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 Sang peur et Cent reproches (Suite Sang Gêne et Sang Haine - PV Wriir)

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Lun 15 Aoû 2016, 21:20

Elle se mit à rire lorsqu'il lui montra ses mains calmes, commentant que ces dernières ne voulaient plus l'étrangler.

-Ha oui je vois, un très gros progrès même ! Encore un peu et vous n'aurez plus l'idée de glisser des barbituriques dans mes verres ! Je vous encourage vivement dans votre progression, je sens que vous êtes sur la bonne voie.

Une ombre qui faisait de l'humour, c'était suffisamment rare et inespéré pour être un moment précieux. Autant le garder précieusement en mémoire. Elle nota aussi qu'elle était parvenue à ce qu'il ait un peu moins envie de la massacrer qu'au départ. Elle ne savait pas vraiment comment elle avait réussi ce miracle, mais dans un sens elle n'allait pas s'en plaindre. Même si Wriir ne constituait pas un danger pour l'heure, elle n'allait pas rechigner à s'éviter des ennemis trop pugnace. Elle restait lucide, et se doutait bien qu'en cet instant l'ombre était loin d'être un ami, même si pour une ombre, elle trouvait qu'il faisait quand même beaucoup d'effort pour dialoguer. L'amitié avec une ombre était-elle possible ? Surement, après tout elle avait bien été l'amie de Shiro. Elle en vint à se demander ce qu'elle était devenue.... Vivait-elle seulement encore après tout ces siècles ? Elle en doutait. Cela lui fit un pincement au cœur. Elle l'aimait bien cette jeunette ombre. Elle avait vu Baal' naître. Mais c'était là le lot des éternels, voir ceux qui leur étaient proches disparaître.... Impuissants.

Chassant des questions qui pouvaient très bien être traité plus tard, elle reporta son attention sur les échanges du moment... Qui prirent une tournure une inattendue. Était-il entrain de la défier ? Mais oui ! Il n'en fallait pas plus à la vampiresse qui voulait voir s'il aurait l'audace d'aller jusqu'au bout et de venir, ou s'il allait se dégonfler !


-C'est entendu ! Je vous enverrai un faire-part, et je vous sélectionnerai des modèles.... Et rassurez-vous, la bienséance m'interdit de vous faire venir en tenue légère, votre pudeur sera sauve.

On ne mettait pas mal à l'aise ses invités, tout de même. Néanmoins, la vampiresse souriait d'avance. Elle sentait que s'il venait, cela serait surement amusant.... Il lui faudrait sans aucun doute préparer de quoi l'occuper, mais divertir une ombre n'était pas chose aisée..... Cela dit, elle aurait tout le temps de planifier cela plus tard. La teneur des propos changeant, l'attitude de la vampiresse s'était elle modulée. Mais une fois encore, Wriir vint renverser la situation, en changeant les rôles et en plaçant à son tour des boutades, il avait même l'air amusé ! Élément très significatif auquel Yulenka ne put rester insensible, et elle lui sourit en retour. Sortant de son passage sombre, elle répliqua malicieuse.

-Fichtre, aurais-je dû la revêtir pour vous offrir un justificatif ? Cela dit je suis curieuse de voir votre visage lorsque vous riez. Mais est-ce seulement possible ?

L'heure ne fut guère aux rire lorsqu'ils conversaient au sujet des ombres. La situation était d'une noirceur insondable, qui ne trouvait écho que dans le degré d'improbabilité du passé de cette famille. Wriir avouait les difficultés à rester sensé dans une situation qui était diamétralement opposée à ce concept. Yulenka ne pouvait s'empêche de penser que s'il trouvait difficile de réfléchir là-dessus, il ne valait mieux pas qu'il le vive. Elle ne savait pas elle même comment elle faisait pour ne pas perdre complètement la tête. Mais en repensant à Saphir et à Rubis, elle se dit que dans un sens, elle l'avait déjà perdue. Encore une autre question paradoxale à l'océan d'interrogation qui menaçait de faire céder les remparts de son esprit. Pouvait-on être à la fois folle et lucide sur son cas ? Encore une question qu'elle envoya bouler dans un coin de sa tête, dans un petit panier intitulé "plus tard, quand tu n'auras rien d'autre de mieux à faire".

Elle fut un peu surprise de voir l'ombre l'emmener avec elle en dehors de sa forteresse. Ce n'était clairement pas parce que Wriir ne pouvait pas supporter des adieux déchirants, alors qu'est-ce qu'il avait derrière la tête ? Il commença à lui donner un début d'explication, à laquelle elle acquiesçait par des hochements de tête ponctuels. La confiance.... Elle avait si peur à chaque fois qu'elle l'accordait. D'ailleurs elle ne le faisait plus que lorsqu'elle n'avait pas le choix à présent. Elle avait été trop souvent trahi, trop durement, et surtout injustement. Mais une trahison était souvent injuste de toute manière. Aussi, préférait-elle se vouer au hasard. Il lui semblait qu'elle avait plus de chance de s'en sortir en jouant ses situations aux dès qu'en accordant sa confiance à quelqu'un. A bien y réfléchir, les seuls qui pouvaient encore la trahir et qui ne le faisaient pas.... étaient dans sa forteresse. A l'exception de son père.

Wriir lui précisa la suite de sa réflexion, précisant qu'il n'avait jamais dit qu'il devait partir seul. Elle allait pour acquiescer à sa remarque et lui demander où il voulait en venir exactement, mais il fut le plus rapide. Pas le temps de dire ouf que la température venait de chuter de.... Pas grand chose en fait, car lorsqu'on sortait de la forteresse on arrivait dans le Berceau Cristallin, où il ne faisait pas plus chaud ! Yulenka généra tout de même un courant d'air chaud, pour éviter qu'elle ne se refroidisse trop vite. Le temps d'observer autour d'elle, elle reconnut immédiatement où elle était. Chez elle. Elle resta circonspecte un instant, se demandant ce qu'elle faisait là. Associant les données telles que Wriir, leur conversation précédente, et le lieux du drame, elle sentit que ça n'allait pas être plaisant.... Et l'ombre le lui confirma, lui laissant l'opportunité de reculer. Elle réfléchit à peine quelque seconde, avant de faire un pas en avant assuré et déterminé.


-Eh bien allons-y alors. Vous savez où vous voulez-vous rendre, ou vous souhaitez que je vous serve de guide ?

Elle connaissait les lieux et même les alentours comme sa poche. Elle n'aurait aucun mal à le guider là où il le désirait. Mais en avait-il besoin ? Elle ne tarderait pas à le savoir. Elle était partagée entre l'excitation de pouvoir enfin finir ce puzzle incomplet, et une sorte d'appréhension sur ce qu'elle allait découvrir. Elle allait déguster. Très chèrement sans doute. Elle le savait. Mais il lui paraissait encore plus impensable de faire marche arrière maintenant. Elle irait jusqu'au bout.... envers et contre tout. La fin d'une quête de plusieurs siècles, enfin à porté de main.... Elle espérait juste que tout cela ne soit pas un rêve, comme il lui était arrivé d'en faire.
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Mar 16 Aoû 2016, 15:39

- Des ... Barbes à quoi ?... Malgré mon illettrisme, je ne pensais pas m'en être trop mal sorti sur une éducation en autodidacte, mais il y avait toujours du vocabulaire un peu technique qui m'échappait, et celui-là en faisait partie. Après la robe empire, un truc à mettre dans les verres !! Je dormirai moins bête ce soir, si seulement je dormais.

Avant que nous n'entrions dans le vif du sujet, celui qui allait nous embarquer dans quelque chose de bien plus intrusif et dangereux, nous clôturions celui relatif à notre hypothétique et improbable future rencontre à parler chiffons et tenues vestimentaires.

- Hmm mmh ... Je ne doute pas un seuuuuul instant recevoir cette invitation de votre part. Rien que pour vous, je mettrai ma plus belle tenue ! Je suppose que je devrai porter une tenue du genre que je porte en ce moment ?... D'ailleurs, quelle est votre couleur préférée ? Ne me dites pas le rouge ça ferait trop cliché. Quitte à s'en amuser, autant surenchérir jusqu'au bout après tout !!

Quand Yulenka s'interrogea sur le fait que je sache rire ou non, je conservais certes mon sourire, qui ne fut cette fois pas compliqué à deviner comme étant de façade. Après tout, à force de me convaincre que toutes ces émotions n'étaient qu'illusions, même après avoir prêté allégeance à Sympan, notre nouveau corps "de base" ne m'enlevait pas ce sentiment amer que nous n'étions que des suicidés tourmentés, et non des individus dotés d'émotions réelles. Combien de temps me faudrait-il pour me défaire de cette idée et surtout, en avais-je vraiment envie ?

- Habillez-vous comme bon vous semble, en robe empire ou en mieux, les fesses à l'air ou en col roulé, vous savez que vous ne risquez rien de moi de toute façon. Tout dépendra je dirai de votre humeur taquine du moment je me trompe ?... D'une manière ou d'une autre, vous me surprendrez.

[....]

Quand l'heure fut aux adieux, nous parcourûmes les derniers mètres me menant vers la liberté. Ne pas admettre que l'idée de la laisser en plan après m'être fait gentiment raccompagné aurait été un doux mensonge, mais les idées qui s'imbriquaient dans mon cerveau faisaient germer une idée assez malsaine, tordue, mais dont nous pourrions tous deux en tirer quelque profit.

Le pont levis était derrière nous à présent, et Yulenka s'était laissé entraînée jusqu'à l'extérieur. Si je lui avais dévoilé mon plan dans le moindre de ses détails, nul doute qu'elle m'aurait assailli de questions en tout genre, sur le pourquoi, comment, où. Or cela impliquerait de trop en dire sur ce que les Ombres étaient, et nous reviendrions à la case départ. Nous avions suffisamment palabré sur tout, parfois n'importe quoi depuis qu'elle m'avait surpris dans sa demeure, un peu d'action ne ferait pas de mal pour tout le monde.

Ma main sur elle, il me fut d'autant plus facile de me téléporter à l'endroit désiré que je l'avais vu quelques heures auparavant dans ses pensées. Il y avait toujours le risque que ce lieu n'existait plus en un demi millénaire d'existence, mais je lui aurai rétorqué qu'à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! Or elle n'avait sûrement pas conscience de l'endroit où je l'emmenais.

Le temps que quelques secondes s'écoulent que nous nous retrouvions à bien des lieues. Une demeure s'étendait devant nous, composée de plusieurs bâtisses, toutes remplissant une fonction bien spécifique. Un courant d'air chaud traversa mes vêtements, et je tournais la tête vers la Vampiresse.

- Ne me dites pas que vous êtes frileuse ?... Je ne concevais qu'un cadavre animé, dont la peau était fraîche au toucher, puisse être sensible à cet élément. Comme quoi, vous avez failli me transformer en statue de glace tout à l'heure, mais vous êtes sensible aux petits frissons des lieux ? Je ne pus m'empêcher de sourire, sachant pertinemment le retour de bâton verbal que j'allais me prendre.

Je lui fis ensuite, devant le fait accompli, un marché que je savais qu'elle ne refuserait pas. Une sorte de non-choix, car tout avait été fait de manière à ce que poser un pied en arrière serait l'échec le plus cuisant, et le regret le plus amer qu'elle aurait à vivre pour le restant de ses jours. L'inconnu de mon stratagème ne faisait que renforcer cette idée du "Et si je ne le faisais pas, je ne saurai jamais ?...". Aussi quand elle s'accorda à peine quelques secondes avant de poser le pied en avant, j'eus à ma grande surprise un certain pincement au cœur car sans aller jusqu'à compatir pour elle, elle n'en sortirait pas indemne j'en avais la conviction.

- Bien, vous avez fait votre choix, et je sais que vous en assumerez les conséquences. Je ne serai que le moyen, non la cause ou la conséquence, ne l'oubliez pas. Je marquais un léger temps de silence avant de reprendre. J'insiste, et je ne dis pas pour ma sécurité ou pour la rancœur que nous nourrirez à mon égard : Ne l'oubliez pas. Je sais également où nous devons nous rendre oui, mais il reste encore une difficulté, que vous seule pourrez résoudre. Il y a des personnes, ou animaux qui sont susceptibles de nous déranger dans cette visite. Vous avez je suppose autorité pour les faire partir non ? Que ce soit le cas ou non, il est indispensable qu'il n'y ait plus que vous dans la bâtisse en question. Vous saurez vous montrer persuasive sans dévoiler le but de votre visite j'en suis sûr. Pour ma part, je vous attends ici. Quand l'endroit sera vide, venez me chercher.

Je la regardais s'éloigner de moi à pied, se rendant lentement mais sûrement vers l'endroit où tout avait commencé. Métaphoriquement, elle parcourait elle-même le chemin pour son propre purgatoire, et cet élément était important, que si je l'avais téléporté directement là où le crime s'était déroulé. Si elle se retournait pour vérifier ma présence, elle me verrait exactement là où je l'avais laissée partir, immobile, si ce n'est qu'il s'agissait d'une illusion d'ombre laissée pour l'occasion.

Je me trouvais déjà dans cette pièce où le sang avait coulé et le temps qu'elle consacrerait à évincer les occupants me serait précieux. L'exercice ne serait pas éprouvant que pour elle, car j'allais devoir m'employer à user de toute ma puissance pour lui dresser un paysage de pire horreur. Surtout vu sa propre puissance magique, il ne fallait pas qu'elle dissipe tout le travail que j'allais accomplir au moment où elle s'y attendrait pas. Elle n'aurait pas à venir me chercher, le cauchemar débuterait bien avant.

1 164 mots.
Désolé pour la qualité en mousse de cette réponse, j'avais perdu mon premier jet et tout ce qu'on écrit ensuite nous paraît tout pourri ...
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Mar 16 Aoû 2016, 17:51

-Barbiturique. Correctement dosé c'est un médicament. Mal dosé c'est un poison.

L'explication était courte et simple. Et pourtant.... Même ici son esprit trouvait le moyen de s'emporter, ne trouvant rien de mieux à faire qu'établir l'analogie entre les barbituriques et les principales sources d'énergie ou de puissance de ce monde. Correctement utilisées, elles étaient mères de prodiges et d'avancées. Mais entre de mauvaises mains, cela devenait l'origine de catastrophes et de massacres. L'utilité de cette conclusion ici ? Absolument aucune. Encore une agaçante perte de temps pour la vampiresse, qui en avait paradoxalement l'habitude sans jamais vraiment s'y faire. Wriir semblait enclin à venir, et même à se vêtir pour l'occasion. Yulenka esquissa un sourire sa sa dernière remarque et lui répondit.

-Ne vous sentez pas obligé de vous habiller d'une certaine manière juste pour moi. Et mes couleurs préférées sont le violet et le blanc. Et vous ? En avez-vous ?

Sa couleur préférée était le violet, mais elle aimait beaucoup l'alliance du violet et du blanc. Cela dit, elle imaginait mal un homme porter ces deux couleur.... Ou alors il faudrait un violet très foncé.... Elle arrêta brutalement son esprit qui commençait à partir dans tout un panel de possibilités et de suggestions, alors que ce n'était pas le moment. Et cela ne risquait pas de l'être pendant un bon bout de temps... Ils étaient à présent sur l'Edelweiss, et ce fut à l'ombre d'être surprise par la constitution de la vampiresse.

-Je ne suis pas de nature frileuse, mais même un vampire ne peut se permettre de voir la température de son corps frôler le zéro. Ce n'est pas parce qu'on est mort qu'on doit se mettre au frais. Mieux vaut trembler de froid que de peur....

Ils étaient plus tolérants au froid mais c'était tout. Elle se demandait si elle pouvait encore trembler de peur. Mais elle finit par conclure que non. Elle se voyait davantage trembler sous la colère, le choc ou même la douleur. Mais la peur.... Celle qui persistait encore chez elle était de celles qui sont silencieuses, mais qui vous ronge encore et toujours tel un cancer jurant votre mort. Vint alors le moment du choix, qui n'en était pas un à ses yeux. C'était quand même elle qui lui avait demandé cette faveur, alors si maintenant elle ne voulait plus, elle avait de sérieuses questions à se poser sur sa faculté à prendre des décisions. Elle allait souffrir, et peut-être plus que de raison. Elle le savait... Mais chaque chose avait son prix. Elle s'arrêta un instant, alors que l'ombre avait parlé pour lui dire ce qui était pour elle, une évidence. Mais alors qu'elle allait repartir, l'ombre se permit d'insister de même que de lui soumettre une requête.

-J'ai bien conscience que vous ne faites pas cela par simple plaisir de.... me mettre en difficultés. Par ailleurs, c'est moi qui vous ai fait la demande. Je me vois mal vous reprocher de faire ce que je vous ai demandé.... Je m'occupe des résidents des lieux. Je ne devrais pas y avoir de mal à obtenir la paix, personne ne rentre à la maison en dehors de papa et moi.

Elle reprit finalement sa route, son cœur battant légèrement plus vite que d'habitude. Le crissement de la neige sous ses pas lui semblait lui même oppressant, alors qu'il lui était d’ordinaire rassurant. Lorsqu'elle se présenta dans chaque bâtiment, elle fut bien accueillie par les forgerons et les élèves, auprès de qui elle était connue. Ils furent néanmoins un peu surpris de ne pas pouvoir discuter un peu avec elle, ni prendre de ses nouvelles. Cela faisait bien des lustres qu'ils ne l'avaient pas vu pourtant. Mais prétextant une affaire très urgentes à régler, ils ne cherchèrent pas plus loin. De toute manière elle était chez elle. Les précautions prise, Yulenka se trouva à présent sur l'allée face à sa maison familiale. Elle y était. Une dernière vérification d'usage, et elle n'aurait plus qu'à prévenir Wriir que la voie était libre. Le chemin jusqu'à la porte lui parut interminable, elle l'ouvrit doucement, se doutant bien qu'elle n'y trouverait personne. Et effectivement, le salon était vide.

Elle observa la bague de l'assassinat qu'elle avait à son doigt, et l'activa. Aucun son ne pourrait être entendu depuis l'extérieur de la maison tant qu'elle la porterait. Une précaution supplémentaire notamment vis-à-vis de Orthos, le dragon bicéphale gardien du domaine. Ou encore Leaic, cette espèce de chien, une belle bête en soi, si on ne prenait pas en compte sa capacité à se changer en humain. Gentil et flegmatique, mais ici il pouvait être gênant. Les animaux étaient sensibles à la peur et de manière générale aux émotions que pouvaient dégager les autres créatures. S'il venait à sentir à un moment ou un autre la détresse de Yulenka face à une révélations trop dur, il rentrerait sans hésitation dans l'idée de l'aider. Il lui faudrait bien verrouiller la porte lorsqu'elle reviendrait ici avec Wriir. Elle se retourna pour sortir, et aller chercher l'ombre mais....


-Qu'est-ce que.....?

La porte. Il n'y avait juste plus de porte. Pour sortir ça allait être plus compliqué. D'ordinaire, entre les fenêtres, sa téléportation, sa manie à pouvoir traverser les murs et tout le reste, ou tout simplement détruire un mur pour sortir, elle n'aurait eu que l'embarras du choix pour résoudre cette situation. Mais ici.... Elle se doutait de qui était à l'origine de cette anormalité. Il n'avait pas perdu de temps.... Mais finalement cela n'en était que mieux. Elle s'avança doucement sur le parquet en bois qui grinçait sous ses pas, regardant autour d'elle. Rien ne semblait avoir changé depuis la dernière fois qu'elle était venue ici. Le mobilier à la fois rustique et cocooning reposait sagement, dans la cheminée le feu était éteint. Son cœur battait encore un peu plus la chamade, bien que jusqu'ici, elle pouvait encore dissimuler à la perfection ses ressentis. Elle activa néanmoins sa bague pour assurer sa tranquillité, bientôt sérieusement compromise. C'était imminent, elle le sentait, tout comme elle sentait la présence de Wriir dans les ombres. Qui d'autre que lui pouvait être là et faire ça ? Elle releva simplement son regard, se doutant d'avoir une réponse immédiate à sa question implicite, "et maintenant ?".
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Mar 16 Aoû 2016, 21:35


- Avouez qu'empoisonner une morte serait une sacrée perte de temps. Surtout vu mon absence totale en matière de poisons aurais-je bien rajouté, mais je n'allais pas lui avouer cela, aussi futile soit-elle, cette information se révélait inutile à préciser.

Qu'allais-je répondre alors qu'elle me taquinait sur le futur code vestimentaire de notre hypothétique impossible future rencontre. Même si elle me donnait ses couleurs préférées, elle m'interrogea par pure courtoisie, et un peu comme quand on demandait à l'autre s'il allait bien aussi, alors qu'on s'en fichait éperdument.

- Ah mais ce n'est pas juste pour vous, mais surtout pour moi. Pour éviter d'être glacé, soumis, avoir la gorge en sang, attaqué par un Kaly ou un Baal'Iag sauvage. Si vous voyez arrivé au loin quelqu'un dont vous connaissez à l'avance la tenue, j'éviterai au moins votre courroux vampirique préventif vous comprenez ? Pour ma part, quand j'étais vivant, je ne me suis jamais posé la question, la faute à n'avoir eu qu'un seul habit quasi toute sa vie. Après ma mort, je ne me la suis pas plus posé à dire vrai. Sans être très original, je porte souvent du noir, mais quand il faut .... hmmm .... mieux passer dans un endroit festif, je met un peu d'argenté. Non mais vous comptez vraiment m'inviter en fait ?... Je ne croyais pas ce dont nous étions en train de parler. Comment en étions nous arrivé là, à se haïr après que j'ai tué l'un des siens, à décliner nos goûts respectifs pour les couleurs vestimentaires ? Le monde était parfois étrange sur de si infimes futilités.

Les choses sérieuses se mettaient en place, et nous avions atterri face à l'ancienne demeure de Yulenka. Sa première en tout cas, car je pouvais apercevoir de nombreuses âmes vivre encore à l'intérieur des murs. Il allait falloir qu'elle règle ce "problème" rapidement, nous ne pouvions souffrir de la moindre perturbation. Quand elle me répondit après avoir lui avoir rappelé certaines règles, je secouais la tête négativement car nous n'étions pas sur la même longueur d'onde.

- Peut-être me suis-je mal exprimé, mais vous ne m'avez pas compris. Vous pourrez me haïr que ce serait aussi légitime qu'inutile. Je voulais juste dire que pour avoir accepté aussi rapidement, vous ne semblez pas avoir pleinement conscience de ce dans quoi vous vous embarquez, vraiment. Ce n'est peut-être pas plus mal finalement ... Je soupirais légèrement, avant de conclure. Allez-y maintenant, je vous attends.

Je ne savais pas ce qu'elle avait pu vivre depuis sa renaissance, probablement des atrocités sans nom, des pertes d'êtres chers, des massacres évitables et impunis. Peut-être me fourvoyais-je complètement et ce que je m'apprêtais à lui faire vivre allait tout au mieux lui faire hausser un sourcil d'étonnement, puis d'amusement. Mais quand j'avais fouillé dans son esprit, quand je lui avais révélé son vrai nom, elle avait perdu le contrôle, elle avait été ébranlée et avec seulement des mots. En cet instant, il y aurait bien plus que les sons sortant de ma bouche.

J'avais déjà pris place dans la pièce où tout avait basculé. Pas grand chose n'avait changé pour si une grande période écoulée. Cela me faciliterait la tâche. Je balayais de temps à autre l'endroit où les âmes se mouvaient, et constatait qu'il me restait encore quelques minutes. Ce devrait être largement suffisant pour une pièce de cette taille. Depuis mon passage en tant que Passeur, j'avais acquis bien plus de pouvoirs dans la maîtrise des ombres, alors qu'ironiquement, j'étais amené à moins les utiliser offensivement maintenant que ce n'était plus mon rôle de pousser les vivants au suicide.

Je diffusais mon pouvoir invisible dans toute la pièce, chaque recoin étant relié aux illusions que j'allais pouvoir créer. J'avais dû retourner en état de brume éthérée pour concentrer, maîtriser et modeler ces ténèbres à ma convenance.

La porte finit par s'ouvrir, dévoilant la silhouette de la Vampiresse. Je la vis toucher l'une de ses bagues, sans en comprendre le sens ni l'utilité. Peut-être y'avait-il une valeur sentimentale associée à ce lieu. Je me doutais qu'elle vérifie avant de retourner me voir si tout était en ordre dans cette pièce. A la faveur de l'obscurité ambiante, mon pouvoir se mit en branle, et la porte s'effaça temporairement du champ de vision de la piégée. Cet élément n'était pas important, il signifiait juste à mon "hôte" de rester là où elle se trouvait, ce qu'elle comprit très rapidement.

Tels un flot léger mais persistant, le sol fut alors entièrement recouvert d'ombre à l'apparence liquide, comme une baignoire se remplissant d'encre. Aucune sensation d'humidité, ni même de chaleur ou de froideur dans ces ténèbres opaques, mais les pieds de la femme étaient désormais entièrement englouties par elle.

Les murs se mirent eux aussi à se recouvrir de ce noir d'encre, et pourtant, alors que tout ce qui entourait la pièce était comme absorbé par le néant, il restait à l'intérieur une luminosité suffisante peu importe que Yulenka soit une créature de la nuit. Les ombres et les lumières étaient intimement liées, tout n'était que jeu pour rendre une illusion réelle. Nous pouvions contrairement à d'autres maîtrisant les ombres donner plus facilement vie, les modeler dans des imitations très réussies de personnes proches, pour les tourmenter, les pousser au désespoir, à la fin maudite.

Non loin de l'âtre éteinte, un bouillon se forma au sol, comme une mixture restée à mijoter plusieurs heures dans une marmite. Les bulles se firent plus grosses et les remous plus conséquents, tandis que se soulevait une masse difforme, dans le plus complet silence. La forme noire se dessina, se cisela, et apparut une femme, occupée avec une autre silhouette plus masculine, plus charpentée. Leurs bouches se mouvaient, mais aucun son ne sortait.

Alors que cette scène pouvait se poursuivre sans fin, une nouvelle masse apparut aux pieds de Yulenka, grimpant, grimpant, encore et encore, mais finalement plus petite que la seule âme réelle dans cette pièce. Les détails étaient d'une infinie perfection, le détail dans la chevelure, l'allure, tout était parfait si ce n'était que ces trois êtres étaient d'une noirceur absolue.

Quand les deux silhouettes aperçurent la troisième, ils se turent bien que le silence était toujours là. La fillette avança alors lentement, tête baissée, et contrairement à ce que j'avais pu voir dans l'esprit de Yulenka, l'ombre d'Elrik ne prit pas d'arme, la mère ne sembla pas inquiète.

La mère entoura alors sa fille amoureusement, sous le sourire bienfaiteur de son frère. Un magnifique félin apparut, veillant d'un œil sage cette scène émouvante. L'étreinte fut longue, presque fusionnelle.

Une voix spectrale brisa le silence, une voix que la Vampiresse ne pouvait que trop bien connaître.

- Ma fille ... Pourquoi fais-tu cela ?... Pourquoi Alice ?

Adossé sur le foyer de la cheminée, un homme fier à la stature imposante regardait le trio l'air sombre, las, et bien qu'il ait été le seul à avoir parlé, ses lèvres n'avait pas bougé.

La fille leva la tête, toujours collée contre ma mère souriante et tournant le dos à sa version plus âgée, pour regarder son père.

- Oh papa, serre moi dans tes bras !!

La fillette quitta sa mère, laissant un ventre complètement rongé, les entrailles et le sang d'ombre coulant pour se diluer dans les flots ténébreux qui recouvraient le sol.

La fille sauta sur son père, se tenant à lui les bras autour du cou, et se mit à lui lécher le côté du cou, lentement, comme une chatte lavant sa portée consciencieusement. Le père ne disait rien, si ce n'était les larmes qui coulaient le long de ses joues, créant des sillons de suie sur sa peau d'ébène.

L'enfant finit par se lasser de sa langue, pour goûter un peu plus profondément son géniteur, plantant sans vergogne sa mâchoire prédatrice dans le cou, lui arrachant lambeaux de chair et s'éclaboussant de sang. Au bruit immonde de succion que chaque bouchée générait, l'ombre se craquelait, dévoilant une image plus réelle des protagonistes de cette scène. Les visages de son frère, sa mère éventrée et son père en train de se faire dévorer fixait calmement Yulenka. Pour parfaire cette scène morbide, le valeureux gardien fondait, ses muscles devenant des nœuds de ligaments, son visage empreint de noblesse qu'un grimaçant et pathétique félin au sourire inquiétant.

La fillette se tourna alors, le visage à moitié souillé de sang d'un rouge presque trop vif, et compléta le tableau qui s'annonçait devant la Vampiresse.

Tous les voix ne firent qu'une, dans une parfaite communion morbide, fixant celle à l'origine de cette malédiction, leurs timbres discordant emplissant la pièce dans un écho pour lui susurrer :

- Alice .... Alice ... Alice ... Tu as trahi ton sang.
1 532 mots.
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Mar 16 Aoû 2016, 23:57

Elle poussa un léger rire à sa remarque en acquiesçant. Mais dans l'absolu.... on pouvait très bien empoisonner un vampire. Cela dit, elle préféra garder pour elle cette information. Non pas qu’elle craignait que Wriir tente de l'empoisonner, mais pour ce qui était des autres vampires rien n'était moins sûr.... Elle secoua légèrement la tête en levant les yeux au ciel lorsqu'il retombait dans ses exagérations. Mais ce qui la fit rire, ce fut sa dernière question qui respirait tant le doute et l'incrédulité. Elle lui répondit alors.

-Eh bien venez donc dans votre plus bel apparat argenté. Même si vous ne risquez pas grand chose à venir ici en paix. Quant à ce qui est de si je compte vraiment vous inviter ici....

Elle lui adressa alors un grand sourire qui signifiait très clairement et indéniablement un grand oui, trahissant même une pointe de malice à l'idée de faire cela. Son sourire était bien loin à présent Que l'ombre insistait encore sur ses mises en garde. Il semblait croire qu'elle ne se doutait pas de l'horreur qui l'attendait. Mais à vrai dire, son esprit hyperactif s'amusait déjà à imaginer toutes les probabilités possibles sur ce qu'il pouvait bien lui faire subir, même parmi les plus improbables voire hors sujet. Des idées parfois absurdes d'horreur et de tourments. Elle lâcha distraitement, son esprit partant de nouveau dans ses divagations.

-Si vous pouviez voir l'horreur que me renvoie mon esprit....

Elle ne dit rien de plus, reprenant sa marche sous les directives de l'ombre. Lorsqu'elle fut sur place, et que les ombres commencèrent à littéralement engloutir les lieux, elle se concentra pour ne pas se laisser impressionner, et avorter tout sentiment de panique. Mais elle savait qu'elle allait douiller. Et si sa tête était déterminée, son instinct de survie lui s'insurgeait, et il vint lui porter ses réclamations avec virulence et indignation.

~Arrête ça immédiatement espèce de gourdasse masochiste !!! Non mais ça tourne plus rond chez toi, faut te faire soigner ma vieille ! Dis lui d'arrêter tout de suite sinon je prends le contrôle et je te jure devant les dieux qu'ombre ou pas, que ce soit vain ou pas, je crame tout au feu sombre sur trente mètres !!!~

Yulenka porta machinalement sa main sur sa tête comme prise soudainement par une migraine fulgurante.

~Rubis lâche moi la grappe, je sais ce que fais, alors au lieux de râler, va plutôt plonger la piote dans le sommeil qu'elle ne soit pas témoin !~
~Témoin de quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Il est où le monsieur de tout à l'heure ? Il est rigolo quand il s'excite !~
~Et misère....~
~Je ne plonge pas la piote dans un sommeil parce que tu vas arrêter tout de suite ton délire, espèce de psychopathe en puissance !!!~
~Rubis c'est clairement pas le moment, magne toi avant que ça ne devienne sérieux !!!~
~Je veux pas dormiiiiiiir !~
~Mais c'est pas vraiiiiii !~
~Je vais faire un massacre je te préviens !~

Comment voulait-on qu'elle soit à ce qu'il se passe lorsque Rubis et Saphir avaient décidé de faire le bordel dans sa tête. Elle avait mal au crâne maintenant, et tout en menant bataille dans sa tête, devant elle les ombres commençaient à prendre forme et les personnage prenaient place. Il fallait faire vite.

~Rubis ça commence !!!~
~p*tain tu f*is ch*er !~
~Ho un spectacle de marionnettes avec des ombres ! C'est trop chouette !~
~Rubis sérieusement !~

Rubis se résigna à plonger Saphir dans une inconscience salvatrice. De toute manière, si elle prenait le contrôle, il ne valait mieux pas qu'elle assiste à son massacre non plus. Yulenka poussa discrètement un soupir de soulagement. Elle put porter son attention sur la scène.... Mais Rubis manqua de peu de prendre le contrôle par forcing, infligeant de nouveau un mal de tête puissant à la vampiresse.

~Rubis !~
~Je nous ai pas sauvé les miches pour que tu te sabordes toi même espèce de crétine finie ! Si tu veux jouer les connes, je prends le contrôle le temps que tu te calmes et que t'aies de nouveaux des idées claires, espèce de tarée !~

Comme si affronter ce qui allait se produire devant elle n'était pas assez périlleux, elle devait en plus traiter avec les autres personnalités en elle. Un gros problème qu'elle n'avait pas prévu ! Sa tête était à présent secouée par de très fugaces spasmes, et surtout, son œil droit était devenu rouge écarlate..... Mais Yulenka était têtue, autant que Rubis. Elle avait trop attendu pour la laisser lui barrer la route. Les protagonistes étaient à présent tous placés, et la petite fille qui était une allégorie d'elle-même lorsqu'elle était plus jeune avait fait son apparition. Bien plus jeune que sa transformation même. Au début, ce n'était qu'un simple et adorable câlin, comme elle avait pu tant de fois en faire à sa mère. Mais au fond d'elle, elle savait que ça n'allait pas durer. Et la suite ne fit que lui donner raison. Lorsque la voix de celui qui était alors son père résonna, son corps se crispa, comme s'il attendait de recevoir un coup violent. Coup qui arriva en l'image de la petite fille laissant sa mère éventrée et gisante.

Yulenka plaqua une main contre son bouche, s'empêchant tout cris d'horreur, et ferma les yeux l'espace d'une seconde, avant de les rouvrir aussitôt. Elle ne devait pas fuir, elle devait regarder jusqu'au bout et faire face.... Même si elle avait des hauts-le-cœur face à cette scène. Cœur qui avait d'ailleurs raté un battement en découvrant la vision de sa mère éventrée. La scène d'épouvante poursuivait son déroulement macabre alors qu'à présent la fillette léchait le cou de son père. Bien que vampiresse, cette vision écœura Yulenka qui crut qu'elle allait vomir. Mais en même temps, Rubis éclata dans un mélange de fureur et de panique, au point de faire vaciller l'éternelle demoiselle, qui manqua de s'effondrer au sol. L'esprit de Yulenka était choqué, le spectacle aussi sordide que macabre la renvoyait directement cinq cent ans en arrière, lorsqu'elle n'était encore qu'une toute jeune vampiresse, et que des béluas avaient mis la main sur elle.... Qu'ils l'avaient jeté en pâture dans ce qui ressemblait à des "jeux du cirque". Et que pour divertir la foule, on s'était amusé à matérialiser magiquement, sans pudeur ni vergogne, les plus grandes peurs des malheureux qui s'étaient retrouvés là.

Ils avaient poussé le vice au même soin des détails que Wriir, la couleur et les odeurs en plus. Elle se souvenait encore des ses cris et de ses pleurs, de l'horreur qui l'avait submergé et envahie, de la terreur incontrôlable qu’elle avait eu à revivre impuissante le drame qui l'avait vu renaître.... Sous les rires de la foule.... Jusqu'à ce que son état et celui des autres furent trop pitoyables pour certains qui arrêtèrent de rire pour clamer une indignation bien trop tardive, et que "l'épreuve" soit avortée.... Bien trop tard. Ces émotions.... Elle les retrouvait de nouveaux ce soir, mais en se cumulant à ses souvenirs, elles étaient comme décuplés. Sa mère et son frère massacrés en victimes impuissantes et aimantes.... Son père résigné et lui aussi sacrifié, qui cherchait à comprendre. Combien elle aurait pu lui dire qu'elle ne voulait pas, qu'elle n'arrivait alors pas à contrôler ce corps qui agissait sans elle. Mais les mots étaient vains face aux souvenirs. Et enfin, la voix de Chess, qui sonnait comme l'énonciation d'une condamnation....

Elle avait demandé tout cela. Peut-être pas précisément de vivre ça, mais l'idée était là. Avoir demandé une chose pareille, une souffrance de ce genre, était complètement illogique, ou du moins contre nature. D'où la réaction vive de Rubis.... La vampiresse était titubante, la bataille faisait rage dans son esprit, et Yulenka éprouvait toutes les peines du monde à rester encore consciente. Mais Rubis gagnait du terrain..... Et elle commençait à prendre contrôle de son corps.


-Arrête.... ça... Alice....

Cette voix presque spectrale n'était plus celle de Yulenka, mais celle de Rubis. Yulenka crispait ses doigts tremblant sur son crâne, ses ongles commençant à marquer sévèrement sa peau. Elle serrait si fort sa mâchoire que l'on pouvait voir ses muscles se contracter autour de ses os. Elle tremblait de partout, sous la tension insoutenable qui régnait à présent dans son corps. Mais trop occupée dans sa lutte pour le pouvoir, Rubis avait relâché sa vigilance.... Et Saphir se réveilla dans une dispute violente entre ses deux autres "elle".

~Pourquoi vous vous disputez encore ?! Papa il aime pas quand il y a des..... HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!~

La pauvre fillette voyant le spectacle ineffable d'horreur poussa un hurlement qui arracha un cri de douleur à Yulenka, qui se recroquevilla sur elle-même, étant encore plus secouée de spasme.... Lorsqu'elle releva la tête, son œil gauche était d'un joli bleu clair, presque cyan.... Mais cet œil là pleurait à chaudes larmes, qui parsemèrent la moitié gauche du visage de la vampiresse de lézardes transparentes. Yulenka en avait marre. Elle était exténuée par ces conflits internes, ravagée par le spectacle d'horreur qui se jouait devant elle, la voix de chess qui l'accablait, ses souvenirs qui remontaient. Elle ferma les yeux en fronçant les sourcils, son cœur battait la chamade comme si elle courait un marathon, et dans sa respiration devenue profonde, elle lâcha.


-Rubis.... ça suffit.... laisse moi tranquille.... Occupe toi de Saphir....

-Arrête çaaaaaa.....

Lorsque Rubis parlait, faisant remuer les lèvres de Yulenka sans qu'on puisse reconnaitre la voix de cette dernière, elle donnait l'impression d'être possédée pour ceux qui n'était pas au courant. Yulenka se fâcha et laissa à son tour éclater sa colère.

-SILENCE TOUTES LES DEUX !!!

Un coup de force qui lui permit de reprendre l'ascendant sur Rubis et de la renvoyer dans les cordes. Son œil droit reprit sa couleur d'un bleu profond. Yulenka retrouvant doucement ses moyens, elle ordonna de nouveau à Rubis de s'occuper de Saphir avant qu'il ne soit trop tard. Furieuse mais forcée, Rubis n'avait d'autre choix que d'obéir. Non pas parce que sa tentative de putsch avait foiré, mais parce qu'elle avait trop œuvré pour protéger et préserver au maximum Saphir, pour la laisser tomber en plan maintenant. Ruminant sa vengeance tout en souffrant des mêmes maux que Yulenka, elle plongea de nouveau Saphir dans l'inconscience pour lui éviter de souffrir en ressentant elle aussi leurs émotions communes. L’œil gauche de la vampiresse reprit alors lui aussi sa couleur d'origine, et cessa de pleurer. Au fond d'elle, Yulenka avait envie de pouvoir fondre en larmes. Mais elle se l'interdisait, comme si elle estimait qu'elle n'en avait pas le droit.

Haletante, elle reprenait son souffle, encore presque hébétée par le tourbillon infernal d'émotions qu'elle avait vécu en un si court instant, en plus de la lutte interne qui n'avait fait qu'aggraver les choses. Elle était chancelante, exténuée, comme si elle ressortait d'une épouvantable guerre qui n'aurait que trop duré. Le retour à la réalité était dure, un peu trop dure, et prise de vertiges violents, elle finit par s'effondrer sur le sol, les yeux mi-clos, sa respiration essayant de retrouver un semblant de rythme normal. Les dernières paroles de Chess résonnaient encore douloureusement dans son esprit.... Mais comme toujours, inlassablement, elle essaya de se relever. Une opération bien vaine, cela étant trop tôt pour son corps. Mais c'était comme si une malédiction empêchait son esprit et son corps de pouvoir trouver un semblant de repos et de paix, même dans l'épuisement.... Comme ce soir là où elle s'était réveillée sous terre, et que ce corps, pourtant déjà enterré avait refusé définitivement de mourir ou de faiblir une fois de plus. Des efforts inutiles qu'elle-même trouvait parfois imbéciles, mais contre lesquels elle ne pouvait rien....
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Note de compréhension:
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Mer 17 Aoû 2016, 11:35

- Je ferai de mon mieux pour trouver une tenue digne des circonstances. Je n'ai pas vraiment de garde robe fournie comme vous pouvez l'imaginer. Je devrai bien trouver quelque chose de potable dans le magasin d'une grande ville je suppose. Y'a-t-il un nom spécifique à une tenue élégante que je pouvais répéter bêtement à la vendeuse ?

Quand elle me fit ce sourire exprimant clairement la confirmation de cette invitation, que le goût du défi voulait saupoudrer des taquineries qu'elle ne manquerait pas de me faire à cette occasion là, je souris dans un premier temps, car j'en arrivais à être persuadé que j'y trouverai une certaine forme de plaisir dans nos joutes verbales, mais bien rapidement mon sourire s'effaça. Après ce soir, il était peu probable qu'elle veuille encore me voir. Ce dans quoi j'allais la plonger m'associerait forcément à ces visions cauchemardesques, ces résurgences d'effroi dans un endroit à la symbolique très forte. Nous autres les Ombres n'avions pas vocation à avoir des amis, et ce soir ne dérogerait pas à la règle.

D'un sourire las, avant qu'elle ne reprenne sa marche, je murmurais sans que je sache si elle m'avait entendu :

- Si vous pouviez seulement voir les miennes...

Elle était désormais au milieu de la pièce, seule parmi mes ombres qui s'écoulaient par flots sur le sol, grimpant insidieusement sur les murs de la pièce, plongeant l'endroit dans une inquiétante brume noirâtre. Elles étaient inoffensives pour son intégrité physique, mais ce n'était pas là ma cible. Son esprit commandait, son esprit devait être détruit pour qu'elle puisse réaliser, effleurer à tout le moins ce que je vivais, et que son père avant lui avait ressenti pendant tant d'années.

Avant même que la scène ne débute, je la vis porter sa main au visage, comme en proie à un trouble intérieur. La douleur de cet épisode tragique était-il encore si vif pour qu'elle en soit affectée si rapidement. L'esprit pouvait si vite tirer des conclusions qu'il était parfois notre pire ennemi. La crainte de l'inconnu, la peur d'un piège alors qu'il n'y avait rien, l'instinct de survie pouvait vite tourner à la folie paranoïaque.

A voir les traits tirés de la Vampiresse, elle menait un combat intérieur bien plus rude que je ne l'aurai cru, à ce stade là de l'illusion en tout cas. Je pouvais rendre mes ombres "solides" mais là n'était pas mon intention. Tout devait se dérouler dans le choc des images, la puissance du vécu qui nous éclatait à la figure, nous rappelant nos erreurs les plus graves et les conséquences qu'elles avaient eues sur notre entourage. Sur ce point là, Yulenka était logée à la bonne enseigne, ou la pire selon le point de vue. Elle avait tué sa famille, et poussé son père au suicide. Ce n'était plus un terreau pour être rongé par la culpabilité, mais le meilleur engrais qui soit.

Je poursuivais cependant ma morbide mise en scène, ne pouvant plus reculer une fois le premier rouage enclenché. J'aurai pu recopier à l'identique ce que j'avais vu, mais je voulais apporter une touche personnelle et plus .... subjective en même temps en me plaçant dans la peau de son père, car n'était-ce qu'elle avait voulu ? Pendant qu'elle congédiait ses domestiques et autres occupants des lieux, je m'étais imaginé être son père, et comment je verrai Yulenka si elle était ma fille. Vu son âge à l'époque, à peine une jeune femme en devenir, je ne voulais concevoir que Raeden la voit de la sorte. Elle devait être son petit ange, sa fragile et petite fille innocente, aussi l'avais-je rajeuni, rendant finalement la scène plus insupportable.

Elle était aimée, choyée et si horreur il y avait dans cette famille, elle ne pourrait qu'en être la victime, certainement pas l'auteur. En parlant d'horreur, la Vampiresse serait servie. Quand la fillette quitta sa mère qui conservait toujours son sourire bienveillant, son ventre dévoré contrastait avec cet amour fusionnel d'une mère envers sa fille. Ne disait-on pas qu'une mère pouvait tout pardonner à sa progéniture ? Était-il seulement possible de pardonner pareille sauvagerie ? En voyant la réaction de Yulenka, je pensais bien qu'elle avait la même réponse que moi à cette question. Elle semblait prête à vomir de dégoût, ses yeux se fermant pour ne pas céder à toute l'horreur de ce qui se tramait devant elle. Ne pas perdre la tête, mais avoir suffisamment de courage pour ne pas fuir ce qu'on avait accepté de supporter. Quel qu'en soit le prix au final, même si le tribut serait lourd.

Je voulais que la scène qui suivit soit plus écœurante encore, non pas par pur plaisir sadique, mais je ne faisais que respecter ma part du marché. En d'autres circonstances, j'aurai pu prendre un certain plaisir à la voir souffrir de la sorte, tituber, chanceler face à l'emprise que mes ombres avaient sur elle. Pourtant, en lui faisant vivre ce sanglant tableau, je noircissais en même temps mon cœur, ressassant également mes propres tourments et la mort aussi brutale que pathétique que j'avais accueillie à Éthernoir. Chassant pour le moment mes propres névroses pour me concentrer sur celles de mon invitée, je donnais un côté incestueux et malsain alors que les lapements de la fillette se transformaient entre coup de dents avides, dans un bruit de chair et de succion brisant de la pire façon qui soit ce silence d'encre.

La Vampiresse rajoutait une note discordante au silence déjà pesant, alors qu'à sa voix habituelle sortait de ses lippes une autre plus surnaturelle. Elle semblait possédée, luttant contre un ennemi intérieur pour ne pas se céder définitivement à la folie. Son iris était devenu rouge l'espace d'un instant, de la même couleur que le liquide carmin qu'elle devait raffoler en temps normal. Deux noms de joyaux avaient été prononcés, et je ne compris pas à quoi cela correspondait vu le contexte actuel. Le cri que Yulenka fit retentir me ramena à ma propre concentration, chassant pour le moment ces idées secondaires de mon esprit.

Je regardais le quatuor que j'avais créé et qui m'avait demandé un effort considérable. Pourtant, en la voyant s'effondrer au sol, faisant disperser les ombres duveteuses qui reprirent vite le terrain perdu temporairement, je sus que cette partie là était réussie.

Je figeais cette scène où sa famille, son Gardien et l'allégorie de la jeune Yulenka la fixait d'un air vide, alors que des ombres je me matérialisais pour apparaître dans son dos. Un genou posé au sol, je passais mon visage à quelques centimètres du sien, lui murmurant d'une voix plus grave quelques phrases, dans un moment intime et inquiétant.

Face à son champ de vision, une ombre se modela en couteau, tournoyant autour de nos corps presque réunis, avant qu'un autre vienne se rajouter à cette ronde, puis un autre, et un autre encore.

- Trois choix s'offrent à vous Alice : Résister, absorber tout cela, faire croire aux aveugles que vous êtes toujours cette femme forte et implacable, à tout moment, pour toute occasion. La facilité dans l'épreuve.
A chacune des propositions, je laissais un léger silence, pour lui permettre d'assimiler les propos tenus par une personne extérieure à ses propres démons, sans lui laisser l'opportunité de me répondre entre chaque suggestion.
La deuxième consiste à vous saisir de l'un de ces couteaux, vous le planter dans le cœur, mourir pour comprendre concrètement ce que votre père a enduré, car ce que vous avez vu là n'était qu'une infime facette, pour une période très courte de ce que nous vivons quotidiennement. La facilité dans la douleur.
De nouveau un silence, alors que je posais mes mains sur ses épaules, je finis par lui exposer l'ultime choix.
Vous pouvez enfin vous laisser aller, vous libérer de ce trop plein devant l'ennemi que je représente, expier vos fautes non pas à moi mais à votre conscience, pleurer des larmes de sang, redevenir cette fillette faible et fragile qui veut qu'on la protège. La difficulté dans l'ego.

Peu importait le choix qu'elle ferait, car elle serait obligée d'en faire qu'elle le veuille ou non. Je n'étais que le Guide, le Gardien des Ombres, mais elle seule avec la clef pour ouvrir la porte de son avenir : L'immobilisme, La Métamorphose, Le Renouveau.
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Mer 17 Aoû 2016, 19:37

-Bien des tenues pourrait vous aller à ravir. L'essentiel est d'en trouver une où vous serez à l'aise dedans, c'est très important également. Entrez dans la boutique de votre choix, demandez à la vendeuse quelque chose d'élégant et de sobre dans votre couleur préférée, et laissez-là faire. Vous n'aurez plus qu'à faire différents essayages et retenir la tenue qui vous plaira le plus.

Elles étaient si lointaines leurs conversation légères et amusantes.... Elle n'avait pas entendu sa réplique, et après tout, elle n'aurait pas pu s'introduire dans sa tête pour pouvoir être témoin des horreurs qui y siégeaient. Soutenue par le sol, l'ombre était venue à elle lui soumettre des choix sur la suite. Ces choix.... Elle aurait pu tous les faire en même temps qu'elle l'aurait fait. Mais il fallait se décider. Se suicider pour comprendre au mieux son père, elle y avait déjà pensé. Mais ses tourments lui seraient alors propre, et son entreprise inutile. De plus, Rubis ne lui permettrait jamais de se suicider. Il aurait été difficile de la contre dire sur le fait qu'il aurait été un peu stupide de devenir ombre juste pour ça. Cette solution là n'était donc pas envisageable. Tout encaisser, encore et toujours, inlassablement. Ou se laisser aller... La petite fille.... la vampiresse esquissa un sourire étrange, comme vide. Elle se redressa péniblement, comme devant hisser le fardeau de son propre corps, pour parvenir à se rassoir, adossée contre le mur le plus proche. Le regard las et fatiguée, elle finit par répondre.

-Encaisser, sans jamais céder, c'est là la seule chose que je fais depuis des siècles. Un mal nécessaire pour continuer, car rester sur place ne rime à rien. Une sorte de mépris envers sa propre douleur.... Mais tout a un prix. Pour ce qui est de se laisser aller.... de laisser pleurer cette petite fille.... Cette.... Petite fille.... Elle seule à le droit de pleurer. D'être triste, et de souffrir dignement en victime. Mais moi..... mes larmes me sont un luxe auquel je n'ai plus le droit. Je me les interdis....

Dure avec le monde, la vampiresse l'était encore plus avec elle-même. Bien sûr qu'elle avait envie de pleurer. Lorsqu'elle était toute jeune vampire cela lui était arrivée d'ailleurs. Mais depuis le retour de son père, elle trouvait scandaleux qu'elle puisse encore pleurer en présence d'un des siens survivants, encore plus après qu'elle ait constaté quelle horreur sans nom il traversait à cause d'elle. Une punition à perpétuité, où elle était juge, bourreau et condamnée.

-Cette.... petite fille.... Vous doutez-vous seulement à quel point vous pouvez avoir raison ? .... Comment le pourriez-vous.... Cette petite fille.... Est beaucoup plus réelle que vous ne le pensez.

Elle marqua un temps d'arrêt. Lorsqu'on ne pouvait choisir entre deux solutions sans être injuste ou manquer d'honnêteté.... Alors aux yeux de la vampiresse on ne choisissait pas. Elle esquissa de nouveau un sourire désabusé avant de finalement dire.


-Vous voulez la voir ? Cette petite fille inconsolable qui ne peut plus que pleurer ? Celle dont les larmes torturent et accablent un cœur déjà mort ?

Rubis était dubitative sur la suite des événements, mais en même temps, elle n'était pas dupe non plus. Peu importe le temps cette fois-ci, ce qui s'était passé ici ne serait pas près de passer de si tôt. Même lorsqu'elle se réveillerait, la douleur encore présente saisirait la pauvre enfant à la gorge comme un infâme python qui tenterait de l'étrangler mais entre ses mâchoires. Alors maintenant ou plus tard.... Yulenka aurait pu laisser le contrôle complet à Saphir, mais lui infliger l'état de son corps, en plus de leur état psychologique aurait été des souffrances supplémentaires aussi cruelles qu'inutiles. Elle usa alors à son tour de ses illusions, laissant apparaître une fillette, d'environ huit ou dix ans, l'air fantômatique, et pleurant visiblement toutes les larmes de son petit corps, qui était secouer de sanglot. Elle calqua son illusion sur l'état de Saphir, comme lui offrant un corps temporaire, et lorsque Saphir parlait dans sa tête, l'illusion qu'elle donnait d'elle bougeait ses lèvres au même rythme. Elle imita jusqu'à sa voix.... Et ce fut comme si elle était là avec eux.


-Je vous présente.... Saphir....

C'était Yulenka. Ou plutôt Alice, lorsqu'elle était une enfant. Ni plus, ni moins. La malheureuse pitchoune tremblait légèrement, son visage d'ange accablé de tristesse et de malheur. Entre deux sanglots, elle regarda Wriir et Yulenka, et de sa petite voix nouée, elle leur demanda.

-Pourquoi.... Pourquoi vous faites ça.... Ça fait mal..... Tellement mal....


Le visage de Yulenka s'assombrit. Elle n'avait pas voulu lui refaire subir ça encore une fois. Elle n'aurait jamais du revivre ça encore une fois. Mais les événements ne s'étaient pas déroulés comme prévus. Rubis avait trop tardé. Et de toute manière, elle n'aurait pas pu faire passer la douleur de cette plaie béante et purulente, qu'on avait plongé dans de l'acide pour voir si cela pouvait la purifier. A la question de la fillette, la vampiresse ne répondit pas. Elle n'avait aucune réponse à lui offrir. La fillette renchérit.

-Vous me détestez ? Vous m'en voulez ? J'ai fais quelque chose de mal ?

Yulenka se contenta se secouer lentement la tête en signe de négation. Non, Saphir n'avait rien fait de mal, elle n'avait jamais rien fait de mal de toute sa courte existence, son plus grand crime étant d'avoir repris deux cookies lorsqu'on lui en avait offert l'occasion. L'enfant était complètement perdu, n'ayant même pas d'explication à donner à son calvaire, elle posa d'autres question.

-Alors pourquoi.... Pourquoi moi..... Pourquoi maman ? Pourquoi Elrik ? Pourquoi papa.... Je veux voir papa.....

Comme Wriir l'avait si bien deviné, la pauvre enfant avait cruellement besoin qu'on vienne la réconforter, là tout de suite, son petit esprit ravagé par une horreur qu'elle ne pouvait pas comprendre, et à peine mesurer. Yulenka se contentait de la regarder, souffrant une fois de plus de ce spectacle. La peine sans fond de Saphir résonnait en elle. Elle n'osait même pas la consoler elle-même, dans son esprit un bourreau n'était pas digne de réconforter la victime qu'il faisait souffrir. Elle n'avait pas le droit de se réconforter elle-même. Pas le droit de se pardonner, du moins pas entièrement. A l'image de ce sentiment de culpabilité qui ne la quitterait jamais, elle ne pourrait jamais complètement se considérer ni comme bourreau, ni comme victime, puisqu'elle était les deux à la fois. C'était là le paradoxe dans lequel elle était emprisonnée depuis un demi-millénaire. Une situation établie par elle-même, en réponse aux exigences d'un esprit cartésien, qui ne parvenait pas à accepter l'absence de coupable dans une affaire aussi grave, mais qui ne pouvait pas non plus accepter le déséquilibre en niant sa place de victime dans l'affaire.

Dans un contexte aussi particulier, elle avait donc emprunté deux solutions simultanées. La partie qu'elle avait jugé innocente ayant droit à la libération, au renouveau. La partie coupable condamnée à vivre avec son crime, à défaut de devoir le subir. Car en devenant ombre, elle punissait également Saphir, et aurait fait souffrir Chess et Raeden. Elle ne pouvait se le permettre.... Elle devait payer de manière silencieuse, sans éveiller leurs soupçons, pour ne pas qu'ils puissent mettre fin à ses propres tourments. Un plan aussi minutieusement élaboré que complètement fou. Toujours pleurant à chaudes larmes, entre deux sanglots la fillette réitéra d'un ton suppliant à fendre l'âme.


-Où est papa....

-Il n'est pas là....

Elle se tourna vers Wriir. Était-il satisfait ? Même si elle doutait qu'il puisse tirer la moindre satisfaction de quoique ce soit en cet instant. Il n'avait pas vraiment obtenu un choix décisif comme il se l'attendait surement. Mais elle ne pouvait faire mieux. Saphir continuait de les observer, ses yeux semblait trahir la misère du monde à eux seuls. N'ayant pas son père pour la consoler, elle se contenta de baisser la tête, continuant ses interminables sanglots. Yulenka ferma un instant les yeux. Chaque sanglot de Saphir la faisait souffrir, mais lui infligeait également une douleur lancinante à la tête. Ses pleures n'avaient pas fini d'hanter ses nuits.....
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Mer 17 Aoû 2016, 22:46

Nous étions arrivés elle et moi à l'entracte de ma mise en scène. Cela me permettait de me reposer un peu, car je n'avais jamais géré autant d'ombres en quantité et avec un tel souci du détail. Les avoir figés me rendait la tâche plus aisée, tout comme reprendre une apparence de chair et de sang. A part la fois où elle s'était emportée, jamais nous n'avions été aussi proches physiquement. Je lui murmurais ces trois impitoyables choix, rendant la tâche plus ardue en les qualifiant de "facile". L'esprit retrouvait toujours une certaine fierté à ne pas montrer à autrui qu'il cédait face à l'adversité.

Je me relevais en même temps qu'elle, la laissant se rasseoir presque aussitôt, si affalée contre un mur n'était pas plus appropriée. Je la sentais exténuée, mais je n'en attendais pas moins de son état. Elle finit par prendre la parole, sa voix ne laissant plus apparaître la force de caractère telle que je l'avais connue lors de notre toute première rencontre.

Ses propos étaient étranges, presque incompréhensibles alors que sortis de sa bouches, tout semblait parfaitement logique. En parlant de petite fille, elle semblait faire référence à la représentation que je m'étais faite d'elle. Pourquoi mon illusion irait à pleurer maintenant ?
Je ne pus m'empêcher de grimacer quand elle osait déclamer que pleurer était un luxe auquel elle n'avait pas le droit. Pire, qu'elle s'interdisait de l'avoir. Pourtant je ne répondis pas de suite, mes propos n'auraient pas eu d'impact, et l'auraient détournée de mon objectif premier.

Elle croisa alors mon regard, évoquant à nouveau cette petite fille et à quel point j'avais vu juste. Debout face à elle, je croisais les bras, mon silence l'invitant à poursuivre ses explications. L'illusion réaliste de cette fille d'ombre que j'avais modelée m'était venue en imaginant Yulenka plus jeune, plus jeune fille que femme-enfant. Créant mon incompréhension une nouvelle fois, elle me demanda si je voulais voir cette petite fille, me contentant d'opiner car ne sachant pas à quoi m'en tenir. A côté d'elle se modela alors une jeune fillette, aux cheveux longs retenus par des noeuds, au teint éthéré et aux habits courts et brumeux. Son apparence lui donnait un aspect inachevé, une partie d'un tout dont le regard vide détonait avec sa voix aiguë et innocente. Quand Yulenka la présenta sous le nom de Saphir, certaines pièces du puzzle se mirent en place.

L'illusion se mit à parler, comme j'avais pu le faire précédemment, mais ce fut la seule ressemblance. Mes ombres n'avaient pas d'entité si je ne le décidais pas, elle n'était qu'un moyen magique que je modelais au gré de mes envies pour un but bien précis. La fillette qui se dressait devant moi semblait avoir une identité propre, un caractère bien à elle même si je savais qu'elle n'était qu'une facette de la personnalité de Yulenka.

La fillette parla de toute son innocence, posant des questions aussi simples à poser que difficiles à répondre. Yulenka, juste à côté semblait abattue, la peur et la souffrance de cette parcelle d'elle semblait être décuplée en ce moment même.

Pauvre enfant. Je ne la plaignais pas, j'en voulais à Yulenka de lui faire subir cela. La seule réponse qu'eut droit cet enfant fut un laconique "Il n'est pas là", comme si on pouvait se satisfaire d'entendre pareille réponse.

J'alternais mon regard vers ces deux personnes, le visage fermé. Cela devait-il se finir ainsi ? Elle avait sciemment dévoilé une partie de sa personnalité qu'elle ne devait montrer au premier venu et en cela je lui étais reconnaissante. Mais .... c'était tout ?... Cette expérience lui laisserait une marque, pour quelques temps assurément, et tout reprendrait son cours comme avant, sans que rien n'ait changé en quoi que ce soit.

Mon regard finit par croiser Yulenka. Elle m'interrogeait du regard, estimant avoir été suffisamment loin dans cette épreuve alors que la fillette restait là, tremblante et fragile.

Elle se trompait. Lourdement.

Je m'approchais de la petite fille, m'accroupissant pour lui parler calmement.

- Tu ne me connais pas, mais je crois te connaître moi. Tu es la partie fragile, innocente d'une personne que j'ai promis d'aider, malgré mon animosité première pour elle. Pour te protéger, elle te cache de tout mal extérieur, mais elle se trompe.

J'espérais qu'elle ne fasse pas disparaître son illusion, car toucher aussi profondément son subconscient ne se représenterait pas de sitôt.

- Tu as mal, car elle a mal. Sauf que tu es plus courageuse qu'elle car tu oses l'avouer, te l'avouer. Ta famille est morte, et d'une certaine façon tu es responsable de leur mort, sans que la faute puisse te retomber dessus. Aussi tu as le choix Alice. Tu es une fille forte, tu fais ton deuil et tu avances. Ou tu restes dans la situation actuelle, ou tu fermes les yeux en attendant que tout disparaisse. Mais ça ne disparaîtra jamais.

Je ne savais pas comment allait réagir la vraie Yulenka, probablement mal que je puisse révéler cela aussi brutalement à une partie aussi fragile d'elle. Je pris la parole avant qu'elle ne le fasse, pour expliquer mon geste, sans pour autant tenter de me dédouaner.

- Je n'ai jamais dit que j'avais terminé mon épreuve, ni que vous l'aviez réussie. Vous m'avez facilité sans le savoir ma tâche, car autrement vous m'auriez déçu. Comme osez-vous dire que vos larmes sont un luxe que vous vous interdisez ? Vous pensez vous rendre plus forte ainsi ? La partie la plus fragile que vous m'avez montrée est peut-être la plus courageuse de votre personnalité. Vous me décevez. En vous renfermant, vous cédez à la facilité.

Je m'accroupis face à elle, faisant fi des dangers qu'elle pourrait m'infliger.

- Je ne suis que le Guide, souvenez-vous, et je n'ai pas le savoir absolu. Mais je peux vous affirmer quelque chose. Le déni de sa douleur n'est qu'un leurre, et sûrement pas une preuve de volonté. Le vrai courage est d'accepter ses tourments, et les larmes sont un bon moyen pour commencer. Même après cinq siècles.

Je n'étais qu'une Ombre parmi tant d'autres. Elle n'était qu'un Vampire parmi tant d'autres. Pourtant, nous nous confions car nous partagions en commun une douleur sourde, profonde, indélébile. Je fixais alors l'adulte face à moi, et lui dit sur le ton de la confidence, d'un ton doux pour une Ombre.

Pleurez Alice...

1 138 mots.
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Jeu 18 Aoû 2016, 01:29

Saphir releva timidement la tête à l'approche de Wriir, ses grands yeux pâles se plongeant avec une intensité poignante dans ceux de l'ombre. Cela lui semblait étrange que quelqu'un la connaisse sans qu'elle même ne connaisse la personne. D'ordinaire, c'était plutôt l'inverse, elle connaissait les gens via Yulenka, mais personne ne la connaissait. Yulenka esquissa un sourire en coin lorsque Wriir vint à dire que Saphir était fragile. C'était vrai et terriblement faux à la fois. Saphir avait la fragilité liée à la sensibilité de l'enfance qu'elle incarnait. Mais, en dehors de ça, elle disposait d'une force de vivre épatante. La preuve était que, malgré toutes les épreuves les plus insoutenables les unes que les autres auxquelles elle avait assistées, elle était toujours là. Il y avait eu bien des fois où elle avait été à deux doigts de disparaître. Mais elle était toujours revenue. C'était une petite fille, mais une battante en herbe. Lorsque l'ombre eut terminé de lui expliquer la situation elle lui répondit sanglotante.

-Mais je sais tout ça.... Je sais que j'y peux rien.....

Elle se tourna alors vers Yulenka et ajouta en la désignant.

-C'est elle qui ne veut pas se pardonner....

Yulenka souriait aussi doucement que tristement, secouant légèrement la tête devant l'innocence désarmante de Saphir. Tout était si simple en sortant de sa bouche. Mais dans sa tête tout était si compliqué. Wriir n'en avait pas fini avec Yulenka et commença à lui répondre..... D'une manière qui lui donnait l'impression qu'il la sermonnait. Yulenka resta un instant incrédule face à la situation, se demandant si elle n'était finalement pas entrain de délirer. Elle poussa un bref rire sarcastique lorsqu'il interpréta son refus de pleurer comme une fierté, qui pour le coup aurait été bien mal placé. Une volonté de céder à la facilité. Alors que pour elle, elle vivait cela de la manière inverse.

-Pleurer.... n'est pas un signe de faiblesse à mes yeux. C'est une délivrance.... Que je ne mérite pas....

-Mais c'est pas vraiiiiiiiiiiiiiiii !

Poussa la petite fille à la fois plaintive et exaspérée. Elle en avait marre des réflexions sans queue ni tête de son alter ego adulte, de la complexité de ces dernières, et de leurs conclusions qui étaient pour elle complètement absurdes. Elle voyait les choses de sa vision simple et saine d'enfant, et ce que se faisait Alice était juste inexplicable et horrible. Yulenka observa Wriir s'accroupir face à elle, son regard las et perdu croisant celui de l'ombre. Il en vint à lui faire une curieuse demande, celle d'accepter ses tourments, et de se laisser aller à pleurer.

-Ce sont ceux qui ont souffert à cause de moi qui ont le droit de pleurer. Moi je suis le bourreau....

-T'es pas un bourreau ! J'en ai marre que tu penses ça ! C'est faux ! Rubis te l'a dit, je te l'ai dis, Chess te l'a dit ! Même papa l'a dit ! Pourquoi tu ne le crois pas ?! Un bourreau il est pas triste ! Il regrette pas quand il fait mal aux gens ! Et il veut faire mal aux gens ! Toi tu es triste ! Tu ne voulais pas faire mal à maman et Elrik ! Et tu regrettes !

La petite fille commençait à s'énervait, adoptant sa petite frimousse renfrognée qui la rendait adorable et comique mais si peu crédible dans sa colère. Son père ne parvenait d'ailleurs jamais à la prendre au sérieux, sa bouille n'étant définitivement pas faite pour la colère, sans compter qu'en plus, elle se mettait très vite à bafouiller et s'embrouiller lorsqu'elle essayait de râler. Et pourtant, la force de Saphir résidait dans la justesse et la pertinence de ses raisonnements pourtant simplistes, mais difficilement contestable. Même Yulenka, avec toutes ses capacités à argumenter, ne pouvaient pas trouver à redire à ce que disait la fillette entre ses sanglots. Rubis se déclara subitement aux abonnés absents, dans un retournement de situation qui se traduisait clairement par un "dém*rde toi et bon courage avec la piote et son poto l'ombre!". Ces dernières semblaient décider à achever Yulenka.

-Ça fait cinq millé... un demi-siè.... Ça fait trop longtemps que ça dure ! J'en ai marre de pleurer pour toi.... De te voir tout le temps triste.... Te voir mentir à papa et à Chess et sourire pour de faux.... Tu n'aimes pas ça.... J'aime pas ça non plus. Maman et Elrik ne voudraient pas que tu penses qu'ils te détestent. Mais t'as peur le croire. Ils ne se sont pas battus. Parce qu'ils ne pouvaient pas ne plus nous aimer. Ils ont vu qu'on avait mal ce soir là. Ils ont vu qu'on était très malade. Même papa l'a vu. Et ils l'ont tous compris. Y'a que toi qui veux pas comprendre que.... Que c'est la faute à personne.

-Saphir tais-toi !

Yulenka avait ramené sa main sur sa tête, son cerveau lui donnant l'impression qu'il allait exploser, ses oreilles commençant même à siffler sous le coup d'un acouphène virulent. Se faire mettre à nue et au pied du mur par le reflet de son enfance et de son innocence, c'était un coup particulièrement rude. S'il restait quelque chose de sa fierté, en cet instant, Saphir venait d'en faire une cocotte en papier. Mais pour Saphir la situation avait que trop duré, et elle n'avait pas envie de voir Alice se détruire en continue pendant un autre demi millénaire ! Yulenka n'avait jamais vraiment su faire face à Saphir. Elle aurait voulu s'excuser auprès d'elle mais la fillette ne lui en voulait pas. Elle voulait initialement faire profil bas, mais la petite puce était tout naturellement aller vers elle. Elle essayait de la protéger de tout, mais Saphir était parfaitement lucide de ce qui se passait, du moins dans sa vision des choses. Yulenka haletait et continuait sa lutte insensée pour contenir encore et toujours ses larmes que l'acharnement de Wriir et de Saphir avait comme réveillé. La petite fille, qui commençait à peine à calmer ses larmes, observa Wriir d'un air suppliant qui disait explicitement "Dis luiiiiii toi !".

Et ce fut à l'ombre de porter le coup de grâce.... Comme dans une certaine continuité de son rôle en fait, presque une variante pourrait-on dire. Ce ton doux, cette invitation si tentante, plus tentante que jamais même. Son corps qui lui hurlait à genoux toutes les supplications du monde à consentir enfin à relâcher, ne serait-ce qu'un tout petit peu de cette pression inhumaine, même pas vampiresque, qu'elle s'infligeait depuis trop longtemps pour que sa raison ne puisse le cautionner davantage. Dans un réflexe désuet, la vampiresse lâcha....


-Non.... J'y ai pas le droit....

Mais son refus se mourrait dans sa gorge, et sa raison, fatiguée du règne de la folie, décida de mettre son grain de sel à son tour.... Et quelque chose de chaud et humide vint glisser le long de la joue de la vampiresse, qui fut prise d'un accès de panique. Elle se prit la tête entre les mains la secouant en refusant obstinément ce qui était entrain de se produire timidement, entrain dans une lutte farouche pour arrêter cela au plus vite.

-NOOOON !

-Mais.... ça va aller. Tu.... Tu te sentiras mieux après, promis !

La pauvre pitchoune regardait désemparée son alter-égo céder à la panique face à sa propre délivrance. Saphir essaya de tendre ses bras vers elle pour lui faire un câlin rassurant et réconfortant, comme elle aimait qu'on lui fasse quand elle même avait un gros chagrin. Mais elle se rappela qu'elle n'était visible que par une illusion, et qu'elle ne serait pas tangible pour Yulenka. Elle replia ses bras vers son petit corps, et se rendit compte à son tour que Rubis n'était pas disponible en cet instant, et qu'elle avait pris le soin tout particulier de ne pas se trouver mêler à ce moment si tendu. C'était rare qu'elle ne puisse pas compter sur Rubis, et en cet instant elle se sentait bien seule.
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Jeu 18 Aoû 2016, 09:49

C'était une donnée de l'équation que je n'avais pas prévue alors qu'une petite fille, toute illusion soit-elle, se matérialisait devant moi. Si les traits communs avec Yulenka adulte étaient évidents, elle conservait cette part de naïveté et d'innocence que semblait avoir perdue son homologue multi-centenaires. Peut-être était-ce le moyen pour briser cette carapace de façade qui lui faisait tout prendre de haut, ou avec un profond désintérêt.

Demander à une Ombre de montrer l'horreur de sa propre vie, revenait à tendre le cou vers les crocs d'un vampire affamé en espérant qu'il ne se nourrisse pas.

- Comprendre sans apprendre est aussi inutile qu'apprendre sans comprendre. Or là vous ne comprenez ni n'apprenez de vos erreurs, alors que l'évidence est sous vos yeux.

La petite fille me surprit en m'indiquant qu'elle savait déjà tout ce qui s'était passé il y a de cela bien longtemps. Je pensais qu'il s'agissait de la partie pure, innocente, entourée d'un cocon inviolable qui conservait cette fragilité intacte, mais j'avais fait une erreur de jugement. Je réalisais que l'acceptation de la fatalité faite par cette illusion était plus forte que celle de sa créatrice même !! Tout cela n'avait aucun sens, tout comme cette justification bancale.

- Vous réalisez ce que vous dites ?.. Vous autorisez cette partie de vous pleurer, souffrir, tout en vous l'interdisant vous-même. Vous pleurez par procuration, des larmes d'illusion alors que votre souffrance est bien réelle.

Je l'entendais tenter de se justifier par des arguments que je n'avais que trop entendu par le passé. Toutes ces personnes que je devais pousser au suicide, sortaient généralement ce genre de paroles auxquelles elles ne voulaient pas y croire. Il me suffisait alors de les pousser dans la mauvaise direction et quelques heures après, ils baignaient dans leur sang. Une rupture douloureuse, la perte de son exploitation familiale, l'opprobre de sa ville, une rancœur passée et jamais oubliée, il y autant de façon de tuer que de les justifier.

Celle que Yulenka avançait était la responsabilité d'un acte qu'elle avait été contrainte de faire sous l'emprise de sa nouvelle soif. En temps normal, je l'aurai tellement poussé à le croire, pour la voir dépérir plus qu'elle n'était déjà morte. J'avais l'ascendant psychologique sur elle, il n'y avait qu'à voir sa position actuelle, assise tant bien que mal contre un mur, et désespérée au point de me montrer un tel secret. Une partie de moi criait aux représailles, à cette occasion qui ne se représenterait probablement jamais, mais mon corps ne réagit pas comme cette colère aurait voulu que je le fasse.

Je fis disparaître les couteaux d'ombre qui n'avaient cessé de tourner autour d'elle, disparaissant d'un côté du mur pour réapparaître de l'autre, et laissait la fillette parler alors que je m'accroupissais près de sa version adulte. Les paroles de l'enfant étaient si naïfs, si criants de vérité que j'en venais à me demander lequel de nous trois était le plus adulte dans l'histoire. Ses propos certes maladroits, avaient l'apanage de la sincérité, dans les yeux d'une enfant finalement bien plus âgée que moi, mais bloquée dans cette phase de non-vie pour l'éternité.

Plusieurs fois je voulus prendre la parole, corriger légèrement la petite fille, ou simplement abonder dans son sens, mais le silence était pour le moment ma meilleure arme. Si j'intervenais, j'aurai pu briser la force de persuasion de Yulenka jeune sur elle-même. Un comble !! Pour avoir vu la scène de cette autre époque, cette ancienne Ange n'y pouvait rien faire. Se faire enterrer après avoir été agressée, se retrouver dans un univers familier mais dont on avait une perception totalement différente, il a fallu que les premières personnes qu'elle croise soient les membres de sa famille. En y songeant un peu plus, là était toute l'ironie de son malheur : Elle se serait pardonnée le même massacre si entre le chemin de sa tombe vers son domicile, elle avait croisé un pauvre malheureux au mauvais moment et au mauvais endroit. Elle l'aurait déchiqueté avec la même sauvagerie à épancher, serait apparue devant sa famille la bouche encore suintante de sang en train de coaguler sur sa peau, mais ils seraient toujours là et auraient pu l'aider.

Malheureusement pour elle, malheureusement pour cette famille, personne n'avait croisé son chemin, et l'indicible a été commis ici-même, dans cette pièce.

Saphir était désormais silencieuse, sous l'injonction de celle qui finalement lui donnait vie. Son regard pourtant était d'une éloquence rare, qui malgré ses chaudes larmes contrastait avec force sur l'état de faiblesse de Yulenka cachant son regard de la paume de sa fine main.

Je me contentais alors de lui murmurer ces deux mots, résumant à eux seuls la fin tragique et libératrice de notre mise en scène. L'Ombre donnait la Mort, mais dispensait aussi la Vie, voilà ce qui m'avait été dit alors que je devenais Passeur. M'aurait-on dit un jour que j'allais donner en quelque sorte la vie, à une personne morte à l'intérieur ?

Son murmure en retour sonnait faux, elle n'y croyait pas, elle n'y croyait plus elle-même.

Vous seule avez le droit, ou non, de vous autoriser à faire votre deuil. Croyez-en mon expérience, vous êtes prête.

Quand je vis s'écouler de façon presque anodine cette eau salée de ce regard bleu sombre, je sus qu'elle cédait, petit à petit, à cette raison qu'elle ne pouvait admettre. Son cri rageur de négation n'y changeait rien, elle avait franchi une limite, une ligne qu'elle ne pourrait plus franchir en arrière en faisant mine que rien ne s'était passé.

Délicatement mais fermement, je retirais ses mains, peu importe qu'elle puisse se débattre ou non. J'étais plus fort qu'elle, j'étais plus puissant qu'elle, plus décidé aussi à lui coller la vérité en face. J'écartais ses mains, puis ses bras, avant de m'approcher d'elle, la forçant à m'enlacer pour y trouver l'épaule d'un ennemi qui partageait un point commun : la douleur permanente. Je m'étais ôté la vie pour me libérer d'un joug que je n'aurai su vaincre, elle avait ôté la vie pour se libérer d'une soif qu'elle n'aurait su combattre. Le résultat était au final le même : Une parcelle de nous s'était éteinte, et je ne parlais pas de la vie qui nous avait déjà quittés.

Pourtant, le fait d'être d'une certaine manière mort ne nous empêchait pas de ressentir cette douleur, celle qui nous rendait quand même un peu humain. Au plus vite aura-t-elle compris cette évidence, au plus vite elle pourra passer à autre chose. Sauf que les choses les plus évidentes n'étaient pas forcément celles les plus faciles à accepter.

Je faisais disparaître les ombres tout autour de nous, redonnant son aspect d'antan à cette pièce si lourde en souvenirs. L'heure n'était plus à l'illusion, mais à la réalité des faits, des émotions.
Face à moi ne se trouvait plus une ennemie, une cible à abattre comme toutes les autres.
Face à moi se trouvait une âme en peine dont je ne voulais pas qu'elle suive le même chemin que le mien.

L'heure était à présent chargée de larmes.

Je suis là le temps qu'il faudra. Après tout, nous avons l'éternité devant nous non ?....

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Jeu 18 Aoû 2016, 20:01

La panique, la peur.... Si elle ne craignait pas la mort, c'était parce qu'elle l'avait déjà éprouvée, et surtout qu'une partie d'elle l'espérait silencieusement. Mais comme rien n'était jamais simple dans sa tête, il y avait Rubis pour contrer ce principe de Thanatos inhérent à ce qui vie, ou a vécu dans notre cas. Elle catalysait ces pulsions auto-destructrices pour les réorienter sur les agressions du monde extérieur, et permettre même des épisodes cathartiques vitaux. S'ajoutait à cela le refus de faire souffrir davantage Chess et son père en leur infligeant la douleur de sa perte, et la mort, bien que rêvée parfois, avait très vite été relégué à l'état de fantasme, puis de simple éventualité irréalisable. Elle ne pouvait pas se le permettre. Si elle ne pouvait mourir, elle devait donc survivre dans son trépas. Mais pour vivre cela, il lui fallait trouver un responsable, quelqu'un à condamné et à écrouer. Il fallait que justice soit faite. Mais dans cette situation, appliquer la justice entrainait un paradoxe inéluctable. Car en punissant le coupable, elle condamnait aussi une victime. Un compromis qu'elle avait jusqu'ici établi et respecté en essayant de se flouer elle-même et de dissocier la partie qu'elle jugeait innocente, tout en écrouant la partie dite coupable dans des tourments appropriés selon elle.

Mais s'il était déjà très compliqué de se mentir à soi-même, il l'était encore plus lorsqu'on était doué d'une raison et d'une réflexion plus poussée que la moyenne. Et ce n'était pas parce que Saphir était une enfant qu'elle ne disposait pas de la même vivacité d'esprit que son alter-égo adulte. Elle avait très bien compris que tout cela n'était pas juste, et qu'il y avait eu une vilaine magouille quelque part. Elle était très bien consciente qu'elle était issue d'un tout, et elle n'appréciait pas voir une partie d'elle souffrir pour ce qui était de son point de vue des mensonges et des bêtises. Mais elle n'avait pas pu trouver de l'aide ni chez Chess ni chez son père, Yulenka veillant scrupuleusement à éviter que les situations soient propices. Mais ici, l'ombre lui avait offert une occasion en or sur un plateau de platine. Tous deux convergeaient dans une même idée, et cette fois Yulenka n'avait pas pu voir le coup venir ni empêcher Saphir de trouver un allié. Car si Yulenka pouvait dire à Saphir de se taire, elle savait très bien que l'ombre ne lui obéirait certainement pas. Elle n'avait aucune ascendance sur lui, de près ou de loin.

La petite fille observait la suite des événement avec une certaine appréhension, mais aussi avec fébrilité. Depuis le temps qu'elle espérait cela. Voyant Yulenka refuser avec rage ce qui était pourtant entrain de se produire, elle se mit à redouter qu'elle ne parvienne à tout arrêter, et que tous les efforts qu'ils avaient pu faire se retrouvent alors vain. Elle connaissait son autre elle, et sa faculté à se refermer comme un huître lorsqu'elle jugeait en avoir besoin. Mais c'était sans compter sur Wriir, qui était certainement aussi têtu qu'elle, et qui n'avait pas dit son dernier mot. Bien décidé à ne pas la laisser se renfermer dans ses travers habituels, il lui avait attrapé les poignets. Plus question de reculer à présent ! La bougresse avait beau être particulièrement affaiblie et exténuée, elle avait pour elle une force que sa morphologie ne laissait pas soupçonner, et Wriir dut user de toute la sienne pour l'empêcher d'arrêter un processus déjà engagé. Il ne lâcherait jamais l'affaire.

Un flot infernal de pensées et de souvenirs s'entrechoquaient dans l'esprit de la vampiresse, tout se mêlant dans un miasme confus et empoisonnant. Jusqu'ici, même si le procédé avait été tordu à souhait et pas vraiment juste, cela suivait une certaine logique qui même si elle était cruelle et stérile, lui avait paru acceptable. Mais en quittant ce schéma, en abandonnant ce modèle, qu'allait-elle faire, qu'allait-elle penser.... L'ombre était parvenue à se glisser contre elle, lui permettant de se reposer contre son épaule, tandis qu'elle peinait à contenir ces larmes qui lui échappaient toujours plus. Voyant que Yulenka n'était pas parvenue a les arrêter, Saphir poussa un soupir de soulagement. La petite fille ne pleurait plus, et observait silencieuse la scène devant elle. La vampiresse tremblait sous la tension qui régnait dans son corps, mais pour une fois, elle parvenait à l'évacuer par l'intermédiaire de ses larmes. Wriir rappela sa présence qui se présentait comme rassurante, réconfortante. Il proposa à l'éternelle demoiselle quelque chose qu'elle avait oublié, qu'elle possédait pourtant depuis des lustres. Il lui offrait le temps.... Le temps d'évacuer cette peine qui s'était accumulée à outrance depuis trop longtemps. Laisser à son cerveau torturé le temps d'organiser les derniers événements, les assimiler pour en tirer les nouvelles conclusions. Le visage baigné de larmes, son front posé sur l'épaule de l'ombre, sa respiration était saccadée, irrégulière. Elle avait presque oublié ce que cela faisait de pleurer.


-Je ne sais plus quoi penser.... Tout se brouille.... Tout se mélange.... Qui condamner... ? Qui protéger ? C'est si fatiguant.....

Il fallait bien avouer que son cerveau lui-même en avait marre, et que manifestant son mécontentement, il avait déclenché une migraine si violente qu'elle en avait des vertiges, et que sa vision s'en retrouva également touchée. Tout était floue, et pas seulement à cause des larmes. Elle avait l'impression d'avoir la tête sous l'eau, ses tympans déclarant être eux aussi de la partie. Saphir fit la moue en secouant la tête. Elle aurait aimé pouvoir lui ordonner d'arrêter de réfléchir deux minutes, mais Rubis lui souffla que c'était peine perdue. La voilà qui était revenue elle, et la petite fille ne manqua pas de lui faire remarqué qu'elle s'était montrée particulièrement absente quand on avait eu besoin d'elle. Ce à quoi la Sanguinaire répondit par l'ignorance totale.... Saphir décida de s'occuper de son cas plus tard, car si elle commençait une dispute avec son autre alter-égo, elle allait achever Yulenka qui souffrait déjà de sa migraine. Néanmoins, la fillette esquissa un sourire bienveillant. Elle était heureuse de voir enfin Yulenka évacuer ces larmes empoisonnantes, et la sincérité de sa bienveillance pouvait se voir à l’œil nu. Elle se tourna de nouveau vers Wriir, et dans son innocence caractéristique et parfois brut de pomme, elle lui demanda.

-Et toi ? Qui te console ?


Saphir, dans toute sa splendeur.... A l'entente de la fillette demandant à une ombre qui la consolait, Rubis partit dans un fou rire incontrôlable. La fillette avait retrouvé son père au même titre que ses "soeurs", soit à l'état d'ombre. Son jeune esprit avait déjà enregistré que "les ombres étaient tout le temps triste". Dans son raisonnement d'enfant, il fallait donc tout le temps les consoler pour les aider un peu, à défaut de pouvoir les guérir. Yulenka elle ne répliqua pas, ne sachant même pas quoi répondre face à à la démarche si candide et si pure de la fillette, qui la rendait si désarmante. Elle était sûrement folle, mais ce mode l'était certainement bien plus qu'elle. Pour Saphir, Wriir était un mystère sur patte. Il lui avait dit détester Yulenka au départ. Alors pourquoi l'aidait-il autant ? Dans la suite logique des questions naïves, elle enchaîna tout naturellement.


-Alice t'as fait mal que tu ne l'aimais pas au départ ?

Yulenka enfonça un peu plus sa tête sur l'épaule de Wriir, comme achevée par cette question, dans une attitude qui exprimait un "j'abandonne....". Elle était dans les bras de Wriir, entrain de pleurer toutes les larmes qu'elle le pouvait, stabilisant bon gré malgré le tumulte de ses émotions en s'accrochant à la présence de l'ombre. Pendant que Saphir veillait au grain, tout en essayant de comprendre l'ombre, mais à son niveau. En même temps que Rubis de son côté, continuait de s'esclaffer bêtement de la simplicité de la fillette, et surtout des situations que cela provoquait. Pour Yulenka, la situation était définitivement trop absurde et incroyable pour que sa raison daigne se manifester pour l'instant. Il lui fallait déjà essayer de se calmer.... Mais après autant de temps, ses larmes n'étaient pas du tout décider à s'interrompre. Angoissée, elle lâcha.

-Ça ne s'arrête pas.... ça ne vas plus s'arrêter.... Je n'aurais pas dû....

-Ha non hein !

Saphir avait attendu la libération de Yulenka, aux yeux de la fillette ce n'était pas pour qu'elle culpabilise d'être triste. Elle avait le droit d'être triste comme tout le monde. Et elle était bien décidée à rester là tant que Yulenka n'aurait pas fini de tout évacuer. Elle avait même pris elle-même en charge la manipulation magique pour maintenir son illusion qui lui donnait voix au chapitre.
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Jeu 18 Aoû 2016, 23:44

L'acte final se dessinait petit à petit. Il m'était arrivé, pour approcher une cible, d'assister à une scène de théâtre, et j'avais pu voir ces jeux d'acteurs, tantôt masqués, tantôt grimés, jouant même parfois plusieurs rôles avec une aisance admirable.

Dans un registre bien plus intimiste, personnel et funeste il fallait bien l'avouer, se jouait ici un requiem entre morts et illusions, au décor ombreux et inquiétant. Les protagonistes avant d'entrer en scène, avaient probablement une vision et un dénouement bien différents de ceux de l'autre.

L'acte Un avait été le décorum, la mise en place des rôles principaux et secondaires. Ces ombres qui formèrent un tableau réaliste et dérangeant de la famille présente ici il y a plus de cinq cents ans, alors que l'Acte Deux laissait place à l'action principale, à la mise en place de l'histoire quand pour le plus grand malheur de la spectatrice et actrice vampirique, le tableau dépeint faisait la part belle au dégoût, à l'horreur des souvenirs et à cette puanteur psychologique propre au funeste.

Entre cet Acte et le dernier, un rebondissement survint alors, quand une mini héroïne surgit sans que personne ne s'y attende, pas même le metteur en scène que j'étais.
Une demoiselle à l'air aussi naïf que l'était son caractère courageux, trompant tout le monde en faisant croire à une facette faible et ultra protégée de la personnalité de Yulenka.

Non, il s'agissait finalement d'un miroir déformé, d'un reflet du plus grand désir et de la plus grande peur que vivait celle qui l'avait fait apparaître : Le Pardon à soi-même. Il s'agissait de l'un des exercices les plus difficiles et l'issue finale restait encore incertaine.

Il me fallait intervenir, bien loin de la rudesse de mes précédentes missions, comme celle que j'avais accomplie il y a quelques heures à peine, surpris par celle qui était si proche de moi à présent. Malgré sa carrure, je me surprenais à avoir autant de mal à contenir ses mains que ses sanglots avaient un peu mouillées.

Je finis cependant par me glisser entre ses bras revanchards et sa tête se posa contre mon épaule. Les sanglots se firent larmes, les larmes se firent pleurs ininterrompus. L'heure n'était plus aux mots, l'étreinte parlait d'elle-même. J'arrivais cependant à percevoir ses murmures enveloppés dans les spasmes de son corps meurtri. Je lui murmurais alors sur le même ton que j'avais adopté depuis que nous nous étions rapprochés :

L'heure n'est pas aux questions, mais à la délivrance. Ici, personne n'est là pour vous juger, laissez vous aller. Les questions seront pour plus tard.

C'est alors que la fillette me posa une question aussi facile à poser qu'impossible à répondre. Ce qui me consolait ? Je tournais la tête légèrement, juste assez pour l'avoir dans mon champ de vision sans déloger Yulenka de mon épaule.

- Rien, dis-je laconiquement, car en quelque sorte, c'est la seule réponse probante qui pouvait me venir à l'esprit. Sans compter que l'heure n'était pas vraiment à ma propre introspection, et j'espérais qu'elle le comprenne. Elle m'avait aidé à faire progresser Yulenka de manière inespérée, dévier la "thérapie" sur mes propres névroses risquaient de tout faire capoter.

Pourtant, elle ne perdit pas espoir et relança le sujet sur la relation pour le moins ... étrange que je nourrissais avec sa créatrice. Je ne pus m'empêcher de sourire, alors que Yulenka enfonçait un peu sa tête contre mon épaule, probablement de honte ou de dépit.

- Exactement, ce qu'elle représente à mes yeux m'a fait énormément de mal, et non ce n'est pas que je ne l'aimais pas, je la haïssais. Devais-je rajouter quelque chose ? Mes propos étaient suffisamment clairs, mais pas tout à fait exacts. Mais comme en cet instant, des mini miracles peuvent se produire, me voilà à consoler de bonne grâce celle qui m'aurait tué si elle avait pu et réciproquement. Si j'étais toi, je laisserai la magie parler pour elle-même non ?

Un sous entendu que j'espérais assez clair que le silence valait parfois mille mots, bien plus dans le cas présent. Ma main était à présent posée sur sa nuque, et je la laissais épancher sa douleur à travers les larmes qu'elle déposait sur ma tenue. Ses murmures se firent de nouveau entendre, et Alice me devança pour avec ses mots .... simplistes ma façon similaire de voir les choses.

- Voilà, écoutez Alice. Vous pensiez qu'un demi millénaire de retenue allait s'épancher en quelques minutes ? Vous n'êtes pas pressée de toute façon ? Vous ne m'avais pas indiqué avoir de rendez-vous dans l'immédiat. Profitez d'être avec une Ombre, vous ne trouverez pas plus patient.

Ma main opérait de très légers va et viens le long de sa nuque. De longues minutes s'écoulèrent, sans qu'un mot ne fut échangé. Les sanglots finirent par se tarir, même si la tête ne se délogeait pas de mon épaule. Peut-être ne souhaitait-elle pas croiser mon regard dans un tel état. Pourtant je la trouvais bien plus forte qu'elle ne l'avait montré jusqu'alors.

- Nous rentrons quand vous le voulez, sauf si vous voulez rester ici. D'un côté comme de l'autre, vous êtes chez vous après tout.
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Ven 19 Aoû 2016, 01:16

Ne pas penser, arrêter de se questionner, pouvait-elle seulement y arriver ? Depuis combien de temps n'avait-elle pas fait le vide dans son esprit ? Trop loin pour sa mémoire en tout cas. Mais ici, il fallait bien admettre que la migraine aidait grandement à cet état. Son cerveau semblant se réduire lui-même à l'état de purée, il ne pouvait plus faire son malin avec cinquante mille questions, souvent plus inutiles ou vaines les unes que les autres. Il fallait en profiter. Elle ne savait pas combien de temps cette espèce d'état de grâce allait pouvoir durer, au prix d'une douleur inqualifiable mais tout de même, alors autant écouter l'ombre et ne pas chercher plus loin. De toute façon, Saphir avait pris le relai pour les questions "simples", posant à l'ombre des cas à la fois simple et complexe. Si la première réponse de Wriir à Saphir était on ne pouvait plus claire et concise, on pouvait voir dans le regard de la fillette qu'elle ne lui plaisait pas. Ce n'était pas juste dans sa petite tête. Il avait le droit lui aussi à avoir quelqu'un pour lui. Mais lorsqu'on avait pas de famille et pratiquement aucune attache, ce n'était pas de la mauvaise volonté, c'était de la malchance.

La seconde réponse de l'ombre en revanche scia littéralement les genoux de l'enfant. On pouvait voir un gros point d'interrogation au dessus de sa tête tandis qu'il lui expliquait les relations un peu confuses qu'il entretenaient avec son autre elle. Saphir se gratta une couette dubitativement. Comment pouvait-on haïr quelqu'un sans ne pas l'aimer ? Encore pour ce qui était de l'idée de ne pas aimer ce qu'elle représentait, ça c'était facile pour elle. Lorsque son père était ombre, il ne pouvait pas voir un seul vampire en peinture, et se faisait souvent une joie de les faire passer de l'autre côté. Il leur reprochait la mort d'Alice, de sa famille, et encore plus d'avoir transformé sa petite fille en "monstre". Mais en dehors de cela il avait été capable d'apprécier des vampires de manière individuelle, comme Edward, Kay et... ... Tous les vampires enfants en fait, mais des vampires quand même. C'était là qu'elle que chose qu'elle avait vécu et assimilé. Appliquer ce schéma à Alice n'était donc pas compliqué mais.... La subtilité entre ne pas aimer et haïr lui échappait complètement. Ce qui eut le mérite de l'occuper lorsque Wriir lui fit comprendre qu'il était préférable de laisser un peu de répit et de calme à son autre "elle".

Autre elle qui commençait de nouveau à paniquer en voyant que ses larmes ne voulaient plus finir, surtout qu'elle n'avait plus de contrôle dessus. Wriir lui répliqua de la manière la plus efficace possible, avec logique, pragmatisme et simplicité. Une touche de douceur par ses caresses sur sa nuque, et le réconfort de ses bras en prime pour la sécuriser. Un demi millénaire.... Si elle devait vraiment rattraper tout ça, son corps pourrait-il tenir ? Car voilà maintenant d'interminables minutes qui allaient se changer en heures.... Difficile d'avoir la notion du temps en réalité, car en cet instant, il semblait figé. Rien ne bougeait, rien n'évoluait ou ne changeait. La seul différence résidait qu'à présent elle avait pleuré à en avoir mal aux yeux, sentant même des courbatures autour de ces derniers. Elle avait les yeux rouges mais pas de la manière habituelle. Avec le temps et malgré ses larmes, elle avait finit par retrouver une respiration à peu près normale. Elle continuait de pleurer malgré tout, n'en revenant pas des quantités de larmes qu'elle avait pu laisser s'échapper. Sa migraine n'allait pas en s'arrangeant....

Mais elle prenait le risque que son père ou Laeic ne rentre, et les surprenne. Elle n'avait pas envie de s'expliquer ou de quoique ce soit d'autre en cet instant, et aussi dans cet état. Elle fit un effort qui lui parut colossale, et usa de sa téléportation. Par elle ne savait trop quel miracle, elle parvint à atterrir à la forteresse, là où si elle ne voulait pas qu'on vienne la déranger, on ne la dérangerait pas. Retour à la case départ, au détail près qu'ils étaient à présent dans sa chambre, sur son lit, bien plus confortable qu'un sol. Saphir avait cessé son illusion, elle n'avait plus besoin de surveiller Alice, et pouvait s'en retourner en toute quiétude là d'où elle venait. Au bout d'un moment, le corps de la vampiresse informa ses yeux que la déshydratation allait finir par la guetter s'ils continuaient ainsi à consommer tout le capital "eau" disponible en réserve. Enfin elle s'arrêta de pleurer, chose qu'elle prit comme un soulagement, bien que sa migraine et les récents chocs lui interdisaient pour l'instant d'en savourer les bienfaits. Pour l'instant, elle se sentait épuisée, son cerveau n'étant plus qu'une masse pesante de douleur et de confusion mélangées. Il était moins embrouillé que tantôt mais très loin d'être frais.

Combien de temps cela avait-il duré ? Elle l'ignorait. Mais si elle ne faisait rien, d'ici cinq minutes elle allait s'endormir dans les bras de l'ombre, qui même s'il avait son éternité devant lui, n'allait quand même pas lui servir de peluche en plus de tout ce qu'il avait déjà fait. Lentement, les muscles de son dos se contractèrent de nouveau pour hisser son buste et le relever. Elle essuya le reste de ses larmes du dos de ses indexes, frottant ensuite ses yeux endoloris qui la faisaient souffrir un peu trop à son goût. Elle voulut lever les yeux vers Wriir mais cette simple action la fit grimacer de douleur. Heureusement que dans sa chambre, la lumière était filtrée par d'épais rideaux, réduisant ainsi l'agression extérieur. Ses yeux demeuraient mi-clos, et finalement elle articula d'une voix faible.


-A moins que vous ayez prévu une suite à votre représentation.... Et même si j'ai du mal à réaliser tout ce qu'il s'est passé..... Merci.

Elle était encore trop confuse pour comprendre réellement encore, mais elle sentait et elle savait qu'il avait fait beaucoup pour elle.... Même si elle n'en avait pas demandé tant. Elle pensait qu'il allait juste lui faire passer un "agréable" moment qui lui ferait copieusement regretté de ne pas être restée enterrée sagement le soir de sa renaissance. Ce qui avait été le cas durant toute la première partie de leur représentation. Mais l'improvisation du second acte, elle ne l'avait pas prévu. Il fallait dire qu'elle ne l'avait pas demandée, mais l'ombre avait vraisemblablement plus d'un tour dans son sac, et bien préparé son coup. Du moins c'était ce qu'elle croyait. Pour une personne qui la haïssait, ou du moins qui exécrait ce qu'elle représentait.... Si tout ceux qui ne pouvaient pas la voir, la détestaient de cette manière, elle n'aurait pas eu besoin de bâtir une forteresse ! La situation était confuse, mais à son stade un peu plus, un peu moins.... néanmoins, il y avait à présent l'inéluctable question qui, peu importe sa confusion, se devait d'être posé tôt ou tard.

-.... Et maintenant ?

Ils recommençaient leurs chamailleries verbales ? Il l'achevait ? Elle s'endormait sur place ? Il faisait la danse des canards ? Après tout ce qu'il venait de se passer.... Que dire ? Que faire ?
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Ven 19 Aoû 2016, 21:30

D'une certaine façon, j'avais réussi. Je ne savais pas vraiment quoi à vrai dire, vu qu'à partir du moment où je m'étais fait surprendre à trucider l'un de sa "suite", tout n'avait été qu'improvisation, jeux de dupes et d'improvisation, jeux de survie contre jeux d'ego. Je n'étais pas certain d'avoir remporté la moindre bataille dans cette lutte acharnée, mais je gardais cependant le sentiment d'avoir gagné notre petite guerre personnelle.

Quoique, pouvais-je considérer avoir gagné d'avoir aidé celle que je considérais comme une ennemie ? Difficile à dire. Elle représentait exactement l'image que je me faisais de cette race, l'archétype même du noble pédant dans sa tour d'ivoire à considérer son prochain comme un mets ou un serviteur.

En même temps, alors qu'elle venait de briser cette carapace que je croyais aussi solide que sa forteresse, ce qu'elle était s'effaçait en même temps que rayonnait dans son malheur qui elle était : Une femme, une maudite, une endeuillée responsable de ce qui lui est arrivée, sans en avoir eu la volonté. Mes mains avaient été tachées du sang de mes entrailles alors que j'avais sciemment fait le grand saut, pour finir empalé sur un mât à drapeau.

Elle n'avait rien demandé, et avoir décimé sa famille proche, son propre sang, directement ou non. Peut-être se reprochait-elle justement ce manque de volonté de n'avoir su résister à sa soif nouvelle et d'avoir conduit à plusieurs siècles de repli sur soi. Pour s'être défait de ces chaînes là, de cette entrave aussi solide dont je n'avais été qu'un grain de sable érodant la surface pour qu'elle puisse enfin achever de rompre ce fardeau, je lui laissais le temps nécessaire.

Je finis par lui proposer de rentrer à la forteresse si elle le souhaitait, mais plutôt qu'user de mon pouvoir, elle utilisa le sien pour nous emmener directement dans une chambre, la sienne visiblement. Surpris par finalement le juste retour de ce que je lui avais fait subir peu de temps auparavant, je balayais du regard la pièce, nos positions n'ayant guère changées si ce n'est le lieu et une assise un peu plus moelleuse. Saphir aussi avait disparu, réintégrant le corps de sa propriétaire après avoir en quelque sorte réussi elle aussi à parvenir à ses fins. Devant ce lieu somme toute intime, je n'osais trop balayer la pièce du regard, et laissais Yulenka prendre la prochaine initiative. Après quelques instants, elle sécha ses yeux et se redressa difficilement. Comme émergeant d'une longue stase, sa voix trahissait un "réveil" douloureux alors qu'elle m'adressait des remerciements.

Désormais plus éloigné d'elle, je penchais un peu la tête, étonné de cette révélation.

- Vous n'avez pas à me remercier, vous devriez plutôt vous féliciter de vous être enfin écoutée. Même si je dois bien reconnaître que c'est la toute première fois que j'utilise mes pouvoirs de cette façon là .... enfin plutôt pour obtenir ce résultat là.

J'étais songeur, pourquoi avait-il fallu que ce soit sur elle qui plus est. Était-ce une leçon qu'on voulait m'inculquer par les faits ? Ne sois pas aveuglé ta Vengeance, choisis tes cibles avec soin, et déchaîne ta colère quand ils s'y attendront le moins. Était-ce une évolution vers la maturité de savoir se remettre en cause, une marque d'intelligence de faire preuve de patience ? Ce genre de situations m'arrivera-t-il seulement une nouvelle fois ?...

Je sentais qu'elle allait mieux et me permis une touche de légèreté.

- Vous allez sûrement me dire que m'emmener dans votre chambre n'était pas souhaitée, tout comme la légèreté de votre première tenue hmm ? Mon ton était taquin sans qu'il n'y ait cette fois la moindre once de pique verbale de ma part. Heureusement, votre tenue actuelle est bien plus décente.

D'un petit bond, je quittais le lit pour me retrouver debout à côté d'elle. Je la regardais en souriant, répondant à son ultime question.

- Et maintenant ? Hé bien, et maintenant je vais partir si vous le permettez. J'ai .... quelque chose à terminer de mon côté, et je pense que vous ne souhaitez plus qu'une chose : un moment d'intimité seule. Aussi à double titre je vous ferai bonne grâce de ma présence.


Je regardais la porte de sa chambre, qui avec un peu de chance me mènerait vers l'allée menant au pont levis. Je devais porter l'âme au Fleuve pour qu'elle soit recyclée. Je n'avais que trop tarder en libérant un peu Yulenka d'une partie de ses maux. Je m'avançais vers la sortie, la tête un peu levée qu'à l'accoutumée, comme cherchant à me décider sur quelque chose.

- Je suis à peu près sûr que je ne vous apprécie toujours pas. Pourtant, je suis aussi à peu près sûr que je ne vous hais plus. Sauf si vous vous remettez à ne pas écouter votre corps et votre esprit, et lâcher un peu de lest. Là, ça ne va pas me plaire du tout.

J'ouvris la porte, et ainsi s'achevait cette rencontre aussi improbable qu'instructive.
888 mots.
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Sang peur et Cent reproches (Suite Sang Gêne et Sang Haine - PV Wriir)

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