait aucune résistance.
Il lui fallut apprendre, dans un premier temps, à désamorcer ce mécanisme de défense.
« N’abandonne pas ton corps si facilement, respecte-le. Il est à toi, et à personne d’autre. » lui avait grondé une fois un aspirant, frustré de la voir faire la morte. Étrangement, ces mots avaient déclenché un changement en elle. Il est à moi, et à personne d’autre. Le lendemain, elle était parvenue à rester dans son corps plus longtemps ; et chaque jour qui suivait voyait des progrès.
Elle avait néanmoins un long chemin à parcourir. Il fallut d’abord lui enseigner comment se défendre, quels endroits protéger à tout prix, comment parer des coups sans trop endommager ses articulations ; ce n’est qu’ensuite qu’on lui enseigna les prises les plus basiques. La femme-gerbille apprenait vite mais elle partait de rien. Souple, alerte, elle manquait d’endurance et de force, ce que son régime alimentaire était censé améliorer mais qui la mettait pour le moment à rude épreuve.

Lorsqu’un des aspirants se leva, Orenha fit de même. L’heure de la baignade avait sonnée. Elle suivit en silence le petit groupe qui s’était formé. Malgré son mutisme, la bonne humeur des aspirants la contaminait et son pas s’en retrouva plus léger. Arrivée à la rivière, elle se débarrassa de ses vêtements et se laissa complètement engloutir par l’eau fraîche. Elle savonna et frotta ses cheveux plein de nœuds et de poussière, ses longs membres contusionnés, se débarrassa des croûtes de boue et de terre. Les effluves parfumées flottaient au-dessus de la surface de l’eau et les enveloppait tous. Elle avisa un Eversha qui peinait à démêler une de ses tresses pleines de sable. En quelques brassées, elle était derrière lui. « Pýr. Je t’aide ? » L’homme parut surpris mais acquiesça. Les doigts agiles d’Orenha se mirent à l’œuvre dans son dos. Si elle n’étais pas encore assez à l’aise pour discuter avec eux, elle connaissait le nom de tous les aspirants et les saluait respectueusement tous les jours. Puisque ses mots lui manquaient encore, elle faisait parler ses gestes. Tandis qu’elle faisait doucement glisser le dernier nœud entre ses ongles, elle jeta un œil au ciel. Phoebe était déjà visible, pâle dans le crépuscule. Cela faisait déjà combien de Lunes ? Une quinzaine, peut-être ? Son regard coula jusqu’à Typhon et Échidna. Les deux géants l’intimidaient encore beaucoup.

Message III | 1287 mots


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Dim 02 Juin 2024, 20:36



Typhon aimait passer du temps avec les aspirants lors du bain quotidien. C’était un moment de détente en compagnie de ceux qui jugeaient le moins le chef de meute sur son apparence ou ses aptitudes. Il faut dire que la normalité était absente au sein de ce groupe disparate. Les uns étaient d’anciens esclaves dont la peau portait toujours les cicatrices de leurs malheurs passés, alors que les autres étaient des rejetés des meutes de l’Antre. Les mois d’entrainements leur avaient donné un corps bien enrobé de graisses qui laissaient toutefois entrevoir une puissante musculature. Quelques-uns étaient au début de leur entrainement, comme Orenha, avec des formes légèrement arrondis. D’autres, les plus anciens, approchaient des 200 kilos et seraient parmi les premiers de la nouvelle lignée de géants dès la prochaine pleine lune. La plupart de la vingtaine de ces changeurs de forme se retrouvaient quelque part entre ces deux extrêmes.

Les premiers jours de son rite de servitude, Typhon laissa à la femme-gerbille le temps de s’adapter à son nouveau rythme de vie. Elle partait de loin et l’homme-serpent-tigre jugea bon de laisser de l’espace à Orenha. L’homme-serpent-tigre avait lui aussi connu la solitude, alors il savait qu’il fallait du temps avant de reprendre goût à la collectivité. Il fallait lui laisser retrouver le désir de proximité pour éviter qu’elle ne se referme à nouveau sur elle-même. C’est donc uniquement lorsque Typhon remarqua que la jeune femme commençait à approcher les autres de son propre chef qu’il décida de s’imposer. C’était le souhait d’Orenha, après tout, de servir l’homme-serpent-tigre. Pour ce faire, la jeune femme devait pouvoir se sentir à l’aise, quelle que soit la forme du chef de meute.

Il faut dire qu’il était difficile de comprendre les formes et les dimensions de l’homme-serpent-tigre d’un simple regard. Les couleurs, les motifs et le mouvement donnaient une impression de démesure et renforçaient le côté monstrueux et amalgamé du Hesshas. Or, son torse était seulement une fois et demie celui d’un changeur de forme ordinaire, mais plus musclé et corpulent que la norme. Ses mains donnaient l’impression de puissantes pattes griffues, mais demeuraient minimalement préhensiles et fonctionnelles. Sa tête paraissait féline de loin, comme si l’on avait collé la tête d’un tigre sur un buste humain, mais de près l’on constatait un crâne essentiellement humain. Et puis, il y avait le bas du corps. Sous un bassin aux atouts humains, se développait un corps serpentin massif. Il s’agissait là de nombreux détails que seuls la proximité et le toucher permettaient de révéler.

Laissant Échidna se prélasser en eau peu profonde en compagnie des aspirants qu’elle avait convainque de lui procurer un massage, Typhon nagea à la rencontre de la femme-gerbille. Il lui était évident qu’elle n’approcherait pas de son propre chef, alors le Hesshas prit sur lui de briser la glace. Lors de la baignade, l’homme-serpent-tigre se plaisait à enlacer délicatement les aspirants de son corps serpentin. Très sensibles, les écailles du Hesshas parvenaient à ressentir les fonctions vitales de ceux qui se trouvaient enlacés. Une capacité fort pratique si l’homme-serpent-tigre désirait étouffer à mort une proie. Or, combiné avec des connaissances et des aptitudes médicales, cette capacité permettait un examen plutôt précis de l’état de santé général. Ce soir-là, Typhon s’assura qu’Orenha reçoive son premier examen.

Ce qui frappait lors du contact physique avec la partie serpentine du corps de Typhon, c’était la chaleur et la douceur du contact. Cette partie était dotée d’écailles parfaitement lisses avec suffisamment de rondeur et de flexibilité pour se comparer à un coussin ferme. L’on réalisait rapidement que le corps de Typhon n’était pas plus recouvert d’une armure d’écailles que d’une épaisse fourrure. Ses écailles étaient fines et flexibles. Son torse n’était recouvert que d’une peau colorée, alors que son dos possédait une très mince fourrure plus utilitaire que protectrice. Nu, repu et au repos, l’homme-serpent-tigre ne dégageait ni l’autorité glaciale des conseils du soir, ni la menace sanguinaire du prédateur affamé. Il émanait plutôt d’une sérénité et d’une bienveillance qui permettaient aux aspirants de profiter d’une relation bien plus intime avec leur chef que le reste de la meute.  

S’étant enroulé délicatement autour d’Orenha, Typhon prit soin de lui offrir une position confortable et chaleureuse, partiellement immergé et partiellement couché. La femme-gerbille était dotée d’une grande flexibilité de mouvement, voire de s’extraire si elle en avait le désir. C’était tout le contraire de la position que le Hesshas avait été contraint d’infliger à la Réceptacle lors de son transport à l’Antre des marais. L’homme-serpent-tigre profita également que ses mains n’étaient pas requises pour l’examen afin de soigneusement démêler les cheveux de sa protéger qui s’était visiblement négligée depuis un temps. Aussi fort était-il devenu, Typhon avait conservé une agilité féline déconcertante pour une créature de sa taille et de son poids.
«  Tu progresses Orenha, constata Typhon au terme d’un examen sommaire. Je commence à ressentir un peu de graisse qui recouvre tes os. C’est très bien ! En revanche, je sens beaucoup d’inflammation au niveau de ton estomac. Tes vomissements n’ont pas cessé, mais il semble que tu t’es gardé d’en aviser le soigneur. Tu penses toujours si peu de toi… Mais que cela ne tienne ! Tu ne le réalises pas encore, mais tu as des capacités que personne d’autre dans la meute ne peut répliquer. Pour l’heure, sois fière de toi. Phœbe ne t’abandonnera pas et je ne t’abandonnerai pas non plus. Alors après la baignade, va voir le soigneur. Il a un remède qui va aider ton estomac.  »

Ayant terminé avec la chevelure, l’homme-serpent-tigre procéda à un massage du cou et des épaules de la femme-gerbille pour l’aider à se détendre. Il ajusta également la posture du reste de son corps en conséquence. N’ayant plus besoin de ressentir les fonctions vitales d’Orenha, Typhon se positionna de sorte à offrir ses abdomens en guise de lit qui dérivait lentement au gré du courant. En dépit de l’aspect correctif du rite de servitude d’Orenha, l’intérêt du chef de meute n’était pas de transformer la femme-gerbille en ce qu’elle n’était pas. Tel n’était pas la voie de Phœbe. Cela dit, l’autodestruction n’était pas non plus la voie de la déesse de la lune et de la nature, ce pour quoi une correction des pires comportements s’imposait.
«  J’aime la technique que tu as développée lors des exercices de combat. Cette façon que tu as de t’effondrer au premier contact. Je peux voir un combattant pris au dépourvu. Le souci, c’est que tu restes inerte et vulnérable à ses pieds. Apprends à rouler. Tu gagneras une longueur d’avance pour prendre la fuite. Garde ça en tête. Toutes tes habitudes ne sont pas mauvaises.

Mais suffit les platitudes, passons aux choses sérieuses ! Qu’est-ce qui te fait plaisir ? Qu’est-ce qui t’excite ? Tu es déjà à la mi-chemin du rite de servitude. Il serait inconcevable de ne pas célébrer ton succès à venir ! Non, tu ne te défileras pas. Tous ceux qui accomplissent le rite de servitude sont célébrés. Sans exception. Prends garde alors, car je n’aurai de cesse de te masser, soir après soir, jusqu’à ce que ta langue se délie !
 »

Typhon laissa à sa protéger le luxe de continuer à profiter du moment avec lui ou de retourner à sa baignade. L’examen physique étant terminé, plus rien ne retenait la femme-gerbille. Elle n’avait plus qu’à se jeter à l’eau pour retrouver sa liberté et vaquer à ses occupations. À ce moment, l’homme-serpent-tigre passerait à un autre aspirant, où il adopterait un comportement similaire à l’égard de cet individu. À trois ou quatre rencontres par baignade, le chef de meute s’assurait de régulièrement passer un moment avec chacun des aspirants. Il gardait ainsi un œil sur l’évolution de leur progression, de leurs signes vitaux et discutait de leurs désirs et de leurs appréhensions.

Contrairement à Échidna, qui prenait de la meute sans jamais rien donné en retour, Typhon insistait pour être attentif et dévoué chaque fois qu’il en avait la capacité. Après tout, la meute avait pour vocation première de nourrir l’appétit phénoménal de l’homme-serpent-tigre. La sécurité, la satiété et, dans certains cas, le gigantisme, étaient les façons que Typhon avaient pour redonner un tant soit peu.

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Lun 08 Juil 2024, 23:37


source de l'entête inconnue
Complot à l'Antre des marais
Typhon & Orenha

Lorsque le Grand Totem louvoya dans sa direction, Orenha parvint à repousser les couinements inquiets de la proie qui tremblotait au fond de son être et fit face à Typhon. Elle avait été témoin de nombreuses fois du rituel étrange auquel il s’adonnait avec les autres aspirants lors des baignades du soir ; ça n’avait l’air ni douloureux ni dangereux. Ce soir était peut-être son tour.

Une fois certaine qu’il s’avançait bien vers elle, elle parcourut courageusement les derniers mètres qui les séparaient de quelques brassées. Sa posture se voulait ouverte, mais une tension que l’eau fraîche n’avait pu complètement effacer raidissait ses membres. Elle gratifia Typhon d’un mouvement de menton respectueux. Malgré son apparence monstrueuse, quelque chose dans son attitude lui rappelait le chasseur qui avait pris soin d’elle il y a de cela des lunes. La peur qu’il avait instillé en elle en l’emmenant ici puis en la menaçant de la jeter aux marécages demeurait toutefois, et lorsqu’il déroula son corps pour la rapprocher de lui, la femme-gerbille ferma les paupières dans un mouvement de défense aussi instinctif qu’inutile. Elle se rappela la force brute qui l’avait submergée en un éclair, aussi bien physiquement que métaphoriquement, son incompréhension mêlée de terreur, l’odeur fauve et puissante dans ses narines, le roulement de tambour dans ses tempes qui avait précédé sa perte de conscience. Jamais elle ne s’était sentie aussi petite, aussi misérable ; aussi impuissante. C’était comme si la Nature elle-même l’avait écrabouillée dans sa paume.

Cette étreinte-ci n’avait rien à voir avec sa précédente expérience. Si elle tressaillit au contact de la masse écailleuse, elle fut surprise de la délicatesse et de la prévenance dont Typhon faisait preuve. Tandis que les écailles douces et chaudes roulaient sur sa peau nue, la pressant et la tâtant de part et d’autre, Orenha sentit les battements de son cœur ralentir pour retrouver un rythme presque normal. Elle chassa les vestiges de ses craintes de longues respirations maîtrisées et se laissa aller contre le corps du Hesshas, s’offrant à son examen sans retenue. Elle appréciait qu’il lui démêle les cheveux ; il s’y prenait mieux qu'Iremía, dont les paumes rugueuses s’accrochaient souvent aux sacs de nœuds qui lui tombaient dans le dos. Du bout des doigts, elle s’était mise à caresser la partie serpentine dans des gestes qui ressemblaient à ceux de l’Eversha dans ses cheveux.
« Merci, Typhon, souffla-t-elle en réponse aux compliments inattendus du Grand Totem. Il avait l’air bien plus satisfait que lorsqu’il s’était adressé à elle la dernière fois. Une chaleur douce monta en elle. J’irai voir le soigneur. »
Jamais elle n’aurait imaginé que ses maux d’estomac puissent se régler aussi simplement. Sa meute l’avait adressée de nombreuses fois à un guérisseur, petite ; on avait attribué son dégoût pour le sang et la violence ainsi que sa personnalité éteinte à une maladie qui n’existait pas. Elle s’était ainsi persuadée que quelque soit le mal qui l’affligeait, elle en était le problème à la source.

Pendant quelques instants, la jeune femme joua avec ses longueurs démêlées qui remontaient à la surface, vaporeuses, et dessinaient un contour brumeux à la silhouette de ses épaules. L’homme-serpent-tigre s’affairait maintenant à la masser et elle posa sa joue contre lui en soupirant d’aise. L’eau clapotait doucement contre leurs flancs et le vent portait les éclats de voix joyeux des Evershas qui se prélassaient après une journée de dure labeur. C’était un moment de bonheur simple.
Quand il évoqua sa façon de s’échapper de son corps en combat, elle eut un haussement de sourcils perplexe. « Ma technique ? » Là où elle voyait une erreur à corriger, il voyait une compétence à exploiter. Un sentiment qui oscillait entre la fierté et le réconfort l’envahit. Timidement, elle leva la tête et se risqua à sonder les yeux du Grand Totem. Que décelait-il d’autre en elle qu’elle ne parvenait pas à voir ? Car aussi fort qu’elle pouvait se détester, elle ne pouvait mettre en doutes les paroles d’un Eversha aussi proche de Phoebe elle-même. Et la sincérité qu’elle lisait dans le regard de l’homme-serpent-tigre était sans failles.

Il lui fallait à présent lui retourner la même honnêteté. Il se passa un long moment durant lequel Orenha ne dit rien, perdue dans un mutisme songeur. Enfin, elle se racla la gorge. « Il n’y a rien que je veuille. Tu m’as sauvé la vie, pris sous ton aile et fait une place dans ta meute, parmi les tiens. Tout ce que je souhaite, c’est payer ma dette envers toi, si tant est que c’est possible. » La femme-gerbille baissa les yeux et se recula, les mains à plat sur le ventre de Typhon. Lorsqu’elle releva la tête, l’ombre fugace d’un sourire s’effaçait de ses lèvres. « … c’est ce que j’aurais dit si tu m’avais posée la question il y a une lune. La vérité, c’est qu’il faut que je me fasse violence pour formuler mes désirs. Je me les chuchote à voix basse dans ma tête depuis que je suis toute petite et je les oublie aussitôt, comme si je commettais quelque chose d’impardonnable. » Ren parlait au fur et à mesure que les réflexions se faisaient dans son esprit, par peur de perdre le fil. « Je suis devenue plus forte physiquement, peut-être, mais je n’ai pas beaucoup pensé à ce que je suis ni à ce que je veux. J’ai saisi les instants de bonheur quand ils apparaissaient, comme la chaleur d’un corps contre lequel se blottir la nuit, la clarté de Phoebe dans le ciel, les échos du rire d'Iremía dans mes oreilles, ou ceux des aspirants mêlés au clapotis de l’eau, comme maintenant. » Elle ferma les yeux, compta trois battements de cœur et les rouvrit. « Cela dit, lorsque je me couche le soir, mes pensées s’envolent vers ma terre natale. Ce n’est pas que je veux y retourner... » Ses lèvres se tordirent légèrement à ces paroles. « ...mais la nature qui y pousse me manque. C’est tout ce que j’ai toujours connu, après tout. Là-bas, il y pousse une fleur que j’aime beaucoup : on l’appelle la chambrerolle. Leurs pétales me rappellent les croissants de Lune. J’en fais des tisanes qui m’apportent un apaisement que je ne retrouve nulle part ailleurs. C’est un peu ma façon à moi de célébrer notre déesse. Je ne sais pas si c’est possible, mais si tu pouvais en trouver… j’aimerais partager cette quiétude avec toi, Échidna, si elle le souhaite, et puis les autres aspirants… Iremía aussi, bien sûr. Je pourrais aussi vous chanter quelques-uns de mes chants favoris. » La femme-gerbille déglutit, incertaine de la validité de sa requête. Elle poursuivit néanmoins. « Nous tous, nimbés de la lumière de la lune, nos histoires, des tisanes à la chambrerolle et un feu de bois crépitant. C’est une jolie image. » Sur cette déclaration solennelle, la femme-gerbille prit un air rêveur. Elle resta encore un moment en la présence du Grand Totem. Auparavant, la jeune femme se serait glissée dans l’eau à la seconde même où elle aurait sentie que sa présence n’était pas requise ; aujourd’hui, elle se permit le luxe de profiter encore un peu de l’instant présent.

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[Q] – Complot à l’Antre des marais | Orenha Aq2e

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Jeu 18 Juil 2024, 01:34



Typhon retint un soupir de découragement au départ d’Orenha. Beaucoup de travail de nombreux membres de la meute fut requis pour assurer son rétablissement. Ce travail portait fruit sur le plan physique, mais le mental trainait encore de la patte. Alors maintenant, qu’enfin, la Réceptacle ait réussi à formuler une requête, il fallait que ce soit quelque chose hors de portée du chef de meute. L’homme-serpent-tigre voulait que sa protégée fasse l’expérience d’une récompense pour ses efforts. Il voulait qu’elle prenne goût à se faire plaisir, elle. Qu’elle prenne conscience que son bienêtre était tout aussi important, sinon plus, que celui des autres.

Forcément, en tant que Grand Totem, Typhon avait des moyens bien supérieurs à la moyenne des Evershas. Cela se reflétait sur sa meute qui avait le luxe d’un mode de vie sédentaire. Or, il y avait un prix à payer pour se trouver dans les bonnes grâces de la Déesse-Totem et un autre pour faire partie de sa succession. Chacun des mouvements de l’homme-serpent-tigre était observé par d’innombrables rivaux qui guettaient le moindre signe de faiblesse pour agir. Le Hesshas géant ne pouvait donc pas se lancer à la recherche d’une fleur du Rocher au Clair de Lune. C’était d’autant plus vrai sans savoir grand-chose au son sujet de ladite plante, outre que ses pétales ressemblent à des croissants de lune et qu’elles étaient comestibles en tisane.

Alors quand Orenha eut pris ses distances avec le chef de meute, ce dernier se laissa flotter sur le dos. Il dérivait ainsi lentement au gré du courant. Étant la fin du bain pour les aspirants, Échidna parti à son tour à la suite de son époux, qu’elle rattrapa en quelques mouvements de queue. Les géants en devenir savaient qu’il était dans leur intérêt de laisser leur intimité au couple monstrueux quand ils s’éloignaient de la sorte au terme du bain collectif. Pour cause, l’homme-serpent-tigre et la femme-serpent-chatte s’en allaient soulager le produit de leur digestion.

La sédentarité de la meute de Gargantua impliquait forcément la gestion des déchets. La colline dominant les eaux stagnantes permettait une oasis de nature foisonnante au milieu des eaux stagnantes. Une rareté dans l’Antre des marais, jalousement gardé par ses occupants de surcroît. Diverses méthodes étaient donc employées pour préserver la vitalité de l’écosystème de la colline. L’une d’entre elles était le transport des déchets organiques dans des bourbiers en périphérie du territoire de la meute de Gargantua. L’un d’eux, dans la zone inondable de la rivière, était réservé aux chefs de la meute.

En vérité, le corps insatiable des deux Hesshas était particulièrement efficace pour extraire tous les nutriments possibles de leurs repas démesurés. Il pouvait donc se passer entre une et trois semaines avant que l’indigeste soit redonné à la nature. En dépit de cela, Typhon et Échidna « répondaient » chaque jour à l’appel de la nature. Pour couple géant, c’était l’un des rares moments où ils pouvaient discuter en privé avant de revenir à la nage au nid pour se préparer pour le conseil du soir.
«  Je persiste à croire que tu devrais dévorer la gamine, affirma Échidna. Acharne-toi tant que tu veux. Elle va crever de toute manière.
Son avenir est beaucoup moins certain que le tien, bougonna Typhon. Mes visions sont floues à son sujet. Toi, en revanche, tu n’en as plus pour longtemps.
Ne t’en fais pas pour moi ! Ça fait longtemps que j’ai choisi de mourir jeune. J’ai même préparé un rituel pour te transférer une partie de ma force le moment venu.
Il n’est pas trop tard pour altérer ton destin, tu sais ?
C’est ce que je fais ! Si nous réussissons à mettre un enfant dans mon ventre, alors j’aurai une raison de vieillir. Si ma malédiction d’infertilité prend le dessus, en revanche… Alors, oui, c’est bientôt la fin. J’ai 34 ans, mais les effets secondaires de la magie noire me vieillissent d’au moins dix ans. Et ça ne va pas aller en s’améliorant, crois-moi !  »

Voilà un problème de plus qui s’ajoutait dans la trop longue liste de ce que Typhon devait gérer. Échidna qui devenait suicidaire, c’était une nouveauté. La femme-serpent-chatte avait toujours farouchement défendu sa vie, priorisant ses intérêts avant ceux des autres. Maintenant confronté à la fin qu’elle s’était fixée, Échidna réfléchissait à l’après. À toute fin pratique, la géante vivait ses dernières années où elle pouvait encore profiter des plaisirs de la vie. Lorsque la magie noire lui ravirait la plupart de ceux-ci, ce serait la fin.
«  Tu sais qu’Orenha souhaite t’offrir de la quiétude avec une tisane à la chambrerolle ?
Eh, toujours aussi bête, celle-là… Elle peut tout demander et elle choisit du jus d’herbe ! Ah, putain… Je connais ce regard. Tu veux que j’en trouve de cette foutue fleur, n’est-ce pas ? Fais chier !
L’idée m’a traversé l’esprit, je l’avoue ! Mais non, c’est Gal’ulm qui va se charger de ça. Toi, j’ai d’autres projets. J’ai la permission d’Ava de lever une horde pour envahir le Rocher au Clair de Lune. La meute de Gargantua va se mesurer à la meute de l’aube et j’ai une idée qui pourrait bien nous donner l’avantage.
Ah ! Si tu as besoin de moi, c’est que tu comptes employer la fourberie et la manipulation pour lancer une attaque sournoise. Ça promet, eh, eh, eh !
Difficile de faire autrement, nous affronterons Léandra, la lionne de l’aube. C’est la descendante de Mélinda, la précédente Déesse-Totem. Elle fait partie des rares Evershas à pouvoir me battre en combat singulier au corps à corps. Ah oui, soit gentille avec Orenha. Elle fait partie du plan. »

La confusion sur le visage d’Échidna amusa Typhon. Lui, qui venait de louer la force brute de Léandra, voulait employer l’Eversha la plus faible de la meute de Gargantua pour faire chuter la lionne de l’aube. Puis, lentement, ce fut la révélation. La femme-serpent-chatte compris alors la stratégie de son partenaire. Un sourire carnassier se dessina alors sur les lèvres de la géante, révélant ses crocs. En se voilant de la faiblesse d’Orenha, le trio allait passer inaperçu aux yeux d’une aspirante monarque. Il suffirait alors de guetter le bon moment, puis de mordre la nuque et ne plus lâcher prise. Il s’agissait d’un plan fougueux et dépourvu du moindre honneur, d’un plan comme les aimaient la Hesshas géante.

Échidna comprise enfin pourquoi l’homme-serpent-tigre déployait autant d’efforts sur la vagabonde à moitié morte qu’il avait ramenée d’un de ses voyages. Non pas qu’il avait tout prévu, Typhon improvisait au fur et à mesure, mais ses visions lui avaient permis d’acquérir les pions nécessaires pour mettre son adversaire en échec.

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