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 [Q] La nuit, tous les Sorciers sont gris

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Lun 06 Juin 2022, 15:55

Alekto
La nuit, tous les Sorciers sont gris
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-Alekto ?

Cette dernière avait l'air stupéfaite. Ou choquée. Lazarius n'aurait su trop dire, car il n'était pas très fort pour discerner les émotions des autres. Même lorsque c'était apparemment très simple, comme une profonde joie ou de la colère, il était du genre à constamment avoir besoin d'une confirmation concrète et orale du ressenti de l'autre. Dans une certaine mesure, c'était assez handicapant, car il ne se rendait parfois pas compte des conséquences de ses actions. Mais compte-tenu son affiliation raciale, le problème avait aussi ses avantages : en tant que Sorcier, ça le rendait plus crédible. S'il était resté vivre à Vervallée avec le reste de sa famille, peut-être que cela lui aurait davantage porté préjudice. Toutefois, c'était ainsi qu'il n'avait jamais pu deviner, ni même envisager une seule seconde, qu'Alekto lui ferait une sorte de crise de jalousie après qu'il ait adressé deux mot à Cornelia. Il n'avait pas compris pourquoi elle était sortie de cours sans l'attendre et lui avait demandé pourquoi elle se comportait si étrangement. Maintenant qu'il avait compris, il se sentait un peu mal, quoiqu'ahuri par l’existence un tel drame pour si peu. Il ne connaissait pas Alekto pour faire tant d'histoires que ça, pourtant.

-Ça va ? Tu m'écoutes ?

Immobile, la concernée cligna des yeux. Il aurait juré qu'elle venait de se réveiller.

-J'euhh. Il leva les sourcils et elle reprit d'un coup sa contenance. Oui. Ça va. Et je t'écoute. Et je comprends.

-C'est vrai ?

Ce qui était aussi très très handicapant avec sa difficulté à lire les émotions des autres, c'était qu'il avait du mal à déterminer lorsqu'on lui mentait. Alors il n'était pas très sûr de ce qu'il se passait là.

-Oui.

Une partie de lui lui susurrait qu'elle se foutait de lui, mais une autre partie de lui n'était pas non plus sûre de ne pas être sûr qu’elle disait la vérité. Parfois, les interactions sociales étaient vraiment compliquées.

-Tu comprends ?

-Oui, je comprends.

-Donc tu n'es plus fâchée ?

Lazarius était désolé de la forcer à verbaliser de la sorte, mais il savait qu'il ne se sentirait mieux qu'une fois qu'il en aurait le cœur net.

-Non. D'après son ton sec et tranchant, un peu quand même, non ? On peut parler d'autre chose s'il-te-plait ?

-D'accord.

Alekto se décala sur le côté et reprit la marche. Lazarius lui emboita le pas. La situation était étrange, il sentait qu'il n'avait pas capté quelque chose, et la jeune femme ne voulait pas lui dire.

-Tu penses qu'il y a des gens comme moi ? Demanda-t-elle.

Une longue minute de silence s'écoula. Quelques secondes supplémentaires s'égrainèrent avant que le Sorcier n'ose reprendre la parole... pour clarifier, encore.

-... Excuse-moi, comment ça, "comme toi" ?

-Gris.

Elle était devenue parfaitement impassible. D'habitude pourtant, le sujet de son apparence n'était pas le plus agréable à aborder pour elle. Ça la complexait pas mal, étant le principal sujet de moquerie de la majorité des gens qui la croisaient, en particulier les autres étudiants.

-Eh bien... S'il y en a une, il doit y en avoir d'autres. Avec les fous qui expérimentent sur eux-mêmes, il doit même y avoir pire comme couleur.

Vu tout ce que la Magie et l'art des potions proposaient, il devait exister des Mages de toutes les couleurs possibles et imaginables.

-Hm. Oui. Laisse tomber. Marmonna la Sorcière en levant les yeux au ciel.

-Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai dit quelque chose de mal ?

-Non.

-Alors quoi ? S'énerva Lazarius.

-Rien. Laisse tomber, je t'ai dit. Je ne suis pas en colère contre toi.

Il ralentit le pas pour réfléchir. Qu'aurait-il pu dire de mal ? Ou était-il à côté de la plaque ? Qu'avait-il mal compris ? Il revint à sa hauteur avec une nouvelle proposition.

-Les Alfars sont gris.

Il scrutait sa réaction, mais il n'en perçut aucune. Un mentaliste aurait pu, sans aucun doute, mais Lazarius se considérait comme l'antagoniste de cette vocation. Une personne normale, elle, aurait vu qu'elle avait suscité un certain intérêt.

-C'est vrai. Son ton lui paraissait tout aussi neutre et plat que le reste, ce qui le perdait pas mal. Elle était juste un peu plus calme. J'ai une tête d'Alfare ?

Qu'en savait-il, lui ? Il n’en avait jamais vu de vrai. Est-ce que c'était une question piège, ou devait-il lui dire la vérité à savoir : il était vrai que ce genre de couleur de peau combiné aux oreilles, ça faisait très Elfe. Il bafouilla :

-... Peut-être. Je suppose, oui. Un peu.

Mais bon, selon lui ça ne voulait pas dire grand-chose. Il ne comprenait pas où elle voulait en venir dans tous les cas. Était-elle en train de lui dire qu'elle était une Alfare ? Pour lui, peu importait son physique, ça n'avait pas de sens. Alekto était une Sorcière, pure et dure. Autrement, jamais elle n'aurait pu mettre les pieds dans cette université et s'en sortir comme elle s'en sortait là.

-Dans ce cas, pourquoi on ne me l'a jamais dit ?

Lazarius se mordit la joue. Il n'était pas impossible qu'il ait entendu une ou deux fois l'allusion au détour d'un couloir. Néanmoins, il retenait qu'on la surnommait principalement "la grise", plutôt que de l'affilier à un autre peuple. Les Alfars étaient tellement rares et reclus dans leur coin qu'on avait tendance à les oublier, et puis on ne voyait pas forcément ses oreilles à elle. On l'associait donc plus facilement à ce que l'on trouvait ici ou dans les alentours : une victime de la Narcirra ou bien une simple pierre.

-Est-ce le prénom Chelae te dit quelque chose ?

Ce fut là qu'elle le perdit complètement. Il ne comprit plus du tout son raisonnement, d'autant plus que le sujet avait été posé sur la table sans suivre le moindre contexte.

-Non. Pourquoi ?

Elle s'accorda le temps de la réflexion, haussa les épaules. Lazarius était accroché à ses lèvres, prêt à gober n'importe quelle information et saisir ce qu'il ne saisissait pas.

-Comme ça.

-Bon sang Alekto, tu m'impliques dans une conversation et m'en exclut juste après, ça ne peut pas aller ! Eclata-t-il, les poings serrés. Dis-moi ce qu'il se passe, c'est bizarre.

Elle s'arrêta brusquement et le jeune homme manqua de lui rentrer dedans. Ça avait l'air de lui coûter beaucoup, parce qu'elle prit du temps à formuler une phrase complète.

-D'accord. Dans ce cas, disons que j'ai peut-être une piste pour expliquer... moi.

Lazarius fronça les sourcils. Elle ne l’éclairait pas du tout. Elle, les Alfars, d'accord et donc ? Pourquoi cela avait-il l'air si important tout à coup, alors qu'il l'avait souvent entendue insister sur le fait qu'elle se foutait de ses origines ? Était-il si stupide que ça ?

~1126 mots~

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Mer 15 Juin 2022, 20:53

Alekto
La nuit, tous les Sorciers sont gris
-C'est vrai, cela fait longtemps que nous n'avons pas discuté, alors que Dothasi sait combien nous avons à rattraper ! Entre mon mariage, puis le tiens, et tous les changements qui vont avec...

Alekto était tout simplement... ahurie. Tellement surprise qu'elle avait du mal à penser. Son regard était rivé sur la femme qui lui parlait sans s'arrêter. Elle était plus petite qu’elle mais était frappante de par sa présence. En fait, elle étouffait tout son espace, autant avec son monologue que sa manière de se poster devant elle comme si elle était plus importante que tout au monde.

-C'est tout de même fou de penser à ce que ça fait : toutes ces nouvelles personnes que l'on rencontre, les nouvelles perspectives professionnelles, et puis les enfants bien sûr ! J'ai vraiment hâte d'être mère. Et de construire mon entreprise avec Raemiel. J'ai encore du mal à croire que tout cela arrive et...

Elle parlait de plus en plus vite. Déjà qu'Alekto ne comprenait rien à ce qu'il se passait… Les informations se bousculaient trop dans sa tête. Mais tout à coup, le brouhaha que son interlocutrice produisait à elle seule cessa.

-Hé, tu m'écoutes ?

Non, pas vraiment. Enfin un peu, mais elle était surtout perdue et pas du tout la bonne personne pour écouter. C'était assez drôle tout de même, de voir une situation similaire et à la fois si différente de ce qu'il s'était passé avec Lazarius la seconde d'avant. Cette même confrontation pour un sujet complètement débile.

-Chelae, tu m'écoutes ? Si ça ne t'intéresse pas, tu peux me le dire.

Chelae ? Comment ça, Chelae ? Puis tout à coup, sa ressemblance avec cette inconnue la frappa. Ce n’était pas qu’elles étaient des sosies ni des sœurs, mais elles avaient toutes les deux ces caractéristiques si particulières : une peau grise et des oreilles pointues.

-Pourquoi tu ne me réponds pas, il y a un problème ?


...

Le menton posé sur son poing fermé, ses yeux étaient baissés vers les quelques feuilles volantes éparpillées devant elle. La pointe de sa plume était en suspens au-dessus des dernières lettres qu’elle avait formées. Alekto faisait tourner et retourner les souvenirs de sa vision dans son esprit. Elle avait posé les brèves informations qu'elle en avait retenu : elle avait été dans le corps de "Chelae" ; la femme qui lui avait parlé était aussi grise qu'elle en monstrueusement belle ; elle semblait avoir un mari, Raemiel ; il y avait une histoire de mariage ; elle avait parlé de Dothasi ; ces gens étaient riches. Pour le peu de temps qu'elle avait passé là-bas, c'était plutôt pas mal, et en même temps tellement peu pour tirer des conclusions...

Chelae. Juste un nom parmi les milliers d'autres dans un peuple reclus qu'elle connaissait à peine. Elle avait songé à la retrouver, mais avec la chance qu'elle avait, c'était un nom extrêmement commun là-bas – est-ce que ce là-bas était seulement ce qu’elle pensait ? Dans tous les cas, si Alekto était sûre d'une chose, c'était que ce qu'elle avait vu était vrai. Aucun raisonnement censé ne pourrait la faire plier là-dessus. Elle avait l'intimide conviction d'avoir vu une scène réelle. Néanmoins, elle s'en gardait bien de partager son expérience à qui que ce soit, pas même à Lazarius. La jeune femme était terrifiée à l'idée que l'on puisse, et en particulier son meilleur ami, la prendre pour une folle.

-Vous n'êtes pas sans savoir que le mercure est un métal assez particulier...

La professeure faisait les cent pas sur toute la largeur de l'estrade de l'amphithéâtre. Sa démarche était lente. Elle se tenait droite, les mains jointes derrière son dos et n’accordait pas la moindre attention à ses étudiants.

-Il est utilisé pour la confection de miroirs, mais aussi dans certaines crèmes ou produits cosmétiques. Il est certes toxique, mais il permet d'éliminer les agents infectieux…

Alekto transcrivait mécaniquement ce que la professeure récitait. Est-ce qu'elle écoutait ? Vite fait. Son esprit était malheureusement happé par plus enivrant. La Sorcière désirait en savoir plus. Cette vision n’était pas anodine du tout : elle contenait une partie d’elle-même. Elle essaya de se concentrer – pas sur les cours, mais sur le souvenir. Elle ne se rappelait plus ce à quoi elle avait pensé pour vivre le phénomène, mais une chose était sûre : une quelconque magie était à l'œuvre et elle en était potentiellement la détentrice. Une demi-heure d’efforts et elle ne parvint jamais à ses fins. Elle serra les dents. Elle tenait un truc ; elle n’était pas si loin de découvrir tant de révélations exaltantes et pourtant, elle n’y parvenait d’aucune manière.

-Le plomb...

Et bien entendu, la structure catalogue du cours et le ton monocorde de l’institutrice n'aidait pas à améliorer son humeur, car rien ne la distrayait de ce sentiment affreux qu’était la frustration.

~808 mots~


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Sam 25 Juin 2022, 19:14

Alekto
La nuit, tous les Sorciers sont gris
-Bonsoir.

Sa voix molle trahissait sa fatigue. Madame Trépière marmonna une salutation à peine audible. La vieille dame cuisinait. Elles n'allaient pas tarder à manger et vu l'odeur, ça ne serait pas fantastique. Mais Alekto ne se plaignait pas : elle avait un toit et on lui faisait à manger. Compte-tenu de sa situation, c'était déjà beaucoup. Comme à son habitude, l'étudiante traversa la pièce principale, mais pas moins exiguë, pour atteindre sa chambre.

-Même pas assez polie pour m'aider... Grogna la mégère, juste bien pour se faire entendre parfaitement.

-Vous voulez que je vous aide ? Renchérit aussitôt Alekto.

-Bah ! Le dos tourné une seconde et tu vas en profiter pour m'empoisonner ! Bas les pattes !

L'étudiante passa son chemin et gagna sa chambre. La vieille lui faisait régulièrement le coup. Madame Trépière était un peu comme une chanson agaçante qui tournait en boucle. Toujours les mêmes commentaires, les mêmes complaintes, les mêmes critiques. Ça n'était pas agréable à écouter, mais elle se répétait tellement qu'Alekto en était arrivée au stade où elle n’entendait plus la plupart de ses répliques. Ça faisait partie du quotidien, et ne pas l'entendre ronchonner serait devenu trop bizarre pour que cela la fasse se sentir totalement bien. Parfois, elle se demandait si la vieille dame n'était pas pour elle la grand-mère qu'elle n'avait jamais eue. Après tout, c'était celle qui s'occupait d'elle, en partie. Pour autant, Alekto ne ressentait pas plus de sentiment pour cette personne avec qui elle partageait le toit.

Alekto ferma la porte à clef, poussa un soupir et s'assit sur son lit. Enfin au calme. Sa vision avait remué ses méninges toute la journée, au point de la vider de toute son énergie. Elle aurait aimé éteindre son cerveau, mais l'histoire continuait de la travailler. Elle referma les yeux. Peut-être que si elle essayait à nouveau, dans le calme, elle y arriverait. Peut-être qu'elle arriverait à retourner dans le corps de "Chelae" et à voir davantage. Se concentrant du plus qu’elle put, elle réessaya.

La Sorcière se réveilla une bonne demi-heure plus tard, à cause des violents coups donnés à sa porte.

-J'ai dit à table ! Sacré non de non, et cette sale bête a verrouillé en plus !

Alekto se redressa. Eh merde.

-J'arrive.

Elle s'était endormie. Ca, c'était la meilleure... Après s’être recoiffée brièvement, elle ouvrit à Madame Trépière.

-Je suis là.

-Qu'est-ce que tu manigances ?

Elle tendit le cou pour voir l'intérieur de la chambre mais Alekto, qui la dépassait d'au moins deux têtes, ne lui accorda pas ce plaisir.

-Rien du tout. Elle ferma la porte derrière elle. Ce manège était ridicule.

La vieille marmonna un juron, alors qu'elle rebroussait déjà chemin.

-Tu ne pourras pas me cacher ça bien longtemps, c'est ma maison ici !

La jeune Sorcière la laissa parler. Elle pouvait bien menacer, cette vieille peau ne ferait rien. Elle était bien trop faible et incompétente pour avoir les tripes de frôler ce genre d'insolence. Ce qui était dans ses rêves resterait dans ses rêves.

-Sale journée. Commenta-elle une fois qu'elles furent à table.

Jusqu'alors, seule la vieille horloge rabougrie dans un coin poussiéreux de la pièce avait été la seule à rythmer leur repas. Gertrude avait brisé un silence glacial qui durait depuis une éternité. Elle avait visé juste : Alekto n'était pas d'humeur. Son expression, d'habitude assez indifférente à toutes les choses de la vie, était devenue crispée. Sa cuillère jouait dans sa soupe plus qu'elle ne la buvait. Elle hocha la tête en guise de confirmation.

-Il te reste combien de temps à l'université ?

-Quelques mois. Pourquoi ?

-Pour savoir quand tu fous le camp.

Elle n'aurait pas dû demander pourquoi.

-Dès que j'aurai mon diplôme et un travail.

-Quoi comme travail ?

La vieille était drôlement bavarde, ce soir. Alekto haussa les épaules. Elles n'en avaient jamais parlé. Les deux femmes étaient des inconnues l'une pour l'autre. Enfin surtout Alekto pour Madame Trépière, car cette dernière, à force de se plaindre, avait fini par déballer sa vie à l’étudiante.

-Je ne sais pas trop encore. J'aime bien les sciences et la nécrologie.

La vieille ricana et but quelques cuillerées bruyantes de son potage infame à base de navets.

-Quand je dis qu'ils acceptent les cas comme toi à la morgue...

Alekto ne fit aucun commentaire. La grand-mère faisait souvent des réflexions sur son sale teint, et ça commençait sérieusement à la fatiguer.

-J'irais avec vous dans ce cas.

Techniquement, l’aider à mettre son deuxième pied dans la tombe n’était pas compliqué. La vieille lâcha sa cuillère, qui tomba dans son assiette. Des gouttelettes de soupe éclaboussèrent la table.

-Comment oses-tu ! Sale fille !

Elle reprit son couvert et le lança en sa direction. Alekto n'eut pas besoin d'esquiver : la cuillère retomba sur la table sans l'atteindre dans un tintement retentissant, puis tressauta jusqu'au bord, laissant sur son passage une traitée de soupe épaisse et violacée.

-Espèce de petite trainée ! Hors de ma vue !

Elle hurlait comme une guenon enragée. Alekto quitta la table. Elle en avait assez elle aussi. Plus qu'assez de se prendre des remarques déplacées.

-Sale grise ! Pestiférée ! Tu devrais avoir honte de...

Le claquement brutal de la porte de sa chambre ne fit pas taire le flot d'insultes, mais eut au moins le mérite de préserver sa vue.

~894 mots~


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Ven 08 Juil 2022, 23:18

Alekto
La nuit, tous les Sorciers sont gris
Les protestations de la vieille avaient fini par se faire moins fortes, puis plus rares. Alekto s'était rallongée sur son lit. Elle supposait que maintenant, elle était partie. La Sorcière fixait le plafond. Elle avait envisagé de réessayer, mais elle savait d'avance que cela se résulterait par un échec. De toute façon, en avait-elle vraiment envie ? Elle ferait peut-être mieux de se résoudre à croire qu'elle avait juste déliré, mais l’idée d’avoir des visions de vieille folle à chats n’était pas très enviable, encore moins si cela concernait les conversations inutiles d’Alfars. Elle n’avait pas envie d'avoir quelque chose à voir avec des Elfes nocturnes. Alekto était une Sorcière, une vraie ; pas un ermite de la forêt. Ses origines n'avaient aucune importance, pire : ses origines n'avaient qu'à aller se faire voir. Elle avait déjà prouvé qui elle était.

La nuit avait terminé de balayer ses délires idées farfelues et Alekto était retournée à l’université avec son assurance d’antan. L’étudiante n’était pas très rancunière, ni ne ruminait longtemps le passé, ce qui était une qualité particulière par chez eux. La jeune femme marchait dans les couloirs d’Asresh, en direction de son premier cours de la journée, en sciences anatomiques.

-Vous avez vu Cécilia aujourd'hui ?

A une dizaine de mètres venaient d'apparaitre Cornélia et sa bande. Alekto continua de regarder droit devant elle. Moins elles entraient en contact, mieux c'était.

-Oui, son teint est affreux.

-Ah, merci ! Je ne suis pas la seule à avoir remarqué cette horreur. Ricana la cheffe de bande, comme si cette question était en fait un test pour évaluer la valeur de ses sbires.

-Elle n'a pas eu le temps de me saluer ce matin qu'elle a dû courir aux toilettes avant que je ne l'humilie. Pouffa Diana, très fière d’elle.

-Bien fait pour elle. Ricana Tatiana, la seconde de Cornélia.

-Qu'est-ce qu'elle a fait à son teint ? Questionna Lylia, la fille un peu en retrait du groupe.

-Elle est restée trop longtemps dehors et elle a bronzé.

-Mais elle ne veut pas l'admettre.

-Elle a essayé de couvrir ça sous une tonne de poudre, au point d'en devenir grotesque. On dirait un chou à la crème trop cuit recouvert de sucre glace. Cette pauvre, même pas la peine de se procurer un produit adapté... Une gueuse du début à la fin.

Le groupe de filles gloussa et passa devant Alekto comme un troupeau de dindes affamées. Pour elle ne sut quelle raison – pourquoi aujourd'hui et maintenant alors qu'elle en avait certainement déjà entendu parler – la Sorcière tiqua. Un produit adapté. Ses pas se firent plus courts, avant qu'elle ne s'arrête complètement, puis fasse machine arrière.

-Salut. Les pestes la calculèrent à peine, mais elle n'en démordit pas. De quel produit parlez-vous ?

Elle se posta à la hauteur de Cornélia. Celle-là la dévisagea des pieds à la tête, la bouche entrouverte en une expression de dégoût. Elle se sentait visiblement insultée par une telle audace.

-Qu'est-ce que tu as, la grise ?

-De quel produit parlez-vous ?

-Mais c'est qu'elle écoute nos conversations sans gêne ! S'écria Tatiana.

Les autres filles prirent une mine outrée ainsi qu’une pose qui devait leur donner une attitude hautaine et intimidante. Cornélia leva les yeux au ciel.

-Un blanchisseur de peau, la grise. Exactement ce qu'il te faudrait, mais j'imagine que toi aussi, tu es aussi pauvre et ne peux pas te permettre ça.

-Elle ne connait même pas ça, pour commencer. Fit grincer sa seconde, aussitôt soutenue par les autres.

-Très bien. Merci.

Alekto s'éloigna sans plus d'histoires. Ces querelles de gamines restaient avec les gamines. Elle, elle avait mieux à faire.

***


-Hm...

En effet c'était plutôt cher, mais elle avait quand même investi le soir-même. Alekto tenait le flacon entre ses mains. Il était scandaleusement petit. Au vu du prix que ça lui avait coûté, cet objet était devenu sacré. Il avait intérêt à lui tenir longtemps. Pourtant, l’apothicaire lui avait indiqué d'en mettre une couche généreuse sur son visage pour que les effets soient visibles dès le lendemain… Arnaque ou bon conseil de bon soignant ? Bizarrement, elle penchait pour la première option, mais elle supposait qu’elle ne saurait qu’en vérifiant.

Elle leva les yeux vers le miroir ridiculement petit accroché au fond de sa chambre. La Sorcière fit couler un peu de crème au creux de sa main, qu'elle frotta et étala sur son visage. Quelques secondes plus tard, elle ressentit des picotements. Puis des brûlures. Puis des plaques.

-Merde. Merde, merde, merde !

Bien plus qu’une arnaque : une allergie.

~762 mots~


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