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 [Q] - Qu'ils crament et qu'ils crient (Siruu)

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Kaahl Paiberym
~ Sorcier ~ Niveau VI ~

~ Sorcier ~ Niveau VI ~
◈ Parchemins usagés : 4087
◈ YinYanisé(e) le : 25/06/2015
◈ Activité : Professeur
Kaahl Paiberym
Jeu 18 Juil 2019, 08:25



Qu'ils crament et qu'ils crient


Partenaire : Siruupeux
Intrigue/Objectif : En vue de la destruction d'un village Lyrienn ainsi que de son temple à l'effigie de dieux impies, Siruu et Kaahl se rencontrent sur l'île d'Ethyùm afin de fomenter leurs desseins et préparer un plan d'action.

« Il est très dommage que vous ayez mis fin à notre petite chasse la dernière fois. Je ne m’y attendais pas. » Je me répétais ces mots en boucle, comme un refrain entêtant qui ne pouvait sortir de mon crâne. La femme du gouverneur avait l’art et la manière de faire comprendre les messages. Elle était intelligente et j’avais décelé dès notre première rencontre qu’elle essaierait par tous les moyens de pourrir mon existence. Elle me voyait telle une menace pour son époux et elle, un homme capable de surveiller et d’agir dans la délation. À vrai dire, elle n’avait pas tort. Je ne nourrissais pas de merveilleux projets à leur égard. Seulement, ainsi était le jeu du pouvoir : éliminer la concurrence pour se propulser dans les sommets. Je comptais bien continuer sur ma lancée. N’importe qui à ma place se devait de prendre des risques. On ne devient pas monarque en restant assis sur sa chaise à penser le monde. La dame m’avait donc fait comprendre par un ensemble de signes que j’avais beau avoir une réputation à faire pâlir tous les esclaves Humains et Orisha de Valera Morguis, si je continuais à jouer les rabats-joies en restant enfermé dans mes appartements, cette réputation risquait de s’éteindre lentement mais surement. En toute franchise, je ne me reconnaissais que très moyennement dans ce titre qui m’avait été affublé. Ma vie n’était qu’un mensonge mais qui pouvais-je blâmer ? J’avais espionné les Magiciens dès mon adolescence et, forcément, la vie d’un espion n’a rien de glorieuse du côté du peuple qu’il sert. Sous ma véritable identité, ou, du moins, celle de laquelle l’on m’avait affublé à la naissance, j’étais au mieux le chef de la famille Paiberym, au pire un traître, pour les Sorciers. Parfois, je songeais à faire tomber Elias mais cela voulait aussi dire fermer le chemin magicien pour toujours. Je n’étais pas prêt à renoncer à l’environnement qui m’avait vu grandir. J’avais même du mal à me faire à Valera Morguis. La cité n’avait rien à voir avec les rives ensoleillées du Lac Bleu. Mon moral, déjà non faramineux, avait baissé drastiquement. Je comprenais aisément pourquoi les Sorciers puissants avaient tendance à sombrer dans la folie. L’environnement des grands était néfaste, empli de risques et ponctué de trahison. C’était la loi du plus fort. L’étais-je assez ? Parfois je doutais de ma propre motivation. D’autres fois, le souvenir de notre moment à manger de la tarte aux fraises, avec Adélie, me faisait sourire.

Je soupirai. La plume qui était précédemment posée à mes côtés bougea seule et dansa sur le parchemin selon mes volontés. Cela m’avait pris du temps mais j’avais fini par être précis dans l’utilisation de la télékinésie. Mon regard se promena sur les étagères qui me faisaient face. Sur l’une d’elle, les carnets de mon père étaient minutieusement rangés. J’avais été amusé d’apprendre que seuls les individus de son sang ou qu’’il considérait comme en faisant partie pouvaient lire le contenu avant. À présent, il semblait simplement que le contenu se livrait à ceux qu’il en estimait dignes. En dessous, il y avait le Miroir. Je luttai chaque jour pour ne pas le regarder mais, tel un drogué, je finissais toujours par y revenir. J’étais cruellement jaloux de cet Ange à qui elle avait murmuré son nom. J’étais également enragé de ne plus avoir cette arme contre elle. J’aurais dû l’utiliser, bien plus tôt. Je me haïssais pour mes hésitations, pour la confiance stupide que j’avais placé en Beth et pour ma propre faiblesse face à la reine. À présent que j’étais ici, je regrettais mes opportunités manquées. Je relus.

« À l’attention de Siruu Belhades.

J’ai été impressionné par votre victoire à la Coupe des Nations et aimerais vous rencontrer dans le cadre d’une expédition qui, je l’espère, sera funeste pour les cibles que je vise. Un homme qui a porté une gloire certaine sur notre peuple mérite d’en faire pleinement partie. Nous serons accompagnés de quelques Sorciers de ma connaissance. »


La lettre continuait à propos d’un point de rendez-vous en dehors de Valera Morguis, sur une île sans importance de la Mer de la Méduse du nom d’Ethyùm depuis laquelle j’avais fait quelques repérages. Sur Ethyùm il n’y avait presque rien si ce n’est quelques maisons de fortune pour les marins qui y séjournaient avant de reprendre la route. J’avais indiqué que je m’occupais d’amener de quoi se substanter le temps de discuter du projet et que, si Siruu le voulait, il pouvait amener avec lui une personne de confiance. J’avais ensuite spécifié qu’en cas de réponse favorable, des Sorciers viendraient le chercher afin de l’amener à bon port, puis précisé que l'on discuterait du prix de ses services en tête à tête. Enfin, j’avais signé « Elias Salvatore, Prince des Sorciers. »

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Siruu Belhades
~ Sorcier ~ Niveau III ~

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Siruu Belhades
Sam 31 Aoû 2019, 18:51


Crédits de l'image : Jean-Claude Claeys

Siruu était accoudé contre son secrétaire, fatigué. Il avait passé la matinée à écrire des ébauches d’articles, mais aucune ne le convainquait suffisamment. Sans doute se pensait-il trop perturbé par la lettre qui reposait à ses côtés. Il ne l’avait pas ouverte, mais avait rapidement compris que ce n’était n’importe quelle missive. Le papier était légèrement rigide, comme cartonné. Lisse au toucher, blanc et cacheté vigoureusement : celui qui l’avait envoyée devait être soit noble, soit richissime, soit membre du gouvernement. Ou alors, il s’agissait du même homme mystérieux qui l’avait félicité pour sa souffrance durant l’Épreuve de la Coupe des Nations. Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir.

« Pourquoi est-ce que le journaliste s’était promis d’attendre avant d’ouvrir cette lettre ? », me direz-vous. Il se trouve que ces temps-ci, un plaisantin s’amusait à envoyer des messages, maudits au préalable. Siruu — entre un cas d’exhibitionnisme, l’annonce d’un mariage et deux louanges à l’égard du gouvernement — avait récemment écrit sur ce farceur et ses missives ensorcelées. Celui qui les lisait pouvait souffrir d’une variété de problèmes différents, allant de la malchance à l’infertilité. N’ayant pas de sous-fifre lettré capable d’encaisser le potentiel maléfice, le sorcier avait préféré patienter, et espérer que la magie se dissiperait.

Sa curiosité fut trop forte. Il ne put s’empêcher de décacheter le papier. Ses yeux s’accrochèrent d’abord à quelques mots-clés. Coupe des Nations. Elias Salvatore. Rien de maudit, en tout cas pas selon le sens conventionnel du terme. Pourtant, Siruu eut presque préféré subir un sort. La proposition qu’on lui faisait était effrayante par de nombreux aspects. Le Chasseur n’avait pas la réputation d’un homme agréable, honnête et avenant. Cependant, d’une certaine manière, c’était alléchant. Imaginer l’influence ou l’argent qu’il pourrait obtenir d’un tel partenariat suffisait à lui arracher un sourire. Oui, le risque était grand. Siruu serait prêt à le prendre.

« Est-ce que je t’amène ? Peut-être que… » En pleine réflexion, le sorcier prononçait ses propres mots lentement. Il n’attendait pas de réponse de la part de l’intéressé : Jorderunn n’était pas plus capable de parler qu’hier. Néanmoins, l’esclave avait un autre avantage pour lui : son éternité du phénix. Cette capacité le rendait efficace par bien des aspects, et l’on pouvait imaginer mille plans où un être tel que lui aiderait la cause. Cependant, Siruu se ravisa : le Chasseur n’avait pas explicité ses intentions et, éternel ou non, un déficient mental illettré et incapable de comprendre d’ordres complexes pouvait être un fardeau.

Une fois décidé, le journaliste rangea tous ses travaux en cours, pour se préparer à l’exercice que serait la rédaction d’une réponse à l’attention d’un Prince Noir. Il doutait que ce dernier soit susceptible au point de rétracter son offre à cause d’un message au style maladroit, mais souhaitait tout de même être le plus courtois possible. Chacun de ses mots devait être calculé. Faire un éloge modéré de l’interlocuteur, utiliser des tournures de phrases claires et être formel : trois domaines dans lesquels le journaliste avait, par le passé, eu l’occasion de se perfectionner.





« Il a dû recevoir la lettre. Je vais partir bientôt. » Le sorcier illustrait ses paroles pour que Jorderunn ne soit pas complètement désemparé. « Toi, tu restes ici à garder la maison. J’ai demandé à Endora de passer te nourrir si mon absence vient à se prolonger. » De tous les habitants du quartier où vivait le journaliste, cette dame n’était pas la plus saine d’esprit. Pourtant, elle possédait quelque chose d’unique : la gentillesse, la vraie. Elle ne trompait pas son monde, quand elle venait proposer des soupes à base de pattes de poulet à tous ses voisins. Elle n’avait pas de mauvaises intentions, quand les gens venaient la voir au Guérissoir. Siruu avait fini par le comprendre, après quelques mois à la soupçonner de comploter quelque chose. « En… do ra ? » Le sorcier était habitué aux lacunes de Jorderunn, dès lors qu’il s’agissait de comprendre quelque chose qui n’était pas une instruction simple. « Oui, Endora. La vieille femme habillée en orange. Elle ira te nourrir. » En vérité, il aurait pu laisser son esclave s’écrouler de faim… mais ce serait prendre le risque de le tuer définitivement. Aucun document scientifique ne délimitait clairement les limites de l’éternité du phénix. « Compris ? »« Oui. » Quelques secondes après, on entendit quelqu’un frapper à la porte.

Les trois mages noirs qui accompagnaient Siruu n’étaient pas des plus loquaces. Il y avait quelque chose de fabuleux, dans leur manière d’être. De loin, on les voyait prendre une posture décontractée qui pouvait les faire passer pour n’importe qui. Néanmoins, en s’approchant et en les entendant parler, on comprenait rapidement qu’ils n’étaient pas là pour se divertir et discuter. Leur conversation avec le journaliste n’avait pas duré bien longtemps, malgré tout les efforts de ce dernier pour grappiller plus d’informations.

Le voyage jusqu’à Ethyùm était loin d’être une formalité. Rarement visitée, l’île n’était pas chérie des marins : aucun navire de transport digne de ce nom ne voulait perdre de temps à accoster en ces lieux. Les quatre mages noirs avaient donc été contraints de rejoindre discrètement les côtes d’Ildirim sur l’archipel d’Aeden, avant de se téléporter en groupe à l’aide d’une rune. Puisque les éclairs pouvaient affecter ce genre de sortilèges, il avait fallu être particulièrement assidu afin que chacun atterrisse au bon endroit et, surtout, en un seul morceau.

Siruu inspira légèrement. Après quelques secondes qui lui permirent de contempler son nouvel environnement plus en détail, il sourit. La lettre n’avait pas menti. Ethyùm semblait vierge, en dehors de quelques habitations de fortune vides. Quels pouvaient être les objectifs du Prince Noir en ce lieu ? Si l’on en croyait la missive, il s’agissait certainement d’apporter la mort ou la désolation. Cet endroit ne semblait guère avoir besoin d’être plus déserté. L’apôtre obscur en conclut qu’ils allaient préparer quelque chose de plus grand, qui dépasserait l’envergure d’une simple attaque de charrette. Pouvait-on vraiment en attendre moins de celui que les sorciers surnommaient Le Chasseur ? Siruu, partagé entre curiosité et prudence, indiqua poliment à ses escortes qu’il était prêt à rencontrer Elias Salvatore.


1022 mots.
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Kaahl Paiberym
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Kaahl Paiberym
Jeu 07 Nov 2019, 15:44



Qu'ils crament et qu'ils crient


« Prince Salvatore, il est là. » « Hum. » fis-je d’un ton neutre, accompagnant le son d’un geste de la main qui invitait l’homme à sortir de l’habitation. Il s’agissait d’une des rares demeures de l’île. Elle avait été désertée, ce qui la rendait stratégiquement parlant parfaite. Je restai un instant seul, continuant mes notes. Le sujet n’avait rien à voir avec celui qui nous occuperait quelques temps mais demandait que je me penche dessus. J’étais devenu un homme occupé. De plus en plus, les espions dépendaient de moi. Plusieurs affaires courantes me revenaient et, bientôt, il me faudrait sans doute réussir à me dupliquer pour arriver à tout gérer. Le fait que je sois maniaque n’arrangeait rien. J’avais du mal à déléguer les tâches importantes. Je me méfiais des autres Sorciers et je savais que j’avais raison. Notre fourberie n’était pas une légende urbaine. Le pouvoir nécessitait parfois le sacrifice d’autrui. J’étais certain que mon invité le savait. J’étais curieux.

Après quelques minutes, je fermai ce que j’étais en train de faire, le cahier de note se scellant de lui-même. Il reconnaissait mes empreintes et ne daignait révéler son contenu qu’à ma seule personne. Je me levai, mon corps haut et mince se déplaçant jusqu’à la porte. Je l’ouvris et sortit dehors, m’approchant de celui qui devait être Siruu. Je le regardai un instant, analysant sa silhouette. Pas que. J’aimais bien savoir à qui j’avais à faire. « Ne nous embêtons pas des usages si vous le voulez bien. Suivez-moi. » lui dis-je simplement. Chacun de nous avait ses petits secrets et j’étais tout disposé à ne pas poser de questions embarrassantes. Je renforçai néanmoins ma barrière magique contre les intrusions mentales. J’avais pris l’habitude de le faire, par sécurité. Puisqu’il avait remporté la Coupe des Nations de je ne savais quel peuple, la méfiance était de rigueur, la base d’une relation satisfaisante à l’avenir, même.

Je me mis à marcher jusqu’à la maison dans laquelle j’avais précédemment trouvé refuge. L’intérieur était sombre et désœuvré mais j’avais tout de même fait venir une table, des chaises, de quoi se chauffer et se restaurer. Je m’assis sur le seul fauteuil de la pièce, dos à la cheminée. J’avais demandé à ce qu’un sort soit lancé pour que la fumée devienne inodore et invisible. Quel âge avait-il ? Difficile à dire. Il paraissait peut-être plus jeune que l’apparence que j’endossais actuellement. « Bien. » fis-je en attrapant un petit couteau qui servait à ouvrir le courrier. Mes yeux passèrent de l’outils, voire de l’arme – j’avais eu l’occasion de tuer quelqu’un avec – au visage du Sorcier. « J’ai comme projet de détruire plusieurs villages lyrienns isolés. Je suis en train de tester quelques produits néfastes et j’ai besoin de m’assurer de leur efficacité avant d’envisager une attaque d’une plus grande envergure. » Mon dos vint s’appuyer contre le dossier. « C’est pour cela que je vous ai contacté. Je me suis dit que l’expérience vous plairait et que vous pourriez apporter votre contribution au projet. Ces villages ne sont pas connus mais leur lien avec les faux-Dieux priés par ce peuple est grand. Il y a plusieurs temples à l’intérieur de ceux-ci que nous nous ferons une joie de réduire en miettes. » Le sourire qui apparut sur mon visage était maléfique à souhait. Si je traitais les Ætheri élémentaires de faux-Dieux, c’était avant tout pour les besoins de mon rôle. Mon éducation à Basphel m’avait rendu étrangement tolérant pour un Sorcier. Elias ne devait pas l’être. Il devait être cruel et raciste envers ce peuple né de la magie des Mages. « Nous décimerons la population qui y vit à l’exception des enfants qui deviendront mes esclaves. J’aime beaucoup les enfants. » ajoutai-je d’un ton qui laissait clairement supposer que je ne les aimais pas pour les bonnes raisons. Il était facile d’imaginer que je les violais, les esclavageais salement ou les torturais sans ménagement. « Vous pourrez choisir quelques esclaves également, bien sûr. En d’autres termes, si une femme vous plaît, prenez-la. » Je me tus. « Le reste mourra. » Ce qui était parfois mieux que de tomber entre des mains fourbes et sournoises. « Quant à votre rémunération… » J’amenai mon pouce et mon index sur mon menton, passant mes doigts dans ma barbe. « Dîtes-moi ce que vous désirez. Nous pourrons sans doute nous arranger. »

730 mots

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Siruu Belhades
~ Sorcier ~ Niveau III ~

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◈ YinYanisé(e) le : 06/12/2015
Siruu Belhades
Ven 29 Nov 2019, 19:18


Crédits de l'image : Jean-Claude Claeys

C’était fascinant, de voir une figure telle qu’un Prince Noir dans une maison aussi modeste. Le journaliste se doutait qu’une île aussi perdue n’allait pas abriter une salle de bal et milles sculptures, mais restait admiratif face à cette apparente normalité. « Apparente » étant fort à propos, puisque le fond de leur discussion dépasserait certainement les mondanités. Elias avait donné le ton, ne se perdant pas dans les formalités. Très vite, ils étaient rentrés dans le cœur du sujet. C’était macabre, calculateur, intolérant : typiquement sorcier, en somme.

« C’est intéressant, effectivement. » Le blond avait les paroles de son interlocuteur. Il développa au fil de cette écoute un sourire innocent, digne d’un enfant fier d’avoir obtenu une bonne note. Cette expression lui était venue entièrement naturellement, chose assez rare pour être notable. Ce sourire ingénu représentait avec précision ce qu’il avait été, avant d’être converti aux manières de la ville : un scientifique presque trop candide, mais dénué de limites. Peu à peu, il avait fini par se transformer, comme si l’air urbain s’était chargé d’aigreur, et avait tapissé les poumons de Siruu de l’intérieur. Le sorcier n’avait jamais été bon, si ce n’est dans sa jeunesse : cependant, on pouvait affirmer que son caractère s’était empiré en mûrissant. Alors, il était drôle de constater que cette histoire de destruction faisait ressurgir en lui une certaine innocence.

« Au sujet du paiement… j’ai quelques idées sans prétention, dont je vous ferais part un peu plus tard. » Il pouvait simplement demander de l’argent, mais songeait à quelque chose d’autre. Chaque apôtre obscur souhaitant s’élever se devait de trouver un Maître. C’était une obligation à laquelle il semblait impossible de déroger. Cela étant, Siruu ne souhaitait pas se précipiter dans une eau trop glacée, et avait adopté une stratégie raisonnable à cet égard : pas à pas, il se construisait un réseau. Un jour viendrait où l’un des Mages de la Corruption qu’il côtoyait se proposerait. Cependant, n’était-ce pas le moment idéal pour forcer le destin ? Ce Prince Noir avait toutes les qualifications nécessaires, et bien plus encore. Pour l’heure, mieux valait éliminer cette pensée de son esprit et se concentrer sur l’essentiel. Il réfléchirait à sa rémunération plus tard. « Quant à ce que vous disiez… »

« En effet, ces histoires d’aetheri élémentaires sont extrêmement agaçantes. » Il créa de minuscules flocons de glaces au sein de sa paume. Sous la chaleur du feu, ils se transformèrent en gouttelettes. « J’ai eu l’occasion de visiter Aeden, et leurs croyances les poussent à haïr ou mépriser les étrangers utilisant la magie qu’ils attribuent à ces faux-Dieux. » Siruu se sentait concerné, bien évidemment. « Certains vont même jusqu’à vouloir les tuer. C’est intolérable, de vouloir s’accaparer des choses aussi… eh bien, élémentaires. Notre peuple ne va pas jusqu’à assassiner les praticiens de la magie noire, quand bien même nous sommes les meilleurs à la pratiquer. » Le journaliste avait pu observer des étrangers particulièrement talentueux dans le domaine, mais ces observations anecdotiques n’étaient que des exceptions à la règle. Il reprit, après une courte pause. « Je soutiens donc catégoriquement votre initiative. Peut-être que cette perte occupera les mains des plus dévots d’entre eux, qui reconstruiront des temples et demanderont pardon à leurs idoles sans importance. Pendant ce temps, ils n’iront pas importuner ceux des nôtres qui voudraient étudier cette magie. C’est un geste bénéfique pour nous tous. » Pour les Peyin, en fait. Un lyrienn au courant de cette histoire n’utiliserait certainement pas le terme « bénéfique ». Fort heureusement, aucun d’entre eux ne risquait d’apprendre l’information avant un moment. L’apôtre obscur plongea ses yeux dans ceux de son interlocuteur. « Et si nous pouvons les affaiblir et nous renforcer au passage, c’est joindre l’utile à l’agréable. »

Siruu fixa le coupe-papier, songeant au nombre de documents secrets qui avaient dû être descellés par cet objet. « Vous devez certainement avoir différents prototypes de produits à tester. Si par malheur l’un d’eux venait à mal fonctionner, je devrais pouvoir être en mesure d’effectuer des ajustements d’urgence. Les précédentes décennies m’ont fait apprendre quelques notions en la matière. » L'empoisonneur pouvait commencer à parler en siècles, en vérité. Que le temps passe vite, quand on s’amuse et qu’on abuse de potions de jouvence. Si apparaître plus jeune ou ralentir le vieillissement demeurait simple, Siruu peinait à arrêter définitivement la vieillesse qui le gagnait de l’intérieur. Jorderunn pourrait aider, si tout se passait comme prévu. « Loin de moi l’idée de manquer de respect aux scientifiques de Valera Morguis. Ils comptent parmi les plus brillants esprits, mais sait-on jamais. » C'était tout l'inverse : souvent, il jalousait en secret les intellectuels de cette Cité. Cela étant, les produits dont parlait Elias semblaient expérimentaux. En de telles circonstances, il valait mieux anticiper les imprévus.


787 mots.
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Kaahl Paiberym
~ Sorcier ~ Niveau VI ~

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◈ Activité : Professeur
Kaahl Paiberym
Mar 31 Déc 2019, 00:02



Qu'ils crament et qu'ils crient


« Il ne fait aucun doute que ces Lyrienns s’arrogent des droits qu’ils ne possèdent pas. Éliminer les utilisateurs de la Magie Élémentaire démontre bien leurs craintes d’être détrônés en la matière. Quand bien même l’Ère de la Conciliation a rebattu les cartes du jeu, il n’en demeure pas moins que ce peuple naquît jadis des Mages. Leur magie est donc une composante de notre magie et il ne saurait en être autrement. » D’où les massacres qui avaient eu lieu au cours de l’Histoire. Les Sorciers haïssaient depuis longtemps les Lyrienns. Je n’étais pas un extrémiste sur la question mais le passé était allé, jusqu’ici, dans le sens de ce que je venais d’évoquer. Ceux qui utilisaient la Magie Élémentaire avaient longtemps été des accidents, fruits d’un sort raté de notre provenance et de la présence d’un élément dominant dans l’environnement. Le fait que les Mages puissent à présent naître de Lyrienns non révélés avait une saveur particulière. Beaucoup de mes comparses avaient du mal à tolérer le phénomène, comme s’il était inconcevable qu’une race aussi noble que la nôtre puisse naître au sein d’un peuple que beaucoup considéraient comme un peuple de déchets. J’avais admiré les capacités de mon interlocuteur à faire œuvre de cette magie. Je n’y avais moi-même jamais touché. J’avais été occupé. Maîtriser la magie des Mages Blancs était une tâche particulièrement délicate pour un Sorcier. Elle se trouvait aux antipodes de ce qu’il nous était naturel de faire. Créer au lieu de détruire, soigner au lieu de rendre malade. C’était difficile. Pourtant, avec le temps et à force de vivre sur le territoire des Magiciens, j’avais fini par devenir particulièrement prometteur en la matière. J’usais même de certains sorts bénéfiques avec plus d’aisance que d’autres sorts maléfiques. Finalement, mon statut officiel chez les Sorciers n’était pas si ancien. Il avait fallu créer une identité de toutes pièces pour m’incorporer à la société qui était la mienne sans compromettre mon statut d’espion. Agir dans l’ombre ne permettait à personne de s’élever hiérarchiquement et de se faire reconnaître par ses pairs. Heureusement, approcher Lord m’avait aidé à la tâche. En tant qu’enfant adopté et mari de sa fille, ma popularité avait grimpé en flèche. Les récits macabres sur mon passé et mes voyages par-delà les territoires qui nous appartenaient avaient contribué, même s'ils n'étaient que fabulations. Il fallait néanmoins que je maintienne un cap horrifique pour que mon influence grandisse. Tout n’était qu’une question de temps et j’étais cruellement patient.

« Le fait est que vous semblez être la parfaite illustration des capacités d’un Sorcier à utiliser cette magie. Je m’y essaierai sans doute à l’avenir. En attendant, nous devons prouver à ces impies que leurs croyances hérétiques ne les protégeront pas. » Je souris. « La division d’Aeden en archipel et les dissensions de plus en plus fortes au sein de cette race me font penser qu’il y aurait beaucoup à y gagner politiquement. Un peuple incapable de s’entendre est un peuple voué à la chute. Je compte m’occuper de cette chute mais, comme je vous le disais, les produits sont, pour le moment, expérimentaux. Si je veux pouvoir anéantir la race, il nous faut effectuer quelques tests au préalable. Et puis, je m’assurerai d’en tirer le maximum avant le bouquet final. » Mon sourire se fit mauvais. J’étais convaincu qu’il y avait beaucoup à gagner. Jouer des dissensions, prendre d’un côté, donner de l’autre, glaner quelques informations… À vrai dire, je ne savais pas encore ce que je souhaitais réaliser : l’extermination ou l’utilisation. L’un ou l’autre, ce qui arrangerait le plus mes intérêts. « Qu’ils reconstruisent et nous anéantirons de nouveau. » dis-je dans un murmure. J’avais dans l’idée que l’honneur des Sorciers n’était plus au beau fixe depuis la défaite cinglante contre les Sirènes. Depuis, aucune initiative d’ampleur n’avait été menée. Ce n’était pas digne même si je comprenais parfaitement qu’un plan d’envergure doive se préparer longuement. Il ne s’agissait pas de faire n’importe quoi et d’être défaits de nouveau.

« Bien sûr. » dis-je. « Brillant ne veut pas forcément dire efficace et loyal. Le jeu politique à Valera Morguis accapare malheureusement bien des attentions. Certains scientifiques sont également des opportunistes. Personne ne peut leur en vouloir mais je tiens à ce que le travail soit fait correctement et je ne supporte pas la trahison. » Autant parler franchement. « Je soupçonne quelques complots contre la gouvernance, d’autres contre la Royauté. Des familles qui n’ont connu aucune gloire à Amestris essayent de tirer leur épingle du jeu et, vu l’importance de Valera Morguis dans les domaines scientifique et magique, le pouvoir passe aussi par la mainmise sur les Sorciers qui y exercent. » Bien sûr, je comptais m’emparer de la gouvernance. Cette mainmise, je la voulais pour moi. J’étais déjà un émissaire royal, chargé de veiller aux intérêts de la Couronne dans la cité secrète. Pourtant, ce n’était pas assez. « Bien. Je n’ai pas encore fixé de date concernant notre projet, ce qui vous laisse le temps de retourner chez vous préparer vos affaires. Vous pourrez nous rejoindre lorsque votre emploi du temps s’y prêtera. J’ai déjà fait venir les produits. Vous aurez tout le temps de les étudier et de voir si vous pouvez les améliorer. Ce sera l’occasion pour vous de rencontrer quelques brillants scientifiques de Valera Morguis… » Que je savais à ma botte. « … et de travailler avec eux. Une fois que tout sera prêt, nous passerons à la pratique. Ethelba pourra s’abreuver du chaos que nous créerons chez ces cafards. » À la différence des Lyrienns, les cafards pouvaient résister longtemps et se reproduire vite. J’étais prêt à parier que si je commençais à mettre mon nez dans leur politique, il me serait aisé d’attiser les flammes de la guerre et de la destruction entre les îles. Ce serait néanmoins pour plus tard.

969 mots
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Siruu Belhades
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Siruu Belhades
Sam 11 Avr 2020, 23:14


Crédits de l'image : Jean-Claude Claeys

Elias Salvatore possédait une éloquence certaine. Il faisait preuve d’une intolérance parfaitement mesurée à l’égard des lyrienns. Ce n’était ni trop délicat, ni trop surjoué. Siruu n’avait aucune manière de savoir qu’il avait affaire à un acteur, et la réputation instaurée du Prince Noir l’aidait certainement à asseoir cette position.

« Oui, Valera Morguis est un nid à jeunes serpents. Les dynamiques de pouvoir y sont bien moins stables qu’à Amestris. Y vivre doit être pénible, pour un membre de la famille royale. » Sans parler du climat. Quoi qu’on puisse dire à propos de Nementa Corum, ce territoire maintenait des températures agréables et une météo modérément capricieuse. Les mots d’Elias résonnaient au sein du crâne de Siruu. « Des familles qui n’ont connu aucune gloire à Amestris essayent de tirer leur épingle du jeu. » Oui, il en connaissait quelques-unes. Les Fortas-Petraliphas, par exemple, griffaient le sol avec une férocité sans nom, dans l’espoir d’attraper un peu plus de notoriété et d’influence. Visiblement, ça ne réussissait pas à tous les coups. « J’ai entendu parler de certaines familles montantes. Irik Arsacide possède-t-il toujours les mines Ouest ? J’ai entendu dire qu’une histoire d’attentat en préparation lui avait valu quelques démêlés avec la justice, et la confiscation de certaines de ses possessions. » Le journaliste inspira lentement. « Ou alors, il s’agit d’une énième rumeur. Elles sont si communes, dans ma profession, que l’on peine à les dissocier de la réalité. » Dans le métier, il y avait ceux qui mettaient à jour les mensonges, et ceux qui les mêlaient à la vérité sans honte. Siruu faisait partie de la seconde catégorie, à l'heure actuelle. Il prit une pause, songeant à la réaction des gazettes lyriennes si des fléaux venaient à les atteindre. « Mais je divague, je vous prie de m'excuser. »

« Un effet intéressant de ces assauts est qu’ils pourraient indirectement renforcer nos rangs. » Siruu observait le feu qui crépitait. « Je ne suis pas expert dans le domaine, mais si ma mémoire est correcte, les jeunes lyrienns n’ayant pas connu la révélation de leur élément… » Le blond cherchait un moyen de résumer sa pensée sans paraître trop hétérodoxe. « Eh bien, lorsqu’ils ne développent pas d’anti-magie, ces individus-là sont peu ou prou des sorciers. Inéduqués et moins purs, certes. » Voilà qui était ironique, sortant de la bouche d’un né magicien. Cependant, l’apôtre obscur ne voulait pas paraître trop conciliant. Eu égard à son passé, il valait mieux mettre les bouchées doubles sur les pensées puritaines, comme pour prouver sa force. « Mais ils ne demandent qu’à être raffinés afin de rejoindre notre peuple. Or, une moitié de ces individus doit certainement pencher de l’autre côté de la balance, ce qui ferait d’eux des magiciens. C’est une perte. »

« Cependant, l’escalade de la violence échauffera les mentalités. Si l’heure n’est plus à la paix, les moyens offensifs seront privilégiés. Et l’on peut imaginer que ce nouveau bouillon forgera les tendances de ces non-lyrienns. Ils auront certainement plus de chances de s’orienter, inconsciemment, vers une magie efficace. S’ils nous rejoignent, nous pourrons voir nos rangs s’accroître. Et, de cette manière, la nation sera plus puissante lorsqu’il s’agira de choisir une cible de plus grande envergure. » Ce raisonnement apportait d’autant plus de certitudes dans le cœur de Siruu. Massacrer des lyrienns, c’était un cercle vertueux. « Quant aux lyrienns… comme vous l’avez souligné, ils préféreront s’attaquer entre eux. Ils savent déjà si bien le faire, ce devrait être une tâche à leur hauteur. » L’on pourrait rétorquer que les sorciers n’étaient pas non plus un exemple d’unité, mais ces deux races étaient dans un cas bien différent. Les mages noirs se rassemblaient sous la bannière du chaos, et considéraient la concurrence comme une forme de sélection. Après tout, les élites devaient se montrer capables de survivre à leur niveau, si elles voulaient prétendre diriger la race. Les lyrienns, eux, n’avaient aucun intérêt à s’entretuer. Ils ne choisissaient pas le meilleur régent possible grâce à la loi du plus fort : ils se divisaient dès la naissance, si bien que leur importance à l’échelle mondiale s’était amoindrie. Ces derniers priaient chaque jour pour l’union de leur race, mais leurs espoirs paraissaient vains. Depuis le conseil d’Aeden, bon nombre de personnes les considérait comme des incapables tout juste bons pour se disputer, et il serait extrêmement difficile de se défaire de cette réputation. En un sens, il serait faux de les considérer comme une seule race. C’était, au mieux, la fragile conciliation de neuf peuples : un par élément, auquel s’ajoutaient les Sülh.

« Je vous rejoindrai dès que possible pour les préparatifs. Ce projet est, je l'espère, signe d’un nouveau départ pour les nôtres. » Pendant trop longtemps, les sorciers s’étaient abstenus de Chaos. Le Chancelier Elzagan n’était sans doute pas au courant de ces opérations, mais elles devraient certainement le réjouir. Les mages noirs allaient enfin reprendre leur rôle dans l’équilibre naturel des choses.


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[Q] - Qu'ils crament et qu'ils crient (Siruu)

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